Cybook Odyssey

Je déteste les chèvres. Aussi bien vivantes que dans l'assiette. Je ne sais pas exactement pourquoi, et je ne vais pas m'avancer à faire de la psychologie de bazar en parlant de la préparation à un dictée d'un extrait de La chèvre de monsieur Seguin au primaire, où mon père m'a fait faire la dictée autant de fois que fautes commises en tout, car je suis certaine que ça n'explique. Bref, a fortiori, je hais les boucs, ce qui est une raison tout à fait valable et suffisante pour s'intéresser aux e-books.

Ça fait depuis très longtemps que l'idée d'avoir un liseur1 de livres électroniques me courait dans la tête. Enfin, elle s'y promenait paresseusement.

J'ai commencé par un scepticisme très marqué, comme j'ai par défaut envers tous les e-quidlibet. Parce que commencer avec quelque chose qui marche plutôt bien, et le rendre dépendant d'une alimentation électrique, ça ne commence pas très bien. Le rendre beaucoup plus sensible aux conditions extérieures, en particulier l'humidité et les chocs, n'arrange rien non plus. Il faut donc débarquer avec une bonne quantité d'avantages pour pouvoir commencer à mériter mon attention. Non, être à la mode ne compte pas comme un avantage, si ça doit compter ce serait plutôt négativement.

Le premier argument auquel j'ai été sensible, c'était la recherche de texte. Et c'est typiquement le truc qu'il me manque presque à chaque fois que j'interagis avec du papier.

Le deuxième a été l'encombrement. Ma liste de lecture atteste à quel point je lis peu, alors que ce point fait partie de mes bonnes résolutions de nouvel an (ou pas) depuis une bonne décennie. Je continue de (faire semblant de) garder espoir de pouvoir arranger ça. Bref, j'arrive quand même à plusieurs dixièmes de mètre-cube de livres, et je trouve que ça finit par faire beaucoup.

Il n'y a pas vraiment d'autre avantage qui s'est jeté sur moi, donc cette idée a tranquillement continué son chemin dans mon esprit.

Et puis à Noël dernier, ma moitié a reçu un Kindle, et ça a un peu caféiné cette idée.

Et puis depuis quelques mois je me suis dit que ça pourrait être sympa' de pouvoir lire dans le bain, et je n'arrive pas à trouver assez de confiance en moi pour le faire avec un livre en papier. Alors que mettre autour d'un liseur un sac hermétique (genre ziploc) dans lequel j'ai confiance est un peu moins irréaliste.

Et puis la semaine dernière, pour une raison qui n'a absolument rien à voir avec les considérations récentes de la presse à ce sujet (en dehors du fait d'avoir réveillé cette idée de longue date), j'ai finalement craqué.

Je suis donc maintenant en possession d'un Cybook Odyssey de Bookeen. Je ne suis pas très au clair avec les raisons qui m'ont fait choisir celui-là plutôt qu'un autre, mais je rappelle à toutes fins utiles qu'ici c'est instinctive.eu, pas rationnelle.eu.

Je suppose que le côté « pas un des deux gros » a joué, et son esthétique probablement aussi, mais ça ne fait quand même raisonnablement pas le poids devant l'absence de recherche de texte, l'interface tactile (les boutons, c'est Bien™ (surtout au travers d'un ziploc)) et le manque de hackabilité.

Mais comme j'ai récemment fait plein de décisions rationnelles à l'encontre de mon instinct, il fallait bien que je me lâche un peu. Je vous préviendrai si un jour je le regrette.

En attendant, j'aime bien ce liseur.

Quelque chose s'est horriblement mal passé lors de la première connexion avec le FreeBSD de Yulai, et ça a tué le système de fichier dessus. Après des sueurs froides et de nombreuses réinitialisations de tas de trucs, j'ai pu remettre le jouet dans un état fonctionnel, au prix de tous les e-books préchargés offerts avec.

J'ai depuis pu l'essayer à la lumière du jour, sous éclairage artificiel, et à la lumière de ma lampe de chevet. Et ce avec le Cid, Cyrano de Bergerac, Just so Stories et le premier volume du manga Claymore.

Autant le texte passe très bien, autant le manga n'égale pas le confort du papier, et j'imagine que pour le reste des bandes dessinées ce serait encore pire. D'un autre côté, s'en tenir aux livres (en texte pur) est tout ce que j'en attendais.

Autrement j'ai retrouvé toute seule une bonne partie de cette liste de doléances, mais j'ai surtout été gênée par l'absence de recherche de texte, l'accès peu pratique au contenu de la carte microSD, et les difficultés pour sélectionner « tactilement » les liens (surtout lorsque la zone active est relativement petite et serrée à d'autres, par exemple un lien sur le texte « ePUB » parmi une liste d'autres formats).

Je suis donc contente d'avoir suivi mon instinct, en ne sachant probablement jamais si j'aurais plus aimé une autre solution plus raisonnable.

Maintenant la question ouverte est : ce livre électronique va-t-il réussir à augmenter la place de la lecture dans ma vie ?

Les paris sont ouverts…

% [1]: parce qu'il y en a marre de l'objectification des femmes, mes objets (surtout ménagers) sont autant que possible masculins : j'ai un lave-linge, un téléviseur, un sèche-linge, un expresso, un feu (à gaz) sur un fourneau, etc… Et ce n'est pas du tout pour ne pas faire comme tout le monde, ça n'a rien à voir. Nonmaissansblague.

