Requiescat II – Photographum

L'année 2018 semble accumuler les évènements d'électronique qui me lâche. Après mon téléphone mobile, qui a connu un retour à la santé miraculeux, c'est au tour de mon appareil photo compact d'évoluer vers sa forme de presse-papier de luxe, sans rémission en vue.

Expiration

Samedi matin, juste avant une sortie, j'ai sorti de mon sac mon appareil photo Fujifilm X70, pour faire les vérifications habituelles de niveau de batterie et de carte mémoire.

Dans un clic, l'interrupteur change de position. Il ne se passe rien.

Je vérifie que l'interrupteur est bien en position on, parce que lorsque l'appareil s'éteint spontanément pour conserver la batterie, l'interrupteur reste sur on, et le faire basculer en position off n'a pas d'effet visible. Mais cette fois, il était bien sur on, alors je le rebascule sur off et j'attends quelques secondes.

Clic. Toujours rien.

La folie, c'est refaire la même chose en espérant un résultat différent, mais le temps de saisir la situation, je refais un cycle.

Clic. Toujours rien.

Il me semblait l'avoir rechargé relativement récemment, mais je ne compte plus le nombre de mauvaises surprises en découvrant une batterie qui s'est vidée inexplicablement rapidement.

Je me saisis donc de ma batterie de rechange, et je procède au remplacement.

Clic. Toujours rien.

Là ça devient très inquiétant, parce que cette batterie de rechange n'a pu subir que l'autodécharge, et je n'ai pas encore eu de mauvaise surprise avec les batteries débranchées.

Clic. Toujours rien.

Je vais jusqu'à mon ordinateur, pour brancher l'appareil sur le câble micro-USB qui lui est branché en permanence. Le témoin qui indique l'alimentation ou la charge reste éteint, ce qui est inhabituel et renforce encore le sentiment d'inquiétude.

Clic. Toujours rien.

J'en arrive donc logiquement à la prise de conscience que ce cher appareil électronique est dans une panne sérieuse, et à la première étape du deuil électronique : le « pourquoi ? »

Le sac à dos dans lequel je transporte habituellement cet appareil n'a pas subi de choc particulier ces derniers temps, et il contient d'autres objets aussi fragiles qui sont encore en très bon état.

En revanche, il y a eu ces derniers jours quelques pluies soudaines et abondantes. Je me souviens avoir été impressionnée par le sac à dos qui a presque gardé au sec un carton que je transportais lundi dernier, il y avait juste une goutte d'eau tombée dessus, alors que je portais sur moi plus lourd d'eau que de vêtements. Et le mardi matin j'étais un peu moins impressionnée en trouvant mon à main (au fond dudit sac à dos) humide. Mais l'appareil photo, dans sa housse, était au niveau carton et non au niveau du sac à main.

N'ayant rien à perdre, j'ai mis l'appareil dans un sac de riz. Deux jours plus tard, son état n'a pas changé.

Clic. Toujours rien.

J'ai contacté l'entreprise de vente par correspondance qui m'a vendu cet appareil (d'occasion quasi-neuve), et ils m'ont proposé de le renvoyer contre un remboursement, car ils n'ont plus de stock de ce modèle.

Je n'ai rien trouvé pour « débriquer » ce modèle d'appareil, pas de combinaison magique ou de bouton à maintenir appuyé.

Si vous avez des idées de trucs à essayer avant de le renvoyer, je suis toute ouïe.

Nécrologie

Il semble très difficile de remplacer cet appareil par un modèle identique, donc sauf rémission inespérée, ceci marque la fin de mon avec le Fujifilm X70.

Vous vous souvenez peut-être que j'ai choisi ce modèle après de longues héstations, notamment encore un compact quelconque et le compromis très particulier que représente cet appareil.

C'est un bon moment de comparer mes réflexions a priori et mes impressions a posteriori.

Le but de mon achat d'appareil compact était de commencer à faire des photos en dehors d'expéditions dédiées au cours desquels je prends mon reflex numérique Nikon D7000

C'est bien un succès à ce niveau, même s'il est un peu plus mitigé que je l'espérais. Mon photoblog se remplit doucement, et il a un backlog plus gros que son archive, donc la photographie n'est même pas le facteur limitant.

Même s'il est compact, ce X70 a un capteur et un objectif qui me semblent jouer dans la même cour que la gamme de reflex que je pratique, il m'est donc arrivé quelques fois de le prendre à la place du D7000, lorsque l'objectif grand angle s'y prête.

La focale fixe ne m'a pas dérangée du tout, j'ai souvent composé avec, et parfois j'ai recadré après coup pour faire l'équivalent d'un zoom numérique. La résolution sur mon photoblog est tellement basse que ça ne pose pas de problème, et je n'ai pas encore les qualités pour faire de la photo qui mérite de se retrouver sur papier.

J'ai pu m'accommoder de l'absence de stabilisation, et je n'ai jamais volontairement utilisé le flash, je me suis à chaque fois débrouillée pour improviser un pied ou monter dans les ISO.

La visée sur écran est gérable, même si c'est très pénible au soleil, je n'ai jamais consciemment regretté de ne pas avoir de viseur. Et j'ai plusieurs fois apprécié les points de vue que l'on peut atteindre en visant sur l'écran incliné.

La vidéo ça n'a vraiment pas l'air d'être mon truc.

Je ne m'attendais pas à accrocher autant au système de simulation de film de Fuji, et j'en discutais encore dans mon dernier billet. Je me demande à quel point c'est juste un tas de presets des paramètres de traitement numérique traditionnels, ou s'il y a du traitement original de Fuji en plus.

Dans l'ensemble, entre les simulations de films et la qualité des JPEG qui en sortent, le X70 permet de se passer complètement d'ordinateur, en faisant tous les traitements dans l'appareil. Pour les photos du quotidien qui ne méritent pas de sortir le reflex, c'est appréciable de ne pas avoir à sortir quand même l'artillerie lourde sur l'ordinateur.

J'ai aussi énormément accroché à l'interface physique, avec des boutons dédiés au temps d'exposition, à l'ouverture, et à la compensation. C'est colossalement plus à mon goût que le système « PSAM » habituel, bien plus que je m'y attendais.

Bref, je suis très contente de feu cet appareil et du compromis qu'il représente, et a posteriori je suis persuadée d'avoir fait le bon choix.

Si vraiment je devais lui faire des reproches, c'est vrai que la batterie est un peu courte, et je n'ai pas regretté d'en avoir une deuxième prête à servir. En même temps, ce n'est pas un appareil pour les expéditions photos, donc il n'y a guère qu'en vacances que ça gêne vraiment, mais ces dernières années j'ai préféré plus vivre les évènements que chercher le point de vue du photographe, fatalement extérieur.

Et il y a le fait qu'il n'est pas si compact que ça. J'aurais eu les mêmes difficultés d'EDC même avec un vrai compact, vu que le peu de poches dans ma gamme vestimentaire, mais il est de fait que ça limite les solutions pratiques de port.

Succession

Il y a donc maintenant dans ma vie un trou en forme d'appareil photo compact. Qu'en faire ?

Je crois que si je tombais un X70 en bon état, je sauterais (figurativement) dessus. Imaginons donc, pour le reste de cette partie, que ce ne soit pas le cas.

Du coup j'ai passé un temps indécent sur DPReview pour chercher avec quoi combler ce trou.

À l'époque de mon hésitation, j'avais envisagé le Ricoh GR II, mais pour des raisons pas très claires il ne me tente plus du tout.

La série des X100 de Fujifilm semble être ce qui se fait de plus proche aujourd'hui. Le X100F a l'air sympathique, mais la génération précédente, X100T a l'avantage d'utiliser les mêmes batteries que le X70.

Cela dit, ils sont significativement plus gros que le X70, et surtout beaucoup plus chers, ce qui rend d'autant plus dérisoire l'argument de réutiliser ma batterie de rechange. J'y mettrais peut-être ce budget si je voulais remplacer mon reflex D7000, mais il faudrait renoncer à trop de cas d'utilisation.

Le Canon G7X II, que j'avais retenu lors de mon hésitation, reste le plus tentant des compacts traditionnels. Il y a entretemps un G9X II qui est sorti, avec la même électronique, plus petit et moins cher, au prix d'un écran fixe et d'optiques moins bonnes. DPReview le recommande, mais je crois que je préfère quand même le G7X.

Mais j'ai un peu peur de trouver ces compacts trop quelconques. Sans le fun de construire autour des contraintes du X70 des images « qualité reflex », est-ce que je le sortirais aussi souvent ? Dur à prévoir, tant j'ai du mal à quantifier ce fun subtil.

Et puis malgré le capteur plus petit et les optiques dans une gamme plus basse, le comparateur de DPReview ne me donne pas l'impression d'une différence flagrante de qualité visuelle entre X70, X100F et G7X.

J'avais aussi regardé le Panasonic DMC-LX100, comme successeur au X70 dans l'idée « gros capteur dans un boîtier aussi compact de possible », mais il est un peu trop cher pour ce poste budgétaire, et je crains un peu que le progrès logiciel fasse plus que compenser la taille du capteur du G7X.

Mais tout ça, c'est remplacer le X70 sans tirer les leçons de sa disparition. Ne devrais-je pas plutôt regarder du côté des compacts blindés et étanches ?

Alternativement, je pourrais profiter de la situation pour ne pas repartir dans le compact.

Par exemple, je pourrais considérer la photo impromptue comme un échec, et m'en tenir aux expéditions photo reflex. J'ai déjà trop de loisirs par rapport à mon temps libre, il est peut-être temps de faire des coupes franches choisies au lieu de les subir.

Ou peut-être simplement faire plus attention au capteur photo lorsque je choisirai mon prochain téléphone mobile (mais alors, que faire en attendant ?).

Ou alors, je pourrais suivre l'exemple d'un certain nombre de personnes que je connais plus ou moins, en laissant tomber le reflex au profit d'un bridge aussi flexible et bien plus pratique.

En plus j'avoue que je me passerais volontiers des réactions des gens à la vue d'un reflex, à toutes choses égales par ailleurs je préfèrerais un appareil photo qui ait l'air d'un jouet qu'un qui ait l'air « sérieux ».

Si vous avez des avis ou des conseils sur ces questions, c'est bienvenu aussi (quoique pas autant qu'un miracle qui répare mon X70), même si je crains qu'il faille raffiner le cahier des charges avant de pouvoir utilement chercher conseil.

Miracle solsticial (ajout du 20 juin 2018)

Vous vous en doutez, avant d'écrire ce billet, j'ai immédiatement pensé à la situation similaire avec mon natel, qui s'est terminée par un retournement de situation qui m'a semblé miraculeux.

Mais je connais assez bien le monde du logiciel pour savoir qu'il est complètement délirant, et que des situations loufoques sont complètement dans le domaine du possible.

Alors que là, c'est manifestement un problème physique, ou au moins électronique. Ça devrait suivre un ensemble de règles simples et cohérentes.

Genre un composant qui casse parce qu'il a subit des contraintes mécaniques (par exemple un choc) au-delà de ce qu'il peut supporter, il va rester définitivement cassé. De l'eau qui emmène trop de courant à un endroit où il ne devrait pas y en avoir tellement, ça va aussi détruire irréversiblement quelque chose. De l'eau qui cause une corrosion, ça ne va pas être aussi rapide, mais ça ne va aussi aller que dans un seul sens.

Bref, des états clairs, bien distincts, avec des transitions sans ambiguïté.

Donc cet appareil photo qui mime un presse-papier le samedi matin, il n'a rien pu lui arriver mécaniquement dans les quinze heures qui précédent, et aucune infiltration aqueuse dans les quatre jours qui précède, il est globalement en régime permanent.

Quand il n'est manifestement pas capable de sortir de cet état en ajoutant de l'énergie, et quand une journée et demie sans aucune source d'énergie ne fait rien évoluer, on peut raisonnablement penser son état est définitif.

Non ?

Alors quel phénomène a bien pu se produire pendant le jour et demi suivant, pour qu'il se remette à fonctionner comme si rien n'était ? En perdant moins de 10 minutes à l'heure courante ? Quel processus est à l'œuvre pour qu'un jour et demi sans batterie ne corrige rien mais trois jours corrigent tout ?

Y a des gens qui m'ont parlé de soudure sèche et d'électrolyse lente, et c'est vrai que mon expérience professionnelle ces derniers mois m'a donné l'impression qu'en vrai le hardware c'est un monde aussi délirant que le logiciel, l'impression de logique et de cohérence des cours de physiques étant comparable à celle des analyses de complexité des algorithmes de tri habituels.

Donc à ce stade, ça pourrait aussi bien être l'offrande aux dieux du riz, malgré les moult pages internet qui expliquent que les prier sans offrande est tout aussi efficace, je ne voudrais pas risquer de les offenser.

