En vrac 3

Je continue la série des billets en vrac, en gardant la formule précédente, tant qu'il n'y a pas de demande pour ajuster d'une façon ou d'une autre.

J'ai l'impression que ça fait un peu trop de liens balancés d'un coup, j'ai envie de faire un « En vrac 4 » plus court, mais j'hésite encore entre le faire plus tôt et filtrer plus rigoureusement les liens partagés.

Publié le 14 février 2021

Tags : En vrac

Garmin Vívomove Style

Depuis un peu plus de six mois, je porte une montre connectée Vívomove Style de chez Garmin, et dans ce billet je vais vous expliquer comment j'en suis arrivée là et ce que j'en pense.

Je sais que ces jours-ci la pub' est hors de contrôle, mais ce weblog garde son parfum très « l'an 2000 », et j'ai acheté tous les appareils mentionnés avec mon propre argent, de ma propre initiative, et sans aucun autre lien commercial ou communicatif avec les entreprises concernées.

Photo de la montre à mon poignet

Dans les épisodes précédents

Pendant très longtemps, je n'ai porté que des montres qui donnent l'heure ou pas de montre du tout, et j'ai regardé tous les wearables avec une grande suspicion.

Et puis j'ai découvert Pebble, qui m'a intriguée au point d'en acheter plusieurs, et j'ai particulièrement aimé la Pebble Time Round, tant pour sa finesse et sa légèreté que pour sa programmabilité, et je l'ai détaillé dans le billet Pour une fois qu'un wearable me plaisait…

Je continue de regarder la grande majorité des wearables avec suspicion, mais je concède que certains peuvent me plaire.

Au fil du temps, j'ai régulièrement regardé l'offre de montres connectées, sans avoir l'impression qu'aucune n'arrivait à la cheville de cette Pebble.

Et puis sa batterie a fini par faiblir, au point d'expirer à peu près en même temps que la colle qui tient le boitier ensemble, et j'en ai été très triste, mais j'en avais encore un exemplaire de rechange, que j'ai utilisé comme la précédente.

J'ai sérieusement hésité à essayer de me procurer un nouvel exemplaire de rechange, tiraillée entre l'envie d'une solution plus pérenne et la pauvreté des modèles existants.

L'hésitation a continué jusqu'au printemps 2020, quand j'ai fait le calcul que ma première Pebble Time Round a tenu 2¾ ans, et que je pouvais donc m'attendre à voir expirer la deuxième fin 2020, ou début 2021 avec de la chance. À ce stade, j'avais perdu confiance dans la durée de vie des modèles d'occasion ou des modèles neufs restés sur étagère si longtemps.

J'ai donc commencé à chercher activement ma prochaine montre connectée, en me disant qu'avec les évènements mondiaux de 2020, l'apparition de nouveaux modèles et la distribution d'anciens modèles allait être difficile et qu'il valait donc mieux taper rapidement dans le catalogue existant.

Et puis en juillet 2020, un peu plus d'un mois après avoir reçu ce nouvel appareil, alors que je réajustais la montre sur mon poignet, j'ai senti quelque chose céder. J'ai l'impression que c'était la nappe reliant l'écran au circuit imprimé, mais je ne sais pas si j'ai fait céder la colle dans le même geste, ou si le boîtier s'est séparé à mon insu un peu avant.

La batterie fonctionnait encore plutôt bien, ce qui n'est finalement pas si étonnant après moins de deux ans d'utilisation. J'imagine que la batterie s'use en plus de vieillir, alors que la colle doit vieillir presque aussi rapidement sur étagère qu'à mon poignet.

Au lieu de chercher à faire de la micro-électronique, j'ai donc saisi l'occasion pour essayer mon nouveau jouet.

L'étude de marché

Je n'ai pas changé ma liste de critères depuis août 2018, à savoir, par ordre d'importance décroissante :

  1. donner l'heure,
  2. réveiller par des vibrations discrètes,
  3. avertir de l'oubli de l'ordiphone,
  4. avertir des notifications pertinentes,
  5. présenter un résumé desdites notifications,
  6. envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant,
  7. suivre des paramètres biologiques, par curiosité personnelle.

J'avais oublié dans la liste une demande forte d'encombrement minimal, car je n'ai aucune envie de me balader avec un palet de hockey sur le poignet ; j'aimerais bien que le style ne soit pas trop masculin, ce qui n'est pas gagné dans le domaine des wearables ; et je garde ma nette préférence pour les boutons par rapport aux écrans tactiles, surtout à cette échelle.

Je suis extrêmement réticente aux systèmes de « gestes » en général, et j'ai pu voir chez différentes personnes qu'un écran éteint qui devrait s'allumer quand on le regarde ne marche pas assez bien à mon goût.

Donc pour donner l'heure sans pourrir la batterie, il y a quelques technologies anecdotiques comme l'e-paper de la Pebble, et les montres hybrides, avec des vraies aiguilles qui donnent vraiment l'heure.

En plus les montres hybrides sont plus orientées vers le style que vers les geekeries, ce qui permet à la fois d'éviter les gadgets qui ne m'intéressent pas et d'avoir des modèles plus jolis et plus féminins.

Aujourd'hui la plupart des montres hybrides m'ont l'air très satisfaisantes sur les deux premiers points, le troisième est purement logiciel et rarement sur les plaquettes commerciales, donc ça se joue sur les points 4 à 6.

J'ai vu chez Fossil des façons assez ingénieuses de faire passer des informations intéressantes relevant du point 4 sans utiliser d'écran. J'étais un peu sceptique, mais pourquoi pas.

Une chose que j'aimais beaucoup sur ma Pebble était d'avoir le début des SMS en un coup d'œil, ce qui correspond au point 5, et techniquement j'aurais bien vu un écran habituellement éteint derrière les aiguilles. Ça tombe bien, c'est exactement ce que font la série Vívomove de Garmin, et les séries « hybride HR » de Fossil (et aucun de ces deux ne semblent avoir une page avec tous les modèles de ces séries mais aucun autre).

Avec ces deux finalistes, j'ai donc laissé tomber mon point 6, et sur le point 7 je prendrai ce qu'il y a.

J'ai quand même fait le tour des hybrides sans gros écran, des fois que d'autres critères me semblent compenser, mais ça n'a pas été le cas.

Après une longue hésitation j'ai fini par opter pour Garmin plutôt que Fossil parce que l'application Android et la gestion de l'écran ont l'air plus mûrs, probablement parce qu'ils en sont à leur troisième génération et que leur orientation de fitness plus sérieux rend leur clientèle plus regardante sur l'appli'.

La qualité des montres Garmin comme fitness tracker a peut-être joué, dans le sens où ça fait un argument de plus en défaveur de Fossil, alors qu'on aurait pu imaginer que des très bons retours en fitness tracker puisse compenser une certaine suspicion sur la maturité.

À l'inverse, l'absence de bouton chez Garmin et l'absence d'écran tactile chez Fossil plaident pour ce dernier, mais l'interface tactile semblait simple et les commentateurs en semblaient contents, donc je lui ai donné une chance.

Bilan après six mois

Mon impression d'ensemble est plutôt mitigée. Le progrès sur le plan esthétique et biométrique est indéniable, mais ça s'arrête là : tout ce que je faisais avec ma Pebble est moins bien fait ou impossible avec cette Vívomove.

Et c'est d'autant plus frustrant que le matériel est largement meilleur (quoique plus gros et plus lourd et sans boutons), et si au lieu d'être verrouillé avec le logiciel monomaniaque de Garmin on pouvait la hacker comme la Pebble pour faire ce que j'attends d'elle, j'en serais super-contente.

Donner l'heure avec style

De part sa nature hybride, cette montre donne l'heure en permanence, exactement comme je le voulais, et j'aime bien l'apparence de cette montre.

Dès le début je l'ai configurée pour ne pas s'activer sur mes mouvements, et rester une bête montre à aiguilles sans sophistication tant que je ne tape pas dessus.

C'est un peu dommage qu'il n'y ait pas d'éclairage intégré, ce qui empêche complètement de voir l'heure quand il fait sombre. Il faut alors double-taper pour activer l'écran, et si on n'a pas sacrifié un des widgets de l'écran primaire, défiler jusqu'à l'écran de statut avec l'heure.

Réveiller par des vibrations discrètes

Il y a bien une fonction réveil vibrant dans cette montre, qui marche relativement bien.

C'est un réveil à heure fixe, contrairement à d'autres concurrents il n'y a pas de fonction de réveil qui s'adapte aux cycles du sommeil. Ça ne me manque pas trop, parce que sur ma Pebble cette fonction ne marchait pas très bien et me réveillait presque tous les jours au tout début de l'intervalle.

Le moteur de vibration me semble un peu faiblard, peut-être un peu plus que ma Pebble, qui était elle-même faiblarde dans l'absolu. C'est pénible, mais je fais avec.

C'est juste dommage que la fonction « ne pas déranger », qui réduit au silence les notifications, réduit également au silence les alarmes. D'autant plus lorsqu'on met une plage de « ne pas déranger » nocturne automatique qui a le malheur de se terminer quelques minutes après l'heure de l'alarme.