Publié le 7 mai 2012

Tags : (Sans tag)

L'intelligence, à quoi ça sert ?

Pendant la conception de ce billet, j'ai dû férocement ferrailler avec ma tendance naturelle à l'autodévalorisation, parce que la question qui se pose à moi depuis plusieurs mois concerne ma situation, avec mon intelligence.

Donc pour assainir la discussion, on ne va pas parler de moi, mais d'un personnage fictif, Mme Головина, que l'on appellera dans la suite Mme Golovina, parce qu'il a déjà fallu une quantité colossale de coups de pied au c*l pour que les administrations françaises daignent utiliser des accents sur les noms, donc leur faire utiliser du cyrillique est fatalement voué à l'échec.

Mme Golovina est donc, par hypothèse, une personne très intelligente. Mais « intelligent » est un mot ambigu, qui peut vouloir dire plein de choses. Précisons donc : elle est très douée dans les domaines techniques et scientifiques. Même si sa mémoire n'est pas spécialement efficace, elle comprend très facilement, et retient très bien ce qu'elle a compris, et surtout elle met facilement en relation ce qu'elle a compris avec une compréhension précédente et/ou une situation concrète, pour en tirer des conséquences pertinentes.

Ce don semble d'ailleurs très général : dès qu'il y a quelque chose à comprendre, plutôt qu'à savoir encyclopédiquement, elle s'en sort très bien, qu'il s'agisse de « basse » technique (comme le fonctionnement d'un moteur à quatre temps), de concepts abstraits (comme la logique fondamentale), ou de choses plus exotiques (comme des concepts de sociologie ou de psychologie (même si le passage à la réalité est dans ce cas plus douteux)).

D'autre part, elle a un grand souci du détail. Sans aller à faire du détail pour le détail, elle cherche seulement les détails « problématiques » qui pourraient se révéler désastreux pour le futur, et investit systématiquement le temps de les prévenir (donc uniquement lorsqu'il s'agit d'un investissement rentable). Et elle semble avoir un don particulier pour trouver ce genre de détails là où d'aucuns n'auraient vu seulement qu'« en gros ça a l'air de marcher » avant de passer à la suite.

J'ai eu la chance parfois de rencontrer des véritables génies, des gens dont l'« intelligence » dans un domaine plus ou moins large est tellement impressionnante qu'elle ne peut raisonnablement être mesurée sur la même échelle que le commun des mortels. Ce n'est pas le cas de Mme Golovina : elle est « normale », très haut sur l'échelle du commun des mortels, mais reste quand même sur cette échelle.

Pour équilibrer le personnage, il faut bien avoir qu'en dehors de ça elle n'est pas très douée : maladroite, maladivement timide, et socialement inepte au point d'être incapable d'imaginer à quoi peuvent ressembler le marchandage, la diplomatie ou la séduction.

Maintenant que le contexte est posé, venons à la question de fond de ce billet : à quoi cette intelligence peut-elle bien servir ? Et plus précisément dans le domaine professionnel, comment peut-elle la mettre à profit ?

Il y a certaines grosses sociétés très friquées qui cherchent spécifiquement des gens comme elle. Il ne semble malheureusement pas y en avoir à proximité du domicile de Mme Golovina, domicile qu'elle refuse de quitter pour des raisons personnelles.

Que lui reste-t-il ?

Dans les entretiens d'embauche (purement fictifs, bien entendu, mais qui restent le reflet de la perception fatalement limitée que j'en ai par ma propre expérience réelle), Mme Golovina a été déçue.

Ces entretiens ont toujours été une sorte d'instantané de ce qu'elle est capable de faire. Elle s'est présentée pour un poste de développement dans un langage qu'elle a appris toute seule pendant son temps libre au cours de la dernière année. Elle montre le même niveau que quelqu'un qui a quatre ans d'expérience dans le développement avec ce langage. Et du coup, elle est traitée exactement de la même façon. Son intelligence et sa compréhension des systèmes qui lui ont permis d'atteindre ce niveau si rapidement lui permettront pourtant une progression beaucoup plus rapide, et une efficacité beaucoup plus grande, que son homologue plus expérimenté mais moins doué.

Mme Golovina voit ensuite avec une certaine surprise qu'on ne lui compte comme « expérience professionnelle » que l'année pendant laquelle elle a occupé un poste avec un libellé informatique, alors que pendant son doctorat elle a passé plus de deux ans à travailler à temps plein à la fois comme chef de projet, architecte en logiciel, développeuse, administratrice système et support pour les utilisateurs. Il en est ressorti d'authentiques compétences de terrain, qui sont envoyées directement aux toilettes. Elle est considérée exactement de la même façon qu'un ingénieur après un premier emploi d'un an, pourtant cinq ans plus jeune et concrètement moins expérimenté (indépendamment de l'intelligence).

Donc en plus d'accéder aussi facilement au poste, son homologue avec quatre ans d'expérience (mais plus jeune) commence en plus avec un salaire et une reconnaissance sociale plus élevés (et ça c'est sans compter les préjugés de genre qui creusent encore cet écart, surtout dans le second domaine).

À ce stade, Mme Golovina a le choix d'accepter ce déséquilibre, et de continuer ces démarches, pour se retrouver embauchée dans une société où elle est prisonnière d'une grille de salaire qui ne tient compte que de son poste et de sa prétendue expérience (tronquée) mais pas de son intelligence. Elle se dit qu'après tout peu importe la rémunération initiale, tant qu'elle suffit pour satisfaire ses besoins, ses priorités sont ailleurs.

