Doux ail s'pique angle ich ?

Il y a des moments où je me pose des questions sur ce que je vaux dans certains domaines. Par exemple, dans la langue anglaise. Ces derniers temps, je rencontre un peu plus de recruteurs qu'à l'acoutumée, et eux aussi ont l'air de s'intéresser à mon niveau dans cette langue. Alors, qu'en est-il réellement ?

J'ai l'impression d'avoir un niveau confortable à l'écrit, tant en compréhension qu'en expression. Ma liste de lecture contient un bon nombre de livres en anglais, et même si je reconnais que l'on peut lire un livre sans le comprendre, je doute d'y trouver le moindre plaisir. Comme tous ces lectures ne sont que des loisirs pour le plaisir, cela suffit à me convaincre au moins moi-même sur mon niveau de compréhension écrite. Ce qui n'est déjà pas si mal, vu la tenacité de mes tendances à l'autodévalorisation.

Je n'ai pas grand'chose de tangible pour croire à mon niveau en expression écrite. Ça fait longtemps que je n'ai plus fréquenté de canal de discussion en anglais, et mes derniers textes sérieux en anglais, qui étaient pourtant bien vus par mes professeurs, commence à avoir un certain âge. Je suis peut-être trop confiante sur ma capacité à conserver cette aptitude uniquement par les lectures fréquentes, quoique généralement techniques, en anglais. Mais bon, pour une fois que je me sur-estimerais, je peux bien me laisser ça.

J'ai beaucoup plus de doutes quant à mon niveau en anglais oral. Je suis française en France et habituellement entourée de français, ce qui n'aide pas vraiment à s'y exercer ni à se faire une idée de son propre niveau.

J'ai quand même discuté avec pas mal de personnes non-francophones, de nationalités très diverses, et l'anglais s'est trouvé être à chaque fois la langue de la communication. La plupart du temps, la conversation se passait très bien. J'ai conscience d'avoir un accent très fort, mais je n'ai jamais eu l'impression que ça nuisait à la conversation ; les rares remarques négatives que j'ai eues à ce sujet venaient de personnes qui cherchaient manifestement à faire une remarque désobligeante et qui ont pris ce qu'elles ont trouvé.

Et réciproquement, je n'ai rencontré pratiquement aucune personne dont je ne comprenais pas l'anglais, et aucune des exceptions n'ont l'anglais pour langue maternelle : la plupart sont asiatiques, et le seul autre exemple qui me vienne à l'esprit vient d'un pays slave. En revanche j'ai écouté, et parfois même discuté, au mois avec des américains, des anglais (vraiment anglais, pas écossais ni gallois ni ilandais) et des canadiens anglophones sans éprouver de grande difficulté. Il y a parfois des mots que je ne sais pas, ou du moins pas du premier coup, et les derniers en date sont query et patent dans la bouche d'un américain, mais suffisamment rare pour ne pas poser de problème. De la même façon la plupart des extraits de la BBC ne me posent pratiquement aucun souci.

Avec tout ça, je pourrais me considérer comme tout-à-fait apte à l'anglais oral. Mais il y a un mais. Et ce mais, c'est la télévision.

J'ai été confrontée à Boston Legal, en version originale sans sous-titres, et il y avait des pans entiers de dialogues que je ne parvenais pas à décoder. J'ai été confrontée à CSI et/ou à une des séries dérivées, et c'était encore plus catastrophique : au lieu de manquer deux ou trois mots comme lorsque je suis en face-à—face, c'était deux ou trois mots dans l'épisode que j'arrivais à extraire l'espèce de bouillie sonore des dialogues.

J'imagine que c'est pertinent de préciser que ces exemples étaient en version originale sans sous-titres, car pour une raison neurolinguistique étrange, ma compréhension orale est copieusement améliorée par les sous-titres, qu'ils soient en anglais (vécu avec MillenniuM) ou en français (vécu avec Stargate SG-1). Et ce n'est pas juste l'information des sous-titres qui s'ajoute à celle en provenance des oreilles pour faire émerger la compréhension, il y a vraiment une rétropropagation de l'information qui permet de reconnaître des phonèmes et des mots que j'étais incapable de distinguer sans les sous-titres. Je l'ai vécu avec MillenniuM, après que mon copain m'a déconseillé les sous-titres pour travailler ma compréhension orale justement, il y avait des répliques dont je ne reconnaissais pas les sons sans sous-titres et qui sont devenues soudainement limpides dès que je les ai ajoutés. C'est ce qui me fait penser que même avec les sous-titres, il y a quelque part un réseau neuronale qui apprend à reconnaître ces sons, ce qui me ferait progresser en compréhension orale.

