Consement au soutien

J'ai déjà écrit plusieurs fois (par exemple dans L'écrit contre l'oral) que j'aime les fictions qui me lancent dans une réflexion intéressante.

La dernière en date est une situation que j'ai déjà rencontrée plusieurs fois dans les fictions, et je m'interroge ici sur sa transposition dans la réalité.

J'aurais bien aimé pouvoir juste coller un lien vers tvtropes.org pour décrire cette situation fictive, parce que j'ai l'impression d'avoir rencontré ce schéma assez souvient pour qu'il ait droit au statut de trope, mais je ne l'ai pas trouvé.

Donc à la place, je vais décrire en termes généraux la situation, et ensuite développer les problèmes que je vois dans sa transposition dans la réalité.

Le soutien contre son gré

Il y a d'abord un personnage que je vais appeler V, qui est provisoirement dans un très mauvais état émotionnel, que ce soit à cause d'une situation authentiquement merdique, du retour d'un traumatisme, d'un effet magique, ou de toute autre raison.

Pour des raisons liées à la personnalité de V ou à la situation ou à la combinaison des deux, V rejette toute forme d'aide ou de soutien, et cherche à gérer la situation en solitaire.

Il y a un autre personnage, que je vais appeler S, émotionnellement lié à V, qui fait fi du refus explicite de V, et qui reste pour aider, généralement en déployant des efforts à la fois pour lutter contre la situation et contre le refus de V.

Une fois la situation résolue, V se rend compte son refus était une erreur, tout le monde est très content que S soit resté, et la relation entre S et V en ressort renforcée.

Comme cette description est volontairement très générale, il existe toute une gamme de scènes qui peuvent y correspondre, des plus mauvaises aux meilleures, et des plus problématiques aux plus consensuelles.

Il me semble que Unwanted Rescue n'est pas loin de ce que je décris, mais c'est à la fois trop étroit parce que S peut être simplement un soutien et non un sauveur (c'est le cas dans mes variations préférées), et trop large parce que S (et le lecteur) sait que l'intervention est utile, et V le sait aussi à la fin.

Quelque part, le cœur de la situation est que S piétine le non-consentement de V parce que la situation rend ce non-consentement invalide, et S connaît suffisamment bien V pour prendre les bonnes décisions du point de V en situation normale, et agir optimalement par intérim.

Donc c'est plus proche du tresha des Aandrisks que du sauvetage à proprement parler.

L'applicabilité réelle

J'ai peur qu'il ne soit pas superflu de préciser à ce stade que le fait que l'apprécie ou non une situation fictive n'a aucun rapport avec mon avis ou mes réactions sur la même situation dans la réalité.

Cela étant, ce schéma de situation m'interpelle particulièrement parce que je sais que ça existe. Pour mon bien-être émotionnel comme pour ma ligne éditoriale, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais j'ai vécu la situation en tant que V, en me rendant compte a posteriori de l'importance du soutien de S, éventuellement parce qu'il a respecté le non-consentement ou que j'ai pu me retenir d'exprimer le rejet.

La fiction permet donc d'envisager ce schéma dans la réalité sous l'autre point de vue. Que faire en tant que S ?

Le gros problème de la réalité, c'est qu'on n'a pas exactement toutes les informations sur la situation, et qu'on ne peut pas utiliser les heuristiques sur quels cas feraient une bonne histoire.

Donc en tant que S, il y a la question très difficile d'évaluer l'état mental de V pour décider s'il est préférable de soutenir ou de respecter le non-consentement.

Et je n'arrive pratiquement pas à imaginer de situation réelle dans laquelle je ferais autre chose que déguerpir, éventuellement après un ultime « es-tu vraiment sûr ? », si quelqu'un voulait explicitement gérer quelque chose sans moi.

Il y a une partie de fragilité personnelle : je ne me sens légitime auprès de personne, j'ai toujours l'impression que ma bienvenue peut expirer à n'importe quel moment sans que je perçoive ni raison ni signe avant-coureur, et si on me jette dehors je serais plutôt à m'excuser de ne pas avoir deviné toute seule plus tôt que l'espace était mieux sans moi.

Il y a aussi une partie plus profonde, une espèce de dogme selon lequel l'esprit de l'Autre m'est complètement inaccessible, qu'il n'y aucun moyen pour moi d'avoir la moindre idée de ce qu'il se passe dans sa tête, et donc a fortiori que je suis complètement incapable d'être mieux placée que la personne concernée pour savoir ce qu'il lui faut.

À la limite, je suppose que je serais capable de faire appliquer une volonté différée de la personne. Par exemple si V voulait expérimenter un nouveau psychotrope récréatif et me demandait explicitement de l'empêcher de faire quoi que ce soit qui prête à conséquence tant que les effets ne sont pas dissipés. Ou plus acceptable socialement, quelqu'un qui sait qu'il a l'alcool mauvais et qui me demanderait d'aller jusqu'à utiliser la force pour l'empêcher si possible de trop boire, ou à défaut de mettre les autres hors de danger.

Même si dans les deux cas je n'ai pas du tout l'impression d'être à la hauteur d'une telle responsabilité, et j'essayerais de proposer une autre solution plus fiable.

Conclusion

Je suis donc gênée par le paradoxe entre le fait qu'il existe manifestement des situations réelles qui ressemblent à ce schéma fictif, c'est-à-dire où le meilleur résultat pour tout le monde est de passer outre le non-consentement de V, et l'impression que je n'arriverai jamais à les percevoir à temps, en me rendant ainsi responsable d'un résultat beaucoup moins bon.

Objectivement, respecter le consentement de quelqu'un me semble être une bonne heuristique par défaut, mais je ne suis pas complètement convaincue qu'adhérer strictement au principe suffise à compenser la moindre qualité du résultat.

Dans un registre complètement différent, c'est peut-être un problème similaire à la présomption d'innocence : par principe il vaut mieux laisser libre un coupable que punir un innocent, même si les conséquences pratiques du cas d'espèce ne sont pas évidemment meilleures que dans l'alternative.

J'ai juste l'impression qu'il est possible de faire mieux dans les situations que je décris ici, alors que pour la présomption d'innocence je n'ai pas cette impression.

Alors, comment faire mieux ?

Publié le 27 juin 2021

Tags : Lecture Réflexion

En vrac 4

Et c'est reparti pour un nouveau tas de liens en vrac.

J'ai l'impression que faire des tas de dix est un bon compromis entre taille de lot et fréquence de publication, mais je me demande si faire systématiquement des lots de dix c'est encore du vrac…

Publié le 13 juin 2021

Tags : En vrac

Esquisse de Go Bag

Comme chaque année, le mois de mai revient, et ça commence à être une tradition sur ce blog d'en profiter pour parler du bazar que j'accumule « au cas où », comme en 2015, en 2016, pas en 2017, en 2018, en 2019, mais pas en 2020.

Avec la déstructuration du quotidien causée par les réponses politiques à la crise sanitaire, je n'ai plus tellement d'Every Day Carry, parce que sauf exceptions minutieusement préparées je suis chez moi every day.

D'un autre côté, cette crise est un bon rappel que les crises peuvent se produire, et il y a peut-être quelque chose à faire pour se préparer aux crises futures, maintenant que la réalité de certains scénarios s'est imposée à nos esprits.

Pas de Bug Out Bag

Parmi les concepts du Survivalisme, on trouve le Sac d'évacuation ou Bug Out Bag (je découvre l'appellation française, car mes ressources sont surtout en anglais). Si je comprends bien, il s'agit d'un sac que l'on garde chez soi, prêt à être attrapé en cas de catastrophe tellement grave qu'on n'envisage pas d'y revenir.

Ces jours-ci le survivalisme ne semble pas trop avoir la cote, entre sa colonisation par l'extrême droite et le complotisme, et l'actualité récente qui le stigmatise, mais je m'en distanciais déjà en 2015.

Comme je l'ai déjà écrit, je suis en paix avec mon extinction en même temps que celle de notre civilisation, parce que je sais que ça ne sert à rien que j'essaye de survivre aux pires scénarios imaginés par les survivalistes.

Si une « rupture de normalité » comme ils l'imaginent se produisait, j'aurais de moindres chances de survie en allant dans la forêt, même avec les meilleures compétences et le meilleur équipement du monde, qu'en restant avec mes congénères et en participant à la reconstruction, dans l'espoir qu'une société capable d'assurer ma survie émerge avant qu'il ne soit trop tard pour moi.

En plus de ça, l'année 2020 a été riche en exemples de la différence entre vivre et survivre, et à titre personnel je ne suis pas convaincue du tout par la perspective de survivre juste pour survivre. Maintenir la machine biologique qui abrite mon esprit pendant celui-ci dépérit ne m'intéresse pas plus que ça.

Bref, même si je vais peut-être emprunter des idées aux survivalistes et aux preppers, je ne veux pas prétendre avoir l'ambition de faire un BOB.

Mes scénarios d'urgence

Maintenant que j'ai écarté les scénarios des survivalistes, il me faut une autre source d'inspiration pour imaginer un scénario auquel je puisse faire face, avant de pouvoir commencer à m'y préparer.

Le Go Bag façon Newsroom

L'inspiration m'est venue du premier épisode de la troisième saison de la série The Newsroom.

Sans divulgâcher, la série suit l'équipe d'un journal télévisé, et dans cet épisode l'attentat du marathon de Boston vient d'avoir lieu, ils cherchent quelqu'un à envoyer sur place, et une jeune employée dit y avoir un contact. La cheffe expérimentée lui demande si elle a un go bag, et visiblement l'autre ne sait même pas de quoi il s'agit. La cheffe sort alors un sac de son bureau, et le lance dans les bras de la nouvelle, en lui disant : « Go ! ».

Pour traduire la situation en mots, je vais donc définir ce go bag comme contenant tout ce qu'il faut pour affronter un déplacement professionnel inopiné et immédiat.

Mon scénario du deuxième type

Je ne suis pas reporter, et dans mon métier je n'imagine pas de déplacement dont l'urgence m'impose de partir dans la minute. Et encore plus maintenant que le télétravail forcé a montré que ça ne marche pas aussi mal que certains décideurs le craignaient.

En plus de ça, mon métier est assez varié, si on m'informait maintenant d'une situation urgente qu'il faut absolument que j'aille régler sur place, il faudrait au moins des heures avant de partir pour m'y préparer, entre le téléchargement de bases de code ou de documentation confidentielle ou interne, et la récupération de matériel pour communiquer avec les dispositifs embarqués (le client est censé pouvoir les fournir, mais connaissant nos clients c'est très probablement un gain de temps de prendre le matériel de chez nous plutôt que de compter sur eux).

Je ne peux donc pas préparer un go bag que j'ai juste à prendre pour pouvoir être déployée sur place.

En revanche, face à une urgence professionnelle suffisamment grave pour me faire partir aussi rapidement que possible, il est probable que je ressente un certain niveau de stress. Je penserais probablement à prendre tout ce qu'il faut pour accomplir ma mission professionnelle, mais il est probable que j'oublie des objets personnels qui me manqueront, comme une brosse à dents ou le chargeur spécial d'une montre connectée.

Donc pour mon go bag à moi, inspiré de The Newsroom, ce serait un sac personnel prêt à être attrapé en cas de déplacement urgent en complément du sac professionnel préparé extemporanément pour cette situation particulière.

Comme il s'agit d'un cœur de trucs dont j'aurai besoin à chaque déplacement sans forcément y penser, il n'y a pas besoin de se limiter aux déplacements professionnels : le même go bag peut aussi servir aux urgences personnelles, par exemple un membre de ma famille qui deviendrait soudainement dépendant, pour l'assister le temps d'organiser une façon pérenne de vivre comme ça ; ou pour accompagner un membre de ma famille qui vit soudainement ses derniers jours.

J'ai juste à prendre le go bag, ajouter une quantité de vêtements de rechange adaptée à la durée et aux conditions du voyage, ajouter ce qu'il faut pour ce voyage particulier, et je suis prête à partir.

Mon scénario du premier type

Maintenant que j'ai un scénario clair et réaliste auquel je peux me préparer, je peux imaginer des variations en plus facile ou en plus grave, pour voir si le go bag peut être facilement adapté à plus de généralité.

Je classe donc mes scénarios en trois types, le deuxième étant le scénario imaginé précédemment, le premier étant moins grave, et le troisième est plus grave.

Moins grave qu'un déplacement urgent, c'est un déplacement non-urgent. Donc pareil que le deuxième type, mais avec des jours pour s'y préparer sans stress.

Par exemple, un départ en vacances, ou un déplacement professionnel de routine.

Et en fait, malgré l'absence d'urgence, il reste toujours un stress lié à la rupture du quotidien, et ça me met dans un état pas joli-joli la veille du départ.

D'ailleurs c'est pour que ça que j'ai fait un module 6 en 2018, qui est une check-list de ce que je dois penser à prendre (ou envisager de prendre) avant de partir.

Et en fait, cette check-list me semble être une préparation tout à fait adaptée à un scénario du premier type. L'absence d'urgence fait qu'il n'y a pas besoin de rassembler les affaires dans un sac, il suffit de faire le tour de l'appart' avec la check-list pour remplir le sac extemporanément.

C'est rassurant, parce que ça montre que les réflexions dans ce billet ne sont pas délirantes, complètement déconnectées de la réalité ou de mes compétences disponibles. Je passe juste au niveau immédiatement supérieur de préparation.

J'ai même l'impression que la check-list n'a pas besoin d'être modifiée pour gérer un scénario du deuxième type, il s'agit juste de préparer un sac avec le contenu de cette liste.

Et comme ça, si je me prépare à un scénario du deuxième type en gardant un sac prêt à l'emploi avec tous ces objets, j'en bénéficie aussi dans les scénarios du premier type, avec la sérénité de savoir que j'ai juste ce sac à prendre au dernier moment et je suis sûre de ne rien oublier.

Résultat, je vois une préparation simple dont je bénéficie même sans urgence, et je ne vois pas raison de s'en priver.