Alors la question se repose : une fois embauchée, qu'est-ce que Mme Golovina peut bien faire avec son intelligence ?

Elle pourrait être plus efficace que ses collègues sur les projets qu'on lui attribue, mais on se contenterait juste de lui attribuer plus de projets, en classant ceux qu'elle a accompli comme « faciles ». L'entreprise en bénéficierait, mais pas Mme Golovina.

À moins qu'elle apprenne à rendre son efficacité plus visible. C'est de l'humain, donc c'est loin d'être gagné d'avance, mais admettons. Que peut-elle en espérer ? Un peu de reconnaissance, peut-être, jusqu'à ce que les gens s'y habituent et trouvent ça normal. Une promotion, comme une revanche sur la grille de salaire ? Ça reviendrait à lui donner un poste de management, c'est-à-dire humain, où elle serait fatalement exécrable.

Alors, pourquoi se battre pour utiliser cette intelligence, alors que se fondre dans la médiocrité ambiante aboutit au même résultat ?

Ou alors, Mme Golovina peut faire le choix de refuser. Refuser d'entrer dans le système coincée dans une case qui lui est défavorable. Mais comment faire autrement ? Les qualités exceptionnelles ne rentrent pas dans les cases. Existe-t-il dans ce pays des emplois que l'on peut atteindre sans être dans une case qui nivellerait l'intelligence de Mme Golovina ?

J'essaye d'espérer que oui, mais j'avoue ne jamais en avoir vu.

C'est pourquoi je crowdsource une réponse, en faisant appel à mon lectorat : comment Mme Golovina peut-elle utiliser son intelligence pour améliorer son quotidien professionnel ? Ou bien n'a-t-elle pas d'autre choix que se résigner à simuler une médiocrité professionnelle, en ne comptant que sur ses loisirs pour laisser aller ce qui fait d'elle ce qu'elle est ?

Publié le 21 avril 2012

Tags : Société Tarée

Comme un jour de septembre…

Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de ma jeunesse. Comme tout le monde, je suppose. J'ai le souvenir diffus que l'ennui est un problème que j'ai rarement rencontré. Ou du moins beaucoup plus rarement que ce qui était suggéré par des discussions que j'ai entendues beaucoup plus tard, où des parents parlaient des côtés négatifs des vacances scolaires, surtout les « grandes vacances » d'été.

Cela étant, je reconnais que je ne peux rien extraire de ma mémoire pour étayer cette affirmation ; mais partir à la recherche d'exemples pour étayer un quantificateur universel est toujours périlleux.

Il y avait donc la vie en période scolaire, et la vie en période de vacances scolaires, et il ne me semble jamais avoir souhaité ardemment un changement dans un sens ou dans l'autre. Ces changements existaient malgré tout, et il fallait évidemment faire avec.

Depuis quelques jours, j'ai retrouvé des impressions que je n'avaient plus ressenties depuis longtemps. Les impressions de ces jours de septembre, qui font encore partie des vacances, mais qui n'en sont plus vraiment, qui sont plutôt la préparation de la rentrée imminente.

Ma rentrée, c'est demain.

Après cinq mois et demi en chômage, je vais reprendre le chemin de l'école du travail.

Et comme avant une rentrée scolaire, je ne sais pas très bien à quoi m'attendre. Évidemment, j'ai une vague idée des thèmes qui vont être traités, je sais dans quelle filière je suis inscrite pour quel poste j'ai postulé. En revanche, je n'ai absolument aucune idée de qui seront mes camarades de classe collègues, quelle sera l'ambiance, de quelles fournitures j'aurai besoin, etc. Bref, tout ce qui fera que mon quotidien est ce qu'il est.

Le plus pénible n'est pourtant pas directement l'incertitude de ce futur pourtant si proche, mais plutôt le changement soudain et massif dans le rythme de vie. Un changement auquel on ne peut pas vraiment se préparer, faute de savoir à quoi se préparer. Je préfère les transitions en douceur, bien planifiée, mais la vie est ainsi faite que je n'ai pas droit à ce luxe.

En toute franchise, je n'aurais pas été foncièrement contre continuer le chômage. Il y a les contraintes financières, évidemment, mais dans le cas hypothétique où elles n'existeraient pas (par exemple avec une allocation universelle), je pense que j'aurais pu rester longtemps sans emploi et sans être malheureuse.

Je crois que ce qui m'aurait manqué en premier, c'est le contact social ; mais l'environnement de travail n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux pour ça. Voire il peut être un cadre socialement négatif, par exemple à cause d'une mauvaise ambiance ou de harcèlements. D'autres environnements, moins contraignants, par exemple associatifs, sont probablement plus adaptés pour remplir ce besoin.

Et dans le même registre, j'ai connu un sentiment d'utilité (et la reconnaissance sociale qui va avec) dans mon emploi précédent. Je crains ne plus le ressentir avant longtemps, vu que j'ai renoncé à la voie de l'administration système (pour l'instant, mais ça va devenir de plus en plus dur de trouver un recruteur qui me laisserait y retourner).

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne (plus ou moins quelques heures), je partirai vers l'inconnu, vers l'aventure, vers l'épopée mystérieuse de mon futur emploi. Je sais qu'ils m'attendent.

J'aurais juste aimé avoir aussi la certitude d'être correctement armée pour affronter tout ça.

