Masochisme littéraire

En cette période de mise à jour de liste d'idées cadeaux, je revisite la question de comment choisir un roman pour améliorer ses chances qu'il me plaise.

Et pour aborder cette question sous un nouvel angle, je vais commencer par une confession un peu honteuse : dans ma bibliothèque numérique, j'ai deux marque-pages, un à l'endroit où je suis dans le livre en cours, et un sur le chapitre 12 de Iron Kissed. Si vous en avez une copie sous la main, ça aidera peut-être à rendre plus clair ce que j'essaye de faire passer dans ce billet.

Pour vous peindre un peu le contexte, j'ai une mémoire relativement bonne, et en général elle marche trop bien pour me laisser apprécier une relecture. Il faut que je laisse passer des années, ou que j'aie une implication émotionnelle très forte dans l'histoire.

Évidemment, ce chapitre 12 est dans la deuxième catégorie : il fait des trucs à mon cerveau qui seraient probablement prohibés si c'était une molécule chimique.

J'ai déjà dit moult fois tout le bien que je pense de Crossover, avec ses six étoiles sur cinq, et il contient cet ingrédient-là aussi, mais avec plusieurs autres ingrédients que j'adore aussi, alors que le chapitre 12 est ce truc-là à l'état pur.

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc-là ?

Ce serait super pratique si je pouvais mettre un nom là-dessus, et pouvoir rechercher des histoires qui le contienne à dose plus ou moins forte.

Pour redonner une tranche de contexte, je suis globalement bon public, mais il y a quelques thèmes ou tropes que je ne supporte pas. Je n'aime pas du tout les triangles amoureux. Je déteste les ruptures. Les infidélités et autres trahisons amoureuses me mettent durablement dans un état pas joli-joli du tout, même après avoir refermé le livre, et il en est de même pour les viols et les situations horribles suffisamment désespérées pour me convaincre que l'histoire ne va pas la résoudre.

En essayant de ne pas divulgâcher, le chapitre 12 et son homologue dans Crossover sont le début d'une résolution d'une situation qui taquine sérieusement mes limites. Je crois qu'il n'y a pas que ça, il y a aussi quelque dans la façon dont cette résolution se produit, mais j'ai du mal à y voir clair.

Ce qui serait intéressant, ce serait de trouver d'une part, quels mots-clefs permettent de trouver des histoires qui ont quelque chose comme ça, et d'autre part comment déterminer si j'arrive à encaisser ce qui précède ou non.

Ce qui fait arriver à l'Appel au public : est-ce que mes descriptions là sont à peu près compréhensibles ? Faut-il que je précise un point ou un autre (ou tout) ? Avez-vous des titres à proposer pour explorer cet aspect ? Ou des mots-clefs à jeter dans un moteur de recherche ?

Publié le 31 octobre 2019

Tags : Appel au public Autoexploration Lecture

Dépendance électronique

Le point de départ des réflexions menées dans le présent billet, c'est une histoire qui est arrivé pas loin de chez moi : le téléphone portable, prétendument intelligent, qui tombe en panne soudainement sur le trajet vers le lieu de travail ; ledit lieu de travail ayant un réseau d'entreprise très restrictif, et un réseau invité plus ouvert qui permet un accès internet à des ressources personnelles, en utilisant un appareil personnel, donc le smartphone ; et tout ça justement un jour où plusieurs personnes cherchaient à le joindre personnellement.

Quand quelque chose se passe aussi près, je ne peux m'empêcher de me projeter dans la situation, en me demandant comment je m'en sortirais si la même chose m'arrivait, et comment on en est arrivés là.

Point unique de défaillance

Ce qui me frappe le plus dans cette histoire, c'est évidemment le point unique de défaillance (SPoF, quoi) que constitue le téléphone.

Il y a une diversité des canaux de communication : appel vocal, SMS, WhatsApp, e-mail, IRC, systèmes web, etc. Mais tous ces canaux ont en commun de devoir passer par ledit téléphone dans la situation en question.

Normalement, si un terminal tombe en panne, il reste possible d'utiliser d'autres terminaux pour continuer la communication, ou au moins trouver un correspondant sur un canal pour propager l'information sur la panne, et éviter que tout le monde commence à s'inquiéter.

Sauf que la situation professionnelle rend internet pratiquement inaccessible, et du même coup tous les canaux qui passent par là. Et ce serait encore pire pour quelqu'un qui suivrait les recommandations d'utiliser un gestionnaire de mots de passe, car du coup les accès seraient soit complètement bloqués, soit soumis à la divulgation du mot de passe maître sur un terminal de moindre confiance.

Sans un internet complet, il reste le réseau téléphonique, à condition d'avoir fait l'effort de mémoriser des numéros de téléphone, mais ce n'est pas vraiment tendance. Moi-même, j'ai conscience de ces problèmes, et je fais facilement l'effort de mémorisation, et pourtant je ne connais que le numéro de compagnon, et celui de mes parents me reste de mon enfance.

Il reste l'e-mail, à partir du terminal professionnel. Parmi les gens que je connais, un certain nombre ont des adresses suffisamment évidentes pour pouvoir être retrouvées sans aide électronique, mais en y réfléchissant maintenant je me rends compte qu'il n'y en a pas autant que ce à quoi je m'attendais. Dans mon histoire, je ne sais pas s'il n'avait effectivement aucune adresse e-mail en tête, ou s'il a abandonné trop tôt après les échecs successifs sur tous les autres canaux de communication.

Bref, tout ça pour dire qu'en cas de défaillance de smartphone, envoyer un simple message signifiant « je vais bien, j'ai juste une panne de terminal » avant que les gens s'inquiètent me semble disproportionnellement difficile.

Je vois de plus en plus de personnes avec plusieurs smartphones en leur possession, quelqu'en soient les raisons ou les contextes, et ça me paraît de moins en moins absurde.

Injonction de joignabilité

Les dinosaures comme moi se souviennent sans doute de l'époque où les téléphones étaient fixes, ou sans fil avec une portée assez limitée, et on arrivait bien à vivre. J'ai déjà évoqué le contraste entre cette époque et nos jours dans ma critique d'un livre qui se déroule en 1990.

Parce que le problème dans le fait que tout le monde s'inquiète lorsqu'on est inopinément injoignable pendant une douzaine d'heures, ce n'est peut-être pas l'absence de solution technologique pour empêcher cette injoignabilité.

Je fais partie de la minorité de gens sensibilisés aux problèmes de l'économie de la surveillance, et pourtant à chaque fois que je me pose sérieusement la question, je trouve le coût social de l'injoignabilité beaucoup plus fort que le coût personnel de cette surveillance.

C'est une caractéristique de cette société que je trouve très insatisfaisante, mais je ne sais pas trop quoi y faire.

Peut-être qu'un de ces jours je serai suffisamment radicalisée pour accepter le coût social, mais ça ne règle pas la question à l'échelle de la société. Ce n'est pas parce que je suis déjà extrémiste que je suis contente de voir mes congénères foncer droit dans le mur en klaxonnant (surtout tant que je suis prête à entendre qu'il n'y a pas vraiment de mur, ou qu'il est en papier mâché alors qu'on est à bord d'un Leclerc).

Cela n'empêche pas que je vois plus de problème avec l'autre côté de l'équation : ce n'est pas le coût social qui me semble trop élevé, c'est le coût de la surveillance que je trouve trop faible.

Le téléphone à tout faire

J'ai déjà parlé dans mes billets sur l'EDC des compromis en remplaçant un tas d'outils par un smartphone qui peut tout faire, dans mon EDC version 2015 lorsque j'y réfléchissais et dans sa version 2016 après l'avoir fait.

Encore aujourd'hui, et même encore plus aujourd'hui avec mes activités à risques, j'ai vraiment besoin de pouvoir appeler facilement des secours, de même que j'ai vraiment besoin d'un plan de l'endroit où je suis avec ma localisation dessus ; et dans une légèrement moindre mesure j'ai besoin de pouvoir appeler de l'aide pas si urgente, de pouvoir être moi-même appelable à l'aide, et d'être guidée sur la carte vers ma destination.

Ce sont des besoins finalement assez basiques, qui pourraient tout à fait être remplis en dehors de l'économie de la surveillance. Par exemple, avec une balise Argos, un GPS déconnecté, et un pager.

Je crois qu'on peut imaginer facilement que ces jours-ci, en 2019, il est beaucoup plus facile et moins encombrant de se laisser simplement pister par les opérateurs téléphoniques et les suzerains numériques.

D'ailleurs c'est à tel point que j'utilise un téléphone Android alors que je supporte à peine son interface, et je suis depuis longtemps prête à me jeter sur la première la première alternative qui passe à ma portée. Je regarde avec intérêt KaiOS, mais il n'est pas encore en état de rivaliser.

Donc même fâchée avec l'interface, même remplie de crainte de tout perdre lorsqu'il me fait défaut, je garde mon Kyocera Torque

Le téléphone irremplaçable

Me voilà donc rappelée à la fragilité d'un téléphone, même « durci », donc comme à chaque fois, je cherche si je peux mettre de côté un téléphone de rechange.

En plus de ça, mon Kyocera Torque actuel est du plus en plus clairement en fin de vie. Il a plus de quatre ans, ce qui commence à être un âge respectable pour ce genre d'appareils, mais ce n'est pas ça qui va me gêner. Le capteur de proximité est mort depuis très longtemps (ce qui est chiant mais sans plus), les accéléromètres sont morts un peu plus récemment (fini l'orientation automatique des appli'), le capteur de luminosité se croit dans une obscurité perpétuelle, et il redémarre spontanément de plus en plus souvent.

En plus de ça, il m'a fait le coup de Lazare il y a un an et demi, donc la problématique de son remplacement n'est pas nouvelle. Mais hélas, comme je l'écrivais à l'époque, c'est très compliqué.

Globalement, je n'ai pas l'impression que les GPS autonomes aient beaucoup progressé en termes d'encombrement physique depuis mon Garmin eTrex 20, et honnêtement j'ai même l'impression qu'en dehors de Garmin qui fait vivoter sa gamme il ne reste plus rien.

Et pour ce qui est des appels à l'aide plus ou moins urgents, j'ai l'impression que le vide est encore plus abyssal. Je trouve ça un peu facile de succomber à l'injonction de joignabilité sous prétexte d'appels à l'aide, mais il se trouve que ma réticence aux conversations téléphoniques vocales et ma réticence à l'interface d'Android font que je ne me sers pratiquement pas dans les autres cas, et j'ai l'impression que mes correspondants l'ont compris aussi.

Bref, j'ai besoin d'un téléphone, et d'un système de cartographie, géolocalisation, et navigation, éventuellement dans l'appareil, de la façon la moins pénible possible à transporter.

En l'état, c'est assuré par un appareil qui mesure à peine plus de 13 cm de long, et moins 7 cm par 1.5 cm en largeur et en hauteur, tout en étant blindé antichocs et étanche.

Avec la disparition de ce modèle des catalogues, je ne trouve même plus de quoi maintenir le statu quo. Chez Crosscall, tout comme chez Caterpillar, et même chez les concurrents chinois, il y a bien deux centimètres de plus en longueur et en largeur.

Même en laissant tomber la résistance, les Android considérés comme minuscules chez jours-ci, par exemple Xperia XZ2, ont déjà la même taille que mon téléphone blindé, sans compter une coque pour lui permettre de survivre un minimum avec moi.

Et même retourner au téléphone idiot avec un GPS dédié n'est pas vraiment une solution, d'une part parce que les GPS de chez Garmin, comme mon eTrex, ont deux centimètres de plus en épaisseur que mon téléphone actuel, mais même les téléphones « feature » ont enflé, par exemple le Cat 35 avec deux centimètres de long et un centimètre de large de plus que le Samsung B2100 que j'avais en 2015 et que je regarde encore de temps en temps avec nostalgie.

Tout faire, c'est si peu

La meilleure illustration de mon problème avec Android, c'est la liste de tout ce que j'en fais au quotidien.

Une fois que le téléphone est accepté pour les raisons importantes ci-dessus, ça ne coûte plus grand-chose d'ajouter d'autres utilisations moins importantes. Il me semble n'en avoir encore jamais dressé la liste, même pendant ma dernière crise téléphonique.

En termes de communication, il n'est pas évident de départager les demandes d'aides importantes de la socialisation de base, mais j'utilise un peu les communications vocales, surtout les SMS, et un peu WhatsApp.

Pour les communications non-humaines, j'utilise pushover, qui contribue par exemple à une rapide remise en route quand le présent site est inaccessible. Certaines notifications IRC et e-mail sont envoyées par là aussi, pour faire vibrer ma montre.

Je n'utilise pas si souvent que ça la cartographie, mais à chaque fois que je m'en sers c'est le résultat d'un besoin très fort. Je le fais avec OsmAnd et quelques gigaoctets de cartes préalablement téléchargées.

