Perte de mémoire II

Il y a quelques mois, je me plaignais déjà de perte de mémoire, mais il s'agissait de mémoire procédurale, c'est-à-dire une séquence de mouvements enchaînés automatiquement sans intervention cognitive.

Ce n'est pas étonnant que ce genre de mémoire demande un certain entretien, et qu'avec le temps on ne puisse plus retrouver comment exécuter cette séquence. Quelque part, je suis plus surprise de l'avoir tenue aussi longtemps avec si peu d'entretien que de l'avoir perdue cet été.

Donc disons que c'est dans l'ordre de choses.

Ce dont il est question dans ce billet, c'est une perte de mémoire déclarative, c'est-à-dire l'échec de la récupération dans le champ cognitif d'informations qui devraient être enregistrées quelque part dans mes neurones.

Et si déjà une perte de mémoire procédurale me touchait beaucoup plus que ce à quoi je m'attendais, alors que ça me semble normal et que j'accorde peu d'importance à ce que j'ai perdu, une perte de mémoire déclarative me touche beaucoup plus, parce qu'il y a des pans entiers de ma vie qui reposent sur ces facultés et qui sont donc remis en question, et parce que j'aime bien utiliser cet outil et qu'il va me manquer beaucoup plus que la capacité de résoudre des Rubik's Cubes sans réfléchir.

Ma Vie d'Avant

Dans ce weblog, je ne cherche pas spécialement à trouver une épaule sur la quelle pleurer (j'ai déjà ce qu'il me faut à la maison), mais à communiquer mon expérience. Pour mesurer cette perte, je vais donc commencer par décrire ce que j'ai perdu, et essayer de vous faire comprendre la valeur que ça a à mes yeux.

Informations et Concepts

Aussi loin que je me souvienne, j'avais une bonne mémoire, et je n'hésitais pas à m'en servir. Ça ne m'a pas tellement marqué en soi, je le juge plutôt par à quel point les rares échecs semblaient cuisants, et les réactions allant de l'incompréhension à la moquerie par les gens autour de moi, qui semblaient vivre des échecs bien pires et bien plus fréquents.

Je n'ai jamais été une élève très sérieuse. Je faisais les devoirs, parce que c'était le chemin de moindre résistance socialement, mais les concepts de « réviser » ou « revoir les leçons » me sont étrangers. Je fais attention en cours, je prends plus ou moins de notes, et ce qu'il en restait pour les interro' suffisaient pour ne pas ressentir le besoin d'en faire plus. Je n'étais pas première de la classe, mais je ne le méritais pas.

Ma mémoire était déjà à l'époque loin d'être infaillible, mais elle gardait tout ce que je voulais garder. Et encore aujourd'hui, je suis capable de ressortir et surtout utiliser les éléments du cours de philo' (au siècle dernier) qui m'ont plu.

Quand j'étais en prépa', on jouait à s'échanger les numéros de téléphone en donnant les chiffres un par un, genre « zéro trois un quatre un cinq neuf deux six cinq », à la vitesse des mots d'une conversation. Et ça suffisait à tout assimiler sur le coup, et à le garder tout au long de l'année, sans passer à aucun moment sur le papier.

Cette capacité est d'ailleurs la première que j'ai perdue. Il y a presque dix ans, j'ai remarqué ma mémoire immédiate n'avait plus la vivacité pour construire un objet aussi complexe. À la vitesse où on épelle, plutôt qu'à la vitesse de la conversation, ça marchait encore. J'ai eu des doutes ensuite sur la mémorisation à plus long terme, parce qu'il fallait que je « ravive » le souvenir régulièrement, alors qu'à l'époque aucun entretien volontaire n'était nécessaire ; mais à cette époque il fallait composer le numéro avec les doigts, et ça devait faire office.

Organisation du Temps

Pendant longtemps, je n'ai jamais vraiment utilisé d'agenda non plus. Mon emploi du temps et mes obligations n'ont jamais été très complexes, les joies de la vie étudiante, donc il n'y a pas grand exploit à ça non plus.

Les choses ont commencé à se corser au milieu de ma thèse, avec tout plein de choses, à échelles de temps variées, et j'ai commencé à recourir à un agenda. Depuis ma vie s'est simplifiée, et encore aujourd'hui, j'utilise l'été 2010 de cet agenda comme brouillon. Je note les rendez-vous sur une feuille volante ou un brouillon que je ne regarde plus jamais ensuite, et ça suffit.

Projets Professionnels

Depuis que j'ai rejoint le monde du travail privé, j'ai toujours plus ou moins été un morceau de viande rouage dans une grande machine, et assignée à un sous-projet donné.

Chaque sous-projet contient en gros deux sortes d'informations : les concepts à comprendre, construire, ou exécuter ; et le planning.

Pour les concepts, ce n'est pas très différent de l'époque où j'étais étudiante, à part que c'est tellement plus simple que j'ai rarement besoin de prendre des notes. Mon attention suffit à assimiler tout ce qui est nécessaire.

Cependant, à la différence de l'époque étudiante, l'image que je renvoie est d'une importance capitale, parfois je me demande même si elle n'est pas plus importante que le code que je produis. Et débarquer avec un stylo plume et un cahier avec une couverture en cuir, ça fait un effet qui plaît au client, et c'est encore plus fort en prenant des notes d'autant plus frénétiquement que la personne qui parle se sent importante. Et le client n'a pas besoin de savoir que je ne relirai jamais ces notes.

La partie planning est beaucoup plus difficile. Si je comprends l'importance que ça peut avoir pour le Système, je m'en contrefous personnellement. Et le manque d'investissement émotionnel fait que je n'ai aucune chance de mémoriser quand j'ai fait quoi.

Donc dans le même cahier, je tiens un journal, détaillé suivant la précision des comptes que j'ai à rendre, que je ne relis jamais sauf lorsqu'il faut répondre précisément à une question sur quand telle chose a été faite, ou quels jours j'ai travaillé sur telle question de tel projet.

J'utilise quand même ma mémoire pour interroger le journal, au besoin avec des grep sur ~/.zsh_history/ pour pallier l'absence de recherche de texte sur mon papier.

Les Échecs Récents

J'ai donc continué mon petit bonhomme de chemin en m'appuyant sur ces capacités mentales que je tenais pour acquises.

Et puis ces derniers mois, les échecs se sont enchaînés, et ils sont d'autant plus cuisants que je suis certaine qu'il y a dix ans ma mémoire ne m'aurait pas failli, et aurait même été capable de bien mieux.

