Porte drapeau

La cire qui frotte contre le métal du support. Le craquement d'une alumette. La lente combustion du bois.

Un grand cri résonne dans la pièce. Le cri de quelqu'un qui respire pour la première fois. Le cri de quelqu'un qui entre dans ce monde. Mon cri.

La mèche s'allume doucement. La flamme se fait toute petite, et disparaît presque. La mèche se consume jusqu'au début de la cire, et la flamme se stabilise.

Le temps passe. Les espoirs se posent sur moi. La flamme prend chaque jour un peu plus de vigueur. L'avenir semble très prometteur.

La flamme devient de plus en plus forte. Je vois les défis de plus en plus difficiles, mais j'en triomphe à chaque fois.

Et puis les duels s'enchainent. Les victoires s'accumulent. Chaque combat me renforce. Chaque victoire m'encourage pour le combat suivant.

La flamme a l'air de briller plus forte que les autres. On la croirait presque invincible.

Mais l'espoir appelle la déception. La confiance appelle la trahison. La victoire appelle un nouveau combat, jusqu'à ce que le combat vienne avec la défaite. La violence n'appelle que la violence.

La flamme la plus forte guide toutes les autres vers plus de force.

Je porte fièrement le drapeau de mon clan alors que nous marchons vers les fous qui ont osé nous défier.

Un courant d'air fait danser les flammes.

Ce n'est jamais beau, un combat. Un duel peut être classe et stylé, et moins c'est un combat plus c'est beau. Deux armées qui marchent l'une vers l'autre, ce n'est toujours qu'une fenêtre grande ouverte sur ce qu'il y a de pire dans l'Humanité.

Ma flamme vascille. Mon bras continue de porter coup après coup après coup. Je continue d'arborer fièrement bannière. C'est tout ce qu'il me reste qui q un sens.

Ils sont peut-être fous, mais ils sont nombreux. Ils sont efficaces. Ils sont mortels.

Je manque un coup. Je perds l'équilibre et je tombe. Ma flamme est toute petite, à peine visible.

Le drapeau s'effondre sur le sol. Le piétinnement des adversaires l'immerge dans la boue. Il n'y plus de fièreté à défendre.

Les ennemis passent sur moi. Ils me piétinnent. Je sens leur talons s'enfoncer dans mon dos. Je sens mes côtes craquer sous leurs pas. Je ne pensais pas qu'une souffrance aussi terrible pouvait exister sans être létale.

Les flammes s'éteignent, les unes après les autres. La pièce devient de plus en plus sombre.

Je n'entends plus l'orage. Je ne sais plus ce qu'il veut dire. Je ne sens plus mes jambes. Je ne sens plus mes mains.

Et au loin, le crépuscule attend. Il attend pour ouvrir et m'embrasser.

Je me laisse aller dans la délicieuse chaleur de l'obscurité.

Mais il est encore trop tôt. Je n'ai pas rempli mon quota de souffrance. La flamme se ravive mystérieusement. J'ouvre les yeux.

Il pleut. Il fait nuit. J'essaye de me redresser. Mon corps est en feu, il n'est plus fait que de douleur.

Il n'y a plus de combat autour de moi. Il n'y a plus de combattant. De la boue, du sang et des cadavres. À perte de vue.

Je me relève, en m'appuyant sur ce qu'il reste de hampe.

À l'horizon, il y a une lueur. Un grand feu de joie. Le vent apporte de temps en temps le son de ces réjouissances. Ils ont gagné. Ils sont contents.

Une seule flamme qui reste toute seule à lutter contre l'obscurité.

Une seule âme dans un champ de bataille vide.

Une âme à bout de forces. La Fin arrive toujours trop tard.

La fumée noire qui monte de la mèche noire. La toute petite braise rouge au bout de la mèche, qui finit par noircir aussi.

Un champ de bataille vide et silencieux.

Une pièce vide et sombre, où il ne reste que la douce odeur de la cire.

Les murs protecteurs d'une forteresse vide, qui n'ont plus rien à protéger.

Une coquille protectrice comme un œuf. Il n'y a pas de vie à l'intérieur.

La vie s'efface. Il ne reste que les coquilles.

Toute la lumière du monde aujourd'hui ne pourra pas éclairer la nuit dans laquelle je m'enfonce.

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  • Publié le 26 octobre 2009 à 22h29
  • Dernière modification le 19 janvier 2010 à 20h49
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  • Musique : Machinae Supremacy – Flagcarrier
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