Mon scénario du troisième type

Il est temps maintenant d'envisager un scénario un peu moins probable mais un peu plus grave, pour voir s'il n'y a pas quelques objets que je pourrais ajouter facilement « au cas où » à mon go bag.

Mais qu'est-ce qu'il y a de plus grave qu'une urgence professionnelle ou personnelle, sans ce que soit une catastrophe tellement ingérable que ce serait futile que je m'y prépare ?

Lorsque les survivalistes imaginent une « rupture de normalité », il s'agit souvent d'une rupture généralisée, mais il existe des ruptures de normalité à l'échelle individuelle qui sont subjectivement aussi graves, mais qui ne remettent pas en cause le système institutionnel.

Je ne retrouve plus la référence où il était question d'un certain nombre de piliers, ou de pieds, parmi lesquels se trouvent au moins l'emploi et logement, avec l'idée qu'on peut encaisser la perte de l'un d'entre eux mais qu'au-delà on bascule.

Bref, quand j'essaye d'imaginer le scénario immédiatement plus grave que le deuxième type, je tombe sur la perte rapide du logement, avec juste le temps de s'habiller et d'attraper un sac.

Donc l'idée est un aller simple de chez soi, comme le BOB mais sans remise en cause de la société, des institutions, ou des infrastructures. Donc pas une guerre civile ou une catastrophe nucléaire.

Plutôt quelque chose comme un incendie dans mon immeuble, ou un voisin qui fait exploser son appartement au gaz, ou une violente inondation, ou une rupture soudaine et très violente. Je ne vais pas imaginer le dernier cas, parce que ça fait tomber trop de piliers en même temps, et rester sur les gros sinistres.

Une chose que j'ai eu beaucoup de mal à communiquer par le passé, mais que le 2020 a dû illustrer pour pas mal de monde, c'est que le début d'une crise est marqué par l'incertitude sur le fait d'être ou non en crise.

S'il est évident qu'il y a un gros sinistre, au point qu'il faut évacuer et que chaque seconde compte, je ne vais pas chercher à prendre quelque sac que ce soit, je vais juste évacuer. Genre si je vois des flammes par la fenêtre, ou si je ne vois plus de fenêtre parce qu'il n'y a plus de façade là où elle devrait être.

Donc mon go bag du troisième type, c'est à attraper pour les situations très‐urgentes‐mais‐pas‐trop, ou plutôt peut‐être‐très‐urgente‐mais‐on‐sait‐pas‐encore‐trop.

Pour me clarifier les idées, je me suis donné une heuristique simple : si j'ai le temps de m'habiller, j'ai le temps de faire un détour pour attraper un sac stratégiquement placé, parce que le temps pour faire ce détour est dominé par les variations du temps pour retrouver la deuxième chaussette.

Et inversement, si c'est tellement catastrophique que la décence est mise en pause, je ne vais prendre ni vêtement ni sac et juste sauver ma vie (et celle des personnes auxquelles je tiens).

Comme les institutions sont supposées fonctionner, j'imagine être prise en charge ensuite par des services d'urgence ou un cercle familial ou amical. Donc je ne vais pas me préoccuper d'un abri pour dormir ou d'une réserve d'eau potable. En revanche, j'exclus pas a priori que cet abri se limite à un gymnase partagé avec un tas d'autres sinistrés.

Ce scénario du troisième type me déplaît un peu, parce que j'ai l'impression de placer la barre trop haut. Je l'aurais bien vu plutôt comme quatrième type, avec un troisième type intermédiaire entre ça et l'urgence professionnelle, mais je n'arrive pas à en trouver. Si vous avez des idées, n'hésitez pas à m'en faire part.

Inventaire

À ce stade, on arrive à ce qui fait que le titre du présent billet contient le mot « esquisse » : j'aurais bien voulu vous présenter un go bag déjà prêt et justifié comme mes EDC passés, mais je n'en suis pas encore là. J'ai l'impression que les scénarios ci-dessus et les considérations logistiques ci-dessous sont les 80 % faciles du boulot qui prennent 20 % du temps, et c'est déjà suffisamment une saga en quinze tomes pour le publier en l'état.

Comme dit plus haut, le module 6 de mon EDC version 2018 me semble être suffisant pour le premier et le deuxième type, à quelques mises à jour près (notamment au niveau des chargeurs).

Et pour le troisième type, je suis encore un peu dépassée par la gravité du scénario, mais pour l'instant j'ai envisagé d'y mettre en plus :

Logistique

Doublon, rotation, ou rangement ?

La principale conséquence logistique de préparer un go bag est que tout ce qui est dedans n'est pas ailleurs.

Ça ne pose pas de problème particulier pour tous les objets dont je ne me sers pas au quotidien et qui ne périment pas, ce qui représente quand même une minorité du contenu de ce sac.

La majorité est des objets que j'utilise au quotidien et que j'aimerais pouvoir utiliser aussi en déplacement dans un des scénarios évoqués. Pour chaque objet, je peux choisir entre garder mon objet du quotidien là où il est et en avoir un deuxième identique dans mon go bag, ou décider que mon objet du quotidien est dorénavant rangé dans le go bag plutôt qu'à sa place précédente.

Pour les petits objets bon marché, comme la brosse à dents, la duplication est évidemment la meilleure solution. J'ai depuis longtemps une brosse à dents qui voyage, identique mais distincte de ma brosse à dents du quotidien, pour pouvoir finir la valise avant mon dernier brossage de dents avant le départ.

Pour les objets plus chers, et peu utilisés au quotidien, comme mon casque à réduction de bruit, c'est plus logique de le ranger dans le go bag, quitte à rendre son accès et son rangement plus pénibles.

Il y a aussi une solution intermédiaire entre dupliquer et ranger, particulièrement utile pour les consommables qui risquent de périmer si on ne fait pas attention au doublon dans le sac. Je l'ai appelée la rotation, et ça consiste à ranger le prochain remplacement de l'objet quotidien dans le go bag.

Par exemple dans ma trousse de toilette (elle-même dans le go bag), je pourrais mettre un tube de dentifrice neuf à côté de ma brosse à dents de voyage ; lorsque mon tube de dentifrice quotidien est vide, prendre celui du go bag, qu'il ait été entamé dans un voyage précédent ou non ; et lorsque j'achète un nouveau tube de dentifrice, le ranger dans le go bag.

C'est certes plus pénible que faire passer directement tube de dentifrice fraîchement acheté directement dans la consommation quotidienne, et la flemme ou la précipitation peuvent faire recourir à ce raccourci, tant que ça n'arrive pas trop souvent ce système de rotation assure de rien avoir qui périme dans mon dos.

Doublon ou rotation des vêtements

Même si je ne considère pas les vêtements comme consommables, une question similaire se pose pour eux, mais avec des termes de compromis un peu différents.

Les avantages des vêtements dédiés au go bag (du troisième type) est d'une part qu'on peut optimiser le minimum d'encombrement pour le maximum de situations confortables, quitte à laisser tomber l'esthétique. Je pensais par exemple à des sous-vêtements, une robe tee-shirt, un ou deux collants d'épaisseurs différentes, un pull et éventuellement sous-pull.

D'autre part, ce jeu de vêtements peut être rendu encore moins encombrant en le stockant sous vide.

Les avantages d'une rotation de vêtements du quotidien, est que ce sont justement des vêtements du quotidien, donc dont le confort est éprouvé et qui évoluent au plus près de mes variations morphologiques.

Je suis peut-être un peu négative, mais je vois cette question surtout sous l'angle du risque de sortir des vêtements du sac sous vide pour se rendre compte qu'ils ne me vont vraiment pas, par rapport au risque que la charge de la rotation finisse par perdre devant la flemme.

C'est peut-être plus réaliste de viser un jeu de vêtements sous vide que je sortirais régulièrement, par exemple deux à quatre fois par an, pour vérifier qu'ils me vont encore, qu'ils conviennent aux conditions météorologiques courantes, et en profiter pour les laver.

Conteneurs

Les listes d'objets ne font pas tout, la façon de les transporter est très importante aussi, et parfois pose même des contraintes sur la liste.

J'étais partie sur l'idée du go bag de The Newsroom, qui est un sac physique, mais dans mes scénarios du premier et du deuxième type, il y a de toute façon un bagage qui est construit pour l'occasion, donc je pourrais me contenter de stocker les objets dans un tiroir ou un carton, et les placer dans un sac ou un sous-sac choisi en fonction du reste des bagages.

Cependant, j'ai peur que ça nuise à la sérénité avant ces voyages, qui est probablement le principal bénéfice que je tirerai des présentes réflexions.

Donc j'aimerais quand même trouver un système de conteneurs, que ce soit un ou plusieurs sacs ou sous-sacs, qui puisse être pris en plus ou à l'intérieur d'un maximum de variétés de bagages pour un maximum de variétés de moyens de transport (parce que ça va être très pénible et stressant de transvaser d'un jeu de conteneurs que je croyais universel à un jeu de conteneurs adapté à un voyage précis).

Cette contrainte est beaucoup plus forte si je veux ajouter à la liste des moyens de transport possibles ma moto avec mon airbag dont la compatibilité avec les sacs à dos est douteuse (car je n'arrive pas à trier les informations contradictoires que je trouve).

L'ajout des scénarios de troisième type n'ajoute pas forcément beaucoup de complexité. Il faut évidemment que tout rentre dans un seul sac, et que ce sac soit transportable en plus de mon sac à main ; mais une fois ce sac choisi, je peux mettre les objets pour les scénarios du premier et du deuxième type dans un ou plusieurs sous-sacs qui sont rangés dans le sac du troisième type.

Il y a peut-être juste à prévoir en plus un sac de taille adaptée à ces sous-sacs, pour les scénarios du premier et du deuxième type dans lesquels les vêtements et les autres objets propres à ce trajet rentrent tout juste dans une valise ou un autre sac.

Mes réflexions ne sont pas plus abouties que ça pour l'instant, mais je sens venir une difficulté dans le fait que j'ai plein de sacs à dos, de diverses formes et contenances, et ces jours-ci même mon sac à main est en fait à dos (le système que j'aimais beaucoup en 2019 s'est usé beaucoup trop rapidement à mon goût, et je n'ai pas trouvé de remplaçant plus durable). Je n'ai malheureusement pas assez de dos pour en transporter plusieurs, donc il va falloir trouver comment modulariser tout ça ou se rabattre sur d'autres sortes de sacs.

Conclusion

Vous avez pu le constater, tout ça est loin d'être sec, mais je pense qu'il y a suffisamment de fondations pour que ce billet soit intéressant, et vous aurez peut-être un éclairage intéressant à apporter à tout ça pour m'aider à finaliser ces réflexions. N'hésitez pas à proposer ou critiquer dans les commentaires ci-dessous.

Publié le 17 mai 2021

Tags : Jouets Réflexion

Rejet de podcasts

Normalement, je me considère comme étant plutôt bon public, dans le sens où je suis très facile à intéresser par tout un tas de sujets.

Il m'arrive parfois de dire que même une conférence sur les philosophes allemands du XVIIIe siècle pourrait m'intéresser, mais je crois que ça en dit plus long sur les préjugés contre les littéraires dans les milieux que j'ai pu fréquenter que sur mon intéressabilité.

Donc par défaut, si on me colle devant un documentaire ou une conférence, je suppose que je ne vais pas m'ennuyer. Et les seules exceptions que j'ai vécues viennent de défauts majeurs dans la forme, par exemple cet exposé de physique fait par un invité chinois, dont l'accent anglais était tellement fort que je n'arrivais pas à décoder la majorité des mots, et dont les « diapo' » était faites à main levée sur un des premiers tablet-PC, pour un résultat digne d'un dessin de maternelle et assez peu parlant sans le discours qu'il supporte.

Parallèlement à ça, mon quotidien professionnel a été bouleversé par le passage au télétravail en mars 2020 : j'avais plutôt l'habitude de travailler dans le silence, alors que ma moitié diffuse un fond sonore dans la pièce.

Comme je suis bon public, en général je trouve suffisamment d'intérêt pour écouter quand mon travail me laisse de l'attention disponible ou quand je veux faire une pause pour prendre du recul sur le problème courant ; tout en étant suffisamment peu intéressant pour l'ignorer quand mon travail réclame toute mon attention.

Je me retrouve ainsi confrontée à tout un tas de nouvelles sources d'information, de C dans l'air que je suis souvent au Classic Comic Collector que j'ignore presque systématiquement, en passant par des gens qui travaillent le bois, qui critiquent le cinéma, etc.

De façon plus générale, je suis dans ma vie le principe qu'à peu près aucune information est mauvaise, au moins lorsque sa source ne cherche pas activement à nuire. Donc toute information raisonnablement fiable est bonne à prendre, au pire elle se perdra dans les aléas d'attention entre les oreilles et la mémoire à long terme.

Pendant longtemps, tout s'est bien passé comme ça, et mon vécu était conforme à ce à quoi je m'attendais.

Et puis à très peu de temps d'écart, je me suis retrouvée face à deux podcasts qui ont provoqué en moi une réaction très négative.

Pour un seul, à la limite je l'aurais laissé de côté en considérant que c'est une anomalie, mais deux réactions inattendues mais proches ça pose question.

Je vais donc partager avec vous les réponses que j'ai pu trouver, aussi bien dans l'objectif d'auto-exploration habituel sur ce site, que pour avoir votre avis sur d'éventuelles caractéristiques que j'aurais ratées dans ces podcasts ou dans mes réactions.

L'alerte bidale

J'ai piqué le concept d'alerte bidale chez Jaddo, avec une petite variation parce que j'utilise par ailleurs beaucoup mes intuitions instinctives (comme l'indique tellement le nom du présent site) : en temps normal mon instinct est une source d'information au même titre que n'importe quel sens, alors que ma notion d'alerte bidale a quelque chose d'urgent et d'envahissant, bien dénoté par le mot « alerte ». Comme j'exclus les informations que j'arrive à traiter calmement, je me retrouve avec une alerte bidale beaucoup plus pauvre en information que celle de Jaddo.