Je regarde assez souvent les horaires de bus avec l'application RATP, pour suivre leur évolution dans les dizaines de minutes avant le départ pour me faire une idée de l'état du trafic.

L'appareil photo est mauvais, mais il est utile comme aide-mémoire pour des arrangements d'objets, et certains schémas et textes.

J'utilise parfois JuiceSSH pour les interventions informatiques qui ne peuvent pas attendre l'accès à un terminal plus confortable.

Enfin il m'arrive de gaspiller du temps sur Elevate ou Lumosity, quand je n'ai rien de mieux à faire. En général, c'est lorsque je n'ai pas mon livre électronique ou que je pressens que je serais trop lente pour sortir de l'histoire et revenir à la réalité.

Conclusion

Ce qui aurait dû être une réflexion calme et posée sur l'état de l'électronique dans le milieu dans lequel je vis s'est encore transformé en rant laborieux parce que je déteste l'orientation de la technologie grand-public moderne.

Peut-être que mon apprentissage de la moto n'a pas arrangé les choses, en me faisant découvrir une machine dont l'interface est parfaitement à mon goût, et en décrédibilisant du coup l'idée selon laquelle c'est juste moi qui suis récalcitrante au changement ou qui n'aime rien, et non pas les interfaces actuelles qui sont hautement, comme on dirait de nos jours, 💩.

Cela dit, je ne publie pas tout ça juste pour le plaisir de ranter (d'ailleurs je n'y trouve honnêtement aucun plaisir), ni seulement pour l'auto-documentation. Maintenant que j'ai clarifié et rédigé mon point de vue et mon ressenti, j'aimerais beaucoup comparer avec vous, chers lecteurs. Et surtout, j'aimerais beaucoup avoir tort, donc si vous voyez le moindre truc douteux ci-dessus, ou la moindre solution technique qui aurait une petite chance de remplir une partie de mes besoins, n'hésitez pas à m'en faire part.

Par exemple, si je ne l'avais pas découvert en préparant cet article, j'aurais aimé qu'on me parle de GerdaOS, qui ouvre KaiOS et permet d'espérer développer dessus plus facilement qu'avec le SDK officiel. J'ai un peu peur de fonder trop d'espoir sur cette plateforme, en particulier au niveau de la puissance de calcul nécessaire pour gérer des cartes vectorielles nationales et pour faire du routage, mais ça (me) donne envie d'acheter du matériel pour essayer.

Voire de me dire que finalement, utiliser Google Maps sur KaiOS n'est peut-être pas plus se vendre au capitalisme de surveillance qu'utiliser Android avec OsmAnd, et investir dans un abonnement avec une quantité utilisable de données.

Qu'en pensez-vous ?

Publié le 30 septembre 2019

Tags : Autoexploration Évènement Réflexion Société

Bilan intermédiaire motocyclique

Pour ceux qui n'ont pas suivi mon journal d'apprentie motarde, en résumé j'y ai passé une quarantaine d'heures avant d'être présentée à un examen que j'ai raté de peu. J'en suis restée avec l'idée que j'aime bien la moto, mais que le plateau commence à me lasser et les montagnes russes émotionnelles de l'examen ne sont pas du tout à mon goût.

Le délai de repassage ajouté à la pause estivale m'ont donné beaucoup de temps pour réfléchir sur mon rapport avec la moto à la lumière de cette expérience. Du coup je vais partager ces réflexions avec vous dans le présent billet.

J'aime la moto, mais…

À l'époque de ma décision d'essayer de passer ce permis, mon premier constat devant mon envie d'essayer la moto, c'était que je n'avais aucune idée de ce que c'est en vrai, et ma première attente dans ce processus d'apprentissage était de pouvoir me faire une opinion de première main.

Le verdict est que j'aime beaucoup, à un point qui me surprend un peu. C'est mon deuxième moyen de déplacement préféré, après la marche, pour des raisons assez similaires.

La raison principale, c'est la relation fusionnelle que j'ai avec la moto, du même type que celle que j'ai avec mes chaussures. Dans les deux cas, c'est un objet artificiel qui s'ajoute à mon corps pour l'améliorer au point d'être assimilé dans celui-ci, et non pas une entité extérieure que je dois utiliser.

Cette différence entre assimilation et utilisation se retrouve dans beaucoup d'autres de mes préférences, et je l'ai exploré dans l'article Je ne suis pas une geekette.

Il y a pourtant un « mais », qui est le même qu'avec la marche : ça reste un moyen de transport, et je n'aime ni la moto ni la marche pour les pratiquer juste pour le plaisir de les pratiquer. Je prendrais volontiers une moto ou mes chaussures de randonnée pour me rendre quelque part, ou pour explorer une région ou un paysage, ou pour partager une activité avec des gens que j'apprécie, ou même simplement pour acquérir de l'expérience, pas juste pour rouler ou marcher.

Je ne suis pas vraiment une motarde

J'ai pu découvrir aussi que je ne suis pas du tout à l'aise avec la revendication de l'étiquette « motarde ».

Non pas que j'aie une mauvaise image des motards, tant s'en faut, et encore plus depuis que j'en côtoie. Je vois rien de négatif ni dans l'étiquette ni chez ceux qui la revendiquent (ou du moins, pas pour ça), et je ne vois rien non plus de négatif dans le fait moi-même de la revendiquer, en dehors du fait que ça me semble faux.

Il m'a fallu pas mal de temps pour explorer le pourquoi, et ce n'est qu'en cherchant une façon concise de le communiquer dans ce billet que je me suis rendue compte que ça ressemble furieusement au syndrome de l'imposteur.

Sauf qu'évidemment, vu d'ici, ça a l'air tellement sincère et authentique que je n'arrive pas à douter de toutes les raisons que je trouve pour ne pas me considérer comme une « vraie » motarde, du manque d'expérience ou de permis au « mais » de la section précédente.

Et j'ai pleinement conscience que je trouverais complètement idiot de se laisser arrêter par ce genre de raisons si quelqu'un voulait se revendiquer motard. La différence, c'est que je ne suis pas en train de vouloir cette étiquette et l'abandonner à regret, mais je suis en train de ne pas réussir à la vouloir (et je ne sais pas trop si je veux la vouloir).

Je ne sais pas trop quoi faire de tout ça, c'est juste une étiquette, je n'y attache pas l'importance que la quantité de texte ci-dessus pourrait suggérer, Je n'en parle ici que pour le partage de mon introspection avec mon lectorat (et le partage des concepts amusants de vouloir vouloir et de vouloir vouloir vouloir de David Madore).

Le seul impact vaguement négatif que ça a pu avoir dans ma vie est que je ne peux pas porter une veste très typée « motarde » avec une jupe, j'aurais l'impression de dénaturer une étiquette que je respecte.

La gestion des risques

Un autre enseignement important que j'ai tiré de mon début de formation à la conduite moto, c'est mon rapport au risque.

Je suis de nature plutôt prudente, à tendance timorée, et avant de m'y mettre je voyais la moto un peu comme la roulette russe.

D'ailleurs pour être honnête c'est encore comme ça que je vois l'idée de faire de la moto seule, je n'ai surmonté la peur de conduire que parce que je suis sous la surveillance d'un moniteur, parce qu'il prend presque toutes les décisions compliquées en circulation, et parce que les autres usagers sur le plateau sont peu nombreux et très faciles à prévoir.

Il y a un travail sur soi très intéressant de prise de conscience que le danger existe mais que les risques sont maîtrisables, surtout quantifiables. Même maîtrisés les risques ne disparaissent pas, mais une fois dépassé l'absolu émotionnel, on peut se demander s'ils sont acceptables par rapport au bénéfice retiré, et dans quelle mesure ils sont comparables avec d'autres activités, comme traverser la route dans une zone urbaine.

Du coup j'ai pris conscience de tous les risques que j'accepte implicitement dans ma vie, et maintenant je les accepte explicitement.

Pour être honnête, je suppose que ma collision routière a aussi contribué a cette réflexion, qui se conclut en YOLO et ma vie et mon intégrité physique ne sont que des ressources, au même titre que le temps ou l'argent, qui n'ont pas d'intérêt intrinsèques et qui n'ont que la valeur de ce que je fais avec.

Cela dit, il y a aussi le fait que la partie « sensibilisation aux risques » de ma formation moto est probablement un peu trop puissante pour moi. J'imagine qu'elle est bien calibrée, voire un peu faible, pour la majorité d'adolescents un peu macho qui se croient invulnérables, mais sur moi c'est peut-être un peu trop violemment anxiogène. Du coup, pour « avaler » cet apprentissage, j'ai dû rationaliser et mettre en perspective.

La transposition automobile

Parmi les raisons de mon apprentissage de la moto, il y avait l'idée que je pourrais transposer des choses à la conduite automobile, et en tirer ainsi un bénéfice même si je ne touche plus jamais à une moto.

Après des vacances en voiture, j'ai l'impression qu'il y a effectivement un progrès non-négligeable dans ma conduite. Je ne peux honnêtement pas séparer les progrès directement dus à l'apprentissage de la moto de ceux dus à l'expérience automobile de ces voyages, mais je crois que le second est petit devant le premier.

Ce qui a été le plus flagrant, c'est que maintenant je considère le feu de stop des autres véhicules comme un dispositif d'information, dans la même idée que les clignotants. En moto, le frein moteur est très puissant, on apprend donc à appuyer sur le frein arrière pour allumer le feu de stop même lorsqu'il n'y a pas d'effort de freinage, pour communiquer la perte de vitesse. Du coup, réciproquement, je cherche le feu de stop des autres pour anticiper une variation rapide de vitesse.

Un autre effet, moins flagrant, est que je remonte les files du regard pour mieux anticiper le mouvement de ma file, alors qu'il me semble qu'avant la moto, dans le trafic dense je me contentais de suivre les véhicules dans mon voisinage.

Je ne me souviens plus trop dans quelle mesure je laissais de l'espace entre les files pour que les motards puissent passer, mais je suis pratiquement sûre que ce n'est que depuis que j'ai fait moi-même de l'inter-file que les signes de remerciements des motards qui passent me font aussi chaud au cœur, comme si je partageais la reconnaissance que j'aurais eue à sa place.

Enfin, dans le côté peut-être un peu moins positif, je garde au volant une partie du stress au guidon. Je ne crois toujours pas que les accidents soient plus fréquents à moto qu'en voiture, même si les conséquences n'ont pas la même gravité. Et même sans avoir gravité dans l'absolu, un sérieux accident corporel, et une voiture pliée en épave avec son chargement détruit à plus de 100 km de tout lieu connu, ça pourrit sérieusement et durablement la vie.

C'est bien à court terme, parce que du coup je suis beaucoup plus attentive et donc moins dangereuse et moins en danger, mais j'ai peur que ça finisse en sur-adaptation.

La mémoire du plaisir

La moto m'a aussi permis de prendre conscience d'un autre effet, au niveau de la mémoire. Je crois que je n'ai pas de mémoire émotionnelle.

Si j'arrive plutôt bien à retenir des informations et des concepts, je n'arrive pas à retrouver les émotions associées à un souvenir. Au mieux je n'ai que le souvenir de m'être dit que j'ai ressenti telle émotion à telle occasion. Le reste du temps, je ne peux qu'essayer de reconstruire l'émotion en re-projetant dans le souvenir, mais c'est une émotion présente, qui ne correspond pas forcément au point de vue ou à l'état d'esprit ou à la façon d'être contemporains au souvenir.

Concrètement, j'ai écrit plus haut que j'aime bien faire de la moto, mais c'est juste parce que je me souviens avoir douté par le passé et après un trajet en moto m'être dit « mais si, j'aime vraiment à ce point », par exemple au début de la leçon n°9.

Donc aujourd'hui, non seulement la moto ne me manque pas, mais en plus je trouve que les montagnes russes émotionnelles ne valent largement pas le coup, encore moins l'enfer logistique d'acquérir une moto, lui trouver un parcage, et l'entretenir.

Comme je sais que je suis aveugle aux bénéfices, je vois les limites de mon évaluation, et je vais quand même reprendre des leçons pour retenter ce permis. J'essayerai d'évaluer le rapport entre coûts et bénéfices de la pratique de la moto à un moment où je peux évaluer sérieusement les bénéfices.

Au moins, ça prouve que je ne suis clairement pas une passionnée, je pourrais très bien continuer ma vie sans retoucher à une moto. Donc je ne suis pas vraiment une motarde ∎

Publié le 31 août 2019

Tags : Autoexploration Évènement

Trousses de premiers soins

Dans ce billet, je vais vous parler du contenu de ma petite trousse de premiers secours, que vous avez peut-être vue passer dans mon inventaire annuel, mais que je n'avais pas détaillée à l'époque.

J'en profite pour parler aussi de la trousse de premiers soins plus grosse que j'ai faite en même temps, que je vais stocker dans la voiture.

