Déménager sans bouger

Comme dans le billet Je craque, je vais explorer dans le présent billet ma réaction à la crise en train de se dérouler et qui sature tant de média, donc je n'en voudrai à personne de zaper ce billet ou d'y revenir beaucoup plus tard. Cependant, la première partie est garantie sans covid, et développe simplement une révélation récente sur la différence d'état d'esprit entre déménager et partir en vacances.

Vacances ou déménagement

Il y a matériellement une certaine ressemblance entre partir en vacances et déménager : on se déplace avec un tas d'affaires du quotidien pour aller vivre ailleurs.

La différence fondamentale entre les deux est que les vacances sont provisoires, avec un retour à plus ou moins court terme vers la résidence habituelle, alors que le déménagement est un aller simple ; mais ces considérations ont plus d'impact mental que sur la réalité concrète.

D'accord, il y a une différence concrète sur la quantité d'affaires emmenées, parce que les lieux de vacances sont souvent équipés de plus ou moins d'objets du quotidien qu'il n'est donc pas nécessaire d'emmener, et parce que le déménagement implique généralement la perte du lieu de départ, donc il faut bien faire quelque chose de toutes les affaires qui s'y trouvent.

Mais au-delà de ces aspects logistiques, je m'intéresse ici surtout aux différences dans l'état d'esprit.

Les vacances comme les déménagements représentent une rupture dans la vie quotidienne, mais le caractère temporaire des vacances fait qu'on accepte beaucoup plus facilement des inconforts ou des contrariétés mineures dans ce nouveau quotidien. Pourquoi se battre si ce n'est que pour deux semaines ? Les bienfaits de la nouveauté (pour ceux à qui ça plaît) peuvent aussi faire oublier des points négatifs mineurs.

Les vacances sont même parfois vécues comme des révolutions contre le quotidien, donc certains ne cherchent même pas à se fabriquer un nouveau quotidien en vacances, et se contentent de prendre les choses comme elles viennent dans cette période.

À l'inverse dans un déménagement, la perspective du long terme va donner envie de corriger, ou de trouver un compromis, sur toutes les points négatifs, même mineurs, pour trouver un nouveau quotidien au niveau de l'ancien.

Un autre effet du caractère temporaire des vacances est qu'on se purge pas complètement du quotidien « normal ». Même lorsqu'on prend des vacances dans le seul but de casser ce quotidien, on reste conscient qu'il faudra y revenir.

Donc même dans des vacances pour « se vider la tête », le quotidien reste quelque part dans un coin de la tête, comme en veille, prêt à être récupéré (avec plus ou moins d'effort) une fois rentré de vacances.

Tandis qu'un déménagement s'accompagne d'un travail mental pour « tourner la page », voire faire le deuil de son ancienne vie.

J'ai l'impression qu'on peut retrouver ce schéma dans d'autres domaines, mais si je vois plein d'homologues au déménagement, comme les ruptures amoureuses ou les changements d'employeur, j'ai du mal à trouver les homologues aux vacances qui leur correspondent.

Ma vie dans la crise sanitaire

Pour vous rappeler les épisodes précédents, j'ai plutôt bien vécu le premier confinement ; ensuite j'ai plutôt moins bien vécu le déconfinement parce que j'ai perdu ce qui m'a plu dans le confinement sans retrouver ce qui me plaît dans la vie normale ; et le comportement des diverses autorités a fini par me faire craquer.

Comment ai-je géré ce craquage ?

Mal, probablement, comme tout le monde. Je veux dire par là que je ne suis pas en train de vouloir donner des conseils, ou prétendre qu'il faut faire comme moi ; et je ne prétends même pas que c'était la bonne chose à faire à mon échelle ; je dis juste que c'est ce que j'ai fait.

J'ai déménagé, mais sans me déplacer.

J'ai abordé le premier confinement comme des vacances, comme une rupture temporaire de la normalité, avec un jour un retour au quotidien habituel, que j'ai même prédit publiquement.

Comme évoqué dans la partie précédente, j'ai donc accepté un quotidien anormal que je ne pourrais pas accepter durablement, et j'ai gardé dans un coin de ma tête la « vie d'avant » pour y revenir à mon retour de vacances crise.

Je pense même que ça a contribué significativement à mon vécu du premier confinement, même si ce n'était pas la nouveauté, mais la nécessité sanitaire, qui m'ont fait accepter le quotidien anormal. Et c'est aussi dans cette perspective que j'ai tout fait pour maintenir ma santé mentale, au détriment de ma condition physique.

Je pensais pouvoir tenir ce premier confinement très longtemps, car je me doutais bien que la pandémie ne serait pas réglée en quelques mois. D'ailleurs je crois encore que j'aurais pu tenir un premier confinement poursuivi jusqu'à Noël, moyennant des adaptations mineures et progressive.

Ce que je n'ai pas tenu, ce sont les demi-mesures et les inepties post-déconfinement, et j'ai craqué.

Et aujourd'hui je me retrouve à constater qu'en me relevant, j'ai déménagé.

Sans changer de coordonnées géographiques, j'ai déménagé dans un pays où il est de coutume d'abuser de son pouvoir à tous les niveaux hiérarchiques, dans un état proto-policier (où être en règle ne suffit qu'en période de « tolérance »), où il est normal d'instrumentaliser le pathos d'une anecdote pour refuser le contrôle d'un régime d'exception par un parlement de pacotille, où le fonctionnement normal est de changer les lois plusieurs par semaine sans logique ni cohérence. Certains diraient un absurdistan autoritaire, j'ai une formulation plus mesurée mais je n'en pense pas moins.

J'ai mentalement tourné la page de ma « vie d'avant » et de tout ce qui allait avec, et j'ai commencé à refaire ma vie et mes habitudes dans ce pays étrange qu'est la Francovid. J'ai commencé à me construire une nouvelle normalité dans ces nouvelles conditions, au lieu de rester dans une rupture temporaire de normalité.

Certes, c'est un déménagement vers un pays moins accueillant, et une situation moins confortable par à peu près tous les aspects, mais ce n'est même pas la première fois que je subis un tel déménagement. Et puis c'est le déménagement le moins pénible de toute ma vie en termes de logistique.

Cela dit, je reste sur ma prédiction selon laquelle la vie d'après ressemblera beaucoup à la vie d'avant, mais ce sera un nouveau déménagement, et la quantité d'éléments du quotidien que je retrouverai risquent de ne pas être aussi nombreux que si c'était un retour de vacances.

J'imagine qu'on pourrait interpréter tout ça sous le prisme Kübler-Ross en mettant ça sous l'étiquette « acceptation », et c'est peut-être un bon résumé du présent billet, mais j'apporte en plus l'élément que sont les dégâts collatéraux dans ces éléments du quotidien que je ne retrouverai plus même en réaménageant.

Et je soupçonne que la confiance dans les institutions en fasse partie.

Et du coup je me dis que je ne suis peut-être pas la seule à le vivre à peu près comme ça. Et peut-être qu'il y a suffisamment de monde dans ce cas pour que soit en train de couver une crise politique qui n'est pas négligeable devant les crises sanitaire et économiques.

Nous vivons une époque intéressante

Publié le 15 novembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

En vrac 2

Conformément à la demande populaire, je continue les liens en vrac sous forme de billet de weblog, malgré mon intuition que ce serait peut-être mieux rangé dans un classeur dans la section Articles, comme mon Journal d'une apprentie motarde.

Je ne sais pas encore trop à quelle fréquence faire ce genre de billets, ou vu sous un autre angle combien de lien mettre dans un billet typique. Si vous en voulez plus ou moins, n'hésitez pas à vous manifester.

Publié le 8 novembre 2020

Tags : En vrac

Bulle sociale

Pour ce billet, j'ai presque besoin d'un Trigger Warning à l'envers : malgré le titre et le paragraphe suivant qui ancrent les présentes réflexions dans le contexte de crise sanitaire qui traverse l'Europe ces jours-ci, il sera surtout question de mes problèmes dans la vie d'avant et la recherche de solutions pour la vie d'après.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi mais que ça intéresse (y en a-t-il au moins ?), le concept de « bulle sociale » est une façon de ralentir la propagation de pathogènes moins drastique que le confinement complet, en choisissant un certain nombre d'humains avec qui on interagit normalement, en excluant tout contact avec les autres. Ainsi une contamination ne se transmettrait pas au-delà de ladite bulle, tout en permettant à tous les membres de la bulle d'assouvir leurs besoins de relations sociales. Je ne retrouve pas de liens, et je doute de l'intérêt de chercher, mais il était souvent question de placer la limite à six personnes par bulle, notamment au Royaume-Uni, ou une dizaine en Belgique.

Cette idée m'a interpelée, parce qu'en fait je vis déjà dans une telle bulle, et je trouve ça un peu triste.

J'ai des relations sociales assez riches, quoique numériques, autour de quelques canaux IRC (surtout #komite et #gcu) et de ma guilde à World of Warcraft.

En revanche, au niveau des relations sociales dans le monde de la viande, j'ai peur d'être malsainement limitée, même hors crise sanitaire. Il y a les collègues, et l'homme avec qui je partage ma vie (je lui dois énormément), et les relations amicales et familiales que cet homme apporte.

