Autonomous, d'Annalee Newitz

Autonomous, traduit en français sous le titre « Autonome », est le premier roman d'Annalee Newitz, qui raconte les histoires parallèles d'une pirate de la bio-ingénierie et du duo d'agents qui lui courent après.

En résumé, je trouve que ce roman est un appeau à déception, car il promet beaucoup et ne tient pas toutes ces promesses.

La trame du pirate et des forces de l'ordre n'est peut-être pas très originale, mais son application à la propriété intellectuelle est intéressante.

Et l'univers me semble très bien recherché, au point de relever de la science-fiction « dure ». Je n'ai pas trop d'expérience dans ce genre, donc je juge peut-être mal, mais j'ai bien aimé trouver des explications cohérentes avec ma culture scientifique personnelle.

C'est un monde dans un futur à peu près proche, dans lequel le système des brevets pharmacologiques s'est métastasé en un puissant instrument de pouvoir, un peu comme le droit d'auteur dans notre réalité.

Et c'est également un monde dans lequel l'intelligence artificielle existe, les robots ont des droits, mais pour compenser financièrement leur fabrication, il y a des contrats d'esclavage à durée déterminée, à l'issu duquel ils deviennent « autonomes », d'où le titre du livre. Ce système a été ensuite élargi aux humains, qui naissent quand même autonomes, dans une logique pas si absurde de compenser l'investissement en éducation et en formation fait par une entreprise.

Déjà à ce stade, si j'étais plus paternaliste, je dirais que c'est peut-être mieux faire une chose bien que de se disperser sur deux points.

Comme dit, la trame de la « chasse à l'homme » n'a pas besoin d'être très originale pour présenter un monde de science-fiction dure et présenter des axes de réflexion intéressants, malheureusement je suis restée sur ma faim au niveau des réflexions, que j'ai trouvées beaucoup plus pauvres que dans Crossover par exemple.

Qu'à cela ne tienne, une trame convenue est tout à fait acceptable pour présenter un monde de science-fiction dure et des personnages enthousiasmants ; malheureusement, je n'ai pas tellement accroché aux personnages.

La pirate est présentée un peu comme une sorte de Robin des Bois, sauf que l'intrigue est lancée par un piratage juste pour le pognon pour vivre, et les flashbacks sont plus des listes de coucheries qu'autre chose.

Et côté agents, Eliasz est un abruti fini, et Paladin fait beaucoup trop « humain » à mon goût. Et même en mettant de côté sa naïveté compréhensible, ses choix non-programmés me semble juste idiots.

De façon plus générale, je n'aime pas du tout les robots et les « biobots » de cet univers, on dirait des humains avec seulement une conscience sensorielle bas-niveau en plus. Ces personnages seraient plus crédibles comme des ingénieurs qui ont construit un corps autour d'une boîte contenant leur cerveau.

Et je trouve ce sentiment d'autant plus décevant qu'il y est explicitement question d'anthropomorphisation abusive de la part des humains, pourquoi ces machines ont-elles des comportements, et mêmes des émotions, beaucoup plus humains que les Autres ?

Il me semble que je peux me passer d'attachement aux personnages pour ce qu'ils sont lorsque je les vois « grandir », et malheureusement c'est encore raté. Pourtant ce n'est pas les évènements marquants qui ont manqué, et Jack ou Eliasz auraient pu sortir transformés ce qu'ils ont vécu, ou d'évènements approchants qui se seraient aussi bien intégrés dans l'histoire ; mais ça n'a pas été le cas. Si les circonstances de nombreux personnages ont changé entre le début et la fin de l'histoire, je n'ai pas eu l'impression de changements en profondeur.

À la limite on pourrait percevoir un changement au fil des différents flashbacks de la vie de Jack, mais ça n'a pas marché émotionnellement pour moi, j'ai vécu ces passages plus comme des infodumps que comme une édification du personnage (peut-être justement parce que ce sont des flashbacks plutôt que des évènements de l'histoire présente).

Donc tout ça pour dire que ce roman partait sur des prémisses pleines de potentiel, et que je n'ai pas l'impression que ce potentiel ait été concrétisé.

Je ne sais pas si des prémisses plus modestes auraient été plus faciles à exploiter, mais elles auraient probablement conduit à moins de déception.

Je ne me souviens plus comment ce roman est arrivé dans ma liste de livres potentiellement intéressants, j'avais le souvenir d'avoir lu pas mal d'avis positifs à l'époque, alors que ces jours-ci les avis semblent beaucoup plus mitigés. J'ai vu des accusations selon lesquelles l'auteure a été utilisé ses contacts journalistiques pour faire une campagne de promotion du livre à sa sortie, et fin 2017, je cherchais du cyberpunk alors que j'avais encore les étoiles de Crossover dans les yeux, j'ai peut-être surestimé ce livre à ce moment.

Cela dit, même si j'ai couché tant mots dans ce qui ne m'a pas plu, la lecture de ce roman n'a pas été désagréable, et il y a une vraie valeur dans ce monde malsain de science-fiction dure.

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  • Publié le 5 septembre 2021 à 20h56
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