Par exemple, le 30 septembre dernier j'ai longuement discuté avec mon père, entre autres de sa nouvelle situation professionnelle. J'ai écouté avec attention, sans prendre de notes, un sujet qui m'intéresse, dans lequel j'étais émotionnellement investie, et dont j'avais déjà ressenti le manque peu avant. Bref, les conditions idéales pour marquer durablement mes neurones.

Et il ne m'en reste plus rien d'autre qu'il ne fait pas au quotidien la mission qu'on lui avait donnée, que ce n'est pas à son goût et que c'est beaucoup plus sédentaire que ce dont il a l'habitude. Mais absolument aucun détail sur ce qu'il aurait dû faire ou ce qu'il fait concrètement.

Autre exemple, la semaine dernière j'étais à Capitole du Libre, à Toulouse. J'étais aussi à l'édition 2014 de cet évènement, qui avait lieu au même endroit, et nous étions au même hôtel. Je n'ai absolument aucun souvenir de toute cette aventure, en dehors de quelques éléments brumeux de l'évènement lui-même (par exemple je me souvenais de la configuration du hall et de la position du stand). Rien sur les simagrées des saltimbanques sécuritaires à l'aéroport, rien sur l'hôtel, rien sur le chemin entre l'hôtel et l'évènement, rien sur le dîner.

J'ai à présent des souvenirs assez partiels de l'édition 2017, mais suffisamment pour reconstruire les points forts du séjour. Je pense que c'est à peu près au même niveau que les souvenirs qu'auraient moi‐d'il‐y‐a‐dix‐ans et moi‐d'il‐y‐a‐vingt‐ans une semaine après l'évènement ; mais aussi le niveau de ceux qu'elles auraient trois ans après l'évènement, alors que là le compte n'y est pas du tout.

Il y a aussi un nombre, dont j'ai honte, d'exemples dans ce genre sur des évènements entre 2009 et 2013, que mon compagnon me raconte très clairement mais dont il ne reste absolument rien dans ma mémoire, comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre ou si je me faisais gaslighter.

Sur un autre terrain, je participe depuis plus d'un mois à un projet suivi de près par un chef qui voudrait que le code que je produis soit exactement comme il l'aurait fait (ce qui se tient puisque c'est lui aura à assurer la maintenance ensuite). Il n'est pas rare que je me retrouve avec cinq à dix actions à faire après le point quotidien, décidées au fil de la discussion.

J'ai essayé de faire sans support papier, comme moi‐d'il‐y‐a‐dix‐ans l'aurait fait sans problème, mais après plusieurs oublis gênants j'ai dû recourir aux notes sur papier.

Dans le même genre, dans le plan privé, je jongle avec diverses tâches à faire : répondre à un e-mail, retrouver tel objet, lire tel article, etc. En particulier, j'ai une notion assez rétrograde chevaleresque de ma parole, et si je dis que je vais faire telle chose à tel moment, je vais très mal vivre l'oubli de cet engagement, fût-il oral et informel.

Je n'ai pas l'impression que ma vie privée soit plus complexe ou foisonnante ces jours ci qu'il y a dix ans, et pourtant j'ai raté un bon nombre de tâches ces derniers temps.

Et là c'est d'autant plus gênant que je n'ai pas de solution évidente pour contourner ce problème. Autant je peux faire mes points quotidiens avec une feuille qui reste ensuite sur mon bureau en guise de pense-bête, autant il n'y a pas d'endroit physique ou numérique dans lequel un pense-bête s'intègrerait naturellement.

Mais Pourquoi ?

Devant une telle accumulation d'échecs, je dois me rendre à l'évidence : tel qu'il est là, le système ne marche pas. Avant de chercher comment le remplacer ou l'ajuster, je me demande s'il est réparable, en cherchant des causes sur lesquelles agir.

La première cause qui m'est venue à l'esprit est le vieillissement, exactement comme pour le coup des numéros de téléphone.

Mais c'est contrariant comme explication, parce que ça ne colle pas avec les modèles (grossiers) que j'ai du fonctionnement du cerveau, et surtout parce qu'on ne peut pas du tout agir sur cette cause. Alors je cherche ailleurs, au cas où.

Il est de fait que je n'ai aucun exemple qui date d'avant 2009. À la limite, j'ai un exemple en 2010 d'échec à retrouver des évènements de 2006, mais en dehors de cette exception, tous mes exemples concernent des informations (qui auraient dû être) enregistrées en 2009 ou plus tard.

Certes, depuis 2009 je suis plus vieille qu'avant 2009, mais il y a un paquet d'autres choses dans ma vie qui ont changé à cette époque.

Par exemple, le présent site a été lancé en janvier 2009. Et si c'était ce moteur de site web qui envoie des mauvaises ondes vers mon cerveau ?

Peut-être que je me suis massacré trop de neurones à coups de vodka après ma rupture fin 2008. Mais c'est comme le vieillissement, ça ne sert à rien comme cause, je ne peux rien en faire maintenant.

Plus sérieusement, et plus peut-être plus pertinemment, fin 2009 correspond au début de la rédaction de mon manuscrit de thèse, et c'est à peu près aussi le début de ma dépendance à la caféine.

Il m'est assez difficile de distinguer les effets de la caféine de ceux du manque de sommeil, tant ces deux quantités sont corrélées. Et il est établi que le sommeil a un rôle crucial dans la formation et l'entretien des souvenirs, il me semble. Et là, il y a quelque chose à faire.

En même temps ce n'est pas incompatible avec les pistes précédentes. J'étais sérieusement en manque de sommeil il y a quinze ans, mais peut-être que la jeunesse me permettait de l'encaisser mieux que maintenant.

La Drogue c'est Mal

La caféine, j'arrête quand je veux. Facile.

N'importe quel drogué vous dirait ça.

Et pourtant j'y crois sincèrement. Comme n'importe quel drogué.

Mais en l'occurrence, mon problème n'est pas d'arrêter, mais de ne pas reprendre. Est-ce que c'est ça la dépendance psychologique ?

Imaginons que je prenne le temps qu'il faut pour me sevrer. Une ou deux semaines, il me semble. Je serais déchirée pendant tout ce temps là, mais c'est pas grave, parce que je m'y serais préparée, donc imaginons que je tienne.

Je finis par reprendre un fonctionnement normal, sans caféine.

Et puis un soir, inévitablement, je ne serais pas raisonnable sur l'heure du coucher. Ou pour une raison ou pour une autre je passerais une mauvaise nuit.