Ou ça pourrait aussi bien être les répercussions quantiques du choix sincère d'un modèle de remplacement (à savoir le Canon G7X II).

Ou ça pourrait aussi bien être l'invocation en latin publiée sur un weblog.

Quelqu'en soient les tenants et les aboutissants, j'ai donc un Fujifilm X70 qui fonctionne impeccablement depuis presque vingt-quatre heures. Je vais le garder en observation pendant les jours, voire les semaines, qui viennent, parce que la confiance, ça ne se répare pas comme ça.

Contrairement à la fois avec mon smartphone, le fait de croire sincèrement que cet appareil était perdu ne m'a pas ouvert d'alternative qui me semble plus désirable.

Je pourrais certes imaginer quelques améliorations mineures pour le rendre encore plus à mon goût, mais dans l'ensemble toutes les alternatives que j'avais envisagées sont des pis-aller par rapport au miracle qui s'est finalement produit.

En supposant qu'il ne rechute pas rapidement, je tire quand même de cette expérience la désagréable impression que (ma représentation du) monde est un peu moins solide qu'avant, et l'énorme frustration de ne pouvoir tirer aucune leçon pratique de cet épisode.

Publié le 18 juin 2018

Tags : Évènement Jouets

Every Day Carry en 2018

Comme en 2015 et en 2016, je vais vous parler d'Every Day Carry, c'est-à-dire du bazar que j'emporte plus ou moins tous les jours avec moi.

Je n'ai pas fait d'édition 2017, parce que ça n'avait pas tellement changé. En deux ans ça a un peu plus changé, mais moi j'ai plus changé dans la façon dont je regroupe ces objets. Je ne vais pas vous faire un bête diff (à part dans le petit encadré ci-dessous, pour ceux que ça intéresse vraiment), à la place je vais tout reprendre depuis le début, comme ça le présent article est indépendant et n'a pas besoin du tag Suite.

Ce qui a changé dans la façon dont je regroupe ces objets, c'est que je n'ai plus un sac-à-main fourre-tout et éventuellement un sac de boulot, mais les choses sont (un peu) plus modularisées. Et à force de réfléchir en module, et avec plusieurs voyages courts ces derniers mois, j'ai développé des modules pour le quotidien pas chez moi. En fait, on pourrait voir ça bêtement comme une checklist avant de partir en voyage, modulée suivant le type de voyage.

Enfin par honnêteté il me semble pertinent de préciser qu'au moment où j'écris ces lignes, ces modules sont plus des projets qu'une réalité, parce que je n'ai pas encore trouvé les conteneurs pour les utiliser comme je le décris ici.

Évolution de l'EDC

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Cet encadré est pour ceux qui ont encore en tête mon EDC version 2016 et qui veulent juste voir les différences en deux ans.

J'ai n'ai abandonné que le Leatherman Micra, parce que finalement les ciseaux du Victorinox Spirit me suffisent.

J'ai fait quelques remplacements d'objets à peu près équivalents :

  • la NomadKey a cassé et a été remplacée par un bête câble micro-USB de 15 cm,
  • le Jackknife a été remplacé par un jeu de bogota, plus petits et plus pratiques,
  • la pince à épiler a été remplacée par une autre plus à mon goût,
  • le sac plastique a été remplacé par un autre qui contient son emballage,
  • le porte-monnaie TruVirtu marron a été remplacé par un bleu, que je trouve plus joli,
  • le stylo plume Custom Heritage 92 a été remplacé par un Cocoon, moins cher pour le laisser au boulot,
  • la petite règle a été perdue et remplacée par une règle molle Maped.

Et j'ai ajouté pas mal de choses même en gardant le même périmètre que les billets passés :

  • un câble micro-USB OTG,
  • une lampe torche frontale ZebraLight,
  • quelques mètres de paracord,
  • une batterie USB,
  • un briquet Zippo avec un brûleur à gaz,
  • une oreillette Bluetooth,
  • des lunettes de soleil.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Module 1 : extension de moi

Photo des objets du module 1

Les objets de ce module sont ceux que je voudrais avoir à portée de main en permanence, soit pour utilité critique en cas de besoin (pas forcément fréquent), soit parce que leur valeur est colossalement réduite par la nécessiter d'aller les chercher.

Concrètement, c'est ce que je mettrais dans mes poches si j'en avais.

Quand j'ai commencé à réfléchir à ce module, je prenais l'heuristique de tous les objets que je voudrais avoir avec moi-même en allant aux toilettes, en laissant le reste est dans un endroit sûr. Du coup je me retrouvais à vouloir y mettre des serviettes hygiéniques et des lingettes, alors qu'en fait je n'ai besoin de ça tout le temps sur moi.

La lampe et la pince sont à la limite entre ce module et le module 3.

Je mets la pince ici pour toutes les situations d'urgence qui demandent un outil et qui ne permettent pas d'attendre mon sac-à-main, soit parce que l'accès est bloqué soit parce que le temps pour l'atteindre est trop long. Ces situations sont cependant un peu trop rares pour justifier pleinement le port d'un tel outil.

Mais il y a aussi toutes les situations plus banales, où l'avantage d'un outil spécialisé ne suffit pas à compenser la facilité d'un outil généraliste déjà sous la main (surtout lorsqu'il y a un risque que l'outil spécialisé ne soit pas là où on croit qu'il est). Alors que s'il faut faire de toute façon quelques pas et fouiller dans un sac pour attraper n'importe quel outil, autant prendre l'outil le plus adéquat.

Pour la lampe, la question est surtout la compétition avec le flash du téléphone, utilisé en continu comme le permet de nombreuses applications, ou avec l'écran du téléphone pour moins de puissance lumineuse. J'imagine qu'on pourrait se dire que le téléphone suffit pour les situations d'urgence et reléguer la lampe au module 3, voire se dire que le téléphone suffit tout le temps.

Cette lampe a deux avantages sur le téléphone qui justifient à mes yeux de la trimballer au quotidien, sans compter l'indépendance des batteries, qui permet d'utiliser l'un sans craindre de perdre l'autre, parce que même si j'aime bien ce point je ne le trouve pas assez important.

Le premier est la large gamme d'intensités lumineuses (sur trois ordres de grandeurs), qui lui permet d'être (un peu) plus forte que le flash de mon téléphone, ou de ne pas s'éblouir et ne pas réveiller ou déranger les gens autour.

Le deuxième est que le téléphone mobilise presque toujours une main, alors que cette lampe peut être posée sur surface plane, ou clipsée à un vêtement, ou accrochée à la tête, et avoir ainsi les deux mains disponibles pour agir sur la zone éclairée.

Cependant L'utilisation frontale ne me semble pas assez intéressante pour s'embêter à transporter le harnais dans ce module.

Module 2 : le précieux

Photo des objets du module 2

Les objets de ce module sont ceux que je garde près de moi uniquement pour leur valeur.

Par rapport au module précédent, c'est ceux que je voudrais avoir avec moi quand je vais aux toilettes et que je n'ai pas complètement confiance dans les capacités de surveillance de mon groupe. Par exemple dans un bar avec des collègues.

Au passage, il y a avec mes clefs un Tidashi, dont je n'ai encore jamais eu besoin, et que je transporte uniquement pour faire joli et me soumettre à la tentation de troller le théâtre sécuritaire des aéroports.

Suivant les conditions de transports, je suis prêt à laisser chez moi le carnet de tickets restaurant et à n'en transporter qu'un seul dans le porte-monnaie. En revanche la carte d'identité ne rentre pas dans ce format.

Je suis un peu tentée d'y mettre aussi un petit carnet de notes, parce que certaines notes sont précieuses pour moi. Ça va un peu contre mon principe qu'une information qui n'existe qu'en un seul exemplaire peut être déjà considérée comme perdue, mais quand même…

Dans ce cas, je mettrais avec un stylo bille Zebra SL-F1, parce que du papier sans rien pour écrire dessus, ça ne me satisfait pas vraiment.

Module 3 : les outils du quotidien

Photo des objets du module 3

Les objets de ce module sont à peu près le reste de mon sac-à-main fourre-tout, c'est-à-dire tout ce que je veux avoir à peu près tout le temps à ma disposition, pour faire face au quotidien.

Module 4 : le transport quotidien

Les objets de ce module sont ceux que je veux avoir à portée de main pendant mes déplacements urbains habituels, mais qui sont d'un intérêt très limité dans les environnements intérieurs privés entre lesquels je me déplace.

Il y a aussi le lecteur d'e-books qui est à la limite, parce que je ne m'en sers pas que dans les transports, mais aussi dans les autres situations où je dois temporiser, comme les queues ou les salles d'attente. Je ne sais pas si je peux compter sur le fait que ces situations sont toujours adjacentes à un transport. On pourrait par exemple imager une attente après un vestiaire dans lequel j'aurais laissé tous les objets de ce module.

Module 5 : au travail

Mon employeur me fournit tout ce qu'il faut pour travailler, comme il me semble que c'est souvent le cas dans les emplois de bureau de nos jours. Il y a cependant des objets, surtout de la papeterie, que je trouve bien plus confortables que les équivalents habituels, alors je les gère moi-même.

Photo des objets du module 5

Je suis ces jours-ci dans un environnement professionnel dans lequel j'ai plus confiance qu'en 2016, et avec plus d'espace personnel. Donc au lieu de tout transporter comme à l'époque, je ne garde avec moi plus que le Thinkpad, et je laisse le reste sur mon lieu de travail (d'où le fond différent sur la photo).

J'ai également dans un tiroir de mon bureau un certain nombre d'ustensiles alimentaires, dont la spork de LightMyFire, des baguettes de TiSurvival, le Victorinox Solo que je vous ai déjà présenté, et des contenants de Sea-To-Summit.

Module 6 : en déplacement

Les objets dans ce module sont ceux que j'utilise tous les jours chez moi, mais que je n'ai habituellement pas besoin de transporter, parce que je vis chez moi.

On est encore dans une page d'EveryDay Carry, donc il n'est pas question de faire une liste de tout ce dont je pourrais avoir besoin en vacances, mais plutôt une liste de ce que j'utilise sans y penser et qui risque donc de me manquer.

À cette liste j'ajoute aussi des objets pour les longs voyages, avec quelques explications :

Sous-module premiers soins

Photo des objets du sous-module premiers soins

J'avais écrit en 2016 que j'avais remplacé ma petite boîte à médicaments par une boîte d'Altoids, dans l'espoir d'en faire une mini trousse de premiers soins.

Voici ce qui s'y trouve ces jours-ci :

Pour l'instant rien de m'a manqué, et depuis que je transporte ça j'ai tout utilisé au moins une fois, donc c'est pas mal pour un EDC.

Je n'arrive pourtant pas à me débarrasser de l'impression que ce serait pas mal de mettre quelques trucs de plus, mais je n'arrive pas à trouver quoi. Si vous avez des suggestions, je suis toute ouïe.

Bonus : question aux photographes

J'avais fait une première série de photos pour ce billet avec l'émulation de film Velvia, et ça me plaît beaucoup moins que les équivalents Classic Chrome ci-dessus. Saurez-vous mettre des mots sur pourquoi une de ces émulations est plus jolie que l'autre ?

Conclusion

Je soupçonne qu'à ce stade j'ai perdu à peu près tout le monde en route, mais au fond ce n'est pas si grave, ce billet est autant pour moi que pour les autres.

Une fois cette joyeuse liste établie, on arrive à la question de quels conteneurs utiliser dans diverses circonstances. Ces jours-ci, j'ai à peu près les modules 1, 2, et 3 dans mon sac à main pour les trajets personnels ; entre le travail et chez moi j'ai un sac à dos (RiutBag R15) avec ledit sac à main, le module 4, et le Thinkpad du module 5 ; et pour les voyages courts je sors le sac à main du sac à dos et j'y mets le module 6 à la place.

Mais comme dit, j'aimerais bien avoir le module 1, et peut-être le 2, plus proche de moi, et je cherche encore quelle combinaison de sacs ou de poches peut me permettre d'y arriver.

Si dans tout ce tas de trucs il y a des objets qui vous intriguent, ou sur lesquels vous voudriez mon avis un peu plus détaillé, n'hésitez pas à le demander et je leur ferai un billet.

Publié le 30 mai 2018

Tags : Jouets

Internet et moi, au fil du temps

Au cas où des voyageurs venus du futur tomberaient sur ces lignes, je vais commencer par rappeler un peu de contexte historique : après le scandale Cambridge Analytica, des gens commencent à prendre vaguement conscience de problématiques de vie privée par rapport à Facebook, et il y a des appels à abandonner la plateforme (chose que je ne peux pas faire, faute de compte), dont les effets vus d'ici sont plutôt mitigés.

Dans ce contexte, je suis tombée sur une tribune intitulée Pourquoi je ne quitte pas (encore) Facebook, qui met des mots sur une intuition que j'avais sur l'évolution d'internet et de son utilisation depuis le début du siècle.