Publié le 15 avril 2012

Tags : Boulot

Sécurité des mots et des phrases

Ça fait depuis assez longtemps que je m'intéresse aux Bonnes Pratiques en matière de sécurité, même si je ne les suis pas toujours.

Ça fait aussi depuis des années que j'ai conscience de la faiblesse pathétique des mots de passe, qui sont pourtant encore omniprésents.

Je n'ai pas attendu xkcd pour me douter qu'une phrase de passe est plus efficace que les mots de passe difficiles à retenir. En fait j'ai l'impression que c'est encore un nouvel exemple de cette faute de logique qui consiste à considérer comme objectivement difficile (et donc difficile pour tout le monde) quelque chose que l'on trouve soi-même difficile.

Cependant, j'ai laissé ces considérations de côté, car je me croyais au dessus de ça. En effet, les mots de passe aléatoires ne me posent pas vraiment de problème, il me faut une dizaine d'utilisations de mes mots de passe habituels pour les mémoriser, et ensuite il n'y a pas besoin de tellement d'entretien.

Tous mes mots de passe sont donc générés en choisissant aléatoirement dix caractères parmi les lettres majuscules et minuscules, les chiffres, et dix symboles de ponctuation. Autant dire que c'est largement plus fort que les deux exemples de xkcd.

Pourtant ce n'est qu'aujourd'hui, en découvrant diceware, dont j'admire la simplicité et l'efficacité, que j'ai cherché des chiffres pour remettre en question mes pratiques concrètes.

L'entropie de mes mots de passe est donc de 61.70 bits. Comme je le soupçonnais, ce n'est pas loin des 64.62 bits des cinq mots de diceware. Pas assez loin pour justifier à mes yeux un changement d'habitude.

Mais cela a soulevé une autre question, beaucoup plus insidieuse : combien me faut-il d'entropie pour me considérer en sécurité ? Et là évidemment, ça met en lumière le fait que la sécurité dépend des circonstances : 4 chiffres (soit 13 bits), c'est pathétique, mais quand il n'y a que trois essais (genre carte bancaire ou SIM), ça suffit.

Avec mes dix caractères aléatoires, j'estimais taper tellement fort que je pouvais utiliser ça partout sans réfléchir. C'était peut-être vrai il y a dix ans, lorsque les moyens informatiques était plus faibles et mes informations (encore) moins intéressantes. Mais quand est-il aujourd'hui ?

J'ai été plutôt surprise de la difficulté à trouver une réponse sur le grand 'ternet à la question pourtant simple « Combien me faut-il d'entropie pour une identification manuelle ? »

La réponse la moins insatisfaisante est venue de nos chères institutions, pour qui les 64 bits sont tellement pathétiquement bas que c'est une limite minimale acceptable.

Mais alors, que faire ?

Puisque 128 bits est recommandé par l'ANSSI, ça semble être un objectif raisonnable, au moins pour les situations les plus importantes (par exemple, ma clef maîtresse PGP) ou automatisables (par exemple, mes comptes émaux relevés automatiquement par fetchmail).

Ça fait 21 caractères de mon système habituel. Suis-je capable de mémoriser et ensuite entretenir des mots de passes aussi longs ? Il faudrait essayer pour le savoir, mais c'est dangereux si la réponse s'avère négative.

Ou bien 10 mots de diceware ? Je ne saurais dire si ce serait plus facile à mémoriser ou non. Je suppose que je fabriquerai des phrases autour de ces mots, voire que j'utiliserais ces phrases directement en guise de passe (ajouter des mots ne peux pas nuire à l'entropie), le plus grand danger me semble alors être le mélange entre deux phrases de passe mémorisées. Et je ne peux m'empêcher de craindre dépasser une éventuelle limite à la taille des mots de passe.

Et ensuite, où se contenter de moins ?

Probablement un peu partout, car au fond la question est « Contre quelles attaques veux-je être protégée ? », ou peut-être plus réalistement (mais négativement) « Contre quelles attaques acceptè-je d'être vulnérable ? ». En substance, les 128 bits servent à se protéger contre toutes les attaques par force brute. C'est-à-dire le pire des cas : l'attaquant n'a pas de limite dans le nombre d'essais, et sa seule limite dans la vitesse de chaque essai est la puisse de calcul dont il dispose.

On peut donc déjà se contenter de moins au moins lorsqu'une attaque plus efficace et plus facile que la force brute est disponible (par exemple un keylogger), et lorsque le nombre d'essais et/ou la vitesse d'essai sont sévèrement limités (par exemple un service en ligne bien conçu, en supposant que le serveur ne soit pas compromis (et s'il l'est, on est probablement ramené au cas précédent)).

Malheureusement, la mise en pratique est rendue difficile par la difficulté à identifier la situation dans laquelle on se trouve.

Par exemple, quelle force utiliser pour le mot de passe de login physique à une machine chez moi ? Au travail ? Pour le login par SSH, uniquement accessible par le réseau local de la maison ? du travail ? Dans ce cas j'ai tendance à utiliser uniquement des clefs, mais ça déplace juste la question : quelle force pour le mot de passe d'une clef SSH locale sur un ordinateur à la maison ? au travail ? Et pour les clefs SSH root ? Et pour mes sous-clefs PGP sur mes machines ?

C'est compliqué de définir une politique raisonnée de mots/phrases de passe… Quelqu'un parmi mon lectorat aurait-il réussi ce haut-fait ?

