Retraite téléphonique

Après un peu plus de cinq ans de bons et loyaux services, il semble que l'heure de la retraite ait sonné pour mon ordiphone Kyocera Torque KC-S701.

C'est donc le bon moment pour revisiter ce qu'il m'a apporté, son vieillissement, et sa succession.

Les gloires du passé

J'ai détaillé les tenants et les aboutissants dans mon premier article sur ce téléphone, mais j'ai acheté ce smartphone parce que je voulais profiter des myriades de choses que peut faire ce type d'appareils, et je voulais pouvoir compter sur son blindage pour pouvoir continuer d'en profiter dans des situations dégradées.

Je me souviens qu'à l'époque, j'avais dépensé environ 400 € pour acheter ce téléphone, et j'avais découpé ça en environ 200 € pour un téléphone aux caractéristiques techniques similaires et 200 € pour la résistance aux chocs et à l'eau.

La Résistance

Il ne fait aucun doute que j'ai profité de cette résistance pendant ces cinq ans, entre toutes les fois où je l'ai pris avec moi dans mon bain et toutes les fois où j'ai joué à le laisser glisser de ma main en disant « oups ! » devant un public plus ou moins horrifié.

Alors c'est vrai que j'ai utilisé cette fonctionnalité parce qu'elle est là, et si j'avais un ordiphone qui ne prétend pas être étanche et antichocs je ne l'aurais pas exposé à ces risques, je n'aurais certainement pas investi 200 € juste pour ça.

Coin du téléphone

Je me souviens clairement de trois chutes involontaires que j'estime comme fatales à un téléphone normal, ou au moins à son écran. Chacune de ces trois chutes a laissé une marque dans le boîtier, contrairement autre chocs. Sans compter la fois où il s'est retrouvé entre une voiture qui me percute et moi, mais je ne sais pas quelles contraintes il a subi à cette occasion.

Comme je n'ai pas tellement d'expérience en destruction d'électronique, je ne sais pas trop sur combien d'autres chocs moins spectaculaires le blindage a sauvé cet appareil.

Je l'ai passé moult fois sous le robinet pour le nettoyer sans me poser de question, si j'avais un ordiphone qui craint l'eau j'aurais cherché une autre solution mais du coup je n'imagine pas trop quel est le bénéfice exact de l'étanchéité.

Et je ne me souviens d'aucune immersion qui n'aurait pu être évitée si j'avais voulu l'en protéger.

En revanche, je me souviens de plusieurs utilisations en extérieur sous la pluie. À l'époque où je l'ai acheté, les écrans tactiles devenaient inutilisable à la moindre goutte d'eau (ce qui m'avait motivée à acheter un GPS). Je ne sais pas si c'est encore le cas aujourd'hui, mais les plaquettes des téléphones « durcis » continue de vanter l'utilisabilité avec les doigts mouillés ou avec des gants.

Donc quelque part j'ai l'impression d'avoir rentabilisé sa résistance, mais d'un autre côté je me demande si un remplacement plus fréquent à cause des mauvaises chutes n'aboutirait pas à un meilleur confort par la mise à jour matérielle et logicielle faite au passage. Du coup à budget égal un turnover plus rapide n'est peut-être pas négatif, même si ça va à l'encontre de plusieurs de mes tendances.

Cela dit, il ne faut pas négliger le bénéfice de sérénité procuré par cette résistance. La motivation première était de pouvoir compter sur cet appareil dans les situations d'urgence quand tout part en vrille, et fort heureusement ces situations sont rares, mais c'est tous les jours que je bénéficie de l'impression de pouvoir compter sur cet appareil.

La Convergence

Si un téléphone en ma possession doit être robuste, je ne suis pas encore complètement convaincue par la pertinence d'un ordiphone Android dans ma vie.

J'ai l'impression que c'est un thème récurrent dans ce weblog, quand ce Kyocera Torque allait mal j'envisageais déjà de ne pas le remplacer, pareil quand ma montre allait mal, et j'en ai remis une couche en parlant de dépendance numérique. Et ça c'est ceux dont je me souviens à froid sans regarder les archives.

Je déteste activement les écrans tactiles, les interfaces façon Minority Report, et les systèmes d'exploitation qui prennent leurs utilisateurs pour des cons. Je suis effarée par l'économie de la surveillance, et plus encore par la société qui semble se construire autour.

Et pourtant, malgré tout ça, l'ordiphone Android a pris une place croissante dans ma vie.

Fin 2015, j'utilisais les conversations vocales, les SMS, et le GPS piéton (par OsmAnd), et le navigateur web était disponible en cas de besoin urgent.

Alors qu'aujourd'hui…

Je ne suis pas convaincue que ce soit vraiment un progrès, mais il y a d'autres aspects par lesquels 2020 n'est pas vraiment meilleure que les années qui précèdent, il faut juste faire le mieux qu'on peut avec les circonstances dans lesquelles on se trouve.

La Chute

Comme sous-entendu dans la partie précédente, ce n'est pas une chute au sens littéral qui met fin à la carrière de ce téléphone.

Vieillissement physique

Cela dit, pour être tout à fait honnête, cet ordiphone n'est pas complètement indemne physiquement. Je ne sais pas quelle part de responsabilité ont les chocs que je lui ai fait inutilement subir, par rapport aux chocs plus graves qui (je pense) auraient tué une unité moins solide.

Capture d'écran

En tout état de cause, plusieurs capteurs ont cessé de fonctionner au fil des années. Le capteur de proximité a été le premier à mourir, assez rapidement, et depuis à chaque déverrouillage le système croit que je tiens l'appareil contre mon oreille, comme on peut le voir sur la photo ci-contre, et il faut à nouveau appuyer sur le bouton de veille pour accéder au système.

Ensuite l'accéléromètre et le capteur de luminosité ambiante sont morts, je ne me souviens plus exactement dans quel ordre, mais il a suffi de fixer la luminosité de l'écran à une valeur raisonnable, et renoncer au mode paysage (que j'utilise super rarement de toute façon) pour vivre sans ces capteurs.

Je ne sais pas si le capteur d'orientation est différent de l'accéléromètre, mais si oui il a dû s'arrêter à la même période.

Enfin, au cours de la rédaction de ces lignes j'ai découvert que le capteur magnétométrique a aussi cessé de fonctionner, et je n'ai absolument aucune idée de quand. J'avais essayé la boussole lors de ma découverte de l'appareil, et ça marchait bien, et je n'en ai jamais eu besoin ensuite.

Finalement, il n'y a que le capteur de pression atmosphérique qui semble avoir bien tenu le coup.

Autrement, le boîtier a vieilli et montre clairement des signes d'usure, avec le revêtement mat qui pèle, mais je trouve que ça a plutôt du charme.

Et évidemment, il y a le vieillissement de la batterie. Je ne peux pas trop juger de sa progressivité, vu qu'en parallèle je n'ai pas arrêté d'en demander plus à ce téléphone. Aujourd'hui, après cinq ans, j'ai encore deux jours d'autonomie, ce qui me semble tout à fait honorable.

Cependant je pense que l'estimation du niveau de la batterie n'est plus bon. Depuis un ou deux ans l'ordiphone redémarre spontanément, et ça arrive de plus en plus en souvent ; et ces jours-ci après redémarrage il montre trente à cinquante points de pourcentage de moins dans la capacité batterie. Du coup je soupçonne les redémarrages d'être dûs à des pics de courant que la batterie n'est plus capable d'assurer.

Autant la disparition des capteurs m'est légèrement pénible, autant ces redémarrages et le manque de confiance dans la capacité affichée ont commencé à peser dans ma décision de mettre cet appareil à la retraite.

Vieillissement logiciel

J'ai acheté cet ordiphone en mai 2015 avec Android 4.4.2. Il y a eu une mise à jour en août 2015, sans changer de version d'Android, et rien depuis.

Je suis très très réticente à l'idée de mettre des informations sensibles sur un système aussi peu maintenu, et ce n'est que sous la contrainte que je mets des facteurs d'authentification dessus (et c'est encore plus crétin pour cette banque dont le deuxième facteur n'est accessible qu'après avoir entré le premier facteur dans l'appli' en question, rendez-moi mes banques suisses).

Et à ce stade-là, je suis même réticente à mettre la moindre information personnelle dessus, même de criticité moindre. Malgré tout, j'ai serré les dents et ravalé mon vomi et j'ai fait avec.

Et ces temps-ci, de plus en plus d'applications ne sont disponibles que pour Android 5 et plus, ce qui laisse mon pauvre ordiphone sur le bord du chemin.

J'avais déjà évoqué ce problème avec le client Owntracks pour partager ma localisation, mais j'avais pu repêcher une vieille version encore compatible. Ce n'est évidemment pas possible avec les applications propriétaires (StopCovid, par exemple).

La Fin

Si irritants que soient les vieillissements évoqués, ils ne font que chauffer la casserole avec la grenouille proverbiale, et ce ne sont pas eux qui m'ont fait sauter.

Une fragilité de ce téléphone se trouve au niveau de la trappe micro-USB, qui en assure l'étanchéité. Je l'avais déjà relevée avant l'achat, et c'est pourquoi l'immense majorité des rechargements de cette unité ont été faits par induction.

Fin 2019, la charnière a quand même fini par céder, mais j'ai pu remettre la trappe en place et continuer ma vie normalement.

Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé, mais à un moment pendant le Grand Confinement, quelque chose a changé dans le mode de défaut de cette charnière, et la trappe ne tient plus exactement à sa place. Déjà luxée comme ça, j'avais un doute sur l'étanchéité de l'appareil.

Et puis en sortant du Grand Confinement, j'ai pu constater que cette trappe dépasse suffisamment pour être bousculée dans mon sac à main, et se détacher spontanément.

Photo de la trappe micro-USB

La cassure qu'on peut voir sur la photo ci-contre photo a eu lieu alors que la trappe était détachée du téléphone.

Du coup je n'ai plus tellement de doute sur la résistance à l'eau de cette unité. Si elle n'est pas encore complètement compromise, l'usure à force de bouger la trappe en aura bientôt raison.

S'il n'y avait que ça, j'aurais certainement cherché des moyens de contourner ce problème, probablement en collant la trappe à sa place, voire en remplissant tout le connecteur USB pour en assurer l'étanchéité, et compter sur les transferts de données et le chargement sans fil.

Mais en l'état, je vais plutôt le remercier pour ses services rendus.

La succession

Ce n'est pas tout de déclarer un appareil comme étant à la retraite, ce ne sont que des mots alors que j'écris ces lignes, car il lui faut un successeur.

Ce qui est compliqué par le fait qu'à chaque fois que je regarde l'offre d'ordiphone ça me fait déprimer de voir à quel point elle s'éloigne de mes préoccupations et de mes valeurs. J'entends encore la réplique de Whistler « Plus tu vivras dans ce monde, plus tu te rendras compte à quel point tu lui es étranger. »

Il y a bien des initiatives qui ont l'air prometteuses, comme KaiOS, Librem 5, PinePhone, etc, mais j'attends de voir si ça ne va pas se finir comme OpenMoko. Et de toute façon, tant qu'il faut un Android à côté, ces idées ne répondent pas au besoin. Je vais continuer de les suivre avec attention, mais ce n'est pas la succession aujourd'hui.

L'expérience de l'ordiphone « durci » me semble concluante, j'aime bien les objets qui durent et sur qui je peux compter, surtout quand ils partent affectivement d'aussi loin qu'un Android ; et la sérénité de cette confiance me semble valoir sont prix et la gestion de l'obsolescence. Je reste ouverte aux autres possibilités, elles partent avec un désavantage qui est tout à fait rattrapable.

Visiblement Kyocera n'a pas été satisfait de sa tentative d'entrée sur le marché européen, donc il reste globalement Caterpillar et Crosscall, comme à l'époque, et des marques chinoises dont BlackView me semblait être la plus prometteuse.

En particulier, je regardais du côté du Cat S52 et des dernières sorties de la série BV de BlackView, sans me fixer sur un modèle particulier de cette série.

Ce qui me gêne dans cette offre, comme pour tout le reste de l'offre Android, et sans compter l'inévitable l'économie de la surveillance, c'est que ces ordiphones sont tous énormes. Je m'en plaignais déjà en 2015 en trouvant que mon Kyocera avait l'avantage de rester en dessous de 5".

Il y a bien Unihertz, et j'ai sérieusement envisagé l'Atom malgré son âge ou l'Atom L malgré sa taille déjà trop grande à mon goût, voire le Jelly 2 mais entre sa distance dans le futur et son absence de protection ça commence à faire beaucoup.

Un autre piège dans lequel j'aimerais bien ne pas retomber, c'est le vieillissement logiciel. Toutes ces marques sont connues pour la solidité de leur matériel et la gestion au second plan du logiciel. Je n'ai pas été déçue par Kyocera, parce que c'est exactement ce à quoi je m'attendais, mais j'aimerais beaucoup que ces marques entretiennent le logiciel pour le rendre aussi durable que leur matériel. Et pour les aider pour ça, il y a les projets Treble et Apex, j'ai peur d'être un peu trop naïve mais du coup je suis prête à poser un peu plus d'argent sur la table pour partir avec une version plus récente qui a plus de chance d'être entretenue.