La médecine du quotidien

Ça fait depuis très très longtemps que j'ai des médicaments qui trainent dans mon sac à main. Mon allergie s'est déclarée alors que j'allais à l'école primaire, et c'est depuis que je ne peux plus toujours compter sur mes ressources parentales que je gère mon stock d'antihistaminiques.

Je ne me souviens plus depuis quand je mets du paracétamol à côté des antihistaminiques, je ne suis pas tellement sujette aux maux de tête, mais c'est tellement pénible lorsque ça arrive que j'en ai un stock depuis longtemps aussi.

Pour éviter que le conditionnement se détériore dans la cohabitation avec le reste de mon sac à main, je stocke tout ça dans une boîte rigide. Il fut un temps où c'était dans une boîte de films, dont je pleure la disparition depuis longtemps. Dans la version 2015 de mon EDC, c'était une boîte d'œuf Kinder.

La découverte du concept d'EDC m'a fait réfléchir, et sans aller jusqu'à embrasser le Survivalisme dont il est issu, je me suis dit que faire évoluer ce stock de médicaments en une petite trousse médicale pourrait se révéler parfois très utile.

Du coup, j'ai commencé par stocker mes médicaments dans une boîte d'Altoids, qu'on peut déjà voir dans la version 2016 de mon EDC, suivant les nombreux exemples de mini trousses de premiers soins dans ce format-là.

Résultat, dans la version 2018 de mon EDC j'avais ajouté des pansements et des lingettes désinfectantes, mais je ne m'étais pas encore penchée sérieusement sur la question.

Enfin, dans la version 2019 de mon EDC, on peut voir que j'ai encore agrandi la trousse, mais comme ce billet portait surtout sur le contenant, j'ai attendu le présent billet pour le développer.

Et tant que j'étais à agrandir ma trousse personnelle, j'en ai profité pour acquérir de quoi faire une trousse à mettre dans ma voiture, et quelques bricoles pour l'armoire à pharmacie de mon chez moi.

J'aime croire que c'est une évolution logique et progressive, comme présenté ici, et que le fait que je m'y suis mise sérieusement au lieu de procrastiner arrive peu après l'accident de la route mineur que j'ai subi est une coïncidence complète. Tout comme la concrétisation de cette autre idée ou bien de celle-ci, au lieu de rester en procrastination sine die, ont eu aussi lieu tout à fait coïncidemment dans la même période. Coincidas coincidatum, omnia coincidas.

L'automédication et le secourisme

Il me semble à ce stade prudent de partager avec mon lectorat une information que j'aurais aimé connaître plus tôt, et que j'ai ratée en partie à force de privilégier les ressources anglophones.

Il se trouve qu'en France, distribuer un médicament est le privilège des pharmaciens et des médecins, même pour les médicaments sans ordonnance. Donc partager son stock de paracétamol avec un collègue est illégal, et si ce collègue ne demandait non pas un paracétamol mais quelque chose contre le mal de tête, c'est un exercice illégal de la médecine.

Donc dans le présent billet, et en général dans le reste de ma vie, j'essaye de faire une nette distinction entre une « trousse de premiers soins », ou « trousse de premiers secours », qui contient des choses que moi ou un secouriste peut utiliser sur n'importe qui dans le besoin, et une « trousse médicale », ou une « armoire à pharmacie », qui contient des choses que moi seule utilise, sur mon propre corps.

La distinction conceptuelle est d'autant plus importante que concrètement ce n'est pas évident du tout : la trousse rose avec une croix blanche sur un cœur rouge, que l'on peut voir en photo dans mon EDC 2019, est en fait une trousse de premiers soins dans laquelle se trouve aussi mon stock de médicaments. Du coup je vais en parler ici comme d'une trousse de premiers soins, en passant sous silence les médicaments (antihistaminique, paracétamol, ibuprofène contre les inflammations, et du PEG pour le transit).

Je supporte la situation en me disant que c'est une trousse médicale qui me permet à la fois de pratiquer l'automédication sur moi-même et le secourisme sur le reste du monde, en faisant la distinction extemporanément.

Du coup j'évite de penser à la possibilité de prêter ma trousse à un autre secouriste, contrairement à la trousse pour la voiture, qui est vraiment une authentique trousse de premiers soins (mais c'est un heureux hasard, parce que je ne fais pas trop confiance dans le stockage de molécules actives dans un véhicule potentiellement garé au soleil).

Construction des trousses

Au fil des années, j'ai passé une quantité de temps assez déraisonnable (quoiqu'en proportion raisonnable du temps passé sur le thème de l'EDC, ou du temps à préparer l'achat de quelque chose qui compte à mes yeux) à chercher toutes les variantes possibles de kit de premiers soins, avant de passer à l'acte d'achat.

Je ne pourrais pas faire justice à toutes les sources d'inspiration qui ont contribué à faire de ces trousses ce qu'elles sont, et je ne peux même pas citer de contributeurs principaux, à l'exception du Deutsches Institut für Normung.

Les Allemands ont en effet eu l'idée intéressante de rendre obligatoire la trousse de premiers soins dans les automobiles et les motos, ainsi que leur utilisation en cas de besoin. Du coup, ils ont en même temps normalisé le contenu de ces trousses, ce qui suit une certaine logique. Mon esprit un peu latin ne peut s'empêcher de se demander si c'était vraiment utile de normaliser à ce point, mais je concède que c'est le genre de cas où il vaut mieux être trop précis que pas assez.

Au fil de mes recherches, j'ai développé l'impression que les trousses de premiers soins, c'est un peu comme les armes, même si le but recherché est à l'opposé. Ce sont des objets dont la valeur est limitée par la compétence de la personne qui les manipule.

Donc mon premier principe base, c'est que je ne mets dans une trousse que des objets dont je suis sûre de pouvoir quelque chose d'utile alors que tout fout le camp, dans le stress et dans l'urgence.

Un bon exemple est le garrot. Je comprends bien que ça sauve des vies, je vois en gros dans quelles situations, mais je n'ai pas assez confiance dans ma capacité à faire moins de mal que de bien face à une telle situation. Donc je préfère ne pas en avoir, et assumer ouvertement que ce n'est pas une possibilité, au moins jusqu'à avoir reçu un minimum de formation et d'exercices appliqués.

Pour le reste, c'est globalement le même genre de compromis que pour le reste du bazar que j'ai tout le temps avec moi : pour chaque objet, le bénéfice de l'avoir sous la main, par rapport à la fréquence où il sert, comparé à l'encombrement de l'avoir toujours dans la trousse.

Comme l'encombrement est un concept assez flou, j'ai tendance à choisir en premier le conteneur, et à arbitrer ensuite en fonction de ce qui peut rentrer dedans ou non.

Trousse médicale du quotidien

Mon quotidien est essentiellement urbain, avec des services d'urgence compétents à proximité, même si une courte distance ne garantit pas un délai d'intervention court.

Du coup, le but cette trousse est surtout de gérer les petites choses, bénignes au point de ne pas faire intervenir de service médical, ou éventuellement des choses tellement urgentes que la situation se dégrade sérieusement avant l'arrivée des secours.

Je dois reconnaître que jusqu'à présent, je n'y ai mis que des choses dans la première catégorie.

Quand j'ai commencé à me sentir à l'étroit dans ma boîte d'Altoids, je suis tombée sur une trousse avec un minimum d'organisation interne, qui pourrait aller jusqu'à 14×10×4 cm en la remplissant à fond. Vous l'avez déjà vue dans mon EDC version 2019, voici son contenu :

Les ciseaux multifonctions Leatherman Raptor ont achevé de me convaincre de sortir de la boîte d'Altoids. J'ai longtemps hésité avant de les acheter, parce que c'est cher et pas utile si souvent que ça. Honnêtement, je les trouve excellents (confortable, efficaces, compacts, avec des fonctions secondaires intéressantes), mais pas au point de valoir leur prix pour l'utilisation occasionnelle d'une ingénieure lambda. Un jour je serai plus rationnelle et je les rangerai. Ou peut-être qu'avant ça j'en aurai l'utilité et la rationalité aura alors définitivement perdu.

La pince à épiler est de la même série que celle dans mon EDC depuis 2018, mais avec un mors pointu, pour pouvoir aller chercher les échardes dans la chair.

Ce petit sac, qui doit faire 5×3×1.5 cm, contient deux gants en nitrile à ma taille. À partir du moment où j'envisage d'intervenir sur quelqu'un d'autre, il faut prendre des précautions, donc mettre des gants avant d'entrer en contact avec des fluides corporels. Je ne sais pas trop comment ça vieillit roulé en boule comme ça, ça va être une expérience intéressante.

Le rouleau de sparadrap va avec les compresses qui sont juste après, lorsqu'il faut gérer des plaies trop grosses pour les pansements, mais quand même assez superficielles pour ne pas nécessiter de médecin à court terme. Celui-ci a la particularité amusante de ne pas avoir colle, et de n'adhérer qu'à lui-même, ce qui n'est finalement pas si pratique que ça. Il sera prochainement remplacé ou complété par du sparadrap plus traditionnel.

L'atèle de doigt SAM est un peu comme dans la même situation que les ciseaux : je ne suis pas sûre d'en avoir besoin un jour, mais le concept est tellement amusant qu'il me le faut. C'est un atèle déformable et reformable, qui a la simple propriété d'imposer une courbure de Gauss nulle en tout point. Rien que pour ça, que ce soit pour expliquer la courbure de Gauss ou pour partager l'émerveillement d'appliquer un concept a priori aussi abstrait, ça vaut le coup de l'avoir, en plus ça ne prend presque pas de place (contrairement aux ciseaux).

Les lingettes désinfectantes sont là pour nettoyer une plaie avant de poser un pansement.

Les pansements de diverses tailles sont là depuis longtemps, et sont probablement les éléments les plus utiles de cette trousse (en plus de l'automédication).

Trousse de premiers soins pour la voiture

La voiture me rappelle inévitablement ma jeunesse, avant que je succombe aux facilités de la vie urbaine, donc ma vision de la voiture est du coup empreinte du siècle dernier, et il y a une certaine quantité de bazar que j'imaginerais indispensable mais qui est en fait rendu obsolète par l'assistance de l'assurance et la couverture de téléphonie mobile.

On m'a dit que c'est tellement bien qu'il n'y a plus besoin de rien, sauf peut-être à la limite une couverture s'il faut se tenir chaud en attendant l'Assistance, d'où la couverture de voyage à côté de la trousse dans la photo ci-dessous.

Mais même dans un scénario où l'Assistance fait tout mais avec un délai, la trousse de premiers soins garde sa pertinence pour empêcher la situation de se détériorer pendant ce délai.

Et comme précédemment, tant qu'à faire une trousse de premiers soins, autant y ajouter de quoi gérer les situations bénignes sans urgence. En plus de ça, comme ma voiture est surtout utilisée pour atteindre des endroits moins urbanisés que mon quotidien, je pense aussi aux situations intermédiaires assez graves pour faire appel aux services médicaux mais assez bénignes pour les atteindre par nos propres moyens. En plus, la voiture est plus souvent que moi à proximité d'endroits où peuvent avoir lieu des graves accidents de la route.

Du coup j'ai trouvé une trousse tacticool avec une petite croix rouge, qui fait environ 20×20×10 cm avec plein de compartiments internes pour les petits éléments que peut contenir une trousse de premiers soins. J'ai trouvé que c'est une limite raisonnable de volume pour décider de quel équipement emporter pour ces situations.

Je n'ai pas de photo où tout est étalé, si ça vous manque signalez-le et je tâcherai d'arranger ça.

Dans le petit rabat qui va entre les deux moitiés, je n'ai pour l'instant que quatre gants en nitrile. Dans l'autre trousse, j'avais mis une paire dans le même petit sac, je n'avais pas encore le coup de main ici, donc j'ai un gant dans chaque sac.

Dans le compartiment au milieu de la photo, j'ai au fond un pansement compressif israélien de 15 cm et un autre de 10 cm. C'est un peu technique à utiliser, mais c'est tellement utile quand il le faut que je trouve que ça vaut largement le sacrifice d'un de ces pansements pour se faire la main.

Devant, ce sont deux pansements compressifs DIN-13151-K. Je n'ai pas envie de les appeler « allemands », par rapport aux précédents qui sont israéliens, mais c'est le même principe en plus fin et sans barre de compression. Je ne suis pas sûre qu'un adulte peut avoir une hémorragie qui se règle avec un pansement si étroit, mais ça prend assez peu de place pour en prendre au cas où.

En beige, c'est du sparadrap sans colle dans la même série que précédemment, mais en 5 cm de large. Autant en 2.5 cm je ne sais pas trop ce qu'on peut en faire, autant le 5 cm me semble tout à fait valable comme bandage.