Le lendemain je serais sérieusement dans le brouillard, tout en sachant qu'il existe une solution magique pour redevenir à peu près fonctionnelle : il suffirait juste d'une dose de caféine.

Comment y résister ?

C'est exactement avec un scénario comme ça que je suis tombée dedans, à l'époque où je rédigeais ma thèse. Et à cette époque, je n'étais pas du tout convaincue que le café c'était si magique que ça, alors que maintenant j'en ai l'expérience directe.

Donc même si je ne me fais pas d'illusion en me disant que j'arrête quand je veux, ça n'en vaut pas l'effort si je retombe à la première occasion.

Et puis de toute façon, je n'aime pas vraiment le café. Ma consommation s'adapte automatiquement suivant mon état de fatigue.

Je vais donc plutôt viser un changement de rythme de vie pour diminuer mes besoins de caféine, c'est beaucoup plus réaliste. Et si ma consommation a un impact sur la qualité de mon sommeil, la diminution devrait lancer un cercle vertueux.

Si j'y arrive, et si ça améliore mes problèmes de mémoire sans les résoudre complètement, il sera toujours temps de regarder du côté du sevrage. Pas besoin d'y aller tout de suite à coups de dinde froide.

Plan B

Et si jamais mon sommeil et la caféine n'ont rien à voir avec mes soucis ?

Vu que je n'arrive pas à trouver d'autre cause potentielle sur laquelle je puisse faire quelque chose, je ne peux décemment pas exclure que ma situation soit irréversible.

Cela impose des changements assez radicaux dans ma vie, non seulement pour activement enregistrer les informations dont je pense avoir besoin plus tard, mais aussi pour mettre en place des aide-mémoire pour penser à vérifier s'il y a des actions en attente.

Je vois deux stratégies pour ce faire :

Comme elles ne sont pas mutuellement exclusives, je ne vois pas de raison de ne pas faire les deux.

Ce qui m'amène à mon appel au lectorat : qu'utilisez-vous pour enregistrer les évènements pertinents de votre vie personnelle ou professionnelle ? Comment choisir lesquels enregistrer ? Et pour gérer des listes d'actions à faire ? Et pour les nouvelles des proches ?

Avez-vous des techniques de life hacking ou des techniques mnémotechniques à conseiller ?

Publié le 29 novembre 2017

Tags : Autoexploration Évènement

So Much Win

Un titre qui n'a (presque) rien à voir

Je me demande souvent si mes explications de titre sont vraiment utiles, mais je vais encore le faire. Si ça ne vous intéresse vraiment pas, les sections suivantes n'utilisent pas du tout les informations présentées ici.

Je traduirais le titre par « Tellement de gagner », en transposant la grammaire cassée originale. C'est une troncature de l'expression (correcte) "So much winning" (« Tellement de victoire »), éventuellement suivie de "You're going to be tired of winning" (« Vous en aurez marre de gagner »), qui m'a marquée et que que je trouve emblématique de Donald Trump.

En réalité les mots exacts sont "We're going to win so much", mais en fait le raccourci garde le même sens et s'intègre mieux dans une expression isolée, alors que la formulation originale fait partie du flux du discours. Un peu comme lorsqu'on prétend citer l'inspecteur Harry avec "Are you feeling lucky, punk?" (« Est-ce que tu te sens en veine, punk ? »).

La raison pour laquelle ça m'a marquée, c'est qu'en l'entendant déclamer cette partie de son discours, toutes les alarmes instinctives se sont déclenchées en moi, mettant en garde contre ce bonhomme. C'est très rare que j'aie des réactions aussi intenses sur la politique, le seul autre exemple c'est face aux expressions faciales de Nicolas Sarkozy lors de son discours de bonne année 2006 devant l'UMP.

Cependant, il n'est pas du tout question de politique dans ce billet. Il n'est même pas question de gagner, le mot "win" n'apparaît que comme diminutif de "Windows", dont il est vraiment question ici, et le reste du titre est juste inévitable à côté de "win" tellement l'empreinte mentale de ce discours est massive.

L'évolution des systèmes de jeux

J'ai commencé à jouer sur l'ordinateur familial Atari ST, sur des titres dont je garde un tendre souvenir, et dont mon intérêt est sans doute largement basé sur la nostalgie, vu le mal que j'ai avec le retrogaming sur les jeux que je n'ai pas connus à l'époque.

J'ai continué avec le PC familial sous Dos, puis un PC personnel avec Windows 98, puis un windows préinstallé en dual boot uniquement pour jouer. Et puis le dual boot est devenu trop chiant, et j'ai fait une pause dans le jeu vidéo, avec des tentatives sporadiques de wine.

Il y a un trou de plusieurs années que ma mémoire n'arrive pas à combler, et dont toutes les traces numériques ont été perdues à cause de ma négligence et de mes erreurs de jeunesse en administration système. Pendant ce temps, FreeBSD est progressivement devenu mon système d'exploitation principal, en remplacement de Linux.

Au moment où le présent site fut lancé, j'étais déjà sérieusement FreeBSDisée. Ma mémoire est encore floue sur le comment, mais j'ai fini par avoir envie de jouer un peu, et j'ai commencé par essayer sur mon système d'exploitation habituel, et ça a juste marché, alors je n'ai pas cherché plus loin. Je me souviens qu'un des premiers tests était la démo de Doom III. Du coup tous les jeux dont il a été question ici fonctionnaient sous FreeBSD.

La période pendant laquelle je passais 10% de mon temps à jouer n'a pas duré très longtemps, mais si j'ai réduit la quantité j'ai continué à jouer assez régulièrement. J'ai même contribué un article au hors-série Linux Mag' sur BSD, qui était en gros un témoigne « ça juste marche bien ».

Mais pourquoi ?

J'ai donc passé des années à jouer avec Wine sous FreeBSD, et fatalement des gens m'ont demandé pourquoi s'embêter la vie avec un tel montage au lieu d'un simple dual boot sous Windows.

Évidemment, j'ai souvent été taxée de partisane extrémiste du logiciel libre, et j'ai appris que ce n'est pas trop la peine d'essayer de sortir mon interlocuteur de son erreur.

Pour commencer, je n'ai pas eu à déployer tellement d'efforts pou faire fonctionner tout ça, comme je l'avais déjà écrit dans Résurrection de Yulai. Donc le coût de cette alternative n'est pas si élevé que ça, en tout cas nettement moins que la description du montage laisse penser.