Publié le 15 mars 2012

Tags : Geek

L'envers de la surprise

Il m'arrive souvent de dire à qui veut l'entendre que j'aime beaucoup les surprises. Ça fait assez longtemps que je trouve que ma vie manque de surprises organisées par des gens auxquels je tiens. Par contre je me suis récemment rendue compte que je n'ai rarement (peut-être même jamais) organisé de surprise pour quelqu'un auquel je tiens.

Jusqu'à récemment.

En effet, il y a quelques jours, c'était l'anniversaire de mon compagnon. Et contrairement à d'habitude, où je cédais au consumérisme aveugle et stupide, j'ai confectionné un cadeau d'anniversaire. En secret, donc.

Ce n'est pas pertinent pour le sujet de cet article, mais le cadeau en question était la liste des cinq cents livres stockés dans des cartons dans sa cave, avec leur emplacement approximatif. Et ça m'a pris beaucoup plus de temps que j'en avais prévu.

Ce qui m'a marquée dans cette expérience, c'est que le plus difficile n'a finalement pas été la manutention de cartons de vingt kilos fragilisés par l'humidité, mais de garder l'élément de surprise. J'ai dû faire tout ça dans le secret.

J'ai dû contenir mon enthousiasme pour certaines découvertes que j'y ai faites, et ne rien laisser paraître en sa présence. J'ai dû faire attention à remettre dans son état précédent tout ce que mon activité secrète a pu chambouler. J'ai angoissé en remarquant tout les chamboulements que j'avais ratés, mais que je ne pouvais rectifier après son retour, sous peine de porter son attention sur l'imperfection en question. J'ai dû faire attention lors de mes changements de bureau virtuel, au risque de faire apparaître une photo compromettante. J'ai dû rester vague sur mon emploi du temps. Par chance, je n'ai pas eu besoin de mentir, je me demande si j'en aurais été capable ; en tout cas j'ai pas mal angoissé sur la possibilité d'être amenée à lui mentir.

Bon mon compagnon n'a remarqué aucun des chamboulements non-corrigés, ni aucune des quelques dizaines de fois où une photo compromettante est apparue sur mon écran pendant quelques dixièmes de seconde. Quelle chance qu'il n'ait pas un sens de l'orientation holmesien (ou alterperceptif). Par contre il a bien noté un manque de réactivité suspect sur messagerie instantanée.

Évidemment, j'ai tout de suite pensé au parallèle avec le fait de lui cacher autre chose, qui ne lui plairait sans doute pas du tout : une relation hors-couple. Le paragraphe en « J'ai dû… » s'y applique exactement, au mot près. J'ai lu plusieurs fois que ce serait justement tout ça donnerait le plus d'intérêt à ce type de relations. Et j'avoue que je ne vois pas du tout comment c'est possible, vu à quel point ça a été un calvaire pour moi, malgré mes inclinaisons naturelles.

Alors c'est vrai qu'on pourrait argüer que nous sommes encore un jeune couple. On est encore à plusieurs mois de la date de péremption de l'amour, chimiquement fixée à trois ans, paraît-il.

Pourtant la confiance est tellement fondamentale dans toutes les formes de relations que j'arrive à imaginer, que je n'arrive pas à me croire capable de duplicité (même sans mentir) envers quelqu'un que j'aime.

Et vous, arrivez-vous facilement à cacher une bonne surprise à quelqu'un qui vous est cher ? Et une mauvaise ? Suis-je dans une minorité à garder tous mes placards grand ouverts et sans squelette ?

Publié le 27 février 2012

Tags : Tarée

L'espoir appelle la déception

Une des leçon que la vie s'est acharnée à m'inculquer est que l'espoir appelle la déception. Toujours. Alors pour éviter les affres de la déception, j'évite au maximum d'espérer.

J'ai discuté plusieurs fois avec des gens qui semblaient incapable de concevoir que l'on puisse choisir d'être pessimiste, que ce n'est pas (forcément) une caractéristique intrinsèque. Je soupçonne que ce soient des cas d'erreur fondamentale d'attribution, mais peu importe.

Je suis capable de biaiser volontairement mon point de vue vers le pessimisme, et je le fais surtout quand je suis plus fragile. En effet, c'est le genre de situations difficiles où l'impact négatif d'une mauvaise nouvelle est amplifié ; alors pour avoir plus de bonnes surprises que de mauvaises, j'ajuste mon appréciation des choses vers le négatifs.

Cependant tout cela s'applique à des situations extrêmes et relativement rares. Et pourtant d'aucuns me considèrent comme pessimiste. Ce qui est relativement vrai, mais en réalité je suis d'ordinaire agnostique. Finalement, la décision de m'embaucher est du même genre que ce qui m'arrivera après ma mort : ça se passe complètement hors de mon contrôle, et il m'est impossible d'avoir assez d'information pour faire ne serait-ce qu'une supposition éclairée. Il me semble aussi facile de pratiquer l'agnosticisme dans un cas que dans l'autre.

Cependant il me semble que tout ça est assez indépendant de l'espoir. L'optimisme, le pessimisme, ou l'agnosticisme évoqués sont des façons d'arbitrer entre des futurs potentiels pour déterminer son comportement présent, alors que l'espoir est le souhait de voir un futur potentiel se concrétiser.

Par exemple, il me semble tout-à-fait possible d'être pessimiste pour sa survie en raison d'un cancer ou d'une maladie grave et rapide, et faire les arrangements en prévision d'une mort prochaine, tout en continuant d'espérer une rémission.