À force de chercher tout ça, j'ai fini par tomber sur les Samsung Galaxy Xcover 4s et Xcover Pro, qui prétendent jouer dans la même gamme de résistance que les marques célèbres pour ça, mais avec la force de frappe logicielle de Samsung, qui est paraît-il une des meilleures marques en termes de mises à jour Android.

Du coup ces jours-ci je suis en train de tendre vers le drap de lit qu'est le Xcover Pro, qui est à peu près un Galaxy A51 avec le blindage, l'étanchéité, et un peu de réparabilité.

À moins que vous n'ayez une meilleure idée ? Ou des conseils pour mieux choisir un successeur ou mieux vivre la transition ?

Publié le 27 juin 2020

Tags : Jouets

Postprocessing

Comme dit dans un billet passé, j'ai acheté un scanner avec un chargement automatique de document (ADF) après avoir lu un commentaire qui en vante la praticité sous un billet de David Madore sur la gestion paperasse.

J'avais déjà un scanner à plat depuis presque dix ans, mais son utilisation était manifestement trop pénible pour empêcher la croissance de mes piles de papiers à scanner.

J'ai dû faire violence à mon impression de ne pas avoir besoin d'un scanner de plus, et qu'un petit effort suffirait à se satisfaire du scanner à plat, parce que j'ai suffisamment de papiers à scanner pour que le gain de temps soit justifié même si je ne recevais plus jamais de papier de ma vie.

Une fois l'ADF en ma possession, le premier problème a été de faire en sorte que mon ordinateur de bureau Tsuiraku communique avec lui, qui est ce que j'avais expliqué dans le billet intitulé Bricolage.

Une fois la première image scannée, je croyais être au bout de mes peines, il ne restait plus qu'à écrire le script qui assemble les images scannées dans un PDF et le tour aurait dû être joué. Et puis j'ai découvert l'image produite…

Voyez plutôt :

Image brute scannée avec plusieurs défauts

C'est une mire que j'avais imprimée pour diagnostiquer des soucis avec mon imprimante laser couleur (qui se trouve être combinée à mon scanner à plat), et elle contient des damiers de différentes couleurs et de différentes tailles.

Échelle d'intensités

La première chose qui m'a interpelée, c'est le bruit général de l'image, mais j'y reviendrai plus tard.

La deuxième chose, c'est à quel point le fond est sale, ou en tout cas pas blanc comme la feuille.

En dessous de la mire, il y a une zone bleue, que j'ai fait exprès d'inclure dans le cadre ci-dessus, parce que c'était justement une partie du problème d'imprimante. Donc cette zone bleue est bien là sur l'original, mais beaucoup beaucoup plus pâle.

Du coup j'ai regardé de plus près le reste du papier à peu près blanc, tout est correctement détecté par le scanner, mais étonnamment amplifié par rapport à ma perception du papier scanné.

Alors j'ai essayé de scanner la même mire dans mon scanner à plat, et l'image qui en sort est similaire à ma perception du papier, et en poussant sur les niveaux je suis arrivée à retrouver quelque chose qui ressemble beaucoup à mon image fautive.

J'ai donc essayé de fabriquer la transformation inverse, et après de nombreux échecs en cherchant une relation linéaire, j'ai eu l'idée de chercher une loi de puissance. Et la puissance était en gros de 2.1.

Cette transformation a fait resurgir de ma jeunesse la non-linéarité des écrans cathodiques, et du coup je me suis dit qu'en fait ce n'est peut-être pas un défaut de calibration du scanner, mais simplement des données RGB linéaire interprétées à tort comme sRGB.

J'ai donc ajouté une ligne d'ImageMagick dans mon script pour corriger ça, et le résultat est bien plus proche de ma perception.

Image un peu corrigée

Zone de scan

Une fois les couleurs corrigées, j'ai commencé à vouloir utiliser mon script pour de vrai, et un deuxième problème s'est révélé : le scanner ne respecte pas la zone de scan demandée.

Ça ne se voit pas tellement sur mes extraits ci-dessus, justement parce que ce sont des extraits pour afficher sur mon site.

Je n'ai pas tellement cherché à comprendre ce qu'il fait exactement, mais SANE prétend qu'on peut envoyer des fractions de millimètres pour demander une certaine zone à scanner, alors que l'image renvoyée par le scanner a une taille quantifiée par quelque chose de l'ordre du pouce.

Comme j'avais déjà ImageMagick dans mon script, je n'étais plus à ça près, j'ai ajouté un recadrage automatique à la quantité de pixels correspondant à une feuille A4 à 300 dpi.

J'ai choisi une résolution fixe parce qu'avec mon scanner à plat j'ai très rarement eu besoin d'une autre résolution. Et les rares fois où c'était le cas, c'était pour contourner des sites qui trouvaient que j'envoie des fichiers trop gros.

Alignement des couleurs

J'ai fait plusieurs scans sérieux avant de trouver inacceptable l'espèce d'aura colorée autour des transitions entre noir et blanc.

On peut la voir sur la mire, mais ce n'est peut-être pas flagrant parce que c'est une image censée être colorée, et les contours sont moins intéressantes que les objets. C'est beaucoup plus flagrant dans une zone de texte noir sur fond blanc :

Mot « contrat » avec un halo coloré

Je ne sais pas à quel point ça se voit sur votre écran, alors voici un gros plan :

Zoom sur « ntr » avec un halo coloré

À chaque fois, c'est toujours le même halo : blanc, jaune, vert, noir ; et de l'autre côté noir, bleu, magenta, blanc.

Et l'un est symétrique de l'autre : le jaune est complémentaire du bleu, et le vert du magenta. Un peu comme si le plan bleu était décalé d'un pixel vers la gauche, et le plan vert d'un pixel vers la droite, par rapport au plan rouge au milieu.

L'avantage d'un déplacement de plans d'un pixel, c'est que c'est une transformation facile à faire de façon exacte. Le résultat n'est pas parfait, mais il se défend bien :

Zoom sur « ntr » après correction

Il reste une légère composante verte sur la droite, mais ça reste plus subtil que le problème d'alignement vertical, lui-même inférieur au pixel entier. Du coup j'ai choisi de m'en contenter.

L'automatisation de cette transformation n'a pas été évidente du tout, mais j'ai fini par réussir à construire une transformation ImageMagick qui le fait. Au passage, le fait que le scanner envoie une zone trop grande se trouve être ici un avantage, parce que je peux recadrer après l'alignement des plans.

Je casse la chronologie ici parce que c'est bien plus tard que je me suis rendue compte que le problème décrit ne se pose que pour les rectos, et pour les versos il faut la faire dans l'autre sens. Ça ajoute un tout petit peu de complexité dans le script, mais je me demande surtout comment un tel problème peut survenir.

Un autre point qu'il faudra élucider à l'avenir est que ce problème d'alignement des plans colorés dépend de la résolution. Par exemple, à 301 dpi il n'y a aucun problème. J'ai été tentée d'utiliser cette solution, mais vu le temps de scan, le capteur prend 600 dpi et le firmware réduit la résolution avant d'envoyer l'image par USB.

Ça posera un problème intéressant lorsque je voudrai autoriser d'autres résolutions…

Redressement des pages

Je croyais naïvement que les rails de l'ADF suffiraient à toujours scanner droit, et ce n'est manifestement pas le cas, ou alors il y a quelque chose que je fais mal.

Je me demande si ajouter une plaque de quelque chose sur le chargeur, pour empêcher le papier de passer au-dessus des rails, peut aider. Ou au moins limiter le changement d'angle à chaque pli dans le papier.

Bref, ma ligne de commande ImageMagick est déjà monstrueuse et au-delà ce que permet GraphicsMagick, je ne suis plus à un -deskew 40% près.

Détection des pages vides

L'inconvénient d'un scanner recto-verso, c'est que les documents n'ont pas tous de verso.

Quand aucun n'a de verso, je ne vais pas perdre du temps à scanner en recto-verso, c'est déjà bien assez lent comme ça.

Mais dans une série de pages recto-verso, il n'est pas rare que la dernière page n'ait qu'un recto, si le total a un nombre impair de pages.

Du coup j'ai ajouté un simple seuillage pour détecter et supprimer les pages vides.

Au début j'ai fait le test sur l'image finale, après réalignement des plans colorés et redressement et tout. Comme Tsuiraku est un peu poussif, je préfèrerais éviter tout ça sur les pages vides. Une conséquence est que le seuil doit être ajusté, parce qu'il sera fatalement différent en RGB linéaire qu'en sRGB.

Le script et le futur

Comme j'ai toujours une confiance limitée dans ce genre d'automatismes, il me faut une validation manuelle avant de supprimer tous les fichiers intermédiaires.

Pour le reste, c'est ma façon habituelle de scripter du POSIX. Au cas où ça intéresse quelqu'un, voici la version courante dudit script.

Il faudrait que je mette ça dans un système de gestion de conf', mais j'ai un peu la flemme.

D'ailleurs dans la todo-list, ce serait sympa' de faire une détection automagique du périphérique, au lieu de coder son adresse en dur dans le script.

J'ai fait quelques expérimentations avec tesseract, mais je n'ai pas encore de façon satisfaisante de l'intégrer.

Et puis surtout, il faut que je fasse quelque chose de tous les PDF ainsi générés, avec de la réplication automatique et du chiffrement et tout le bazar.

Publié le 30 mai 2020

Tags : Geek

Mon confinement

Il y a dix ans, je n'aurais pas hésité une seconde à détailler mon quotidien dans cette période particulière. Aujourd'hui, mon lectorat n'est plus le même, aussi bien quantitativement que qualitativement, et j'étais partie dans l'autocensure en pensant que ça n'intéressait plus personne qui passe par ces pages.

J'ai décidé de lutter contre cette autocensure, et je vais faire tout mon possible pour décrire façon 2010, je compte sur vous pour me dire si je dois continuer ou m'abstenir à l'avenir.

Leçons apprises

Bon, pas complètement façon 2010, je vais commencer par la conclusion, histoire de placer le message potentiellement intéressant avant les détails autobiographiques chiants qui vont faire fuir tout le monde.

L'écran n'est pas la viande

Les relations numériques que j'entretenais déjà avant le confinement n'ont pas du tout souffert, qu'elles soient professionnelles ou amicales.

J'ai essayé de participer à plusieurs initiatives pour continuer par écran interposé les relations habituellement face-à-face, et malgré tous mes efforts ça ne marche pas du tout.

Les informations passent, il n'y a pas de problème à ce niveau, mais il manque presque toute la composante émotionnelle qui fait tenir ces relations.

Il y a aussi une différence de dynamique de groupe. Je ne suis pas très douée en interactions sociales (et dit comme ça c'est plutôt gentil), mais j'arrive à peu près parfois à gérer ma prise de parole dans un petit groupe de gens que je connais, et j'arrive très bien à intervenir dans les canaux de messagerie instantanée façon IRC, mais je ne suis pas du tout au point avec les audioconf' et les visioconf'.

Je ne sais pas si c'est une autre facette du point précédent ou si c'est un élément supplémentaire, mais mes relations numériques sont plutôt structurées autour d'une coopération : un projet à faire avancer, des objectifs dans un jeu vidéo, un thème commun d'un canal IRC, etc. Le smalltalk est de nature différente, et beaucoup plus difficile à gérer numériquement.

Je le vis bien

Je vais le répéter plusieurs sur la plupart des aspects, ça se passe bien pour moi. Je ne rencontre pas de difficulté particulière, je suis plutôt heureuse, et ma vie de confinée me convient presque autant que ma vie d'avant. Et je ne serais pas surprise qu'elle me convienne beaucoup plus que la vie d'après…

Si ce soir on nous annonçait la prolongation jusqu'à la fin du mois d'août du confinement tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, je ne serais pas du tout dérangée.

Et j'ai choisi la fin du mois d'août un peu au hasard, je n'ai absolument aucune idée de mon endurance à cette situation. Je ne serais pas surprise de pouvoir la tenir indéfiniment, comme je ne serais pas tellement surprise d'être sévèrement lassée à la fin du mois de mai.

Je le vis tellement bien que je trouve que c'est plus facile d'aller gratter au fond du tiroir pour trouver les tout petits points négatifs qui me gênent le plus :

Au boulot

Déjà, malgré toutes les râleries que j'ai pu publier sur mon boulot, je dois reconnaître le privilège d'avoir un boulot qui me permet facilement télétravailler. J'ai ainsi à la fois la sécurité sanitaire de pouvoir rester chez moi et la sécurité financière de pouvoir continuer à travailler.

Le basculement

Je suis assez loin des centres décisionnels de mon employeur, donc je ne sais pas du tout ce qu'il s'est passé en coulisse.

Vu du bas de l'échelle, jusque pendant la deuxième semaine du mois de mars, tout avait l'air de continuer normalement et inconsciemment, comme d'habitude. Y compris les grands déplacements prévus pour la fin du mois de mars, et ça commençait à faire vraiment tard pour les organiser, je ne sais pas s'il n'y a que de la négligence organisationnelle dans ces dates.

Le vendredi 13 mars, au lendemain de grandes annonces du chef d'état, nous avons appris que la direction se penchait sérieusement sur la mise en application de tout ça.