Je concède que j'ai probablement dû me battre un peu plus fort pour assurer que tout ce montage fonctionne que pour faire fonctionner les mêmes jeux sous Windows.

Mais utiliser Windows ne se limite pas à jouer, il y a un certain entretien de base pour maintenir en fonctionnement le système d'exploitation dans son environnement, au gré des changements de matériel interne, de réseau, etc. Et ce sont ces activités se passent souvent très bien et sans efforts, certes, mais elles peuvent prendre un temps énorme quand un imprévu se produit.

Je me souviens encore de la fois où j'ai longuement cherché comment changer la MTU d'un Windows 98, et je crois même avoir essayé avec Windows 2000, avant de tout simplement jeter l'éponge.

C'est pour ça que je suis encore convaincue que j'ai passé moins de temps à maintenir en fonctionnement mes jeux sous FreeBSD qu'à maintenir en fonctionnement un Windows sur lequel les jeux fonctionneraient sans effort.

Je ne serais même pas étonnée que ma dernière panne (intermittente) de disque dur ait permis à elle toute seule de rentabiliser tous les efforts que j'ai faits pour wine.

La décadence

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à à peu près il y a un an. Donc plus de six ans de félicité vidéoludique et BSDesque, avant la catastrophe.

Le symptôme était particulièrement clair dans Heroes of the Storm : la consommation mémoire du n'arrêtait pas d'augmenter après son lancement, jusqu'à un tout petit peu au dessus de 3000 Mio, et là la consommation augmente d'un coup à un tout peu en dessous de 4000 Mio, et dès qu'elle atteint 4 Gio, le jeu se termine brutalement faute de mémoire.

La limite n'est pas très surprenante, puisqu'il s'agit d'un fonctionnement en mode 32 bits, et que l'espace adressable dans ce mode est justement de 4 Gio. L'augmentation progressive de la consommation mémoire est moins claire, je n'ai pas pu déterminer s'il s'agit d'une consommation légitime, ou s'il y a une fuite mémoire par dessus. La consommation mémoire ne bouge que lors que le jeu a logiquement des choses à charger (nouvelle carte, nouveau type de personnage, etc), mais je ne saurais dire s'il manque des libérations au niveau du jeu, ou des drivers, ou d'ailleurs. Le saut brutal me dépasse complètement.

Au fil des versions de Heroes of the Storm, la vitesse de la consommation mémoire n'a cessé d'augmenter. Quand j'ai remarqué le problème, je pouvais faire quelques parties avant d'atteindre la limite fatidique. Ensuite pendant un temps le crash se produisait systématiquement pendant la deuxième partie, donc il fallait que je redémarre le jeu entre chaque partie. Je soupçonne que la période pendant laquelle le crash aurait eu lieu pendant la première partie correspondant à un moment où je n'ai pas joué à ce jeu, et puis il y a eu le patch qui a introduit le personnage Genji, dont l'animation d'introduction au lancement du jeu suffisait à dépasser la limite.

Je me suis bien battue pour essayer de comprendre ce qu'il se passait, pour trouver des solutions, en vain.

Si la consommation mémoire est légitime, il n'y a qu'un passage au mode 64 bits pour s'en sortir, et la route a l'air encore très longue avant que WoW64 ne soit fonctionnel sous FreeBSD. Si elle ne l'est pas, ce n'est probablement pas un problème dans le jeu (ça se verrait sous Windows), donc c'est dans le code colossal de Wine ou dans le code propriétaire des drivers graphiques, donc c'est clairement en dehors de ma portée.

So Much Penguin

Devant les problèmes de FreeBSD qui semblent insolubles, j'ai dû me résoudre à changer de système d'exploitation. J'ai sérieusement envisagé Windows, mais c'est tellement pénible de se le procurer, et la procédure d'installation sans lecteur optique n'avait pas l'air évidente du tout, alors je me suis lancée dans Linux.

J'ai choisi la distribution Fedora, parce que j'avais plus facilement accès à quelqu'un qui connait bien cette distribution, mais je n'ai pas l'impression que mes conclusions auraient été significativement différentes si j'en avais pris une autre.

Il est de fait que Heroes of the Storm fonctionne très bien, en mode 64 bits, en consommant 6 à 8 Gio de mémoire vive, tout va bien. Les autres jeux ont parfois demandé un minimum de bidouille, mais rien de bien plus méchant que suivre les étapes décrites dans l'AppDB.

Au fil des semaines j'ai quand même senti grandir mon insatisfaction sur le manque de maîtrise de ce système d'exploitation. Je ne vais pas lancer un troll sur SystemD, il y en a bien assez ailleurs, et de toute façon ça va bien plus loin que ça. Je veux bien que ce soit dans ses gènes d'être un assemblage de bric et de broc en attendant que le Vrai Noyau soit prêt, mais je trouve qu'il y a quand même un sérieux problème de gestion des cycles de vie logiciels à tous les niveaux.

Ça me fait un peu penser à l'administration française : les trucs qui pourrissent sur place pour qu'un minimum de gens s'en servent et qu'on puisse justifier de l'abandonner ou le remplacer, et en même temps la coexistence de micro-chapelles maintenues en vie mordicus par des gens trop attachés à leur position hiérarchique (ou une relation émotionnelle malsaine à leur outil, mais ça je n'en ai pas vu dans l'administration).

Et je ne suis pas la seule à arriver à ce genre de conclusion, des gens bien plus malins et bien plus mesurés que moi vont dans le même sens.

Si j'étais de plus en plus irritée par Linux, je devais bien reconnaître que ça marche assez bien, et la gratuité de l'écosystème permet d'essayer plus de choses sans se prendre la tête avec les licences et les ULLA EULA et tout le bazar corporate.

Enin, ça marche assez bien, jusqu'à ce que ça ne marche plus.

Au début du mois, coup sur coup, rien de ce que je voulais utiliser ne tombait en marche, même en y passant beaucoup de temps :

Avec tout ça, j'ai finalement basculé, et laissé une chance à Windows, comme ça, juste pour voir.

Une dose, un win

Autant mon retour à Linux m'avait déçue par rapport aux souvenirs que j'avais d'il y a dix ans, autant mon retour à Windows m'a positivement surprise par rapport aux souvenirs d'il y a plus de quinze ans.

Je n'ai eu à me battre que pour créer la clef USB bootable d'installation, mais en fait je me battais contre le préjugé que ça ne pouvais pas être aussi simple que juste copier l'arborescence du DVD directement sur la partition FAT32, sans autre manipulation, alors qu'en fait si. Il y a de l'authentique magie noire dans la séquence de boot…

Et ça juste marche. Mes jeux n'ont jamais été aussi beau, je n'ai jamais pu pousser les paramètres graphiques aussi loin, avec un GPU et un CPU qui restent étonnamment tièdes. C'est magique.

