Fête de la musique

— Ben alors, qu'est-ce que tu fais là toute seule ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va ?

— Heu… oui, oui, ça va.

— Tu es sûre ?

— Oui, oui, pas de problème.

— Quand Vic fait cette tête-là et parle comme ça, si on la laisse on la retrouve au fond d'une bouteille moins de deux heures plus tard.

— Ne t'inquiète pas…

— C'est la fête ce soir ! Pourquoi tu ne viens pas danser avec nous ? Qu'est-ce que tu fais dans le noir toute seule dans ton coin ?

— Je ne le sens pas trop, c'est tout.

— Comment ça, tu ne le sens pas trop ? Ça veut dire quoi ?

— Je n'ai juste pas envie.

— Pas envie de fêter ? Tu as envie de quoi ? Broyer du noir dans ton coin ?

— Je ne broie pas du noir, j'écoute de la musique.

— Ah ouais ? Tiens, c'est vrai, je ne t'ai jamais vu écouter de la musique. Tu aimes quoi ?

— Il n'y a qu'un seul groupe qui me plaise vraiment. Tiens, écoute.

— C'est… particulier. Mais c'est pas mal. Et tu ne voudrais pas danser là-dessus ? Aller…

— Non, vraiment pas.

— Donc tu veux juste écouter ça toute seule dans ton coin ?

— C'est ça. C'est ma façon de fêter la musique. J'ai trop peu de sens musical pour faire mieux, alors j'y contribue à ma façon.

— Ça doit vraiment pas aller, je ne t'avais encore jamais vu mal mentir.

— Mais qu'est-ce que tu en as à foutre ? Qu'est-ce que tu fous encore là ? Tu ne comprends pas « non » ? Va faire la fête avec les autres, trouve quelqu'un à sauter, je sais pas, vis ta vie.

— Écoute. Je suis encore là parce que je tiens à toi, et je ne peux pas tourner le dos à quelqu'un que je considère comme une amie tant que j'ai l'impression de pouvoir aider. C'est clair que ça ne va pas, et que ce que tu écoutes fait un truc pas joli-joli dans ta tête.

— Mais j'aime vraiment ces titres…

— Alors pourquoi tu ne les écoutes pas le reste du temps ?

— Je ne sais pas trop…

— Pourquoi tu les écoutes maintenant ?

— Ben, j'en avais envie…

— Qu'est-ce que tu y trouves ?

— Ben, c'est beau, c'est riche. C'est plein de finesse dans les détails cachés sous les détails. Et tous les niveaux de détails résonnent quelque part…

— Comment ça, ils résonnent ?

— Je ne sais pas. Ils me font vivre quelque chose. Un peu comme une histoire très prenante.

— Genre résonner émotionnellement ?

— C'est ça.

— Et quand quelqu'un vient te déranger pour discuter ?

— Ben il faut arrêter, et revenir dans la réalité.

— Fuir la réalité dans la musique ? Je ne connaissais pas, mais je suppose que c'est moins malsain que dans la vodka. Ça te ferait du bien de m'expliquer ce que tu fuis…

— Non, vraiment pas. Tu fais le malin parce que tu crois avoir cerné tout ce que je cache, mais en vrai tu n'as pas idée…

— Tu disais hier à Quentin que ton plus gros problème, c'est que tu n'as pas de passé.

— Et mon deuxième plus gros problème, c'est en fait, si.

— Ah ouais, à ce point-là. Et ça revient à chaque fois que tu accumules un peu trop de manque de sommeil ? Ou il y a un truc qui le déclenche ?

— Tu te fous de ma gueule ?

— Non, non, pas comme ça. Désolé. Écoute, on va faire ça autrement. Tu peux me faire un peu de place ? Là. Branche-moi ça quelque part, on va écouter ton truc ensemble.

— Tu ne voulais pas faire la fête avec les autres ?

— Ils n'ont pas besoin de moi. Ici, c'est plus important. Je ne vais pas te laisser tomber. Tu as besoin de musique, OK, vas-y, j'arrête de parler, et je mets un peu de chaleur humaine en plus. Essaye de chercher aussi les détails cachés sous les détails de cette chaleur…

Comme dans Becoming, les personnages qui discutent ici font partie des Wired Cats du feuilleton éponyme, même si on ne les a pas encore rencontrés au moment où la présente nouvelle est publiée.

D'ailleurs contrairement à Becoming, je ne suis pas sûre que cette scène soit intéressante pour elle-même, je ne la publie que pour sa contribution à la présentation des personnages principaux.

C'est peut-être un peu trop bordélique de publier des fragments comme ça, sans préciser qui est qui et quoi se passe quand, j'espère que c'est quand même supportable.

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  • Publié le 10 juillet 2019 à 20h10
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