Pour essayer de le décrire sans référence, il s'agit donc d'une perception instinctive, qui essaye de m'alerter urgemment d'un grave problème, et qui compense le manque de raffinement et de précision du message par la brutalité du malaise, qui semble généralement venir du fond des tripes (ou du bide, d'où son nom).

Donc c'est une alerte de danger, et pour un danger qui échappe à mes facultés intellectuelles (prétendument) supérieures (par rapport au bide).

Autant dire que ce genre de danger est relativement rare dans ma vie urbaine et maîtrisée. Cette alerte est donc très rare, ce qui la rend d'autant plus oppressante.

Comme je fais confiance à mes intuitions en général, j'ai presque toujours agi sur cette alerte, et j'ai du mal à évaluer a posteriori si elle était justifiée ou non.

Il n'y a aujourd'hui qu'une seule personne qui a fait sonner cette alarme et que je n'ai pas fui, et je n'ai encore qui puisse la justifier, mais si c'était évident ce serait dans le champ cognitif et pas juste dans le bide. On verra peut-être au fil du temps.

Il y a eu un certain nombre de situations dans ma vie qui ont fait sonner cette alerte, mais que je n'ai pas pu éviter faute de détails clairs pour justifier mon évitement. Ces situations n'ont pas si souvent mal tourné, mais dans une majorité de cas il y avait une raison a posteriori pour cette alarme, et la chance ou la vigilance accrue par l'alarme ont évité ou sérieusement mitigé le problème.

Et en dehors des deux podcasts dont il est question dans ce billet, je crois que je n'ai jamais ressenti ce type d'alarme pour autre chose qu'une personne ou une situation.

Comme je le disais précédemment, je considère normalement qu'une information est un objet au pire neutre, mais généralement positif, à des degrés plus ou moins élevés. Donc ressentir une alerte de danger vis-à-vis d'une information, c'est quelque chose de nouveau pour moi, et qui semble plutôt paradoxal.

Je ne comprends même pas comment une information peut être dangereuse. Certes, il y a le risque de prendre des mauvaises décisions basées sur des informations fausses, mais aucune information est parfaitement fiable, il y a toujours un risque de fausseté ou de mauvaise interprétation, et le niveau de fiabilité fait à mes yeux partie intégrante de l'information.

Il m'arrive de réduire instinctivement le niveau de fiabilité de telle ou telle information, mais au pire ce niveau peut être mis à zéro et l'information devient neutre. Donc même un avertissement sur la surestimation de la fiabilité d'une information arriverait tranquillement dans le champ cognitif, sans avoir besoin de passer par l'alerte bidale.

Il y a certes le cas des escroqueries, manipulations, et autres choses du même acabit qui sont basées sur des informations, mais historiquement ça fait sonner mon alerte envers l'escroc ou envers la situation de manipulation, et pas envers l'information qui sert de support.

Disclaimer

Il n'aura peut-être pas échappé à votre sagacité que je n'ai pas encore précisé quels sont des deux podcasts qui m'ont caressée à rebrousse-poil, alors que c'est quand même une information importante pour crowd-sourcer des points de vue extérieurs.

Avant de les dévoiler, je voudrais quand même insister sur le fait que je ne veux pas critiquer ces podcasts, sur le fond ou sur la forme, ni les intervenants qui y participent. Je ne veux pas dire qu'ils sont mauvais ou dangereux ou quoi que ce soit comme ça. Je suis justement incapable d'en juger, parce que je suis submergée par cette alerte.

Dans ce billet, il est surtout question de ma réaction irrationnelle à ces podcasts, indépendamment de toutes leurs qualités ou défauts par ailleurs.

Cela étant posé, les podcasts en question sont L'octet vert et NoLimitSecu.

L'octet vert

Il y a plein de choses rationnelles et intéressantes à dire sur l'écologie, entre l'écran de fumée de la responsabilité individuelle pour utiliser la culpabilité des gens afin de préserver le statu quo, la complexité du monde qui produit moult résultats contre-intuitifs qui conduisent à autant de fausses bonnes idées, l'incapacité de tant de gens à obtenir et manipuler des ordres de grandeurs et à utiliser un minimum de culture scientifique, le sophisme de l'appel à la nature qui permet au néo-luddisme de noyauter l'écologie, etc. Ce n'est pas de ça dont il est question dans le présent billet.

Je veux juste insister une fois de plus sur le fait que je veux pas me battre contre ces podcasts, et qu'en l'occurrence je suis plutôt proche politiquement des idées de ce podcast, et je devrais faire plutôt partie du chœur auquel il prêche.

Et pourtant, les cinq épisodes que j'ai écoutés ont fait réagir mon alarme bidale pendant la majorité du temps, il n'y a guère que pendant certains approfondissements techniques qu'elle se calme un peu.

Le côté positif, c'est qu'après une quantité déraisonnable d'introspection, j'ai fini par comprendre à peu près le message de cette alerte.

Ce podcast me donne la même impression qu'une discussion entre croyants qui parlent de leur foi.

Quand j'entends quelqu'un qui dit avoir pris conscience de l'urgence climatique et depuis fait du vélo, ça me fait le même effet que quelqu'un qui dit avoir rencontré Jésus et depuis fait des prières trois fois par jour.

Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, hein. Je n'ai rien contre les croyants.

Je n'ai rien contre la spiritualité. Je me définis comme agnostique, dans le sens le plus profond du terme : je ne sais pas, et je construis ma vie de façon à ne pas avoir besoin de savoir. La plupart des gens semblent avoir besoin de croire en quelque chose, je n'ai pas ce besoin, mais je respecte les besoins des autres même lorsqu'ils me sont complètement étrangers.

Je suis un peu plus réservée sur les religions. Je n'ai rien contre la pratique en groupe de la spiritualité, mais je trouve que ça commence à devenir malsain quand il commence à y avoir de la politique dans ce groupe, et je trouve très malsain d'appuyer du pouvoir séculier sur des croyances, et historiquement l'exploitation des fidèles n'en a jamais été loin.

Bref, une discussion entre croyants, même exaltés, je me dérange pas.

Tant que j'en suis assez loin.

Et c'est ça que mon alarme a raté. Ce podcast me donne en plus l'impression que cette discussion se déroule à côté de moi.

Il y a une première couche de malaise dans le fait que j'ai l'impression de faire intrusion. Je ressens ce podcast comme une discussion que des croyants auraient entre eux, avec uniquement des convaincus dans la salle. Dans une réunion non-mixte, comme on dirait ces jours-ci, parce que quand il y a une personne à convaincre, ou simplement une personne potentiellement critique, la discussion n'a pas la même dynamique.

J'ai beau avoir des opinions politiques très proches, je n'ai pas cette foi. Je ne suis pas croyante. Je ne me sens pas à ma place parmi ces croyants, peu comme parmi un groupe de paroles pour les victimes de cancer des testicules.

Cependant, ce n'est pas le sujet de l'alarme, cette imposture est un danger pour la dynamique de groupe, éventuellement pour ses membres sincères, mais pas pour moi.

Le danger que mon bide a repéré, c'est qu'il identifie la religion derrière ces discussions comme extensive et intolérante, plutôt de genre à convertir ou mettre au bûcher qu'à coexister pacifiquement.

Encore une fois, c'est une perception irrationnelle qui vient du fond de mon cerveau reptilien, je ne prétends pas attribuer raisonnablement ces idées aux personnes qui interviennent dans ce podcast.

D'ailleurs je ne suis même pas sûre que cette perception soit provoquée par quoi que ce soit dans ce podcast, il n'est pas exclu que mon bide généralise à tous les convaincus de l'écologie la dynamique de l'écologie culpabilisante à laquelle je suis si souvent confrontée.

Donc finalement, ce n'est pas vraiment une alerte bidale envers de l'information, mais plutôt envers la situation déduite de ces informations et de l'illusion de proximité portée par la technologie et le format du podcast (par rapport aux émissions radio et télévisées qui me donnent une impression de distance par rapport au plateau).

NoLimitSecu

J'ai été confrontée au podcast NoLimitSecu avant l'Octet vert, mais malgré l'exposition plus longue j'ai les idées moins claires sur ce que mon bide a à lui reprocher.

Déjà, je pars avec un handicap vis-à-vis du domaine de la cyber-sécurité. J'ai l'impression que c'est un domaine qui aurait techniquement tout pour me plaire, en adéquation avec mes facilités et mes compétences existantes, mais dont la dynamique de groupe exclut les gens comme moi.

Et dans la dynamique de groupe, je ne mets pas seulement la misogynie avérée que certains essayent activement de combattre, je suis aussi profondément rebutée par l'esprit de compétition qui pousse à se tirer dans les pattes les uns des autres, à confondre farces et brimades, et plus généralement à se grandir en abaissant les autres plutôt que s'entraider pour faire grandir tout le monde.

D'ailleurs c'est peut-être juste l'ambiance « cyber-sécurité » qui colle suffisamment aux intervenants pour qu'elle soit reconnaissable par mon bide dans la dynamique de groupe pendant le podcast.

Je ne suis pas tellement convaincue par cette explication, elle me semble un peu bancale, mais je n'ai pas encore trouvé d'alternative moins mauvaise.

Ce serait cohérent avec le fait que cette alerte ne soit jamais déclenchée pendant que je lisais un article technique sur la cyber-sécurité ou pendant que j'écoutais l'enregistrement d'une conférence sur ce sujet : dans les deux cas, il n'y a pas de dynamique de groupe, et le fait que je n'aille pas spécialement chercher ce type de contenus fait que ceux qui arrivent à moi ont été sélectionnés pour leurs qualités didactiques et divertissantes, ce qui contre-sélectionne les éventuels contenus moins bienveillants envers les personnes extérieures au domaine.

Ce serait aussi cohérent avec le profil d'activation de l'alarme du fil de l'épisode : quand l'alarme sonnait en continu pendant l'Octet vert, avec des pauses quand la discussion devait plus technique et moins militante, l'alarme pendant NoLimitSecu est à un niveau de base non-négligeable mais relativement contenu, avec de temps en temps des pics aigus qui rappellent qu'il ne faut pas se laisser aller.

Et il y a un pic à certaines inside jokes, et lors de remarques qui me semblent empreintes d'arrogance ou de mépris, ou qui surgénéralisent les éléments de leur métier (par exemple en considérant un certain modèle de menaces comme universel, ou en refusant de considérer que certaines personnes puissent accepter de prendre certains risques).

Le point commun de tous ces évènements est qu'ils participent à l'exclusion des personnes hors du groupe, et je fais partie de ces personnes. Cependant, la dynamique est très différente de ce que je ressens avec l'Octet vert : je n'ai ni l'impression de proximité ou d'intrusion, ni l'impression que c'est un groupe qui doit absorber ou détruire tout ce qu'il rencontre.

Je ne comprends donc pas très bien en quoi être exclue de ce groupe représenterait un danger. Par élimination, je ne vois plus que l'alternative déjà évoquée que le danger soit le groupe lui-même, et les moments excluants me feraient tiquer non pas parce qu'ils excluent, mais parce qu'ils marquent l'existence dudit groupe.

Ça reste bancal, et ça n'explique pas tous les pics alarmistes, et je ne sais pas trop quoi faire pour en savoir plus.

Que faire ?

Ces analyses plus ou moins précises sont bien gentilles, et justifient à elles seules ce billet, mais qu'est-ce que je peux en faire pour ma vie ?

Il est hors de question que je me débarrasse de ce système d'alarme, ou de n'importe lequel de mes systèmes instinctifs, j'y tiens plus qu'à mes membres.

J'ai un peu peur qu'ignorer ces alertes et continuer à écouter ces podcasts me désensibilise progressivement, et nuise à la bonne réception de futures alarmes.

Idéalement, il faudrait que j'arrive à « conscientiser » le processus, pour que le bide se range sagement à côté des autres instincts qui me font calmement parvenir leurs conclusions, au lieu de sonner une alarme brutale et pauvre en détails. Et quelque part, ce billet fait partie de ma tentative dans ce sens, en tournant mon regard vers l'intérieur pour identifier les mécanismes à l'origine de l'alarme et me les approprier.

Malheureusement ces deux tendances s'opposent, car il faut déclencher l'alarme pour la goûter et la comprendre.

Pour une fois, chers lecteurs, je ne vais pas vous demander conseil pour me décider, ça va rester face à moi-même. En revanche, tous les avis, remarques, conseils, etc, sur le processus ou ses données d'entrées (notamment lesdits podcasts) sera bienvenue.

Publié le 28 avril 2021

Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique

Nouvel Confinem'An

Au début du mois je croyais être originale avec mon idée de rétrospective sur un an de bouleversements liés à l'actualité, et je vois depuis une semaine qu'en fait pas du tout, mais j'ai l'impression d'avoir quand même quelques pierres intéressantes à jeter sur l'édifice.

Après avoir fait la bamboche pour le Nouvel An grégorien, puis pour le Vieux Nouvel An, puis pour le Nouvel An chinois, quoi de plus naturel que de fêter le Nouvel Confinem'An ?

J'ai déjà écrit moult fois que je ne suis pas douée pour les rétrospectives et autres bilans de nouvelle année, parce que je cherche les leçons au fur et à mesure de ma vie, et j'ai en permanence suffisamment de recul pour ne plus rien avoir à trouver à l'heure traditionnelle des bilans.

Je le pense toujours en général, mais 2020 a eu la particularité d'être riches en bouleversements, et m'y adapter m'a fait changer inhabituellement rapidement. Donc je pense qu'il y a des choses intéressantes à trouver en comparant Moi-d'Il-Y-A-Un-an et Moi-Maintenant.

Le calme avant la tempête

Je vais quand même faire un peu comme tout le monde, et je vais commencer par le récit de mon Avant-Catastrophe, les derniers jours avant la catastrophe. J'ai déjà décrit ici mon assignation à domicile, mais pas encore ce que j'ai vécu juste avant.

Je ne suis pas tellement au courant de l'actualité, peut-être un peu plus maintenant qu'à l'époque, donc j'ai passé le mois de janvier 2020 dans l'insouciance la plus complète.