Il est parait-il typiquement français d'avoir de jolies annonces de chefs supposant que l'intendance suivra, mais par chez nous on fait attention aux détails pratiques avant d'agir.

Tout le SI a été mobilisé le lundi 16 mars, et à partir du mardi 17 mars l'intégralité de l'entreprise fonctionnait en télétravail. Il y a quelque chose qui fait très chaud au cœur dans le fait d'avoir contribué, avec mes modestes compétences en administration système, à cet effort du SI. Serait-ce de la fierté ?

Ce basculement a été largement facilité par les efforts de longue durée pour généraliser le télétravail. Comme beaucoup d'entreprises françaises, il y avait pendant très longtemps de grosses réticences au télétravail, mais début 2019 une série de mesures ont été lancées pour améliorer le bien être des employés, dont le télétravail sans condition pour un jour par semaine, extensible à deux jours après une espèce de période d'essai à un jour par semaine.

D'autre part, les mouvements sociaux de décembre 2019 ont sérieusement bloqué la région parisienne, et ont probablement fourni l'occasion de faire une répétition générale de l'ouverture en urgence du télétravail à un ensemble d'employés, même si le site parisien est minoritaire dans l'entreprise.

Le nouveau quotidien

Ces jours-ci je travaille sur un projet avec un collègue sur un autre site, donc mon quotidien professionnel est depuis plusieurs mois du travail solitaire avec quelques audioconférences par semaine. La seule différence entre faire ça depuis chez moi et depuis les locaux de mon employeur, c'est que chez moi je n'ai qu'un seul écran, qui est de moins bonne qualité que chacun des deux écrans de mon poste professionnel. Avec un nouvel agencement des fenêtres, je suis pratiquement aussi productive.

Le revers de la médaille, c'est que je n'avais que des relations indirectes avec tous les collègues que je hantais lors des pauses, et ces relations ont complètement disparu.

Il y a bien une initiative de « point quotidien », une audioconf' dans laquelle chacun explique en deux phrases ce qu'il a fait et de ce qu'il va faire, mais du coup ça n'a pas le contenu informel des pauses café ou déjeuner, et ça a la froideur de l'audioconf' que j'ai déjà évoquée.

Cela dit, j'ai l'habitude des parenthèses dans les relations informelles avec les collègues, car je ne les maintiens pas pendant les congés ou les missions chez les clients.

Une chose qui me manque un peu est le rôle d'experte ou de référente technique que j'avais progressivement acquis dans l'open-space, où des collègues venaient me chercher pour une aide technique ponctuelle sur une activité qu'ils font. Je ne vis pas mal les interruptions (contrairement à d'autres gens dont j'ai pu lire le témoignage) et je trouve très satisfaisant de pouvoir apporter de l'aide comme ça.

Autrement, je suis assez fière d'avoir réussi à maintenir un semblant de normalité, comme travailler aux mêmes horaires que lorsque j'allais au bureau, et ne travailler qu'habillée. Mais je me suis peut-être laissée un peu aller sur l'apparence physique…

Les perspectives

Même si tout a l'air rose comme ça, quand je ne pense pas aux problèmes à résoudre dans l'immédiat, j'éprouve une certaine inquiétude pour le futur.

Mon employeur fournit ses services surtout dans la recherche et le développement de gros groupes industriels. Nous subissons donc les crises avec une certaine inertie.

Certains projets sont réalisés en coordination très étroite avec le client, et nos clients n'ont majoritairement pas nos possibilités de redéploiement en télétravail, et certains collègues se sont retrouvés sans rien à faire. Ce n'est pas mon cas, mais j'ai vu la foudre tomber pas loin de moi.

À l'inverse, les projets sur lesquels j'interviens en ce moment ont été délimités et budgetisés bien avant la première contamination humaine, mais tous les projets qui auraient dû être lancés ces jours-ci sont reportés ou annulés.

Donc les années qui viennent promettent d'être difficiles, tant à l'échelle de l'entreprise, sur les résultats financiers, qu'à l'échelle individuelle, sur la quantité de chiantise qu'il faudra tolérer dans les missions.

Le reste du temps

Les relations humaines

Le principal effet du confinement sur moi, c'est de ne plus voir personne, en dehors de mon homme avec je vis du coup presque en permanence.

J'en ai déjà parlé plus haut, les relations construites sur des fondements physiques passent pour moi très mal au numérique. Les skypéros et autres visioconf' de groupe ne marchent pas du tout pour moi.

À l'inverse, mes relations numériques sortent renforcées du temps supplémentaire que je peux y consacrer, et c'est World of Warcraft qui a récupéré la plus grande partie de ce temps réarbitré.

Du coup, en gagnant d'un côté et en perdant de l'autre, le résultat net n'est que très légèrement négatif.

Quant à la relation avec l'homme dont je partage l'habitat, je suis ravie que ça continue à bien se passer. De ce que je peux lire, ce n'est pas donné à tous les couples…

Confinement et évasion

Dans l'ensemble, je vis très bien ce confinement. Je ne sais pas trop expliquer pourquoi, juste que ces contraintes ne me dérangent pas, et je ne me suis pas (encore ?) lassée.

Depuis le soir du lundi 16 mars, je n'ai passé qu'une demi-heure en dehors de l'appartement, et c'était pour aller dans le garage vérifier quelques bricoles sur ma moto, sans sortir du bâtiment.

En revanche, mon homme semble le vivre de moins en moins bien, ce qui explique que je lui laisse toutes les occasions de sortir, comme descendre les poubelles ou faire les courses.

Ça a l'avantage supplémentaire de me protéger de l'attestation de sortie, donc on gagne tous les deux à cette répartition inégalitaire des tâches.

À l'inverse, pendant les premières semaines il y avait une espèce de confinement mental que j'ai eu de plus en plus de mal à vivre. Et puis j'ai fini par me souvenir de mon besoin de fiction, car l'absence de transports en commun a supprimé ma seule occasion de lecture. Du coup je me suis donné un créneau quotidien de lecture (ou d'écriture de weblog), et ça va beaucoup mieux.

Je trouve un peu triste de n'avoir toujours pas retenu la leçon ce billet qui a un an et demi, il est encore complètement d'actualité, à l'exception de la situation présente qui démontre clairement qu'il y a bien un besoin de fiction et pas seulement de calme pour introvertie.

L'inconfort de l'incertitude

Si je trouve que dans l'ensemble je vis très bien le confinement, ses extrémités ont été beaucoup plus pénibles pour moi.

Je me souviens de début mars, j'avais encore pas mal de choses prévues à diverses échéances, et voir tous les plans se faire « coronannuler » l'un après l'autre était source d'émotions passablement négatives.

J'aurais beaucoup mieux vécu un arrêt brutal de tout, et de façon plus générale j'ai beaucoup mieux vécu les annulations que les incertitudes sur la possibilité ou non que telle ou telle chose ait lieu. Il y a un certain confort à avoir en tête un avenir vraisemblable, et symétriquement un gros inconfort dans l'incertitude.

Du coup, lorsque le confinement général a commencé, il ne restait plus rien dans ma vie à annuler, et j'ai retrouvé une certaine sérénité. Je me souviens que j'ai été soulagée de l'espèce d'oppression mentale assez brutalement, en deux fois, après l'annonce du télétravail généralisé et ensuite après l'annonce de l'annulation du dernier évènement personnel dans mon agenda.

Récemment, cette sérénité commence à s'effriter. Je ne comprends pas vraiment comment tout le monde s'est débrouillé pour comprendre une fin de confinement le 11 mai, alors que je n'ai entendu parler que de prolongation du confinement jusqu'à cette date avec une suite à déterminer.

J'éprouve une certaine résistance envers la quantité croissante de plans d'« après 11 mai » qui commencent à sortir autour de moi. J'ai l'intuition que trop de gens vont vouloir vivre le 11 mai comme une libération, que le mois de juin verra une deuxième vague terrible, et que la collision entre le mouvement de déconfinement et le mouvement de reconfinement va semer un chaos qu'on n'imagine pas encore d'ici.

Non, ce n'est pas contradictoire avec mes prédictions récentes, parce que je prédisais un retour au statu quo seulement après la crise, sans préjuger de la quantité de chaos avant qu'elle soit terminée. D'autre part, mon pessimisme du paragraphe précédent est également un scénario possible parmi un certain nombre d'autres scénarios (moins pénibles) que je garde en tête instinct parce qu'ils me semblent aussi tout à fait valables.

D'ailleurs, je suis très reconnaissante envers mon employeur, qui ne s'empresse pas de planifier quelque chose pour le 11 mai, et attend de voir ce que l'avenir nous réserve avant de sortir du télétravail intégral.

Conclusion

Je me souviens des cours d'écriture où j'ai appris que les articles de journaux sont construits comme une chaîne logique prise à l'envers. Dans mes billets habituels, je pose des bases, je construis dessus, et je couronne cet édifice intellectuel par ma conclusion. On m'a appris que les articles de journaux sont faits dans l'autre sens pour donner les informations les plus importantes au début, et permettre à chaque lecteur de continuer avec autant de chainons qu'il lui manque jusqu'à raccrocher les wagons.

Dans l'espoir de faciliter la vie d'un éventuel lectorat qui se perd en route dans mes murs de texte trop longs, j'ai fait l'exercice que j'avais appris à l'époque, et j'ai inversé ma construction pour commencer par la conclusion et ensuite ajouter les fondations en dessous.

Sauf que du coup, je ne sais pas quoi mettre à la fin. J'ai déjà tout conclu au début, il ne me manquerait guère qu'un envoi et une signature.

Que pensez-vous de cette construction ? Est-ce que ça vaut la peine de tordre ma logique naturelle ? Ce billet vous serait-il plus agréable avec les leçons apprises à la place de la présente partie ? Ou moins ? Et comment rattraper les lecteurs que j'ai perdus en route pour les soumettre aux mêmes questions ?

Publié le 24 avril 2020

Tags : Autoexploration Boulot Évènement Humeur

Après la crise

Ces derniers temps j'entends un peu partout des prédications selon lesquelles la crise sanitaire que nous traversons va changer profondément la société dans laquelle nous vivons, mais chacun prédit des changements dans des directions très différentes.

Certains pensent qu'on va fatalement revaloriser tous les métiers qu'on « découvre » comme étant indispensables.

Certains pensent que les gens vont se rendre compte de la vanité de tout ce dont ils se passent très bien ces temps-ci, et continueront avec un mode de vie plus frugal.

Certains semblent penser que la gestion douteuse de cette crise va politiser une bonne partie de la population.

À l'inverse, certains craignent une évolution catastrophique et durable, comme par exemple un effondrement économique.

Toutes ces réflexions m'inspirent à peu près le même sentiment, et la difficulté que j'ai pour le mettre en mots me laisse penser que ces mots sont intéressants à partager.

Comparaison…

Imaginez une situation que vous avez vécue très souvent, avec un résultat prévisible, et que vous avez vécue assez souvent pour se sentir en terrain connu dans des résultats minoritaires.

Vous trouverez peut-être un meilleur exemple dans votre vécu, mais je propose la situation simple d'une intersection routière dégagée, gérée par des feux tricolores, vous avez vu votre feu passer au vert pendant votre approche, et vous voyez arriver une voiture par la droite.

À force de vivre ce genre de situations, on sait que le feu pour cette autre voiture est rouge, et on sent l'imminence d'un futur dans lequel on maintient sa vitesse pendant que la voiture qui approche s'arrête à son feu rouge et vous laisse passer.

Et en même temps, vous connaissez cette intersection, vous savez que les feux sont là pour gérer les heures de pointes, et qu'à cette heure il n'y a personne sur cette route ; vous avez déjà vu des gens griller ce feu, peut-être l'avez-vous même grillé vous-même.

Donc si cette voiture qui arrive ne s'arrêtait pas, ce serait inhabituel, mais ça ne vous surprendrait pas. Vous êtes prêt à réagir à cette situation, peut-être en étant mentalement prêt à piler, peut-être vous adaptez votre vitesse pour éviter une collision si tout le monde continuait dans sa lancée.

… n'est pas raison

L'exemple de l'intersection est volontairement simpliste, car je voulais un exemple assez parlant dans lequel aussi bien le cas habituel que les principaux cas minoritaires sont gérés à l'instinct, sans écrire tout un roman pour le faire comprendre.

Les prédictions de l'après-crise sont d'une complexité qui n'a rien à voir avec l'approche d'une intersection routière, mais les deux ont pour moi le même goût.

J'ai l'intuition que la société, comme les gens, ne change pas brutalement comme ça, du jour au lendemain, ni du mois au mois suivant. Un peu comme ce que j'ai esquissé dans Becoming pour les individus. Les « grands moments » ne sont que des révélateurs ce qu'il y avait déjà avant, comme les tremblements de terre ne sont que des révélateurs de tensions tectoniques qui s'accumulent lentement.

Et je ne crois pas du tout que les tensions tectoniques dans notre société aillent dans le sens d'une reconnaissance de qui que ce soit ou de quelque frugalité que ce soit. J'ai l'impression que ceux qui prévoient une telle évolution parlent plus d'eux-mêmes que de l'ensemble de la société.