Toutes ces idées très intéressantes ont opportunément rencontré une introspection que je mène ces derniers temps sur le fait que beaucoup de gens se plaignent de la quantité d'informations à laquelle ils sont confrontés, alors que c'est un sentiment que je ne vis pas du tout.

Du choc de ces deux flux d'idées naît le présent billet, un peu brut, que j'aimerais bien confronter à votre vécu.

L'Ancien Monde contre le Nouveau Monde

En fait ce qui m'a le plus marquée dans cette tribune, c'est l'idée du « passage de l'Internet de la visite à celui de la notification ».

Moi aussi, je garde un souvenir ému des pages personnelles, de ces dossiers de « marque-pages » de gens qui écrivent des trucs intéressants, qu'on visite régulièrement, et des liens humains qui se créent comme ça.

Il n'aura probablement pas échappé à votre sagacité que la page que vous êtes en train de lire appartient à un site qui est exactement ça, à l'instar de son auteure, dinosaure rescapé d'une époque révolue et qui n'a pas encore remarqué qu'il est plus-que-temps de disparaître.

Sauf qu'en fait non, la période des marque-pages est surtout le résultat de ma propre incompétence (de novice), et cette époque empreinte de nostalgie contenait en vrai des flux RSS, qui apportaient déjà de la notification. Comme le disait si bien Willian Gibson, le futur est déjà là, il n'est simplement pas réparti équitablement.

Mais alors, qu'est-ce qu'il y a comme différence entre un lecteur de flux RSS et la newsfeed de Facebook ?

Comment voulez-vous que je le sache, depuis le temps que j'ai quitté ce site !

En revanche, je connais Twitter, j'y ai un compte. Je me souviens qu'un des arguments qui m'avait poussée à m'inscrire, c'était justement un ami qui le présentait comme une version améliorée du lecteur de flux. Et améliorée justement par le tri que font certaines personnes, de sorte qu'en suivant des gens avec qui on a des intérêts communs, on peut compter sur eux pour ne faire passer que les éléments les plus intéressants de ce qu'eux-mêmes voient.

De ce que je comprends de Facebook, c'est l'étape suivante dans l'évolution du lecteur basique qui affiche tout au lecteur amélioré par une sélection humaine, en étant un lecteur amélioré par une sélection automatique.

Dit comme ça, ça n'a pas l'air si méchant que ça. Probablement parce que cette description, c'est encore l'Ancien Monde, en ne changeant que les technologies. Elle passe à côté de l'essentiel du changement, qui est plus au niveau de l'utilisation des technologies que des technologies elles-mêmes.

Le contenu contre le contenant

J'ai l'impression que le plus gros changement n'est pas tant la façon dont l'information arrive aux gens, mais la nature de cette information.

À l'époque des pages personnelles, les contraintes techniques faisaient que le contenu était surtout des gros morceaux de texte, éventuellement agrémenté de quelques images.

En plus de réclamer une certaine affinité technique, ça imposait une démarche que je qualifierais volontiers d'« épistolaire ». C'est un écrit relativement long, structuré, et réfléchi. C'est la version individuelle de ce que j'adorerais trouver dans la presse.

Aujourd'hui, il y a une certaine démocratisation, et je pense sincèrement que c'est une bonne chose. Relâcher le filtre de la technique fait fatalement diminuer le niveau moyen, mais c'est quand même une bonne chose, parce que « niveau moyen » est un niveau sur une échelle subjective, et la diversité n'est mauvaise que pour les intolérants ou lorsque la sélection est trop difficile.

Ce que je vois d'un moins bon œil, c'est l'accélération. Les textes sont plus courts, moins construits, et surtout moins réfléchis. Je ne suis pas sûre qu'il y ait plus d'opinion qu'avant, mais en passant du développement à l'éructation, on est passé de la possibilité de convaincre ou au moins faire réfléchir à l'injonction de prendre parti dans un sens ou dans l'autre.

Je veux bien qu'on ouvre la gamme des communications électroniques aux émotions, mais je pense qu'il faudrait quand même se demander quel est le but de ces communications, que ce soit pour l'émetteur ou le récepteur.

Si je suis prête à recevoir et étudier les idées de n'importe quel humain (ou non-humain, d'ailleurs), je me contrefous joyeusement des émotions de milliards d'humains, et je ne tiens pas à leur soumettre les miennes.

Je me rends bien compte que je ne suis probablement pas représentative, en cherchant de la profondeur dans toutes mes relations humaines, mais j'ai quand même l'impression que le Nouveau Monde est majoritairement constitué de l'exploitation commerciale d'éléments comportementaux induits à outrance.

Vu d'ici, c'est tellement gros que je me dis que ce n'est pas possible que ce soit aussi simple, et pourtant ça a l'air de marcher. Si les notifications intrusives et émotionnellement chargées provoquent bien la décharge de dopamine dont j'ai plusieurs fois entendu parler (mais qui n'a pas l'air de marcher sur moi), Facebook et Twitter et les autres ont un comportement logique d'exploitation non-durable de leurs ressources pour faire payer les annonceurs.

Et là en fait que se trouve la différence majeure entre le lecteur de flux amélioré par sélection humaine et celui amélioré par sélection automatique : on peut comprendre l'humain qui fait la sélection lorsqu'on le choisit, et indirectement contrôler le filtrage que l'on se donne pour son propre intérêt, alors que le filtrage automatique est contrôlé par un marchand de pub' pour son intérêt à lui.

C'est pour ça que ce n'est pas sans inquiétude que je vois Twitter vouloir prendre le chemin de Facebook, que j'espère que la vague Mastodon ne m'atteindra pas trop tard.

L'enclave du passé

Les forces en présence étant posées, je vais essayer de vous décrire mon Ancien Monde, tel qu'il est en 2018. J'en ferai peut-être une version raffinée dans un article de natologie un de ces jours.

En général, j'agis par défaut de la façon dont j'aimerais bien voir les autres agir, et en l'occurrence le présent site est exactement ce que j'adorerais retrouver chez les autres.

Comme je l'ai expliqué plusieurs fois, dans ce site je colle bout-à-bout deux choses très différentes : des nouvelles personnelles, dans le présent weblog ; et des pages qui peuvent éventuellement avoir un intérêt pour elles-mêmes, dans tout le reste du site.

Ces deux sections visent deux objectifs différents, et c'est pour ça que je propose des flux ATOM pour chacune d'entre elles indépendamment.

Les nouvelles personnelles servent à transmettre des émotions, et ma petite vie à moi, et n'a pas d'autre ambition que de maintenir un lien humain déjà existant ou naissant. Ces pages sont là pour les gens qui s'intéressent à moi en tant que personne, et qui voudraient maintenir un contact humain malgré les kilomètres ou l'emploi du temps.

Le reste du site sert à transmettre des idées, ou d'autres choses qui peuvent intéresser des gens qui ne me connaissent pas du tout et n'ont a priori que faire de mon sort.

Je présente ça parce que j'ai les deux, mais c'est un choix personnel, et je ne tiendrais rigueur à personne de n'avoir une présence numérique que sur un seul des deux aspects.

Mon utilisation de Twitter est (pour l'instant) le symétrique en réception de ce qu'est mon site en émission : je suis les comptes de ma famille et d'amis, dont le sort me touche personnellement, et des comptes de gens qui parlent de sujet qui m'intéressent.

J'avais envie de prendre mon lecteur de flux pour faire le symétrique, mais je sens que j'aurais été très déçue de pouvoir compter sur mes doigts les blogs d'amis encore mis à jour et avoir l'autre main encore libre pour taper.

Le problème de Twitter, c'est que contrairement au présent site, il n'y a pas généralement pas de séparation entre le personnel et les idées. Je pense que le plus flagrant ces jours-ci est Maître Eolas, dont j'apprécie énormément la vulgarisation sur son blog, mais sa chute en vélo m'indiffère autant que n'importe quel autre fait divers routier.

Ces derniers temps, avec les ambitions de filtrage de Twitter, et la toxicité de la plateforme qui plane au-dessus de mon utilisation comme une épée de Damoclès, j'ai commencé à envisager son abandon, et donc compter le temps que je perds passe dessus et où trouver ce que j'y trouve.

Je dois reconnaître qu'il y a une bonne quantité d'édification personnelle ces dernières années que je dois à des retweets « hors sujet ». Je ne saurais pas trop donner d'exemples, parce que toutes ces évolutions ont été assimilées au point de faire partie de moi, et je ne sais plus retrouver l'avant ou la transition. Mais en dehors de liens partagés par IRC ou par Twitter, je ne trouve sur internet à peu près que ce que je cherche, ce qui n'est pas propice à la découverte de nouveaux concepts.

C'est pour ça que je n'ai aucune envie de retourner sur Facebook et que je suis prête à lâcher Twitter au moment où ils introduisent du filtrage algorithmique : pour les raisons mercantiles évoquées, ce filtrage va chercher une réaction binaire, et je vais me retrouver dans un bulle coupée de nouveaux concepts.

Et la quantité de données ?

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONEL

Avec tout ça, je n'ai pas expliqué pourquoi je n'ai pas l'impression d'être submergée d'informations, mais je n'ai pas les idées très claires sur cette question.

J'imagine qu'on pourrait se dire que Mme Golovina aurait une intelligence suffisante pour gérer plus d'informations que la plupart des gens, mais ça ne me convainc pas vraiment parce que le système des réseaux sociaux ressemble à une boucle d'auto-amplification et submergerait n'importe quelles capacités pour peu qu'on soit susceptible à cet effet.

Je regarderais plutôt du coûté de mon insensibilité à cette prétendue décharge de dopamine à chaque notification.

Ou alors le fait que je n'utilise pas de notifications au sens habituel, j'utilise les réseaux sociaux comme un canal IRC ou un lecteur de flux, je prends l'initiative de chercher les mises à jour quand je le veux, et il n'y a rien qui vienne me chercher comme un SMS ou un hilight sur IRC.

Ou peut-être parce que cette utilisation rend plus évident le budget temporel dédié aux réseaux sociaux, et invite naturellement à dimensionner les comptes suivis pour tenir dans ce budget.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONEL

Que faire maintenant ?

Malheureusement, avec tous ces efforts pour ne pas jouer le jeu de Facebook, je me trouve à me couper des gens (dont je voudrais vraiment avoir des nouvelles) qui ne communiquent que par cette plateforme. Je ne sais pas combien de temps je fais résister à cette tentation.

Est-ce qu'il y a un moyen de se développer personnellement sans les articles fortuitement rencontrés par Twitter ? Je sais que je rate beaucoup de choses dans les essais et les livres « non-fiction », mais un seul de ces livres sur un concept auquel je n'accrocherais pas représente des semaines de mon utilisation actuelle de Twitter…

Et avec tout ça, je suis restée au stade textuel du web 0.8, et il y a tout un monde de podcasts et de vidéos que je rate complètement parce que je supporte moins en moins firefox et que je me retranche dans w3m.

Et à chaque fois que je regarde avec tristesse mon lecteur de flux RSS, je me demande à quel moment ce sera à mon tour de mettre la clef sous la porte. Est-ce que le présent site apporte quelque chose à qui que ce soit ? Est-ce que ça a vraiment un sens de passer des heures à concevoir un article comme celui-ci au lieu de simplement twitter un gif de chien en train de péter ?

Publié le 30 avril 2018

Tags : Autoexploration Réflexion Société Vision atypique

Requiescat

Hier, mon téléphone portable Kyocera Torque KC-S701 est soudainement devenu inutilisable. Je vais vous raconter dans ce billet les symptômes du mal qui le ronge, puis les détails techniques de ce que j'ai essayé de faire pour arranger ça, et enfin les différents avenirs que j'envisage si je n'arrive pas à le refaire fonctionner.

Le point faible de Dormammu

Je ne vais pas vous divulgâcher le film Doctor Strange, mais j'imagine que ceux qui s'en souviennent comprendront le parallèle.

Depuis plusieurs mois, ce téléphone prétendument intelligent redémarre spontanément de temps en temps, sans que je trouve quoi que ce soit à corréler à ce comportement. Évidemment, la pauvreté des logs et les cachoteries de l'interface qui se croit user-friendly n'aident pas vraiment.

Jusqu'à hier, ça n'avait pas plus de conséquence que l'exaspération d'un outil qui ne se laisse pas assimiler et la consommation monstrueuse de batterie lorsqu'il plante le soir et qu'il passe toute la nuit à demander la passphrase avec l'écran éclairé au maximum.

Je ne sais pas exactement ce qui a changé en ce vendredi 30 mars, mais vers 16h, presque immédiatement après un redémarrage, il a redémarré encore. Et puis encore. Et encore. Jusqu'à ce que je profite des quelques dizaines de secondes d'utilisabilité pour l'éteindre complètement.

Bref, il est techniquement mort. Je n'ai pas essayé de seulement attendre qu'il revienne à la vie spontanément, mais ce serait une mauvaise blague.