Au mois février 2020, il a commencé à être plus souvent question de coronavirus, ça a réveillé des vieux souvenirs de cours de virologie, et je l'ai pris avec la rigolade des trucs graves sur lesquels je n'ai aucun pouvoir et qui ne concernent pas vraiment, par exemple en jouant avec le mot « coronannuler ».

Au début du mois de mars 2020, je m'attendais à ce que la vague épidémique traverse la France, mais j'avais encore relativement confiance dans les dirigeants de ce pays pour gérer ça à peu près correctement.

Et par « confiance » et « à peu près correctement », je m'attendais à quelque chose du même ordre que les gilets jaunes et la grosse grève des transports sur le quotidien, éventuellement avec un côté crise de 2008 par-dessus. Peut-être un peu plus fort que tout ça, mais dans le même ordre de grandeur. De la pagaille mais pas une catastrophe, quoi.

Je voyais ce que l'on appelait à l'époque les « confinements », en Chine puis en Italie, un peu comme quelqu'un qui s'ampute un membre tout seul, mais à l'échelle d'une nation : une catastrophe héroïquement auto-infligée pour éviter une catastrophe encore pire.

Quand c'est loin, comme randonneur de l'extrême tout seul dans la cordillère des Andes dont une jambe est coincée sous un immense rocher après un éboulement, ou comme un confinement en Chine, je trouve que c'est une mesure exagérée pour ce que je connais mais peut-être raisonnable dans ce contexte (je ne connais pas du tout l'état des services de secours dans la cordillère des Andes, si ça se trouve ils n'ont rien à envier à Paris).

Quand c'est plus proche, comme un ouvrier du bâtiment dont une jambe est coincée dans une machine alors qu'il est tout seul sur le chantier en Île-de-France, ou comme un confinement en Italie, je trouve que c'est une mesure exagérée qui ne peut être envisageable que parce que beaucoup de choses ont indépendamment tourné horriblement mal (la machine n'aurait pas dû pouvoir être utilisée avec des membres à proximité, un arrêt d'urgence aurait dû être possible, l'ouvrier n'aurait pas dû être seul, des secours auraient dû pouvoir intervenir avant que quiconque ait le temps de s'auto-amputer, etc).

L'Italie était cependant assez loin de moi pour que tout ça ne reste qu'une histoire, au moins au niveau de la charge émotionnelle.

Je n'en ai plus de souvenir aujourd'hui, mais d'après mes notes, c'est le soir du jeudi 12 mars 2020 que j'ai commencé à ressentir inquiétude et incertitude, suite au discours présidentiel. Il me semble que ce n'était pas le fond des décisions, mais la façon de le communiquer, qui a enterré mon impression qu'il y avait un plan tenu secret par plaisir de prendre les gens pour des cons, et que c'étaient juste une bande de poulets décapités perdus sans leur playbook.

Cela dit, ce ressenti était loin de me submerger. Dans différentes rétrospectives je lis que des gens étaient sidérés, d'autres étaient en larmes, etc ; de mon côté j'ai seulement élargi la gamme de futurs potentiels que j'imaginais.

Même si je serais une très mauvaise survivaliste, j'ai été exposée aux idées des preppers, et j'ai réfléchi aux différentes formes de rupture de normalité. J'étais donc capable d'imaginer des scénarios bien pires que ce qui me semblait réaliste dans cette période.

Globalement, la maladie ne me semblait pas assez grave pour remettre en question les infrastructures, donc une bonne part de la normalité me semblait fiable à court terme. Je n'aurais pas fait de pari sur leur survie à moyen terme, car les conséquences indirectes me semblaient floue (par exemple, je pouvais envisager un soulèvement populaire qui mènerait à un quatrième empire qui mènerait au sabotage d'infrastructures par la résistance).

Le vendredi 13 mars 2020, j'ai pour la première fois emmené mon ordinateur portable professionnel chez moi en rentrant du boulot, « au cas où ». Et j'ai pu voir que le VPN était mal configuré.

Le samedi 14 mars 2020, j'étais encore suffisamment dans l'entre-deux pour aller faire des courses peu urgentes comme si la vie allait continuer normalement mais que je ne pourrai peut-être bientôt plus les faire.

Par exemple, j'ai acheté une recharge de thés et d'infusions pour mon lieu de travail, alors qu'il devait me rester deux semaines de réserve. Donc j'étais à la fois en train de craindre des problèmes logistiques futurs, tout en supposant une présence dans les locaux de mon entreprise pour des semaines.

D'ailleurs hier, le mardi 16 mars 2021, j'ai retrouvé cette sensation, en réorganisant mes plans pour refaire une réserve de lentilles de contact, par crainte que ça devienne rapidement beaucoup plus difficile.

La vie n'est pas un film catastrophe

Par rapport aux différents scénarios-catastrophe auxquels je me suis préparée dans cette deuxième semaine de mars 2020, j'ai fait une erreur majeure sur l'appréciation de la vitesse d'évolution de cette situation.

Je pensais que la maladie se répandrait comme une traînée de poudre, et que l'assignation à domicile généralisée ne ferait que retarder l'inévitable (j'ai peut-être été influencée par les réflexions de David Madore qui ont été la principale source d'approvisionnement des miennes).

Je m'attendais donc à une crise sanitaire aigüe, qui se consume violemment et rapidement, et qui serait la partie « facile » du scénario, et dont découleraient des crises secondaires, sociales, politiques, économiques, ou autres, ou en combinaison, et qui seraient les vrais tests de notre civilisation.

Bref, j'ai confondu une pandémie avec un tsunami ou un tremblement de terre ou un glissement de terrain ou une éruption volcanique.

Je suppose que c'est à ça qu'on voit que j'ai eu des cours de virologie mais pas de cours d'épidémiologie.

Avec le recul, je pense que c'est de cette mauvaise appréciation qu'a découlé mon craquage : j'étais partie pour encaisser la partie sanitaire en serrant les dents, pour voir comment gérer durablement la suite, et en réalité la partie sanitaire avance au ralenti et il n'y a pas (encore ?) de partie suivante.

D'ailleurs je trouve que pour cet examen planétaire, nous avons tiré un sujet plutôt facile, sans vouloir manquer de respect aux victimes et à leurs proches, et c'est probablement aussi marqué d'un biais de virologie sans épidémiologie. Il n'y a comme difficulté particulière que son R₀ à 3 (comme on le croyait à l'époque), de son côté respiratoire, et des séquelles (qu'on ignorait à l'époque).

Je ne voudrais pas angoisser inutilement mon lectorat, mais c'est un virus fragile (il en existe qui survivent des semaines sur les surfaces inertes), dont la contagion est courte (on compte des jours, pas des mois ou des années), dont les symptômes visibles surviennent rapidement (pareil, des jours), qui ne se transmet que de personne à personne, sans vecteur animal (va tracer les contacts des moustiques), sans réservoir animal (imagine un pathogène qui passe indistinctement des muridés aux humains et vice-versa), sans évasion du système immunitaire d'un individu infecté, et qui a touché en premier des pays riches (donc on a jeté des tonnes d'argent dessus avant d'avoir des dizaines, voire des centaines, de variants à faible immunité croisée).

Et sincèrement, vu la prestation mondiale, je suis très pessimiste sur les futures pandémies.

Et ce d'autant plus que je crains que les réactions politiques à la présente pandémie soient similaires aux réactions au terrorisme, en retirant des ressources aux mécanismes utiles en général pour les donner à ce qui aurait été utile seulement pour l'attentat ou la pandémie qui vient de se produire (par exemple multiplier les lits de réanimation en faisant des économies sur le savon dans les toilettes).

Natologie de crise

De la même façon que ce n'est que lorsque les choses tournent mal qu'on peut voir la qualité des systèmes automatiques, les situations dégradées montrent des facettes profondes des gens qui permet de mieux les connaître. Ou plutôt, en l'occurrence, se connaître.

J'ai l'impression pécher par arrogance quand j'écris, comme dans Usurper ou suivre ?, que je me sens capable de garder la tête froide dans un panel de situations plus large que la plupart des gens que je côtoie, et que même dans la pression et les imprévus je suis capable d'adapter les décisions tactiques à un environnement imprévu et changeant.

Ce basculement d'il y a un an me semble être un nouvel exemple de situation dégradée que j'ai plutôt bien géré, aussi bien tactiquement que stratégiquement à court terme, avec pour seule limite l'erreur d'appréciation déjà évoquée.

En y repensant, j'ai l'impression que ce résultat n'est pas seulement une question de garder la tête froide et de rester pragmatique, mais aussi de gérer l'inconnu.

Ma tendance naturelle à l'autodévalorisation m'empêche de me considérer confortablement comme intelligente, au point d'invoquer Mme Golovina pour en parler, mais un autre contournement est de chercher une caractérisation plus précise : il n'y a moins d'ego dans « j'ai des facilités dans tel domaine précis » que dans « je suis intelligente ».

La plupart de mes bons résultats professionnels me semblent imputables en majorité à un seul « super-pouvoir » : ma capacité à gérer l'inconnu.

L'exemple le plus frappant est la rétro-ingénierie. Je peux voir passer une fonction get_special_foobar, et continuer sans avoir la moindre idée de ce qu'est un foobar et en quoi celui-ci est spécial. En continuant, je vais peut-être inférer une certaine intuition des foobar spéciaux ou non, et éventuellement réviser ce que je croyais savoir à la lumière de nouvelles informations (dans une démarche similaire à mon habituelle recherche de la vérité).

Je ne sais pas s'il y a deux mécanismes différents dans le fait de continuer malgré l'inconnu, et dans le fait de manipuler des concepts malléables et de remettre en question leurs dépendances à chaque mise à jour. Je les ai traités comme deux points différents d'un même continuum d'une seule compétence, mais je peux me tromper.

Dans le cas de mars 2020, comme les infrastructures ont globalement très bien résisté à la crise, faire face à la rupture de normalité ne reposait pas sur le remplacement de ces infrastructures (comme on voit souvent chez les preppers), mais seulement sur l'adaptation aux changements quand ils viennent et la gestion de l'incertitude sur les changements futurs.

Pour diverses raisons personnelles, je ne m'attends pas à survivre aux pires scénarios des survivalistes, et je ne cherche pas à pouvoir y faire face. À quoi bon apprendre à braconner gibier et poissons quand on a besoin de nutriments qu'ils n'apportent pas ? Je suis en paix avec mon extinction en même temps que celle de notre civilisation.

Quelque part, cette crise est juste au niveau idéal de mes capacités : juste assez peu grave pour éviter mes points faibles, et juste assez grave pour mettre en valeur mes points forts.

Cela dit, c'est bien gentil de mettre en valeur mes points forts, mais ça reste la méga-merde dans ce pays, et à choisir j'aurais préféré me passer de cette leçon et ne pas déménager en Absurdistan.

À ce stade, je me demande juste si je n'aurais sur-compensé ma tendance à l'autodévalorisation. Ce billet est-il trop arrogant ? Suis-je au bord de l'overdose d'autosatisfaction ? Me faut-il en urgence une injection intracardiaque d'humilité ?

Publié le 17 mars 2021

Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique

Body by You

Depuis presque six mois, je pratique les exercices décrits dans le livre Body by You, écrit par Mark Lauren et Joshua Clark, et je pense qu'il est de partager mon expérience. Je vais donc vous décrire comment j'ai décidé de me lancer, ce que j'en pense aujourd'hui, et comment j'imagine l'avenir.

Le contexte

J'ai découvert ce livre il y a presque six ans, chez Balise qui l'a essayé et adopté.

J'en ai sécurisé une copie, pleine de bonnes intentions qui ne sont pas concrétisées parce que je n'ai pas trouvé de place pour ça dans ma vie.

Ce livre et ces bonnes intentions ont donc gentiment pris la poussière jusqu'à l'année de tous les chamboulements qu'a été 2020.

Pour survire à 2020, j'ai dû devenir 2020 j'ai privilégié ma santé mentale, au point de plutôt bien vivre le premier confinement, mais au prix d'une certaine négligence sur l'entretiens de mon corps.

Comme les mesures court-termistes n'ont pas éteint cette crise, j'ai moi aussi renoncé aux mesures exceptionnelles pour les remplacer par une forme de « vivre avec », et cette transition n'a pas été sans douleur.

Bref, tout ça pour dire que dès l'été 2020, je me suis posé la question de quoi faire pour assurer l'entretien pérenne de la machine biologique qu'est mon corps, malgré les circonstances dégradées.

C'est là que j'ai dépoussiéré ce livre, car son pitch de proposer des exercices physiques à faire chez soi, sans équipement particulier, répond parfaitement au cahier des charges. Le fait qu'il ait été testé et approuvé par quelqu'un que j'estime a suffi à me faire lire ce livre.

Résumé du livre

Je ne sais pas trop à quel point rentrer dans les détails du livre, d'un côté je ne veux pas tuer l'intérêt de sa lecture, mais d'un autre côté je vais avoir besoin de m'appuyer sur certains éléments pour en parler dans la suite.

L'idée d'ensemble est de proposer un programme d'exercices physiques, orientés vers le travail en force plutôt qu'en endurance (c'est-à-dire anaérobique plutôt qu'aérobique), en utilisant le poids du corps plutôt qu'une collection d'équipements coûteux.

C'est à peu près la même description que You Are Your Own Gym, des mêmes auteurs, qui semble avoir eu un certain succès auprès des hommes. Body by You essaye donc de vendre ce principe à un public féminin.

Les exercices de force cherchent à épuiser rapidement les muscles en travail à la limite de la force qu'ils peuvent fournir, ce qui veut dire affiner la difficulté au fil des gains de force. En général, ça se fait dans une salle de musculation, avec divers poids pour affiner l'effort demandé aux muscles.