Au cours de ma vie, j'ai subi de plein fouet les conséquences d'un espoir déçu, alors que je n'ai encore jamais rencontré d'aspect positif à l'espoir (contrairement à l'optimisme, même si je ne le pratique pas). Donc une possibilité qui ne peut conduire qu'à du négatif ou du nul me semble être à éviter.

C'est ainsi que j'ai démontré pendant de longues périodes que l'espoir n'est pas indispensable à la vie.

Le fait que l'espoir appelle la déception est évidemment plus difficile à justifier de façon générale. Cependant depuis plus de quinze ans, je n'ai pas une seule fois rencontré de situation où espérer n'aurait pas conduit uniquement à la déception, ou dans les cas reproductibles, qui n'aurait pas conduit à énormément plus (quantitativement et qualitativement) de déception que d'issues favorables.

J'ai été plutôt contente de moi après mes péripéties suisses, à aucun moment je n'ai succombé à l'espoir que ça se finisse bien.

Et pourtant récemment, j'ai succombé. Comme une conne. Comme une débutante. Je me suis répété pourtant plusieurs fois cette leçon. Mais rien n'y a fait. L'espoir s'est installé, petit à petit, et toutes mes tentatives pour le déloger ont échoué.

Un espoir idiot en plus. Celui d'avoir un jour un boulot que je ne détesterai pas.

Alors que je savais pertinemment que ma vie est mal négociée.

Et mécaniquement, évidemment, une déception monumentale, quand cet espoir a été détruit vendredi. Assez pour m'anéantir pour le week-end, aujourd'hui, et qui sait pour encore combien de temps.

C'est moche la vie.

Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir !

Antigone, de Jean Anouilh

Publié le 13 février 2012

Tags : Boulot Tarée

HTPC

Comme je ne sais pas exactement quelle proportion de mon lectorat sait ce qu'est un HTPC, je vais commencer par ressayer de définir ça, malgré mon relatif manque de notions dans ce domaine.

HTPC signifie Home Theater PC, et si j'ai bien compris, c'est un ordinateur branché sur un téléviseur (ou un projecteur) et qui sert de source multimédia. Il remplacerait donc magnétoscope, lecteur de disque optique, console de jeux, etc. Bref, tout ce qu'on fait habituellement avec un téléviseur, sauf qu'au lieu d'avoir une multitude de jouets électronique autour, on n'a qu'un seul ordinateur.

Ça fait depuis longtemps que mon copain cherche à monter un tel PC. Je ne suis moi-même pas tellement orientée « télé », mais j'avoue que la flexibilité d'un dispositif électronique que l'on contrôle complètement me séduit.

La dernière tentative de HTPC s'était conclue sur des problèmes de nuisances sonores. Le vendeur nous avait pourtant assurés que c'était des ventilateurs silencieux, démonstration à l'appui. Évidemment, la démonstration était faite en plein milieu du magasin, avec le boîtier encore ouvert. Une fois le boîtier fermé et inséré dans le meuble télé, avec seulement quelques centimètres de chaque côté et au dessus, ça se passait beaucoup moins bien.

Cette histoire m'a rappelée celle de Manabiya, que j'ai activement voulu 100 % passif, parce que j'allais dormir pas loin et que je sais que les ventilateurs ne sont pas dignes de confiance. Et en y repensant, je me suis souvenue qu'en plus du processeur Atom 230 à refroidissement passif, Manabiya a un chipset ION, justement pour compenser la faiblesse du CPU dans le multimédia. Maintenant que j'ai emménagé (avec mes ordinateurs) chez mon copain, ça en fait un candidat à évaluer pour devenir HTPC.

Comme souvent, j'ai voulu commencer par essayer les solutions les plus satisfaisantes, même si elles semblent peu prometteuses, pour pouvoir passer ensuite sans regrets aux solutions plus réalistes.

La première tentative a donc été de faire de Manabiya un HTPC et un NAS, quitte à investir dans un boîtier NAS séparé si (et seulement si) les disques durs se révèlent trop bruyants. Et pour faire un NAS, j'avais très envie d'utiliser ZFS, pour le confort d'administration et de backup de mes autres systèmes sous ZFS. Donc c'était parti pour être un HTPC sous FreeBSD. Même pas peur, d'abord.

Après cette longue introduction, j'imaginais que cet article continuerait en détaillant les étapes que j'ai dû suivre pour arriver à un HTPC fonctionnel, ou le plus loin possible avant d'abandonner. Dans le même genre que mon billet passé Clonage de FreeBSD.

J'ai eu pourtant la très agréable surprise de ne rencontrer aucune difficulté particulière. J'ai commencé par installer FreeBSD 8.2 sur un disque dur ZFS/GPT en suivant la méthode du wiki, fingers in the nose. J'ai ensuite installé ports indispensables à l'administration confortable d'ordinateur (portaudit, tmux, zsh, vim-lite), puis X.org, SLiM et XBMC. C'était long, parce que l'Atom reste un Atom (et j'avais la flemme de compiler des paquets sur un autre système), mais ça s'est fait sans aucune difficulté.

C'est ainsi que nous avons un HTPC (et NAS) opérationnel, « en production » depuis presqu'un mois, et qui nous a rendu beaucoup plus de bons et loyaux services que toutes les tentatives précédentes réunies. Les histoires geek qui finissent bien, ça fait toujours chaud au cœur.

J'en profite pour remercier publiquement les porteurs FreeBSD qui ont rendu ça possible, et développeurs de XBMC qui sont restés assez loin des élucubrations de Lennart Poettering.