Ça aurait été bien de pouvoir mettre une alarme qui vibre même en mode « ne pas déranger », et d'avoir un mode « ne pas déranger » basé sur l'analyse du sommeil et non pas sur des heures fixes…

Avertir de l'oubli de l'ordiphone

La fonction de vibration en cas de perte de connexion avec le téléphone existe et fonctionne bien ; elle est couplée avec une fonction de vibration quand la connexion est rétablie, dont je me passais plutôt bien avec la Pebble.

C'est juste dommage que la connexion soit beaucoup moins stable qu'avec la Pebble, et le nombre de fausses alertes dépasse largement le nombre de notifications que j'ai chaque jour. En plus la vibration est la même dans les deux cas, ce qui ne permet pas de distinguer haptiquement une notification d'une déconnexion et d'une reconnexion.

J'ai régulièrement des déconnexions/reconnexions même lorsque le téléphone est sur le bureau à 20 cm de la montre, avec seulement mon poignet entre les deux. Je me demande s'il y a un problème de force ou de directionnalité du signal, ou s'il suffirait de supprimer les alertes lorsque la reconnexion a lieu peu de temps après la déconnexion.

C'est aussi dommage qu'il n'y ait aucun widget pour afficher l'état courant de cette connexion. Le seul moyen de savoir est de naviguer dans un menu qui dépend du téléphone, comme l'historique des notifications ou le contrôle de la musique.

Avertir des notifications pertinentes

Aucun problème à ce niveau-là, j'ai bien une vibration pour chaque notification de l'ordiphone, avec la possibilité de filtrer suivant l'application émettrice.

Dans ce que j'ai lu des montres hybrides Fossil, je ne suis pas sûre que ce soit le cas pour tous les modèles, et ça a contribué à faire peser ma décision vers Garmin, qui n'a pas ce problème.

J'ai déjà écrit que je trouve le moteur haptique un peu faiblard, mais en la portant à l'intérieur du poignet, je n'ai raté aucune notification à cause de ça. Les seules que j'ai ratées sont dans les périodes où le spam de déconnexions et reconnexions m'ont désensibilisée.

C'est juste un peu dommage qu'il n'y ait pas de rattrapage des notifications lors d'une reconnexion, surtout avec le problème d'instabilité que j'ai évoqué.

Présenter un résumé des notifications

Cette fonctionnalité était au cœur de mon processus décisionnel, et dans l'ensemble ça marche assez bien : en général, j'arrive à tirer suffisamment d'information de ce qui est présenté sur la montre pour décider de la pertinence de saisir ou non le téléphone.

C'est juste dommage que l'espace d'affichage de la première page soit aussi mal géré : la moitié supérieure de l'écran est dédié à une icône qui représente vaguement le type d'application qui notifie, et la partie inférieure présente en gros le début du titre. Le contenu lui-même est relégué à la deuxième page.

Pour comparaison, la Pebble avait une icône de la taille d'une lettre majuscule, et le titre en gras de la même taille que le texte. Ce qui permet d'afficher des informations capitales lorsqu'il est difficile de faire défiler les pages.

Par exemple, un jour j'ai senti une vibration alors que je venais d'entrer sur le périphérique, un coup d'œil à ma montre indique qu'il s'agit d'un SMS venant de ma moitié, et je n'ai rien de plus. J'ai consulté mon électronique personnelle à la première occasion, c'est-à-dire au feu rouge après la sortie du périphérique, pour constater que le contenu était que je peux faire demi-tour car mon trajet est inutile. La Pebble aurait tout affiché, et d'un coup d'œil j'aurais pu décider de prendre la première sortie et revenir à mon point de départ.

C'est aussi un peu dommage de ne pas pouvoir configurer un affichage plus long pour les notifications que le time-out général de l'écran, que je préfère très court pour éviter le temps mort entre la fin d'interaction et le verrouillage de l'écran tactile.

Envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant

Alors là c'est facile, ça n'est juste pas possible.

Je conviens tout à fait que c'est beaucoup demander, la taille de l'écran et les possibilités d'interaction ne permettent pas vraiment de composer un SMS, et rendent pénible même le choix d'un correspondant.

Mais il est clairement possible de préparer des messages généraux (comme « d'accord » ou « je suis arrivée au point de rendez-vous convenu ») à des destinataires préselectionnés.

Cette fonctionnalité m'intéresse d'autant plus que mon téléphone ces jours-ci me fait l'effet plus d'une tablette que d'un téléphone (j'en ferai un billet dédié), et je me passerais bien de devoir le sortir pour des petites choses comme ça.

Et ma Pebble avait en plus encore mieux que ça, la possibilité de configurer des actions scriptables, que ce soit à coups de requêtes HTTP ou d'intent Android ou autres plateformes d'automatisation. Je n'ai pas eu l'occasion de m'en servir en presque 5 ans de Pebble, mais je peux imaginer utiliser cette fonctionnalité lorsqu'elle est disponible, si les circonstances se présentent.

Suivre des paramètres biologiques

Je n'ai pas arrêté de me plaindre que Garmin est un fabriquant de fitness trackers qui a l'air de faire des fonctionnalités de montre à contre-cœur, c'est que le côté fitness tracker doit être bon, non ?

Pour commencer positivement, je suis très contente du suivi de rythme cardiaque, il a l'air de tomber à peu près juste à chaque fois que je le mesure inopinément (sauf lorsque le capteur s'emballe manifestement, quand le bracelet est trop lâche), et les variations tout au long de la journée m'ont beaucoup intéressée.

Je me croyais tout le temps au bord de la tachycardie, et les médecins qui mesurent ma tension ou mon rythme cardiaque n'y sont pas pour rien, alors qu'en réalité je dors à environ 60 bpm et dans la journée, dans un contexte sédentaire avec une activité intellectuelle habituelle, j'ai un peu plus de 80 bpm ; tandis qu'en cours d'activité physique j'ai entre 110 et 160 bpm suivant l'intensité.

J'aime bien aussi l'estimation de l'énergie dépensée dans les exercices physiques, même si j'aimerais bien aussi savoir le niveau d'incertitude sur ces nombres, avoir un affichage direct de la puissance moyenne, voire à partir de quelles données et sous quelles hypothèses c'est calculé.

Je suis beaucoup moins impressionnée par le compteur de pas, ça me fait l'effet d'être un peu le « Hello World » des appareils avec accéléromètre, et le compte des pas dans les activités de tous les jours qui ne font pas intervenir les jambes est assez ridicule.

D'un autre côté il se charge de me donner un objectif en nombre de pas, je n'ai pas osé regarder si ce n'est pas bêtement l'objectif de la veille ajusté par une proportion fixe de son écart avec la mesure de la veille, mais au moins ça m'a donné une barre indicative utile sans se prendre la tête.

Je ne suis pas tellement impressionnée non plus par le compteur de nombre de respiration, qui a l'air bloqué à 14 respirations par minute, sauf quelques jours à 13. D'un autre côté, il ne tient pas d'enregistrement pendant l'exercice physique, mais il utilise peut-être la valeur pour calculer les autres grandeurs, donc je lui laisse le bénéfice du doute.

Enfin il y a les indicateurs sophistiqués que sont le niveau de stress et le niveau de body battery. Les premières semaines j'étais impressionnée par leur exactitude, par exemple sans sentir de différence le matin, je pouvais prévoir mon niveau de forme l'après-midi en fonction du niveau de body battery restante le matin. Et puis un jour ça n'a pas collé, et puis un autre jour, et finalement avec plus recul je me demande si c'est plus efficace que l'horoscope ou le jet de dés.

En plus, j'ai l'impression que le niveau de body battery est une bête intégration du niveau de stress, ce qui me donne de gros doutes sur la pertinence de son niveau absolu.

Je suis particulièrement perplexe devant le niveau de stress, qui a l'air de bondir presque à chaque déjeuner et rester haut toute l'après-midi, voire le soir aussi, alors que subjectivement je ne me sens pas vraiment différente le matin et l'après-midi. Enfin, je suis plutôt du matin, et clairement plus efficace le matin que l'après-midi, mais pas à ce point.

Du coup j'aimerais beaucoup savoir ce que mesure exactement ce niveau de stress, et ce que je peux conclure de ce schéma. Est-ce qu'il détecte la digestion ? Si oui, est-ce une particularité de mon système digestif, ou une maltraitance habituelle de ce dernier ?

Encore une fois, je bute sur le côté complètement fermé et opaque du système Garmin.

D'ailleurs à ce niveau, une autre déception est la difficulté à sortir les données de chez Garmin. Je pourrais essayer de faire de choses intéressantes à partir des données brutes, comme sauvegarder une collection de traces GPS intéressantes, etc. En l'état, non seulement je ne peux consulter les données que des façons prévues par l'application, mais en plus je suis à leur merci quant à la pérennité de ces données.

Ce qui amène au suivi des activités : le système automatique est raisonnablement efficace pour détecter la marche et la course, mais très mauvais sur les autres activités que j'ai essayées (parmi lesquelles ne figure notamment pas le vélo), ce qui n'est pas très étonnant vu la position de la montre.

Donc à moins de se contenter du suivi du rythme cardiaque et des calories dépensées, il faut manuellement rentrer les paramètres de l'exercice dans l'application. Avec la rigidité dans la présentation et le manque d'export, je ne vois que des inconvénients par rapport à la saisie manuelle dans un fichier texte basique.