La plupart du temps, tout ça me suffit, et je pourrais simplement être à l'aise avec une mesure contraignante de bulle sociale comme tellement d'autres interdictions de trucs que je n'aurais de toute façon jamais fait. Pourtant ça m'interpelle (comme en témoigne le mot « malsainement » dans le paragraphe précédent), d'une part à cause de la dépendance à mon compagnon, mais aussi parce qu'en vrai, il est arrivé un certain nombre de fois dans ma vie de ressentir un manque de BFF voire de BFFWB.

Je ne suis pas très douée pour me faire des amis, et je suppose que n'y sont pas étrangers les faits que je suis plutôt introvertie, sérieusement agoraphobie, incapable de faire le premier pas, et que je préfère peu de relations intenses à beaucoup de relations superficielles.

J'ai l'impression d'être aussi très mauvaise en entretien de relations amicales, pour la même raison : je n'ai absolument aucune idée de comment m'y prendre. Du coup, tant que les circonstances permettent facilement d'entretenir la relation, ou tant que l'autre personne s'en charge, tout fonctionne parfaitement ; mais dès que ces conditions ne sont plus réunies, la perte vue semble inéluctable, malgré mes efforts.

Je soupçonne qu'il y a derrière tout ça et d'autres choses (comme mes difficultés de fuseki et de joseki) quelque chose de bien plus glauque. J'ai déjà plusieurs fois fait référence à mon tout petit problème d'autodévalorisation, qui me fait penser que le fait que je suis nulle est un axiome fondamental de l'univers ; j'ai l'impression que du même ordre il y a un axiome selon lequel interagir avec moi est un gros effort, que je ne peux justifier qu'en apportant quelque chose de suffisamment positif pour compenser, voire un axiome selon lequel l'univers et les autres seraient quand même bien mieux sans moi.

C'est facile à écrire comme ça, mais c'est beaucoup plus difficile de trouver comment agir concrètement contre, pour les mêmes raisons que mon autodévalorsation. Il y a clairement des fois où je dérange, et des gens dont j'ai marqué négativement la vie ; mais comment les distinguer de mes contributions plus positives ?

Et puis parfois je baisse les bras, en me disant que c'est trop tard pour moi, que je suis trop vieille pour rattraper un apprentissage de la socialisation raté dans ma jeunesse.

Après tout, n'est-ce pas le moment idéal pour se réjouir de son faible nombre de liens sociaux présentiels ?

Publié le 31 octobre 2020

Tags : Autoexploration Social

Je craque

Je ne suis pas trop au fait des trigger warnings, mais je sais qu'il y a des gens qui évitent ces nouvelles en rapport avec la crise sanitaire en cours. Comme ce billet ne va parler que d'autoexploration sur mon état émotionnel ces deniers temps, qui n'est pas joli-joli, vous pourriez vouloir le garder pour plus tard, ou le zaper complètement, je comprendrais, j'en ai déjà fait de même moi-même.

Comme dit précédemment, j'ai la chance d'avoir bien vécu mon confinement, et même si j'avais des soucis mineurs avec mon déconfinement, ça allait encore plutôt bien. Je ne mets pas le tag Suite à ce billet car il n'y a pas besoin des épisodes précédents.

J'ai eu l'impression d'avoir été très prudente avec mes prédictions, mais je suis toujours partie du principe que mon état émotionnel allait spontanément évoluer plutôt lentement, et qu'il n'y aurait que des évènements extérieurs qui pourraient me bousculer.

Comme le montre le titre ce billet, j'ai eu tort.

Les mille coupures

J'avais raison dans le sens où ce n'est pas une évolution spontanée, je ne suis pas rentrée dans un cercle vicieux dans ma tête. C'est l'accumulation de petites évènements extérieurs, chacun tellement dérisoire que je suis sûre que je pourrais les gérer individuellement sans même y penser, qui m'ont fait franchir le point de rupture.

Je ne sais pas trop où ça a commencé. J'ai commencé à sentir mes limites il y a quelques semaines, comme les dernières répétitions approximatives d'un entraînement en force, mais je ne sais pas si ce qui était avant a rempli le vase à mon insu ou si j'ai démarré sans passif.

Le masque en extérieur

Le premier coup que j'ai senti, c'était le port du masque obligatoire en extérieur, d'abord dans quelques rues que j'ai pris soin d'éviter. Naturellement, chaque élargissement des zones a été un nouveau coup.

Je ne suis pas experte en épidémiologie ni en santé publique, je ne suis pas anti-masque, je ne prétends pas avoir de réponse ou de préconisation sur le fond. Je critique la façon dont c'est fait, et dont ça résonne avec moi et avec les gens comme moi (s'il y en a).

Quelqu'un d'autre l'a dit tellement mieux que moi : si je vois une logique, je peux m'habituer, même si je n'approuve pas la logique ; mais quand il y a aucune logique j'avoue que c'est hyper dur.

Vu d'ici, on dirait que les mesures n'ont pas été choisies pour leur efficacité, mais pour leur pénibilité. Sur l'exemple de la comédie sécuritaire (security threater) dans les aéroports, faire de la « comédie sanitaire », pour montrer aux gens qu'on fait quelque chose.

Et comme c'est moins efficace qu'un placebo, la propagation continue, et dans une logique façon shadok, si ça ne marche pas c'est qu'il faut continuer plus fort.

Le masque au boulot

Autant j'ai été admirative sur les réactions de mon employeur pour l'entrée en confinement, autant je trouve cette rentrée plutôt mal gérée.

Je leur laisse le vide décisionnel pendant le mois d'août ; je ne trouve pas très glorieux d'arrêter le temps pendant que les chefs sont en vacances, mais dans une petite structure on peut pas avoir un facteur d'autobus terrible.

En revanche, à la rentrée, alors que les indicateurs sanitaires nationaux comme locaux devraient inciter à la prudence, on continue le plan de déconfinement lancé début juillet, avec du présentiel obligatoire pour tous au moins jour par semaine, poussée à au moins deux pour certains projets et certains chefs.

Et puis une semaine plus tard, comme les indicateurs ne s'arrangent vraiment pas, le masque est devenu obligatoire en permanence dans tous les locaux, à moins d'être seul dans la pièce, sans autre exception explicite.

Donc on ne peut manger ou boire que dans les toilettes, ou quand il n'y a pas d'autre collègue dans l'open-space.

Résultat, il faut violer un ordre direct et sans ambiguïté du grand chef, mais pas trop, parque quand même voilà quoi.

La mesquinerie

Contrairement à la comédie sécuritaire, il y a un élément visible dans le port du masque. Du coup, tous ceux qui n'en portent pas, quelqu'en soit la raison, deviennent des cibles acceptables pour toutes les mesquineries plus ou moins violentes.

Pendant un bon bout de temps j'ai eu l'impression de me sentir isolée avec cette idée, qui me semblait pourtant être de la décence tout à fait naturelle, jusqu'à ce qu'un tweet avec des idées similaires arrive dans ma TL

Ça fait depuis des semaines que ce n'est plus du tout en fonction du virus que je décide de mettre ou non un masque, mais en fonction de ce que mes congénères me feront potentiellement subir.

On m'a objecté que les anti-masques sont plus violents que les anti-anti-masques ; ils ont certainement eu un plus grand écho médiatique vu d'ici, mais je ne sais pas à quel point c'est représentatif (cf le point suivant), et surtout les anti-masques ne s'en prennent qu'à ceux qui les ciblent, donc je ne me sens personnellement pas trop en danger, alors que les anti-anti-masques s'en prennent à des gens qui n'ont rien demandé à personne.

D'un autre côté, qu'attendre d'autres des braves gens ?

La monoculture médiatique

Ça fait un peu pompeux comme titre, mais je suis particulièrement frappée par le manque de diversité dans les idées que je trouve dans les médias généraux.

Je n'ai jamais été fan de débats, et ça fait depuis plusieurs années que les clashs me font penser à du catch, mais là j'ai encore plus fort qu'il n'y a qu'un seul message possible, et que toute remise en question ou même en perspective est inconcevable.

Je pense tout particulièrement à cette interview de Marc Jantkowiak où les journalistes donnent l'impression que remettre en question une obligation du port du masque c'est aussi délirant que s'enfoncer un clou rouillé dans la fesse droite.

Le délire sécuritaire

Je me demande dans quelle mesure c'est une redite du point précédent, mais la politique d'extrême-droite du ministre de l'intérieur n'aide pas non plus à la sérénité.

Et je me demande sérieusement si c'est le résultat du priapisme dudit ministre qui a enfin le portefeuille de ses rêves ou seulement une grosse ficelle pour remplir l'espace médiatique avec autre chose que la crise sanitaire.

Dans les deux cas, ça me donne envie de verser mon déjeuner dans le caniveau.

La monomanie

Il paraît qu'une grosse majorité des français veulent qu'on continue de pomper plus d'obligation de port du masque. Cette fixation sur le masque me laisse perplexe et me semble très malsaine.

En réalité, les gens ne veulent pas du port du masque, ils veulent un totem d'immunité. Les caniveaux débordent, la crasse mousse jusqu'à leur taille, et ils lèvent la tête en criant : « sauvez-nous ! »

Je me souviens que j'ai pris conscience que j'avais ma perspective un peu cassée lorsque j'ai vu passer l'information que le masque, lorsqu'il est au top et bien porté et tout, a une efficacité de 70 à 90 %, et que je me suis que c'est justement au niveau des 83 % la roulette russe.