Publié le 4 janvier 2012

Tags : BSD Geek

Joyeuses fêtes

Sapin en Lego

Toute l'équipe de instinctive.eu, c'est-à-dire moi, souhaite à tous les lecteurs de cette page, qu'ils soient de passage ou habitués, de très joyeuses fêtes de solstice d'hiver, quelqu'elles soient (Hanoucca, Noël, Nouvel An, et toutes les autres que je ne connais pas).

Publié le 25 décembre 2011

Tags : (Sans tag)

La vérité, rien que la vérité

J'imagine que vous avez reconnu la référence à une coutume judiciaire américaine, où les témoins jurent de dire the truth, the whole truth, nothing but truth.

En réalité, ce n'est pas possible de dire toute la vérité. La réalité d'un fait, et à plus forte raison de son contexte, représente une quantité colossale d'informations. Et la faible bande passante des langages humains, surtout à l'oral, fait qu'il est impossible de tout transmettre. On est obligé de faire des coupes. Toujours. Que ce soit de bonne foi ou non, techniquement tout le monde ne dit – au mieux – que des vérités partielles

En cours de philosophie, quand j'étais en Terminale, une leçon portait sur le fait qu'un fait historique est construit. L'histoire ne fait pas référence à une réalité objective comme la physique. Les faits bruts sont certainement objectifs, mais un fait historique contient en plus une interprétation, et un lien avec d'autres faits historiques et avec le contexte. Et ces liens sont des constructions humaines.

Il en est de même lorsqu'on ne parle que d'une histoire personnelle au lieu de l'histoire d'un grand groupe humain, parce que malgré le champ plus restreint, les mêmes mécanismes sont à l'œuvre. Et il en est aussi de même lorsqu'on ne croit parler que d'un seul fait à quelqu'un qui n'en connaît a priori strictement rien, comme c'est le cas par exemple dans les procès (ou du moins l'image que les séries télévisées en donnent), parce qu'on reconstruit un contexte.

Prenons un exemple fictif : l'incendie d'un immeuble de bureaux. Des dégâts matériels énormes, et disons un ou deux morts. L'enquête avance assez rapidement, et le propriétaire du bâtiment, encore sous le coup de l'émotion, blogue les premiers résultats dès leur publication : l'incendie a été causé par un employé qui fumait en cachette dans les toilettes, et le mégot a déclenché l'incendie.

C'est pratique comme chaîne causale : c'est court, c'est propre, et c'est bien pensant. Fumer tue, on va bientôt obliger les paquets à être plus gros pour le dire sur une surface encore plus grande. Fumer c'est Mal™, et encore plus dans un endroit où c'est interdit.

Et puis même sans ces aprioris, c'est un acte unique et délibéré qui a directement causé le sinistre. Ce n'est pas intellectuellement satisfaisant de remonter la chaîne causale jusqu'à celui qui lui a proposé sa première cigarette, ou jusqu'à ses parents qui l'ont mis au monde. De même ajouter l'inaction de 7 milliards d'humains n'est pas satisfaisant non plus.

Bref, le mégot mal éteint de l'employé qui fume en cachette est l'histoire idéale à raconter. Simple, efficace, facile à communiquer, et qui ne demande aucun recul pour la percevoir.

Les mois passent, l'employé fumeur est socialement mis au pilori. Pourtant, son manager trouve que sur le plan professionnel cet employé est impeccable, et même sur le plan humain, en dehors de son tabagisme, c'est quelqu'un de bien.

Alors le manager va écrire qu'en fait, l'incendie a été causé par le gérant de la division chimie, qui a fait entreposer dans les toilettes des produits très inflammables, dans des contenants absolument pas adapté à ces produits. Il en avait accumulé une demi-douzaine de mètres cubes au moment du sinistre. N'importe quelle étincelle aurait conduit au même résultat, si ce n'avait pas été le mégot ça aurait été le sèche-mains (une fois revenu de réparation).

Le problème d'une histoire comme ça, c'est que c'est compliqué. La presse nous a habitués à une simplicité caricaturale, du même genre que la première version. Pour arriver à cette histoire, il faut du recul. Un petit bidon dans les toilettes, ce n'est pas grave, ça ne gêne personne. Puis deux. Puis trois. Mais ça ne pose toujours aucun problème. C'est une situation presque stable. Assez pour être jugée normale sur le moment par tous les témoins. Il n'y a pas d'élément perturbateur précis comme un mégot mal éteint.

On conviendra que ce sont deux versions très différentes. Et pourtant, les deux sont aussi « vraies » l'une que l'autre. Les deux correspondent exactement à « la vérité, rien que la vérité ». Les deux contiennent autant de bonne foi. L'une est plus « actualité », faisant avec les éléments du moment, tandis que l'autre est plus réfléchie, plus systémique. Les deux contiennent autant de construction et d'interprétation, et partent des mêmes faits bruts. Et aucun des deux ne peut raisonnablement être considérée comme un mensonge, ou comme ce que j'appelle une demi-vérité (car ma définition y inclut une certaine mauvaise foi).

Mais où est-ce que je veux en venir avec tout ça ?

J'imagine que mon lectorat est assez perspicace pour le deviner, mais pour la postérité, je vais quand même l'expliciter.

Je considère comme impossible d'empêcher quelqu'un de suffisamment déterminé de tomber sur mon site. Y compris les recruteurs et autres partenaires professionnels potentiels.

