Je ne suis pas une geekette

Contrairement aux apparences, et du coup à ce que croient beaucoup de monde, surtout ceux qui restent superficiels dans leurs relations humaines (du moins avec moi), je ne suis pas une geekette.

Vocabulaire

Il existe un certain flou autour des termes geek, nerd, dérivés et assimilés. Et pour ne rien arranger, les subtiles nuances de sens ne sont pas du tout les mêmes dans un contexte anglais que dans leur adaptation française.

Il me semble qu'en français, du moins dans les milieux que je fréquente, nerd n'existe pas vraiment, peut-être à cause de la proximité avec un autre mot, courant en français, qui ne diffère que par la nasale initiale. Du coup seul geek est vraiment utilisé, avec une connotation positive ou négative suivant le contexte (généralement positive, mais il y a très probablement un biais causé par les milieux que je fréquente).

Je ne vais pas essayer de définir ce que je comprends exactement par geek, parce que je n'en ai pas besoin pour cette discussion. Je vais seulement utiliser des éléments qui sont présent dans pratiquement toutes les conceptions derrière le mot geek.

Je ne sais pas trop à quel point le terme geekette est nébuleux. Je ne l'utilise (ici comme ailleurs) que dans le sens « fille geek », sans aucune autre distinction a priori que le sexe. Un des points commun justement aux définitions de geek est qu'il s'agit principalement de garçons, et du coup être une fille est un signe particulier. Je me rappelle à Solutions Linux, où être « la dame FreeBSD » suffisait pour me situer. Ce n'est pas que j'aie spécialement envie d'étaler mes gonades sur la table (d'ailleurs ce serait un peu gore), mais ça joue indubitablement, il me semble donc un peu malhonnête de le cacher (du moins lorsqu'il est question de natologie).

J'ai parfois entendu (ou lu) qu'il y aurait des spécificités à la geekitude féminine, ce qui permettrait d'ajouter ces spécificités dans la notion de geekette. J'aimerais beaucoup pouvoir en rencontrer assez pour me faire une idée par moi-même, mais en attendant, par défaut, je me méfie des analyses de genre, et je ne mets dans les définitions de geek et geekette aucune différence autre qu'un M ou un F sur les papiers d'identité.

Passion

Si j'ai l'air d'une geekette, ce n'est pas pour rien. Si geek désignait un syndrome, c'est à dire s'il était défini par un ensemble de symptômes, il est plus-que-probable que je rentre dans cette définition et que cet article n'ait pas lieu d'être.

Cependant, ce n'est pas le cas : très peu de définitions de geek restent sur un ensemble de conséquences sans faire aucune hypothèse sur la cause qui est à leur origine. Même si ces conséquences sont effectivement des critères pour ranger les gens dans (ou hors de) la case geek.

En effet, un élément commun à toutes les conceptions de geek que j'ai rencontrées est la passion. Certaines personnes se plaisent à faire remarquer qu'on peut être geek sans toucher à un ordinateur : geek de Star Trek, geek de livres fantastiques, etc. Le point à toutes ces formes de geekeries, c'est justement la passion pour un sujet.

Or il se trouve que j'ai aucune passion pour l'informatique ou quoi que ce soit qui s'y rapporte. Ça ne m'empêche pas d'y passer la majorité de ma journée, mais de la même façon je n'ai aucune passion pour ma main droite, alors que je m'en sers encore plus souvent que de n'importe quelle électronique.

Et c'est sur cette absence de passion que repose toute mon argumentation pour clamer que je ne suis pas une geekette.

Transhumanisme

Mais alors, si je ne suis pas passionnée par l'informatique, par unix, par la programmation, ni par quoi que ce soit d'autre ce genre, comment se fait-il que j'y passe mes journées ? Pourquoi est-ce que je m'embête à monter un NAS à base de ZFS ou à gérer deux serveurs dédiés ?

J'avoue ne pas avoir (encore) fait de recherche approfondie sur le courant philosophique transhumaniste, mais il s'agit en substance de considérer comme désirable l'amélioration (en général) de l'être humain par la science et la technologie. Par exemple, améliorer la mémoire biologique faillible en greffant des puces électroniques dans le cerveau.