Le craquage

Maintenant que j'ai bien énuméré toutes les gouttes d'eau qui me sont tombées dans le vase, ça veut dire quoi concrètement, « craquer » ?

Je commence à avoir l'impression que les gens sont des veaux, à qui on fait avaler n'importe quoi. Que les gouvernants sont des sangsues qui font tout ce qu'elles peuvent pour s'accrocher à leur pouvoir et à leurs profits, sans même s'occuper de la pérennité des ressources qu'ils exploitent.

Et ça, c'est quelque chose qui me fait tiquer, parce que je ne lirais pas un paragraphe entier de quelqu'un qui professe ce genre d'idées avant d'aller faire quelque chose de plus intéressant de mon temps.

Ce n'est jamais bon de se croire beaucoup plus malin que les autres, peu importe que ce soit le cas ou non. Je croyais pourtant être à l'abri de ce travers. Certes, je m'inclus dans ces veaux, mais cette description suppose que la plupart d'entre eux n'ont pas conscience de cette situation.

À part ça, madame la marquise, je manque de motivation pour tout mais plus particulièrement pour le boulot, le moral fait de temps en temps des piqués assez vertigineux, je fais régulièrement de l'exercice physique assez intense, je crois que je suis passablement plus irritable, et j'ai des accès de pessimisme encore pire que d'habitude. Par exemple l'autre jour, j'ai trouvé tout à fait possible que le covid s'installe comme le SIDA, et les masques comme les préservatifs ; et un autre jour qu'on passe par une crise politique violente façon Bélarus ou États-Unis avant la fin des crises en cours.

C'est dire à quel point je suis atteinte…

D'un autre côté, c'est vrai qu'une fois encore, j'ai plutôt beaucoup de chance, si mon craquage n'est (pour l'instant) que ça.

Publié le 11 septembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

En vrac (1 ?)

J'ai découvert le concept des billets « en vrac » chez Balise. J'imagine que ça a dû à plus ou moins à la mode à une époque (lancée par Tristan Nitot, si j'ai bien suivi, mais je ne me ferais pas confiance sur la qualité de cette info'), mais dans les lambeaux de blogosphère que je suis ces dernières années, il n'y a pas d'autre exemple.

Comme je l'avais écrit dans le billet Internet et moi, j'attends de Twitter un partage de ce genre de liens avec ce genre de commentaires. Je les publie ici plutôt que sur mon compte Twitter parce que ça s'inscrit dans une temporalité qui n'a rien à voir avec celle de Twitter.

Je ne sais pas si je referai des billets comme ça à l'avenir (c'est pour ça que je ne crée pas de catégorie dédiée), mais je détaillerai mes réflexions à ce sujet après avoir vidé mon sac.

Liens en vrac

Futur en vrac

Je sors ça maintenant parce que je suis sur le point de réformer en profondeur ma gestion des liens intéressants, et c'est l'occasion de prévoir un canal de publication si ça intéresse quelqu'un.

Concrètement, dans ma vie, ces temps-ci, je jette de temps en temps un œil aux canaux IRC dont je fais partie, ma timeline Twitter (qui s'affiche comme un canal IRC grâce à bitlbee), et mes flux RSS, et j'y fais ce que j'y fais habituellement.

Il arrive parfois que j'y trouve un lien qui a l'air intéressant, mais que je n'ai pas le temps de regarder sur-le-champ. Pour l'instant, je copie le lien dans ~/tmp/notes.txt et ça prend la poussière plus ou moins longtemps.

Et parfois j'ai du temps pour regarder un article plus long, et je vais piocher dans ce fichier.

Et parfois l'article me marque tellement que j'ai envie de le garder quelque part pour pouvoir le retrouver facilement.

Ce « quelque part » pour l'instant est le même fichier, et ça ne marche pas du tout, parce que je n'arrive pas toujours à distinguer les articles lus des articles non-lus, et quand il est lu je n'ai aucune ancre pour le retrouver.

Concrètement, il me manque le texte explicatif que j'ai mis à côté des liens ci-dessus.

D'autre part, garder les liens dans un fichier sur un ordinateur fait que je ne peux lire les articles que lorsque j'ai un shell vers cet ordinateur, ce qui est inutilement contraignant, donc j'avais envie de me faire une page web dynamique, ou un flux Atom, avec mes liens à voir.

Du coup, tant que j'en suis à faire une webappli' de gestion de mes liens à moi, avec marquage comme « lu » ou « lu et intéressant avec description », je n'ai pas grand-chose à faire en plus pour générer un flux Atom public avec la dernière catégorie.

Ce qui m'amène à l'appel au public : est-ce que des liens en vrac soigneusement curetés par mes soins vous intéressent-ils ? Ou cet échantillon a-t-il démontré que tout ça a déjà fait quinze fois le tour des réseaux sociaux et est déjà lu ou trop peu intéressant a priori ?

Et pour ceux que ça intéresse, préférez-vous un dump brutal comme la première partie de la présente page, ou un flux RSS ou Atom dans lesquels ils ont ajoutés l'un après l'autre ? Ou même comme des tweets sur mon compte ? Ou tout à la fois, pour avoir le choix à chaque instant ?

Et est-ce que la liste des liens potentiellement intéressants, gardés au chaud pour plus tard, intéresse-t-elle quelque qu'un ? Éventuellement avec un système de commentaire pour m'éviter la lecture d'articles prometteurs mais finalement décevants ?

Publié le 30 août 2020

Tags : Appel au public En vrac Site

Mon déconfinement en cours

Je vous avais parlé il y a quelques mois de mon confinement, à quel point je l'ai bien vécu, et j'ai conscience du privilège d'être dans ce cas.

D'ailleurs le privilège continue quelque part, puisque ce n'est que fin juillet que je viens pleurer la fin de cette situation.

Je dois le reconnaître, malgré tous les inconvénients, que j'ai détaillé dans le billet précédent, j'ai pris goût au rythme de vie confiné. Et maintenant, malgré les messages angoissants relayés un peu partout par les marchands d'attention la presse, je commence à vivre un début de déconfinement, et le sevrage est dur.

Le boulot

C'est le plus marqué sur le plan professionnel.

Hier j'ai reçu l'annonce officielle, qui n'est pas une surprise grâce aux bruits de couloir, qu'à partir du lundi 17 août 2020 tout le monde devra être présent sur site un ou deux jours par semaine, le choix entre un ou deux étant décidé pour chaque personne par son supérieur.

Je suppose que c'est assez loin pour qu'ils aient le temps de changer d'avis si les discours alarmistes sur la deuxième vague s'avèrent fondés, mais je n'ai pas l'impression de pouvoir entretenir beaucoup d'espoir dans ce sens.

Il est de fait que le port du masque est colossalement chiant et inconfortable, je crois que tout le monde est d'accord là-dessus, même si certains arguent qu'on s'y fait.

Mais au-delà de l'inconfort personnel, qui n'est de toute façon jamais complètement absent des conditions de travail, la combinaison des masques et de la distance, au moins telle qu'elle est pratiquée sur mon lieu de travail, tue la composante émotionnelle que je ressens dans les relations sociales, presque aussi efficacement que la visioconférence.

Oui, c'est sympa' de revoir les collègues, mais les revoir sur un écran ou à l'autre bout de la pièce, ça me fait presque le même effet, et c'est insipide par rapport à les revoir autour d'une table ou de boissons.

Résultat, j'ai l'impression de ne pas gagner grand-chose professionnellement lors de ces journées sur place, au prix d'un temps de transport non négligeable.

D'ailleurs en parlant du transport, je crains que l'inconfort combiné du masque et de la lutte contre mon agoraphobie soit au-delà de ce que je peux supporter ; et avec en plus la pression de mon entourage pour éviter les transports en commun, je cède facilement à l'utilisation de la moto pour aller et revenir de mon lieu de travail.

Encore une fois, j'ai conscience d'être privilégiée en ayant cette possibilité, mais je trouve qu'il y a quelque chose de malsain dans cette impression que les transports en commun franciliens sont maintenant plus dangereux que (ma façon de pratiquer) la moto.

Et puis il y a quelque chose qui me dérange un peu dans l'utilisation de la moto pour faire 7 km. Je suis trop incompétente en mécanique pour savoir dans quelle mesure c'est justifié, mais j'ai l'intuition que la machinerie n'a pas le temps de chauffer ou d'atteindre pleinement son régime nominal, alors que j'aurais moins de scrupules à faire plus de 20 km.

Le corps

Contrairement aux systèmes mécaniques, qui s'usent à force de s'en servir, les systèmes biologiques ont tendance à « s'user » quand on ne s'en sert pas. Cette situation prend plus de sens si on considère la vie comme une lutte continue contre l'entropie.

C'est donc sans surprise qu'en passant de beaucoup de marche à pied dans la journée à quelques pas dans l'appartement, les capacités physiques de mes jambes déclinent progressivement.

Résultat, en début de semaine je ne pouvais plus marcher un kilomètre sans que mes jambes hurlent au surmenage et revendique le droit à se syndiquer.