Alors évidemment, je dis ça à chaud, après moins d'un mois d'utilisation, je n'ai sans doute pas encore eu le temps de rencontrer ma première difficulté, et je n'ai pas encore vraiment regardé en quoi consistent exactement toutes ces histoires de télémétrie.

Mais je reste sidérée par l'évolution divergente de mes deux ex‐OS mais‐pas‐si‐ex‐que‐ça enfin‐c'est‐compliqué‐quoi.

Et je suis très inquiète de la réaction des gens plus philosophiquement engagés que moi. Vais-je me faire expulser manu militari hors de #gcu ? Quelle proportion de lectorat vais-je perdre par ce billet ?

Publié le 31 octobre 2017

Tags : Évènement Geek Jeux

L'écrit contre l'oral

Depuis quelques temps je réfléchis aux forces et aux faiblesses des supports écrits (romans, essais, articles web, …) et oraux (audiobook, conférences, podcasts, …) pour transmettre des histoires, des idées, ou susciter des réflexions intéressantes. On peut déjà en voir les prémisses dans mon billet Lire plus ou moins ?.

J'avais l'intention de laisser mûrir tout ça et ensuite d'en faire un article pérenne parmi mes écrits divers, mais je patauge un peu, et du chocs des esprits jaillit la lumière, donc je vais vous livrer ici mes réflexions pas tout à fait sèches, dans l'espoir d'apprendre de vos réactions.

Ça se voit peut-être sur ce site, mais de base je me sens beaucoup plus à l'aise à l'écrit, et je préfère l'écrit dans à peu près toutes les circonstances. Cependant, ce n'est pas parce que c'est plus à mon goût que c'est forcément meilleur. Et je reconnais volontiers la supériorité de l'oral dans les communications interactives, dont l'exemple le plus frappant (à mes yeux) est la didactique : je préfère expliquer oralement et utiliser les retours verbaux et non-verbaux de la communication orale pour faire progresser aussi efficacement que possible mon interlocuteur vers la compréhension que je cherche à lui transmettre.

Après avoir lu beaucoup de bien d'un audiobook chez Balise, et à plusieurs endroits beaucoup de bien de la lecture des Dresden Files par James Marsters (qui joue Spike dans Buffy contre les vampires), je me suis dit qu'il faudrait que j'essaye. J'ai essayé un Dresden Files, je ne sais plus trop lequel, et l'expérience ne m'a pas marquée plus que ça.

Ma conclusion était qu'il y a un vrai intérêt dans les discours directs (il joue tellement bien qu'il pourrait faire une carrière professionnelle d'acteur), le reste de la narration est au même niveau que ma lecture intérieure, mais passer par les oreilles plutôt que les yeux maintient une distance entre l'histoire et moi qui appauvrit, voire annule, la projection que je cherche pour pleinement apprécier une histoire.

Donc j'ai rangé de côté l'idée des audiobooks, en me disant que ça peut quand même être pas mal pour apprécier une histoire lorsque je ne peux pas lire, par exemple en voiture (à cause du mal des transports) ou en marchant (mais il faudrait que je trouve un moyen d'audiobooker sans augmenter déraisonnablement la peur de rater un élément auditif important pour ma sécurité).

Et puis un concours de circonstances a fait que je me suis retrouvée avec une version audiobook de Crossover et une occasion de m'en servir pas très longtemps après en avoir commencé la lecture et découvert que je l'adore colossalement.

Ma nouvelle conclusion est que la principale différence entre lire un livre et écouter un audiobook, qui se généralise à (à mon avis) la différence principale entre l'écrit et l'oral non-interactif, est qu'à l'écrit le lecteur, c'est-à-dire le destinataire, choisit le rythme de progression, alors qu'à l'oral il est imposé par l'émetteur, et il est plus lent qu'à l'écrit.

Et ça a plusieurs conséquences.

Je ne serais pas surprise que le simple fait d'avoir le contrôle participe énormément à ma projection dans l'histoire, de la même façon que je vis ma vie à mon rythme, et plus le rythme imposé diffère de celui que j'aurais naturellement, plus il y a de distance entre l'histoire et moi.

D'un autre côté, ce n'est pas forcément un mal. À de nombreuses reprises dans Crossover, il y avait des passages que j'appréciais particulièrement que je pouvais savourer encore plus longtemps dans l'audiobook. Un peu comme j'apprécie que le plateau dure plus longtemps avant l'orgasme quand je ne contrôle pas la vitesse à laquelle ça avance.

Mais aussi à de nombreuses reprises, j'ai été frustrée de rater des occasions de réfléchir parce que l'histoire avance sans m'attendre, alors qu'en lisant je peux faire une pause pour poursuivre ces occasions avant de reprendre exactement où je m'étais arrêter.

On m'objectera qu'on peut mettre en pause l'audio pour réfléchir, mais c'est différent d'une part par le temps qu'il faut pour mettre en pause, qui peut suffire à perdre le fil de la réflexion potentielle, et d'autre part par l'effort conscient qu'il faut faire pour mettre en pause. La plupart de ces occasions de réfléchir sont des impasses que j'atteins rapidement, et qui n'ont largement pas assez de valeur pour justifier l'effort de mettre en pause et de remettre en route. Et je ne sais pas prédire quelles occasions de réfléchir seront rentables, alors je me retrouve à n'en saisir aucune.

Résultat, j'ai moins aimé l'audiobook de Crossover que sa lecture, et ce n'est que parce que j'aime tellement cette histoire que j'ai quand même passé un excellent moment avec cet audiobook.

Ce qui est intéressant avec le point sur les occasions de réfléchir, que j'ai raté avec Dresden Files parce qu'il en suscite moins (au moins pour moi), c'est que je m'attendais à ce qu'il devienne prépondérant lorsqu'il n'est plus question de communiquer une histoire, mais des idées. Lorsqu'il n'y a pas d'histoire dans laquelle se projeter ni de passage émotionnellement fort à savourer.

Du coup je me suis dit que l'écrit reste largement ce qui me convient le mieux pour acquérir des idées, et pour bifurquer sur de nouvelles réflexions.