Au bloc opératoire

Le régime sec

J'ai essayé de le laisser reposer, des fois qu'il change d'avis, ou qu'il refroidisse.

J'ai coupé le wifi, les données mobiles, et puis j'ai même mis le mode « avion ».

J'ai trouvé un SafeMode en maintenant appuyé le bouton de diminution du volume pendant tout le démarrage.

J'ai supprimé ou désactivé toutes les applications qui pouvaient l'être.

Rien de tout ça n'a eu le moindre effet visible.

Vendredi soir, après avoir seulement coupé le wifi et les données mobiles, il semblait tenir le coup. Je ne sais pas exactement à quel moment de la nuit il est reparti en crashloop, mais aujourd'hui, couper wifi, données, ou même toute émission radio, n'a pas aidé.

Les étrangetés sécuritaires

J'ai assez tôt voulu revenir à une image logicielle de confiance.

Je veux dire par là que c'est un Android version 4.4.2, c'est-à-dire antédiluvienne et dont les trous de sécurités évoquent plus la passoire que le coffre-fort. Donc je ne serais pas surprise qu'une publicité malheureuse m'ait refilé la chtouille, surtout avec l'idée malheureuse d'installer un jeu évidemment financé par l'exécution de code arbitraire la pub'.

Donc pour vérifier que le souci n'est pas logiciel, le truc évident c'est un Factory reset.

Il m'a fallu pas mal de temps pour sauvegarder tout ce qui m'intéressait sur ce téléphone, par tranches d'une vingtaine de seconde entre deux redémarrages.

Et puis une fois dans le menu du Factory reset, après avoir confirmé que je suis bien sûre de vouloir tout arracher, j'appuie sur le bouton final. Il devient vert quand je pose le doigt, et il redevient blanc quand je relève le doigt. Et rien d'autre ne se passe. Je réappuie, encore, encore et encore. Toujours rien.

Encore plus tôt, j'avais essayé d'enlever le chiffrage du disque, pour ne plus être obligée de rentrer la phrase de passe à chaque redémarrage. J'ai été un peu étonnée que dans le menu Decrypt, après les confirmations habituelles le bouton final soit Encrypt my phone. Mais pareil, aucun effet. J'avais attribué ça au fait qu'il soit encore tôt dans le démarrage, et peut-être que tout n'est pas encore prêt. Mais là, la similarité est suspecte.

Dans l'opération nettoyage de toutes les applications, j'ai voulu désinstaller des applications qui avaient des droits spéciaux d'administration. Ce sont des applications que j'ai installées volontairement et je leur avais donné ces droits en connaissance de cause. Mais là, au moment de retirer les droits pour pouvoir les déinstaller, le bouton pour ce faire n'a pas d'effet non plus.

Ça commence à faire beaucoup de bizarreries similaires, mais je ne sais pas trop quoi en conclure.

Sondages

Après m'être battue avec les dépendances, j'ai installé adb, qui permet de voir les entrailles de l'androïde.

Ça permet aussi d'installer une nouvelle image, donc de faire un Factory reset, sauf qu'il faut avoir ladite image, et que manifestement Kyocera n'est pas assez populaire pour que ça se trouve facilement.

J'ai quand même trouvé des logs qui vont directement jusqu'à l'ordinateur jusqu'au moment du crash. Il se passe des tonnes de trucs, mais la fréquence du problème permet de limiter à 4 lignes communes à tous les plantages :

W/chromium( 2730): [WARNING:simple_index_file.cc(305)] Could not map Simple Index file.
I/chromium( 2730): [INFO:simple_index_file.cc(397)] Simple Cache Index is being restored from disk.
I/BgTaskExecutorImpl( 2854): Starting PERIODIC background task content_store_delete_expired_content.
W/SearchService( 2854): Abort, client detached.

Je n'ai aucune idée de ce qu'on peut en faire. La rareté de tout ça dans les résultats des moteurs de recherche ne me donne pas vraiment beaucoup d'espoir…

Et maintenant ?

Sauf miracle pascal ou solution inattendue, il va se poser la question de comment réagir à cette panne.

Pour la plupart des objets que je considère comme particulièrement importants dans ma vie, je garde des remplacements prêts à être mis en service immédiatement.

Il n'est d'ailleurs pas si rare que je le regrette, lorsque l'objet est remplacé ou plus si important, j'ai une très désagréable impression de gaspillage devant ce double encore neuf.

Pour le téléphone, je n'ai pas de rechange, à la fois parce que c'est un objet cher, que le remplacement n'est pas immédiat à moins de lutter sérieusement, et qu'il résiste à l'assimilation.

Donc si je suis difficilement joignable dans les jours qui viennent, c'est à cause de ça.

Pour revenir à une situation confortable, je vois à peu près trois catégories de futurs.

Le statu quo

Je pourrais me racheter un ordiphone androïde, de préférence blindé, histoire qu'il périsse à nouveau pour raison logicielle stupide au lieu de faire comme tout le monde avec une chute ou une infiltration d'eau.

C'est ce qui risque fort d'arriver aussi si mon Kyocera s'en remet, d'ailleurs.

Pour regarder de plus près cette possibilité, afin de la comparer aux autres, j'utilise cet objet principalement pour :

Il y a aussi parfois un jeu pour m'occuper l'esprit quand je n'ai rien de mieux à ma portée (par exemple aux toilettes).

Le problème du statu quo, c'est la situation présente, qui a tout loisir de se reproduire. Et une alternative plus assimilable serait bienvenue.

Une subtile variante du statu quo, ce serait de laisser tomber l'idée du téléphone et prendre à la place une tablette. Cette possibilité existe principalement parce que j'ai déjà une tablette qui n'a pas beaucoup d'utilisation, et qu'en fait il n'y a pas tant de différence que ça.

J'utilise une oreillette bluetooth pour les appels vocaux, parce que les boucles d'oreilles qui cognent dans le téléphone sont très désagréables pour moi, et probablement encore plus pour mon interlocuteur.

Avec la Pebble qui permet de servir d'écran pour le routage, j'ai l'impression qu'une grande majorité des situations où la taille de la tablette est pénible sont évitées.

Le téléphone idiot

Je me souviens encore de l'époque où je transportais un téléphone idiot et un GPS, et honnêtement ce n'est pas complètement mieux, mais pas vraiment complètement moins bien non plus.

Il s'agit donc d'utiliser un téléphone idiot et blindé pour les communications d'urgence, un GPS Garmin. C'est super pour les urgences, mais les interfaces sont quand même assez pénibles. Malgré ma détestation des écrans tactiles, je dois bien concéder que ces interfaces non-tactiles sont moins confortables.

Sans compter qu'en plus, c'est nettement plus encombrant, même sans compter l'androïde de confort hors-urgence que j'avais en plus en 2015.

Je suis authentiquement tiraillée entre le confort de transport et d'utilisation de l'androïde blindé à tout faire, et la robustesse, l'assimilabilité, et la fiabilité des appareils idiots séparés.

J'ai vu que le Samsung GT-B2710 prétend avoir un GPS et un navigateur. Je me doute bien que la navigation en 320×240 ne doit pas être terrible, mais pour le genre d'internet de secours dont j'ai besoin ça devrait suffire ; par contre je ne sais si le GPS peut être couplé avec des cartes pré-téléchargées et si le routage est décent et pas trop pénible à utiliser.

Ça fait beaucoup d'inconnues, mais j'aime bien la direction que prend cette réflexion, parce qu'il y aurait tout ce dont j'ai besoin (sauf les notifications) dans un téléphone encore moins encombrant (et probablement plus résistant) qu'un clone d'iPhone.

J'en suis à me dire que ce qui serait génial, ce serait de récupérer un téléphone comme ça, ou peut-être un de ses successeurs, en espérant aucune avarie comme d'autres ont pu rencontrer, et se faire soi-même un firmware aux petits oignions. Je rêve sans doute, mais j'adorerais un téléphone comme ça, en barre robuste et étanche, avec un soft hackable pour converger vers une interface à mon goût.

Et finalement, ce téléphone n'aurait même pas besoin d'être idiot, il pourrait y avoir un SoC sympa dedans, avec un vrai OS civilisé.

Off-grid

Une autre série de possibilités est de profiter du changement pour changer sérieusement.

Je trouve que cette société de surveillance pue un peu, et prend une direction dont je ne suis pas fan du tout.

Au lieu de m'attrister de la perte des notifications sur ma montre connectée, c'est peut-être moi qui devrais déconnecter ?

Je ne vois pas trop comment construire ma vie actuelle comme ça, je suppose qu'il faudra casser pas mal de choses, mais ça va rester quelque part dans ma tête, avec l'idée de la maisonnette isolée dans la montagne.

Miracle pascal (ajout du 3 avril 2018)

J'ai peut-être été un peu trop pessimiste en écrivant les lignes ci-dessus, car finalement la situation a pu être résolue.

Comme je l'avais écrit, logs transmis par adb font mention de content_store_delete_expired_content, qui laisse penser que quelque chose se passe mal dans l'élimination de quelque chose de périmé. Les logs sont tellement copieux que le vrai problème pouvait apparaître des centaines de lignes avant ça, mais désespérée comme j'étais ça ne coûtait rien de suivre cette piste.

Comme l'appareil était complètement coupé de toute source de données, il m'a suffi de configurer manuellement une date dans le passé, par exemple Mardi Gras, pour voir si ça élimine la péremption problématique.

Et effectivement, ça a instantanément et durablement stabilisé le téléphone. J'ai pu constater que toutes les fonctions de sécurité fonctionnaient à nouveau correctement, sauf le déchiffrement du stockage (qui bloque plus loin) et le factory reset (que je n'ai pas essayé en raison de son caractère irréversible).

Et puis finalement, j'ai quand même lancé le factory reset, puis tout réinstallé, et depuis il n'y a absolument aucun problème. L'appareil est comme neuf (en dehors des senseurs qui ont cassé au fil du temps).

Le statu quo est donc rétabli.

Ou presque : cet épisode m'a rappelé les défauts d'Android, et j'en ressors avec une très grosse envie d'autre chose, alimentée par toutes mes réflexions sur par quoi remplacer mon androïde défaillant.

Concrètement, aujourd'hui, le téléphone de mes rêves, c'est quelque chose ressemble physiquement au Samsung GT-B2100 que je possède déjà (ou au GT-B2710 déjà évoqué), avec voix et SMS comme on peut s'y attendre, un navigateur basique, un GPS et de quoi faire de la navigation (par exemple quelque chose comme GpsMid), de quoi envoyer les notifications sur ma montre connectée, et si je pouvais avoir une cerise sur ce gâteau, la possibilité d'y coller un clavier bluetooth.

Dit comme ça, j'ai un peu l'impression que le GT-B2710 est quand même très proche de ce rêve.

Il paraît que GpsMid marchotte dessus, mais les commentaires sont juste assez inquiétants pour se demander si c'est du proof of concept ou si c'est utilisable concrètement.

De la même façon, avec son support matériel du Bluetooth 2.1, et les code de GadgetBrdige et du projet Rebble, il devrait être possible d'écrire une application J2ME qui fait ce qu'il me faut avec ma Pebble.

Ça fait beaucoup de trucs qui sont limites, ça fait plutôt cher (en euros aussi bien qu'en temps) pour essayer, au risque que tout ait été fait pour rien si un seul truc échoue. Sans compter que ce n'est pas très futureproof tout ça…

Donc je suis tiraillée entre la possibilité d'un appareil beaucoup plus à mon goût qu'un androïde, et le pari déraisonnable sur le GT-B2710 pour ce rôle.

Je suis quand même perplexe devant mon impression d'être obligée de remonter aussi loin dans le temps pour trouver satisfaction. J'imagine bien que la fonction GPS n'est pas super-prioritaire dans un téléphone « idiot » (feature phone), mais le blindage a l'air sensiblement plus courant, et je ne comprends pas qu'il n'y ait pas d'autre feature phone « de chantier » avec GPS.

Je me demande si la vague rétro (gnere Nokia) de ces derniers temps va faire émerger un modèle qui me plaît, ou si ma patience sera mise à moins rude épreuve avec du J2ME.

Publié le 31 mars 2018

Tags : Évènement Jouets

Madeleine d'hiver

Il faudra un jour que je me renseigne sérieusement sur cette histoire de madeleine de Proust, pour éviter de me ridiculiser en balançant cette référence à mauvais escient.

Ceux qui suivent vaguement l'actualité récente en France n'ont sans doute pas raté l'apocalypse parisienne causée par trois pauv' flocons de neige qui n'ont pas fondu immédiatement en arrivant au sol.

Je suis sans doute injustement moqueuse, parce que j'ai l'impression d'avoir grandi avec de la neige tous les hivers. C'est même presque ma définition de l'hiver, la présence de neige qui tient ; parce que le froid seul n'est pas rare dans ma conception de l'automne et du printemps.