Du coup, ça fait en même temps une quantité significative d'exercice physique en moins, et j'ai privilégié ma santé mentale aux détails de la machinerie biologique ; ce qui explique en partie que j'ai si bien vécu le confinement, et ce qui me semble être une stratégie raisonnable quand on croit aux annonces que ce confinement serait court. Résultat, j'ai pris un peu de poids depuis le mois de mars.

Et maintenant que les voyages ne sont plus restreints, la vie sociale reprend progressivement, et même si la mienne n'a jamais été abondante, il y a quand même des gens qui ont envie de passer du temps avec moi.

Et j'ai l'air un peu conne avec un stock ridicule d'habits à ma taille et beaucoup moins d'endurance pédestre que je m'imagine avoir.

Donc depuis le début de la semaine j'ai repris progressivement un régime de marche, mais je dois reconnaître que c'est très pénible. Comme pour la moto, je ne suis pas super motivée pour marcher juste pour marcher. Malgré mon goût pour la marche comme moyen de transport, ce n'est pas une fin terriblement à mon goût. Résultat, chaque sortie a été une lutte terrible qui a demandé tout mon courage.

First World Problems

Je ne peux m'empêcher de trouver l'ensemble de ce billet extrêmement pathétique. Ma situation reste globalement très confortable, et ces problèmes qui m'affectent sont quand même très mineurs, et j'ai vraiment beaucoup de chance.

Mais en même temps, je me souviens encore d'une époque où ma vie était tellement horrible que je n'arrive plus aujourd'hui à imaginer à quel point.

Finalement, le bonheur, c'est juste lorsqu'on n'a plus que des broutilles comme sujets de plainte.

Publié le 31 juillet 2020

Tags : Autoexploration Boulot Évènement Humeur Suite

Retraite téléphonique

Après un peu plus de cinq ans de bons et loyaux services, il semble que l'heure de la retraite ait sonné pour mon ordiphone Kyocera Torque KC-S701.

C'est donc le bon moment pour revisiter ce qu'il m'a apporté, son vieillissement, et sa succession.

Les gloires du passé

J'ai détaillé les tenants et les aboutissants dans mon premier article sur ce téléphone, mais j'ai acheté ce smartphone parce que je voulais profiter des myriades de choses que peut faire ce type d'appareils, et je voulais pouvoir compter sur son blindage pour pouvoir continuer d'en profiter dans des situations dégradées.

Je me souviens qu'à l'époque, j'avais dépensé environ 400 € pour acheter ce téléphone, et j'avais découpé ça en environ 200 € pour un téléphone aux caractéristiques techniques similaires et 200 € pour la résistance aux chocs et à l'eau.

La Résistance

Il ne fait aucun doute que j'ai profité de cette résistance pendant ces cinq ans, entre toutes les fois où je l'ai pris avec moi dans mon bain et toutes les fois où j'ai joué à le laisser glisser de ma main en disant « oups ! » devant un public plus ou moins horrifié.

Alors c'est vrai que j'ai utilisé cette fonctionnalité parce qu'elle est là, et si j'avais un ordiphone qui ne prétend pas être étanche et antichocs je ne l'aurais pas exposé à ces risques, je n'aurais certainement pas investi 200 € juste pour ça.

Coin du téléphone

Je me souviens clairement de trois chutes involontaires que j'estime comme fatales à un téléphone normal, ou au moins à son écran. Chacune de ces trois chutes a laissé une marque dans le boîtier, contrairement autre chocs. Sans compter la fois où il s'est retrouvé entre une voiture qui me percute et moi, mais je ne sais pas quelles contraintes il a subi à cette occasion.

Comme je n'ai pas tellement d'expérience en destruction d'électronique, je ne sais pas trop sur combien d'autres chocs moins spectaculaires le blindage a sauvé cet appareil.

Je l'ai passé moult fois sous le robinet pour le nettoyer sans me poser de question, si j'avais un ordiphone qui craint l'eau j'aurais cherché une autre solution mais du coup je n'imagine pas trop quel est le bénéfice exact de l'étanchéité.

Et je ne me souviens d'aucune immersion qui n'aurait pu être évitée si j'avais voulu l'en protéger.

En revanche, je me souviens de plusieurs utilisations en extérieur sous la pluie. À l'époque où je l'ai acheté, les écrans tactiles devenaient inutilisable à la moindre goutte d'eau (ce qui m'avait motivée à acheter un GPS). Je ne sais pas si c'est encore le cas aujourd'hui, mais les plaquettes des téléphones « durcis » continue de vanter l'utilisabilité avec les doigts mouillés ou avec des gants.

Donc quelque part j'ai l'impression d'avoir rentabilisé sa résistance, mais d'un autre côté je me demande si un remplacement plus fréquent à cause des mauvaises chutes n'aboutirait pas à un meilleur confort par la mise à jour matérielle et logicielle faite au passage. Du coup à budget égal un turnover plus rapide n'est peut-être pas négatif, même si ça va à l'encontre de plusieurs de mes tendances.

Cela dit, il ne faut pas négliger le bénéfice de sérénité procuré par cette résistance. La motivation première était de pouvoir compter sur cet appareil dans les situations d'urgence quand tout part en vrille, et fort heureusement ces situations sont rares, mais c'est tous les jours que je bénéficie de l'impression de pouvoir compter sur cet appareil.

La Convergence

Si un téléphone en ma possession doit être robuste, je ne suis pas encore complètement convaincue par la pertinence d'un ordiphone Android dans ma vie.

J'ai l'impression que c'est un thème récurrent dans ce weblog, quand ce Kyocera Torque allait mal j'envisageais déjà de ne pas le remplacer, pareil quand ma montre allait mal, et j'en ai remis une couche en parlant de dépendance numérique. Et ça c'est ceux dont je me souviens à froid sans regarder les archives.

Je déteste activement les écrans tactiles, les interfaces façon Minority Report, et les systèmes d'exploitation qui prennent leurs utilisateurs pour des cons. Je suis effarée par l'économie de la surveillance, et plus encore par la société qui semble se construire autour.

Et pourtant, malgré tout ça, l'ordiphone Android a pris une place croissante dans ma vie.

Fin 2015, j'utilisais les conversations vocales, les SMS, et le GPS piéton (par OsmAnd), et le navigateur web était disponible en cas de besoin urgent.

Alors qu'aujourd'hui…

Je ne suis pas convaincue que ce soit vraiment un progrès, mais il y a d'autres aspects par lesquels 2020 n'est pas vraiment meilleure que les années qui précèdent, il faut juste faire le mieux qu'on peut avec les circonstances dans lesquelles on se trouve.

La Chute

Comme sous-entendu dans la partie précédente, ce n'est pas une chute au sens littéral qui met fin à la carrière de ce téléphone.

Vieillissement physique

Cela dit, pour être tout à fait honnête, cet ordiphone n'est pas complètement indemne physiquement. Je ne sais pas quelle part de responsabilité ont les chocs que je lui ai fait inutilement subir, par rapport aux chocs plus graves qui (je pense) auraient tué une unité moins solide.

Capture d'écran

En tout état de cause, plusieurs capteurs ont cessé de fonctionner au fil des années. Le capteur de proximité a été le premier à mourir, assez rapidement, et depuis à chaque déverrouillage le système croit que je tiens l'appareil contre mon oreille, comme on peut le voir sur la photo ci-contre, et il faut à nouveau appuyer sur le bouton de veille pour accéder au système.

Ensuite l'accéléromètre et le capteur de luminosité ambiante sont morts, je ne me souviens plus exactement dans quel ordre, mais il a suffi de fixer la luminosité de l'écran à une valeur raisonnable, et renoncer au mode paysage (que j'utilise super rarement de toute façon) pour vivre sans ces capteurs.

Je ne sais pas si le capteur d'orientation est différent de l'accéléromètre, mais si oui il a dû s'arrêter à la même période.

Enfin, au cours de la rédaction de ces lignes j'ai découvert que le capteur magnétométrique a aussi cessé de fonctionner, et je n'ai absolument aucune idée de quand. J'avais essayé la boussole lors de ma découverte de l'appareil, et ça marchait bien, et je n'en ai jamais eu besoin ensuite.

Finalement, il n'y a que le capteur de pression atmosphérique qui semble avoir bien tenu le coup.

Autrement, le boîtier a vieilli et montre clairement des signes d'usure, avec le revêtement mat qui pèle, mais je trouve que ça a plutôt du charme.

Et évidemment, il y a le vieillissement de la batterie. Je ne peux pas trop juger de sa progressivité, vu qu'en parallèle je n'ai pas arrêté d'en demander plus à ce téléphone. Aujourd'hui, après cinq ans, j'ai encore deux jours d'autonomie, ce qui me semble tout à fait honorable.

Cependant je pense que l'estimation du niveau de la batterie n'est plus bon. Depuis un ou deux ans l'ordiphone redémarre spontanément, et ça arrive de plus en plus en souvent ; et ces jours-ci après redémarrage il montre trente à cinquante points de pourcentage de moins dans la capacité batterie. Du coup je soupçonne les redémarrages d'être dûs à des pics de courant que la batterie n'est plus capable d'assurer.