Il s'agit pour l'instant de science-fiction, et il y a tout un débat éthique entre les neo-luddites pour qui le naturel est mieux que tout et les transhumanistes.

Pourtant, je ne vis pas dans un monde de science-fiction, quoiqu'en pensent certains, je vis bien dans le monde réel, et pourtant j'ai l'impression que moralement, les transhumanistes ont déjà gagné (au moins dans une partie de la population).

Y a-t-il tellement de différence entre une puce de mémoire implantée dans le cerveau et un smartphone que l'on a toujours sur soi ? Y a-t-il tellement de différence entre une antenne cérébrale capable de se connecter à un réseau sans fil pour y puiser des quantité colossales d'informations, et un ordinateur familial relié à une connexion internet permanente ?

Sur le plan éthique, et probablement religieux, certainement oui. Mais sur le plan philosophique et social, j'ai un doute.

J'ai dit plus haut que je ne suis pas passionnée par ma main droite, malgré toutes l'utilisation que j'en fais, et bien j'ai exactement la même relation avec mon ordinateur qu'avec ma main droite. Je considère tous les outils, du couteau et du marteau jusqu'à l'informatique et les logiciels, comme des extensions de mon corps. Du coup j'ai le même genre d'exigences envers mon système d'exploitation qu'envers n'importe quel membre de mon corps, en particulier en ce qui concerne le contrôle et la précision.

Je suis très curieuse sur le fonctionnement des technologies, aussi bien que de mon corps (et là est la principale raison derrière mes diplômes de biologie), et sur ce point je rejoins les geeks, mais la motivation initiale qui la sous-tend est très différente : la passion dans leur cas, la connaissance de soi-même (et de ses extensions) à des fins pratiques dans mon cas.

Conclusion

Il me semble avoir exposé de manière assez convaincante (au moins assez pour me convaincre moi-même) que je ne suis intrinsèquement pas une geekette, même si je souffre d'une autre affection philosophique qui conduit sur certains points à des résultats similaires.

Je concède volontiers que l'on peut douter de l'intérêt de cette information. Pour ceux qui en restent à une relation très superficielle, me considérer comme une geekette peut tout à fait être une approximation suffisante pour que tout se passe bien.

En revanche, pour ceux qui s'intéressent à mes motivations profondes, où à ce qui me fait vivre de la façon dont je vis, il me semble que la nuance est importante.

Reste le cas des employeurs potentiels, qui seront sans doute très intéressés par la quantité de motivation que je peux avoir, mais j'avoue ne pas être complètement certaine que la vérité soit meilleure à dire que l'approximation « geekette ».

Commentaires

1. Le lundi 24 octobre 2011 à 20:15, par W :

Si ta relation à ta main droite est semblable à ma relation à ma main droite, alors tu expliques de façon convainquante que tu n'es pas passionnée d'informatique.

Par contre, je crois que ma vision de la « geekitude » est plus large que la tienne, ou ma vision de la passion plus restreinte. Une passion implique du plaisir à s'y consacrer, non ? Or ça ne me dérangerait pas de considérer comme geek quelqu'un qui aurait une motivation et des compétences dans un domaine par principe ou par manie, par exemple quelqu'un qui serait compétent en sécurité car paranoïaque.

Ensuite, je trouve que ta comparaison de ta main et de ton pc va un peu loin. Je suis d'accord que ce sont tous les deux des outils, des extensions de notre volonté, mais par leur différence de nature on ne peut pas avoir tout à fait les mêmes exigences vis-à-vis de l'un et de l'autre. D'une part tu est seule responsable de ta main et c'est toi seule qui en a le contrôle, alors que pour ton pc tu es obligée de faire confiance à tout un tas de gens sur son fonctionnement. D'autre part mon pc est extrêmement adaptable, je peux choisir et configurer ma machine, mon système et mes applis, alors que ma main, je ne peux (en 2011) que m'entraîner à m'en servir et l'entraîner à me servir : elle est moins configurable que le clavier de mon ordinateur.

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  • Publié le 20 octobre 2011 à 14h26
  • Dernière modification le 7 avril 2014 à 11h20
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