J'ai l'impression que dans mon enfance, il y avait presque chaque année au moins trois quatre semaines de manteau neigeux sur la campagne de mon enfance. Ce n'a pas été le cas depuis de nombreuses années ; je ne sais pas si c'est dû au réchauffement climatique ou à l'embellissement des souvenirs lointains. Et je ne suis pas sûre de vouloir le savoir, ces souvenirs me plaisent bien comme ils sont, et pour une fois je préfère les préserver plutôt qu'avoir la vérité.

Donc mardi dernier, j'ai trouvé mon décor urbain habituel de banlieue sous une jolie couche blanche, comme au premier jour de ces trois quatre semaines de mon enfance. Et ça faisait super longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Et ça m'a fait plaisir, comme retrouver un plat que j'aime bien (mais sans plus) après très longtemps sans y avoir pensé. Je crois que le coup de la madeleine, ce n'est pas tout à fait ça.

Au moins ça m'a donné un sourire plutôt rare ces jours-ci.

Pour donner une idée quantitative, quand j'ai marché mardi soir il devait y avait peut-être deux centimètres de neige sur les trottoirs intouchés, et cinq centimètres sur le toit des voitures.

De façon complètement indépendante, ce mardi-là j'ai oublié mon lecteur de musique, donc pendant mon retour du boulot je n'avais rien d'autre pour m'occuper l'esprit que regarder autour de moi, en moi, et réfléchir à tout ça. Le lendemain matin, pas de transports en commun, donc aller au boulot à pied, et comme je n'avais jamais fait ce chemin dans ce sens, pas de distraction non plus.

Ça fait beaucoup de temps avec l'esprit en roue libre, ces treize kilomètres de marche sur trottoir glissant. Il n'a pas de raison que je sois la seule à en souffrir, donc voici un condensé de ces observations et ces réflexions.

Les différentes méthodes de déneigement

J'ai l'impression qu'il y aurait des choses intéressantes à en conclure, mais ça m'échappe un peu ces jours ci.

J'ai été frappée par les différences de déneigement des trottoirs suivant les bâtiments qui les bordent. Entre les institutions où il y a manifestement une procédure, qui est exécutée avec plus ou moins d'efficacité ; les commercent qui se donnent du mal parce qu'ils ont conscience que la clientèle va bien le voir ; le déneigement involontaire par la mauvaise isolation ; les mesures ridicules, comme verser du sel sur cinq centimètres de neige fraîche, elle-même sur cinq centimètres de neige piétinée ; etc.

Boîtes à roues en métal

Je reconnais un certain plaisir sadique à voir les voitures lutter en vain contre une quantité de neige qui me semble dérisoire. En particulier une grosse voiture au milieu d'une montée relativement dégagée, qui s'acharnait à faire tourner ses roues arrières sans adhérence comme si tourner plus vite allait arranger quelque chose.

Ce plaisir fut de courte durée, supplanté par la pitié envers le kilomètre de gens coincés derrière cette unique voiture.

Mais finalement est-ce réellement du sadisme ?

Je n'emploie pas les mots « voitures » et « gens » juste pour la figure de style, cette espèce de sadisme est en fait la remise en perspective de l'arrogance et des préoccupations dérisoires de la technique humaine. Comme le colosse d'Ozymandias.

C'est un sentiment très différent de celui que je ressens envers les conducteurs qui revendiquent ouvertement leur égoïsme et leur mépris du code de la route et des autres usagers, et qui subissent un retour de karma. Celui-ci est bien envers l'humain au volant et non envers la voiture.

Et je me souviens d'un carrefour mardi dans lequel ces trois émotions ce sont mélangées, ça fait bizarre.

Le reste de la semaine a été très léger en circulation, et comme souvent c'est quand le bruit s'arrête qu'on se rend compte à quel point c'est mieux sans.

Un pied devant l'autre

C'est gentil les voitures, mais ça ne bouge pas des masses, et rouler est un mouvement tellement simple par rapport à la marche bipède.

Je me suis parfois dit que cette prétendue enfance avec la neige m'a appris à gérer la faible adhérence, juste avant de m'étaler pathétiquement, pour avoir eu l'arrogance de croire déroger à un axiome fondamental de l'univers. Donc je vais plutôt chercher des données objectives et factuelles avant de conclure.

Déjà, sur les treize kilomètres dont je parle (ni sur l'ensemble de l'année en cours) je ne suis pas tombée une seule fois. Même pas de rattrapage, et par là je veux dire que mes déplacements ont été réalisés uniquement grâce à des contacts entre mes semelles et le sol, et à des effets inertiels.

Et sur tous ces kilomètres, seulement quatre glissades, dans le sens d'aucun point de contact avec le sol qui soit immobile par rapport à celui-ci. Je précise, parce qu'il y a eu peut-être des milliers de glissements partiels, la plupart concernant le pied arrière quand presque tout le poids est sur le pied avant, et je n'y vois rien de particulièrement indésirable, car je garde le contrôle complet de mon mouvement.

J'ai ma démarche habituelle, quand le sol a une bonne adhérence ; et j'ai une autre démarche, qui vise clairement à réduire les efforts tangentiels sur le sol. J'ai découvert lors de cet épisode qu'en fait je sors automatiquement une démarche intermédiaire entre ces deux extrêmes, suivant une estimation de l'adhérence courante.

Je n'ai pas du tout conscience de comment est déterminée cette estimation de l'adhérence courante. J'ai l'impression qu'une grande partie est kinesthésique, en cherchant la limite de glissement sur le pied arrière lorsque le poids est sur le pied avant, et supposer que l'adhérence sera à peu près la même au poids suivant. Mais en même temps, il y a clairement des informations visuelles qui sont prises en compte, au moins pour anticiper les changements de surface ou de pente.

Je n'ai pas du tout conscience non plus des mouvements exacts qui sont mis en œuvre, je m'observe les faire, mais c'est un automatisme moteur hors du champ conscient.

Cet automatisme implique les deux jambes en même temps, je ne semble pas avoir de contrôle individuel de la démarche sur chaque jambe. En particulier, lorsque l'adhérence est très différente entre les deux côtés (par exemple parce que l'isolation du bâtiment à côté est assez mauvaise pour fondre complètement la neige sous un pied, mais assez bonne pour que le chemin de l'autre pied soit très glissant), je n'arrive pas à trouver une bonne démarche, et c'est aussi inconfortable qu'essayer de marcher avec les deux pieds à une hauteur différente.

Ziiip

Un autre automatisme intéressant est celui de la glissade.

Il n'y en a pas eu beaucoup, donc je n'ai pas tellement pu observer, mais je suis impressionnée par la complexité et l'adaptabilité de ces mouvements pour arriver à un résultat pas trop mauvais en un temps de traitement si réduit.

J'ai l'impression qu'en substance, il s'agit surtout de ramener le centre de masse à la verticale des appuis, en rigidifiant la posture et en utilisant les bras pour jouer sur la conservation du moment cinétique.

Ce qui m'interpelle, c'est que je soupçonne que ces mouvements pour rattraper le glissement sont incompatibles avec les mouvements pour initier une des roulades tant vantées par les arts martiaux.

J'ai l'intuition que c'est même pire que ça, dans le sens où la décision de partir en rattrapage ou en roulade me donne l'impression de devoir être prise très tôt, et donc sans vraiment pouvoir estimer les chances de réussite d'un rattrapage.

Mon sac à dos est rempli de choses précieuses affectivement, logistiquement et (un peu) économiquement. Du coup, je n'ai pas tellement de risquer d'abîmer tout ça si mon intégrité physique n'est pas en jeu.

Comme ce sont des automatismes, je n'ai pas vraiment le choix de ce qui sort quand la situation se présente, mais j'imagine qu'un entraînement permettrait d'influer ce qui sort dans telle ou telle circonstance.

Cela dit, je ne suis encore jamais partie en roulade par automatisme, ça a toujours été une impulsion consciente. Je me demande même si cet automatisme existe chez moi, ce qui reviendrait à être câblée pour privilégier le sac à dos au détriment des bras ou du coccyx, ce qui n'a pas l'air génial non plus.

Conclusion

C'est bien gentil d'observer tout ça chez moi, mais j'imagine que je ne suis pas exceptionnelle. Je me demande même si en fait, tout ce que je décris là, fait juste partie de la bipédie humaine peu importe la quantité de neige ou de terrains glissants rencontrés dans l'enfance. Qu'en pensez-vous ?

Sentez-vous aussi votre démarche s'adapter comme ça aux caractéristiques du terrain piétiné ?

Avez-vous aussi ce genre d'automatismes ? Ou d'autres qui ne reflèterait pas tout à fait les compromis que vous feriez consciemment ?

Est-ce que je vous fais ch*er avec mes conclusions en forme de questions destinées à susciter l'engagement et à donner une chaleur personnelle à mon texte ? Avez-vous une meilleure idée ?

Publié le 13 février 2018

Tags : Autoexploration Évènement

Comme une colonne de sel

J'ai l'impression que ces derniers temps à chaque fois que j'essaye de faire une référence biblique, ça se finit en grand moment de solitude, donc pour changer je vais commencer par le moment de solitude. Le titre est bien une référence biblique, la Genèse, chapitre 19, versets 17 à 26, qui vante les bienfaits des rétrospectives et des bilans.

J'avais hésité à faire à la place une référence à Janus, mais en réalité dans ce billet je ne vais regarder que vers l'arrière, donc ce n'est pas si approprié que ça, en plus d'être peu accessible.

Bilan blogesque

Il y a moult années, à une époque où je suivais pas mal de blogs et où ils n'étaient pas encore rendus hasbeen par les réseaux sociaux et les plateformes vidéo, il semblait de coutume de profiter du changement d'année pour faire des stats et publier des tendances.

Par exemple, je pourrais dire que la page la plus chargée est l'avis sur mon téléphone Kyocera Torque, suivie par mes réflexions sur le fait que je veux toujours avoir raison. Et que, coïncidemment, sur le peu de recherches encore dévoilées par les navigateurs dans le referrer, ce sont surtout des requêtes en rapport avec ces deux pages et avec je suis nulle (qui n'a pourtant par tellement de hits).

Ça ne fait pas très « 2017 » tout ça…

Je ne fais habituellement pas ce genre de bilan, parce que ça ne m'intéresse pas, mais si vous en voulez, je peux sortir ça en dix minutes, donc y a pas de problème, il suffit de demander dans les commentaires.

Bilan personnel

Bon, mais si le bilan bloguesque ne m'intéresse pas, pourquoi est-ce que je me suis mise à écrire ce billet ?

Je ne suis pas du genre à regarder vers l'arrière (il y a bien assez de soufre et de feu vers l'avant), parce qu'en général j'arrive à trouver le temps de tirer au fur et à mesure les leçons de ce qui m'arrive.

Je ne me retrouve jamais « la tête dans le guidon » au point de perdre de vue le contexte général de ce que je fais, et du coup je n'ai pas besoin de prendre des moments plus ou moins arbitrairement choisis dans le calendrier pour faire cette prise de recul.

Cependant, sans se forcer à choisir des moments arbitraires dans le calendrier, il y a certaines choses qui reviennent chaque année à la même période.

Par exemple, je vois rarement ma fratrie et mes parents en dehors des fêtes de fin d'année. Du coup en les retrouvant, pour raccrocher les wagons, je me remémore la situation de l'année précédente. Je me retrouve ainsi à comparer indirectement Moi-d'Il-Y-A-Un-an et Moi-Maintenant.

Fin 2016, lorsque la conversation tournait sur mon absence de permis de conduire, je m'imaginais déjà en train de faire les démarches pour y remédier. Je savais que ce ne serait pas facile, peut-être impossible sans quelques coups de pouce extérieurs, mais je comptais sur mon réseau pour m'y faire parvenir.

Alors que maintenant, je classe plutôt le permis de conduire parmi les trucs réalistes qui n'arrivent qu'aux autres, comme le brevet de pilote d'hélicoptère ou l'épanouissement au travail.

Une fois la tendance découverte, il n'a pas été très difficile de la retrouver à moult endroits. Toutes mes ambitions sont à la baisse. Je dépense plus d'énergie à lutter contre les démons intérieurs, et il m'en reste moins pour faire des trucs intéressants. Je vise médiocre, et je n'attends même pas cet objectif.

Un exemple publiquement visible est mon calendrier de Seinfeld sur github (qui ne sera plus visible à partir de juillet 2018), qui a expiré exactement comme je l'avais prédit, pendant l'année 2017.

Il y a actuellement quinze articles et billets de weblog qui sont en attente d'écriture, avec déjà un titre, un fil directeur, et un contenu assez bien délimité ; il ne reste plus qu'à se poser et le faire. Sans compter les trois avis sur des livres qui sont à peu près au même point dans le pipe. Ce sont des records.