Autant la disparition des capteurs m'est légèrement pénible, autant ces redémarrages et le manque de confiance dans la capacité affichée ont commencé à peser dans ma décision de mettre cet appareil à la retraite.

Vieillissement logiciel

J'ai acheté cet ordiphone en mai 2015 avec Android 4.4.2. Il y a eu une mise à jour en août 2015, sans changer de version d'Android, et rien depuis.

Je suis très très réticente à l'idée de mettre des informations sensibles sur un système aussi peu maintenu, et ce n'est que sous la contrainte que je mets des facteurs d'authentification dessus (et c'est encore plus crétin pour cette banque dont le deuxième facteur n'est accessible qu'après avoir entré le premier facteur dans l'appli' en question, rendez-moi mes banques suisses).

Et à ce stade-là, je suis même réticente à mettre la moindre information personnelle dessus, même de criticité moindre. Malgré tout, j'ai serré les dents et ravalé mon vomi et j'ai fait avec.

Et ces temps-ci, de plus en plus d'applications ne sont disponibles que pour Android 5 et plus, ce qui laisse mon pauvre ordiphone sur le bord du chemin.

J'avais déjà évoqué ce problème avec le client Owntracks pour partager ma localisation, mais j'avais pu repêcher une vieille version encore compatible. Ce n'est évidemment pas possible avec les applications propriétaires (StopCovid, par exemple).

La Fin

Si irritants que soient les vieillissements évoqués, ils ne font que chauffer la casserole avec la grenouille proverbiale, et ce ne sont pas eux qui m'ont fait sauter.

Une fragilité de ce téléphone se trouve au niveau de la trappe micro-USB, qui en assure l'étanchéité. Je l'avais déjà relevée avant l'achat, et c'est pourquoi l'immense majorité des rechargements de cette unité ont été faits par induction.

Fin 2019, la charnière a quand même fini par céder, mais j'ai pu remettre la trappe en place et continuer ma vie normalement.

Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé, mais à un moment pendant le Grand Confinement, quelque chose a changé dans le mode de défaut de cette charnière, et la trappe ne tient plus exactement à sa place. Déjà luxée comme ça, j'avais un doute sur l'étanchéité de l'appareil.

Et puis en sortant du Grand Confinement, j'ai pu constater que cette trappe dépasse suffisamment pour être bousculée dans mon sac à main, et se détacher spontanément.

Photo de la trappe micro-USB

La cassure qu'on peut voir sur la photo ci-contre photo a eu lieu alors que la trappe était détachée du téléphone.

Du coup je n'ai plus tellement de doute sur la résistance à l'eau de cette unité. Si elle n'est pas encore complètement compromise, l'usure à force de bouger la trappe en aura bientôt raison.

S'il n'y avait que ça, j'aurais certainement cherché des moyens de contourner ce problème, probablement en collant la trappe à sa place, voire en remplissant tout le connecteur USB pour en assurer l'étanchéité, et compter sur les transferts de données et le chargement sans fil.

Mais en l'état, je vais plutôt le remercier pour ses services rendus.

La succession

Ce n'est pas tout de déclarer un appareil comme étant à la retraite, ce ne sont que des mots alors que j'écris ces lignes, car il lui faut un successeur.

Ce qui est compliqué par le fait qu'à chaque fois que je regarde l'offre d'ordiphone ça me fait déprimer de voir à quel point elle s'éloigne de mes préoccupations et de mes valeurs. J'entends encore la réplique de Whistler « Plus tu vivras dans ce monde, plus tu te rendras compte à quel point tu lui es étranger. »

Il y a bien des initiatives qui ont l'air prometteuses, comme KaiOS, Librem 5, PinePhone, etc, mais j'attends de voir si ça ne va pas se finir comme OpenMoko. Et de toute façon, tant qu'il faut un Android à côté, ces idées ne répondent pas au besoin. Je vais continuer de les suivre avec attention, mais ce n'est pas la succession aujourd'hui.

L'expérience de l'ordiphone « durci » me semble concluante, j'aime bien les objets qui durent et sur qui je peux compter, surtout quand ils partent affectivement d'aussi loin qu'un Android ; et la sérénité de cette confiance me semble valoir sont prix et la gestion de l'obsolescence. Je reste ouverte aux autres possibilités, elles partent avec un désavantage qui est tout à fait rattrapable.

Visiblement Kyocera n'a pas été satisfait de sa tentative d'entrée sur le marché européen, donc il reste globalement Caterpillar et Crosscall, comme à l'époque, et des marques chinoises dont BlackView me semblait être la plus prometteuse.

En particulier, je regardais du côté du Cat S52 et des dernières sorties de la série BV de BlackView, sans me fixer sur un modèle particulier de cette série.

Ce qui me gêne dans cette offre, comme pour tout le reste de l'offre Android, et sans compter l'inévitable l'économie de la surveillance, c'est que ces ordiphones sont tous énormes. Je m'en plaignais déjà en 2015 en trouvant que mon Kyocera avait l'avantage de rester en dessous de 5".

Il y a bien Unihertz, et j'ai sérieusement envisagé l'Atom malgré son âge ou l'Atom L malgré sa taille déjà trop grande à mon goût, voire le Jelly 2 mais entre sa distance dans le futur et son absence de protection ça commence à faire beaucoup.

Un autre piège dans lequel j'aimerais bien ne pas retomber, c'est le vieillissement logiciel. Toutes ces marques sont connues pour la solidité de leur matériel et la gestion au second plan du logiciel. Je n'ai pas été déçue par Kyocera, parce que c'est exactement ce à quoi je m'attendais, mais j'aimerais beaucoup que ces marques entretiennent le logiciel pour le rendre aussi durable que leur matériel. Et pour les aider pour ça, il y a les projets Treble et Apex, j'ai peur d'être un peu trop naïve mais du coup je suis prête à poser un peu plus d'argent sur la table pour partir avec une version plus récente qui a plus de chance d'être entretenue.

À force de chercher tout ça, j'ai fini par tomber sur les Samsung Galaxy Xcover 4s et Xcover Pro, qui prétendent jouer dans la même gamme de résistance que les marques célèbres pour ça, mais avec la force de frappe logicielle de Samsung, qui est paraît-il une des meilleures marques en termes de mises à jour Android.

Du coup ces jours-ci je suis en train de tendre vers le drap de lit qu'est le Xcover Pro, qui est à peu près un Galaxy A51 avec le blindage, l'étanchéité, et un peu de réparabilité.

À moins que vous n'ayez une meilleure idée ? Ou des conseils pour mieux choisir un successeur ou mieux vivre la transition ?

Publié le 27 juin 2020

Tags : Jouets

Postprocessing

Comme dit dans un billet passé, j'ai acheté un scanner avec un chargement automatique de document (ADF) après avoir lu un commentaire qui en vante la praticité sous un billet de David Madore sur la gestion paperasse.

J'avais déjà un scanner à plat depuis presque dix ans, mais son utilisation était manifestement trop pénible pour empêcher la croissance de mes piles de papiers à scanner.

J'ai dû faire violence à mon impression de ne pas avoir besoin d'un scanner de plus, et qu'un petit effort suffirait à se satisfaire du scanner à plat, parce que j'ai suffisamment de papiers à scanner pour que le gain de temps soit justifié même si je ne recevais plus jamais de papier de ma vie.

Une fois l'ADF en ma possession, le premier problème a été de faire en sorte que mon ordinateur de bureau Tsuiraku communique avec lui, qui est ce que j'avais expliqué dans le billet intitulé Bricolage.

Une fois la première image scannée, je croyais être au bout de mes peines, il ne restait plus qu'à écrire le script qui assemble les images scannées dans un PDF et le tour aurait dû être joué. Et puis j'ai découvert l'image produite…

Voyez plutôt :

Image brute scannée avec plusieurs défauts

C'est une mire que j'avais imprimée pour diagnostiquer des soucis avec mon imprimante laser couleur (qui se trouve être combinée à mon scanner à plat), et elle contient des damiers de différentes couleurs et de différentes tailles.

Échelle d'intensités

La première chose qui m'a interpelée, c'est le bruit général de l'image, mais j'y reviendrai plus tard.

La deuxième chose, c'est à quel point le fond est sale, ou en tout cas pas blanc comme la feuille.

En dessous de la mire, il y a une zone bleue, que j'ai fait exprès d'inclure dans le cadre ci-dessus, parce que c'était justement une partie du problème d'imprimante. Donc cette zone bleue est bien là sur l'original, mais beaucoup beaucoup plus pâle.

Du coup j'ai regardé de plus près le reste du papier à peu près blanc, tout est correctement détecté par le scanner, mais étonnamment amplifié par rapport à ma perception du papier scanné.

Alors j'ai essayé de scanner la même mire dans mon scanner à plat, et l'image qui en sort est similaire à ma perception du papier, et en poussant sur les niveaux je suis arrivée à retrouver quelque chose qui ressemble beaucoup à mon image fautive.

J'ai donc essayé de fabriquer la transformation inverse, et après de nombreux échecs en cherchant une relation linéaire, j'ai eu l'idée de chercher une loi de puissance. Et la puissance était en gros de 2.1.