Et puis sur YouTube je suis tombée sur quelques conférences de Benjamin Bayart. Les dernières en dates, pendant lesquelles j'avais cette question derrière la tête, sont une interview de Thinkerview et une conférence à la Hitch Hack, mais je ne suis pas sûre que ces instances particulières soient plus pertinentes que d'autres.

Ça n'a rien à avoir avec Halfway to the Grave ni avec Crossover, mais comme ces deux livres, j'en sors avec une impression de « J'aime beaucoup ça, j'en veux plus ! Comment on en trouve plus ? »

Mais d'abord, qu'est-ce que j'y trouve ? Et le format audio apporte-t-il quelque chose sur l'écrit ?

J'imagine que Benjamin Bayart personnellement y est pour quelque chose, dans le sens où sa façon de communiquer les idées est beaucoup plus à mon goût, et plus efficace sur moi, que la plupart des podcasts que j'ai croisés. Il y a probablement quelque chose aussi sur les sujets qu'il aborde, pour lesquels j'ai une certaine affinité.

Mais c'est super-général en fait comme critères : pour que je sois satisfaite d'une tentative de transfert d'idées, il faut que les idées m'intéressent et que la façon dont elles sont transmises me convienne. Ça ne dit rien sur la nature du support.

Avec le recul de l'introspection pendant ma visualisation de ces vidéos, j'en reviens à qui contrôle le rythme et sa vitesse.

La facilité de faire les pauses pour réfléchir pendant la lecture, c'est aussi autant d'occasions de laisser tomber la lecture en cours pour faire autre chose. Et continuer la lecture, c'est un effort continu, mot après mot. Quand il y a une histoire, et à plus forte raison quand l'histoire est très prenante, c'est l'histoire qui motive le retour à la lecture. Dans un essai ou un article web, il n'y a que la qualité des idées transmises qui peut motiver, et il n'est pas rare que dans une des ces pauses pour réfléchir, je déraille et je ne reprends jamais la lecture.

À l'inverse, avec le support audio qui avance tout seul, les idées arrivent sans que j'aie à faire d'autre effort qu'y prêter attention. Un passage qui m'intéresse moins ne condamne la suite que s'il est mauvais ou inintéressant au point de me motiver pour l'effort d'arrêter.

Je ne sais pas si j'aurais eu le courage de lire un essai qui a le même contenu qu'une de ces conférences. Je l'aurais probablement lu en moins de temps que ne dure la conférence, mais si c'est pour s'arrêter avant la fin, je n'en bénéficie peut-être pas autant.

De la même façon que je ne pense pas que j'aurais le courage de lire un essai qui ne contient que les idées politiques de Crossover, autant par manque de l'histoire qui fait revenir au texte que pour le show, don't tell (dans lequel je crois aussi pour les idées, même si pour beaucoup d'idées c'est beaucoup plus dur).

D'un autre côté, quand c'est moi qui cherche à envoyer des idées par écrit, que ce soit par le présent billet ou la majorité des écrits sur ce site, je ne compte rarement que sur les idées pour accrocher le lecteur. Dans mon weblog et la natologie, je compte sur un lien émotionnel entre le lecteur et moi, comme s'il venait prendre de mes nouvelles ; alors que mes écrits divers comptent sur une présentation amusante ou décalée, ou sur un engagement émotionnel du lecteur dans le thème traité.

J'opte dans mes écrits pour prendre moi-même la plupart des tangentes intéressantes, ce qui du coup en laisse peu à trouver par lui-même pour le lecteur. Comme je l'avais expliqué dans Lancement de photoblog, je suppose que mon lectorat ne vient pas ici pour trouver matière à réfléchir (mais peut-être ai-je tort ?). Je ne suivrais pas un weblog comme celui-ci sans un lien émotionnel préexistant avec son auteur, et c'est pour un public comme ça que j'ai un flux ATOM les pages hors-weblog de mon site.

Une fois posé ce tas de platitudes plus ou moins évidentes, pourquoi réfléchir à tout ça ?

Parce que j'ai (re)découvert avec Crossover que j'aime bien les trucs qui me font réfléchir, et avec Benjamin Bayart que même sans réfléchir par moi-même sur des tangentes, j'aime bien le prêt-à-penser qui m'ouvre des horizons. Et même si j'ai conscience de la précarité de mes séries de livres émotionnellement satisfaisantes, je voudrais arbitrer mon temps de loisirs vers plus de réflexions intéressantes. Et je cale sur comment en trouver plus.

Alors, qu'en pensez-vous ?

Aller trouver quelque chose à choquer pour faire jaillir de la lumière ?

Avez des histoires qui vous font réfléchir ? Les cherchez-vous ? Ou préférez-vous réfléchir à partir de non-histoires ? Ou bien êtes vous plutôt emmenés par des réflexions déjà fléchées ? Et tout ça plutôt à l'écrit ou en audio non-interactif ?

Et avez-vous des mentions particulières sur vos attentes dans le présent espace par rapport à cette question ? Voudriez-vous plus de place pour réfléchir par vous-mêmes, comme sur le photoblog ? Ou au contraire, voudriez-vous encore plus de pré-réfléchi tout cuit ? Ou est-ce que je vous fait ch*er à vouloir réfléchir ? Préférez-vous les billets plus triviaux ?

Publié le 29 septembre 2017

Tags : Appel au public Autoexploration Réflexion

Goutène Tags

Ça fait depuis un moment que je ne suis plus tellement satisfaite des tags que j'ai choisis pour annoter les billets du présent weblog, pour diverses raisons.

La difficulté vient du poids de l'historique : en huit ans et demi, j'ai accumulé cent soixante-huit billets, ce qui fait un corpus assez pénible à reprendre, d'autant plus que certains billets viennent avec un bagage émotionnel qu'il n'est pas forcément très sain d'ouvrir (quoique ce n'est peut-être pas tellement plus sain de le laisser pourrir à l'intérieur).

J'ai finalement pris le problème à bras-le-corps, et me voilà enfin au bout de se travail archéologique, que je peux donc enfin publier. Si vous découvrez une des inévitables coquilles qui ont échappé à mon attention, je vous remercie par avance de me la signaler.

Le changement le plus significatif est la disparition du tag Tarée, qui n'est pas très positif et dont l'intérêt description est extrêmement limité. De toute façon, les tares c'est un truc pour les balances, et moi je suis scorpion.

Je me suis également débarrassée du tag Noir, qui n'a pas été utilisé depuis plus de huit ans, et que j'espère ne pas être amenée à reprendre dans les prochains temps. Et puis le tag Humeur en est une généralisation plus pertinente.