Au-dessus, l'atèle SAM de taille normale. Celle-ci n'est pas là pour jouer avec la courbure de Gauss, mais parce que si j'étais dans la forêt avec une entorse ou une fracture fermée, et quelqu'un de valide, je n'aurais pas envie de mobiliser des ambulanciers au lieu de juste coller un atèle et aller se présenter aux urgences. Je me demande combien de gens que je côtoie partagent ce principe…

De l'autre côté, on voit en surface des ciseaux de secours tout à fait classiques, et une pince à mors pointus pour la même raison que dans l'autre kit.

En dessous, il y a un bandage triangulaire avec ses épingles à nourrices, des lingettes désinfectantes, et un sac contenant un assortiment de pansements et quatre compresses.

Encore en dessous, il y a deux couvertures de survie, et deux carrés de 10×10 cm de gel pour le traitement des brûlures. Ce sont les éléments dont j'ai le plus de mal à voir l'intérêt en dehors de la voiture.

Enfin sur le bord, du sparadrap sans colle, des fois que je lui trouve une utilité, et du sparadrap traditionnel.

Les trousses DIN-13164 et DIN-13167

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

J'aime bien les normes, mais leur accès est quand même super pénible, et j'ai eu énormément de mal à rassembler les informations ci-dessous, du coup je me les note ici, pour la référence.

Je ne garantis pas la qualité de ces informations, vu le nombre de recoupements que j'ai dû faire pour les obtenir, sans la moindre notion d'allemand, donc prenez-les avec une certaine prudence, et n'hésitez pas à me signaler toute erreur que vous pourriez constater.

Manifestement, en Allemagne les automobiles doivent disposer d'une trousse de premiers soins respectant la norme DIN-13164, et les motos d'une trousse plus petite, suivant la norme DIN-13167.

Ce deux trousses contiennent les objets suivants :

  • 1 rouleau de sparadrap DIN 131019-A, de 2,5×500 cm,
  • 2 lingettes nettoyantes imprégnées,
  • 1 paire de ciseaux à pansements DIN 58279-A-145,
  • 1 couverture de survie, dorée/argentée, 160×210 cm,
  • 2 paires de gants à usage unique sans latex DIN/EN 455,
  • 1 assortiment de 14 pansements DIN-13019 :
    • 2 pansements pour le bout des doigts,
    • 2 pansements de doigt 2×12 cm,
    • 2 pansements 18×72 mm,
    • 4 pansements 25×72 mm,
    • 4 bandes 10×6 cm.
  • 1 guide d'utilisation de la trousse (à vérifier).

En plus de ça, la trousse DIN-13167 (moto) contient :

  • 1 pansement compressif stérile DIN-13151-M 8×10 cm,
  • 1 pansement compressif stérile DIN-13151-G 10×12 cm,
  • 1 pansement stérile pour brûlures DIN-13152-A 80×60 cm.

La trousse DIN-13164 (auto) contient en plus de la partie commune :

  • 1 pansement compressif stérile DIN-13151-K 6×8 cm,
  • 2 pansements compressifs stériles DIN-13151-M 8×10 cm,
  • 1 pansement compressif stérile DIN-13151-G 10×12 cm,
  • 1 pansement stérile pour brûlures DIN-13152-A 80×60 cm,
  • 1 pansement stérile pour brûlures DIN-13152-BR 60×40 cm,
  • 3 bandes élastiques DIN-61631-MB ou DIN-61634-FB 6×400 cm,
  • 2 bandes élastiques DIN-61631-MB ou DIN-61634-FB 8×400 cm,
  • 3 paquets de deux compresses stériles 10×10 cm,
  • 2 bandages triangulaires DIN-13168-D.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Perspectives

Comme le reste d'un EDC, cette liste n'est pas figée, et au contraire elle doit normalement évoluer au fil de mes trouvailles et de mes rares moments de raison.

Elle a même d'autant plus raison d'évoluer que le critère de compétence avec un objet change normalement avec ma formation. Par exemple, je ne désespère pas d'apprendre à me servir d'un garrot, maintenant que le terrorisme l'a remis dans les formations, et il suffit d'un accident de la route avec un membre broyé pour que ça fasse la différence.

À beaucoup plus court terme, la conception de cet article, en reprenant quelques références que j'avais notées et en jetant un œil dans la trousse du boulot, m'a fait prendre conscience du manque de sérum physiologique, de pansements pour ampoule, et de pansements en « H » pour le bout des doigts.

J'avais négligé le sérum physiologique parce que je ne vois pas clairement quand et comment m'en servir. Les pansements en « H » me semblent facilement remplaçables par un petit pansement « normal » et un bout de sparadrap. Je ne sais pas comment les pansements pour ampoule sont passés à la trappe, j'ai déjà vécu leur bénéfice et on peut facilement leur trouver de la place, je suppose que je n'en ai pas vu assez souvent dans mes recherches récentes.

D'autre part, il me reste un peu de place dans la trousse du quotidien (en dessous du sparadrap et à gauche des ciseaux), je n'ai pas encore trop réfléchi à quoi y mettre. Peut-être un pansement compressif, pour avoir un minimum de sérieux, ou du sérum physiologique.

Ou peut-être avez-vous des suggestions d'autres éléments que j'aurais négligé ?

À moins que vous ne voudriez argumenter de l'inutilité de s'encombrer avec tout ça, quand une app' ferait tout aussi bien l'affaire ?

Publié le 31 juillet 2019

Tags : Jouets

TekGear Twiddler 3

Le Péripathéticlavier

Photo du TekGear Twiddler 3

J'utilise depuis plusieurs mois un nouveau jouet pou m'aider à la rédaction de divers textes : le clavier Twiddler 3, en photo ci-dessus.

Je vais vous décrire tout le bien que je pense de ce jouet.

Le besoin

Je vous avais déjà décrit dans mon billet sur le casque Trekz Titanium mon rapport avec la marche.

En résumé, je passe pas mal de temps à marcher, surtout entre mon lieu de travail et mon domicile, pour plein de raisons pas toutes très rationnelles.

Et si cette activité physique occupe bien le corps, l'esprit gagnerait à ne pas toujours rester si longtemps et si souvent sans être canalisé sur quelque chose.

Ma première idée pour m'occuper l'esprit en marchant a été d'utiliser mes oreilles, au moyen du casque évoqué, et je m'en sers encore beaucoup malgré les limites dont j'ai parlé dans le billet qui lui est dédié.

Ma piste suivante était de générer du texte, parce que d'un côté il y a toute l'inspiration que je peux avoir quand je n'écoute pas un podcast, ou que je tombe sur un passage moins intéressant, et en même temps je manque de temps pour mettre par écrit le résultat de ces réflexions ou des e-mails ou d'autres choses.

Quand on marche, globalement ça bouge beaucoup trop pour pouvoir écrire du texte avec un stylo ou quelque chose qui s'en rapproche. L'alternative la plus évidente est la dictée, mais je ne supporte pas de parler à une machine, et il y a un gros paquet de trucs que j'écris que je n'assumerais pas de prononcer à voix haute dans la rue.

Je me suis donc dit que dans l'idéal ce serait quand même super bien de trouver un gadget qui me permette de taper du texte en marchant.

Comme je suis toujours aussi parano' sur les dangers tapis autour de moi dans la jungle urbaine, il est hors de question que je réduise mon champ visuel. Donc il s'agit forcément d'un système d'entrée en aveugle et au kilomètre, à mettre en forme devant un ordinateur. Le pari était que ce la mise en forme de ce matériau brut soin significativement plus rapide que son entée directe.

À partir de ce besoin, je ne m'attendais pas à trouver quoi que ce soit pour le remplir, mais j'ai quand même lancé des moteurs de recherche pour le principe, en m'attendant à ne rien trouver et finir par bricoler un truc à base de morse sur un bouton relié à microcontrôleur dans mon sac à main.

Ce n'est donc pas sans surprise que je suis tombée sur le Twiddler, qui répond parfaitement à ce que j'imaginais.

L'appareil

Le site officiel décrit cet appareil en détails beaucoup mieux que moi, alors je vais juste vous faire un résumé rapide.

Il me semble que cet appareil vient des méthodes d'entrée alternatives pour personnes handicapées, pour être élargi ensuite par des adeptes de vitesses de frappe extrêmes et des adeptes de wearable computer.

Le concept principal pour démultiplier les touches et faire tout tenir dans une seule main est le chording, mot anglais qui désigne le fait de faire des accords sur une guitare. Comme un guitariste qui appuie sur plusieurs cordes en même temps pour faire un seul son, les combinaisons des 12 touches que vous voyez sur la photo représentent une seule touche d'un clavier habituel.

Chacune des quatre lignes de touches est en face d'un des quatre doigts autour de cette espèce de joystick, et si chaque doigt peut appuyer sur une touche parmi trois ou aucune, en a déjà 255 touches virtuelles, largement plus qu'il n'en faut pour remplacer un vrai clavier, même sans compter Shift, Control et Alt qui sent disponibles sur des boutons du pouce.

Du coup, il y a même suffisamment de combinaisons pour pouvoir affecter une séquence de plusieurs frappes de clavier à une même combinaison, ce qui permet d'atteindre des vitesses physiquement impossibles.

Une fois les touches représentées, il reste à les transmettre à un ordinateur, ce qui se fait par Bluetooth ou USB, en se présentant comme un clavier. Une conséquence pas toujours très pratique est que cet appareil n'envoie pas des caractères, mais des codes de touche, interprétés ensuite suivant la langue de l'OS.

Une fonctionnalité relativement récente mais très utile pour mon cas d'utilisation est un mode « hors connexion », dans lequel les touches sont enregistrées dans la mémoire flash interne, et un raccourci permet rejouer la séquence enregistrée. Alternativement, on peut récupérer la liste des codes HID directement en montant la flash, ce qui est particulièrement utile lorsqu'on risque d'entrer par erreur une combinaison de touches qui change l'état du PC, par exemple CapsLock, Alt-Tab, ALt-F4, ou même simplement la touche flèche vers le haut.

L'apprentissage

Même si la correspondance entre des combinaisons de touches du Twiddler et les frappes de clavier est complètement paramétrable, n'y a aucune correspondance évidente. Et sans surprise, les agencements les plus efficaces sont les moins évidents à apprendre.

Vu le mal que j'ai pour passer de qwerty à azerty et vice-versa, je ne préfère pas savoir combien de temps il me faudrait pour changer d'agencement. Du coup j'ai choisi dès le début un agencement qui me semblait le plus sympathique (à savoir BackSpice).

Je n'ai pas tenu de statistiques sur cet apprentissage, mais il a dû falloir une vingtaine d'heures d'utilisation pour retenir une très grande majorité des touches.

Je dois en être aujourd'hui à une bonne septantaine d'heures, dont la plus de la moitié en marchant, et je commence à enchainer des fragments de mots ou des suites de petits mots sans avoir aucune conscience du mouvement de mes doigts, alors que qu'avec un vrai clavier je suis en continu dans cet état automatique.

Au niveau des performances de frappe, que je n'ai jamais cherché ni sur clavier ni avec le Twiddler, je dois avoir un bon trente mots par minute avec le Twiddler, contre un petit soixante-quinze avec un clavier qwerty, et je n'ai pas l'impression de tellement progresser ces jours-ci, ni sur l'un ni sur l'autre.

J'avoue que ce temps d'apprentissage ne m'impressionne pas plus que ça, par rapport à un instrument de musique ou un deux-roues motorisé, vingt heures pour être opérationnel ne me semble pas énorme.

En revanche, pour être compétitif avec un clavier dont on sait déjà se servir, j'imagine que le coût d'entrée est prohibitif.

Verdict

Au point où j'en suis, il n'est pas question de remplacer un vrai clavier, mais d'introduire un simili-clavier là où il n'y en avait pas, que ce soit en marchant, dans la voiture (comme passagère), ou face à un appareil Android.

Pour ce qui est du besoin initial, à savoir produire plus de texte pour un même temps passé devant un vrai ordinateur, le Twiddler convient parfaitement. Après une petite phase de mise en place, durant laquelle les gains de temps étaient négligeables, je pense qu'aujourd'hui je passe environ trois à cinq fois moins de temps pour publier un billet ou une histoire sur le présent site.

C'est ce qui me permet de tenir le rythme de mon journal de moto, et à quoi je faisais référence dans Histoires à partager, quand j'écrivais que « je me retrouve à pouvoir rendre publiables des histoires pour un effort moindre. »

Si ça vous intéresse, voici le texte brut directement extrait du Twiddler pour le présent billet. Ce n'est pas très joli, mais après corrections orthographique et grammaticale il ne reste plus que quelques phrases à reprendre et quelques paragraphes à ajouter.

Un effet secondaire est que je marche plus lentement qu'en écoutant des podcasts ou en laissant mon imagination gambader, d'environ 10 %. Mais même en essayant de faire attention je n'ai pas du tout trouvé à quel niveau se trouve la différence. Est-ce le mouvement des doigts qui perturbe l'effet balancier des bras ? Est-ce que l'écriture empiète légèrement plus sur l'attention nécessaire aux déplacements urbains ? Mystère.