Cette transformation a fait resurgir de ma jeunesse la non-linéarité des écrans cathodiques, et du coup je me suis dit qu'en fait ce n'est peut-être pas un défaut de calibration du scanner, mais simplement des données RGB linéaire interprétées à tort comme sRGB.

J'ai donc ajouté une ligne d'ImageMagick dans mon script pour corriger ça, et le résultat est bien plus proche de ma perception.

Image un peu corrigée

Zone de scan

Une fois les couleurs corrigées, j'ai commencé à vouloir utiliser mon script pour de vrai, et un deuxième problème s'est révélé : le scanner ne respecte pas la zone de scan demandée.

Ça ne se voit pas tellement sur mes extraits ci-dessus, justement parce que ce sont des extraits pour afficher sur mon site.

Je n'ai pas tellement cherché à comprendre ce qu'il fait exactement, mais SANE prétend qu'on peut envoyer des fractions de millimètres pour demander une certaine zone à scanner, alors que l'image renvoyée par le scanner a une taille quantifiée par quelque chose de l'ordre du pouce.

Comme j'avais déjà ImageMagick dans mon script, je n'étais plus à ça près, j'ai ajouté un recadrage automatique à la quantité de pixels correspondant à une feuille A4 à 300 dpi.

J'ai choisi une résolution fixe parce qu'avec mon scanner à plat j'ai très rarement eu besoin d'une autre résolution. Et les rares fois où c'était le cas, c'était pour contourner des sites qui trouvaient que j'envoie des fichiers trop gros.

Alignement des couleurs

J'ai fait plusieurs scans sérieux avant de trouver inacceptable l'espèce d'aura colorée autour des transitions entre noir et blanc.

On peut la voir sur la mire, mais ce n'est peut-être pas flagrant parce que c'est une image censée être colorée, et les contours sont moins intéressantes que les objets. C'est beaucoup plus flagrant dans une zone de texte noir sur fond blanc :

Mot « contrat » avec un halo coloré

Je ne sais pas à quel point ça se voit sur votre écran, alors voici un gros plan :

Zoom sur « ntr » avec un halo coloré

À chaque fois, c'est toujours le même halo : blanc, jaune, vert, noir ; et de l'autre côté noir, bleu, magenta, blanc.

Et l'un est symétrique de l'autre : le jaune est complémentaire du bleu, et le vert du magenta. Un peu comme si le plan bleu était décalé d'un pixel vers la gauche, et le plan vert d'un pixel vers la droite, par rapport au plan rouge au milieu.

L'avantage d'un déplacement de plans d'un pixel, c'est que c'est une transformation facile à faire de façon exacte. Le résultat n'est pas parfait, mais il se défend bien :

Zoom sur « ntr » après correction

Il reste une légère composante verte sur la droite, mais ça reste plus subtil que le problème d'alignement vertical, lui-même inférieur au pixel entier. Du coup j'ai choisi de m'en contenter.

L'automatisation de cette transformation n'a pas été évidente du tout, mais j'ai fini par réussir à construire une transformation ImageMagick qui le fait. Au passage, le fait que le scanner envoie une zone trop grande se trouve être ici un avantage, parce que je peux recadrer après l'alignement des plans.

Je casse la chronologie ici parce que c'est bien plus tard que je me suis rendue compte que le problème décrit ne se pose que pour les rectos, et pour les versos il faut la faire dans l'autre sens. Ça ajoute un tout petit peu de complexité dans le script, mais je me demande surtout comment un tel problème peut survenir.

Un autre point qu'il faudra élucider à l'avenir est que ce problème d'alignement des plans colorés dépend de la résolution. Par exemple, à 301 dpi il n'y a aucun problème. J'ai été tentée d'utiliser cette solution, mais vu le temps de scan, le capteur prend 600 dpi et le firmware réduit la résolution avant d'envoyer l'image par USB.

Ça posera un problème intéressant lorsque je voudrai autoriser d'autres résolutions…

Redressement des pages

Je croyais naïvement que les rails de l'ADF suffiraient à toujours scanner droit, et ce n'est manifestement pas le cas, ou alors il y a quelque chose que je fais mal.

Je me demande si ajouter une plaque de quelque chose sur le chargeur, pour empêcher le papier de passer au-dessus des rails, peut aider. Ou au moins limiter le changement d'angle à chaque pli dans le papier.

Bref, ma ligne de commande ImageMagick est déjà monstrueuse et au-delà ce que permet GraphicsMagick, je ne suis plus à un -deskew 40% près.

Détection des pages vides

L'inconvénient d'un scanner recto-verso, c'est que les documents n'ont pas tous de verso.

Quand aucun n'a de verso, je ne vais pas perdre du temps à scanner en recto-verso, c'est déjà bien assez lent comme ça.

Mais dans une série de pages recto-verso, il n'est pas rare que la dernière page n'ait qu'un recto, si le total a un nombre impair de pages.

Du coup j'ai ajouté un simple seuillage pour détecter et supprimer les pages vides.

Au début j'ai fait le test sur l'image finale, après réalignement des plans colorés et redressement et tout. Comme Tsuiraku est un peu poussif, je préfèrerais éviter tout ça sur les pages vides. Une conséquence est que le seuil doit être ajusté, parce qu'il sera fatalement différent en RGB linéaire qu'en sRGB.

Le script et le futur

Comme j'ai toujours une confiance limitée dans ce genre d'automatismes, il me faut une validation manuelle avant de supprimer tous les fichiers intermédiaires.

Pour le reste, c'est ma façon habituelle de scripter du POSIX. Au cas où ça intéresse quelqu'un, voici la version courante dudit script.

Il faudrait que je mette ça dans un système de gestion de conf', mais j'ai un peu la flemme.

D'ailleurs dans la todo-list, ce serait sympa' de faire une détection automagique du périphérique, au lieu de coder son adresse en dur dans le script.

J'ai fait quelques expérimentations avec tesseract, mais je n'ai pas encore de façon satisfaisante de l'intégrer.

Et puis surtout, il faut que je fasse quelque chose de tous les PDF ainsi générés, avec de la réplication automatique et du chiffrement et tout le bazar.

Publié le 30 mai 2020

Tags : Geek

Mon confinement

Il y a dix ans, je n'aurais pas hésité une seconde à détailler mon quotidien dans cette période particulière. Aujourd'hui, mon lectorat n'est plus le même, aussi bien quantitativement que qualitativement, et j'étais partie dans l'autocensure en pensant que ça n'intéressait plus personne qui passe par ces pages.

J'ai décidé de lutter contre cette autocensure, et je vais faire tout mon possible pour décrire façon 2010, je compte sur vous pour me dire si je dois continuer ou m'abstenir à l'avenir.

Leçons apprises

Bon, pas complètement façon 2010, je vais commencer par la conclusion, histoire de placer le message potentiellement intéressant avant les détails autobiographiques chiants qui vont faire fuir tout le monde.

L'écran n'est pas la viande

Les relations numériques que j'entretenais déjà avant le confinement n'ont pas du tout souffert, qu'elles soient professionnelles ou amicales.

J'ai essayé de participer à plusieurs initiatives pour continuer par écran interposé les relations habituellement face-à-face, et malgré tous mes efforts ça ne marche pas du tout.

Les informations passent, il n'y a pas de problème à ce niveau, mais il manque presque toute la composante émotionnelle qui fait tenir ces relations.

Il y a aussi une différence de dynamique de groupe. Je ne suis pas très douée en interactions sociales (et dit comme ça c'est plutôt gentil), mais j'arrive à peu près parfois à gérer ma prise de parole dans un petit groupe de gens que je connais, et j'arrive très bien à intervenir dans les canaux de messagerie instantanée façon IRC, mais je ne suis pas du tout au point avec les audioconf' et les visioconf'.

Je ne sais pas si c'est une autre facette du point précédent ou si c'est un élément supplémentaire, mais mes relations numériques sont plutôt structurées autour d'une coopération : un projet à faire avancer, des objectifs dans un jeu vidéo, un thème commun d'un canal IRC, etc. Le smalltalk est de nature différente, et beaucoup plus difficile à gérer numériquement.

Je le vis bien

Je vais le répéter plusieurs sur la plupart des aspects, ça se passe bien pour moi. Je ne rencontre pas de difficulté particulière, je suis plutôt heureuse, et ma vie de confinée me convient presque autant que ma vie d'avant. Et je ne serais pas surprise qu'elle me convienne beaucoup plus que la vie d'après…

Si ce soir on nous annonçait la prolongation jusqu'à la fin du mois d'août du confinement tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, je ne serais pas du tout dérangée.

Et j'ai choisi la fin du mois d'août un peu au hasard, je n'ai absolument aucune idée de mon endurance à cette situation. Je ne serais pas surprise de pouvoir la tenir indéfiniment, comme je ne serais pas tellement surprise d'être sévèrement lassée à la fin du mois de mai.

Je le vis tellement bien que je trouve que c'est plus facile d'aller gratter au fond du tiroir pour trouver les tout petits points négatifs qui me gênent le plus :

Au boulot

Déjà, malgré toutes les râleries que j'ai pu publier sur mon boulot, je dois reconnaître le privilège d'avoir un boulot qui me permet facilement télétravailler. J'ai ainsi à la fois la sécurité sanitaire de pouvoir rester chez moi et la sécurité financière de pouvoir continuer à travailler.