Vous pourriez arguer que ce changement de n'intéresse personne, que mes tags ne servent à rien, et que ce billet n'est qu'un assemblage de mots à la hâte pour publier quelque chose au mois d'août 2017 dans le seul but d'éviter un trou disgracieux dans les archives, trou lui même uniquement dû aux limites techniques du moteur de weblog qui est incapable de concevoir l'existence de catégories vides. Mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler à quel point vous seriez ou non proche de la vérité.

Publié le 31 août 2017

Tags : Site

Perte de mémoire

Les faits

Quand j'étais petite, j'aimais beaucoup les puzzles. Je les aime encore maintenant, mais plus autant.

Dans les années quatre-vingt-dix, par je ne sais plus quel concours de circonstances (un cadeau ?), j'ai été en possession d'un Rubik's Cube classique (de taille 3). Je n'ai pas réussi à inventer de solution, et j'ai fini par en trouver une et l'apprendre.

Cette méthode, en résumé, consiste en quatre étapes :

  1. placer les arêtes,
  2. orienter les arêtes,
  3. placer les coins,
  4. orienter les coins.

Pour chaque étape, il y a un algorithme, c'est-à-dire une suite de mouvements du cube à apprendre par cœur, qui permet de progresser dans l'étape en cours sans détruire les précédentes. Par exemple pour l'étape 2, l'algorithme inverse l'orientation de deux arêtes, sans changer la position d'aucune arête ni l'orientation des dix autres arêtes, mais change complètement les coins.

Depuis cette époque, je me suis irrégulièrement retrouvée face à des cubes mélangés, et j'ai essayé de mettre en œuvre cette méthode. J'ai rapidement perdu un accès cognitif à ces algorithmes, mais « mes mains s'en souvenaient », dans le sens où un automatisme moteur était capable de ressortir cet algorithme.

Jusqu'à avant-hier.

J'ai fait comme d'habitude mon bonhomme de chemin dans ce cube (c'est une méthode assez peu efficace, il me faut bien cinq minutes pour arriver au bout). Je n'ai eu aucun problème pour faire les trois premières étapes, et puis j'ai commencé la dernière. J'ai réussi à sortir une fois l'algorithme habituel. Et puis quelque chose s'est cassé, avant ou pendant la deuxième exécution, et depuis je n'ai jamais pu le refaire.

Conséquences

J'ai toujours dit et pensé que ça ne m'intéresse pas de connaitre une solution au Rubik's cube. Je n'en tire aucun plaisir personnel, et je n'aime pas spécialement le positionnement social que ça donne. S'il faut passer du temps à apprendre un tour de foire à montrer en société, je préfère largement les figures au balisong.

Et pourtant, j'ai cherché à retrouver cet algorithme pendant un temps que je trouve démesuré, et que je trouvais déjà démesuré pendant que j'étais dessus, mais je n'arrivais pas à lâcher la question.

Le problème est d'une part que ma mémoire de cet algorithme est purement motrice, pas cognitif, et d'autre part d'internet ne semble avoir aucune trace de cette méthode (ce qui est compréhensible, vu qu'il existe des méthodes plus simples pour ceux qui ne veulent pas mémoriser, et des méthodes beaucoup plus rapides pour ceux qui sont prêts à faire l'effort de mémorisation).

Je sais que le support sur lequel j'ai appris est inaccessible, au fil des réorganisations des relations humaines avec la personne qui m'a montré cette photocopie de page manuscrite. Et malgré ma tendance à trop tout garder, je ne suis pas sûre qu'il existe un exemplaire écrit de cet algorithme parmi mes affaires, alors que je suis sûre qu'il faudrait un temps titanesque pour le chercher.

Il est très probable que ma mémoire motrice soit encore là, et qu'il suffirait des quelques premiers mouvements pour me remettre sur les rails. J'espérais qu'internet puisse me le fournir, mais manifestement l'Histoire a été complètement purgée de toute trace de cet algorithme.

Si un de mes gentils lecteurs a des références, ça m'aiderait beaucoup. À votre bon cœur…

En supposant que cette méthode soit vraiment perdue, je ne sais pas trop quoi faire. Intellectuellement, ça ne m'intéresse toujours pas d'apprendre une (nouvelle) méthode de résolution. Émotionnellement, cette perte me fait quand même quelque chose. Il va bien falloir qu'un de ces deux aspects cède.

Ou alors je laisse reposer ça quelque mois, et j'essaye si je retrouve accès à cette mémoire motrice.

Il y a quand même un aspect positif à cette histoire, qui est qu'en passant j'ai découvert le principe des commutateurs et une esquisse de comment s'en servir pour fabriquer des générateurs, et ça ça m'intéresse beaucoup. Un de ces jours je vais peut-être ressortir mon Professor's Cube.

Annexe : ce qu'il reste de ma méthode

Si ça intéresse quelqu'un, voici les algorithmes impliqués dans la méthode que j'ai apprise.

  1. algorithme 1H F H' F' G' F G

  2. algorithme 2D B' D' B F B F' B'

  3. algorithme 3G B' D' B G' B' D B

  4. algorithme 4 ???

Comme je l'ai dit, je n'ai pas le dernier algorithme, mais je suis certaine qu'à un moment assez tôt il y a B G H et ça se termine par G' F H B' mais à part ça…

Publié le 16 juillet 2017

Tags : Évènement

Avancées techniques

Alors que le temps des sites personnels semble largement révolu, et que les quantités de visites et d'engagement sont toujours plus abyssales, le temps est venu de déployer quelques technologies marquantes du (début du) XXIème siècle : les connexions chiffrées, et l'enregistrement dans un cookie des informations du formulaire de commentaire.

Pour les connexions chiffrées, ce n'est pas vraiment une surprise, j'ai évoqué dans le billet précédent les différentes expérimentations. Ça devrait être maintenant au point, donc j'annonce officiellement l'ouverture du HTTPS, et si vous voyez le moindre problème avec ça n'hésitez pas à me contacter par quelque moyen que ce soit.

J'annonce aussi l'ouverture du préremplissage du formulaire de commentaire au moyen d'information enregistrée dans un cookie.

Comme c'est un système complètement opt-in, c'est-à-dire qu'il faut cocher une casé décochée par défaut pour qu'il se passe quoi que ce soit, j'espère avoir le droit de me passer des idioties pratiquées par les autres sites.

Et par souci de transparence, j'ai fait une page qui décrit tout ce qui est stocké dans ce cookie et comment, en espérant que ce soit compréhensible.