Pour la marche et la course, il y a un suivi GPS, en utilisant le GPS du téléphone puisqu'il n'y a pas d'antenne dans la montre, contrairement à d'autres montres connectées du même fabriquant. Malheureusement, la connexion entre le téléphone et la montre reste très mauvaise (et bien pire que pourrait laisser penser les alertes de déconnexion et reconnexion), et la montre reçoit la position à peu près un quart du temps lors de mes sorties, alors que je porte le téléphone à la ceinture à ma gauche.

Ce qui est particulièrement idiot, c'est qu'une bonne partie des traitements ont manifestement lieu dans la montre. Donc comme si c'était vraiment une montre avec GPS sauf en recevant les données GPS du téléphone ; et seulement quelques grandeurs sont calculées par l'application Android à partir des données qu'elle a accumulées. C'est comme ça que je peux me retrouver avec une vitesse moyenne qui est plus grande que ma vitesse maximale…

Et sans GPS, l'estimation de ma vitesse de marche est tellement mauvaise que si j'y pense trop je vais me mettre à douter sérieusement de toutes les mesures de cet appareil, car il la sous-estime pratiquement d'un facteur 2, tout en comptant les pas comme d'habitude, donc une foulée de l'ordre de 40 cm.

Ne pas m'abîmer la peau

Je ne sais pas si ça se voit bien sur la photo tout en haut de ce billet, mais le bracelet en silicone fourni avec cette montre laisse quelques rougeurs sur ma peau.

Il y a un équilibre délicat à trouver entre trop serré au point que la peau ne respire pas et la transpiration stagne, et trop lâche au point que le bracelet frotte et le capteur cardiaque sorte n'importe quoi.

Cet équilibre est rendu encore plus complexe par la communication par vibrations, quand le bracelet est trop lâche le corps de la montre vibre loin de moi et l'information ne passe pas, et quand il est trop serré le corps de la montre ne bouge plus et n'amplifie plus l'effet du moteur interne.

Je suis pour l'instant restée avec le bracelet d'origine, parce que le silicone a l'avantage de supporter la transpiration de l'activité physique (contrairement au cuir) et d'avoir des trous de serrage assez rapprochés (contrairement au métal et à beaucoup de cuirs). Je finirai peut-être par en chercher un autre, mais je ne sais pas encore trop suivant quels paramètres pour limiter les risques d'empirer la situation.

J'aime bien le métal, mais sur la Pebble il rendait les vibrations moins perceptibles, et le réglage de la taille du bracelet est généralement très grossier (sauf peut-être sur des bonnes mailles milanaises). Le cuir va mal supporter la transpiration des exercices, et je ne me sens pas de changer aussi souvent le bracelet. Le textile est une option à explorer, mais je crains d'avoir encore plus de risques de faire une faute de goût qu'avec les autres matières.

Avoir une interface à mon goût

Sans surprise, je ne peux pas donner mon avis sur un appareil avec un écran tactile sans faire un rant là-dessus.

Au moment du choix j'ai naïvement écouté les critiques qui disaient que l'interface à écran tactile demande une certaine adaptation, mais qu'on s'y fait.

D'accord, dans l'ensemble, j'arrive à peu près à faire ce que je veux faire, il n'y a que très peu de mauvaises reconnaissances (mais encore trop à mon goût), du moins tant que je ne bouge pas et que je ne compte pas les fausses activations par une autre partie de mon corps.

Mais lorsque je marche ou que je suis (passagère) en voiture, plus de deux tapes sur trois sont incorrectement considérées comme des glissements.

Ce qui n'arriverait pas avec des vrais boutons.

De la même façon, l'écran tactile propose parfois des choix entre deux ou trois possibilités, sur une zone de l'ordre du huitième d'écran, ou d'un demi-doigt dans chaque direction. Ce qui n'est pas un problème en temps normal, à condition de pouvoir regarder l'écran pour viser. J'ai essayé moult fois avec l'alarme, et je n'ai pas réussi à trouver de repère kinesthésique pour appuyer au bon endroit en aveugle. Ce qui est particulièrement pénible pour l'alarme du matin.

Et qu'est-ce que ça apporte ? Il me semble que les entrées tactiles se limitent à défiler dans un sens ou dans l'autre, valider l'item courant, choisir entre deux ou trois icônes, ou annuler. À limite en plus le double-tap pour la réveiller. Les quatre boutons de Pebble font des choses beaucoup plus expressives…

Sans compter qu'en plus, avec ma Pebble à l'intérieur du poignet et le bracelet réglé au plus efficace pour me notifier (sans aucune rougeur !), j'arrivais même à appuyer sur les boutons avec ma main gauche. Ces contorsions étaient bien moins efficaces qu'utiliser la main droite, mais beaucoup plus discrètes.

À leur décharge, j'imagine que l'écran tactile facilite énormément l'étanchéification du boîtier, mais ça n'allège pas mon inquiétude de voir de la buée se former à l'intérieur du cadran lors de mes sorties ces jours-ci.

Fonctionner sans connexion internet

Dans le genre Internet-of-Shit, il y a l'application Android qui tolère assez mal de ne pas avoir accès à internet, et qui n'est pas capable de recevoir des données de la montre si elle ne peut pas les envoyer en même temps sur les serveurs de Garmin après authentification.

Avec une bonne partie des données qui ne sont même pas consultables depuis la montre, et le reste qui peine à être vaguement utilisable si on veut aller plus loin que la valeur courante, l'application est vraiment indispensable à une utilisation normale de cette montre. On ne peut même pas ajouter ou effacer une alarme depuis la montre…

Résultat, si les serveurs sont indisponibles pour une raison ou pour une autre, je me retrouve avec une montre qui donne l'heure et qui accumule des données jusqu'à saturation de sa mémoire.

Verdict

Le résultat, c'est que cette montre est bien mais pas top, surtout pour des raisons tristement logicielles. Mais assez bien pour que je la garde pour l'instant.

Quoique pas assez bien pour ne pas me reposer plusieurs fois la question d'essayer une Fossil Hybrid HR, et je crois que si elle avait été moins chère et les critiques sur la qualité l'appli' moins répandues, je l'aurais tentée.

Si j'avais le savoir-faire en micro-électronique pour réparer mes Pebble en quelques heures, et les lignes d'approvisionnement pour être raisonnablement confiante dans mes capacités à en faire fonctionner une encore quelques années, je repasserais dessus sans hésiter.

Et comme trop souvent, je suis tentée par la solution nihiliste.

J'ai failli repartir dans un gros rant, mais il y a quand même quelque chose de pourri quelque part quand mes recherches d'alternatives pour un jeu de besoins donné se finit en « fait ch*er toutes ces c*nneries, je lâche tout ».

La Pebble contre la Vivomove concentre un peu tout ce qui me saoule dans l'électronique prétendument grand public ces temps-ci. La Pebble avait une interface plus rugueuse de prime abord, mais une fois assimilée elle était complètement fluide ; alors que la Vivomove rend bien les trois premiers jours, pour faire plaisir aux testeurs, mais ne permet pas d'éviter à long terme un niveau de friction qui m'agace à chaque interaction. La Pebble était un outil programmable, avec un écosystème de partage dont les non-programmeurs peuvent bénéficier ; la Vivomove est fermée, verrouillée, et rigide, utilisable pour les cas prévus par le suzerain numérique qui parfois daigne jeter des miettes de visualisation de ses données.

Je comprends bien que le grand public veut continuer à être escroqué sur la facilité de la technologie, et qu'il n'y a que moi qui trouve normal de passer des dizaines d'heures sur un nouvel outil avant de pouvoir en faire vaguement quelque chose. Je crois juste que je suis fatiguée de toutes ces entités gouvernementales ou non-gouvernementales qui prennent des gens pour des cons, et de tous ces gens qui leur donnent raison.

Enfin, c'est probablement très bien pour les gens qui ne veulent pas se prendre la tête à apprendre le fonctionnement d'un gadget, tout en acceptant comme une fatalité qu'on est toujours obligé de se prendre un peu la tête pour utiliser un gadget.

Alors que je me sens pencher de plus en plus du côté plombier chauffagiste dissident.

Publié le 27 janvier 2021

Tags : Jouets

Agentivité et pouvoir

Pour commencer, je vais souhaiter à tout mon lectorat de joyeuses fêtes de solstices et une bonne année 2021 (pour ceux qui liront ce texte à un moment où ces vœux sont appropriés).

Si vous ne venez que pour les vœux, vous pouvez vous arrêter là, parce que dans le reste du billet je vais me cuire la nouille sur la vie dans cette période particulière. Je ne vais pas particulièrement aborder la crise sanitaire elle-même, et les simagrées sanitaro-sécuritaires de ceux qui exercent le pouvoir ces jours-ci en France ne seront évoquées que rapidement, en tant que point causal de tout ça ; le fond de la réflexion est le voyage intérieur qui est entrepris en réaction. À vous de voir dans quelle mesure c'est safe par rapport à ce que vous pouvez encaisser.

Le point de départ est donc que j'ai mentalement déménagé en absurdistan autoritaire, ce qui revient moralement à une capitulation devant la montée de l'autoritarisme. Et je peine un peu à justifier cette capitulation, avec un « je n'avais pas le choix » qui rappelle furieusement une justification gouvernementale pas du tout à mon goût.

Parallèlement à ça, au cours de l'année 2020 je suis retombée sur le monologue de Buffy sur le pouvoir, et j'ai vécu plusieurs moments de high, que j'aurais presque envie de nommer en bon français « ivresse du pouvoir », lorsque j'ai soudainement pris conscience que je pouvais agir sur une situation alors que je croyais être condamnée à la subir.