Pour faire ce travail avec uniquement le poids du corps, on peut affiner l'effort avec la géométrie de l'exercice. C'est plus facile à visualiser sur un exercice de types « pompes » : par rapport à une position de référence avec les mains et les pieds au sol, si on utilise un tabouret ou une table pour mettre les mains plus hautes, une plus grande proportion du poids du corps est portée par les pieds, et l'exercice est plus facile pour les bras ; à l'inverse garder les mains au sol et poser les pieds plus haut déplace le poids du corps vers les bras et rend l'exercice plus difficile.

L'intérêt principal du livre me semble donc être le catalogue d'exercices qu'il propose, avec 25 niveaux de difficultés dans 5 familles d'exercices, ce qui permet d'ajuster la difficulté au fil de la progression. Chaque famille cible un groupe de muscles différent : la flexion des bras (avec des exercices de type « tractions »), l'extension des jambes (type « flexions »), l'extension des bras vers l'avant (type « pompes ») ou vers le haut (je ne connais pas d'exemple typique), et je ne sais pas trop décrire succinctement la dernière famille mais elle a l'air de complémenter la deuxième pour faire travailler les jambes.

Quant à l'ajustement de la difficulté, il est assez simple : dès qu'on arrive à faire proprement toutes les répétitions prescrites, c'est que l'exercice est devenu trop facile, et on passe au suivant.

La deuxième partie du livre détaille ces 125 exercices, ainsi que le programme sur quelles familles faire à quel moment, et sur quels critères progresser dans les niveaux de difficultés.

Avant ça, la première partie du livre défend les principes de son programme, notamment en descendant les exercices aérobiques d'endurance et en expliquant que malgré la connotation virile de la musculation, ce n'est pas en 1h30 d'exercice par semaine sans prendre de substances douteuses qu'on arrive à un corps de body-buildeuse.

Ce dernier point a beau avoir l'air ridicule, je n'y ai pas été complètement insensible, parce que je ne pars pas vraiment avec un corps de nymphette…

Pour le reste, en résumant le reste à la hache, travailler l'endurance ça rend plus endurant (incroyable, non ?), ce qui passe par les fibres lentes, ce qui rend les muscles plus efficaces, donc il faut y passer de plus en plus de temps pour y laisser le même nombre de calories ; temps qui est déjà initialement assez énorme vu qu'on ne veut pas y mettre trop de puissance pour ne pas se muscler. Et en plus il y aurait plus de situations pratiques dans lesquelles utiliser sa force que son endurance.

Enfin la troisième et dernière partie du livre parle de nutrition, et je suis incapable d'en parler parce que je ne l'ai pas lue, ça n'a pas l'air de voler très haut et ce n'est pas ce que je demandais à ce livre.

Les impressions a priori

Il y a deux aspects qui m'ont beaucoup plu dans la présentation qui est faite ce « programme » : il est à la fois directif et argumenté.

Par directif, je veux dire qu'il donne des instructions très claires sur quoi faire, quand, et comment, chose que je n'ai pas du tout vu dans You Are Your Own Gym. Je n'ai aucune envie de me prendre la tête à concevoir un programme d'exercices physiques, ni surtout de monter en compétence dans ce domaine au point de pouvoir le faire à partir d'un catalogue d'exercice, je veux sous-traiter cette conception.

Et par argumenté, je veux dire qu'il détaille l'architecture de cette conception. On peut trouver des tonnes de programmes d'exercices physiques sur le 'ternet, et la plupart ne sont promu que par le coach Untel fait ça et ça lui va bien. Je ne veux pas monter en compétence au point de savoir faire un programme, mais je veux quand même comprendre l'architecture de ce programme, et plus basiquement pourquoi je devrais faire ce qu'il propose de faire.

Concrètement, j'ai reconnu que les différentes familles d'exercices font travailler les bras et les jambes dans les deux sens, ce qui couvre tous les membres, et je fais confiance à l'auteur quand il prétend que tous les exercices contribuent à faire travailler le tronc, soit activement dans l'exercice soit pour conserver la posture prescrite. Donc il y a une certaine confiance fondée dans le fait que ce programme est complet.

De la même façon, les nombres de séries et de répétition proposées sont cohérents avec ce que j'ai pu voir par ailleurs, ce qui m'amène à avoir suffisamment confiance pour ne pas remettre en question l'ordre des exercices ou le temps de récupération entre chaque série.

Une fois passée la peur de ressembler à Musclor, ce qui m'a convaincue a été cette impression de faire un truc qui a du sens alors que je ne suis pas capable de concevoir ledit truc.

Cela dit, entre une proposition intellectuellement intéressante et la mise en pratique sur la durée, il y a un gouffre, et je ne me suis lancée avec de gros doutes sur ma future assiduité.

Les impressions au bout de six mois

Le poids des mots

Ça se voit sans doute dans ce billet, mais objectivement, le meilleur mot pour désigner ces exercices physiques, qu'on les considère comme anaérobiques ou comme travail en force, serait « musculation ».

J'ai beau me considérer comme relativement progressiste, je n'ai pas peur de m'approprier des loisirs largement considérés comme masculins, comme l'informatique ou la moto, je n'arrive pas à utiliser ce mot. Je reste sur « exercices » ou « sport », et je ne sais pas trop quoi y faire.

L'assiduité dans la durée

J'ai fait ma session de calibration de difficulté fin août 2020, et le lundi 31 août 2020 j'ai fait ma première séance. Ce billet est publié le dimanche 28 février 2021, soit 26 semaines plus tard, et pendant ce temps j'ai fait 77 séances.

Le programme demande trois séances par semaine, donc j'aurais dû en faire 78 dans cette période, alors que ma 78ème sera demain. J'ai donc une séance ou un jour de retard (en fait deux, vu qu'il y a toujours un ou deux jours de repos entre deux séances).

Et pendant tout ce temps, j'ai bien maintenu un ou deux jours de repos entre chaque séance, à une exception près à trois jours, et j'ai adapté mes possibilités de séances à mon emploi du temps en variant la répartition des pauses de deux jours par rapport aux pauses d'un jour.

C'est donc un succès inespéré au niveau de l'assiduité.

La solitude à double tranchant

Une bonne part de cette assiduité vient du fait que ce sont des exercices à faire chez soi, sans avoir de temps de trajet pendant lequel se démotiver, ni de regard des autres et tout ce qu'il provoque.

L'inconvénient, c'est qu'avec seulement une description textuelle et quelques photos, je ne suis pas sûre du tout de pouvoir juger si un mouvement est bien fait ou non, et il n'y a personne pour me regarder et commenter.

J'imagine que les exercices ont été choisis pour être sûrs et pas trop difficiles à réaliser en solitaire, mais j'ai subi beaucoup de doutes.

En particulier j'ai une souplesse catastrophique au niveau des hanches, et il y a deux familles d'exercices sur les cinq qui sont manifestement prévus pour des gens beaucoup plus souples que moi à ce niveau. J'ai adapté comme j'ai pu en essayant de rester dans l'esprit de l'exercice, mais je ne sais pas du tout à quel point ce que je fais est juste.

Et c'est d'autant plus difficile quand l'esprit de l'exercice n'est pas clair, comme c'est le cas pour la cinquième famille.

Mon impression initiale était qu'elle servait à muscler les parties de jambe qui ne sont pas couvertes par les exercices de type « flexion », puisque les flexions travaillent surtout le quadriceps, alors que cette cinquième famille met l'accent sur le fessier et les mollets.

D'un autre côté, le nom de cette cinquième famille est « bending », littéralement « se plier », et la description générale de la famille parle d'assouplir les hanches, et l'assouplissement est à sa place logique en derniers mouvements de la séance. Cependant, je n'ai pas tellement constaté d'assouplissement sur moi, surtout avec la logique de travail en force, mais j'ai peut-être trop mal fait les exercices.

Et du troisième côté, les exercices de cette famille partent rapidement sur des mouvements de type « pont », qui porte sur la souplesse assez loin des hanches, tout en continuant le travail isométrique sur le fessier et les mollets.

Donc je fais ce que je peux, mais j'avoue qu'un coach qui sait comment Les mouvements sont censés être faits manque un peu parfois.

La réponse physiologique

J'ai souvent lu que l'activité physique, surtout intense, était censée faire produire des endorphines, et provoquer une sensation agréable. J'ai un peu moins souvent lu qu'elle est censée procurer de la « bonne fatigue », qui aide à dormir le soir.

Ce n'est pas sans déception que je n'ai constaté aucun de ces deux effets. L'impression qui domine mes séances et le temps juste après est plutôt de l'ordre « mais pourquoi est-ce que je me fais souffrir comme ça ? »

En revanche, j'ai eu droit à des nausées pas agréables du tout.

Les principales causes semblent être la déshydratation, l'hyperhydratation, et la digestion. J'ai fait plus attention à ma consommation d'eau sans voir de différence, et j'ai retardé la séance jusque vers 20h (au-delà l'exercice a un impact négatif sur mon endormissement), sans plus de succès.

Ce n'est qu'en essayant de faire mes séances le matin, à jeun, que j'ai trouvé comment éviter ces nausées.

Je me mande s'il n'y a pas un rapprochement à faire avec la mesure du « niveau de stress » par ma montre intelligente, qui me trouve sérieusement stressée du déjeuner au soir, alors que je n'imagine pas la digestion être aussi longue. Si seulement je pouvais savoir à quoi correspond exactement, au niveau physiologique, cette mesure propriétaire…

Bref, je n'ai malheureusement rien trouvé d'agréable ou de positif dans l'exercice lui-même, et je ne continue de le pratiquer que pour les objectifs indirects que j'attends sur mon corps. La réponse physiologique n'est qu'une contrainte de plus pour organiser mon emploi du temps.

Le respect du programme

J'ai beaucoup aimé le programme parce qu'il est directif, et je l'ai trouvé plutôt bien conçu. Je crois que c'est un principe général du travail en force que d'aller jusqu'à ne plus être capable de faire le mouvement, mais l'idée d'avoir un objectif fixe à atteindre, et dès qu'il est atteint de passer à un exercice plus dur, permet de voir une progression en continu, séance après séance.

Et je le sais d'autant plus qu'il m'est arrivé de ne pas suivre le programme sur ce point, par exemple en n'était pas sûre d'avoir vraiment fait correctement les dernières répétitions. Je me retrouve à la séance suivante à ne pas pouvoir progresser, vu que je suis déjà au maximum de répétition dans le système, je ne peux que régresser (ce qui serait frustrant) ou stagner (ce qui le serait aussi mais un peu mois).

Il y a une série d'exercices qui ne m'a plu du tout, les « Let Me In » à une main, parce qu'ils sont asymétriques, il ne semble pas y avoir d'instruction pour faire l'autre bras, et de toute façon ça mangerait trop sur le temps de récupération. En plus toute la série des « Let Me In », même à deux mains, me contrariait parce que ce sont les bras qui sont censés travailler, mais j'étais toujours limitée par mon endurance dans les jambes.

Du coup j'ai directement sauté du cinquième niveau de difficulté au neuvième, et j'ai été un peu surprise de ne pas être complètement incapable de gérer ce niveau de difficulté. Ce n'est peut-être quand même pas optimal, parce qu'il m'a fallu trois mois pour arriver à faire toutes les répétitions dans une séance.

Sur la progression de la difficulté en général, je n'attendais pas à ce que les échelons soient aussi bien espacés. Il y bien a eu quelques exercices qui ne m'ont pas semblé plus durs que l'échelon précédent, et il y en a deux qui m'ont été impossibles après avoir passé l'échelon précédent, mais il y a des suggestions pour diminuer provisoirement la difficulté d'un exercice le temps de le mettre en place.

Il y a aussi dans le programme un système de phase, dont je n'ai pas parlé. En première phase, toutes les séances sont identiques, alors qu'en deuxième phase le programme fonctionne par semaine, avec une séance plus intense au début, suivie d'une séance beaucoup plus légère pour récupérer sans perdre de progrès, et enfin une séance moyenne pour évaluer la progression. La troisième phase pousse cette logique encore plus loin, avec des groupes de deux semaines.

Dans ces phases, la structure hebdomadaire me laisse penser que je ne peux plus choisir librement la place des pauses de deux jours, j'imagine que l'exercice plus intense suppose qu'il est précédé de deux jours de repos.

Or ma vie n'est actuellement pas assez stable pour que je puisse me passer de la souplesse de poser mes jours de repos quand je veux (surtout avec les contraintes sur le moment dans la journée où je peux les faire), en respectant la moyenne de trois jours par semaine, mais en décalant ainsi quels sont les trois jours.

J'ai abandonné le critère de changement de phase juste après avoir sauté la série d'exercices qui ne m'a pas plu, et je me suis dit qu'après un saut comme ça c'était normal de ne pas progresser tout de suite dans la liste des exercices, et j'ai pris le progrès comme la capacité à faire de plus en plus de répétitions bien faites, et avec ce critère révisé je ne plafonne pas encore.

Je vois cependant le progrès ralentir, donc j'imagine que la question du changement de phase va se poser de plus en plus sérieusement, et je ne sais toujours pas comment la gérer.

Les résultats

Donc si je continue malgré ces impressions plutôt mitigées, c'est que ça marche assez bien, non ?

Comme David Madore le faisait si bien remarquer dans un tout autre contexte, déjà que veut dire « ça marche » ?

Comme dit au début de ce billet, je voulais entretenir la machine biologique qu'est mon corps. Je n'ai rien ressenti à ce niveau, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit mesurable.

Un objectif secondaire mais mesurable était de descendre mon BMI en dessous de 30, parce que le corps médical est particulièrement pénible avec ce seuil.

Et en même temps, ce ne sont pas vraiment des objectifs pour les exercices physiques décrits dans le livre qui est le sujet de ce billet, mais pour l'ensemble des exercices physiques que j'ai ajoutés à ma vie. C'est-à-dire en plus de ces exercices, des séances de marche vive (je n'arrive pas tout à fait à 6 km/h, mais je n'en suis pas trop loin), environ une heure par jour, sur la même période de six mois.

Et à ce niveau, il faut voir les choses en face, c'est un échec total, ma balance en atteste.