J'ai un peu de mal à trouver des exemples qui ne demandent pas un roman entier pour être décrits, mais je me sens dans le terrain familier du groupe d'humains qui saisit la première occasion pour revenir au statu quo, pour se laisser porter par l'inertie.

J'ai vu des gens avec de bonnes idées qui tombent à plat parce qu'il n'y a pas d'étincelle politique pour vaincre l'inertie du groupe. J'ai vu des gens avec de fines analyses de risque être transformés en Cassandre par une bureaucratie adepte de la méthode du parapluie.

Il y a bien des gens qui sont capables de lancer des foules, comme Hitler ou Trump dans leurs rallyes, qui seraient capable de faire une sorte d'effet levier pour faire avancer leurs idées. Si une idée révolutionnaire devait sortir après cette crise sanitaire, je la verrais plutôt de ce type, et je ne trouve pas que ce soit désirable.

J'y crois cependant assez peu, parce qu'il me semble que cet effet levier a déjà usé jusqu'à la corde par les réseaux sociaux et leur recherche d'engagement à tout prix. Alors qu'Hitler n'avait que très peu de concurrence, on a Trump, Sanders, Mélanchon, Raoult, etc qui tirent chacun la couverture à eux et font du clash au lieu de faire un moment net à l'échelle de la population.

Si toutes ces considérations douchent mes espoirs de révolution positive à l'occasion des évènements présents, ils n'excluent pas un emballement négatif du système économique ou social.

Je trouve que le risque de retournement catastrophique plus possible que la révolution, mais je n'y crois pas trop non plus, parce que la situation ne me semble pas encore assez grave pour échapper au pouvoir des élites. Je suis convaincue que les élites politiques comme économiques feront tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter un effondrement ou même un gros dysfonctionnement de l'économie ou de la société qui la supporte.

J'ai aussi l'impression que les prévisions catastrophistes surestiment l'impact des choses, ou dit autrement qu'une population accepte comme anecdotiques des choses qu'on jugerait individuellement comme d'authentiques catastrophes. Je suis en cela peut-être biaisée par mon expérience de choix de politique du pire dans l'espoir de faire bouger des choses, espoir qui a été presque à choix fois brisé par la capacité de certains groupes à accepter si facilement des choses qui me semblent inacceptables.

Conclusion

Même si je suis étonnée par la quantité de discours que lis sur « plus rien ne sera comme avant », parce qu'il y en a d'habitude beaucoup moins, et que je reconnais le caractère possible de la plupart de ces scénarios, j'ai l'intuition que finalement assez peu de choses vont changer.

Le scénario qui me semble le plus probable, comme la voiture qui s'arrête au feu rouge, c'est que la crise sanitaire va se terminer plus ou moins vite et les gens retrouveront leurs habitudes ; la crise économique va continuer plus ou moins longtemps après avec les effets habituels des variations économiques ; et la crise politique va continuer la même progression lente que ces dernières décennies, mais je ne saurais dire jusqu'où elle va aller ou comment elle va se terminer.

Je ne prédis que des changements mineurs et plutôt localisés, comme après le 11 septembre 2001, après la crise des subprimes de 2008, ou après le 13 novembre 2015. Il y a des vraies conséquences, comme le théâtre sécuritaire dans les aéroports, les politiques d'austérité, l'état d'urgence permanent ; mais ces évolutions sont loin d'avoir l'ampleur des révolutions ou des catastrophes qui sont prédites ces jours-ci.

Mais en même temps, je ne miserais pas ma vie ou ma voiture sur ce retour à la normalité familière. Je ne serais étonnée si la voiture grille le feu et me passe devant, si le pays bascule dans l'autoritarisme voire le fascisme, ou si la situation économie devient plus largement mauvaise que je n'ai jamais connu dans ma vie.

D'un autre côté, je serais étonnée si la voiture s'arrête au feu et redémarre juste pour me percuter quand je passe, ou si la société de consommation ne se relève pas.

Cela dit, autant je vois une possibilité qui se dégage clairement sur l'évolution à suffisamment long terme pour voir derrière la crise, autant le court terme est saturé d'incertitudes, et le « déconfinement » promet d'être encore plus chaotique que le confinement.

Du coup je me demande dans quelle mesure tous ces prédicteurs ne sont pas juste en train de laisser les incertitudes du présent et du court terme contaminer leur vision plus lointaines, et trient dans ce nexus l'issue qui résonne le plus avec leurs compétences ou leurs aspirations.

Publié le 18 avril 2020

Tags : Évènement Société Vision atypique

Correction des yeux

Ce billet est la suite directe de la Révision des yeux publié il y a deux mois, n'hésitez pas à y retourner si vous ne vous sentez pas complètement au point sur le contexte.

Dans les épisodes précédents

En très résumé, depuis quelques années ma vision binoculaire a baissé, alors que les performances de mon œil droit et de mon œil gauche, chacun pris individuellement, n'ont pas l'avoir beaucoup évolué. Alors je me suis confrontée au système de santé ophtalmique, et j'en suis sortie très déçue.

L'ophtalmologue que j'ai vu avait l'air de faire très « usine », et je me suis sentie beaucoup trop peu écoutée. J'ai peur d'être un peu trop méchante avec cette impression, donc je me tais et je suis le cours du Système. De façon plus générale, ce n'est pas sans tristesse que je constate une arrogance et un paternalisme généralisés dans le monde médical auquel j'ai affaire, et je le prends comme une fatalité, même si dans certains cas je me bats pour trouver des exceptions.

Donc globalement, l'ophtalmologue m'a fait passer dans la Machine, et elle a signé l'ordonnance qui est en sortie (évoquant un léger astigmatisme), et tout le monde n'a pas arrêté de me dire à quel point ma correction est légère et donc facile à supporter, et ça n'a pas résolu mon problème.

Du coup j'y suis retournée, et ils m'ont renvoyée vers une orthoptiste. Les exercices d'orthoptie étaient amusants mais d'une utilité limitée, mais j'ai appris au passage que la Machine est censée faire en sorte de relâcher mes yeux, et j'ai pleinement conscience que ça n'a pas marché du tout.

Déjouer la Machine

L'orthoptiste a donc conclu qu'il fallait me droguer les yeux avec des gouttes qui empêchent d'accommoder, pour se persuader de mesurer exactement les paramètres physiques de mes yeux, sans que le système nerveux visuel vienne interférer.

Et évidemment, côté ophtalmologie, c'est limite s'ils ne m'ont pas ri au nez quand j'ai évoqué la possibilité que la Machine n'ait pas fait tout son boulot et que j'aie conscience d'accommoder encore pendant le test.

Avec en plus une communication catastrophique (mais de responsabilité partagée), je me suis retrouvée dans la Machine sans les gouttes, avec juste mon mental pour lutter contre l'accommodation, et un peu plus tard avec les gouttes, parce qu'une fois qu'une fois que c'est mis par écrit quelque part dans le Système qu'il faut mettre les gouttes, on ne peut plus y échapper.

Résultat, au détour de la conversation, j'apprends que j'avais +1 à l'œil gauche quand j'allais naïvement dans la Machine (avant ou après la période avec lunettes), +2 quand je me relâchais au maximum, et +4 avec les gouttes (et pour le coup c'est moi qui avais péché par arrogance en croyant qu'il suffirait de bloquer consciemment l'accommodation).

Elle semblait croire que cette évolution était plutôt à mettre sur le compte du port de lunettes et des exercices d'orthoptie, mais aucun des deux n'a eu lieu après mon dernier +1. Je n'ai pas eu le courage d'essayer de la contredire…

Le verdict

Après cette histoire de goutte, il était donc clair que j'ai l'œil gauche très hypermétrope, alors que l'œil droit n'a qu'un très léger astigmatisme.

Il paraît que lorsqu'il y a trop d'écart entre les deux, il n'est pas possible de le corriger avec des lunettes. Il paraît que je ne le supporterais pas. J'aimerais beaucoup essayer, pour pouvoir mettre un ressenti sur ces mots, peut-être qu'un de ces jours j'essayerai de bricoler une loupe, pour voir.

Il y a eu un moment collector lorsque l'ophtalmologue m'a demandé ce qui me gêne le plus, entre les maux de tête et le manque d'acuité visuelle. À mon sixième passage en trois mois, à répéter les mêmes plaintes, sans avoir jamais évoqué de mal de tête ou d'inconfort visuel…

Donc on peut essayer de corriger mon problème avec une lentille de contact sur l'œil gauche, et laisser l'œil droit sans correction. Je suis donc sortie avec une ordonnance pour un jeu de lentilles de contact « (170° −0.75) +3.50 », et je ne sais pas trop si le « +4 » à l'oral est un arrondi pour +3.50, ou si j'ai une puissance un peu moins forte pour débuter.

Le modèle

Dans le ticket précédent, j'avais résumé mes plaintes en trois points :

  1. ma vision binoculaire est pire que ma vision avec l'œil droit seul, contrairement à une longue période achevée récemment ;
  2. en cas de fatigue (non-visuelle) l'œil droit prend le pas sur la vision binoculaire ;
  3. en vision binoculaire, l'œil gauche accommode pas assez et l'œil droit trop.

À force de faire plus attention à la question, j'ai pu constater qu'en réalité le deuxième point ne s'applique au texte, je n'ai pas de problème pour garder une vision binoculaire sur le monde autour de moi ou sur les films. La confusion était facile, vu l'écrasante proportion de mon temps éveillé passé à lire du texte sous une forme ou une autre.

À ce stade, ma théorie personnelle est donc que je suis hypermétrope de l'œil gauche depuis très très longtemps, peut-être toute ma vie, et que c'est passé inaperçu en étant en permanence en train d'accommoder. Je suppose que mon système accommodatif est assez endurant pour tenir toute la journée, et je n'ai pas d'explication valable pour le fait qu'aucun test de vision de près n'ait pu le mettre en évidence.

Et j'arriverais à l'âge où commence le tout début de la presbytie, encore trop difficile à détecter chez la plupart des gens, mais à force de pousser sur mon système visuel pour compenser inconsciemment l'hypermétropie, j'arriverais à le constater plus tôt.

C'est la première piste d'explication de la partie italique dans l'énumération ci-dessus, sur laquelle personne d'autre ne s'est donné la peine de se pencher.

Et ma vision avec l'œil gauche est devenue tellement mauvaise, que même les mots deviennent difficiles à distinguer. Du coup le texte vu correctement par l'œil droit est tellement différent du texte flou vu par l'œil gauche que je n'arrive plus à fusionner les deux images en une vision binoculaire. À l'inverse de la plupart des autres images, qui n'ont pas besoin d'autant de précision pour être alignées.

Ça n'explique pas tellement la différence entre le début et la fin de la journée, mais on ne peut pas tout avoir…

La correction

J'avoue mes grosses réussites sans effort dans les exercices d'orthoptie, je suis allée chercher des lentilles de contact avec arrogance et naïveté. Juste ce qu'il faut pour se prendre un bon coup de réalité dans la figure et remettre mon ego à sa place.

Après plus d'une heure d'essais, je n'ai réussi à mettre la lentille qu'une seule fois, et pas du tout pu la retirer, et la contactologue a jugé que mes yeux avaient assez souffert, et j'ai dû repartir chez moi sans lentilles.

Au rendez-vous suivant, j'ai pu enchaîner trois poses et deux retraits, ce qui m'a permis de débloquer le niveau « lentilles d'essai ». J'avais donc sept lentilles jetables et gratuites, pour vérifier que tout va bien, avant de me jeter commercialement dans tout ce bazar.

Les cinq jours qui suivent ont été assez impressionnants. Je ne saurais pas dire si ma vue est revenue à un état antérieur ou si elle a été corrigée au-delà de ce que j'ai pu connaître dans ma vie, mais la différence était flagrante. Le monde avait tout d'un coup beaucoup plus de reliefs et beaucoup plus de détails, même de loin. J'ai découvert plein de nouvelles textures dans des objets ou des paysages du quotidien.

Et du coup, c'était à chaque fois un déchirement lorsqu'il fallait l'enlever, et devenir pratiquement borgne. Je comprends bien les raisons biologiques qui limitent la durée de port dans la journée, et je ne sais pas trop si la tentation d'en faire abstraction passera un jour.

L'orthoptiste a validé l'amélioration en vision binoculaire. Les tests d'acuité visuelle n'ont pas indiqué de progrès spectaculaires, mais les autres jeux d'orthoptie ont confirmé l'amélioration flagrante.

Je croyais que j'en avais finie, mais on m'a dit qu'il fallait encore valider chez l'opticien que la lentille se place correctement sur l'œil. J'ai donc été faire ça, et l'opticien a confirmé que tout va bien avec cette lentille, et qu'il y a bien une amélioration de l'acuité visuelle.

Ô temps, suspens ton vol

Comme j'arrivais au bout de ma période d'essai, et que je sentais quand même bien ces lentilles, j'ai demandé à commander suffisamment de lentilles pour un mois, à récupérer en même temps que le rendez-vous chez l'opticien pour vérifier la place de la lentille.

J'ai ressenti une certaine déception quand l'opticien m'a dit qu'il y a du retard sur la commande, ce qui est plutôt rare pour ce fournisseur, mais ça arrive, avec une nouvelle date de livraison prévue la semaine suivante.