Il y a de plus en plus de prises de paroles que je regrette amèrement, dans les contextes informels (la socialisation, quoi). Je n'arrive pas trop à décrire pourquoi, c'est complètement émotionnel, mais je ne suis pas satisfaite du tout des conséquences. De l'image que j'ai l'impression de renvoyer. Je ne sais pas si ça a déjà des effets, mais j'ai de plus en plus souvent envie de faire activement des efforts pour rester silencieuse.

Et même le présent billet, il est passé moult fois à deux doigts du rm, et si vous le lisez c'est que j'ai réussi à me mettre le dos au mur pour le publier (probablement en fin de mois).

J'ai un peu envie de mettre ça sur le dos du manque de sommeil, comme mes difficultés de mémoire, mais ça commence à un peu trop le charger pour mon goût. En dehors de ce bouc émissaire, je manque de pistes…

Et puis, est-ce que ça vaut vraiment la peine de se battre contre ? C'est peut-être juste une évolution normale à accepter…

Publié le 30 janvier 2018

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

Joyeuses fêtes

Sapin de Noël

J'avais pensé vous faire un billet intitulé selfcare ou quelque chose comme ça, pour raconter ma gestion personnelle de cette période de fêtes. Mais comme au lieu d'en parler je l'ai fait, ce sera pour une prochaine fois.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes de solstices d'hiver, quelles qu'elles soient, et n'oubliez pas de prendre aussi soin de vous-mêmes.

Publié le 25 décembre 2017

Tags : Vœux

Perte de mémoire II

Il y a quelques mois, je me plaignais déjà de perte de mémoire, mais il s'agissait de mémoire procédurale, c'est-à-dire une séquence de mouvements enchaînés automatiquement sans intervention cognitive.

Ce n'est pas étonnant que ce genre de mémoire demande un certain entretien, et qu'avec le temps on ne puisse plus retrouver comment exécuter cette séquence. Quelque part, je suis plus surprise de l'avoir tenue aussi longtemps avec si peu d'entretien que de l'avoir perdue cet été.

Donc disons que c'est dans l'ordre de choses.

Ce dont il est question dans ce billet, c'est une perte de mémoire déclarative, c'est-à-dire l'échec de la récupération dans le champ cognitif d'informations qui devraient être enregistrées quelque part dans mes neurones.

Et si déjà une perte de mémoire procédurale me touchait beaucoup plus que ce à quoi je m'attendais, alors que ça me semble normal et que j'accorde peu d'importance à ce que j'ai perdu, une perte de mémoire déclarative me touche beaucoup plus, parce qu'il y a des pans entiers de ma vie qui reposent sur ces facultés et qui sont donc remis en question, et parce que j'aime bien utiliser cet outil et qu'il va me manquer beaucoup plus que la capacité de résoudre des Rubik's Cubes sans réfléchir.

Ma Vie d'Avant

Dans ce weblog, je ne cherche pas spécialement à trouver une épaule sur la quelle pleurer (j'ai déjà ce qu'il me faut à la maison), mais à communiquer mon expérience. Pour mesurer cette perte, je vais donc commencer par décrire ce que j'ai perdu, et essayer de vous faire comprendre la valeur que ça a à mes yeux.

Informations et Concepts

Aussi loin que je me souvienne, j'avais une bonne mémoire, et je n'hésitais pas à m'en servir. Ça ne m'a pas tellement marqué en soi, je le juge plutôt par à quel point les rares échecs semblaient cuisants, et les réactions allant de l'incompréhension à la moquerie par les gens autour de moi, qui semblaient vivre des échecs bien pires et bien plus fréquents.

Je n'ai jamais été une élève très sérieuse. Je faisais les devoirs, parce que c'était le chemin de moindre résistance socialement, mais les concepts de « réviser » ou « revoir les leçons » me sont étrangers. Je fais attention en cours, je prends plus ou moins de notes, et ce qu'il en restait pour les interro' suffisaient pour ne pas ressentir le besoin d'en faire plus. Je n'étais pas première de la classe, mais je ne le méritais pas.

Ma mémoire était déjà à l'époque loin d'être infaillible, mais elle gardait tout ce que je voulais garder. Et encore aujourd'hui, je suis capable de ressortir et surtout utiliser les éléments du cours de philo' (au siècle dernier) qui m'ont plu.

Quand j'étais en prépa', on jouait à s'échanger les numéros de téléphone en donnant les chiffres un par un, genre « zéro trois un quatre un cinq neuf deux six cinq », à la vitesse des mots d'une conversation. Et ça suffisait à tout assimiler sur le coup, et à le garder tout au long de l'année, sans passer à aucun moment sur le papier.

Cette capacité est d'ailleurs la première que j'ai perdue. Il y a presque dix ans, j'ai remarqué ma mémoire immédiate n'avait plus la vivacité pour construire un objet aussi complexe. À la vitesse où on épelle, plutôt qu'à la vitesse de la conversation, ça marchait encore. J'ai eu des doutes ensuite sur la mémorisation à plus long terme, parce qu'il fallait que je « ravive » le souvenir régulièrement, alors qu'à l'époque aucun entretien volontaire n'était nécessaire ; mais à cette époque il fallait composer le numéro avec les doigts, et ça devait faire office.

Organisation du Temps

Pendant longtemps, je n'ai jamais vraiment utilisé d'agenda non plus. Mon emploi du temps et mes obligations n'ont jamais été très complexes, les joies de la vie étudiante, donc il n'y a pas grand exploit à ça non plus.

Les choses ont commencé à se corser au milieu de ma thèse, avec tout plein de choses, à échelles de temps variées, et j'ai commencé à recourir à un agenda. Depuis ma vie s'est simplifiée, et encore aujourd'hui, j'utilise l'été 2010 de cet agenda comme brouillon. Je note les rendez-vous sur une feuille volante ou un brouillon que je ne regarde plus jamais ensuite, et ça suffit.

Projets Professionnels

Depuis que j'ai rejoint le monde du travail privé, j'ai toujours plus ou moins été un morceau de viande rouage dans une grande machine, et assignée à un sous-projet donné.

Chaque sous-projet contient en gros deux sortes d'informations : les concepts à comprendre, construire, ou exécuter ; et le planning.

Pour les concepts, ce n'est pas très différent de l'époque où j'étais étudiante, à part que c'est tellement plus simple que j'ai rarement besoin de prendre des notes. Mon attention suffit à assimiler tout ce qui est nécessaire.

Cependant, à la différence de l'époque étudiante, l'image que je renvoie est d'une importance capitale, parfois je me demande même si elle n'est pas plus importante que le code que je produis. Et débarquer avec un stylo plume et un cahier avec une couverture en cuir, ça fait un effet qui plaît au client, et c'est encore plus fort en prenant des notes d'autant plus frénétiquement que la personne qui parle se sent importante. Et le client n'a pas besoin de savoir que je ne relirai jamais ces notes.

La partie planning est beaucoup plus difficile. Si je comprends l'importance que ça peut avoir pour le Système, je m'en contrefous personnellement. Et le manque d'investissement émotionnel fait que je n'ai aucune chance de mémoriser quand j'ai fait quoi.

Donc dans le même cahier, je tiens un journal, détaillé suivant la précision des comptes que j'ai à rendre, que je ne relis jamais sauf lorsqu'il faut répondre précisément à une question sur quand telle chose a été faite, ou quels jours j'ai travaillé sur telle question de tel projet.

J'utilise quand même ma mémoire pour interroger le journal, au besoin avec des grep sur ~/.zsh_history/ pour pallier l'absence de recherche de texte sur mon papier.

Les Échecs Récents

J'ai donc continué mon petit bonhomme de chemin en m'appuyant sur ces capacités mentales que je tenais pour acquises.

Et puis ces derniers mois, les échecs se sont enchaînés, et ils sont d'autant plus cuisants que je suis certaine qu'il y a dix ans ma mémoire ne m'aurait pas failli, et aurait même été capable de bien mieux.

Par exemple, le 30 septembre dernier j'ai longuement discuté avec mon père, entre autres de sa nouvelle situation professionnelle. J'ai écouté avec attention, sans prendre de notes, un sujet qui m'intéresse, dans lequel j'étais émotionnellement investie, et dont j'avais déjà ressenti le manque peu avant. Bref, les conditions idéales pour marquer durablement mes neurones.

Et il ne m'en reste plus rien d'autre qu'il ne fait pas au quotidien la mission qu'on lui avait donnée, que ce n'est pas à son goût et que c'est beaucoup plus sédentaire que ce dont il a l'habitude. Mais absolument aucun détail sur ce qu'il aurait dû faire ou ce qu'il fait concrètement.

Autre exemple, la semaine dernière j'étais à Capitole du Libre, à Toulouse. J'étais aussi à l'édition 2014 de cet évènement, qui avait lieu au même endroit, et nous étions au même hôtel. Je n'ai absolument aucun souvenir de toute cette aventure, en dehors de quelques éléments brumeux de l'évènement lui-même (par exemple je me souvenais de la configuration du hall et de la position du stand). Rien sur les simagrées des saltimbanques sécuritaires à l'aéroport, rien sur l'hôtel, rien sur le chemin entre l'hôtel et l'évènement, rien sur le dîner.

J'ai à présent des souvenirs assez partiels de l'édition 2017, mais suffisamment pour reconstruire les points forts du séjour. Je pense que c'est à peu près au même niveau que les souvenirs qu'auraient moi‐d'il‐y‐a‐dix‐ans et moi‐d'il‐y‐a‐vingt‐ans une semaine après l'évènement ; mais aussi le niveau de ceux qu'elles auraient trois ans après l'évènement, alors que là le compte n'y est pas du tout.

Il y a aussi un nombre, dont j'ai honte, d'exemples dans ce genre sur des évènements entre 2009 et 2013, que mon compagnon me raconte très clairement mais dont il ne reste absolument rien dans ma mémoire, comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre ou si je me faisais gaslighter.

Sur un autre terrain, je participe depuis plus d'un mois à un projet suivi de près par un chef qui voudrait que le code que je produis soit exactement comme il l'aurait fait (ce qui se tient puisque c'est lui aura à assurer la maintenance ensuite). Il n'est pas rare que je me retrouve avec cinq à dix actions à faire après le point quotidien, décidées au fil de la discussion.

J'ai essayé de faire sans support papier, comme moi‐d'il‐y‐a‐dix‐ans l'aurait fait sans problème, mais après plusieurs oublis gênants j'ai dû recourir aux notes sur papier.

Dans le même genre, dans le plan privé, je jongle avec diverses tâches à faire : répondre à un e-mail, retrouver tel objet, lire tel article, etc. En particulier, j'ai une notion assez rétrograde chevaleresque de ma parole, et si je dis que je vais faire telle chose à tel moment, je vais très mal vivre l'oubli de cet engagement, fût-il oral et informel.

Je n'ai pas l'impression que ma vie privée soit plus complexe ou foisonnante ces jours ci qu'il y a dix ans, et pourtant j'ai raté un bon nombre de tâches ces derniers temps.

Et là c'est d'autant plus gênant que je n'ai pas de solution évidente pour contourner ce problème. Autant je peux faire mes points quotidiens avec une feuille qui reste ensuite sur mon bureau en guise de pense-bête, autant il n'y a pas d'endroit physique ou numérique dans lequel un pense-bête s'intègrerait naturellement.

Mais Pourquoi ?

Devant une telle accumulation d'échecs, je dois me rendre à l'évidence : tel qu'il est là, le système ne marche pas. Avant de chercher comment le remplacer ou l'ajuster, je me demande s'il est réparable, en cherchant des causes sur lesquelles agir.

La première cause qui m'est venue à l'esprit est le vieillissement, exactement comme pour le coup des numéros de téléphone.

Mais c'est contrariant comme explication, parce que ça ne colle pas avec les modèles (grossiers) que j'ai du fonctionnement du cerveau, et surtout parce qu'on ne peut pas du tout agir sur cette cause. Alors je cherche ailleurs, au cas où.

Il est de fait que je n'ai aucun exemple qui date d'avant 2009. À la limite, j'ai un exemple en 2010 d'échec à retrouver des évènements de 2006, mais en dehors de cette exception, tous mes exemples concernent des informations (qui auraient dû être) enregistrées en 2009 ou plus tard.

Certes, depuis 2009 je suis plus vieille qu'avant 2009, mais il y a un paquet d'autres choses dans ma vie qui ont changé à cette époque.

Par exemple, le présent site a été lancé en janvier 2009. Et si c'était ce moteur de site web qui envoie des mauvaises ondes vers mon cerveau ?

Peut-être que je me suis massacré trop de neurones à coups de vodka après ma rupture fin 2008. Mais c'est comme le vieillissement, ça ne sert à rien comme cause, je ne peux rien en faire maintenant.

Plus sérieusement, et plus peut-être plus pertinemment, fin 2009 correspond au début de la rédaction de mon manuscrit de thèse, et c'est à peu près aussi le début de ma dépendance à la caféine.