Le basculement

Je suis assez loin des centres décisionnels de mon employeur, donc je ne sais pas du tout ce qu'il s'est passé en coulisse.

Vu du bas de l'échelle, jusque pendant la deuxième semaine du mois de mars, tout avait l'air de continuer normalement et inconsciemment, comme d'habitude. Y compris les grands déplacements prévus pour la fin du mois de mars, et ça commençait à faire vraiment tard pour les organiser, je ne sais pas s'il n'y a que de la négligence organisationnelle dans ces dates.

Le vendredi 13 mars, au lendemain de grandes annonces du chef d'état, nous avons appris que la direction se penchait sérieusement sur la mise en application de tout ça.

Il est parait-il typiquement français d'avoir de jolies annonces de chefs supposant que l'intendance suivra, mais par chez nous on fait attention aux détails pratiques avant d'agir.

Tout le SI a été mobilisé le lundi 16 mars, et à partir du mardi 17 mars l'intégralité de l'entreprise fonctionnait en télétravail. Il y a quelque chose qui fait très chaud au cœur dans le fait d'avoir contribué, avec mes modestes compétences en administration système, à cet effort du SI. Serait-ce de la fierté ?

Ce basculement a été largement facilité par les efforts de longue durée pour généraliser le télétravail. Comme beaucoup d'entreprises françaises, il y avait pendant très longtemps de grosses réticences au télétravail, mais début 2019 une série de mesures ont été lancées pour améliorer le bien être des employés, dont le télétravail sans condition pour un jour par semaine, extensible à deux jours après une espèce de période d'essai à un jour par semaine.

D'autre part, les mouvements sociaux de décembre 2019 ont sérieusement bloqué la région parisienne, et ont probablement fourni l'occasion de faire une répétition générale de l'ouverture en urgence du télétravail à un ensemble d'employés, même si le site parisien est minoritaire dans l'entreprise.

Le nouveau quotidien

Ces jours-ci je travaille sur un projet avec un collègue sur un autre site, donc mon quotidien professionnel est depuis plusieurs mois du travail solitaire avec quelques audioconférences par semaine. La seule différence entre faire ça depuis chez moi et depuis les locaux de mon employeur, c'est que chez moi je n'ai qu'un seul écran, qui est de moins bonne qualité que chacun des deux écrans de mon poste professionnel. Avec un nouvel agencement des fenêtres, je suis pratiquement aussi productive.

Le revers de la médaille, c'est que je n'avais que des relations indirectes avec tous les collègues que je hantais lors des pauses, et ces relations ont complètement disparu.

Il y a bien une initiative de « point quotidien », une audioconf' dans laquelle chacun explique en deux phrases ce qu'il a fait et de ce qu'il va faire, mais du coup ça n'a pas le contenu informel des pauses café ou déjeuner, et ça a la froideur de l'audioconf' que j'ai déjà évoquée.

Cela dit, j'ai l'habitude des parenthèses dans les relations informelles avec les collègues, car je ne les maintiens pas pendant les congés ou les missions chez les clients.

Une chose qui me manque un peu est le rôle d'experte ou de référente technique que j'avais progressivement acquis dans l'open-space, où des collègues venaient me chercher pour une aide technique ponctuelle sur une activité qu'ils font. Je ne vis pas mal les interruptions (contrairement à d'autres gens dont j'ai pu lire le témoignage) et je trouve très satisfaisant de pouvoir apporter de l'aide comme ça.

Autrement, je suis assez fière d'avoir réussi à maintenir un semblant de normalité, comme travailler aux mêmes horaires que lorsque j'allais au bureau, et ne travailler qu'habillée. Mais je me suis peut-être laissée un peu aller sur l'apparence physique…

Les perspectives

Même si tout a l'air rose comme ça, quand je ne pense pas aux problèmes à résoudre dans l'immédiat, j'éprouve une certaine inquiétude pour le futur.

Mon employeur fournit ses services surtout dans la recherche et le développement de gros groupes industriels. Nous subissons donc les crises avec une certaine inertie.

Certains projets sont réalisés en coordination très étroite avec le client, et nos clients n'ont majoritairement pas nos possibilités de redéploiement en télétravail, et certains collègues se sont retrouvés sans rien à faire. Ce n'est pas mon cas, mais j'ai vu la foudre tomber pas loin de moi.

À l'inverse, les projets sur lesquels j'interviens en ce moment ont été délimités et budgetisés bien avant la première contamination humaine, mais tous les projets qui auraient dû être lancés ces jours-ci sont reportés ou annulés.

Donc les années qui viennent promettent d'être difficiles, tant à l'échelle de l'entreprise, sur les résultats financiers, qu'à l'échelle individuelle, sur la quantité de chiantise qu'il faudra tolérer dans les missions.

Le reste du temps

Les relations humaines

Le principal effet du confinement sur moi, c'est de ne plus voir personne, en dehors de mon homme avec je vis du coup presque en permanence.

J'en ai déjà parlé plus haut, les relations construites sur des fondements physiques passent pour moi très mal au numérique. Les skypéros et autres visioconf' de groupe ne marchent pas du tout pour moi.

À l'inverse, mes relations numériques sortent renforcées du temps supplémentaire que je peux y consacrer, et c'est World of Warcraft qui a récupéré la plus grande partie de ce temps réarbitré.

Du coup, en gagnant d'un côté et en perdant de l'autre, le résultat net n'est que très légèrement négatif.

Quant à la relation avec l'homme dont je partage l'habitat, je suis ravie que ça continue à bien se passer. De ce que je peux lire, ce n'est pas donné à tous les couples…

Confinement et évasion

Dans l'ensemble, je vis très bien ce confinement. Je ne sais pas trop expliquer pourquoi, juste que ces contraintes ne me dérangent pas, et je ne me suis pas (encore ?) lassée.

Depuis le soir du lundi 16 mars, je n'ai passé qu'une demi-heure en dehors de l'appartement, et c'était pour aller dans le garage vérifier quelques bricoles sur ma moto, sans sortir du bâtiment.

En revanche, mon homme semble le vivre de moins en moins bien, ce qui explique que je lui laisse toutes les occasions de sortir, comme descendre les poubelles ou faire les courses.

Ça a l'avantage supplémentaire de me protéger de l'attestation de sortie, donc on gagne tous les deux à cette répartition inégalitaire des tâches.

À l'inverse, pendant les premières semaines il y avait une espèce de confinement mental que j'ai eu de plus en plus de mal à vivre. Et puis j'ai fini par me souvenir de mon besoin de fiction, car l'absence de transports en commun a supprimé ma seule occasion de lecture. Du coup je me suis donné un créneau quotidien de lecture (ou d'écriture de weblog), et ça va beaucoup mieux.

Je trouve un peu triste de n'avoir toujours pas retenu la leçon ce billet qui a un an et demi, il est encore complètement d'actualité, à l'exception de la situation présente qui démontre clairement qu'il y a bien un besoin de fiction et pas seulement de calme pour introvertie.

L'inconfort de l'incertitude

Si je trouve que dans l'ensemble je vis très bien le confinement, ses extrémités ont été beaucoup plus pénibles pour moi.

Je me souviens de début mars, j'avais encore pas mal de choses prévues à diverses échéances, et voir tous les plans se faire « coronannuler » l'un après l'autre était source d'émotions passablement négatives.

J'aurais beaucoup mieux vécu un arrêt brutal de tout, et de façon plus générale j'ai beaucoup mieux vécu les annulations que les incertitudes sur la possibilité ou non que telle ou telle chose ait lieu. Il y a un certain confort à avoir en tête un avenir vraisemblable, et symétriquement un gros inconfort dans l'incertitude.

Du coup, lorsque le confinement général a commencé, il ne restait plus rien dans ma vie à annuler, et j'ai retrouvé une certaine sérénité. Je me souviens que j'ai été soulagée de l'espèce d'oppression mentale assez brutalement, en deux fois, après l'annonce du télétravail généralisé et ensuite après l'annonce de l'annulation du dernier évènement personnel dans mon agenda.

Récemment, cette sérénité commence à s'effriter. Je ne comprends pas vraiment comment tout le monde s'est débrouillé pour comprendre une fin de confinement le 11 mai, alors que je n'ai entendu parler que de prolongation du confinement jusqu'à cette date avec une suite à déterminer.

J'éprouve une certaine résistance envers la quantité croissante de plans d'« après 11 mai » qui commencent à sortir autour de moi. J'ai l'intuition que trop de gens vont vouloir vivre le 11 mai comme une libération, que le mois de juin verra une deuxième vague terrible, et que la collision entre le mouvement de déconfinement et le mouvement de reconfinement va semer un chaos qu'on n'imagine pas encore d'ici.

Non, ce n'est pas contradictoire avec mes prédictions récentes, parce que je prédisais un retour au statu quo seulement après la crise, sans préjuger de la quantité de chaos avant qu'elle soit terminée. D'autre part, mon pessimisme du paragraphe précédent est également un scénario possible parmi un certain nombre d'autres scénarios (moins pénibles) que je garde en tête instinct parce qu'ils me semblent aussi tout à fait valables.