Ça reste du pouvoir des situations ou des objets, toutes les émotions en rapport avec le pouvoir sur d'autres humains, qui semblent si courantes dans l'humanité, me restent encore complètement étrangères.

C'est peut-être plus proche de la satisfaction de résoudre un puzzle ou une énigme que du pouvoir sur les humains, mais la différence majeure entre les deux est qu'il y a un gain d'agentivité (mot à peu près français que je vais utiliser dans le sens de l'anglais agency qui a formé mon concept).

Car au fond, c'est cette « capacité à agir » qui relie tous ces points, que se soit par son absence, sa disparition, sa présence, ou son apparition.

Concrètement, une grande partie des bouleversements dans ma vie en 2020 auraient eu lieu même s'il n'y avait eu aucune contrainte gouvernementale ; il aurait suffi que les possibilités soient ouvertes (peut-être par gouvernement, notamment sur le télétravail) pour que je choisisse librement d'y recourir.

Il y a eu cependant quelque chose de malsain qui s'est passé dans ma tête lorsque ces choix m'ont été retirés. Même toutes autres choses égales par ailleurs la simple perte d'agentivité fait du mal.

Cela dit, ce mal reste bien moindre que celui causé par les autres bouleversements dans ma vie, qui se résument à devoir composer avec le théâtre sanitaire de l'Absurdistan.

Notez que j'ai bien conscience qu'il y a des traces d'aucun vrai Écossais cachées dans les trois paragraphes précédents : j'adhère complètement aux mesures que j'aurais prises volontiers pour moi-même en dehors de toute contrainte, et les mesures auxquelles je n'adhère pas le sont parce qu'elles m'ont l'air absurdes ou théâtrales. Ça ne me semble pas être un obstacle à la description de mes ressentis.

À l'inverse, découvrir une capacité à agir là où on ne s'attendait pas à en avoir fait son petit effet. Ce n'est pas un vase communiquant, et découvrir de la capacité à agir ne compense pas une perte d'agentivité par ailleurs, de la même façon qu'un petit plaisir ne peut pas compenser une douleur.

Ça ne devrait pas me surprendre, j'utilise souvent le jeu de go comme grille de lecture stratégique dans ma vie, et il y est clair qu'il y a un net avantage à jouer en sente plutôt qu'en gote, même s'il s'agit du même coup dans le même contexte. Je me souviens même avoir lu qu'il y a un avantage à forcer son adversaire à jouer un coup même s'il l'aurait fait de foute façon ou si ça semble bénéfique pour lui, mais je ne retrouve pas la source ni le contexte.

Où est-ce que je veux en venir avec tout ça ?

Je ne sais pas trop, et ça fait un peu tâche, mais à un moment il faut savoir accepter son imperfection. Je voulais juste, par ce billet, partager quelques révélations qui me sont venues récemment : l'application à mon vécu du concept d'agentivité, le lien entre ce concept et une forme de pouvoir et l'initiative au jeu de go, et son influence sur mon état émotionnel.

Vous y trouverez peut-être une meilleure conclusion que moi.

Publié le 30 décembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Réflexion

Déménager sans bouger

Comme dans le billet Je craque, je vais explorer dans le présent billet ma réaction à la crise en train de se dérouler et qui sature tant de média, donc je n'en voudrai à personne de zaper ce billet ou d'y revenir beaucoup plus tard. Cependant, la première partie est garantie sans covid, et développe simplement une révélation récente sur la différence d'état d'esprit entre déménager et partir en vacances.

Vacances ou déménagement

Il y a matériellement une certaine ressemblance entre partir en vacances et déménager : on se déplace avec un tas d'affaires du quotidien pour aller vivre ailleurs.

La différence fondamentale entre les deux est que les vacances sont provisoires, avec un retour à plus ou moins court terme vers la résidence habituelle, alors que le déménagement est un aller simple ; mais ces considérations ont plus d'impact mental que sur la réalité concrète.

D'accord, il y a une différence concrète sur la quantité d'affaires emmenées, parce que les lieux de vacances sont souvent équipés de plus ou moins d'objets du quotidien qu'il n'est donc pas nécessaire d'emmener, et parce que le déménagement implique généralement la perte du lieu de départ, donc il faut bien faire quelque chose de toutes les affaires qui s'y trouvent.

Mais au-delà de ces aspects logistiques, je m'intéresse ici surtout aux différences dans l'état d'esprit.

Les vacances comme les déménagements représentent une rupture dans la vie quotidienne, mais le caractère temporaire des vacances fait qu'on accepte beaucoup plus facilement des inconforts ou des contrariétés mineures dans ce nouveau quotidien. Pourquoi se battre si ce n'est que pour deux semaines ? Les bienfaits de la nouveauté (pour ceux à qui ça plaît) peuvent aussi faire oublier des points négatifs mineurs.

Les vacances sont même parfois vécues comme des révolutions contre le quotidien, donc certains ne cherchent même pas à se fabriquer un nouveau quotidien en vacances, et se contentent de prendre les choses comme elles viennent dans cette période.

À l'inverse dans un déménagement, la perspective du long terme va donner envie de corriger, ou de trouver un compromis, sur tous les points négatifs, même mineurs, pour trouver un nouveau quotidien au niveau de l'ancien.

Un autre effet du caractère temporaire des vacances est qu'on ne se purge pas complètement du quotidien « normal ». Même lorsqu'on prend des vacances dans le seul but de casser ce quotidien, on reste conscient qu'il faudra y revenir.

Donc même dans des vacances pour « se vider la tête », le quotidien reste quelque part dans un coin de la tête, comme en veille, prêt à être récupéré (avec plus ou moins d'effort) une fois rentré de vacances.

Tandis qu'un déménagement s'accompagne d'un travail mental pour « tourner la page », voire faire le deuil de son ancienne vie.

J'ai l'impression qu'on peut retrouver ce schéma dans d'autres domaines, mais si je vois plein d'homologues au déménagement, comme les ruptures amoureuses ou les changements d'employeur, j'ai du mal à trouver les homologues aux vacances qui leur correspondent.

Ma vie dans la crise sanitaire

Pour vous rappeler les épisodes précédents, j'ai plutôt bien vécu le premier confinement ; ensuite j'ai plutôt moins bien vécu le déconfinement parce que j'ai perdu ce qui m'a plu dans le confinement sans retrouver ce qui me plaît dans la vie normale ; et le comportement des diverses autorités a fini par me faire craquer.

Comment ai-je géré ce craquage ?

Mal, probablement, comme tout le monde. Je veux dire par là que je ne suis pas en train de vouloir donner des conseils, ou prétendre qu'il faut faire comme moi ; et je ne prétends même pas que c'était la bonne chose à faire à mon échelle ; je dis juste que c'est ce que j'ai fait.

J'ai déménagé, mais sans me déplacer.

J'ai abordé le premier confinement comme des vacances, comme une rupture temporaire de la normalité, avec un jour un retour au quotidien habituel, que j'ai même prédit publiquement.

Comme évoqué dans la partie précédente, j'ai donc accepté un quotidien anormal que je ne pourrais pas accepter durablement, et j'ai gardé dans un coin de ma tête la « vie d'avant » pour y revenir à mon retour de vacances crise.

Je pense même que ça a contribué significativement à mon vécu du premier confinement, même si ce n'était pas la nouveauté, mais la nécessité sanitaire, qui m'ont fait accepter le quotidien anormal. Et c'est aussi dans cette perspective que j'ai tout fait pour maintenir ma santé mentale, au détriment de ma condition physique.

Je pensais pouvoir tenir ce premier confinement très longtemps, car je me doutais bien que la pandémie ne serait pas réglée en quelques mois. D'ailleurs je crois encore que j'aurais pu tenir un premier confinement poursuivi jusqu'à Noël, moyennant des adaptations mineures et progressives.

Ce que je n'ai pas tenu, ce sont les demi-mesures et les inepties post-déconfinement, et j'ai craqué.

Et aujourd'hui je me retrouve à constater qu'en me relevant, j'ai déménagé.

Sans changer de coordonnées géographiques, j'ai déménagé dans un pays où il est de coutume d'abuser de son pouvoir à tous les niveaux hiérarchiques, dans un état proto-policier (où être en règle ne suffit qu'en période de « tolérance »), où il est normal d'instrumentaliser le pathos d'une anecdote pour refuser le contrôle d'un régime d'exception par un parlement de pacotille, où le fonctionnement normal est de changer les lois plusieurs par semaine sans logique ni cohérence. Certains diraient un absurdistan autoritaire, j'ai une formulation plus mesurée mais je n'en pense pas moins.

J'ai mentalement tourné la page de ma « vie d'avant » et de tout ce qui allait avec, et j'ai commencé à refaire ma vie et mes habitudes dans ce pays étrange qu'est la Francovid. J'ai commencé à me construire une nouvelle normalité dans ces nouvelles conditions, au lieu de rester dans une rupture temporaire de normalité.

Certes, c'est un déménagement vers un pays moins accueillant, et une situation moins confortable par à peu près tous les aspects, mais ce n'est même pas la première fois que je subis un tel déménagement. Et puis c'est le déménagement le moins pénible de toute ma vie en termes de logistique.