Il m'est assez difficile de distinguer les effets de la caféine de ceux du manque de sommeil, tant ces deux quantités sont corrélées. Et il est établi que le sommeil a un rôle crucial dans la formation et l'entretien des souvenirs, il me semble. Et là, il y a quelque chose à faire.

En même temps ce n'est pas incompatible avec les pistes précédentes. J'étais sérieusement en manque de sommeil il y a quinze ans, mais peut-être que la jeunesse me permettait de l'encaisser mieux que maintenant.

La Drogue c'est Mal

La caféine, j'arrête quand je veux. Facile.

N'importe quel drogué vous dirait ça.

Et pourtant j'y crois sincèrement. Comme n'importe quel drogué.

Mais en l'occurrence, mon problème n'est pas d'arrêter, mais de ne pas reprendre. Est-ce que c'est ça la dépendance psychologique ?

Imaginons que je prenne le temps qu'il faut pour me sevrer. Une ou deux semaines, il me semble. Je serais déchirée pendant tout ce temps là, mais c'est pas grave, parce que je m'y serais préparée, donc imaginons que je tienne.

Je finis par reprendre un fonctionnement normal, sans caféine.

Et puis un soir, inévitablement, je ne serais pas raisonnable sur l'heure du coucher. Ou pour une raison ou pour une autre je passerais une mauvaise nuit.

Le lendemain je serais sérieusement dans le brouillard, tout en sachant qu'il existe une solution magique pour redevenir à peu près fonctionnelle : il suffirait juste d'une dose de caféine.

Comment y résister ?

C'est exactement avec un scénario comme ça que je suis tombée dedans, à l'époque où je rédigeais ma thèse. Et à cette époque, je n'étais pas du tout convaincue que le café c'était si magique que ça, alors que maintenant j'en ai l'expérience directe.

Donc même si je ne me fais pas d'illusion en me disant que j'arrête quand je veux, ça n'en vaut pas l'effort si je retombe à la première occasion.

Et puis de toute façon, je n'aime pas vraiment le café. Ma consommation s'adapte automatiquement suivant mon état de fatigue.

Je vais donc plutôt viser un changement de rythme de vie pour diminuer mes besoins de caféine, c'est beaucoup plus réaliste. Et si ma consommation a un impact sur la qualité de mon sommeil, la diminution devrait lancer un cercle vertueux.

Si j'y arrive, et si ça améliore mes problèmes de mémoire sans les résoudre complètement, il sera toujours temps de regarder du côté du sevrage. Pas besoin d'y aller tout de suite à coups de dinde froide.

Plan B

Et si jamais mon sommeil et la caféine n'ont rien à voir avec mes soucis ?

Vu que je n'arrive pas à trouver d'autre cause potentielle sur laquelle je puisse faire quelque chose, je ne peux décemment pas exclure que ma situation soit irréversible.

Cela impose des changements assez radicaux dans ma vie, non seulement pour activement enregistrer les informations dont je pense avoir besoin plus tard, mais aussi pour mettre en place des aide-mémoire pour penser à vérifier s'il y a des actions en attente.

Je vois deux stratégies pour ce faire :

Comme elles ne sont pas mutuellement exclusives, je ne vois pas de raison de ne pas faire les deux.

Ce qui m'amène à mon appel au lectorat : qu'utilisez-vous pour enregistrer les évènements pertinents de votre vie personnelle ou professionnelle ? Comment choisir lesquels enregistrer ? Et pour gérer des listes d'actions à faire ? Et pour les nouvelles des proches ?

Avez-vous des techniques de life hacking ou des techniques mnémotechniques à conseiller ?

Publié le 29 novembre 2017

Tags : Autoexploration Évènement

So Much Win

Un titre qui n'a (presque) rien à voir

Je me demande souvent si mes explications de titre sont vraiment utiles, mais je vais encore le faire. Si ça ne vous intéresse vraiment pas, les sections suivantes n'utilisent pas du tout les informations présentées ici.

Je traduirais le titre par « Tellement de gagner », en transposant la grammaire cassée originale. C'est une troncature de l'expression (correcte) "So much winning" (« Tellement de victoire »), éventuellement suivie de "You're going to be tired of winning" (« Vous en aurez marre de gagner »), qui m'a marquée et que que je trouve emblématique de Donald Trump.

En réalité les mots exacts sont "We're going to win so much", mais en fait le raccourci garde le même sens et s'intègre mieux dans une expression isolée, alors que la formulation originale fait partie du flux du discours. Un peu comme lorsqu'on prétend citer l'inspecteur Harry avec "Are you feeling lucky, punk?" (« Est-ce que tu te sens en veine, punk ? »).

La raison pour laquelle ça m'a marquée, c'est qu'en l'entendant déclamer cette partie de son discours, toutes les alarmes instinctives se sont déclenchées en moi, mettant en garde contre ce bonhomme. C'est très rare que j'aie des réactions aussi intenses sur la politique, le seul autre exemple c'est face aux expressions faciales de Nicolas Sarkozy lors de son discours de bonne année 2006 devant l'UMP.

Cependant, il n'est pas du tout question de politique dans ce billet. Il n'est même pas question de gagner, le mot "win" n'apparaît que comme diminutif de "Windows", dont il est vraiment question ici, et le reste du titre est juste inévitable à côté de "win" tellement l'empreinte mentale de ce discours est massive.

L'évolution des systèmes de jeux

J'ai commencé à jouer sur l'ordinateur familial Atari ST, sur des titres dont je garde un tendre souvenir, et dont mon intérêt est sans doute largement basé sur la nostalgie, vu le mal que j'ai avec le retrogaming sur les jeux que je n'ai pas connus à l'époque.

J'ai continué avec le PC familial sous Dos, puis un PC personnel avec Windows 98, puis un windows préinstallé en dual boot uniquement pour jouer. Et puis le dual boot est devenu trop chiant, et j'ai fait une pause dans le jeu vidéo, avec des tentatives sporadiques de wine.

Il y a un trou de plusieurs années que ma mémoire n'arrive pas à combler, et dont toutes les traces numériques ont été perdues à cause de ma négligence et de mes erreurs de jeunesse en administration système. Pendant ce temps, FreeBSD est progressivement devenu mon système d'exploitation principal, en remplacement de Linux.

Au moment où le présent site fut lancé, j'étais déjà sérieusement FreeBSDisée. Ma mémoire est encore floue sur le comment, mais j'ai fini par avoir envie de jouer un peu, et j'ai commencé par essayer sur mon système d'exploitation habituel, et ça a juste marché, alors je n'ai pas cherché plus loin. Je me souviens qu'un des premiers tests était la démo de Doom III. Du coup tous les jeux dont il a été question ici fonctionnaient sous FreeBSD.

La période pendant laquelle je passais 10% de mon temps à jouer n'a pas duré très longtemps, mais si j'ai réduit la quantité j'ai continué à jouer assez régulièrement. J'ai même contribué un article au hors-série Linux Mag' sur BSD, qui était en gros un témoigne « ça juste marche bien ».

Mais pourquoi ?

J'ai donc passé des années à jouer avec Wine sous FreeBSD, et fatalement des gens m'ont demandé pourquoi s'embêter la vie avec un tel montage au lieu d'un simple dual boot sous Windows.

Évidemment, j'ai souvent été taxée de partisane extrémiste du logiciel libre, et j'ai appris que ce n'est pas trop la peine d'essayer de sortir mon interlocuteur de son erreur.

Pour commencer, je n'ai pas eu à déployer tellement d'efforts pou faire fonctionner tout ça, comme je l'avais déjà écrit dans Résurrection de Yulai. Donc le coût de cette alternative n'est pas si élevé que ça, en tout cas nettement moins que la description du montage laisse penser.

Je concède que j'ai probablement dû me battre un peu plus fort pour assurer que tout ce montage fonctionne que pour faire fonctionner les mêmes jeux sous Windows.

Mais utiliser Windows ne se limite pas à jouer, il y a un certain entretien de base pour maintenir en fonctionnement le système d'exploitation dans son environnement, au gré des changements de matériel interne, de réseau, etc. Et ce sont ces activités se passent souvent très bien et sans efforts, certes, mais elles peuvent prendre un temps énorme quand un imprévu se produit.

Je me souviens encore de la fois où j'ai longuement cherché comment changer la MTU d'un Windows 98, et je crois même avoir essayé avec Windows 2000, avant de tout simplement jeter l'éponge.

C'est pour ça que je suis encore convaincue que j'ai passé moins de temps à maintenir en fonctionnement mes jeux sous FreeBSD qu'à maintenir en fonctionnement un Windows sur lequel les jeux fonctionneraient sans effort.

Je ne serais même pas étonnée que ma dernière panne (intermittente) de disque dur ait permis à elle toute seule de rentabiliser tous les efforts que j'ai faits pour wine.

La décadence

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à à peu près il y a un an. Donc plus de six ans de félicité vidéoludique et BSDesque, avant la catastrophe.

Le symptôme était particulièrement clair dans Heroes of the Storm : la consommation mémoire du n'arrêtait pas d'augmenter après son lancement, jusqu'à un tout petit peu au dessus de 3000 Mio, et là la consommation augmente d'un coup à un tout peu en dessous de 4000 Mio, et dès qu'elle atteint 4 Gio, le jeu se termine brutalement faute de mémoire.

La limite n'est pas très surprenante, puisqu'il s'agit d'un fonctionnement en mode 32 bits, et que l'espace adressable dans ce mode est justement de 4 Gio. L'augmentation progressive de la consommation mémoire est moins claire, je n'ai pas pu déterminer s'il s'agit d'une consommation légitime, ou s'il y a une fuite mémoire par dessus. La consommation mémoire ne bouge que lors que le jeu a logiquement des choses à charger (nouvelle carte, nouveau type de personnage, etc), mais je ne saurais dire s'il manque des libérations au niveau du jeu, ou des drivers, ou d'ailleurs. Le saut brutal me dépasse complètement.

Au fil des versions de Heroes of the Storm, la vitesse de la consommation mémoire n'a cessé d'augmenter. Quand j'ai remarqué le problème, je pouvais faire quelques parties avant d'atteindre la limite fatidique. Ensuite pendant un temps le crash se produisait systématiquement pendant la deuxième partie, donc il fallait que je redémarre le jeu entre chaque partie. Je soupçonne que la période pendant laquelle le crash aurait eu lieu pendant la première partie correspondant à un moment où je n'ai pas joué à ce jeu, et puis il y a eu le patch qui a introduit le personnage Genji, dont l'animation d'introduction au lancement du jeu suffisait à dépasser la limite.

Je me suis bien battue pour essayer de comprendre ce qu'il se passait, pour trouver des solutions, en vain.

Si la consommation mémoire est légitime, il n'y a qu'un passage au mode 64 bits pour s'en sortir, et la route a l'air encore très longue avant que WoW64 ne soit fonctionnel sous FreeBSD. Si elle ne l'est pas, ce n'est probablement pas un problème dans le jeu (ça se verrait sous Windows), donc c'est dans le code colossal de Wine ou dans le code propriétaire des drivers graphiques, donc c'est clairement en dehors de ma portée.

So Much Penguin

Devant les problèmes de FreeBSD qui semblent insolubles, j'ai dû me résoudre à changer de système d'exploitation. J'ai sérieusement envisagé Windows, mais c'est tellement pénible de se le procurer, et la procédure d'installation sans lecteur optique n'avait pas l'air évidente du tout, alors je me suis lancée dans Linux.

J'ai choisi la distribution Fedora, parce que j'avais plus facilement accès à quelqu'un qui connait bien cette distribution, mais je n'ai pas l'impression que mes conclusions auraient été significativement différentes si j'en avais pris une autre.

Il est de fait que Heroes of the Storm fonctionne très bien, en mode 64 bits, en consommant 6 à 8 Gio de mémoire vive, tout va bien. Les autres jeux ont parfois demandé un minimum de bidouille, mais rien de bien plus méchant que suivre les étapes décrites dans l'AppDB.

Au fil des semaines j'ai quand même senti grandir mon insatisfaction sur le manque de maîtrise de ce système d'exploitation. Je ne vais pas lancer un troll sur SystemD, il y en a bien assez ailleurs, et de toute façon ça va bien plus loin que ça. Je veux bien que ce soit dans ses gènes d'être un assemblage de bric et de broc en attendant que le Vrai Noyau soit prêt, mais je trouve qu'il y a quand même un sérieux problème de gestion des cycles de vie logiciels à tous les niveaux.

Ça me fait un peu penser à l'administration française : les trucs qui pourrissent sur place pour qu'un minimum de gens s'en servent et qu'on puisse justifier de l'abandonner ou le remplacer, et en même temps la coexistence de micro-chapelles maintenues en vie mordicus par des gens trop attachés à leur position hiérarchique (ou une relation émotionnelle malsaine à leur outil, mais ça je n'en ai pas vu dans l'administration).