J'ai eu droit à cinq lentilles d'essais pour hypermétropie (car il n'y en avait pas en stock pour ma combinaison d'hypermétropie et d'astigmatisme), pour pouvoir entretenir ma compétence de pose et de retrait de cet engin.

Je n'étais pas ravie d'avoir cinq lentilles pour tenir dix jours, ça fait un rationnement assez pénible, un jour sur deux avec ma demi-vision, mais je me suis dit que je me ferais une raison.

Et puis entre la date de livraison initialement prévue et la nouvelle estimation, il y a eu un tout petit évènement anecdotique en France qui a un peu tout mis en pause, au moins au niveau optique.

Du coup je garde précieusement les quelques lentilles qu'il me reste, pour le cas où une grande occasion se présenterait.

Il y a quand même une certaine cruauté à me faire miroiter cette merveilleuse vision corrigée, pour ensuite me la retirer sauvagement, tout en laissant juste un brin d'espoir, histoire qu'il puisse repousser et être à nouveau piétiné.

Publié le 31 mars 2020

Tags : Évènement Suite

Bricolage

Le point de départ de ce billet, que j'avais initialement l'intention de développer, est passablement geek : faire fonctionner un périphérique matériel avec le système d'exploitation minoritaire que j'utilise. J'ai finalement trouvé un angle plus intéressant (à mes yeux) et plus accessible (il me semble), donc à la place je vais en faire un résumé (presque) rapide, après avoir développé le contexte dans lequel il s'inscrit.

Numérisation de mes papiers

Depuis presque une décennie, je possède un scanner à plat (qui fait partie d'une imprimante multifonctions Samsung CLX-3185N) et l'ambition de numériser tous les documents importants dans ma vie, pour en faire des sauvegardes sérieuses et ne pas être prise au dépourvu si un malheur arrivait à ces papiers.

Ma pile la plus récente de documents divers à scanner fait une trentaine de centimètres de haut, soit quelques milliers de feuilles. Il faut reconnaître que mon plan de numérisation est un échec complet.

La situation m'est revenue en tête à l'occasion de la lecture récente du billet de David Madore sur sa paperasse et d'un commentaire sur ce billet qui vante les Automatic Document Feeder.

Du coup j'ai réfléchi, et j'ai vaincu le sentiment d'avoir déjà tout ce qu'il me faut, en me disant d'une part que le fait qu'un ADF soit plus confortable peut faire la différence entre s'y mettre vraiment et procrastiner, et d'autre part qu'avec un backlog de quelques milliers de feuilles, ça se finira autour d'une dizaine de centimes d'euro par page, par rapport à mon temps que j'estime habituellement à un euro la minute.

Au passage, je ne crois pas avoir déjà expliqué ici ce calcul : il y a plusieurs années j'étais louée par mon employeur au Taux Journalier Moyen de 450 € hors taxes par jour. Ces jours-ci c'est un peu plus haut, mais ça reste dans le même ordre de grandeur. Et pour simplifier le calcul, on peut compter 7h30 de travail efficace dans la journée, ce qui fait un euro par minute de travail. Donc si des gens entreprises sont prêtes à me louer pour un euro par minute, je ne vois pas pourquoi je n'attribuerais pas cette valeur à mon temps.

Du coup j'ai fait une étude de marché rapide des ADF, en cherchant un modèle en réseau filaire qui puisse fonctionner avec mon ordinateur de bureau sous OpenBSD. Ça ne semble pas exister, alors je me suis rabattue sur un modèle USB listé favorablement par le projet SANE, à savoir un ScanSnap S1300i.

Dans le cambouis numérique

Comme j'avais sélectionné mon ADF d'après son support par SANE, j'étais plutôt confiance dans la partie logicielle, grande naïve que je suis.

J'ai un peu honte du temps qu'il m'a fallu pour découvrir il fallait un firmware pour que cet engin fonctionne, mais une fois cet écueil passé, j'ai pu faire mon premier scan avec cet appareil.

Le problème, c'est que je n'ai pas trouvé le moyen d'en faire un deuxième.

Je peux toujours éteindre le scanner, et faire un nouveau premier scan, mais pas moyen d'enchaîner deux opérations.

Et c'est là que je vous épargne tous les rebondissements de mon enquête sur comment une telle chose est possible, enquête qui est d'ailleurs toujours en cours. Si ça vous intéresse, j'ai tout détaillé dans la mailing list bugs d'OpenBSD, il y a la première description du problème, plus d'informations après avoir découvert qu'on peut tcpdump de l'USB, et les soupçons qui se portent sur XHCI après avoir fouillé dans le noyau.

Car au-delà de ce problème particulier, j'ai reconnu dans ma façon d'aborder ce problème une démarche beaucoup plus générale dans ma vie, et qui est peut-être moins courante que je le crois.

Imaginer le réel

Parfois on regarde les choses Telles qu'elles sont En se demandant pourquoi Parfois on les regarde Telles qu'elles pourraient être En se disant pourquoi pas

Vanessa Paradis – Il y a

Une chose qui me vient naturellement, à tel point que ça m'est évident, c'est d'imaginer des réalités alternatives dans lesquels tel ou tel détail est différent.

Je ne l'ai jamais trouvé mieux dit que dans ce refrain de Vanessa Paradis : quand je regarde des choses, je vois automatiquement en même temps toute palettes d'alternatives.

Je suis toujours désarçonnée face à des gens qui semblent incapables de se projeter dans une hypothèse qu'ils considèrent comme impossible.

J'ai aussi vu des variations sur la « largeur » de cette imagination. Certains doivent faire des efforts pour se projeter dans une alternative, d'autres voient des palettes plus ou moins grandes d'alternatives à une situation.

J'ai l'intuition que les bons pentesters sont les gens qui voient d'un coup une large palette, et arrivent ainsi facilement à imaginer comment un produit ou un service peut être détourné de son utilisation prévue.

Rétro-ingénierie

Cette capacité à tout voir systématiquement sous plusieurs angles m'est d'un grand secours quand je pratique la rétro-ingénierie, c'est-à-dire explorer un système que je ne connais pas pour comprendre comment il devrait fonctionner, comment il ne fonctionne pas, et comment il faudrait l'ajuster pour qu'il fonctionne comme je le désire.

Pour revenir à mon scanner, il y a donc d'abord l'insatisfaction de ne pas pouvoir faire de deuxième scan, avec l'imagination d'une réalité dans laquelle ce scanner fonctionne plusieurs fois.

Et là, ma première idée n'est pas d'appeler au secours un moteur de recherche, mais de chercher à comprendre. Qu'y a-t-il de différent entre la première fois et la deuxième ? La première fois, il faut envoyer le firmware, alors que la deuxième fois, il est déjà chargé. Peut-être y a-t-il un problème dans la détection de la présence du firmware, et la tentative de le ré-envoyer fait échouer le process ? En fait non, le statut qui indique si un firmware est présent ou non n'est même pas reçu la deuxième fois, donc le problème est déjà en amont.

Il y a dans cette séquence deux attitudes qui me semblent essentielles pour faire de la rétro-ingénierie efficace, et que j'ai l'impression de pouvoir compter parmi mes points forts :

  1. D'abord la capacité à faire des hypothèses sur des parties du système, parce que la majorité du temps les systèmes analysés fonctionnent « presque », et rien ne sert de passer du temps à comprendre le fonctionnement d'une partie qui n'a pas de problème.

  2. Ensuite la capacité à remettre en question ces hypothèses, pour ne pas rester enfermé dans une fausse piste. Ça demande une certaine dose d'humilité, qui n'est pas forcément donnée à tout le monde, et la résistance au sophisme du coût irrécupérable sur le temps passé à poursuivre cette hypothèse.

La liberté, c'est ça

Regardez la réalité en face. Puis agissez en conséquence. C'est le seul mantra que je connaisse, la seule doctrine que je puisse vous offrir, et c'est beaucoup plus difficile que vous le pensez. Parce que je vous jure, on dirait que les humains sont câblés pour faire n'importe quoi sauf regarder la réalité en face. Ne priez pas. N'espérez pas. Ne croyez pas aux dogmes centenaires, aux rhétoriques mortes. N'abdiquez pas en faveur de votre conditionnement, vos visions ou votre connerie de sens de… ce que vous voulez. REGARDEZ LA RÉALITÉ EN FACE. PUIS agissez.

Quellcrist Falconer

Donc face à un problème, ma démarche immédiate est de m'arrêter, de chercher à comprendre, évaluer soigneusement les solutions, et ensuite agir.

Ce premier élan est souvent coupé par un truc idiot, cette espèce d'obscurantisme paternaliste qui a l'air d'avoir envahi tous les niveaux de la société, qui cache le fonctionnement des systèmes.

Je ne suis pas du tout libriste par conviction, ou par idéologie ; je veux simplement pouvoir dépanner les outils dont je dépends, au moins lorsque le problème est simple ou qu'il n'y a personne d'autre pour le faire.

Lorsque je pose les yeux sur un outil, en considérant m'en servir, une réalité alternative qui est toujours dans ma palette est la défaillance de cet outil. Et si cette défaillance est trop catastrophique, je ne vais pas avoir assez confiance pour dépendre cet outil.

D'ailleurs je ne serais pas surprise que ce soit la cause principale de ma faible utilisation de mon téléphone portable.

En l'occurrence, ce n'est que parce qu'OpenBSD est un logiciel libre que je peux aller fouiller dans la pile XHCI dans l'espoir de comprendre suffisamment ce qu'il s'y passe pour retrouver un fonctionnement satisfaisant de mon scanner tout neuf.

Conclusion

Pour ce qui est de la conclusion, je sèche un peu. Que conclure de ça ?

J'ai pris conscience de mes facilités en rétro-ingénierie, mais j'ai l'intuition qu'il y a dans cette histoire d'autres points forts que j'ai mis en œuvre sans m'en rendre compte, parce que j'ai toujours vécu avec, mais qui ne sont pas donnés à tout le monde. J'ai presque envie de les appeler « privilèges », mais je ne suis pas sûre de vouloir m'aventurer sur ce terrain-là.

Et même si cette démarche ne fonctionne que grâce à un cocktail particulier de compétences, et alors ?

Publié le 29 février 2020

Tags : Autoexploration Réflexion Vision atypique

Révision des yeux

Pour une fois, je ne vais pas vous livrer une histoire bien ficelée dans les règles de l'art, mais je vais décrire l'état actuel d'une histoire qui est (malheureusement) loin d'être finie. Un peu comme si c'était une entrée dans un journal électronique plutôt qu'un article de revue.

Depuis quelque temps, il se passe des choses que je trouve très suspectes dans mon système visuel. Comme j'ai l'impression de voir à peu près correctement, j'ai mis ça de côté en attendant la fin de ma préparation du permis moto, des fois qu'il y ait une interaction néfaste entre les deux.

Et autant dire que ça ne se passe pas super bien, et j'ai encore fois retrouvé l'exaspération face à l'arrogance du corps médical qui ne tient pas compte, et même parfois contredit, mes perceptions.

Le siècle dernier

Quand j'étais encore jeune et naïve, j'étais également astigmate. J'ai porté des lunettes pendant que j'étais à l'école primaire, et pendant une partie du collège et peut-être du lycée.

Je le romance en disant qu'un jour, l'ophtalmologue a dit qu'avec la croissance, mon astigmatisme avait sérieusement régressé, au point d'être négligeable sur l'œil droit et de ne pas nécessiter de correction ; et je suis partie en courant et je n'y ai plus jamais remis les pieds, de peur qu'il change d'avis.

Bref, j'étais très heureuse d'être débarrassée de ces béquilles oculaires, d'avoir un corps qui se suffit à lui-même (au moins sur la perception visuelle) et de ne pas dépendre d'objets qui pourraient être cassés, perdus, ou m'être enlevés.

Pour la suite, le point intéressant que j'en retiens, c'est que je ne souffrais que d'astigmatisme, sans autre défaut visuel (contrairement à une bonne partie de ma famille proche), et plus prononcé sur l'œil gauche que l'œil droit.

Le monde du travail

Depuis presque aussi longtemps que je fais partie du monde du travail, je dois interagir avec la médecine du travail (le travail va bien, merci pour lui), qui est l'occasion de tests de vision.

Pendant plus d'une décennie et demi, ces tests ont toujours donné le même résultat. Sur les six lignes qui fallait lire, j'arrivais à lire de façon très fluide la plus petite ligne avec mes deux yeux ; j'arrivais à déchiffrer avec un peu de difficulté la ligne la plus petite avec l'œil droit seul ; et avec l'œil gauche je n'arrive à déchiffrer qu'une partie de la deuxième ligne plus petite, et je faisais parfois quelques erreurs dans la troisième ligne plus petite.

Une chose amusante que j'ai découverte à cette époque était qu'en vision binoculaire, mon œil gauche n'est pas au point. Je m'en suis rendu compte pendant une conférence, quand j'avais le regard attiré par l'écran d'ordinateur portable d'un orateur quelques rangées devant moi qui finissait de préparer ses diapo', et l'écran de la présentation en cours est devenu brutalement net pour mon œil gauche.

Je crois que me souvenir que déjà avant, en manipulant des éléments de banc optique, j'avais vu des choses inopinément nettes par l'œil gauche, mais ça aurait voulu dire qu'il était hypermétrope, ce qui ne colle pas avec le passif familial de myopie.