Cela dit, je reste sur ma prédiction selon laquelle la vie d'après ressemblera beaucoup à la vie d'avant, mais ce sera un nouveau déménagement, et la quantité d'éléments du quotidien que je retrouverai risquent de ne pas être aussi nombreux que si c'était un retour de vacances.

J'imagine qu'on pourrait interpréter tout ça sous le prisme Kübler-Ross en mettant ça sous l'étiquette « acceptation », et c'est peut-être un bon résumé du présent billet, mais j'apporte en plus l'élément que sont les dégâts collatéraux dans ces éléments du quotidien que je ne retrouverai plus même en réaménageant.

Et je soupçonne que la confiance dans les institutions en fasse partie.

Et du coup je me dis que je ne suis peut-être pas la seule à le vivre à peu près comme ça. Et peut-être qu'il y a suffisamment de monde dans ce cas pour que soit en train de couver une crise politique qui n'est pas négligeable devant les crises sanitaire et économiques.

Nous vivons une époque intéressante

Publié le 15 novembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

En vrac 2

Conformément à la demande populaire, je continue les liens en vrac sous forme de billet de weblog, malgré mon intuition que ce serait peut-être mieux rangé dans un classeur dans la section Articles, comme mon Journal d'une apprentie motarde.

Je ne sais pas encore trop à quelle fréquence faire ce genre de billets, ou vu sous un autre angle combien de lien mettre dans un billet typique. Si vous en voulez plus ou moins, n'hésitez pas à vous manifester.

Publié le 8 novembre 2020

Tags : En vrac

Bulle sociale

Pour ce billet, j'ai presque besoin d'un Trigger Warning à l'envers : malgré le titre et le paragraphe suivant qui ancrent les présentes réflexions dans le contexte de crise sanitaire qui traverse l'Europe ces jours-ci, il sera surtout question de mes problèmes dans la vie d'avant et la recherche de solutions pour la vie d'après.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi mais que ça intéresse (y en a-t-il au moins ?), le concept de « bulle sociale » est une façon de ralentir la propagation de pathogènes moins drastique que le confinement complet, en choisissant un certain nombre d'humains avec qui on interagit normalement, en excluant tout contact avec les autres. Ainsi une contamination ne se transmettrait pas au-delà de ladite bulle, tout en permettant à tous les membres de la bulle d'assouvir leurs besoins de relations sociales. Je ne retrouve pas de liens, et je doute de l'intérêt de chercher, mais il était souvent question de placer la limite à six personnes par bulle, notamment au Royaume-Uni, ou une dizaine en Belgique.

Cette idée m'a interpelée, parce qu'en fait je vis déjà dans une telle bulle, et je trouve ça un peu triste.

J'ai des relations sociales assez riches, quoique numériques, autour de quelques canaux IRC (surtout #komite et #gcu) et de ma guilde à World of Warcraft.

En revanche, au niveau des relations sociales dans le monde de la viande, j'ai peur d'être malsainement limitée, même hors crise sanitaire. Il y a les collègues, et l'homme avec qui je partage ma vie (je lui dois énormément), et les relations amicales et familiales que cet homme apporte.

La plupart du temps, tout ça me suffit, et je pourrais simplement être à l'aise avec une mesure contraignante de bulle sociale comme tellement d'autres interdictions de trucs que je n'aurais de toute façon jamais fait. Pourtant ça m'interpelle (comme en témoigne le mot « malsainement » dans le paragraphe précédent), d'une part à cause de la dépendance à mon compagnon, mais aussi parce qu'en vrai, il est arrivé un certain nombre de fois dans ma vie de ressentir un manque de BFF voire de BFFWB.

Je ne suis pas très douée pour me faire des amis, et je suppose que n'y sont pas étrangers les faits que je suis plutôt introvertie, sérieusement agoraphobie, incapable de faire le premier pas, et que je préfère peu de relations intenses à beaucoup de relations superficielles.

J'ai l'impression d'être aussi très mauvaise en entretien de relations amicales, pour la même raison : je n'ai absolument aucune idée de comment m'y prendre. Du coup, tant que les circonstances permettent facilement d'entretenir la relation, ou tant que l'autre personne s'en charge, tout fonctionne parfaitement ; mais dès que ces conditions ne sont plus réunies, la perte vue semble inéluctable, malgré mes efforts.

Je soupçonne qu'il y a derrière tout ça et d'autres choses (comme mes difficultés de fuseki et de joseki) quelque chose de bien plus glauque. J'ai déjà plusieurs fois fait référence à mon tout petit problème d'autodévalorisation, qui me fait penser que le fait que je suis nulle est un axiome fondamental de l'univers ; j'ai l'impression que du même ordre il y a un axiome selon lequel interagir avec moi est un gros effort, que je ne peux justifier qu'en apportant quelque chose de suffisamment positif pour compenser, voire un axiome selon lequel l'univers et les autres seraient quand même bien mieux sans moi.

C'est facile à écrire comme ça, mais c'est beaucoup plus difficile de trouver comment agir concrètement contre, pour les mêmes raisons que mon autodévalorsation. Il y a clairement des fois où je dérange, et des gens dont j'ai marqué négativement la vie ; mais comment les distinguer de mes contributions plus positives ?

Et puis parfois je baisse les bras, en me disant que c'est trop tard pour moi, que je suis trop vieille pour rattraper un apprentissage de la socialisation raté dans ma jeunesse.

Après tout, n'est-ce pas le moment idéal pour se réjouir de son faible nombre de liens sociaux présentiels ?

Publié le 31 octobre 2020

Tags : Autoexploration Social

Je craque

Je ne suis pas trop au fait des trigger warnings, mais je sais qu'il y a des gens qui évitent ces nouvelles en rapport avec la crise sanitaire en cours. Comme ce billet ne va parler que d'autoexploration sur mon état émotionnel ces deniers temps, qui n'est pas joli-joli, vous pourriez vouloir le garder pour plus tard, ou le zaper complètement, je comprendrais, j'en ai déjà fait de même moi-même.

Comme dit précédemment, j'ai la chance d'avoir bien vécu mon confinement, et même si j'avais des soucis mineurs avec mon déconfinement, ça allait encore plutôt bien. Je ne mets pas le tag Suite à ce billet car il n'y a pas besoin des épisodes précédents.

J'ai eu l'impression d'avoir été très prudente avec mes prédictions, mais je suis toujours partie du principe que mon état émotionnel allait spontanément évoluer plutôt lentement, et qu'il n'y aurait que des évènements extérieurs qui pourraient me bousculer.

Comme le montre le titre ce billet, j'ai eu tort.

Les mille coupures

J'avais raison dans le sens où ce n'est pas une évolution spontanée, je ne suis pas rentrée dans un cercle vicieux dans ma tête. C'est l'accumulation de petites évènements extérieurs, chacun tellement dérisoire que je suis sûre que je pourrais les gérer individuellement sans même y penser, qui m'ont fait franchir le point de rupture.

Je ne sais pas trop où ça a commencé. J'ai commencé à sentir mes limites il y a quelques semaines, comme les dernières répétitions approximatives d'un entraînement en force, mais je ne sais pas si ce qui était avant a rempli le vase à mon insu ou si j'ai démarré sans passif.

Le masque en extérieur

Le premier coup que j'ai senti, c'était le port du masque obligatoire en extérieur, d'abord dans quelques rues que j'ai pris soin d'éviter. Naturellement, chaque élargissement des zones a été un nouveau coup.

Je ne suis pas experte en épidémiologie ni en santé publique, je ne suis pas anti-masque, je ne prétends pas avoir de réponse ou de préconisation sur le fond. Je critique la façon dont c'est fait, et dont ça résonne avec moi et avec les gens comme moi (s'il y en a).

Quelqu'un d'autre l'a dit tellement mieux que moi : si je vois une logique, je peux m'habituer, même si je n'approuve pas la logique ; mais quand il y a aucune logique j'avoue que c'est hyper dur.

Vu d'ici, on dirait que les mesures n'ont pas été choisies pour leur efficacité, mais pour leur pénibilité. Sur l'exemple de la comédie sécuritaire (security threater) dans les aéroports, faire de la « comédie sanitaire », pour montrer aux gens qu'on fait quelque chose.

Et comme c'est moins efficace qu'un placebo, la propagation continue, et dans une logique façon shadok, si ça ne marche pas c'est qu'il faut continuer plus fort.

Le masque au boulot

Autant j'ai été admirative sur les réactions de mon employeur pour l'entrée en confinement, autant je trouve cette rentrée plutôt mal gérée.

Je leur laisse le vide décisionnel pendant le mois d'août ; je ne trouve pas très glorieux d'arrêter le temps pendant que les chefs sont en vacances, mais dans une petite structure on peut pas avoir un facteur d'autobus terrible.

En revanche, à la rentrée, alors que les indicateurs sanitaires nationaux comme locaux devraient inciter à la prudence, on continue le plan de déconfinement lancé début juillet, avec du présentiel obligatoire pour tous au moins jour par semaine, poussée à au moins deux pour certains projets et certains chefs.

Et puis une semaine plus tard, comme les indicateurs ne s'arrangent vraiment pas, le masque est devenu obligatoire en permanence dans tous les locaux, à moins d'être seul dans la pièce, sans autre exception explicite.