Et je ne suis pas la seule à arriver à ce genre de conclusion, des gens bien plus malins et bien plus mesurés que moi vont dans le même sens.

Si j'étais de plus en plus irritée par Linux, je devais bien reconnaître que ça marche assez bien, et la gratuité de l'écosystème permet d'essayer plus de choses sans se prendre la tête avec les licences et les ULLA EULA et tout le bazar corporate.

Enin, ça marche assez bien, jusqu'à ce que ça ne marche plus.

Au début du mois, coup sur coup, rien de ce que je voulais utiliser ne tombait en marche, même en y passant beaucoup de temps :

Avec tout ça, j'ai finalement basculé, et laissé une chance à Windows, comme ça, juste pour voir.

Une dose, un win

Autant mon retour à Linux m'avait déçue par rapport aux souvenirs que j'avais d'il y a dix ans, autant mon retour à Windows m'a positivement surprise par rapport aux souvenirs d'il y a plus de quinze ans.

Je n'ai eu à me battre que pour créer la clef USB bootable d'installation, mais en fait je me battais contre le préjugé que ça ne pouvais pas être aussi simple que juste copier l'arborescence du DVD directement sur la partition FAT32, sans autre manipulation, alors qu'en fait si. Il y a de l'authentique magie noire dans la séquence de boot…

Et ça juste marche. Mes jeux n'ont jamais été aussi beau, je n'ai jamais pu pousser les paramètres graphiques aussi loin, avec un GPU et un CPU qui restent étonnamment tièdes. C'est magique.

Alors évidemment, je dis ça à chaud, après moins d'un mois d'utilisation, je n'ai sans doute pas encore eu le temps de rencontrer ma première difficulté, et je n'ai pas encore vraiment regardé en quoi consistent exactement toutes ces histoires de télémétrie.

Mais je reste sidérée par l'évolution divergente de mes deux ex‐OS mais‐pas‐si‐ex‐que‐ça enfin‐c'est‐compliqué‐quoi.

Et je suis très inquiète de la réaction des gens plus philosophiquement engagés que moi. Vais-je me faire expulser manu militari hors de #gcu ? Quelle proportion de lectorat vais-je perdre par ce billet ?

Publié le 31 octobre 2017

Tags : Évènement Geek Jeux

L'écrit contre l'oral

Depuis quelques temps je réfléchis aux forces et aux faiblesses des supports écrits (romans, essais, articles web, …) et oraux (audiobook, conférences, podcasts, …) pour transmettre des histoires, des idées, ou susciter des réflexions intéressantes. On peut déjà en voir les prémisses dans mon billet Lire plus ou moins ?.

J'avais l'intention de laisser mûrir tout ça et ensuite d'en faire un article pérenne parmi mes écrits divers, mais je patauge un peu, et du chocs des esprits jaillit la lumière, donc je vais vous livrer ici mes réflexions pas tout à fait sèches, dans l'espoir d'apprendre de vos réactions.

Ça se voit peut-être sur ce site, mais de base je me sens beaucoup plus à l'aise à l'écrit, et je préfère l'écrit dans à peu près toutes les circonstances. Cependant, ce n'est pas parce que c'est plus à mon goût que c'est forcément meilleur. Et je reconnais volontiers la supériorité de l'oral dans les communications interactives, dont l'exemple le plus frappant (à mes yeux) est la didactique : je préfère expliquer oralement et utiliser les retours verbaux et non-verbaux de la communication orale pour faire progresser aussi efficacement que possible mon interlocuteur vers la compréhension que je cherche à lui transmettre.

Après avoir lu beaucoup de bien d'un audiobook chez Balise, et à plusieurs endroits beaucoup de bien de la lecture des Dresden Files par James Marsters (qui joue Spike dans Buffy contre les vampires), je me suis dit qu'il faudrait que j'essaye. J'ai essayé un Dresden Files, je ne sais plus trop lequel, et l'expérience ne m'a pas marquée plus que ça.

Ma conclusion était qu'il y a un vrai intérêt dans les discours directs (il joue tellement bien qu'il pourrait faire une carrière professionnelle d'acteur), le reste de la narration est au même niveau que ma lecture intérieure, mais passer par les oreilles plutôt que les yeux maintient une distance entre l'histoire et moi qui appauvrit, voire annule, la projection que je cherche pour pleinement apprécier une histoire.

Donc j'ai rangé de côté l'idée des audiobooks, en me disant que ça peut quand même être pas mal pour apprécier une histoire lorsque je ne peux pas lire, par exemple en voiture (à cause du mal des transports) ou en marchant (mais il faudrait que je trouve un moyen d'audiobooker sans augmenter déraisonnablement la peur de rater un élément auditif important pour ma sécurité).

Et puis un concours de circonstances a fait que je me suis retrouvée avec une version audiobook de Crossover et une occasion de m'en servir pas très longtemps après en avoir commencé la lecture et découvert que je l'adore colossalement.

Ma nouvelle conclusion est que la principale différence entre lire un livre et écouter un audiobook, qui se généralise à (à mon avis) la différence principale entre l'écrit et l'oral non-interactif, est qu'à l'écrit le lecteur, c'est-à-dire le destinataire, choisit le rythme de progression, alors qu'à l'oral il est imposé par l'émetteur, et il est plus lent qu'à l'écrit.

Et ça a plusieurs conséquences.

Je ne serais pas surprise que le simple fait d'avoir le contrôle participe énormément à ma projection dans l'histoire, de la même façon que je vis ma vie à mon rythme, et plus le rythme imposé diffère de celui que j'aurais naturellement, plus il y a de distance entre l'histoire et moi.

D'un autre côté, ce n'est pas forcément un mal. À de nombreuses reprises dans Crossover, il y avait des passages que j'appréciais particulièrement que je pouvais savourer encore plus longtemps dans l'audiobook. Un peu comme j'apprécie que le plateau dure plus longtemps avant l'orgasme quand je ne contrôle pas la vitesse à laquelle ça avance.

Mais aussi à de nombreuses reprises, j'ai été frustrée de rater des occasions de réfléchir parce que l'histoire avance sans m'attendre, alors qu'en lisant je peux faire une pause pour poursuivre ces occasions avant de reprendre exactement où je m'étais arrêter.

On m'objectera qu'on peut mettre en pause l'audio pour réfléchir, mais c'est différent d'une part par le temps qu'il faut pour mettre en pause, qui peut suffire à perdre le fil de la réflexion potentielle, et d'autre part par l'effort conscient qu'il faut faire pour mettre en pause. La plupart de ces occasions de réfléchir sont des impasses que j'atteins rapidement, et qui n'ont largement pas assez de valeur pour justifier l'effort de mettre en pause et de remettre en route. Et je ne sais pas prédire quelles occasions de réfléchir seront rentables, alors je me retrouve à n'en saisir aucune.

Résultat, j'ai moins aimé l'audiobook de Crossover que sa lecture, et ce n'est que parce que j'aime tellement cette histoire que j'ai quand même passé un excellent moment avec cet audiobook.

Ce qui est intéressant avec le point sur les occasions de réfléchir, que j'ai raté avec Dresden Files parce qu'il en suscite moins (au moins pour moi), c'est que je m'attendais à ce qu'il devienne prépondérant lorsqu'il n'est plus question de communiquer une histoire, mais des idées. Lorsqu'il n'y a pas d'histoire dans laquelle se projeter ni de passage émotionnellement fort à savourer.

Du coup je me suis dit que l'écrit reste largement ce qui me convient le mieux pour acquérir des idées, et pour bifurquer sur de nouvelles réflexions.

Et puis sur YouTube je suis tombée sur quelques conférences de Benjamin Bayart. Les dernières en dates, pendant lesquelles j'avais cette question derrière la tête, sont une interview de Thinkerview et une conférence à la Hitch Hack, mais je ne suis pas sûre que ces instances particulières soient plus pertinentes que d'autres.

Ça n'a rien à avoir avec Halfway to the Grave ni avec Crossover, mais comme ces deux livres, j'en sors avec une impression de « J'aime beaucoup ça, j'en veux plus ! Comment on en trouve plus ? »

Mais d'abord, qu'est-ce que j'y trouve ? Et le format audio apporte-t-il quelque chose sur l'écrit ?

J'imagine que Benjamin Bayart personnellement y est pour quelque chose, dans le sens où sa façon de communiquer les idées est beaucoup plus à mon goût, et plus efficace sur moi, que la plupart des podcasts que j'ai croisés. Il y a probablement quelque chose aussi sur les sujets qu'il aborde, pour lesquels j'ai une certaine affinité.

Mais c'est super-général en fait comme critères : pour que je sois satisfaite d'une tentative de transfert d'idées, il faut que les idées m'intéressent et que la façon dont elles sont transmises me convienne. Ça ne dit rien sur la nature du support.

Avec le recul de l'introspection pendant ma visualisation de ces vidéos, j'en reviens à qui contrôle le rythme et sa vitesse.

La facilité de faire les pauses pour réfléchir pendant la lecture, c'est aussi autant d'occasions de laisser tomber la lecture en cours pour faire autre chose. Et continuer la lecture, c'est un effort continu, mot après mot. Quand il y a une histoire, et à plus forte raison quand l'histoire est très prenante, c'est l'histoire qui motive le retour à la lecture. Dans un essai ou un article web, il n'y a que la qualité des idées transmises qui peut motiver, et il n'est pas rare que dans une des ces pauses pour réfléchir, je déraille et je ne reprends jamais la lecture.

À l'inverse, avec le support audio qui avance tout seul, les idées arrivent sans que j'aie à faire d'autre effort qu'y prêter attention. Un passage qui m'intéresse moins ne condamne la suite que s'il est mauvais ou inintéressant au point de me motiver pour l'effort d'arrêter.

Je ne sais pas si j'aurais eu le courage de lire un essai qui a le même contenu qu'une de ces conférences. Je l'aurais probablement lu en moins de temps que ne dure la conférence, mais si c'est pour s'arrêter avant la fin, je n'en bénéficie peut-être pas autant.

De la même façon que je ne pense pas que j'aurais le courage de lire un essai qui ne contient que les idées politiques de Crossover, autant par manque de l'histoire qui fait revenir au texte que pour le show, don't tell (dans lequel je crois aussi pour les idées, même si pour beaucoup d'idées c'est beaucoup plus dur).

D'un autre côté, quand c'est moi qui cherche à envoyer des idées par écrit, que ce soit par le présent billet ou la majorité des écrits sur ce site, je ne compte rarement que sur les idées pour accrocher le lecteur. Dans mon weblog et la natologie, je compte sur un lien émotionnel entre le lecteur et moi, comme s'il venait prendre de mes nouvelles ; alors que mes écrits divers comptent sur une présentation amusante ou décalée, ou sur un engagement émotionnel du lecteur dans le thème traité.

J'opte dans mes écrits pour prendre moi-même la plupart des tangentes intéressantes, ce qui du coup en laisse peu à trouver par lui-même pour le lecteur. Comme je l'avais expliqué dans Lancement de photoblog, je suppose que mon lectorat ne vient pas ici pour trouver matière à réfléchir (mais peut-être ai-je tort ?). Je ne suivrais pas un weblog comme celui-ci sans un lien émotionnel préexistant avec son auteur, et c'est pour un public comme ça que j'ai un flux ATOM les pages hors-weblog de mon site.

Une fois posé ce tas de platitudes plus ou moins évidentes, pourquoi réfléchir à tout ça ?

Parce que j'ai (re)découvert avec Crossover que j'aime bien les trucs qui me font réfléchir, et avec Benjamin Bayart que même sans réfléchir par moi-même sur des tangentes, j'aime bien le prêt-à-penser qui m'ouvre des horizons. Et même si j'ai conscience de la précarité de mes séries de livres émotionnellement satisfaisantes, je voudrais arbitrer mon temps de loisirs vers plus de réflexions intéressantes. Et je cale sur comment en trouver plus.

Alors, qu'en pensez-vous ?

Aller trouver quelque chose à choquer pour faire jaillir de la lumière ?

Avez des histoires qui vous font réfléchir ? Les cherchez-vous ? Ou préférez-vous réfléchir à partir de non-histoires ? Ou bien êtes vous plutôt emmenés par des réflexions déjà fléchées ? Et tout ça plutôt à l'écrit ou en audio non-interactif ?

Et avez-vous des mentions particulières sur vos attentes dans le présent espace par rapport à cette question ? Voudriez-vous plus de place pour réfléchir par vous-mêmes, comme sur le photoblog ? Ou au contraire, voudriez-vous encore plus de pré-réfléchi tout cuit ? Ou est-ce que je vous fait ch*er à vouloir réfléchir ? Préférez-vous les billets plus triviaux ?

Publié le 29 septembre 2017

Tags : Appel au public Autoexploration Réflexion

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