J'ai expérimenté ensuite pour caractériser cette situation, et quand je cache ou ferme l'œil droit, j'arrive à me retenir quelques moments de mettre au point, et pendant ce temps je vois clairement que c'est flou, et ensuite je sens que la mise au point se fait en accommodant « plus fort » ou « plus près ».

C'est à partir de là que j'ai eu envie de chercher à faire des mesures plus précises et plus quantitatives, et que j'ai commencé à concevoir le projet Vision Test. Il m'a fallu des années pour m'y mettre et écrire du code, et encore des années pour essayer de s'en servir ; mais il manque encore un algorithme adaptatif pour échantillonner les tailles de façon à estimer le plus efficacement possible la densité de réussite en fonction de la taille du motif.

Aujourd'hui, je regrette terriblement de ne pas avoir fait des mesures sérieuses pendant ce temps…

La chute

La situation que j'ai décrite dans la partie précédente était stable et encore d'actualité début 2017.

Je ne me souviens plus exactement à partir de quel moment, mais depuis quelques années quand je suis fatiguée, je perds la vision binoculaire et l'œil droit prend le dessus. Et quand j'écris « fatiguée », je parle de fatigue générale, celle qui se résorbe en dormant et qui arrive plus vite quand je dors mal ou pas assez longtemps, et non pas de fatigue visuelle.

Je ne suis plus tout à fait sûre d'avoir remarqué ce phénomène lorsqu'il a commencé à se produire, ou peu après.

Je crois que ça a commencé en 2017, mais sans grande certitude. Au début c'était plutôt rare, ça n'arrivait que dans les cas de fatigue très forte, et j'ai l'impression qu'au fil du temps c'est devenu de plus en plus fréquent. Mais d'un autre côté, je ne saurais pas trop dire si au fil du temps je me suis retrouvée plus souvent fatiguée.

Et puis début 2019, un test de vision de la médecine du travail a révélé que ma vision binoculaire est moins bonne que mon œil droit seul, contrairement à tous les autres tests qui ont précédé.

Du coup j'ai recommencé à m'intéresser à la question de ma vision, et j'ai remarqué qu'en vision binoculaire, non seulement mon œil gauche est désaccommodé « trop loin », mais en plus mon œil droit est désaccommodé « trop près », dans une mesure bien moindre que pour l'œil gauche, mais suffisamment pour distinguer un flou avec mon œil droit seul lorsqu'il est accommodé en vision binoculaire par rapport à lorsqu'il est seul.

La médecine

Entre la situation qui traîne comme tout le reste, et vouloir faire tout le processus de passage du permis de conduire, j'ai attendu décembre 2019 pour voir un ophtalmologue.

J'ai essayé de communiquer toute l'histoire présentée ci-dessus, mais les aléas de la communication orale m'ont fait recentrer mes « plaintes » autour de trois points :

  1. ma vision binoculaire est pire que ma vision avec l'œil droit seul, contrairement à une longue période achevée récemment ;
  2. en cas de fatigue (non-visuelle) l'œil droit prend le pas sur la vision binoculaire ;
  3. en vision binoculaire, l'œil gauche accommode pas assez et l'œil droit trop.

Je ne sais pas si c'est un échec dans ma façon de présenter les choses, ou mes interlocuteurs qui laissent tomber ce qui ne rentre pas dans leurs cases, mais à aucun moment personne n'a tenu compte de la partie en gras du premier point, aucune explication n'a été proposée ou conjecturée, et aucune possibilité d'évolution de la situation n'a été envisagée.

Premier rendez-vous

Je suis probablement un peu trop méchante, mais j'ai sincèrement eu l'impression dans ce premier rendez-vous qu'ils ont tous fait poliment semblant d'écouter mon histoire, avant de juste tamponner les résultats de donnés par la Machine.

Les résultats en question étant un faible astigmatisme sur l'œil gauche, et un très léger astigmatisme sur l'œil droit.

Ces résultats ressemblent furieusement à la conclusion de l'ophtalmologue précédent, plus de vingt avant. Ça n'explique ni l'évolution récente, ni les différences de focalisation entre les deux yeux.

Je suis donc partie par un certain scepticisme, mais dans le doute j'ai sagement suivi les consignes, et j'ai fait faire des lunettes suivant les paramètres donnés par la Machine. Et ce malgré la répétition par l'opticien que la correction est faible, alors que les différences de distance de mise au point entre mes deux yeux ne sont pas faibles du tout.

Du coup, sans grande surprise, le port de ces lunettes n'a pas conduit à une amélioration drastique de ma vision. Je concède que l'œil gauche voit moins mal avec ces lunettes que sans, mais il reste accommodé sur la mauvaise distance.

Donc malgré la légère amélioration de la vision par l'œil gauche, mes trois points restent inchangés et sans progrès perceptible.

Deuxième rendez-vous

Du coup après deux semaines de port de ces nouvelles lunettes, j'ai repris rendez-vous chez l'ophtalmologue.

J'ai hésité entre retourner chez le même, dans l'espoir que le souvenir de m'avoir vue récemment aiderait à me faire sortir des cases pour leur faire prendre du recul, ou aller chez un autre, dans l'espoir d'avoir plus de chances.

Finalement je suis retournée dans le même cabinet mais en tombant sur un autre ophtalmologue, avec plus d'expérience (je ne sais pas si ça joue).

La Machine a trouvé qu'elle ne s'était pas plantée la dernière fois, que les lunettes sont adaptées, et que tout va bien.

En ressortant une énième fois mes trois points et le fait que je n'ai pas vraiment l'impression que tout va bien, j'ai visiblement fait tiquer avec le deuxième point, et je me suis retrouvée avec une ordonnance d'orthoptie.

Ça m'avait donné l'impression d'avancer, mais cette impression n'a pas duré longtemps quand j'ai compris que j'ai juste sauté dans la case des soucis des muscles qui font bouger les yeux.

Séances d'orthoptie

J'ai continué à jouer à la bonne élève et j'ai suivi les recommandations, et je suis allée faire ces séances d'orthoptie, des fois qu'il puisse s'y passer une rééducation de mon accommodation, naïve que je suis.

En quarante minutes de bilan orthoptique et deux fois vingt minutes d'exercices orthoptiques, l'orthoptiste est arrivée à la conclusion que tout va bien avec mes muscles des yeux, et il y a peut-être quelque chose de pourri au niveau de l'accommodation. No shit, Sherlock.

Elle a été particulièrement impressionnée par le contrôle que j'ai sur mes yeux, et ma conscientisation des processus visuels. Ça me fait une belle jambe, mais ça donne une piste sur pourquoi les cases ne me vont pas.

Malgré ça il a fallu que je répète un nombre déprimant de fois que mon œil gauche donne une image floue en vision binoculaire parce qu'il n'accommode pas assez, et non pas trop. Je suppose que je devrais quand même compter comme une victoire le fait d'avoir réussi à sortir de la case « l'œil gauche a dû faire des efforts toute ma vie, maintenant il faut juste apprendre à le laisser se relâcher ».

Cela dit, je ne suis pas sûre d'avoir tant avancé, parce que sur les dernières séances, la communication est devenue qu'il y a trop de différence entre les deux yeux pour pouvoir travailler l'orthoptie (avec les lunettes j'ai 12/10 sur l'œil droit et 10/10 avec l'œil gauche).

Théorie personnelle

Le passage chez l'orthoptiste a au moins été utile par le fait que j'y ai découvert que la Machine est censée avoir un système qui force le système visuel à se relâcher, de sorte que l'accommodation ne vienne pas perturber les mesures de focales.

Or pendant mes passages dans la machine j'avais clairement l'œil gauche en train d'accommoder, sur à peu près l'infini. Donc je suppose que mon astigmatisme sans myopie ni hypermétropie a été constaté avec l'œil droit relâché à l'infini, et l'œil gauche dans l'état d'accommodation non-nul correspondant à l'œil droit à l'infini.

Si je suis vraiment hypermétrope de l'œil gauche, et en compensation permanente, ça voudrait dire qu'il aurait suffit qu'on m'explique que la machine a besoin d'yeux relâchés, au lieu de me demander de regarder cette foutue montgolfière, pour avoir tout juste au premier rendez-vous.

À la place, comme on ne me fait manifestement pas confiance sur ma capacité à relâcher volontairement mon cristallin, je vais me retrouver à faire mon prochain rendez-vous d'ophtalmologie avec des gouttes dans les yeux qui forcent cet état, et je vais me retrouver aveugle de près pendant une demi-journée.

Doutes

En dehors du fiasco médical de cette histoire inachevée, il y a quand même quelques questions plus générales qui sont soulevées.

Je veux bien reconnaître que les médecins ont des compétences qui dépassent une recherche Google, mais ce serait quand même plus facile s'ils m'écoutaient un minimum. La grande force du moteur de recherche, c'est qu'il utilise les informations que je lui donne, et j'attends la même chose des gens qui prétendent agir sur ma santé.

Ou alors est-ce que leur attitude est valable dans l'immense majorité des cas ? Suis-je une anomalie ? Ont-ils a priori raison de ne pas écouter leurs patients comme je voudrais être écoutée ?

Est-ce si bizarre de pouvoir consciemment accommoder plus près ou plus loin ? Est-ce exotique de pouvoir faire bouger les yeux pour superposer deux points préalablement choisis arbitrairement dans le champ visuel ? Est-ce une capacité rare de pouvoir se retenir d'accommoder pendant quelques instants ? Est-ce étonnant d'avoir conscience de quel bout d'image vient de l'œil droit et quel bout d'image vient de l'œil de gauche quand la fusion binoculaire n'a pas lieu ?

Publié le 30 janvier 2020

Tags : Autoexploration Évènement

In memoriam

Alors que l'année 2019 se termine, je vois passer moult rétrospectives et bilans, quoiqu'un peu moins qu'à l'époque florissante des blogs. Et comme chaque année, j'essaye de me prêter à cet exercice, et je reviens bredouille, ce qui est intéressant est déjà dit et ce qui n'est pas dit n'est pas intéressant ou pas conforme à ma ligne éditoriale.

Il y a pourtant un évènement de 2019 qui m'a fait partir sur des réflexions intéressantes qui n'ont pas été transcrites ici et qui pourraient l'être, et qui concerne en gros ma relation avec des gens exceptionnels, et un peu mes relations avec les autres sortes de gens.

Je vais volontairement rester vague, d'un part parce que je n'ai pas eu l'accord de ces gens pour parler d'eux, et dans le cas 2019 je suis même sûre que ça ne lui plairait pas d'être identifié ; et d'autre part parce que les cas particuliers me semblent beaucoup moins intéressants à partager sur ce site que l'abstraction générale, à laquelle vous pourrez peut-être contribuer dans les commentaires.

Les gens un peu exceptionnels

J'imagine que quiconque ayant un peu vécu a pu socialement interagir avec un génie dans un domaine ou un autre. Ces génies sont des gens excellents dans un domaine particulier, et si on accepte tous les domaines, même les plus inutiles et les plus loufoques, ils ne sont pas vraiment rares dans la population.

Par exemple je me souviens d'un camarade de classe qui connaissait par cœur toute la généalogie des rois de France. C'est impressionnant quand c'est démontré au pied levé, mais avec un intérêt authentique et en y passant du temps, c'est à peu près à la portée de n'importe qui.

Il y a aussi des génies un peu plus impressionnants, parce qu'on a l'impression que même en y passant une quantité colossale de temps, n'importe qui n'y arriverait pas. Par exemple, j'ai rencontré quelqu'un avec une intuition mathématique telle qu'il manipulait les théorèmes de prépa' comme nous manipulerions des cubes.

Mais sans rien vouloir enlever de leur mérite, je crois qu'on se représente mal ce dont on est capable en y passant vraiment beaucoup de temps. Il y a un moment où l'entrainement et l'expérience font franchir des paliers qui ouvrent des possibilités que l'on imaginait pas avant. Ainsi par exemple, hors traumatismes (et que j'imagine plus fréquents qu'on le croit) et autocensure, je pense sérieusement que beaucoup plus de la moitié de la population est capable d'assimiler le programme de prépa' math' en vingt ans à temps plein.

Du coup, je trouve que ces génies qui ont passé beaucoup de temps sur quelque chose, avec peut-être quelques « facilités », sont finalement à peu près « normaux ». Ils ont fait des choix différents de vous et moi, et tant mieux si c'est à leur goût, mais ils restent « humains ».

Et du coup, ce n'est pas vraiment d'eux que je veux parler dans cette entrée.

Les gens vraiment exceptionnels

Quand on crée un personnage de jeu de rôle, on a typiquement un certain quota de points à répartir dans une liste de caractéristiques ou une liste de compétences.

Les points que l'on met en Force ne peuvent pas être mis dans la Dextérité, ou alors en privilégiant la Force et la Dextérité on se retrouve à mettre peu en Intelligence ou en Charisme.

De la même façon, passer beaucoup de temps sur quelque chose, comme décrit dans la partie précédente, c'est juste mettre tous ces points dans une seule compétence, et atteindre un niveau exceptionnel de ce fait.