D'un autre côté, j'ai longtemps pris pour vrai (sans avoir de sources sérieuses) que la plupart des exercices physiques sont plutôt inefficaces pour perdre du poids, parce que ce qui est perdu en graisse est gagné en muscle. Je ne saurais pas trop juger à ce niveau-là, je n'ai pas constaté de changement flagrant dans aucune mensuration, mais je ne sais pas trop les prendre sans une marge d'erreur considérable.

Pour se donner des ordres de grandeur, d'après ma montre connectée, chaque séance consomme environ 200 calories, ce qui correspondrait à une perte d'environ 290 g par mois, j'étais à l'équilibre énergétique avant et si je changeais en rien mon alimentation (ce sont probablement deux hypothèses fausses).

Je ne sais pas à quel point c'est une coïncidence, mais avec 200 calories par séance d'une bonne demi-heure, en comptant les temps d'effort et les temps de repos, j'arrive à la même puissance moyenne que mes séances de marche en continu. Cette puissance serait de plus de 400 W, ce qui me paraît démesurément grand, donc je me demande si mon intuition est mal calibrée (peut-être sur la puissance sortie plutôt que sur la puissance consommée, si le rendement est très mauvais) ou la mesure de la montre est optimiste.

En choisissant un entraînement en force, je me suis dit que j'allais bénéficier de ces gains en force. Ce n'est pas un objectif direct, mais si c'est un bénéfice en passant, je ne vais pas cracher dessus.

En y réfléchissant, j'ai remarqué qu'il n'y a aucun moment dans ma vie où j'ai l'impression de manquer de force. Je ne suis pas la demoiselle en détresse coincée devant bocal impossible à ouvrir. De façon générale, j'ai des outils, je n'hésite pas à m'en servir, à tel point que je n'essaye même pas de forcer.

Je me souviens il y a plusieurs années, il y avait sur mon lieu de travail une porte un peu dure à ouvrir, et plusieurs collègues masculins se plaignaient de ne pas y arriver, alors que ça ne me posait pas spécialement de problème. J'ai fini par comprendre qu'ils tiraient avec la seule force d'un seul de leur bras, alors que mon bras ne servait que de couplage mécanique pour ouvrir cette porte à la force de mes cuisses.

Donc je ne saurais pas trop dire si je suis plus forte, mais en tout cas ça ne m'apporte rien au quotidien.

Cela dit, en revisitant les exercices passés, la progression est flagrante, donc je suis plus forte au moins sur ces mouvements particuliers. La question de la transférabilité de cette force reste complète.

D'ailleurs un défaut de ce système qui utilise le poids du corps dans différentes géométries, c'est que la progression n'est pas numérique. Si j'étais sur une machine avec 2 kg dans la première séance, et 5 kg six mois plus tard, non seulement la progression est flagrante, mais elle est en plus quantifiable.

Conclusion

Sur le principe, je suis très contente de ce livre, il fait l'exploit de me convertir aux exercices physiques, en m'apportant exactement tout ce qu'il me fallait pour le faire.

J'en suis d'autant plus peinée par le manque de résultats visibles, malgré la diversité des directions dans lesquelles je les ai cherchés.

J'aimerais bien continuer, peut-être même faire encore plus d'exercice physique, mais à chaque fois que j'y pense je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec le « si ça ne marche pas c'est qu'il en faut encore plus » des shadoks et des mesures sanitaires répressives.

En supposant que j'arrive à trouver une raison convaincante de continuer l'entretien de mon corps par l'exercice physique, en plus de la marche qui couvre l'endurance que j'ai envie d'avoir, et de ces exercices qui couvrent la force en général, j'ajouterais bien des exercices d'assouplissement. J'aimerais beaucoup trouver un programme directif et justifié comme celui-ci, mais pour les assouplissements, pour l'instant je n'ai rien trouvé comme ça.

Publié le 28 février 2021

Tags : Autoexploration Évènement

En vrac 3

Je continue la série des billets en vrac, en gardant la formule précédente, tant qu'il n'y a pas de demande pour ajuster d'une façon ou d'une autre.

J'ai l'impression que ça fait un peu trop de liens balancés d'un coup, j'ai envie de faire un « En vrac 4 » plus court, mais j'hésite encore entre le faire plus tôt et filtrer plus rigoureusement les liens partagés.

Publié le 14 février 2021

Tags : En vrac

Garmin Vívomove Style

Depuis un peu plus de six mois, je porte une montre connectée Vívomove Style de chez Garmin, et dans ce billet je vais vous expliquer comment j'en suis arrivée là et ce que j'en pense.

Je sais que ces jours-ci la pub' est hors de contrôle, mais ce weblog garde son parfum très « l'an 2000 », et j'ai acheté tous les appareils mentionnés avec mon propre argent, de ma propre initiative, et sans aucun autre lien commercial ou communicatif avec les entreprises concernées.

Photo de la montre à mon poignet

Dans les épisodes précédents

Pendant très longtemps, je n'ai porté que des montres qui donnent l'heure ou pas de montre du tout, et j'ai regardé tous les wearables avec une grande suspicion.

Et puis j'ai découvert Pebble, qui m'a intriguée au point d'en acheter plusieurs, et j'ai particulièrement aimé la Pebble Time Round, tant pour sa finesse et sa légèreté que pour sa programmabilité, et je l'ai détaillé dans le billet Pour une fois qu'un wearable me plaisait…

Je continue de regarder la grande majorité des wearables avec suspicion, mais je concède que certains peuvent me plaire.

Au fil du temps, j'ai régulièrement regardé l'offre de montres connectées, sans avoir l'impression qu'aucune n'arrivait à la cheville de cette Pebble.

Et puis sa batterie a fini par faiblir, au point d'expirer à peu près en même temps que la colle qui tient le boitier ensemble, et j'en ai été très triste, mais j'en avais encore un exemplaire de rechange, que j'ai utilisé comme la précédente.

J'ai sérieusement hésité à essayer de me procurer un nouvel exemplaire de rechange, tiraillée entre l'envie d'une solution plus pérenne et la pauvreté des modèles existants.

L'hésitation a continué jusqu'au printemps 2020, quand j'ai fait le calcul que ma première Pebble Time Round a tenu 2¾ ans, et que je pouvais donc m'attendre à voir expirer la deuxième fin 2020, ou début 2021 avec de la chance. À ce stade, j'avais perdu confiance dans la durée de vie des modèles d'occasion ou des modèles neufs restés sur étagère si longtemps.

J'ai donc commencé à chercher activement ma prochaine montre connectée, en me disant qu'avec les évènements mondiaux de 2020, l'apparition de nouveaux modèles et la distribution d'anciens modèles allait être difficile et qu'il valait donc mieux taper rapidement dans le catalogue existant.

Et puis en juillet 2020, un peu plus d'un mois après avoir reçu ce nouvel appareil, alors que je réajustais la montre sur mon poignet, j'ai senti quelque chose céder. J'ai l'impression que c'était la nappe reliant l'écran au circuit imprimé, mais je ne sais pas si j'ai fait céder la colle dans le même geste, ou si le boîtier s'est séparé à mon insu un peu avant.

La batterie fonctionnait encore plutôt bien, ce qui n'est finalement pas si étonnant après moins de deux ans d'utilisation. J'imagine que la batterie s'use en plus de vieillir, alors que la colle doit vieillir presque aussi rapidement sur étagère qu'à mon poignet.

Au lieu de chercher à faire de la micro-électronique, j'ai donc saisi l'occasion pour essayer mon nouveau jouet.

L'étude de marché

Je n'ai pas changé ma liste de critères depuis août 2018, à savoir, par ordre d'importance décroissante :

  1. donner l'heure,
  2. réveiller par des vibrations discrètes,
  3. avertir de l'oubli de l'ordiphone,
  4. avertir des notifications pertinentes,
  5. présenter un résumé desdites notifications,
  6. envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant,
  7. suivre des paramètres biologiques, par curiosité personnelle.

J'avais oublié dans la liste une demande forte d'encombrement minimal, car je n'ai aucune envie de me balader avec un palet de hockey sur le poignet ; j'aimerais bien que le style ne soit pas trop masculin, ce qui n'est pas gagné dans le domaine des wearables ; et je garde ma nette préférence pour les boutons par rapport aux écrans tactiles, surtout à cette échelle.

Je suis extrêmement réticente aux systèmes de « gestes » en général, et j'ai pu voir chez différentes personnes qu'un écran éteint qui devrait s'allumer quand on le regarde ne marche pas assez bien à mon goût.

Donc pour donner l'heure sans pourrir la batterie, il y a quelques technologies anecdotiques comme l'e-paper de la Pebble, et les montres hybrides, avec des vraies aiguilles qui donnent vraiment l'heure.

En plus les montres hybrides sont plus orientées vers le style que vers les geekeries, ce qui permet à la fois d'éviter les gadgets qui ne m'intéressent pas et d'avoir des modèles plus jolis et plus féminins.

Aujourd'hui la plupart des montres hybrides m'ont l'air très satisfaisantes sur les deux premiers points, le troisième est purement logiciel et rarement sur les plaquettes commerciales, donc ça se joue sur les points 4 à 6.

J'ai vu chez Fossil des façons assez ingénieuses de faire passer des informations intéressantes relevant du point 4 sans utiliser d'écran. J'étais un peu sceptique, mais pourquoi pas.

Une chose que j'aimais beaucoup sur ma Pebble était d'avoir le début des SMS en un coup d'œil, ce qui correspond au point 5, et techniquement j'aurais bien vu un écran habituellement éteint derrière les aiguilles. Ça tombe bien, c'est exactement ce que font la série Vívomove de Garmin, et les séries « hybride HR » de Fossil (et aucun de ces deux ne semblent avoir une page avec tous les modèles de ces séries mais aucun autre).

Avec ces deux finalistes, j'ai donc laissé tomber mon point 6, et sur le point 7 je prendrai ce qu'il y a.

J'ai quand même fait le tour des hybrides sans gros écran, des fois que d'autres critères me semblent compenser, mais ça n'a pas été le cas.

Après une longue hésitation j'ai fini par opter pour Garmin plutôt que Fossil parce que l'application Android et la gestion de l'écran ont l'air plus mûrs, probablement parce qu'ils en sont à leur troisième génération et que leur orientation de fitness plus sérieux rend leur clientèle plus regardante sur l'appli'.

La qualité des montres Garmin comme fitness tracker a peut-être joué, dans le sens où ça fait un argument de plus en défaveur de Fossil, alors qu'on aurait pu imaginer que des très bons retours en fitness tracker puisse compenser une certaine suspicion sur la maturité.

À l'inverse, l'absence de bouton chez Garmin et l'absence d'écran tactile chez Fossil plaident pour ce dernier, mais l'interface tactile semblait simple et les commentateurs en semblaient contents, donc je lui ai donné une chance.

Bilan après six mois

Mon impression d'ensemble est plutôt mitigée. Le progrès sur le plan esthétique et biométrique est indéniable, mais ça s'arrête là : tout ce que je faisais avec ma Pebble est moins bien fait ou impossible avec cette Vívomove.

Et c'est d'autant plus frustrant que le matériel est largement meilleur (quoique plus gros et plus lourd et sans boutons), et si au lieu d'être verrouillé avec le logiciel monomaniaque de Garmin on pouvait la hacker comme la Pebble pour faire ce que j'attends d'elle, j'en serais super-contente.

Donner l'heure avec style

De part sa nature hybride, cette montre donne l'heure en permanence, exactement comme je le voulais, et j'aime bien l'apparence de cette montre.

Dès le début je l'ai configurée pour ne pas s'activer sur mes mouvements, et rester une bête montre à aiguilles sans sophistication tant que je ne tape pas dessus.

C'est un peu dommage qu'il n'y ait pas d'éclairage intégré, ce qui empêche complètement de voir l'heure quand il fait sombre. Il faut alors double-taper pour activer l'écran, et si on n'a pas sacrifié un des widgets de l'écran primaire, défiler jusqu'à l'écran de statut avec l'heure.

Réveiller par des vibrations discrètes

Il y a bien une fonction réveil vibrant dans cette montre, qui marche relativement bien.

C'est un réveil à heure fixe, contrairement à d'autres concurrents il n'y a pas de fonction de réveil qui s'adapte aux cycles du sommeil. Ça ne me manque pas trop, parce que sur ma Pebble cette fonction ne marchait pas très bien et me réveillait presque tous les jours au tout début de l'intervalle.

Le moteur de vibration me semble un peu faiblard, peut-être un peu plus que ma Pebble, qui était elle-même faiblarde dans l'absolu. C'est pénible, mais je fais avec.

C'est juste dommage que la fonction « ne pas déranger », qui réduit au silence les notifications, réduit également au silence les alarmes. D'autant plus lorsqu'on met une plage de « ne pas déranger » nocturne automatique qui a le malheur de se terminer quelques minutes après l'heure de l'alarme.

Ça aurait été bien de pouvoir mettre une alarme qui vibre même en mode « ne pas déranger », et d'avoir un mode « ne pas déranger » basé sur l'analyse du sommeil et non pas sur des heures fixes…

Avertir de l'oubli de l'ordiphone

La fonction de vibration en cas de perte de connexion avec le téléphone existe et fonctionne bien ; elle est couplée avec une fonction de vibration quand la connexion est rétablie, dont je me passais plutôt bien avec la Pebble.

C'est juste dommage que la connexion soit beaucoup moins stable qu'avec la Pebble, et le nombre de fausses alertes dépasse largement le nombre de notifications que j'ai chaque jour. En plus la vibration est la même dans les deux cas, ce qui ne permet pas de distinguer haptiquement une notification d'une déconnexion et d'une reconnexion.

J'ai régulièrement des déconnexions/reconnexions même lorsque le téléphone est sur le bureau à 20 cm de la montre, avec seulement mon poignet entre les deux. Je me demande s'il y a un problème de force ou de directionnalité du signal, ou s'il suffirait de supprimer les alertes lorsque la reconnexion a lieu peu de temps après la déconnexion.