Cela dit, retour au problème initial : l'estimation de mon niveau en anglais. Si les français sont à la hauteur de leur réputation, je suis avec tout ça certainement au dessus de la moyenne nationale. Mais ce n'est pas vaiment ça qui m'intéresse, et je soupçonne les recruteurs de chercher plutôt mon utilisabilité internationale, et je trouve ça aussi plus pertinent.

Dois-je ne tenir compte que des résultats face à des personnes juste devant moi ? Ou bien les anglophones face à moi s'adaptent pour se rendre plus compréhensibles ? Ou bien les experts sont-ils représentatifs d'une certaine partie de la population anglophone, à laquelle par hasard je n'aurais pas encore été confrontée en vrai ? Ou bien ne s'agit-il que de deux extrêmes, tous deux trop caricaturaux pour généraliser quoi que ce soit ?

Bref, qu'est-ce que je vaux réellement en anglais ?

Commentaires

1. Le samedi 14 novembre 2009 à 2:18, par Roman Age :

D'après ce que tu dis, tu es certainement dans la très bonne moyenne.

En considérant que tu connais suffisamment de vocabulaire, c'est certainement la compréhension orale qui te pose le plus de problèmes (et qui te fait le plus douter de ton niveau). D'abord c'est vrai que dans l'échelle de difficulté, je mettrai au même niveau les infos (à la télé ou à la radio) et le langage utilisé dans une conférence, ou une réunion. Ce langage est normalement plus facile à comprendre que la langue parlée informelle, que l'on trouve dans la vie de tous les jours (quand des anglophones parlent entre-eux), et aussi souvent dans les films ou séries. Donc c'est normal que tu trouves difficile de comprendre une série sans les sous-titres.
A propos des sous-titres, justement, un mot que tu arriverais à 'entendre' donc à comprendre grâce au sous-titre, ça peut être trompeur, parce qu'il se peut que tu fasses la relation avec un phonème qui ne soit en fait pas le bon, étant donné qu'en anglais, encore plus qu'en français, un son ou phonème peut être écrit de plusieurs façons: les 'O' dans 'love', 'come' et 'none' se prononcent comme les 'U' dans 'luck' ou 'f*ck', mais différemment des 'O' dans 'phone' ou 'alone', qui eux se prononcent comme dans 'low' ou 'so'. Et les 'O' dans 'score' ou 'morning' c'est encore un autre phonème, le même que dans 'raw', 'law', et 'bald'.
En fait, je pense que le mieux c'est d'apprendre l'alphabet phonétique (si tu ne l'as déja fait). Une fois que tu sais bien prononcer chaque phonème, tu peux facilement t'amuser à lire des mots en phonétique dans le dictionnaire.

Il faut savoir que la prononciation de chaque phonème peut changer du tout au tout selon les pays ou régions, bien plus que pour beaucoup d'autres langues, mais au moins ce qui maintient l'unité de la langue, c'est qu'un même mot sera toujours composé des même phonèmes quelle que soit l'accent (quelle que soit la façon de prononcer chaque phonème), donc il y a une constance, contrairement à un accent étranger qui peut ne pas utiliser les bons phonèmes dans un mot, ce qui devient une erreur plutôt qu'un simple accent (au delà de la façon dont chaque phonème est prononcé).

Une dernière chose, l'accent tonique, c'est à dire la syllabe accentuée, comme dans beaucoup de langues, est très important. Il est représenté par une apostrophe dans la phonétique, placée avant la syllabe accentuée (d'ailleurs il n'y en a pas dans la phonétique du français).

2. Le samedi 14 novembre 2009 à 20:49, par Schmurtz :

T'inquiètes pas, en s'en sort très bien en baragouinant de l'anglais comme moi. L'essentiel c'est de comprendre quand les gens parlent, et de savoir parler avec le vocabulaire technique de son domaine. Il y a besoin d'avoir un bon niveau, quand on commence à faire de la négociation.

Ça vient rapidement avec la pratique, quand a déjà de bonnes connaissances comme toi.