L'idée de répartir comme ça des points donne un certain sens d'équilibre cosmique, tout le monde « vaut » autant et nous ne différons que par la répartition, aléatoire ou choisie, de cette « valeur » globale.

Quelque part, c'est effectivement le cas pour le temps : tout le monde a 168 heures à répartir chaque semaine, ce qui pourrait se traduire par un nombre fixe de points de compétence pour tout le monde.

Et puis parfois, on se retrouve face à des gens qui n'ont manifestement pas le même nombre de points que nous, avec par exemple un très haut score en Force et en Dextérité et en Intelligence et en Charisme et en Chance.

C'est d'eux qu'il est question dans ce billet.

Vivre avec

J'imagine qu'on peut se sentir floué par la destruction inopinée de son sens d'équilibre cosmique, et que la simple existence de ces gens peut produire moult émotions négatives.

Comme ma nullité extrême est un axiome fondamental, nécessaire à la cohérence de l'Univers, je trouve personnellement plutôt rassurant qu'il y ait des gens de l'autre côté du point d'équilibre pour compenser ma contribution.

Au contraire, ma réaction personnelle est plutôt de profiter de tout ce que ces gens-là acceptent de partager avec le vermisseau que je suis, pour m'aider à devenir chaque jour un point nulle (l'absence d'asymptote n'étant pas garantie, il ne faudrait pas non plus abîmer la cohérence de l'Univers).

En fait exactement de la même façon que je profite volontiers de ce que les « simples génies » acceptent de partager avec moi, et même les « gens normaux », qui sont tous uniques et donc forcément exceptionnels par un aspect ou un autre.

C'est juste que ces gens-là ont naturellement plus à partager que les autres, et pour moi qui ne suis pas très douée en relations humaines, entretenir une relation avec une personne comme ça permet de progresser beaucoup plus, et plus largement, qu'avec une seule autre relation.

Quand il y a en plus une certaine bonté, ou au moins une certaine générosité, ainsi qu'une certaine compatibilité de caractère, ça rend la relation très précieuse, et ça donne envie de faire des efforts que je ne ferais peut-être pas pour d'autres personnes.

Et quand ces efforts échouent, ça attriste d'autant plus, au point de faire un billet avec un titre macabre alors qu'il n'y a pas mort d'humain.

D'un autre côté, il y a peut-être quelque chose de pourri dans mon point de vue, à compter les relations plutôt que les humains, et à ne pas distinguer les fins de relations suivant leur cause : la mort, le déménagement, la brouille, et tous les autres, se valent pour moi quand relation est détruite au même point.

Et puis je continue de ressentir un manque quand je n'ai pas de relation maître-disciple où je tiens le rôle du disciple, alors que pour les relations plus équilibrées, ou déséquilibrées dans l'autre sens, je n'y perds que la relation.

Miroir, mon beau miroir

Pour une raison obscure, je n'arrive pas à me limiter à mon propre point de vue, je le renverse systématiquement. D'où par exemple, la majorité de « mais qu'est-ce qu'il est con ! » qui sont chez moi suivis de « ah ouais mais je ne fais pas mieux ».

Évidemment, lorsqu'il est question des gens tellement plus exceptionnels que les « simples génies », je ne m'imagine pas une seconde en faire partie (vous ne voudriez pas non plus d'un Univers incohérent).

Cependant, quand j'ai exposé une base d'un brouillon de ces réflexions à un collègue, j'ai dit d'untel qu'« il n'est pas comme nous », il a fait remarquer, avec une jolie formulation que je regrette d'avoir oubliée, qu'il n'y a pas de « nous » vu l'écart entre lui et moi.

Alors je ne vais pas m'avancer sur la réalité de ces considérations (cohérence, Univers, tout ça), parce qu'il est question ici de perception, pas de réalité.

Bon, ça reste quand même difficile d'imaginer un Univers distordu au point que je puisse être perçue comme faisant partie de ces gens qui ont trichoté en remplissant leur feuille de perso', mais admettons. Hypothétiquement.

Qu'est-ce que je peux faire de ça ?

La base, ce serait de faire aux autres ce que j'aimerais qu'on me fasse, mais en l'occurrence ça ne changerait rien à mon comportement actuel, ce qui ne donne pas l'impression d'être une leçon très utile. Il doit bien y avoir une autre conclusion à trouver derrière ça…

Publié le 31 décembre 2019

Tags : Humeur Réflexion Social

Petit partage de position entre amis

Ne vous laissez pas intimider par le tag Geek de ce billet, le début est censé être grand public, et peut-être même intéressant, même si je descendrai ensuite dans les détails bassement techniques de ce que j'ai mis en place.

Le besoin

J'utilise depuis un certain temps un moyen de transport considéré comme dangereux. J'écris « considéré », parce que si je concède volontiers l'existence du danger, j'ai l'impression que la différence de danger par rapport aux autres moyens de transport est largement surestimée, à la fois par sous-estimation du danger de la voiture et par sur-estimation du danger de la moto.

Bref, si j'ai fait le travail sur moi pour être à peu près à l'aise avec ce danger, mon entourage ne l'a pas (encore ?) fait, et il reste une certaine inquiétude chez eux lorsque j'enfourche ma machine.

Dans l'espoir d'aider à réduire cette inquiétude, j'ai eu l'idée d'utiliser le traceur personnel téléphone portable avec lequel je pars pour partager en temps réel ma position géographique avec ledit entourage, pour qu'ils sachent où j'en suis et que je me déplace encore normalement.

L'idée m'est venu du souvenir d'une connaissance, il y a plusieurs années, qui trouvait génial Google Latitude, parce qu'au lieu de s'inquiéter du retard de sa femme, il a pu voir directement qu'elle était coincée dans un embouteillage.

À la suite de cette idée, j'ai repensé à tous les cas similaires dans lesquels ça pourrait être utile. J'ai l'habitude des SMS disant que je suis bien arrivée chez moi après un trajet en voiture, ou que je suis en train de partir, mais les bouchons franciliens introduisent tellement de variabilité dans les temps de trajet que le correspondant ne peut pas trop savoir à quel moment ce n'est pas normal de pas me voir arriver ou ne pas recevoir de SMS.

Je connais des gens qui n'ont pas peur de faire un SMS au volant ou d'appeler, pour prévenir des difficultés routières, mais ce n'est pas du tout mon cas, même immobilisée dans un embouteillage.

Alors que si à la place, il y avait une page web, simple d'utilisation, à laquelle les gens pourraient accéder pour savoir où je suis, et éventuellement à quelle vitesse je progresse, mes proches pourraient à loisir estimer à quelle heure je vais arriver, ou vérifier que mon trajet se passe sans encombre.

Cela étant, même si Google Latitude existait encore, je ne suis pas fan du tout d'envoyer ma position géographique à n'importe qui, surtout dans un contexte de capitalisme de surveillance, donc je préfèrerais héberger moi-même toute l'infrastructure nécessaire pour le faire, tout en gardant l'utilisation facile pour mon entourage.

On pourrait arguer que le système de surveillance actuel est tel que partager ma position géographique avec une multinationale ou une autre n'est pas leur donner quelque chose qu'ils n'ont pas déjà. Je respecte cette idée, mais je fais quand même mon truc chez moi sur mon serveur, c'est un choix personnel.

Choix logiciels

S'il semble exister une pléthore d'applications Android pour suivre à la trace son propre téléphone, qui offrent chacune une compatibilité plus ou moins large avec divers serveurs, les choses sont beaucoup plus limitées côté serveur, surtout si je veux garder toute l'infrastructure sur des machines qui m'appartiennent. Parmi toutes ces app' je vais cependant relever OsmAnd, que j'utilise déjà pour enregistrer mes trajets (et pouvoir revisiter les endroits où je me suis trompée).

Au niveau serveur, il semble se dégager deux solutions principales : Owntracks et Traccar.

A priori, comme ça, Traccar a l'air plus ancien et établi, capable de récupérer des données de tout plein d'appareils. D'ailleurs OsmAnd peut lui envoyer la position pendant l'enregistrement de traces GPS. En revanche, son interface a l'air plus rigide, et surtout c'est un bazar en Java, ce qui rend son déploiement et son entretien très pénibles.

De l'autre côté, Owntracks est très facile d'installation sur mon serveur, il donne une impression de légèreté par rapport à une JVM, et les pages qu'il présente sont plutôt jolies et utilisables. En contrepartie, il faut l'application correspondante sur le téléphone, et il n'a pas l'air tout à fait prévu pour faire ce que je veux faire.

J'ai l'impression qu'Owntracks est orienté « réseau social » comme Google Latitude, à partager sa position en continu. Je n'imagine pas du tout quel côté social ça peut avoir, mais manifestement il y a de la demande. Il semble y avoir aussi un certain nombre d'application d'automatisation suivant la localisation du téléphone, et je finirai peut-être par essayer ça.

Bref, j'ai essayé Owntracks sur mon serveur et sur mon téléphone, et ça s'est plutôt bien passé, donc je suis partie vers cette solution.

Voici un aperçu de ce que ça donne :

Carte d'une balade à moto

Bulle sur un point Il est possible d'afficher une ligne qui relie ces points au lieu des ponts eux-mêmes. Je pense que les points donnent une meilleure idée de la quantité transmise de données, et en plus la vue en point permet de cliquer dessus pour avoir une bulle avec l'heure du point et la vitesse courante (si le téléphone l'envoie), ce qui peut intéresser les gens qui me suivent.

Serveur Owntracks Recorder

À partir de là, je vais rentrer dans les détails bassement techniques de la mise en place de cette solution. Si vous n'êtes pas à l'aise dans les geekeries, vous pouvez vous arrêter ici dans ce billet.

En gros, pour faire simple, j'ai suivi l'exemple de Dan Langille, qui diverge assez peu de la documentation officielle.

J'ai installé ce serveur sur Rebma, qui est sous FreeBSD. Par souci de sécurité et de simplicité, je l'ai enfermé dans une sjail (merci Bsdsx !).

mkdir /srv/jail/s-ot-recorder
sjail /srv/jail/s-ot-recorder init
mkdir /srv/jail/s-ot-recorder/dev
mount -t devfs devfs /srv/jail/s-ot-recorder/dev
sjail /srv/jail/s-ot-recorder pkg install ot-recorder

Ensuite, lancement de la jail et initialisation du soft (qui gagnerait peut-être à être un peu moins pédestre) :

vim /etc/jail.conf
jail -c s-ot-recorder
mkdir -p /srv/jail/s-ot-recorder/home/ot-recorder
chown 243:243 /srv/jail/s-ot-recorder/home/ot-recorder
pw usermod -V /srv/jail/s-ot-recorder/etc/ -n ot-recorder -d /home/ot-recorder
vim /srv/jail/s-ot-recorder/usr/local/etc/ot-recorder/ot-recorder.conf
chown root:243 /srv/jail/s-ot-recorder/usr/local/etc/ot-recorder/ot-recorder.conf
jexec -U ot-recorder s-ot-recorder ot-recorder --initialize
vim /srv/jail/s-ot-recorder/usr/local/etc/mosquitto/mosquitto.conf

Et ensuite, avant de tout automatiser, lancer les serveurs à la main, pour vérifier que ça marche :

jexec -U nobody s-ot-recorder /usr/local/sbin/mosquitto -c /usr/local/etc/mosquitto/mosquitto.conf -d
jexec -U ot-recorder s-ot-recorder ot-recorder 'owntracks/#'

Pour voir à peu près ce qu'il se passe, Owntracks a la particularité de communiquer avec le protocole MQTT, mais je ne suis pas assez à l'aise pour gérer un serveur disponible sur le grand 'ternet. Du coup, je cache le serveur MQTT dans la même jail que le serveur Owntracks, que je lance ensuite.