C'est aussi dommage qu'il n'y ait aucun widget pour afficher l'état courant de cette connexion. Le seul moyen de savoir est de naviguer dans un menu qui dépend du téléphone, comme l'historique des notifications ou le contrôle de la musique.

Avertir des notifications pertinentes

Aucun problème à ce niveau-là, j'ai bien une vibration pour chaque notification de l'ordiphone, avec la possibilité de filtrer suivant l'application émettrice.

Dans ce que j'ai lu des montres hybrides Fossil, je ne suis pas sûre que ce soit le cas pour tous les modèles, et ça a contribué à faire peser ma décision vers Garmin, qui n'a pas ce problème.

J'ai déjà écrit que je trouve le moteur haptique un peu faiblard, mais en la portant à l'intérieur du poignet, je n'ai raté aucune notification à cause de ça. Les seules que j'ai ratées sont dans les périodes où le spam de déconnexions et reconnexions m'ont désensibilisée.

C'est juste un peu dommage qu'il n'y ait pas de rattrapage des notifications lors d'une reconnexion, surtout avec le problème d'instabilité que j'ai évoqué.

Présenter un résumé des notifications

Cette fonctionnalité était au cœur de mon processus décisionnel, et dans l'ensemble ça marche assez bien : en général, j'arrive à tirer suffisamment d'information de ce qui est présenté sur la montre pour décider de la pertinence de saisir ou non le téléphone.

C'est juste dommage que l'espace d'affichage de la première page soit aussi mal géré : la moitié supérieure de l'écran est dédié à une icône qui représente vaguement le type d'application qui notifie, et la partie inférieure présente en gros le début du titre. Le contenu lui-même est relégué à la deuxième page.

Pour comparaison, la Pebble avait une icône de la taille d'une lettre majuscule, et le titre en gras de la même taille que le texte. Ce qui permet d'afficher des informations capitales lorsqu'il est difficile de faire défiler les pages.

Par exemple, un jour j'ai senti une vibration alors que je venais d'entrer sur le périphérique, un coup d'œil à ma montre indique qu'il s'agit d'un SMS venant de ma moitié, et je n'ai rien de plus. J'ai consulté mon électronique personnelle à la première occasion, c'est-à-dire au feu rouge après la sortie du périphérique, pour constater que le contenu était que je peux faire demi-tour car mon trajet est inutile. La Pebble aurait tout affiché, et d'un coup d'œil j'aurais pu décider de prendre la première sortie et revenir à mon point de départ.

C'est aussi un peu dommage de ne pas pouvoir configurer un affichage plus long pour les notifications que le time-out général de l'écran, que je préfère très court pour éviter le temps mort entre la fin d'interaction et le verrouillage de l'écran tactile.

Envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant

Alors là c'est facile, ça n'est juste pas possible.

Je conviens tout à fait que c'est beaucoup demander, la taille de l'écran et les possibilités d'interaction ne permettent pas vraiment de composer un SMS, et rendent pénible même le choix d'un correspondant.

Mais il est clairement possible de préparer des messages généraux (comme « d'accord » ou « je suis arrivée au point de rendez-vous convenu ») à des destinataires préselectionnés.

Cette fonctionnalité m'intéresse d'autant plus que mon téléphone ces jours-ci me fait l'effet plus d'une tablette que d'un téléphone (j'en ferai un billet dédié), et je me passerais bien de devoir le sortir pour des petites choses comme ça.

Et ma Pebble avait en plus encore mieux que ça, la possibilité de configurer des actions scriptables, que ce soit à coups de requêtes HTTP ou d'intent Android ou autres plateformes d'automatisation. Je n'ai pas eu l'occasion de m'en servir en presque 5 ans de Pebble, mais je peux imaginer utiliser cette fonctionnalité lorsqu'elle est disponible, si les circonstances se présentent.

Suivre des paramètres biologiques

Je n'ai pas arrêté de me plaindre que Garmin est un fabriquant de fitness trackers qui a l'air de faire des fonctionnalités de montre à contre-cœur, c'est que le côté fitness tracker doit être bon, non ?

Pour commencer positivement, je suis très contente du suivi de rythme cardiaque, il a l'air de tomber à peu près juste à chaque fois que je le mesure inopinément (sauf lorsque le capteur s'emballe manifestement, quand le bracelet est trop lâche), et les variations tout au long de la journée m'ont beaucoup intéressée.

Je me croyais tout le temps au bord de la tachycardie, et les médecins qui mesurent ma tension ou mon rythme cardiaque n'y sont pas pour rien, alors qu'en réalité je dors à environ 60 bpm et dans la journée, dans un contexte sédentaire avec une activité intellectuelle habituelle, j'ai un peu plus de 80 bpm ; tandis qu'en cours d'activité physique j'ai entre 110 et 160 bpm suivant l'intensité.

J'aime bien aussi l'estimation de l'énergie dépensée dans les exercices physiques, même si j'aimerais bien aussi savoir le niveau d'incertitude sur ces nombres, avoir un affichage direct de la puissance moyenne, voire à partir de quelles données et sous quelles hypothèses c'est calculé.

Je suis beaucoup moins impressionnée par le compteur de pas, ça me fait l'effet d'être un peu le « Hello World » des appareils avec accéléromètre, et le compte des pas dans les activités de tous les jours qui ne font pas intervenir les jambes est assez ridicule.

D'un autre côté il se charge de me donner un objectif en nombre de pas, je n'ai pas osé regarder si ce n'est pas bêtement l'objectif de la veille ajusté par une proportion fixe de son écart avec la mesure de la veille, mais au moins ça m'a donné une barre indicative utile sans se prendre la tête.

Je ne suis pas tellement impressionnée non plus par le compteur de nombre de respiration, qui a l'air bloqué à 14 respirations par minute, sauf quelques jours à 13. D'un autre côté, il ne tient pas d'enregistrement pendant l'exercice physique, mais il utilise peut-être la valeur pour calculer les autres grandeurs, donc je lui laisse le bénéfice du doute.

Enfin il y a les indicateurs sophistiqués que sont le niveau de stress et le niveau de body battery. Les premières semaines j'étais impressionnée par leur exactitude, par exemple sans sentir de différence le matin, je pouvais prévoir mon niveau de forme l'après-midi en fonction du niveau de body battery restante le matin. Et puis un jour ça n'a pas collé, et puis un autre jour, et finalement avec plus recul je me demande si c'est plus efficace que l'horoscope ou le jet de dés.

En plus, j'ai l'impression que le niveau de body battery est une bête intégration du niveau de stress, ce qui me donne de gros doutes sur la pertinence de son niveau absolu.

Je suis particulièrement perplexe devant le niveau de stress, qui a l'air de bondir presque à chaque déjeuner et rester haut toute l'après-midi, voire le soir aussi, alors que subjectivement je ne me sens pas vraiment différente le matin et l'après-midi. Enfin, je suis plutôt du matin, et clairement plus efficace le matin que l'après-midi, mais pas à ce point.

Du coup j'aimerais beaucoup savoir ce que mesure exactement ce niveau de stress, et ce que je peux conclure de ce schéma. Est-ce qu'il détecte la digestion ? Si oui, est-ce une particularité de mon système digestif, ou une maltraitance habituelle de ce dernier ?

Encore une fois, je bute sur le côté complètement fermé et opaque du système Garmin.

D'ailleurs à ce niveau, une autre déception est la difficulté à sortir les données de chez Garmin. Je pourrais essayer de faire de choses intéressantes à partir des données brutes, comme sauvegarder une collection de traces GPS intéressantes, etc. En l'état, non seulement je ne peux consulter les données que des façons prévues par l'application, mais en plus je suis à leur merci quant à la pérennité de ces données.

Ce qui amène au suivi des activités : le système automatique est raisonnablement efficace pour détecter la marche et la course, mais très mauvais sur les autres activités que j'ai essayées (parmi lesquelles ne figure notamment pas le vélo), ce qui n'est pas très étonnant vu la position de la montre.

Donc à moins de se contenter du suivi du rythme cardiaque et des calories dépensées, il faut manuellement rentrer les paramètres de l'exercice dans l'application. Avec la rigidité dans la présentation et le manque d'export, je ne vois que des inconvénients par rapport à la saisie manuelle dans un fichier texte basique.

Pour la marche et la course, il y a un suivi GPS, en utilisant le GPS du téléphone puisqu'il n'y a pas d'antenne dans la montre, contrairement à d'autres montres connectées du même fabriquant. Malheureusement, la connexion entre le téléphone et la montre reste très mauvaise (et bien pire que pourrait laisser penser les alertes de déconnexion et reconnexion), et la montre reçoit la position à peu près un quart du temps lors de mes sorties, alors que je porte le téléphone à la ceinture à ma gauche.

Ce qui est particulièrement idiot, c'est qu'une bonne partie des traitements ont manifestement lieu dans la montre. Donc comme si c'était vraiment une montre avec GPS sauf en recevant les données GPS du téléphone ; et seulement quelques grandeurs sont calculées par l'application Android à partir des données qu'elle a accumulées. C'est comme ça que je peux me retrouver avec une vitesse moyenne qui est plus grande que ma vitesse maximale…

Et sans GPS, l'estimation de ma vitesse de marche est tellement mauvaise que si j'y pense trop je vais me mettre à douter sérieusement de toutes les mesures de cet appareil, car il la sous-estime pratiquement d'un facteur 2, tout en comptant les pas comme d'habitude, donc une foulée de l'ordre de 40 cm.

Ne pas m'abîmer la peau

Je ne sais pas si ça se voit bien sur la photo tout en haut de ce billet, mais le bracelet en silicone fourni avec cette montre laisse quelques rougeurs sur ma peau.

Il y a un équilibre délicat à trouver entre trop serré au point que la peau ne respire pas et la transpiration stagne, et trop lâche au point que le bracelet frotte et le capteur cardiaque sorte n'importe quoi.

Cet équilibre est rendu encore plus complexe par la communication par vibrations, quand le bracelet est trop lâche le corps de la montre vibre loin de moi et l'information ne passe pas, et quand il est trop serré le corps de la montre ne bouge plus et n'amplifie plus l'effet du moteur interne.

Je suis pour l'instant restée avec le bracelet d'origine, parce que le silicone a l'avantage de supporter la transpiration de l'activité physique (contrairement au cuir) et d'avoir des trous de serrage assez rapprochés (contrairement au métal et à beaucoup de cuirs). Je finirai peut-être par en chercher un autre, mais je ne sais pas encore trop suivant quels paramètres pour limiter les risques d'empirer la situation.

J'aime bien le métal, mais sur la Pebble il rendait les vibrations moins perceptibles, et le réglage de la taille du bracelet est généralement très grossier (sauf peut-être sur des bonnes mailles milanaises). Le cuir va mal supporter la transpiration des exercices, et je ne me sens pas de changer aussi souvent le bracelet. Le textile est une option à explorer, mais je crains d'avoir encore plus de risques de faire une faute de goût qu'avec les autres matières.

Avoir une interface à mon goût

Sans surprise, je ne peux pas donner mon avis sur un appareil avec un écran tactile sans faire un rant là-dessus.

Au moment du choix j'ai naïvement écouté les critiques qui disaient que l'interface à écran tactile demande une certaine adaptation, mais qu'on s'y fait.

D'accord, dans l'ensemble, j'arrive à peu près à faire ce que je veux faire, il n'y a que très peu de mauvaises reconnaissances (mais encore trop à mon goût), du moins tant que je ne bouge pas et que je ne compte pas les fausses activations par une autre partie de mon corps.

Mais lorsque je marche ou que je suis (passagère) en voiture, plus de deux tapes sur trois sont incorrectement considérées comme des glissements.

Ce qui n'arriverait pas avec des vrais boutons.

De la même façon, l'écran tactile propose parfois des choix entre deux ou trois possibilités, sur une zone de l'ordre du huitième d'écran, ou d'un demi-doigt dans chaque direction. Ce qui n'est pas un problème en temps normal, à condition de pouvoir regarder l'écran pour viser. J'ai essayé moult fois avec l'alarme, et je n'ai pas réussi à trouver de repère kinesthésique pour appuyer au bon endroit en aveugle. Ce qui est particulièrement pénible pour l'alarme du matin.

Et qu'est-ce que ça apporte ? Il me semble que les entrées tactiles se limitent à défiler dans un sens ou dans l'autre, valider l'item courant, choisir entre deux ou trois icônes, ou annuler. À limite en plus le double-tap pour la réveiller. Les quatre boutons de Pebble font des choses beaucoup plus expressives…

Sans compter qu'en plus, avec ma Pebble à l'intérieur du poignet et le bracelet réglé au plus efficace pour me notifier (sans aucune rougeur !), j'arrivais même à appuyer sur les boutons avec ma main gauche. Ces contorsions étaient bien moins efficaces qu'utiliser la main droite, mais beaucoup plus discrètes.

À leur décharge, j'imagine que l'écran tactile facilite énormément l'étanchéification du boîtier, mais ça n'allège pas mon inquiétude de voir de la buée se former à l'intérieur du cadran lors de mes sorties ces jours-ci.

Fonctionner sans connexion internet

Dans le genre Internet-of-Shit, il y a l'application Android qui tolère assez mal de ne pas avoir accès à internet, et qui n'est pas capable de recevoir des données de la montre si elle ne peut pas les envoyer en même temps sur les serveurs de Garmin après authentification.

Avec une bonne partie des données qui ne sont même pas consultables depuis la montre, et le reste qui peine à être vaguement utilisable si on veut aller plus loin que la valeur courante, l'application est vraiment indispensable à une utilisation normale de cette montre. On ne peut même pas ajouter ou effacer une alarme depuis la montre…

Résultat, si les serveurs sont indisponibles pour une raison ou pour une autre, je me retrouve avec une montre qui donne l'heure et qui accumule des données jusqu'à saturation de sa mémoire.

Verdict

Le résultat, c'est que cette montre est bien mais pas top, surtout pour des raisons tristement logicielles. Mais assez bien pour que je la garde pour l'instant.