3. Le dimanche 15 novembre 2009 à 18:44, par Natacha :

Roman Age, c'est effectivement la compréhension orale qui me donne le plus d'insatisfaction, dans les autres situatoins mon vocabulaire est suffisamment large pour pouvoir déduire du contexte les mots qu'il me manque, ou me faire aider par mon interlocteur. Il me manque parfois du vocabulaire technique, mais je n'y suis confrontée que par internet, où se trouvent aussi moult dictionnaires pour m'aider.

En revanche je ne me retrouve pas dans tes propos sur les sous-titres : je n'ai jamais eu l'impression de chercher à calquer directement ce que j'entends sur ce que je lis. Et c'est clairement impossible quand les sous-titres sont en français, alors que ces sous-titres améliorent aussi ma compréhension orale. Et dans ce cas je sens même le processus mental de « thème à trou » à l'œuvre : chercher, à partir de ce que je connais de l'anglais, quelle suite de mots peut correspondre au sens lu en français, avec la contrainte des phonèmes que j'ai reconnus. J'ai l'impression que la même chose se passe quand les sous-titres sont en anglais, en utilisant mon vocabulaire qui contient aussi généralement la phonétique des mots (même si je suis incapable de la transcrire, faute de connaître l'IPA, mais tous tes exemples me semblent évidents). D'ailleurs avec les sous-titres en anglais, j'arrive à reconnaître les petites différences de tournure qui arrivent de temps en temps entre le texte des sous-titres et le texte parlé.

Il y a cependant des moments où mon vocabulaire phonétique n'est pas suffisant, ce qui aboutit à certaines difficultés. C'était le cas par exemple avec "patent" et "query", je n'ai pas reconnu le premier parce que je n'ai entendu aucun "t", et pour le second les voyelles ressemblaient à "o" puis "ey", alors que je m'attendais à quelque chose comme "è" puis "i". Je pense qu'une seule de ces voyelles m'aurait suffit à retrouver tout de suite le mot.

Cet exemple me semble être représentatif de toutes mes difficultés de compréhension orale face-à-face ou des informations. Le cas de certaines séries télévisées (c'est à des degrés divers, CSI est un extrême) me semble être un problème plus en amont : l'exemple précédent est une difficulté à associer une suite de phonème à un mot (auquel j'ai rarement été confrontée à l'oral), alors que pour les séries il s'agit d'une difficulté à extraire du son la série de phonèmes.

Schmurtz, ça me rassure un peu de savoir que le manque de compréhension cet anglais des séries TV n'est pas rédhibitoire. Après c'est vrai que tant que je resterai en France, je ne peux pas m'attendre aux mêmes résultats qu'en étant immergée dans la langue…

4. Le dimanche 15 novembre 2009 à 23:06, par Roman Age :

J'ai oublié de dire que ce que je préconise n'est pas du tout une nécessité, car un employeur n'attendra pas de toi plus que ce que tu sais déja, alors ne t'inquiète pas, quand je parlais d'étrangers qui prononcent certains mots en n'utilisant pas les bons phonèmes (erreur), au delà de la façon particulière de prononcer chaque phonème (accent), et bien c'est la norme, et complètement accepté.

5. Le lundi 16 novembre 2009 à 14:16, par FoX :

Si tu veux pouvoir "prouver" ton niveau d'anglais auprès d'un employeur tu peux éventuellement passer le TOEIC ou le TOEFFL ... ce sont des examens reconnus de manière assez courante par les employeurs même étrangers.

Bon après leur valeur et leur pertinence est tout à fait critiquable mais c'est un "outil RH" courant donc indispensable à leurs yeux pour soit disant prouver son niveau ;)

Bon courage en tout cas :)

FoX

6. Le mardi 26 janvier 2010 à 13:46, par tth :

Pour te familiariser avec l'anglais tel qu'il est parlé à Trenton (New Jersey), je ne peux que te conseiller les histoires de Stephanie Plum écrites par Janet http://www.evanovich.com/

Tip: prévoir un Harraps's "slang" pour mieux comprendre les détails croustillants.

7. Le dimanche 7 février 2010 à 12:09, par Natacha :

Merci beaucoup pour ce conseil, tth , mais je ne suis pas sûre q<ue ça m'aide tellement, dans la mesure où mon problème se situe en amont du vocabulaire, au niveau de la transformation du son en éléments de langage, et je ne suis pas convaincue que quoi que ce soit d'écrit puisse me soucrir à ce niveau. Je regarderai quand même ces histoires dès que j'aurai le temps, je n'ai pas grand chose à perdre (à part justement du temps).

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  • Publié le 13 novembre 2009 à 21h51
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