Je me demande parfois quelle image ça projette, et je ne suis pas la seule, mais pour l'instant personne ne m'a fait de remarque, et si on m'a lancé des regards perplexes c'est sans que je ne m'en rende compte.

Une question qui reste ouverte, c'est s'il y a un effet sur ma façon de rédiger. Face à un texte sur écran, je peux me balader dans le texte en cours de rédaction, m'y retrouver, le remanier, etc ; alors qu'avec le Twiddler, je dois tout faire de tête, donc je ne me lance qu'avec une représentation mentale plus détaillée, et la première sérialisation en mots est souvent définitive.

Avez-vous remarqué une différence dans le style d'écriture de mes billets ? Sauriez-vous retrouver à quelle date j'ai commencé à utiliser le Twiddler, et quels articles ont été rédigés au clavier ?

Publié le 27 juin 2019

Tags : Jouets

Every Day Carry en 2019

Comme chaque année, avec le mois de mai reviennent les beaux jours et l'inventaire de ce qui me sert de sac-à-main, que j'appelle pompeusement Every Day Carry ou EDC, cf l'édition 2015, l'édition 2016 et l'édition 2018.

Depuis l'année dernière, la liste des objets n'a pas beaucoup changé, mais j'ai avancé sur la question des contenants qui restait en suspens à la fin du billet.

Évolution de l'EDC

Par rapport à mon Every Day Carry en 2018, je n'ai pas changé le découpage modulaire ; et les modules sont tous restés identiques sauf le module 3.

Photo des objets de la liste

Rappel des modules

Dans la suite, je vais développer comment j'ai choisi les conteneurs pour transporter mon EDC, et pour ça je vais faire référence aux modules que j'ai établis dans mon inventaire de 2018. En voici un résumé :

Analyse des besoins en sacs

J'ai essayé très fort de me retenir de faire des blagues geek, mais là je ne peux pas résister à la tentation d'emprunter ce concept de la méthode à Gilles, en écrivant des user stories.

Concrètement, je voudrais un ensemble de sacs et autres conteneurs, de façon à ce que ma vie soit la plus confortable possible dans les situations suivantes, classées par ordre d'importance décroissante :

  1. Je suis au boulot ou chez des amis avec le module 1 sur moi et le reste posé quelque part.
  2. Je vais retrouver des amis dans un bar avec les modules 1, 2, 3 et des bouts de 4.
  3. Dans la situation précédente, je vais aux toilettes avec les modules 1 et 2.
  4. Je vais au boulot avec les modules 1, 2, 3, 4, et Bifrost.
  5. Au boulot, je pars chercher un déjeuner, avec le module 1, mon porte-monnaie, et un sac de courses.
  6. Je pars en week-end avec quelques vêtements de rechange, les modules 1, 2, 3, 4, 6, et Bifrost.

Pour avoir trimballé Bifrost de plein de façons différentes, je sais que je n'ai pas la force physique pour le transporter à la main ou en bandoulière sur des distances de marche qui me semblent pourtant raisonnables. Donc je pars du principe que le porte dans un sac à dos.

Comme en plus j'ai quelques Riut Bags, qui sont trop vieux pour apparaître sur le site, mais je trouve très confortables et pratiques et qui me donnent une certaine sérénité dans l'espace public, je vais commencer par mettre Bifrost dedans, et y ajouter le module 4 puisqu'il n'est jamais utilisé sans Bifrost dans ces histoires.

En même temps, j'ai déjà pu constater à quel point tous les sacs à main que j'ai pu essayer sont pénibles à porter avec un sac à dos. Donc idéalement il faudrait que les histoires 4 et 6 soient faites uniquement avec le sac à dos, et peut-être un sac à la ceinture.

D'autre part, les sacs Riut ne sont pas très pratiques pour sortir des objets en gardant le sac sur les épaules (c'est même son principal argument de vente). Les poches prévues pour ça ne me sont pas très accessibles avec ma morphologie et la façon de les porter. Donc il faudrait au moins que les clefs de mon appartement et les transpondeurs soient dans un sac à la ceinture.

Résultat, en première itération, je me retrouve avec une autre série de modules, plus orientés sacs : des choses que je veux porter à la ceinture, des choses qui restent dans sac à dos Riut, et des choses qui iraient dans le sac à dos si je le prends ou dans un sac à main dédié autrement.

Pour ce qui est de la ceinture, il y aurait toujours le module 1, par définition, et ça répond à l'histoire 1. En y ajoutant mes clefs et les transpondeurs, on répond à l'histoire 4 avec sac Riut. En ajoutant au module 1 le porte-monnaie et le sac de courses, on répond à l'histoire 5. Mais en mettant tout ça ensemble, ça couvre tout le module 2 (clefs et porte-monnaie) et on répond aussi à l'histoire 3.

Il ne reste plus qu'à trouver une ceinture capable de contenir tout ça.

Photo du module minimal

Sur cette photo, les transpondeurs sont rangés dans la couverture du bloc-notes avec le mini-stylo, parce que le plan n'est pas de se limiter à ces objets à la ceinture, mais de profiter de la place supplémentaire pour y ajouter d'autres trucs.

Sacs de ceinture

Ça fait très longtemps que je réfléchis du côté du transport de bazar à la ceinture, mais les sacs banane restent monstrueusement moches, et à la fois encombrants et de faible capacité.

J'ai vu un certain nombre de sacs de cuisse qui avaient l'air très sympathiques, mais qui sont incompatibles avec les jupes que je porte tout le temps (sauf quand je fais de la moto, mais c'est récent).

Et puis un jour, j'ai croisé un développeur FreeBSD avec quelque chose qui ressemble à un mini sac de cuisse, intégré à une ceinture, et construit de façon à ne pas avoir besoin de sangle à la cuisse. Il paraît que tout le monde en a à Berlin.

J'ai eu beaucoup de mal à trouver ça ensuite, même s'il y a deux ou trois modèles chez certains fabricants, par exemple le sac Don de Gusti Cuir.

J'avoue avoir aussi eu des doutes sur l'image que projette le port de ce genre de sacs, mais à la fin j'en ai eu tellement marre que le confort a pris le dessus sur l'image. Cela dit, ça m'intéresse quand même d'avoir votre avis là-dessus.

Cela dit, la plupart de ces sacs restent encore un peu trop petits pour mettre tout ce que je voulais y mettre dans la partie précédente, du coup j'explorais le genre de sac de ceinture qu'on pourrait ajouter à un sac comme ça.

Et puis je suis tombée sur une version avec une sacoche de chaque côté, chez Kunst und Magie.

Résultat, j'arrive à y mettre les modules 1 et 2, et presque tout le module 3.

Photo du sac-ceinture

Organisation interne

Une limite de ce type de sacoches est que l'étroitesse et la position sur le corps rendent difficile le recherche d'objet dedans ; et la version textile est tellement souple que les objets ont tendance à s'accumuler en bas, ce qui est moche en plus d'être peu pratique.

Il me fallait donc un organiseur de sac pour garder tout à sa place, et dans la bonne forme.

J'ai une certaine expérience là-dedans, après en avoir fait un sur mesure pour un sac à main passé (on y retrouve d'ailleurs une bonne partie de mon EDC 2016) et le même principe en gilet.

Ça marche très bien, mais c'est quand même très pénible à faire, et c'est bloqué à une version de l'EDC. Du coup j'ai eu envie d'essayer d'adapter en le rendant reconfigurable, à l'aide de velcro : le support serait une plaque de boucles, et les poches y sont posées avec les crochets.

Pour faire simple, j'ai fait un support double-face, pour y mettre tous les objets plutôt fins, et un support simple-face pour les objets plus épais.

Au niveau des poches, c'est encore plus chiant que les organiseurs fixes, ça m'a donné pleinement conscience que les outils et méthodes pour faire des vêtements ne sont pas faits pour du travail de précision à cette échelle. Je me demande ce que les fabricants de gants utilisent.

Cela dit, j'ai déjà fait assez de reconfigurations pour que cet investissement en efforts soit déjà rentabilisé.

Voici le résultat :

Photo des objets de la poche gauche Organiseur de la poche gauche, avec les objets relativement épais : stick à livres, lampe ZebraLight H53Fw, porte-clef KeyCage, porte-monnaie, miroir batterie USB, et câble micro-USB dans son enrouleur.

Photo des objets de la poche droite, côté intérieur Organiseur de la poche droite, côté intérieur : paracord, smartphone, oreillette bluetooth, pince multifonction, pince à épiler.

Photo des objets de la poche droite, côté extérieur Organiseur de la poche droite, côté extérieur : carnet avec mini-stylo et transpondeurs, sac de courses, briquet Zippo, bouchons auriculaires.

Je n'ai pas fait de photo de la petite poche, mais elle est simplement remplie par le mouchoir et le sifflet, accroché à l'intérieur par quelques centimètres de velcro.

Photo des objets du reste du module 3 Les objets du module 3 qui ne rentrent pas dans la ceinture : bande frontale pour la lampe, câble micro-USB OTG, lecteur d'e-books, crayon khôl, parfum, mascara, kit de premiers soins, mètre ruban, élastiques à cheveux, marqueur permanent, clef USB, nourriture.

Si quelqu'un veut essayer de faire la même chose, les leçons que j'en ai tirées c'est un général manque de rigidité par rapport à ce que je veux faire.

Le support en boucles de velcro gagnerait à avoir une armure en carton, les poches qui ne sont pas en denim ont tendance à se mettre en carafe quand on essaye de remettre un objet dedans, et même en denim la rigidité supplémentaire de l'ourlet (qui manque sur la poche de téléphone par exemple) est nécessaire.

Et pareil sur le placement des poches, il faut empiler les objets pour qu'ils reposent l'un sur l'autre, sinon le support va céder et ça va mal se passer.

Avis sur quelques mois

Une chose qui me manque souvent quand je me renseigne sur internet, c'est un avis à long terme. Les premières impressions sur les produits neufs, c'est très bien, mais en général la vraie question derrière mes recherches est ce que j'en penserais des mois, voire des années, plus tard.

Dans tout ce que j'ai écrit, s'il n'y avait pas le côté artisanal et pénible de l'organisation interne, ça aurait pu être une impression à chaud juste après avoir assemblé tout ça.

Ce qui me semble donc de plus précieux dans ce billet, c'est le témoignage après des mois d'utilisation de ce système.

Le principal inconvénient est la difficulté de ranger les objets dans leur place, surtout ceux des étages inférieurs. Ça été la force majeure de l'organisation verticale, les objets du dessous servent finalement plus de support pour les objets de dessus que pour mon utilisation directe.

Le deuxième inconvénient, qui fait que je continue à chercher une solution alternative, est que j'ai des doutes sur la robustesse de ces sacoches. On peut facilement voir sur la photo les traces d'usure du Zippo et de la boîte de bouchons auriculaires ; la trace du miroir est moins évidente mais une fois qu'on l'a trouvée elle est tout aussi nette.

Au cours de ces quelques mois, j'ai progressivement ajusté la ceinture pour garder le même port, et j'ai avancé le bout de la ceinture de plus de deux centimètres, le tissu a donc dû s'allonger d'autant.

Et il y a un des fermoirs magnétiques dont l'aimant est tombé (probablement dans le bus), ce qui fait qu'il ne ferme plus.

Tout ça bout à bout, je ne serais pas surprise de voir ce sac se casser irrémédiablement dans l'année qui vient.

Au moins, maintenant que le concept est éprouvé, je suis prête à faire l'investissement dans un sac de forme similaire, peut-être un peu plus petit parce que j'ai largement plus de place qu'il ne me faut, dans un matériau plus robuste, par exemple du cuir. Voire essayer de le construire moi-même, si la Main Invisible ne veut pas s'en charger.

Si seulement j'avais des mots clefs pour rechercher ce genre de sacoches…

Publié le 5 mai 2019

Tags : Jouets

Mémoire assistée par ordinateur

Rappel des épisodes précédents

Comme tous les billets qui sont tagués Suite, le présent billet repose sur un contexte décrit précédemment, en l'occurrence dans le billet Perte de mémoire. Je vais le résumer rapidement ici, mais n'hésitez pas à y revenir si le résumé est trop succinct.

Dans les années quatre-vingt-dix, j'ai appris une méthode pour résoudre un Rubik's Cube, en assemblant des séquences de mouvements, appelées algorithmes, qui produisent un résultat élémentaire donné.

Je suis rapidement devenue incapable de réciter ces séquences, mais j'ai pu constater, à peu près une fois toutes les quelques années, que j'étais encore capable de les exécuter machinalement, jusqu'à l'été 2017, lorsque j'ai constaté la perte du dernier algorithme.

J'ai pu constater au passage que la méthode que j'ai apprise semble complètement absente d'internet, et du coup définitivement perdue.