Lorsqu'on me demande en entretien pourquoi je suis revenue en France, je réponds que je n'en pouvais plus de vivre à 600 km de mon fiancé. C'est une version très différente de ce que l'on peut trouver dans les archives de ce weblog. Et pourtant, aucune des deux n'est plus « vraie » que l'autre. Aucune des deux n'est un mensonge ou demi-vérité destinée à tromper.

J'ai écrit par le passé que j'assume absolument tout ce que je publie sur ce site, et malgré la spontanéité apparente des articles, je me tiens à une ligne éditoriale stricte. Par contre je n'assume pas certaines conclusions douteuses que l'on peut tirer de mes écrits. En particulier il serait outrageusement faux de déduire de ce weblog que j'ai menti en entretien.

Le parallèle va évidemment plus loin. L'accumulation progressive de produits hautement inflammables est une tension qui augmente petit à petit. Il y presque toujours un élément précis qui libère cette tension, et qui est ainsi amplifié. Un mégot dans des toilettes, c'est rarement catastrophique.

Maintenant que je suis plus calme et que j'ai plus de recul, je dirais que la version « entretien » est la meilleure réponse à la question « Pourquoi suis-je revenue en France ? » Par contre, ce que j'ai décrit ici à chaud est plutôt la réponse à « Pourquoi est-ce le 1er novembre que je suis revenue en France ? »

Et même avec ces deux versions, il reste encore une infinité de détails qui restent sous silence. Beaucoup de ces détails, même en les changeant individuellement, auraient pu altérer considérablement le cours des choses.

Publié le 10 décembre 2011

Tags : Boulot Suite Tarée

Code et qualité

Il y a des moments dans la vie où j'ai l'impression que le destin se fout ouvertement de ma gueule. Genre, maintenant.

Comme le lectorat assidu n'aura pas manqué de remarquer, je suis dans une période de recherche d'emploi. Un des critères que je ne veux surtout pas lâcher, c'est mon goût, voire mon besoin, pour la qualité. C'est d'ailleurs ce qui me fait penser que je serai super-malheureuse dans beaucoup de postes disponibles en informatique actuellement, où il est plus important de scotcher vaguement ensemble des trucs à la va-vite pour que ça ait l'air de marcher devant le Grand Chef.

Et avec le temps qui passe, je commence à me faire à l'idée de devoir me résigner et accepter de faire de la merde en étant malheureuse. C'est moche la vie, il faut tout négocier au rabais.

Bref, ce n'est pas le sujet, c'est juste le contexte général.

Le sujet, c'est que je suis encore plus ou moins le fork de ma bibliothèque de markdown, même si je sais que ça me fait du mal, il y a peut-être encore des choses intéressantes à en tirer.

Et j'ai vu une histoire de corruption mémoire dans vbufprintf() (bug 78), et mon sang n'a fait qu'un tour : la corruption mémoire, c'est un truc méga giga super grave de la mort qui tue, que j'aurais fait du roaming international sans hésiter pour le corriger si ça arrivait chez moi (et non pas laisser trainer le truc pendant plus de deux semaines, mais ça c'est une autre histoire), et vbufprintf() c'est un nom que j'ai fabriqué moi-même, je m'en rappelle très bien. Donc en gros, ça sentait furieusement le gros gros problème qui est de ma faute.

Le patch proposé pour corriger ça est… heu… “ce qu'il est”, quoi. Un problème dans vbufprintf() ? On supprime vbufprintf() ! Bon j'exagère un peu, mais ça reste un changement qui casse beaucoup de choses.

Interlude purement technique : les fonctions en *buf* gèrent des tampons dynamiques, et bufprintf() et vbufprintf() sont les homologues de sprintf() et vsprintf() pour ces tampons. Ces fonctions sont variadiques, mais comme le tampon est dynamique, il y a parfois besoin de l'agrandir, ce qui conduit à plusieurs appels à vsnprintf(), et la va_list ne serait pas réinitialisée entretemps, ce qui pose de gros problèmes et conduit effectivement à de la corruption mémoire. Le patch proposé supprime vbufprintf() pour l'inclure dans bufprintf(), en réinitialisant la va_list avec va_start() avant chaque appel de vsnprintf().

Mais ça, c'est basique tout ça. C'est trivial. C'est le paragraphe 3 de la section 7.15 du Standard C. Ce qui conduit directement à question qui est au cœur du problème : comment diable est-il possible que j'aie pu faire une telle erreur !? Comment ai-je pu laisser passer deux appels à vsnprintf() sans utiliser un va_copy() (qui est au passage la façon de résoudre le problème de corruption mémoire sans jeter l'eau du bain avec le bébé).

Je reste surprise par la quantité de temps qu'il m'a fallu pour me rendre compte de ce qu'il s'est passé. Depuis le tout premier jour, ma version de vbufprintf() utilise bien va_copy() pour réinitialiser proprement la va_list avant le deuxième vsnprintf(). Ça a juste été cassé par quelqu'un de mieux payé que moi dans un commit dont la description n'a rien à voir avec ce qui est arrivé à vbufprintf(). De toute façon ce commit m'efface de la liste du copyright pour ce fichier, c'est bien que je n'ai rien à voir avec les soucis qui s'y trouvent, non ?

Mais franchement, peu importe le salaire, je détesterais activement traiter du code comme ça. Plutôt nettoyer des toilettes toute la journée que faire ça.

J'ai juste de plus en plus de mal à espérer qu'autre chose m'attend…

Publié le 15 novembre 2011

Tags : Boulot Geek Tarée

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