J'ai gardé la configuration par défaut du serveur MQTT :

# cat /srv/jail/s-ot-recorder/usr/local/etc/mosquitto/mosquitto.conf
pid_file /var/run/mosquitto.pid
user nobody
port 1883
cafile /usr/local/share/certs/ca-root-nss.crt

Au niveau du serveur Owntracks, j'ai seulement activé l'interface HTTP :

# grep '^[^#]' /srv/jail/s-ot-recorder/usr/local/etc/ot-recorder/ot-recorder.conf
OTR_HTTPHOST="localhost"
OTR_HTTPPORT=8083

Et le plus gros morceau, le fragment de configuration de nginx :

    server {
        listen 80;
        server_name owntracks.instinctive.eu;
        return 301 https://owntracks.instinctive.eu$request_uri;
    }

    server {
        listen 443 ssl;
        server_name owntracks.instinctive.fr;
        server_name owntracks.instinctive.eu;

        if ($time_iso8601 ~ "^(\d{4})-(\d{2})-(\d{2})") {
            set $year $1;
            set $month $2;
            set $day $3;
        }

        access_log /var/log/nginx/$year-$month-$day-owntracks.log main;

        location /.well-known/acme-challenge/ {
            default_type "text/plain";
            root /acme;
        }

        # Proxy and upgrade WebSocket connection
        location /ws {
            auth_basic              "OwnTracks pub";
            auth_basic_user_file    /usr/local/etc/nginx-ot.htpasswd;
            rewrite ^/(.*)    /$1 break;
            proxy_pass      http://172.30.1.9:8083;
            proxy_http_version  1.1;
            proxy_set_header    Upgrade $http_upgrade;
            proxy_set_header    Connection "upgrade";
            proxy_set_header    Host $host;
            proxy_set_header    X-Forwarded-For $proxy_add_x_forwarded_for;
        }

        location / {
            auth_basic              "OwnTracks pub";
            auth_basic_user_file    /usr/local/etc/nginx-ot.htpasswd;
            proxy_pass      http://172.30.1.9:8083/;
            proxy_http_version  1.1;
            proxy_set_header    Host $host;
            proxy_set_header    X-Forwarded-For $proxy_add_x_forwarded_for;
            proxy_set_header    X-Real-IP $remote_addr;
        }

        # OwnTracks Recorder Views
        location /view/ {
            auth_basic              "OwnTracks pub";
            auth_basic_user_file    /usr/local/etc/nginx-ot.htpasswd;
             proxy_buffering         off;            # Chrome
             proxy_pass              http://172.30.1.9:8083/view/;
             proxy_http_version      1.1;
             proxy_set_header        X-Forwarded-For $proxy_add_x_forwarded_for;
             proxy_set_header        X-Real-IP $remote_addr;
        }
        location /static/ {
            auth_basic              "OwnTracks pub";
            auth_basic_user_file    /usr/local/etc/nginx-ot.htpasswd;
             proxy_pass              http://172.30.1.9:8083/static/;
             proxy_http_version      1.1;
             proxy_set_header        Host $host;
             proxy_set_header        X-Forwarded-For $proxy_add_x_forwarded_for;
             proxy_set_header        X-Real-IP $remote_addr;
        }

        # HTTP Mode
        location /pub {
            auth_basic              "OwnTracks pub";
            auth_basic_user_file    /usr/local/etc/nginx-otpub.htpasswd;
            proxy_pass              http://172.30.1.9:8083/pub;
            proxy_http_version      1.1;
            proxy_set_header        Host $host;
            proxy_set_header        X-Forwarded-For $proxy_add_x_forwarded_for;
            proxy_set_header        X-Real-IP $remote_addr;

            # Optionally force Recorder to use username from Basic
            # authentication user. Whether or not client sets
            # X-Limit-U and/or uses ?u= parameter, the user will
            # be set to $remote_user.
            proxy_set_header        X-Limit-U $remote_user;
        }
    }

En bref, j'ai pris la configuration officielle, sans ajouter de chemin vu que le sous-domaine est dédié, et j'ai juste forcé la communication HTTPS et ajouté une Basic Authentication pour que ce ne soit pas ouvert au monde entier.

Il y aurait des choses à noter pour l'ajout d'un sous-domaine à mes scripts Let's Encrypt, mais je n'ai pas encore trouvé comment faire ça proprement, mon historique est un peu trop brouillon pour être publié.

Client Owntracks

Mon téléphone est le Kyocera Torque KC-S701 dont je vous ai déjà parlé, et dont l'âge commence à se faire sentir surtout par le fait qu'il est resté à Android 4.4 alors que de plus en plus d'applications réclament des versions plus récentes.

Je trouve que c'est la plus jolie indication de la durabilité de ce téléphone, mais ce n'est quand même pas super pratique au quotidien, en plus d'être source d'inquiétudes.

Bref, Owntracks fait partie de ces applications qui ont besoin d'Android 5.0 ou plus récent, que je ne peux donc pas trouver sur le Play Store de mon téléphone.

Je suis donc allée pêcher la version 1.2.7, qui serait d'après ce ticket la dernière à fonctionner sur mon téléphone.

Par souci de service public pour les besoins du présent billet, et pour être prête lorsque je changerai de téléphone, j'ai sorti ma tablette sous Android 7.0 pour essayer la dernière version (2.1.3).

En termes d'expérience utilisateur, pour mes besoins (donc sans rien utiliser du côté social ou automatisation), la seule différence entre ces deux versions est que la veille version est tout le temps dans ce qui est le mode Significant Location Change sur la nouvelle.

En dehors de cette chasse aux versions, je n'ai rencontré aucune difficulté particulière pour mettre en œuvre cette application, et l'image ci-dessus est une capture d'écran de mon navigateur de mon premier essai de cette application sur mon téléphone.

Je ne sais pas si c'était un coup de chance, ou s'il y a quelque chose de particulier aux déplacements motorisés, mais mes essais suivants à pied ont été beaucoup moins convaincants.

De ce que je comprends, dans le mode Significant Location Change, l'application demande au système d'exploitation de la réveiller lorsque la position change de 500 mètres ou tous les quarts d'heure, du moins dans les paramètres par défaut que je n'ai pas changés. Notez que dans la nouvelle application, il n'y a plus d'interface pour changer ces paramètres, il faut aller dans Configuration Management pour touiller les valeurs directement dans le JSON de configuration (locatorDisplacement et locatorInterval).

La nouvelle application apporte le mode Move, plus précis mais plus consommateur en batterie, où la position est demandée toutes les 30 secondes, et ça n'a pas l'air paramétrable.

Si j'en crois les mesures de consommation de l'Android sur ma tablette, le mode Move consomme en moyenne 115 mA quand il fonctionne. Je n'ai aucune idée de la réalité de cette valeur de courant, ni comment elle se traduit sur d'autres appareil, donc je vais considérer les Ampères comme une unité arbitraire de consommation électrique. Par rapport aux autres applications qui fonctionnent en arrière plan, ça me semble beaucoup, même si c'est peu par rapport à l'écran ou la veille 4G.

Mais parfois, il ne fonctionne pas, et aucune donnée n'est transmise au serveur. Le mode Significant Location Change fonctionne nettement moins souvent que le mode Move, mais quand il fonctionne il donne des points espacés d'environ 600 mètres, et il consomme 10 à 20 mA.

Une chose intéressante est que ces deux modes semblent tomber en marche beaucoup plus souvent lorsqu'il y a en même temps OsmAnd qui enregistre une trace GPS, aussi bien sur le téléphone que sur la tablette, comme s'il forçait des réveils du système de géolocalisation, qui le rendraient plus réactif pour Owntracks.

Client OsmAnd

Devant le manque de fiabilité de l'application Owntracks et sa consommation qui me semblait élevée en mode Move, j'ai eu envie d'essayer de faire communiquer OsmAnd avec mon serveur Owntracks.

Conceptuellement, la communication HTTP d'Owntracks n'est pas très compliquée : un bout de JSON qui est POSTé vers un URI donné avec une Basic Authentication.

Or, comme dit, OsmAnd est capable de communiquer avec Traccar, visiblement à coups de GET et quelques paramètres ajoutés dans la query de la requête. Je n'ai pas résisté à l'envie d'en chercher le code, mais c'est vraiment un GET codé en dur.

Je pense qu'il ne faudrait pas grand-chose pour POSTer à la place, donc peut-être qu'une âme charitable se penchera sur la question.

En attendant, je me suis fait un traducteur OsmAnd vers Owntracks qui accepte la requête GET et la traduit en POST, qui tourne dans la même jail (en espérant que je n'ai pas fait de gaffe qui va me compromettre mon serveur).

J'imagine que les esprits chagrins trouveront idiot d'utiliser le C pour faire un serveur web qui fait un petit traitement de chaînes de caractères avant de devenir client HTTP, alors que ça pourrait se faire en deux coups de cuiller à pot dans un langage de script quelconque.

Je leur ferai remarquer d'une part qu'il vaut mieux utiliser un langage sous-optimal que l'on connaît à peu près que de copier-coller du StackOverflow dans un langage plus adapté auquel on ne comprend rien ; et d'autre part que l'intérêt du système de base ultra-minimaliste des sjail est justement de ne pas avoir un interpréteur omnipotent sous la main.

Et puis moins de 400 lignes, commentaires et blancs compris, ce n'est pas loin d'être deux coups de pots de C.

Bref, une fois les petits soucis de traduction résolus (c'est quoi le délire de compter les millisecondes depuis l'Epoch UNIX ‽), ça l'avantage sur l'application Owntracks que ça marche extrêmement bien, et qu'une fois configuré je n'ai plus rien de particulier à faire pour partager les chemins que j'enregistre, et uniquement ceux-ci.

En revanche, côté consommation de batterie, je me demande si l'Android 7.0 de ma tablette ne se moque pas un peu de moi en prétendant pouvoir ventiler des dizaines de µAh par application.

J'ai pu mesurer une consommation moyenne de 90 mA pour OsmAnd qui enregistre mes traces GPS comme d'habitude, avec un point toutes les cinq secondes, sans aucun partage, et plus de 350 mA avec en plus un partage de la position toutes les cinq secondes. Mais ensuite, j'ai voulu voir le partage de position toutes les dix secondes, et je suis arrivée à environ 130 mA, mais en consommant vingt fois plus au retour qu'à l'aller.

Je pense qu'il faudrait faire plus de mesures pour pouvoir tirer une conclusion à peu près claire sur la consommation, mais ça me gonfle un peu de me trimballer avec la tablette (à moins d'en faire mon téléphone principal, en remplacement du Kyocera).

De toute façon, au point où j'en suis le surplus de consommation me dérange moins que la fiabilité aléatoire, donc je vais probablement rester sur l'enregistrement par OsmAnd quand quelqu'un d'autre que moi compte sur ce suivi, et peut-être tenter encore quelques expériences avec l'application Owntracks quand je suis seule.

Conclusion

Je m'attendais à ce que la mise en place d'une telle infrastructure soit une tâche titanesque, alors qu'en fait ça s'est extrêmement bien passé, aussi bien côté serveur que côté mouchard de poche téléphone.

Je suis aussi agréablement surprise par la simplicité de configuration de l'application et la simplicité d'utilisation de l'interface web du serveur, donc j'imagine tout à fait offrir ce servir à des proches qui voudraient que je les suive sur leur route.

Au point où j'en suis, il me reste plus qu'à peaufiner les invocations pour le lancement automatique de tous les services sur le serveur, et à réfléchir à une politique d'accès à ma position.

En gros, Owntracks Recorder permet de ne donner accès qu'à une partie des informations, et j'ai le choix entre fixer une plage temporelle déterminée, mais alors il faudrait que je reconfigure le serveur pour chaque voyage, ou fixer un intervalle de temps relatif (par exemple, les six dernières heures), mais alors il faudrait faire attention aux éventuelles indiscrétions si un proche se connecte en dehors des périodes prévues.

Publié le 30 novembre 2019

Tags : Geek

Masochisme littéraire

En cette période de mise à jour de liste d'idées cadeaux, je revisite la question de comment choisir un roman pour améliorer ses chances qu'il me plaise.

Et pour aborder cette question sous un nouvel angle, je vais commencer par une confession un peu honteuse : dans ma bibliothèque numérique, j'ai deux marque-pages, un à l'endroit où je suis dans le livre en cours, et un sur le chapitre 12 de Iron Kissed. Si vous en avez une copie sous la main, ça aidera peut-être à rendre plus clair ce que j'essaye de faire passer dans ce billet.

Pour vous peindre un peu le contexte, j'ai une mémoire relativement bonne, et en général elle marche trop bien pour me laisser apprécier une relecture. Il faut que je laisse passer des années, ou que j'aie une implication émotionnelle très forte dans l'histoire.

Évidemment, ce chapitre 12 est dans la deuxième catégorie : il fait des trucs à mon cerveau qui seraient probablement prohibés si c'était une molécule chimique.

J'ai déjà dit moult fois tout le bien que je pense de Crossover, avec ses six étoiles sur cinq, et il contient cet ingrédient-là aussi, mais avec plusieurs autres ingrédients que j'adore aussi, alors que le chapitre 12 est ce truc-là à l'état pur.

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc-là ?

Ce serait super pratique si je pouvais mettre un nom là-dessus, et pouvoir rechercher des histoires qui le contienne à dose plus ou moins forte.

Pour redonner une tranche de contexte, je suis globalement bon public, mais il y a quelques thèmes ou tropes que je ne supporte pas. Je n'aime pas du tout les triangles amoureux. Je déteste les ruptures. Les infidélités et autres trahisons amoureuses me mettent durablement dans un état pas joli-joli du tout, même après avoir refermé le livre, et il en est de même pour les viols et les situations horribles suffisamment désespérées pour me convaincre que l'histoire ne va pas la résoudre.

En essayant de ne pas divulgâcher, le chapitre 12 et son homologue dans Crossover sont le début d'une résolution d'une situation qui taquine sérieusement mes limites. Je crois qu'il n'y a pas que ça, il y a aussi quelque dans la façon dont cette résolution se produit, mais j'ai du mal à y voir clair.

Ce qui serait intéressant, ce serait de trouver d'une part, quels mots-clefs permettent de trouver des histoires qui ont quelque chose comme ça, et d'autre part comment déterminer si j'arrive à encaisser ce qui précède ou non.

Ce qui fait arriver à l'Appel au public : est-ce que mes descriptions là sont à peu près compréhensibles ? Faut-il que je précise un point ou un autre (ou tout) ? Avez-vous des titres à proposer pour explorer cet aspect ? Ou des mots-clefs à jeter dans un moteur de recherche ?

Publié le 31 octobre 2019

Tags : Appel au public Autoexploration Lecture

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