J'espérais mollement que dans les mois qui suivent, je pourrais reprendre un cube, et retrouver machinalement la séquence, mais ça n'a malheureusement pas été le cas.

À la recherche de l'algorithme perdu

L'algorithme perdu est donc une séquence de mouvements du Rubik's Cube dont le résultat net est la rotation d'un tiers de tour de deux coins adjacents, comme ceci :

algorithme 4

Je me souviens clairement que dans cette méthode, les algorithmes étaient décrits à partir de dix mouvements de base, qui sont la rotation d'un quart de tour, dans un sens ou dans l'autre, de la face principale ou d'une des quatre faces adjacentes.

Pour ne pas m'encombrer avec des notations plus ou moins pénibles à assimiler, dans le présent billet je vais désigner ces dix mouvements de base de la façon suivante : F, F', H, H', G, G', B', B', D, et D'.

Je me souvenais aussi clairement que cet algorithme manquant est nettement plus long que les autres. Un vague souvenir me disait 22 ou 24 mouvements de base.

Enfin, les manipulations du cube m'ont laissée sûre que cet algorithme contient B G H, plutôt vers le début, et qu'il se termine par G' F H B'.

Les choses en étaient à peu près là depuis l'été 2017, jusqu'à la coïncidence récente de voir un Rubik's Cube au cours d'un rangement il y a quelques semaines, de commencer à jouer au projet Euler, et de me dire qu'avec un petit coup de pouce de ma mémoire un ordinateur pourrait retrouver l'algorithme perdu, en brutalisant l'espace de recherche.

Assistanat électronique

Donc forte de mes petits programmes pour le projet Euler, j'ai appliqué une stratégie similaire à la modélisation d'un Rubik's Cube, l'application de séquences de mouvements, et l'itération sur ces séquences.

En vrai, j'ai cherché assez tôt à estimer la futilité de cette idée, mais quand j'ai vu que je pouvais déborder mon compteur 32-bits en une dizaine de minutes sur ma machine très peu performante, et que je pouvais explorer toutes les séquences d'au plus 10 mouvements de base en quelques minutes, j'ai pris confiance et j'ai commencé à développer sérieusement.

La partie un peu geek mais intéressante, c'est que ce n'est pas la peine de parcourir tout le monoïde libre sur les mouvements de base toutes les séquences de mouvements, déjà parce que c'est un groupe libre ça n'a pas d'intérêt de faire un coup puis son inverse, mais aussi parce que ce sont des quarts de tour, donc quatre mouvements identiques de suite s'annulent, et en fait trois mouvements identiques sont déjà explorés par le mouvement inverse, et ça ne sert à rien d'explorer deux fois un mouvements quand on a déjà exploré deux fois son inverse, car ça fait le même demi-tour.

J'ai fait mon itérateur en ne considérant que les éliminations du paragraphe précédent, alors qu'on pourrait faire mieux en utilisant le fait que les mouvements de deux faces opposées commutent. Par exemple on pourrait élaguer G D G' puisqu'il donne le même résultat que D seul, qui a été exploré plus tôt. Je me suis dit que c'est trop compliqué à tester par rapport au temps d'exploration gagné.

Et en parallèle, j'ai fait marcher le cube, parce que l'explosion combinatoire fait que les séquences jusqu'à 12 mouvements s'explorent en quelques heures, 13 mouvements dépasse la journée, et j'aurais à redémarrer la machine avant d'avoir fini toutes les séquences de 15 mouvements.

J'ai quand même lancé une double itération pour chercher toutes les séquences qui correspondent à ce que j'ai ci-dessus, histoire d'occuper le CPU, des fois qu'il trouve avant que je code quelque chose de mieux.

Assistanat neuronal

Je cherchais quelque chose de mieux, parce que j'ai quand même bien plus de souvenirs que ce que j'ai déjà écrit, mais leur fiabilité est douteuse.

En particulier, je me souviens clairement que l'algorithme était découpé mentalement en deux parties, et dans la fraction de seconde de pause entre les deux la face principale a une forme de point d'interrogation, c'est-à-dire la première ligne, les deux carrés de droite de la deuxième ligne, et le carré central de la troisième ligne, tous de la même couleur, et les autres de couleur différente. La première partie était assez courte, je pensais vaguement trois coups. Et j'avais le souvenir très vague que les cuboïdes de ce point d'interrogation ne sont pas tous à leur place (c'est-à-dire que la couleur est bonne mais pas portée par le cube qui devrait être là).

Du coup j'ai cherché toutes suites de coups qui arrivent à cette forme, mais aucun de ceux d'au plus 4 mouvements ne font réagir ma mémoire, et la liste de 5 mouvements est trop longue et m'a découragée.

En manipulant le cube, j'ai senti qu'après B G H, je sentais bien G'.

Du coup j'ai continué d'explorer ces coups, et j'ai commencé à sentir peut-être quelque chose en bas (B ou B'), puis peut-être G.

Et en posant ça comme ça, ça a fait émerger un vague souvenir de mon apprentissage de cet algorithme, dans lequel je remarquais une alternance de G' et G entrecoupés de choses en haut et en bas, deux fois dans un sens puis une fois dans l'autre, à moins que ce ne soit l'inverse…

Évidemment, à chaque étape de ce que je retrouvais, j'ai passé la moulinette automatique pour trouver onze ou douze coups manquants.

Sans que rien n'en ressorte.

Bien choisir ses indices

Le problème qu'il y a dans l'accumulation de souvenirs comme ça, c'est qu'il est à peu près certain qu'il y a des erreurs dedans, mais c'est difficile de deviner a priori où. Je crois même qu'à chaque fois que je me suis amusée à draguer le fond de ma mémoire comme ça, il y a toujours eu une trahison par des souvenirs que je croyais très fiables.

Du coup j'ai commencé à remettre tout en question, ce qui fait retomber dans l'explosion combinatoire.

Par exemple, assez tôt dans ce processus, juste après être partie sur B G H G', je me suis dit que finalement ce n'est peut-être pas une séquence « à un moment assez tôt », mais plutôt le même G' que celui est au début de la séquence finale G' F H B'.

Du coup j'ai cherché tous les préfixes de B G H G' F H B'. en restant de taille raisonnable, et de taille moins raisonnable en formant un point d'interrogation assez tôt.

En vain, encore une fois.

Enfin, en vain sur le plan informatique, parce que c'est en essayant de sentir ce que donne cette séquence sur le cube que j'ai retrouvé le reste, en particulier l'alternance de G' et G entrecoupés de choses en haut et en bas, que je sentais vraiment bien.

Du coup au lieu de coller bêtement les deux séquences que j'avais retrouvées en 2017, j'ai collé les versions plus longues, genre B G H G' B G H' G' F H B' et B G H G' B' G H' G' F H B', toujours avec le point d'interrogation atteint en 2 à 5 coups.

Ça n'a rien donné non plus.

Pendant ce temps, j'ai continué de pratiquer ces suffixes, dans l'espoir que ça finisse par évoquer quelque chose à ma mémoire musculaire, au moins pour distinguer les deux branches.

Et puis à un moment j'ai fini avec B G H' G' F' H' F H B' et , je le sentais bien.

Du coup j'ai lancé la recherche sur le plus gros suffixe que je sentais, à savoir B G H G' B G H' G' F' H' F H B', toujours avec le point d'interrogation initial atteint en 2 à 5 coups.

J'avais tellement essayé de trucs, qu'à ce stade, c'est à peine si je vérifiais la sortie du programme. Heureusement qu'il y a trouvé des tonnes de séquences, sinon j'aurais peut-être raté que la réponse était enfin là, sous mes yeux.

La brutalité du résultat

Le premier résultat de la liste est : D' G D pour former le point d'interrogation initial, suivi de G' H' F' H F B' obtenu par exploration exhaustive, suivi du suffixe prédéfini B G H G' B G H' G' F' H' F H B'.

Et là, on remarque quelque chose de très moche : les quatre premiers coups s'annulent mutuellement, et sont juste là pour satisfaire le critère du point d'interrogation. Du coup cette recherche a réussi malgré le souvenir du point d'interrogation, et non pas grâce à lui.

D'ailleurs c'est même pire que ça, parce que j'avais exclu la possibilité d'atteindre le point d'interrogation en un seul coup, et le premier résultat qu'il me sort l'atteint en trois coups, dont deux qui s'annulent l'un l'autre.

Et pareil au niveau de l'autre jonction, toutes les solutions trouvées par exploration exhaustive se terminent par B' pour annuler le premier coup du suffixe imposé.

Résultat, après ces simplifications évidentes, on tombe sur la séquence H' F' H F G H G' B G H' G' F' H' F H B'

Je l'ai pratiquée quelques fois, et ma mémoire musculaire trouve que c'est ce qui colle le mieux de tout ce que je lui ai proposé, mais sans affirmation enthousiaste.

Le tout début, H' F' H donne bien une forme de point d'interrogation, qu'on a le loisir d'observer pendant F, mais à l'envers, en miroir.

La séquence dont j'avais cru me souvenir assez tôt, B G H, n'apparaît pas du tout, mais c'est probablement la corruption du G H juste après le F qui fait tourner le fameux point d'interrogation.

Quant à la séquence dont j'avais cru me souvenir sur la fin, G' F H B', son premier mouvement est également faux, ou mal placé. Je ne sais pas si j'ai zapé le F' H' qui aurait dû être entre G' et F H B', ou si c'est le H' qui a été corrompu en G', mais j'aurais pu chercher très longtemps si ma mémoire n'avait pas fini par réparer cette erreur.

Enfin, ça fait 16 mouvements, alors que mon vague souvenir était au-dessus de la vingtaine. Je me souvenais que les algorithmes étaient de plus en plus longs, et avoir 8 mouvements dans les deux ne colle pas avec ce souvenir. Passer du simple au double ensuite est aussi suspect, parce que c'est « rond » pour que ça ne me marque pas.

Comme quoi, la fiabilité des neurones…

Conclusion

J'ai passé un bon bout de temps sur cette recherche, et le résultat n'est pas tellement à la hauteur en termes de satisfaction émotionnelle. C'était une énigme amusante, du même acabit qu'un problème du projet Euler, mais sans plus.

Je suis un peu peinée que même maintenant que je suis sûre d'avoir retrouvé l'algorithme manquant, et l'avoir répété quelques dizaines de fois, je n'arrive toujours pas à le ressortir sans notes. Ou du moins pas assez souvent pour pouvoir compter dessus pour résoudre un cube à l'improviste.

J'ai du mal à me motiver pour la réapprendre, mais je ne suis toujours pas complètement en paix avec la perspective de l'abandonner.

Annexe : la version complète de la méthode que j'ai apprise

Si ça intéresse quelqu'un, voici en entier la méthode que j'ai apprise.

Il s'agit d'abord de placer les pièces à deux faces (arrêtes) sans se préoccuper de leur orientation, puis orienter ces pièces, puis placer les pièces à trois faces (coins) sans orientation, puis les orienter.

Chacune de ces étapes est réalisée au moyen d'un algorithme, qui est une séquence qui fait un mouvement de base dans l'étape courante tout en préservant ce qui a été fait dans les étapes précédentes.

Et voici les quatre algorithmes :

  1. algorithme 1H F H' F' G' F G

  2. algorithme 2D B' D' B F' B F B'

  3. algorithme 3G B' D' B G' B' D B

  4. algorithme 4H' F' H F G H G' B G H' G' F' H' F H B'

Publié le 24 avril 2019

Tags : Évènement Geek Suite

Mais… mais… mais… pourquoi !?

C'est vrai ça, pourquoi, hein ?

Pourquoi je mets un titre comme ça sur ce billet, alors que je sais très bien que d'ici quelques années, quand je parcourrai l'archive du présent weblog, je me demanderai de quoi ça pourrait bien parler, et je serai irritée de devoir ouvrir ou charger la page pour le savoir.

C'est comme ce type que j'ai connu à El Paso. Un jour il s'est jeté dans les cactus a près s'être mis tout nu. Moi aussi, je lui ai demandé pourquoi.

En plus, il faut attendre le quatrième paragraphe pour découvrir qu'il est question ici de ma décision de passer le permis moto. Ou du moins, de m'inscrire dans une moto école dans ce but, car je ne sais pas encore par quel côté je vais en sortir. Notons que cette décision n'est pas encore concrétisée au moment de la publication de cet article, si vous commentez assez rapidement vous arriverez peut-être à me faire changer d'avis.

Du coup, chers lecteurs, après vous être tapé le suspense irritant que j'infligerai à moi-dans-le-futur, vous vous posez exactement la question éponyme.

En tout cas moi, je me la pose.

Du coup j'imagine que vous n'êtes pas au bout de vos frustrations dans ce billet. Comme moi.

Il m'a répondu qu'à ce moment-là, ça avait l'air d'une bonne idée.

Vin, dans les Sept Mercenaires

Peut-être que d'ici quelques années, je trouverai que ce choix de titre et de construction de billet ne seraient pas du tout mes pires décisions de 2019.