D'ailleurs, je suis très reconnaissante envers mon employeur, qui ne s'empresse pas de planifier quelque chose pour le 11 mai, et attend de voir ce que l'avenir nous réserve avant de sortir du télétravail intégral.

Conclusion

Je me souviens des cours d'écriture où j'ai appris que les articles de journaux sont construits comme une chaîne logique prise à l'envers. Dans mes billets habituels, je pose des bases, je construis dessus, et je couronne cet édifice intellectuel par ma conclusion. On m'a appris que les articles de journaux sont faits dans l'autre sens pour donner les informations les plus importantes au début, et permettre à chaque lecteur de continuer avec autant de chainons qu'il lui manque jusqu'à raccrocher les wagons.

Dans l'espoir de faciliter la vie d'un éventuel lectorat qui se perd en route dans mes murs de texte trop longs, j'ai fait l'exercice que j'avais appris à l'époque, et j'ai inversé ma construction pour commencer par la conclusion et ensuite ajouter les fondations en dessous.

Sauf que du coup, je ne sais pas quoi mettre à la fin. J'ai déjà tout conclu au début, il ne me manquerait guère qu'un envoi et une signature.

Que pensez-vous de cette construction ? Est-ce que ça vaut la peine de tordre ma logique naturelle ? Ce billet vous serait-il plus agréable avec les leçons apprises à la place de la présente partie ? Ou moins ? Et comment rattraper les lecteurs que j'ai perdus en route pour les soumettre aux mêmes questions ?

Publié le 24 avril 2020

Tags : Autoexploration Boulot Évènement Humeur

Après la crise

Ces derniers temps j'entends un peu partout des prédications selon lesquelles la crise sanitaire que nous traversons va changer profondément la société dans laquelle nous vivons, mais chacun prédit des changements dans des directions très différentes.

Certains pensent qu'on va fatalement revaloriser tous les métiers qu'on « découvre » comme étant indispensables.

Certains pensent que les gens vont se rendre compte de la vanité de tout ce dont ils se passent très bien ces temps-ci, et continueront avec un mode de vie plus frugal.

Certains semblent penser que la gestion douteuse de cette crise va politiser une bonne partie de la population.

À l'inverse, certains craignent une évolution catastrophique et durable, comme par exemple un effondrement économique.

Toutes ces réflexions m'inspirent à peu près le même sentiment, et la difficulté que j'ai pour le mettre en mots me laisse penser que ces mots sont intéressants à partager.

Comparaison…

Imaginez une situation que vous avez vécue très souvent, avec un résultat prévisible, et que vous avez vécue assez souvent pour se sentir en terrain connu dans des résultats minoritaires.

Vous trouverez peut-être un meilleur exemple dans votre vécu, mais je propose la situation simple d'une intersection routière dégagée, gérée par des feux tricolores, vous avez vu votre feu passer au vert pendant votre approche, et vous voyez arriver une voiture par la droite.

À force de vivre ce genre de situations, on sait que le feu pour cette autre voiture est rouge, et on sent l'imminence d'un futur dans lequel on maintient sa vitesse pendant que la voiture qui approche s'arrête à son feu rouge et vous laisse passer.

Et en même temps, vous connaissez cette intersection, vous savez que les feux sont là pour gérer les heures de pointes, et qu'à cette heure il n'y a personne sur cette route ; vous avez déjà vu des gens griller ce feu, peut-être l'avez-vous même grillé vous-même.

Donc si cette voiture qui arrive ne s'arrêtait pas, ce serait inhabituel, mais ça ne vous surprendrait pas. Vous êtes prêt à réagir à cette situation, peut-être en étant mentalement prêt à piler, peut-être vous adaptez votre vitesse pour éviter une collision si tout le monde continuait dans sa lancée.

… n'est pas raison

L'exemple de l'intersection est volontairement simpliste, car je voulais un exemple assez parlant dans lequel aussi bien le cas habituel que les principaux cas minoritaires sont gérés à l'instinct, sans écrire tout un roman pour le faire comprendre.

Les prédictions de l'après-crise sont d'une complexité qui n'a rien à voir avec l'approche d'une intersection routière, mais les deux ont pour moi le même goût.

J'ai l'intuition que la société, comme les gens, ne change pas brutalement comme ça, du jour au lendemain, ni du mois au mois suivant. Un peu comme ce que j'ai esquissé dans Becoming pour les individus. Les « grands moments » ne sont que des révélateurs ce qu'il y avait déjà avant, comme les tremblements de terre ne sont que des révélateurs de tensions tectoniques qui s'accumulent lentement.

Et je ne crois pas du tout que les tensions tectoniques dans notre société aillent dans le sens d'une reconnaissance de qui que ce soit ou de quelque frugalité que ce soit. J'ai l'impression que ceux qui prévoient une telle évolution parlent plus d'eux-mêmes que de l'ensemble de la société.

J'ai un peu de mal à trouver des exemples qui ne demandent pas un roman entier pour être décrits, mais je me sens dans le terrain familier du groupe d'humains qui saisit la première occasion pour revenir au statu quo, pour se laisser porter par l'inertie.

J'ai vu des gens avec de bonnes idées qui tombent à plat parce qu'il n'y a pas d'étincelle politique pour vaincre l'inertie du groupe. J'ai vu des gens avec de fines analyses de risque être transformés en Cassandre par une bureaucratie adepte de la méthode du parapluie.

Il y a bien des gens qui sont capables de lancer des foules, comme Hitler ou Trump dans leurs rallyes, qui seraient capable de faire une sorte d'effet levier pour faire avancer leurs idées. Si une idée révolutionnaire devait sortir après cette crise sanitaire, je la verrais plutôt de ce type, et je ne trouve pas que ce soit désirable.

J'y crois cependant assez peu, parce qu'il me semble que cet effet levier a déjà usé jusqu'à la corde par les réseaux sociaux et leur recherche d'engagement à tout prix. Alors qu'Hitler n'avait que très peu de concurrence, on a Trump, Sanders, Mélanchon, Raoult, etc qui tirent chacun la couverture à eux et font du clash au lieu de faire un moment net à l'échelle de la population.

Si toutes ces considérations douchent mes espoirs de révolution positive à l'occasion des évènements présents, ils n'excluent pas un emballement négatif du système économique ou social.

Je trouve que le risque de retournement catastrophique plus possible que la révolution, mais je n'y crois pas trop non plus, parce que la situation ne me semble pas encore assez grave pour échapper au pouvoir des élites. Je suis convaincue que les élites politiques comme économiques feront tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter un effondrement ou même un gros dysfonctionnement de l'économie ou de la société qui la supporte.

J'ai aussi l'impression que les prévisions catastrophistes surestiment l'impact des choses, ou dit autrement qu'une population accepte comme anecdotiques des choses qu'on jugerait individuellement comme d'authentiques catastrophes. Je suis en cela peut-être biaisée par mon expérience de choix de politique du pire dans l'espoir de faire bouger des choses, espoir qui a été presque à choix fois brisé par la capacité de certains groupes à accepter si facilement des choses qui me semblent inacceptables.

Conclusion

Même si je suis étonnée par la quantité de discours que lis sur « plus rien ne sera comme avant », parce qu'il y en a d'habitude beaucoup moins, et que je reconnais le caractère possible de la plupart de ces scénarios, j'ai l'intuition que finalement assez peu de choses vont changer.

Le scénario qui me semble le plus probable, comme la voiture qui s'arrête au feu rouge, c'est que la crise sanitaire va se terminer plus ou moins vite et les gens retrouveront leurs habitudes ; la crise économique va continuer plus ou moins longtemps après avec les effets habituels des variations économiques ; et la crise politique va continuer la même progression lente que ces dernières décennies, mais je ne saurais dire jusqu'où elle va aller ou comment elle va se terminer.

Je ne prédis que des changements mineurs et plutôt localisés, comme après le 11 septembre 2001, après la crise des subprimes de 2008, ou après le 13 novembre 2015. Il y a des vraies conséquences, comme le théâtre sécuritaire dans les aéroports, les politiques d'austérité, l'état d'urgence permanent ; mais ces évolutions sont loin d'avoir l'ampleur des révolutions ou des catastrophes qui sont prédites ces jours-ci.

Mais en même temps, je ne miserais pas ma vie ou ma voiture sur ce retour à la normalité familière. Je ne serais étonnée si la voiture grille le feu et me passe devant, si le pays bascule dans l'autoritarisme voire le fascisme, ou si la situation économie devient plus largement mauvaise que je n'ai jamais connu dans ma vie.

D'un autre côté, je serais étonnée si la voiture s'arrête au feu et redémarre juste pour me percuter quand je passe, ou si la société de consommation ne se relève pas.

Cela dit, autant je vois une possibilité qui se dégage clairement sur l'évolution à suffisamment long terme pour voir derrière la crise, autant le court terme est saturé d'incertitudes, et le « déconfinement » promet d'être encore plus chaotique que le confinement.

Du coup je me demande dans quelle mesure tous ces prédicteurs ne sont pas juste en train de laisser les incertitudes du présent et du court terme contaminer leur vision plus lointaines, et trient dans ce nexus l'issue qui résonne le plus avec leurs compétences ou leurs aspirations.

Publié le 18 avril 2020

Tags : Évènement Société Vision atypique

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