Difficultés de fuseki

Des gnons, pas des mots !

« Fuseki » est la translittération d'un mot japonais utilisé dans le contexte du jeu de go pour désigner ce que l'on pourrait appeler l'ouverture si on n'est pas en train d'utiliser des mots japonais juste pour se donner une contenance ou pour être snob.

Je maîtrise suffisamment à mon goût le fuseki du jeu de go, et ce n'est pas de ça dont je vais parler dans ce billet, mais des ouvertures de conversations et plus généralement de rapports humains directs et exclusifs.

Je utilise donc le mot japonais dans le titre surtout pour le coup éditorial, en piquant la curiosité d'un lecteur potentiel, mais aussi parce que j'ai remarqué au fil des années que les concepts du jeu de go proposent souvent un point de vue intéressant sur une situation stratégiquement ou tactiquement compliquée, quelque soit le domaine.

Le contexte général

Il y a un humain dont j'ai beaucoup de mal à supporter l'attitude. Sans rentrer dans les détails, mon diagnostic est qu'il me prend ouvertement pour une conne et profite des occasions de montrer que c'est lui qui a la plus grosse.

D'expérience, je sais que ce genre de caractéristiques est immuable, et la seule réaction constructive est de mettre fin à toute interaction avec cet humain. Par chance, il s'agit d'une situation où c'est possible et à un coût personnel raisonnable.

Aujourd'hui, on m'a vivement conseillé de retourner lui parler une dernière fois avant de passer à l'acte, en exposant la situation dans son ensemble en termes simples, pour dissiper un éventuel malentendu. Et ainsi vérifier que je ne me suis pas trompée sur mon diagnostic, et qu'il est bien aussi irrémédiable que je le crois.

Le raisonnement est qu'indépendamment de ma confiance dans mon interprétation, je n'ai strictement rien à perdre à le faire, et la possibilité, si ténue soit-elle, d'économiser ledit coût personnel.

Je trouve ce raisonnement très convainquant.

Le hic

Malheureusement, je ne suis pas sûre du tout d'être capable de le faire.

Même si rationnellement ça me semble être une très bonne idée, je crains qu'un blocage irrationnel m'empêche de passer par la case « conversation » avant de mettre en marche des solutions plus destructives mais humainement moins directes.

Pour une raison que je ne comprends toujours pas complètement, j'ai énormément de mal à lancer une conversation, et à introduire une nouvelle idée dans une conversation en cours.

Adresser la parole à quelqu'un, et à plus forte raison à quelqu'un en train de faire quelque chose, me donne l'impression de débarquer sauvagement de l'arracher de ce qu'il est en train de faire pour lui faire subir une séance de torture. Or il y a peu d'humains dans ce monde que je déteste au point de leur faire subir ce genre de choses.

À tel point que j'ai même du mal à seulement m'imaginer débarquer devant quelqu'un pour lancer une conversation.

J'imagine que la première explication qui vient à l'idée d'un psychologue de comptoir est que je projetterais ma réaction aux gens qui m'adressent la parole sur les gens à qui je le fais. Il me semble pourtant que rien n'est plus faux : j'accueille volontiers une conversation inopinée avec quiconque, à moins d'avoir été préalablement persuadée qu'aucune conversation intéressante n'est possible avec la personne considérée.

Il me semble avoir de grandes facilités à interrompre une activité intellectuelle et y revenir plus tard, et je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà perdu le fil ou été déconcentrée ou quoi que ce soit, à moins d'être dans un tel manque de sommeil que n'importe quoi m'interromprait. Le basculement d'une activité à une conversation me semble être d'un coût négligeable.

Malheureusement, je ne vois pas d'autre explication, et à cause de cause je ne vois pas non plus de solution, ou de piste pour le combattre.

Commentaires

1. Le samedi 1er novembre 2014 à 9:05, par Cinn :

Je trouve très charitable de ta part de prendre le temps de venir dissiper un improbable malentendu entre cette personne et toi (c'est la manière dont tu en parles qui me fait penser que ce n'est pas un malentendu).
J'aurais tendance à faire le contraire : cesser le contact, en me réservant la possibilité de m'expliquer si la personne le demande (j'ai alors une petite chance qu'elle soit réceptive à ce que je lui dis). On a sa petite fierté.

Mais je comprends que tu veux en avoir le coeur net, et que tu considères que tu ne risques pas grand-chose à le tenter. Soit.