Donc on ne peut manger ou boire que dans les toilettes, ou quand il n'y a pas d'autre collègue dans l'open-space.

Résultat, il faut violer un ordre direct et sans ambiguïté du grand chef, mais pas trop, parque quand même voilà quoi.

La mesquinerie

Contrairement à la comédie sécuritaire, il y a un élément visible dans le port du masque. Du coup, tous ceux qui n'en portent pas, quelqu'en soit la raison, deviennent des cibles acceptables pour toutes les mesquineries plus ou moins violentes.

Pendant un bon bout de temps j'ai eu l'impression de me sentir isolée avec cette idée, qui me semblait pourtant être de la décence tout à fait naturelle, jusqu'à ce qu'un tweet avec des idées similaires arrive dans ma TL

Ça fait depuis des semaines que ce n'est plus du tout en fonction du virus que je décide de mettre ou non un masque, mais en fonction de ce que mes congénères me feront potentiellement subir.

On m'a objecté que les anti-masques sont plus violents que les anti-anti-masques ; ils ont certainement eu un plus grand écho médiatique vu d'ici, mais je ne sais pas à quel point c'est représentatif (cf le point suivant), et surtout les anti-masques ne s'en prennent qu'à ceux qui les ciblent, donc je ne me sens personnellement pas trop en danger, alors que les anti-anti-masques s'en prennent à des gens qui n'ont rien demandé à personne.

D'un autre côté, qu'attendre d'autres des braves gens ?

La monoculture médiatique

Ça fait un peu pompeux comme titre, mais je suis particulièrement frappée par le manque de diversité dans les idées que je trouve dans les médias généraux.

Je n'ai jamais été fan de débats, et ça fait depuis plusieurs années que les clashs me font penser à du catch, mais là j'ai encore plus fort qu'il n'y a qu'un seul message possible, et que toute remise en question ou même en perspective est inconcevable.

Je pense tout particulièrement à cette interview de Marc Jantkowiak où les journalistes donnent l'impression que remettre en question une obligation du port du masque c'est aussi délirant que s'enfoncer un clou rouillé dans la fesse droite.

Le délire sécuritaire

Je me demande dans quelle mesure c'est une redite du point précédent, mais la politique d'extrême-droite du ministre de l'intérieur n'aide pas non plus à la sérénité.

Et je me demande sérieusement si c'est le résultat du priapisme dudit ministre qui a enfin le portefeuille de ses rêves ou seulement une grosse ficelle pour remplir l'espace médiatique avec autre chose que la crise sanitaire.

Dans les deux cas, ça me donne envie de verser mon déjeuner dans le caniveau.

La monomanie

Il paraît qu'une grosse majorité des français veulent qu'on continue de pomper plus d'obligation de port du masque. Cette fixation sur le masque me laisse perplexe et me semble très malsaine.

En réalité, les gens ne veulent pas du port du masque, ils veulent un totem d'immunité. Les caniveaux débordent, la crasse mousse jusqu'à leur taille, et ils lèvent la tête en criant : « sauvez-nous ! »

Je me souviens que j'ai pris conscience que j'avais ma perspective un peu cassée lorsque j'ai vu passer l'information que le masque, lorsqu'il est au top et bien porté et tout, a une efficacité de 70 à 90 %, et que je me suis que c'est justement au niveau des 83 % la roulette russe.

Le craquage

Maintenant que j'ai bien énuméré toutes les gouttes d'eau qui me sont tombées dans le vase, ça veut dire quoi concrètement, « craquer » ?

Je commence à avoir l'impression que les gens sont des veaux, à qui on fait avaler n'importe quoi. Que les gouvernants sont des sangsues qui font tout ce qu'elles peuvent pour s'accrocher à leur pouvoir et à leurs profits, sans même s'occuper de la pérennité des ressources qu'ils exploitent.

Et ça, c'est quelque chose qui me fait tiquer, parce que je ne lirais pas un paragraphe entier de quelqu'un qui professe ce genre d'idées avant d'aller faire quelque chose de plus intéressant de mon temps.

Ce n'est jamais bon de se croire beaucoup plus malin que les autres, peu importe que ce soit le cas ou non. Je croyais pourtant être à l'abri de ce travers. Certes, je m'inclus dans ces veaux, mais cette description suppose que la plupart d'entre eux n'ont pas conscience de cette situation.

À part ça, madame la marquise, je manque de motivation pour tout mais plus particulièrement pour le boulot, le moral fait de temps en temps des piqués assez vertigineux, je fais régulièrement de l'exercice physique assez intense, je crois que je suis passablement plus irritable, et j'ai des accès de pessimisme encore pire que d'habitude. Par exemple l'autre jour, j'ai trouvé tout à fait possible que le covid s'installe comme le SIDA, et les masques comme les préservatifs ; et un autre jour qu'on passe par une crise politique violente façon Bélarus ou États-Unis avant la fin des crises en cours.

C'est dire à quel point je suis atteinte…

D'un autre côté, c'est vrai qu'une fois encore, j'ai plutôt beaucoup de chance, si mon craquage n'est (pour l'instant) que ça.

Publié le 11 septembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

En vrac (1 ?)

J'ai découvert le concept des billets « en vrac » chez Balise. J'imagine que ça a dû à plus ou moins à la mode à une époque (lancée par Tristan Nitot, si j'ai bien suivi, mais je ne me ferais pas confiance sur la qualité de cette info'), mais dans les lambeaux de blogosphère que je suis ces dernières années, il n'y a pas d'autre exemple.

Comme je l'avais écrit dans le billet Internet et moi, j'attends de Twitter un partage de ce genre de liens avec ce genre de commentaires. Je les publie ici plutôt que sur mon compte Twitter parce que ça s'inscrit dans une temporalité qui n'a rien à voir avec celle de Twitter.

Je ne sais pas si je referai des billets comme ça à l'avenir (c'est pour ça que je ne crée pas de catégorie dédiée), mais je détaillerai mes réflexions à ce sujet après avoir vidé mon sac.

Liens en vrac

Futur en vrac

Je sors ça maintenant parce que je suis sur le point de réformer en profondeur ma gestion des liens intéressants, et c'est l'occasion de prévoir un canal de publication si ça intéresse quelqu'un.

Concrètement, dans ma vie, ces temps-ci, je jette de temps en temps un œil aux canaux IRC dont je fais partie, ma timeline Twitter (qui s'affiche comme un canal IRC grâce à bitlbee), et mes flux RSS, et j'y fais ce que j'y fais habituellement.

Il arrive parfois que j'y trouve un lien qui a l'air intéressant, mais que je n'ai pas le temps de regarder sur-le-champ. Pour l'instant, je copie le lien dans ~/tmp/notes.txt et ça prend la poussière plus ou moins longtemps.

Et parfois j'ai du temps pour regarder un article plus long, et je vais piocher dans ce fichier.

Et parfois l'article me marque tellement que j'ai envie de le garder quelque part pour pouvoir le retrouver facilement.

Ce « quelque part » pour l'instant est le même fichier, et ça ne marche pas du tout, parce que je n'arrive pas toujours à distinguer les articles lus des articles non-lus, et quand il est lu je n'ai aucune ancre pour le retrouver.

Concrètement, il me manque le texte explicatif que j'ai mis à côté des liens ci-dessus.

D'autre part, garder les liens dans un fichier sur un ordinateur fait que je ne peux lire les articles que lorsque j'ai un shell vers cet ordinateur, ce qui est inutilement contraignant, donc j'avais envie de me faire une page web dynamique, ou un flux Atom, avec mes liens à voir.

Du coup, tant que j'en suis à faire une webappli' de gestion de mes liens à moi, avec marquage comme « lu » ou « lu et intéressant avec description », je n'ai pas grand-chose à faire en plus pour générer un flux Atom public avec la dernière catégorie.

Ce qui m'amène à l'appel au public : est-ce que des liens en vrac soigneusement curetés par mes soins vous intéressent-ils ? Ou cet échantillon a-t-il démontré que tout ça a déjà fait quinze fois le tour des réseaux sociaux et est déjà lu ou trop peu intéressant a priori ?

Et pour ceux que ça intéresse, préférez-vous un dump brutal comme la première partie de la présente page, ou un flux RSS ou Atom dans lesquels ils ont ajoutés l'un après l'autre ? Ou même comme des tweets sur mon compte ? Ou tout à la fois, pour avoir le choix à chaque instant ?

Et est-ce que la liste des liens potentiellement intéressants, gardés au chaud pour plus tard, intéresse-t-elle quelque qu'un ? Éventuellement avec un système de commentaire pour m'éviter la lecture d'articles prometteurs mais finalement décevants ?

Publié le 30 août 2020

Tags : Appel au public En vrac Site

Mon déconfinement en cours

Je vous avais parlé il y a quelques mois de mon confinement, à quel point je l'ai bien vécu, et j'ai conscience du privilège d'être dans ce cas.

D'ailleurs le privilège continue quelque part, puisque ce n'est que fin juillet que je viens pleurer la fin de cette situation.

Je dois le reconnaître, malgré tous les inconvénients, que j'ai détaillé dans le billet précédent, j'ai pris goût au rythme de vie confiné. Et maintenant, malgré les messages angoissants relayés un peu partout par les marchands d'attention la presse, je commence à vivre un début de déconfinement, et le sevrage est dur.

Le boulot

C'est le plus marqué sur le plan professionnel.