Je me suis longuement sondée, depuis des mois, pour trouver des éléments de réponse. Je n'ai rien trouvé de plus que le contenu de ce billet. Globalement, il y a quelque chose dans la moto qui me séduit, et ça ne va pas beaucoup plus loin.

Il est de fait que l'exemple de David Madore m'a influencée, mais probablement dans une très étroite mesure, parce que mon histoire remonte à bien a avant cette publication. Cependant, je me retrouve assez dans son histoire.

Je pense que mon goût général pour l'agilité, la compacité, et la prise directe sur les outils que je manipule ont pesé plus lourd que n'importe quel exemple.

Pour autant que je puisse faire confiance à des souvenirs aussi lointains, il me semble que j'avais assez tôt cette attirance, et qu'elle a ensuite été étouffée par le fait que ce n'est pas vraiment un truc de fille ni un truc d'intello.

Et puis des évènements récents (non décrits sur ce blog) ont peut-être fait sauter un certain nombre de préjugés mécaniques.

J'aime croire que l'accident de la route récent n'a pas eu du tout d'impact sur cette décision, mais la coïncidence reste suspecte. En tout cas, je ne me sens pas invulnérable aux crashs, si c'est ça qui vous inquiète, les suites psychologiques dans mon cas sont plutôt du côté « il suffit de si peu pour que la vie bascule, j'ai eu beaucoup de chance. »

J'écris sur des tendances vers « la moto », mais en vrai je n'ai pratiquement pas la moindre idée de quel effet ça fait de se déplacer en moto. Avant la semaine dernière, je n'avais jamais conduit de deux-roues motorisé, j'avais été passagère sur moins de cinq kilomètres cumulés sur toute ma vie, et je ne suis pas sûre d'avoir cumulé plus de trois heures sur deux-roues non-motorisé au cours de ce siècle.

Du coup, quelque part c'est ça qui m'a le plus poussée vers la moto-école : je suis séduite par ce que je m'imagine être faire de la moto, depuis assez longtemps pour être sûre que ça ne va pas passer tout seul avec le temps, et en dehors du temps le meilleur moyen pour se débarrasser de ce genre d'idées est de l'essayer. Soit ça me plait autant que je l'imagine, et je serai contente de m'être lancée, soit c'était juste de la hype et je serai contente d'en avoir été soulagée.

Je trouve que l'hédonisme est une assez bonne heuristique de quelles illusions garder et de quelles illusions se débarrasser.

Pour m'aider dans cette réflexion, j'ai utilisé le cours d'évaluation que la moto-école doit faire passer avant de proposer un contrat. J'espérais que ça me donnerait suffisamment d'expérience concrète pour me faire une vague idée de la réalité de conduire une moto. Et à ce niveau, c'était un échec complet. C'était très bien comme premier cours, mais très nul comme démonstration de ce que je peux espérer vivre.

Au moins je sais que je ne suis pas sévèrement révulsée par la conduite en moto, et que je suis aussi mal coordonnée et mauvaise en apprentissage corporel que je le croyais (même si j'entretenais une lueur d'espoir d'avoir progressé dans ces domaines, cet espoir a été complètement éteint).

Autrement, je dois reconnaitre que j'espère aussi que l'apprentissage de la circulation à moto me permettra contiennent des éléments transposables à la conduite en voiture, et que même si je ne touche plus jamais de moto de ma vie après cette préparation au permis moto, j'en ressorte quand même meilleure conductrice. Je ne m'attends à ce que ce soit énorme, peut-être même pas significatif, mais je n'arrive pas à me débarrasser de l'idée que ce sera non-nul.

Et à ce point-là, j'ai fait le tour de tout ce que j'ai trouvé pour expliquer cette décision, et je conviens que c'est bien léger.

Cependant, je n'ai pas encore fait le tour de la question éponyme.

Pour une raison que je ne cerne pas du tout, j'étais partie sur l'idée de ne pas publier cette histoire, parce qu'elle ne me semblait évidemment pas conforme à ma ligne éditoriale. Alors qu'à y regarder de plus près, ce n'est pas si évident du tout.

Autant dire que ma fierté d'avoir une ligne éditoriale claire et de m'y tenir vient de voler en éclats.

Globalement, cette ligne est que ce weblog donne de mes nouvelles à ceux qui me connaissent, sans toucher à l'intime et en se restreignant à ce que j'assumerais devant mes collègues ; mais il ne permet pas de m'identifier sans déployer des efforts ciblés et personnalisés.

J'ai prévu de tenir des notes sur mon ressenti tout au long de cette aventure, et c'est là que je fais appel à vous, chers lecteurs : voulez-vous suivre avec moi mon évolution dans le maniement des deux-roues sérieusement motorisés, ou est-ce que je vais vous barber avec ce flood sans intérêt ?

Publié le 19 mars 2019

Tags : Autoexploration Évènement

Mon premier carton

De toute façon, tout ça, c'est la faute de Pauli.

La responsabilité étant posée, regardons les faits.

Le décor

Imaginons un carrefour en forme de T. On va toujours regarder les choses dans le même sens, donc ce n'est pas la peine de chercher à retourner le T, c'est juste une route à double sens « horizontale », avec une route qui arrive « par le bas ».

En réalité, la partie gauche et la partie droite de la barre horizontale du « T » ne sont pas tout à fait en face, il y a une légère chicane, mais ça n'a pas de conséquence sur ce qui va suivre.

Ce carrefour est sévèrement en travaux, avec du marquage jaune au sol, des plots en béton entre certaines parties du trottoir et la route, et une disposition pas forcément optimale des feux tricolores et des palissades opaques.

L'action se déroule autour du passage piéton de la branche gauche du « T ».

Le choc

So like the blink of an eye Just the second before a crash Time is standing still, I am frozen, I can't feel.

J'étais en train de traverser tranquillement ledit passage piéton, alors que le feu piéton était vert, avec donc le carrefour à ma droite. J'étais à peu près au milieu de la largeur du passage, plutôt à droite, et je l'avais traversé aux trois quarts, ce qui me plaçait à peu près au milieu de la voie des voitures qui vont de ma droite vers ma gauche.

La voiture est arrivée par la branche verticale du « T », c'est-à-dire dans mon dos, avec du coup son feu également vert. Elle est passée sur le passage piéton en même temps que moi.

Or le principe de Pauli exclut qu'une voiture et un piéton dans le même état quantique soient au même endroit en même temps. Dit comme ça, c'est peut-être me prêter des qualités quantiques que je ne peux raisonnablement revendiquer, mais ultimement c'est bien l'application de ce principe qui m'a fait quitter le passage piéton.

Pour être complètement honnête, je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé. J'ai vu le capot apparaître dans ma vision périphérique, l'espace d'un instant, à tel point que je ne me souviens pas avoir perçu le moindre déplacement. Juste après, je me souviens de l'impression d'aller vers le haut, sans aucune autre information sensorielle. Et juste après, je me souviens être couchée par terre, cinq mètres plus loin dans l'axe de la voie, avec déjà des gens autour de moi.

Je ne sais pas trop s'il y a plusieurs sortes de perte de connaissance, ou même si cette absence de mémoire correspond nécessairement ou non à une perte de connaissance sur le moment. En tout cas, il y a une tranche de temps dont je ne me suis jamais souvenue, assez longue pour la conductrice et des témoins me rejoignent, mais assez courte pour que les témoins ne décrivent pas de perte de connaissance. Je suppose que ça correspond à quelques dizaines de secondes.

J'ai l'impression que juste avant cette interruption des souvenirs, j'ai eu le temps de former successivement deux proto-pensées. Je désigne par là des entités mentales que l'on peut décrire par une phrase, mais qui sont vraiment un objet créé instantanément. Un peu comme une image, mais pour les concepts au lieu des sensations visuelles. La première proto-pensée serait à peu près la reconnaissance du non-arrêt de la voiture, et que je vais me retrouver couchée sur le capot, comme ça m'est déjà plusieurs fois ; et la deuxième est de l'ordre de « je vais mourir », mais sans la moindre couleur émotionnelle.

Je suis un peu réservée sur la véracité de ces proto-pensées, parce que même si maintenant j'ai sincèrement l'impression qu'elles font partie du souvenir du moment, je me souviens que je ne m'en souvenais pas du tout le jour même. Du coup je crains qu'à force de me remémorer cet évènement, il y ait une forme de réinterprétation qui soit venu s'y ajouter.

L'urgence qui dure

Donc à ce stade, pour resituer, je me suis « réveillée » couchée sur mon côté droit, au milieu de la voie que la voiture voulait emprunter, dans la longueur, avec la tête vers la voiture. La voiture était arrêtée avec l'avant qui dépassait d'un peu moins d'un mètre du passage piéton.

Je n'ai pratiquement pas bougé dans la largeur de la voie (ou dans la longueur du passage piéton), mais mes pieds étaient à environ 5 m du lieu de l'impact ; tandis que ma tête a fait un mouvement net d'un peu plus de 3 m horizontalement et ma taille verticalement. On n'est pas du tout dans une situation d'approximation des petits angles, mais de toute façon les trajectoires étaient sans doute loin d'être rectilignes, et comme je n'ai aucun souvenir de ce déplacement, je ne vais pas essayer de les estimer.

Du coup on pourrait compter que mon centre de gravité a dû se déplacer d'environ 4 m sous l'effet du choc, mais je ne sais pas à quel point c'est plus véridique que les 5 m de mes pieds que je considère habituellement.

Une témoin m'a dit de ne pas bouger, et j'avais le cerveau assez peu secoué pour savoir que c'est un bon conseil aux victimes d'accident de la route, alors j'ai obtempéré. Je me souviens que m'avait traversée l'idée de me relever en proposant « on oublie tout » pour rentrer chez moi et faire tout ce que j'avais prévu faire. Par prudence, je n'ai pas suivi cette idée, surtout par peur d'un dégât corporel grave qui ne soit pas subjectivement évident à moment là.

J'ai commencé par un inventaire des sensations dans mon corps. Je n'ai trouvé aucune douleur criante, je crois que j'avais déjà trouvé à ce stade des douleurs gérables à la jambe et au visage, mais j'étais surtout préoccupée par le sable et le goût de sang dans la bouche, et par l'inconfort de la pluie et de la flaque de boue sous ma hanche droite.

Ensuite j'ai continué en bougeant prudemment les extrémités, attentive au moindre indice que quelque chose pourrait être abîmé. Ma langue a indiqué que toutes les dents étaient là et fermement accrochées, mes bras et mes jambes répondaient correctement, avec une proprioception normale, sans douleur supplémentaire.

Un peu rassurée par ces autotests, je me suis dit que j'allais sagement attendre les secours, toujours par peur de dégâts non-évidents, genre à la colonne vertébrale.

Je ne sais pas combien de temps j'ai tenu avant d'en avoir vraiment trop mare de l'eau sur et sous moi, et de la désagréable impression de déranger tout le monde en restant au milieu du chemin. J'ai quand même fini par me lever tout doucement et prudemment, très attentive à la moindre anomalie proprioceptive.

Une fois debout, je me suis placée au bout du passage piéton que j'avais commencé à traverser avant toute cette histoire, et j'ai attendu les secours en discutant mollement avec les témoins, et la conductrice quand elle n'était pas au téléphone à essayer de joindre des secours ou des autorités.

J'ai appris au passage que la témoin juriste a lu dans les textes que l'accident du travail ce n'est que pour l'aller, et pas le retour vers chez soi, même si ce n'est pas vraiment appliqué comme ça. Et elle avait pris conscience de l'accident à cause du gros « boum » lors du choc, assez fort pour passer au-dessus de sa musique. Alors que je n'ai aucun souvenir de ce bruit.

J'ai aussi appris du témoin qui travaille sur le chantier que c'est un coin vraiment mal foutu et qu'à son poste de faiseur de signes aux camions du chantier il voit des accidents toutes les semaines, mais habituellement de la tôle froissée et non pas des blessés.

J'ai appris de la conductrice qu'elle était inquiétée par les annonces de neige et comment chercher son enfant à la crèche et rentrer chez elle sans se retrouver bloquée et elle m'a vue trop tard. Les témoins et moi comprenions la situation et le « tunnel » causé par l'inquiétude, mais sans rien excuser ou diminuer la responsabilité.

Et puis les pompiers ont fini par arriver, à peu près une demi-heure après le premier appel de la conductrice aux secours.

Alors que j'étais emmenée au véhicule des pompiers, j'ai à peine eu le temps de voir la conductrice se décomposer, en n'ayant plus le soutien de la responsabilité de gérer la situation, et de ne pas être libérée pour chercher son enfant alors qu'on était déjà cinq bonnes minutes près le dernier délai de fermeture de la crèche.

Autant dire que je trouve mon sort largement préférable au sien, mais c'est probablement biaisé par la chance que j'ai eue.