Il y a pourtant des techniques assez simples pour obtenir l'attention de quelqu'un à qui on veut parler, a fortiori pour parler de quelque chose d'important, sans avoir lui faire violence.
Si la personne est seule, tu te mets à deux-trois mètres de lui à peu près, tournée vers lui en le regardant avec un petit sourire paisible, éventuellement en prononçant son nom. Sauf mauvaise volonté ou concentration extrême, il devrait comprendre que tu souhaites lui parler à sa convenance.
Sinon les mots d'introduction du type "Excuse moi, Machin, tu aurais deux minutes là? Je voudrais te parler d'un truc important" peuvent servir à "mettre le pied dans la porte", c'est un peu plus actif comme méthode mais ça reste dans le domaine du très acceptable et du pas violent du tout, même si ta sensibilité peut te donner l'impression contraire :)

2. Le samedi 1er novembre 2014 à 20:37, par _FrnchFrgg_ :

Je n'interviens pas ici pour te donner un quelconque conseil, parce que (malheureusement?) il me semble être plutôt dans la catégorie des «de quoi il se mêle» qui démarre des conversations incongrues^Wimpromptues «je n'ai pas pu m'empêcher de vous entendre parler de la sgourdifiende et si je peux me permettre il y en a justement une franchement pas mal à deux pâtés de maisons». Avec Virginie qui me fait des yeux noirs en sautillant gênée d'une Louboutin à l'autre...

Par contre, je n'ai pas pu m'empêcher de lire cet article, et si je peux me permettre ça ne s'écrirait pas «diagnostic», «diagnostique» étant le verbe à la 3e personne du présent ? J'ai un doute du coup, parce que sur le chemin de mon Lycée à Villefranche/Saône il y a un garagiste qui propose un «diagnostique électrique» qui m'a toujours choqué... à tord peut-être ?

3. Le samedi 1er novembre 2014 à 20:43, par _FrnchFrgg_ :

Bon, d'après le champion du monde d'orthographe française (d'accord il y a d'autres pays francophones mais ça me fait quand même penser au champion du monde de Pouzauges) j'ai raison... mais on peut utiliser «diagnostique» comme adjectif comme dans «des pistes diagnostiques».

Et comme diagnostic de mes espaces insécables manquantes à coté des guillemets, je pronostique «pourri-gâté par (Lua)LaTeX» comme vainqueur.

4. Le dimanche 2 novembre 2014 à 19:55, par W :

Pour la peur de dire quelque chose de pas sympa en face, je ne sais pas, mais au moins, tu as un prétexte pour avoir la conversation qui t'intéresse : s'il t'emmerde périodiquement, attend la prochaine fois qu'il t'emmerde de façon descriptible et voilà. De plus, il y a des chances pour qu'il prenne mieux la critique si elle apparaît comme une réaction spontanée à une action précise de sa part.

Ce qui m'attriste ou m'agace, ce sont les gens qui auraient peut-être des choses intéressantes à se dire (moi et quelqu'un d'autre, ou deux personnages dans une fiction) mais ne sont pas du tout dans une optique d'ingéniérie de la conversation, auquel cas il faut trouver un prétexte pour tout...

5. Le mardi 4 novembre 2014 à 21:36, par Natacha :

Cinn, quelle joie de te retrouver par ici \o/

Cependant je crains de ne pas mériter la charité que tu m'attribues : j'ai parlé d'un « coût raisonnable » à couper toutes les interactions, dans le sens où je le paye volontiers pour ne plus subir ladite personne. En revanche, ce coût est loin d'être négligeable. Le temps que je prends pour potentiellement arranger la situation est un coût nettement moindre à celui que je suis certaine de payer en coupant les ponts.

Quant aux techniques, intellectuellement je les connais, et on m'a même explicitement conseillé pour cette personne le « tu aurais cinq minutes ? ». Et même si je sais intellectuellement que ce n'est pas violent du tout, je ne peux m'empêcher de le ressentir comme ça. Et je ne sais pas du tout comment faire pour l'approcher sans me retrouver dans le même état émotionnel que si j'allais menacer sa vie.

_FrnchFrgg_, j'ai effectivement souvent envié ta facilité dans les conversations, même si je me doute que ça vient avec son lot d'inconvénients que je n'imagine même pas.

Quant à l'orthographe, bonne remarque, c'est à présent corrigé. Merci beaucoup :-)

W, la situation est un peu plus compliquée que ce que j'ai décrit, surtout en tenant compte de la couche d'anonymisation-par-le-vague que j'ai ajoutée.

Malheureusement, la prochaine occasion de réaction spontanée est, sauf imprévu majeur, trop loin dans le futur pour que je puisse tenir jusque là. Sinon je n'aurais même pas pensé à écrire un billet de weblog, au fil des années j'acquis un niveau satisfaisant dans l'art de rebondir sur ce que je veux dire, une fois que la conversation et le thème (ou un thème suffisamment connexe) sont introduits par quelqu'un d'autre.

Je n'arrive pas très bien à me situer par rapport à la remarque sur l'ingénierie de la conversation, même si je la partage en général. J'ai l'impression de faire de l'ingénierie de tous les aspects de ma vie, mais les contraintes qui délimitent l'espace du possible sont souvent pénibles à découvrir.

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  • Publié le 31 octobre 2014 à 23h37
  • État de la bête : paralysée par la peur
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