Hier j'ai reçu l'annonce officielle, qui n'est pas une surprise grâce aux bruits de couloir, qu'à partir du lundi 17 août 2020 tout le monde devra être présent sur site un ou deux jours par semaine, le choix entre un ou deux étant décidé pour chaque personne par son supérieur.

Je suppose que c'est assez loin pour qu'ils aient le temps de changer d'avis si les discours alarmistes sur la deuxième vague s'avèrent fondés, mais je n'ai pas l'impression de pouvoir entretenir beaucoup d'espoir dans ce sens.

Il est de fait que le port du masque est colossalement chiant et inconfortable, je crois que tout le monde est d'accord là-dessus, même si certains arguent qu'on s'y fait.

Mais au-delà de l'inconfort personnel, qui n'est de toute façon jamais complètement absent des conditions de travail, la combinaison des masques et de la distance, au moins telle qu'elle est pratiquée sur mon lieu de travail, tue la composante émotionnelle que je ressens dans les relations sociales, presque aussi efficacement que la visioconférence.

Oui, c'est sympa' de revoir les collègues, mais les revoir sur un écran ou à l'autre bout de la pièce, ça me fait presque le même effet, et c'est insipide par rapport à les revoir autour d'une table ou de boissons.

Résultat, j'ai l'impression de ne pas gagner grand-chose professionnellement lors de ces journées sur place, au prix d'un temps de transport non négligeable.

D'ailleurs en parlant du transport, je crains que l'inconfort combiné du masque et de la lutte contre mon agoraphobie soit au-delà de ce que je peux supporter ; et avec en plus la pression de mon entourage pour éviter les transports en commun, je cède facilement à l'utilisation de la moto pour aller et revenir de mon lieu de travail.

Encore une fois, j'ai conscience d'être privilégiée en ayant cette possibilité, mais je trouve qu'il y a quelque chose de malsain dans cette impression que les transports en commun franciliens sont maintenant plus dangereux que (ma façon de pratiquer) la moto.

Et puis il y a quelque chose qui me dérange un peu dans l'utilisation de la moto pour faire 7 km. Je suis trop incompétente en mécanique pour savoir dans quelle mesure c'est justifié, mais j'ai l'intuition que la machinerie n'a pas le temps de chauffer ou d'atteindre pleinement son régime nominal, alors que j'aurais moins de scrupules à faire plus de 20 km.

Le corps

Contrairement aux systèmes mécaniques, qui s'usent à force de s'en servir, les systèmes biologiques ont tendance à « s'user » quand on ne s'en sert pas. Cette situation prend plus de sens si on considère la vie comme une lutte continue contre l'entropie.

C'est donc sans surprise qu'en passant de beaucoup de marche à pied dans la journée à quelques pas dans l'appartement, les capacités physiques de mes jambes déclinent progressivement.

Résultat, en début de semaine je ne pouvais plus marcher un kilomètre sans que mes jambes hurlent au surmenage et revendique le droit à se syndiquer.

Du coup, ça fait en même temps une quantité significative d'exercice physique en moins, et j'ai privilégié ma santé mentale aux détails de la machinerie biologique ; ce qui explique en partie que j'ai si bien vécu le confinement, et ce qui me semble être une stratégie raisonnable quand on croit aux annonces que ce confinement serait court. Résultat, j'ai pris un peu de poids depuis le mois de mars.

Et maintenant que les voyages ne sont plus restreints, la vie sociale reprend progressivement, et même si la mienne n'a jamais été abondante, il y a quand même des gens qui ont envie de passer du temps avec moi.

Et j'ai l'air un peu conne avec un stock ridicule d'habits à ma taille et beaucoup moins d'endurance pédestre que je m'imagine avoir.

Donc depuis le début de la semaine j'ai repris progressivement un régime de marche, mais je dois reconnaître que c'est très pénible. Comme pour la moto, je ne suis pas super motivée pour marcher juste pour marcher. Malgré mon goût pour la marche comme moyen de transport, ce n'est pas une fin terriblement à mon goût. Résultat, chaque sortie a été une lutte terrible qui a demandé tout mon courage.

First World Problems

Je ne peux m'empêcher de trouver l'ensemble de ce billet extrêmement pathétique. Ma situation reste globalement très confortable, et ces problèmes qui m'affectent sont quand même très mineurs, et j'ai vraiment beaucoup de chance.

Mais en même temps, je me souviens encore d'une époque où ma vie était tellement horrible que je n'arrive plus aujourd'hui à imaginer à quel point.

Finalement, le bonheur, c'est juste lorsqu'on n'a plus que des broutilles comme sujets de plainte.

Publié le 31 juillet 2020

Tags : Autoexploration Boulot Évènement Humeur Suite

Retraite téléphonique

Après un peu plus de cinq ans de bons et loyaux services, il semble que l'heure de la retraite ait sonné pour mon ordiphone Kyocera Torque KC-S701.

C'est donc le bon moment pour revisiter ce qu'il m'a apporté, son vieillissement, et sa succession.

Les gloires du passé

J'ai détaillé les tenants et les aboutissants dans mon premier article sur ce téléphone, mais j'ai acheté ce smartphone parce que je voulais profiter des myriades de choses que peut faire ce type d'appareils, et je voulais pouvoir compter sur son blindage pour pouvoir continuer d'en profiter dans des situations dégradées.

Je me souviens qu'à l'époque, j'avais dépensé environ 400 € pour acheter ce téléphone, et j'avais découpé ça en environ 200 € pour un téléphone aux caractéristiques techniques similaires et 200 € pour la résistance aux chocs et à l'eau.

La Résistance

Il ne fait aucun doute que j'ai profité de cette résistance pendant ces cinq ans, entre toutes les fois où je l'ai pris avec moi dans mon bain et toutes les fois où j'ai joué à le laisser glisser de ma main en disant « oups ! » devant un public plus ou moins horrifié.

Alors c'est vrai que j'ai utilisé cette fonctionnalité parce qu'elle est là, et si j'avais un ordiphone qui ne prétend pas être étanche et antichocs je ne l'aurais pas exposé à ces risques, je n'aurais certainement pas investi 200 € juste pour ça.

Coin du téléphone

Je me souviens clairement de trois chutes involontaires que j'estime comme fatales à un téléphone normal, ou au moins à son écran. Chacune de ces trois chutes a laissé une marque dans le boîtier, contrairement autre chocs. Sans compter la fois où il s'est retrouvé entre une voiture qui me percute et moi, mais je ne sais pas quelles contraintes il a subi à cette occasion.

Comme je n'ai pas tellement d'expérience en destruction d'électronique, je ne sais pas trop sur combien d'autres chocs moins spectaculaires le blindage a sauvé cet appareil.

Je l'ai passé moult fois sous le robinet pour le nettoyer sans me poser de question, si j'avais un ordiphone qui craint l'eau j'aurais cherché une autre solution mais du coup je n'imagine pas trop quel est le bénéfice exact de l'étanchéité.

Et je ne me souviens d'aucune immersion qui n'aurait pu être évitée si j'avais voulu l'en protéger.

En revanche, je me souviens de plusieurs utilisations en extérieur sous la pluie. À l'époque où je l'ai acheté, les écrans tactiles devenaient inutilisable à la moindre goutte d'eau (ce qui m'avait motivée à acheter un GPS). Je ne sais pas si c'est encore le cas aujourd'hui, mais les plaquettes des téléphones « durcis » continue de vanter l'utilisabilité avec les doigts mouillés ou avec des gants.

Donc quelque part j'ai l'impression d'avoir rentabilisé sa résistance, mais d'un autre côté je me demande si un remplacement plus fréquent à cause des mauvaises chutes n'aboutirait pas à un meilleur confort par la mise à jour matérielle et logicielle faite au passage. Du coup à budget égal un turnover plus rapide n'est peut-être pas négatif, même si ça va à l'encontre de plusieurs de mes tendances.

Cela dit, il ne faut pas négliger le bénéfice de sérénité procuré par cette résistance. La motivation première était de pouvoir compter sur cet appareil dans les situations d'urgence quand tout part en vrille, et fort heureusement ces situations sont rares, mais c'est tous les jours que je bénéficie de l'impression de pouvoir compter sur cet appareil.

La Convergence

Si un téléphone en ma possession doit être robuste, je ne suis pas encore complètement convaincue par la pertinence d'un ordiphone Android dans ma vie.

J'ai l'impression que c'est un thème récurrent dans ce weblog, quand ce Kyocera Torque allait mal j'envisageais déjà de ne pas le remplacer, pareil quand ma montre allait mal, et j'en ai remis une couche en parlant de dépendance numérique. Et ça c'est ceux dont je me souviens à froid sans regarder les archives.

Je déteste activement les écrans tactiles, les interfaces façon Minority Report, et les systèmes d'exploitation qui prennent leurs utilisateurs pour des cons. Je suis effarée par l'économie de la surveillance, et plus encore par la société qui semble se construire autour.

Et pourtant, malgré tout ça, l'ordiphone Android a pris une place croissante dans ma vie.

Fin 2015, j'utilisais les conversations vocales, les SMS, et le GPS piéton (par OsmAnd), et le navigateur web était disponible en cas de besoin urgent.