Le bilan externe

À ce stade je vais faire une parenthèse dans la chronologie pour décrire les conséquences visibles de cet accident sur mon corps.

J'ai principalement été abîmée à la jambe droite et à la tête, et le cuir de mon gant gauche a été sérieusement égratigné, mais il a bien protégé ma main.

Sur la jambe droite, j'avais un bleu un peu plus grand que ma paume, dans la moitié supérieure du mollet, sur le côté extérieur. Ça correspond probablement au premier impact avec le pare-chocs. Il y a un bleu un peu plus petit à peu près au milieu mollet et à l'arrière, et un autre encore plus petit juste au-dessus du genou, entre le côté extérieur et l'arrière.

En plus de ça, j'ai sur la moitié supérieure du bas de la jambe, à l'avant, quelques centimètres à côté du tibia, des lacérations horizontales sur quelques centimètres.

Au niveau de la tête, l'impact le plus fort s'est traduit par un bleu à droite de la pointe du menton et une éraflure sur la partie droite du menton. Je ne sais pas si le sang dans ma bouche vient de là ou d'une blessure interne.

J'avais en plus une éraflure secondaire sur la pommette droite, et des égratignures sur l'aile gauche du nez, le bas du front juste au-dessus du nez, et sur le haut de la tête.

J'adorerais avoir une idée de la dynamique du choc pour arriver à ce type de résultat, parce que là je ne comprends pas du tout. Sur la jambe, j'imagine l'impact primaire sur le plus gros bleu, qui conduit à plier le genou mécaniquement et/ou par réflexe, qui conduit à un choc secondaire qui cause les deux autres bleus, et le glissement de la jambe contre le pare-chocs ou le bitume qui cause ensuite les lacérations. Sur la tête, je n'ai même pas l'ombre d'une théorie.

Les soignants font ce qu'ils peuvent

Dans le camion de pompiers, j'ai eu droit aux premiers examens : tension, rythme cardiaque, température, oxygénation du sang, palpation de l'abdomen, et tout semblait bon.

Je ne sais pas exactement combien de fois j'ai répété mon histoire, entre la première évaluation de la situation par les pompiers, le rapport qu'ils devaient rédiger, le policier qui est venu ensuite pour établir le constat, etc.

Un truc qui m'a fait tiquer déjà à ce moment-là, c'est qu'ils n'arrivaient pas à intégrer que j'ai perdu une partie de la mémoire, et (je suppose) perdu conscience pendant ce temps. Je ne m'en rendais pas compte à l'époque, faute de miroir, mais c'était pourtant évident vu les traces que j'avais tapé sérieusement ma tête dans cette histoire.

Après un détour pour montrer à la police l'autre côté du chantier, le camion des pompiers m'a emmenée aux urgences, où je suis arrivée plus d'une heure après le choc. Je ne sais pas si c'est l'état normal des urgences ou si les prévisions de neige ont empiré les choses, mais il n'y a pas intérêt à avoir un truc trop urgent.

Les pompiers sont restés avec moi jusqu'à ce que je sois reçue une demi-heure plus tard par des infirmières, une qui voulait vérifier mon taux d'hémoglobine, pour détecter une hémorragie interne, alors que l'autre qui n'en voyait pas l'intérêt. Du coup la première l'a fait toute seule en soupirant.

Et là je me suis retrouvée seule dans la salle d'attente, et j'ai attendu.

Et qu'est-ce que j'ai attendu.

C'est dans les moments comme ça qu'avoir un livre dans son EDC c'est d'une aide colossale.

J'en profite aussi pour exprimer ma gratitude envers le lecteur qui m'a fait mettre de la nourriture dans mon EDC, parce que c'était déjà assez pénible comme ça, ça aurait été bien pire le ventre vide.

Au passage, j'ai pu vérifier mon inventaire, il n'a pas eu de dégât matériel de mon côté, à l'exception du collant lacéré, de mon gant gauche, et du verre de ma montre intelligente.

En particulier, le téléphone, certes blindé, a dû se retrouver entre la carrosserie et moi, et il n'a rien eu ; et sont également indemnes mon Thinkpad et mon livre électronique, tous les deux dans mon sac à dos, sur le quel je suis peut-être (ou pas) tombée.

Même le parapluie que j'avais dans ma main droite au moment du choc en est ressorti intact, mais je l'avais sélectionné pour la résistance (au vent) de son manche et baleines en fibres de verre.

Et puis plus de deux heures après mon arrivée, alors que la salle d'attente commençait à être bien vide, une infirmière est venue me demander que je lui rappelle mon nom. Autant dire que ça ne met pas en confiance…

Il faut voir que pendant ces deux heures, l'adrénaline a eu le temps de redescendre, et ma lassitude devant cette situation de monter, malgré la lecture. Avec la fatigue en plus par dessus, être dans une salle d'attente à l'heure où je devrais me coucher dans mon lit, ça n'est pas très propice aux choix rationnels. Et le gros mal de tête intermittent n'arrange rien.

Donc ils ont fini par me coller dans un coin en attendant un docteur, sans mon livre, histoire d'améliorer encore mes dispositions.

Au bout d'un temps indéterminé, un médecin arrive et me demande ce qu'il m'est arrivé, avec un fort accent. Je le dis sans xénophobie, juste qu'entre le raz-le-bol général et les difficultés de conversations, les efforts pour tout communiquer n'étaient pas tout à fait à ma portée.

Du coup, quand il m'a demandé où j'avais mal, j'ai répondu par la vérité, à savoir la jambe. Il a regardé et m'a envoyé faire une radio de la jambe. Un infirmier ou technicien m'a dit qu'il y aurait de l'attente parce que « ce n'est pas prescrit dans le dossier » (sic). La machine a chauffé, les clichés ont été pris.

J'ai attendu encore un temps indéterminé avant que le médecin revienne pour m'expliquer que rien n'est cassé, et me donne une ordonnance de paracétamol et un arrêt maladie de trois jours en disait que j'avais le choix de l'utiliser ou non. Toutes les inquiétudes plus haut sur le tapage de tête et le fait que j'aie ou non perdu conscience semblaient complètement évaporées (ou perdues avec mon dossier), ça m'a paru suspect mais j'en avais tellement marre que j'ai pris l'option de juste rentrer chez moi et me rouler en boule dans le lit.

Avec tout ça, la neige annoncée avait quand même fini par tomber, et même sans neige je crois bien que j'en suis sortie après la fin du service de bus, un peu moins de cinq heures après le choc. J'en avais assez marre pour renoncer à l'appel de taxi et marcher les deux kilomètres jusque chez moi. Ce qui a confirmé au passage que rien n'est cassé dans la jambe.

La gueule du lendemain

Après une bonne nuit de sommeil, ça allait quand même nettement mieux. Je n'avais plus mal à la jambe tant que je ne m'en servais pas. Avec mon métier assise devant un ordinateur, ça me semblait tout à fait compatible avec mon état de santé, et j'ai donc décidé d'aller travailler comme d'habitude, au boitement près.

Encore aujourd'hui, je ne sais pas exactement ce qui a fait dire à mes collègues qu'il s'était passé un truc, mais ça devait être évident. Donc bien entraînée par la veille, j'ai raconté une fois de plus mon histoire.

En même temps, j'étais réveillée depuis assez longtemps pour constater que même si la jambe est gérable, il y a quand même des maux de tête et des nausées intermittentes, relativement courtes, mais quand même assez fortes.

Et c'est vrai que les maux de tête et les nausées, ce n'est pas forcément anodin après un choc à la tête.

Encore une fois, je me suis laissée faire, et j'ai laissé les collègues appeler le 15, qui a jugé pertinent d'affréter une ambulance pour me renvoyer aux urgences.

Une interne m'a fait un examen neurologique extensif, au demeurant assez amusant, pour conclure qu'il n'y avait aucun problème, et comme c'était seize heures après le choc, s'il y avait eu une conséquence ça se serait vu.

Elle était partie pour me renvoyer comme ça, en considérant que l'examen était assez bon pour ne pas mériter un complément par imagerie médicale ; mais dans le doute elle a quand même demandé confirmation à son chef, qui l'a manifestement convaincue de me faire quand même passer un scanner.

Le scanner a été assez rapide, et le résultat est que tout va bien, mais il y a du sang dans le sinus frontal gauche, ce qui est sans gravité et se résorbera tout seul.

Du coup je suis retournée directement au boulot, et mon employeur compréhensif a accepté de me laisser rattraper les trois heures passées aux urgences dans les jours qui suivent, au lieu de me forcer à poser un congé.

Conclusion

La veille de cet accident, je répétais encore à un collègue que le dernier plaisir sadique que je garde est regarder les parisiens en panique devant le moindre flocon. Appelez ça punition divine, karma, ou comme vous voulez, mais la leçon est rude.

Au moment où j'écris ces lignes, trois semaines après l'incident, il ne reste plus aucune marque sur le visage depuis longtemps, et il ne reste que quelques traces des deux plus gros bleus à la jambe et des éraflures.

J'avais un peu peur de l'impact psychologique de cette histoire, car c'était mon tout premier accident de la route, et finalement je n'ai pas spécialement d'angoisse avant de traverser.

Je ne suis retournée qu'une seule fois à ce carrefour en travaux. J'ai été reconnue par le témoin employé du chantier, qui se souvenait même de mon prénom et tout, et pour une raison obscure ça me cause un malaise beaucoup plus profond que l'accident lui-même. Du coup, j'ai changé mon itinéraire, pour passer des rues plus petites et un peu plus glauques, mais avec moins de risques motorisés.

Je ne sais pas trop pourquoi ça me travaille autant d'être reconnue dans la rue par des gens avec qui je n'entretiens pas vraiment de relation, mais c'est la troisième fois que je change de parcours pour éviter ça.

Mise à jour : j'étais un peu trop optimiste en pensant en être sortie psychologiquement indemne. Je traverse la route sans état d'âme, même quand des voitures arrivent, mais j'ai constaté une montée de stress à chaque fois qu'une voiture traverse ma vision périphérique pour passer derrière moi, au moins quand elle vient de ma droite (je n'ai pas encore vécu le cas symétrique). Heureusement que c'est une situation rare.

Publié le 20 février 2019

Tags : Évènement

La langue de l'imaginaire

Je vous ai déjà parlé moult fois de mes tendances en matière de lecture, à tel point que je viens même de fabriquer le tag « Lecture ».

Une chose qui m'interpelle ces jours ci est la langue dans laquelle je lis. Un rapide coup d'œil dans ma liste de lecture pourra vous révéler une écrasante majorité de fictions en anglais.

J'ai lu récemment Zoulag, qui est trop court pour figurer dans ma liste de lecture, mais en dehors de lui et de tentatives de rerentrer dans Les enfants de l'Ô, je n'ai pas lu de fiction en français depuis 2013.

Pourquoi si peu de français, alors que c'est ma langue maternelle ?

Pour une raison obscure, j'ai énormément de mal à rentrer dans les fictions en français. J'ai beaucoup de mal à décrire exactement ce qui me gêne. Lorsque j'essaye de me projeter dans l'univers imaginaire d'une histoire en français, il y a quelque chose dans la forme qui n'arrête pas de tirer vers la réalité.

Je me souviens d'un ami qui me disait il y a longtemps qu'il pouvait lire les romans en anglais, mais qu'il préférait les traductions parce qu'en anglais, le film que ça fait dans sa tête est basse définition, alors qu'en français c'est en HD. Je me demande si ce n'est pas juste une autre façon de décrire la même chose.

Mais qu'est-ce qui me gêne exactement ? Est-ce juste la langue, ou une composante particulière du style de l'auteur ? Cette gêne tire un peu plus fort à chaque lecture d'un passé simple, et plus encore quand j'aurais mis plutôt un imparfait à la place, mais je ne sais pas quoi faire de cette information.

Et pourquoi est-ce que je me plonge aussi facilement dans les histoires que j'ai écrites que dans les romans en anglais ? Est-ce que c'est juste la réactivation du souvenir de l'histoire avant qu'elle soit transcrite, ou est-ce que j'adopte intuitivement le style qui me touche le plus ?

Et un peu plus profondément, est-ce que c'est vraiment une question de style intrinsèque, ou juste un manque d'habitude qui pourrait s'estomper au fil des tomes ?

Si vous avez des recommandations de fictions du même style linguistique que mes écrits, ça m'intéresse de voir si j'accroche. En passant, si vous avez des recommandations de fictions en russe avec du vocabulaire facile, c'est un point de comparaison intéressant aussi. Et si vous avez des témoignages similaires, ça m'aiderait à avoir plus l'impression que c'est anodin.

Publié le 30 janvier 2019

Tags : Autoexploration Lecture

Autour de cette page

 

Tags

Archives

Site-level navigation and features

 

Instinctive.eu

Contact

Sections

Validation

Copyright © 2008-2019 Natacha Kerensikova

Butterfly images are copyright © 2008 Shoofly