Quoique pas assez bien pour ne pas me reposer plusieurs fois la question d'essayer une Fossil Hybrid HR, et je crois que si elle avait été moins chère et les critiques sur la qualité l'appli' moins répandues, je l'aurais tentée.

Si j'avais le savoir-faire en micro-électronique pour réparer mes Pebble en quelques heures, et les lignes d'approvisionnement pour être raisonnablement confiante dans mes capacités à en faire fonctionner une encore quelques années, je repasserais dessus sans hésiter.

Et comme trop souvent, je suis tentée par la solution nihiliste.

J'ai failli repartir dans un gros rant, mais il y a quand même quelque chose de pourri quelque part quand mes recherches d'alternatives pour un jeu de besoins donné se finit en « fait ch*er toutes ces c*nneries, je lâche tout ».

La Pebble contre la Vivomove concentre un peu tout ce qui me saoule dans l'électronique prétendument grand public ces temps-ci. La Pebble avait une interface plus rugueuse de prime abord, mais une fois assimilée elle était complètement fluide ; alors que la Vivomove rend bien les trois premiers jours, pour faire plaisir aux testeurs, mais ne permet pas d'éviter à long terme un niveau de friction qui m'agace à chaque interaction. La Pebble était un outil programmable, avec un écosystème de partage dont les non-programmeurs peuvent bénéficier ; la Vivomove est fermée, verrouillée, et rigide, utilisable pour les cas prévus par le suzerain numérique qui parfois daigne jeter des miettes de visualisation de ses données.

Je comprends bien que le grand public veut continuer à être escroqué sur la facilité de la technologie, et qu'il n'y a que moi qui trouve normal de passer des dizaines d'heures sur un nouvel outil avant de pouvoir en faire vaguement quelque chose. Je crois juste que je suis fatiguée de toutes ces entités gouvernementales ou non-gouvernementales qui prennent des gens pour des cons, et de tous ces gens qui leur donnent raison.

Enfin, c'est probablement très bien pour les gens qui ne veulent pas se prendre la tête à apprendre le fonctionnement d'un gadget, tout en acceptant comme une fatalité qu'on est toujours obligé de se prendre un peu la tête pour utiliser un gadget.

Alors que je me sens pencher de plus en plus du côté plombier chauffagiste dissident.

Publié le 27 janvier 2021

Tags : Jouets

Agentivité et pouvoir

Pour commencer, je vais souhaiter à tout mon lectorat de joyeuses fêtes de solstices et une bonne année 2021 (pour ceux qui liront ce texte à un moment où ces vœux sont appropriés).

Si vous ne venez que pour les vœux, vous pouvez vous arrêter là, parce que dans le reste du billet je vais me cuire la nouille sur la vie dans cette période particulière. Je ne vais pas particulièrement aborder la crise sanitaire elle-même, et les simagrées sanitaro-sécuritaires de ceux qui exercent le pouvoir ces jours-ci en France ne seront évoquées que rapidement, en tant que point causal de tout ça ; le fond de la réflexion est le voyage intérieur qui est entrepris en réaction. À vous de voir dans quelle mesure c'est safe par rapport à ce que vous pouvez encaisser.

Le point de départ est donc que j'ai mentalement déménagé en absurdistan autoritaire, ce qui revient moralement à une capitulation devant la montée de l'autoritarisme. Et je peine un peu à justifier cette capitulation, avec un « je n'avais pas le choix » qui rappelle furieusement une justification gouvernementale pas du tout à mon goût.

Parallèlement à ça, au cours de l'année 2020 je suis retombée sur le monologue de Buffy sur le pouvoir, et j'ai vécu plusieurs moments de high, que j'aurais presque envie de nommer en bon français « ivresse du pouvoir », lorsque j'ai soudainement pris conscience que je pouvais agir sur une situation alors que je croyais être condamnée à la subir.

Ça reste du pouvoir des situations ou des objets, toutes les émotions en rapport avec le pouvoir sur d'autres humains, qui semblent si courantes dans l'humanité, me restent encore complètement étrangères.

C'est peut-être plus proche de la satisfaction de résoudre un puzzle ou une énigme que du pouvoir sur les humains, mais la différence majeure entre les deux est qu'il y a un gain d'agentivité (mot à peu près français que je vais utiliser dans le sens de l'anglais agency qui a formé mon concept).

Car au fond, c'est cette « capacité à agir » qui relie tous ces points, que se soit par son absence, sa disparition, sa présence, ou son apparition.

Concrètement, une grande partie des bouleversements dans ma vie en 2020 auraient eu lieu même s'il n'y avait eu aucune contrainte gouvernementale ; il aurait suffi que les possibilités soient ouvertes (peut-être par gouvernement, notamment sur le télétravail) pour que je choisisse librement d'y recourir.

Il y a eu cependant quelque chose de malsain qui s'est passé dans ma tête lorsque ces choix m'ont été retirés. Même toutes autres choses égales par ailleurs la simple perte d'agentivité fait du mal.

Cela dit, ce mal reste bien moindre que celui causé par les autres bouleversements dans ma vie, qui se résument à devoir composer avec le théâtre sanitaire de l'Absurdistan.

Notez que j'ai bien conscience qu'il y a des traces d'aucun vrai Écossais cachées dans les trois paragraphes précédents : j'adhère complètement aux mesures que j'aurais prises volontiers pour moi-même en dehors de toute contrainte, et les mesures auxquelles je n'adhère pas le sont parce qu'elles m'ont l'air absurdes ou théâtrales. Ça ne me semble pas être un obstacle à la description de mes ressentis.

À l'inverse, découvrir une capacité à agir là où on ne s'attendait pas à en avoir fait son petit effet. Ce n'est pas un vase communiquant, et découvrir de la capacité à agir ne compense pas une perte d'agentivité par ailleurs, de la même façon qu'un petit plaisir ne peut pas compenser une douleur.

Ça ne devrait pas me surprendre, j'utilise souvent le jeu de go comme grille de lecture stratégique dans ma vie, et il y est clair qu'il y a un net avantage à jouer en sente plutôt qu'en gote, même s'il s'agit du même coup dans le même contexte. Je me souviens même avoir lu qu'il y a un avantage à forcer son adversaire à jouer un coup même s'il l'aurait fait de foute façon ou si ça semble bénéfique pour lui, mais je ne retrouve pas la source ni le contexte.

Où est-ce que je veux en venir avec tout ça ?

Je ne sais pas trop, et ça fait un peu tâche, mais à un moment il faut savoir accepter son imperfection. Je voulais juste, par ce billet, partager quelques révélations qui me sont venues récemment : l'application à mon vécu du concept d'agentivité, le lien entre ce concept et une forme de pouvoir et l'initiative au jeu de go, et son influence sur mon état émotionnel.

Vous y trouverez peut-être une meilleure conclusion que moi.

Publié le 30 décembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Réflexion

Déménager sans bouger

Comme dans le billet Je craque, je vais explorer dans le présent billet ma réaction à la crise en train de se dérouler et qui sature tant de média, donc je n'en voudrai à personne de zaper ce billet ou d'y revenir beaucoup plus tard. Cependant, la première partie est garantie sans covid, et développe simplement une révélation récente sur la différence d'état d'esprit entre déménager et partir en vacances.

Vacances ou déménagement

Il y a matériellement une certaine ressemblance entre partir en vacances et déménager : on se déplace avec un tas d'affaires du quotidien pour aller vivre ailleurs.

La différence fondamentale entre les deux est que les vacances sont provisoires, avec un retour à plus ou moins court terme vers la résidence habituelle, alors que le déménagement est un aller simple ; mais ces considérations ont plus d'impact mental que sur la réalité concrète.

D'accord, il y a une différence concrète sur la quantité d'affaires emmenées, parce que les lieux de vacances sont souvent équipés de plus ou moins d'objets du quotidien qu'il n'est donc pas nécessaire d'emmener, et parce que le déménagement implique généralement la perte du lieu de départ, donc il faut bien faire quelque chose de toutes les affaires qui s'y trouvent.

Mais au-delà de ces aspects logistiques, je m'intéresse ici surtout aux différences dans l'état d'esprit.

Les vacances comme les déménagements représentent une rupture dans la vie quotidienne, mais le caractère temporaire des vacances fait qu'on accepte beaucoup plus facilement des inconforts ou des contrariétés mineures dans ce nouveau quotidien. Pourquoi se battre si ce n'est que pour deux semaines ? Les bienfaits de la nouveauté (pour ceux à qui ça plaît) peuvent aussi faire oublier des points négatifs mineurs.

Les vacances sont même parfois vécues comme des révolutions contre le quotidien, donc certains ne cherchent même pas à se fabriquer un nouveau quotidien en vacances, et se contentent de prendre les choses comme elles viennent dans cette période.

À l'inverse dans un déménagement, la perspective du long terme va donner envie de corriger, ou de trouver un compromis, sur tous les points négatifs, même mineurs, pour trouver un nouveau quotidien au niveau de l'ancien.

Un autre effet du caractère temporaire des vacances est qu'on ne se purge pas complètement du quotidien « normal ». Même lorsqu'on prend des vacances dans le seul but de casser ce quotidien, on reste conscient qu'il faudra y revenir.

Donc même dans des vacances pour « se vider la tête », le quotidien reste quelque part dans un coin de la tête, comme en veille, prêt à être récupéré (avec plus ou moins d'effort) une fois rentré de vacances.

Tandis qu'un déménagement s'accompagne d'un travail mental pour « tourner la page », voire faire le deuil de son ancienne vie.

J'ai l'impression qu'on peut retrouver ce schéma dans d'autres domaines, mais si je vois plein d'homologues au déménagement, comme les ruptures amoureuses ou les changements d'employeur, j'ai du mal à trouver les homologues aux vacances qui leur correspondent.

Ma vie dans la crise sanitaire

Pour vous rappeler les épisodes précédents, j'ai plutôt bien vécu le premier confinement ; ensuite j'ai plutôt moins bien vécu le déconfinement parce que j'ai perdu ce qui m'a plu dans le confinement sans retrouver ce qui me plaît dans la vie normale ; et le comportement des diverses autorités a fini par me faire craquer.

Comment ai-je géré ce craquage ?

Mal, probablement, comme tout le monde. Je veux dire par là que je ne suis pas en train de vouloir donner des conseils, ou prétendre qu'il faut faire comme moi ; et je ne prétends même pas que c'était la bonne chose à faire à mon échelle ; je dis juste que c'est ce que j'ai fait.

J'ai déménagé, mais sans me déplacer.

J'ai abordé le premier confinement comme des vacances, comme une rupture temporaire de la normalité, avec un jour un retour au quotidien habituel, que j'ai même prédit publiquement.

Comme évoqué dans la partie précédente, j'ai donc accepté un quotidien anormal que je ne pourrais pas accepter durablement, et j'ai gardé dans un coin de ma tête la « vie d'avant » pour y revenir à mon retour de vacances crise.

Je pense même que ça a contribué significativement à mon vécu du premier confinement, même si ce n'était pas la nouveauté, mais la nécessité sanitaire, qui m'ont fait accepter le quotidien anormal. Et c'est aussi dans cette perspective que j'ai tout fait pour maintenir ma santé mentale, au détriment de ma condition physique.

Je pensais pouvoir tenir ce premier confinement très longtemps, car je me doutais bien que la pandémie ne serait pas réglée en quelques mois. D'ailleurs je crois encore que j'aurais pu tenir un premier confinement poursuivi jusqu'à Noël, moyennant des adaptations mineures et progressives.

Ce que je n'ai pas tenu, ce sont les demi-mesures et les inepties post-déconfinement, et j'ai craqué.

Et aujourd'hui je me retrouve à constater qu'en me relevant, j'ai déménagé.

Sans changer de coordonnées géographiques, j'ai déménagé dans un pays où il est de coutume d'abuser de son pouvoir à tous les niveaux hiérarchiques, dans un état proto-policier (où être en règle ne suffit qu'en période de « tolérance »), où il est normal d'instrumentaliser le pathos d'une anecdote pour refuser le contrôle d'un régime d'exception par un parlement de pacotille, où le fonctionnement normal est de changer les lois plusieurs par semaine sans logique ni cohérence. Certains diraient un absurdistan autoritaire, j'ai une formulation plus mesurée mais je n'en pense pas moins.

J'ai mentalement tourné la page de ma « vie d'avant » et de tout ce qui allait avec, et j'ai commencé à refaire ma vie et mes habitudes dans ce pays étrange qu'est la Francovid. J'ai commencé à me construire une nouvelle normalité dans ces nouvelles conditions, au lieu de rester dans une rupture temporaire de normalité.

Certes, c'est un déménagement vers un pays moins accueillant, et une situation moins confortable par à peu près tous les aspects, mais ce n'est même pas la première fois que je subis un tel déménagement. Et puis c'est le déménagement le moins pénible de toute ma vie en termes de logistique.

Cela dit, je reste sur ma prédiction selon laquelle la vie d'après ressemblera beaucoup à la vie d'avant, mais ce sera un nouveau déménagement, et la quantité d'éléments du quotidien que je retrouverai risquent de ne pas être aussi nombreux que si c'était un retour de vacances.

J'imagine qu'on pourrait interpréter tout ça sous le prisme Kübler-Ross en mettant ça sous l'étiquette « acceptation », et c'est peut-être un bon résumé du présent billet, mais j'apporte en plus l'élément que sont les dégâts collatéraux dans ces éléments du quotidien que je ne retrouverai plus même en réaménageant.

Et je soupçonne que la confiance dans les institutions en fasse partie.

Et du coup je me dis que je ne suis peut-être pas la seule à le vivre à peu près comme ça. Et peut-être qu'il y a suffisamment de monde dans ce cas pour que soit en train de couver une crise politique qui n'est pas négligeable devant les crises sanitaire et économiques.

Nous vivons une époque intéressante

Publié le 15 novembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

Autour de cette page

 

Derniers commentaires

Tags

Archives

Site-level navigation and features

 

Instinctive.eu

Contact

Sections

Validation

Copyright © 2008-2020 Natacha Kerensikova

Butterfly images are copyright © 2008 Shoofly