Alors qu'aujourd'hui…

Je ne suis pas convaincue que ce soit vraiment un progrès, mais il y a d'autres aspects par lesquels 2020 n'est pas vraiment meilleure que les années qui précèdent, il faut juste faire le mieux qu'on peut avec les circonstances dans lesquelles on se trouve.

La Chute

Comme sous-entendu dans la partie précédente, ce n'est pas une chute au sens littéral qui met fin à la carrière de ce téléphone.

Vieillissement physique

Cela dit, pour être tout à fait honnête, cet ordiphone n'est pas complètement indemne physiquement. Je ne sais pas quelle part de responsabilité ont les chocs que je lui ai fait inutilement subir, par rapport aux chocs plus graves qui (je pense) auraient tué une unité moins solide.

Capture d'écran

En tout état de cause, plusieurs capteurs ont cessé de fonctionner au fil des années. Le capteur de proximité a été le premier à mourir, assez rapidement, et depuis à chaque déverrouillage le système croit que je tiens l'appareil contre mon oreille, comme on peut le voir sur la photo ci-contre, et il faut à nouveau appuyer sur le bouton de veille pour accéder au système.

Ensuite l'accéléromètre et le capteur de luminosité ambiante sont morts, je ne me souviens plus exactement dans quel ordre, mais il a suffi de fixer la luminosité de l'écran à une valeur raisonnable, et renoncer au mode paysage (que j'utilise super rarement de toute façon) pour vivre sans ces capteurs.

Je ne sais pas si le capteur d'orientation est différent de l'accéléromètre, mais si oui il a dû s'arrêter à la même période.

Enfin, au cours de la rédaction de ces lignes j'ai découvert que le capteur magnétométrique a aussi cessé de fonctionner, et je n'ai absolument aucune idée de quand. J'avais essayé la boussole lors de ma découverte de l'appareil, et ça marchait bien, et je n'en ai jamais eu besoin ensuite.

Finalement, il n'y a que le capteur de pression atmosphérique qui semble avoir bien tenu le coup.

Autrement, le boîtier a vieilli et montre clairement des signes d'usure, avec le revêtement mat qui pèle, mais je trouve que ça a plutôt du charme.

Et évidemment, il y a le vieillissement de la batterie. Je ne peux pas trop juger de sa progressivité, vu qu'en parallèle je n'ai pas arrêté d'en demander plus à ce téléphone. Aujourd'hui, après cinq ans, j'ai encore deux jours d'autonomie, ce qui me semble tout à fait honorable.

Cependant je pense que l'estimation du niveau de la batterie n'est plus bon. Depuis un ou deux ans l'ordiphone redémarre spontanément, et ça arrive de plus en plus en souvent ; et ces jours-ci après redémarrage il montre trente à cinquante points de pourcentage de moins dans la capacité batterie. Du coup je soupçonne les redémarrages d'être dûs à des pics de courant que la batterie n'est plus capable d'assurer.

Autant la disparition des capteurs m'est légèrement pénible, autant ces redémarrages et le manque de confiance dans la capacité affichée ont commencé à peser dans ma décision de mettre cet appareil à la retraite.

Vieillissement logiciel

J'ai acheté cet ordiphone en mai 2015 avec Android 4.4.2. Il y a eu une mise à jour en août 2015, sans changer de version d'Android, et rien depuis.

Je suis très très réticente à l'idée de mettre des informations sensibles sur un système aussi peu maintenu, et ce n'est que sous la contrainte que je mets des facteurs d'authentification dessus (et c'est encore plus crétin pour cette banque dont le deuxième facteur n'est accessible qu'après avoir entré le premier facteur dans l'appli' en question, rendez-moi mes banques suisses).

Et à ce stade-là, je suis même réticente à mettre la moindre information personnelle dessus, même de criticité moindre. Malgré tout, j'ai serré les dents et ravalé mon vomi et j'ai fait avec.

Et ces temps-ci, de plus en plus d'applications ne sont disponibles que pour Android 5 et plus, ce qui laisse mon pauvre ordiphone sur le bord du chemin.

J'avais déjà évoqué ce problème avec le client Owntracks pour partager ma localisation, mais j'avais pu repêcher une vieille version encore compatible. Ce n'est évidemment pas possible avec les applications propriétaires (StopCovid, par exemple).

La Fin

Si irritants que soient les vieillissements évoqués, ils ne font que chauffer la casserole avec la grenouille proverbiale, et ce ne sont pas eux qui m'ont fait sauter.

Une fragilité de ce téléphone se trouve au niveau de la trappe micro-USB, qui en assure l'étanchéité. Je l'avais déjà relevée avant l'achat, et c'est pourquoi l'immense majorité des rechargements de cette unité ont été faits par induction.

Fin 2019, la charnière a quand même fini par céder, mais j'ai pu remettre la trappe en place et continuer ma vie normalement.

Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé, mais à un moment pendant le Grand Confinement, quelque chose a changé dans le mode de défaut de cette charnière, et la trappe ne tient plus exactement à sa place. Déjà luxée comme ça, j'avais un doute sur l'étanchéité de l'appareil.

Et puis en sortant du Grand Confinement, j'ai pu constater que cette trappe dépasse suffisamment pour être bousculée dans mon sac à main, et se détacher spontanément.

Photo de la trappe micro-USB

La cassure qu'on peut voir sur la photo ci-contre photo a eu lieu alors que la trappe était détachée du téléphone.

Du coup je n'ai plus tellement de doute sur la résistance à l'eau de cette unité. Si elle n'est pas encore complètement compromise, l'usure à force de bouger la trappe en aura bientôt raison.

S'il n'y avait que ça, j'aurais certainement cherché des moyens de contourner ce problème, probablement en collant la trappe à sa place, voire en remplissant tout le connecteur USB pour en assurer l'étanchéité, et compter sur les transferts de données et le chargement sans fil.

Mais en l'état, je vais plutôt le remercier pour ses services rendus.

La succession

Ce n'est pas tout de déclarer un appareil comme étant à la retraite, ce ne sont que des mots alors que j'écris ces lignes, car il lui faut un successeur.

Ce qui est compliqué par le fait qu'à chaque fois que je regarde l'offre d'ordiphone ça me fait déprimer de voir à quel point elle s'éloigne de mes préoccupations et de mes valeurs. J'entends encore la réplique de Whistler « Plus tu vivras dans ce monde, plus tu te rendras compte à quel point tu lui es étranger. »

Il y a bien des initiatives qui ont l'air prometteuses, comme KaiOS, Librem 5, PinePhone, etc, mais j'attends de voir si ça ne va pas se finir comme OpenMoko. Et de toute façon, tant qu'il faut un Android à côté, ces idées ne répondent pas au besoin. Je vais continuer de les suivre avec attention, mais ce n'est pas la succession aujourd'hui.

L'expérience de l'ordiphone « durci » me semble concluante, j'aime bien les objets qui durent et sur qui je peux compter, surtout quand ils partent affectivement d'aussi loin qu'un Android ; et la sérénité de cette confiance me semble valoir sont prix et la gestion de l'obsolescence. Je reste ouverte aux autres possibilités, elles partent avec un désavantage qui est tout à fait rattrapable.

Visiblement Kyocera n'a pas été satisfait de sa tentative d'entrée sur le marché européen, donc il reste globalement Caterpillar et Crosscall, comme à l'époque, et des marques chinoises dont BlackView me semblait être la plus prometteuse.

En particulier, je regardais du côté du Cat S52 et des dernières sorties de la série BV de BlackView, sans me fixer sur un modèle particulier de cette série.

Ce qui me gêne dans cette offre, comme pour tout le reste de l'offre Android, et sans compter l'inévitable l'économie de la surveillance, c'est que ces ordiphones sont tous énormes. Je m'en plaignais déjà en 2015 en trouvant que mon Kyocera avait l'avantage de rester en dessous de 5".

Il y a bien Unihertz, et j'ai sérieusement envisagé l'Atom malgré son âge ou l'Atom L malgré sa taille déjà trop grande à mon goût, voire le Jelly 2 mais entre sa distance dans le futur et son absence de protection ça commence à faire beaucoup.

Un autre piège dans lequel j'aimerais bien ne pas retomber, c'est le vieillissement logiciel. Toutes ces marques sont connues pour la solidité de leur matériel et la gestion au second plan du logiciel. Je n'ai pas été déçue par Kyocera, parce que c'est exactement ce à quoi je m'attendais, mais j'aimerais beaucoup que ces marques entretiennent le logiciel pour le rendre aussi durable que leur matériel. Et pour les aider pour ça, il y a les projets Treble et Apex, j'ai peur d'être un peu trop naïve mais du coup je suis prête à poser un peu plus d'argent sur la table pour partir avec une version plus récente qui a plus de chance d'être entretenue.

À force de chercher tout ça, j'ai fini par tomber sur les Samsung Galaxy Xcover 4s et Xcover Pro, qui prétendent jouer dans la même gamme de résistance que les marques célèbres pour ça, mais avec la force de frappe logicielle de Samsung, qui est paraît-il une des meilleures marques en termes de mises à jour Android.

Du coup ces jours-ci je suis en train de tendre vers le drap de lit qu'est le Xcover Pro, qui est à peu près un Galaxy A51 avec le blindage, l'étanchéité, et un peu de réparabilité.

À moins que vous n'ayez une meilleure idée ? Ou des conseils pour mieux choisir un successeur ou mieux vivre la transition ?

Publié le 27 juin 2020

Tags : Jouets

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