J'ai longuement hésité entre faire ça avec un cookie, et faire ça avec le Local Storage attribué au JavaScript.

D'un côté, un cookie est envoyé au serveur à chaque requête, ce qui consomme une certaine quantité de bande passante, qui n'est pas une ressource numérique anodine. D'un autre côté, le Local Storage impose de faire tourner mon javascript dans votre navigateur, ce qui est loin d'être anodin non plus en termes de pouvoir. D'un troisième côté, vous n'avez que ma parole que le cookie n'est pas utilisé à des fins peu avouables, alors que si le JavaScript donne plus de pouvoir, il vous permet de vérifier ce qui en est fait.

J'ai finalement tranché en faveur de la solution par cookie, en pensant à l'expérience utilisateur (ou du moins ce que j'en connais) : pour ceux qui acceptent tout ça ne change pas grand chose, et j'imagine que plus de gens bloquent brutalement le JavaScript que les cookies, et un éventuel prompt de blocage taquinerait l'utilisateur à chaque chargement de page pour le javascript, alors que ce n'est qu'à chaque commentaire posté après voir coché la case pour le cookie.

Et peut-être aussi un peu parce que le cookie fait plus rétro que le JavaScript, mais je ne suis pas encore prête à avouer ce critère.

Merci donc à tout ce qui me reste de lecteurs fidèles, et bienvenue dans le XXIème siècle 😉

Publié le 4 juillet 2017

Tags : Site

Sécurisation du site

Il y a un complot intergouvernemental destiné à surveiller les échanges électroniques au sein des populations.

Pour lutter contre cette surveillance généralisée, la cryptographie grand public se développe. De plus en plus de sites proposent un accès chiffré à leur contenu, la certification des connections a été simplifiée, etc.

On ne va pas se voiler la face, le contenu du présent site n'est pas vraiment subversif. Je pense que la seule raison sérieuse d'utiliser du HTTPS au lieu du HTTP pour lire mes écrits est d'augmenter la quantité de trafic chiffré anodin pour rendre plus difficile la reconnaissance automatique de trafic chiffré non-anodin.

C'est une raison à laquelle j'adhère complètement, et ça depuis un nombre inavouable de mois que ma flemme était le seul obstacle au déploiement du HTTPS sur mon site.

Maintenant que cet obstacle est surmonté, et qu'on peut tomber sur du contenu à peu près bon en mettant « https » devant instinctive.eu, il y a nouvel écueil à surmonter : adapter le contenu.

Si pour une raison obscure vous avez jeté un œil au source des pages par ici, vous aurez peut-être remarqué que presque tous les liens internes sont écrits comme des liens absolus, avec un http sans S devant. Donc en chargeant une page sécurisée, chaque clic ramène sur une page non-sécurisée.

Je suis à peu près certaine qu'il y avait une bonne raison à l'époque où j'ai lancé ce site, mais sept ans plus tard ça m'échappe complètement.

Je me souviens par contre que la raison pour laquelle je ne mets que des liens internes absolus dans le corps de mes billets est que le texte formaté est repris tel quel comme entrées dans les différents flux ATOM.

Je croyais jusqu'à récemment que c'était une limitation du format ATOM, qu'il fallait absolument rendre absolus tous les liens dans le contenu. Et puis j'ai découvert l'attribut xml:base qui permet d'expliciter la base des liens relatifs. J'ai découvert en même temps qu'un certain nombre de clients ne font ce qu'il faut avec cette attribut.

Je vous demande, cher lectorat utilisateur de flux ATOM, si ça ne vous dérange pas trop, d'essayer le flux de test à l'adresse https://instinctive.eu/test.atom et/ou celui à la même adresse en http sans s. Update : merci pour les tests, ce flux est à présent supprimé, faute d'utilité.

Si personne ne me remonte de problème, je finirai par mettre sous cette forme les vrais flux ATOM. Si ça ne marche pas, je chercherai une autre solution.

Merci d'avance pour votre coopération.

Publié le 5 juin 2017

Tags : Site

Lire plus ou moins ?

Dans le présent billet, je vais réfléchir à ma relation avec la lecture, et les impulsions contradictoires qui me poussent à réduire ou augmenter le temps de loisir que j'y consacre. C'est un peu une édition 2017 de mon billet La lecture et moi d'il y a cinq ans, dont je ne vais pas supposer la connaissance, quitte à faire des redites.

Qu'est-ce que lire ?

Je vais faire appel à différentes acceptions des mots « lire » et « lecture », et projeter les nuances de sens dans des conséquences concrètes très diverses. J'imagine tout à fait quelqu'un avec plus de finesse littéraire que moi réussir à faire passer le même message sans s'encombrer de qualificatifs.

J'ai plutôt une formation scientifique, donc je vais commencer par poser des définitions, de sorte que dans la suite chaque groupe nominal ait un sens précis et univoque.

Je vais utiliser indifféremment « lire » et « lecture » suivant la construction de chaque phrase, et tous les qualificatifs que je décris ici ont le même sens qu'ils soient appliqués à l'un ou à l'autre. Dans tout le reste de ce texte, je les utiliserai sans qualificatif que lorsque je n'évoque pas de sens précis, typiquement lorsque je rapporte des mots qui ne sont pas les miens.

Quand il n'y a pas de contexte particulier, j'ai tendance à interpréter « lire » dans le sens que j'appellerai « lire en général », qui consiste en la transmission d'informations depuis un support écrit vers un humain.

C'est un sens très général, mais il est plus restrictif que ce que j'appelle « lire sans comprendre », qui ne va pas plus loin que décoder des symboles écrits, et que certains appellent « déchiffrer ». C'est ce sens très général qu'on utilise quand on dit qu'au CP on apprend « à lire et à écrire ».

Cela étant, c'était surtout pour illustrer les nuances de ces mots, dans ce billet il sera plutôt question de lire en général, par rapport à lire des livres, ou lire des romans, ou lire des essais, ou d'autres choses.

Tant qu'on est dans le vocabulaire, même si c'est tangentiel, j'ai discuté avec quelqu'un qui ne lisait que « des livres qui ne racontent pas une histoire ». J'ai cherché en vain une formulation plus courte de cette catégorie de livre.

Il y a bien l'anglais nonfiction, qui exclut les romans, et qu'on pourrait franciser à la hache en non-fiction, mais ce n'est pas exactement la même catégorie. Je n'ai pas un très bon préjugé envers les histoires qui prétendent être non-fictives, principalement que je traite de la même façon les fictions et les histoires non-fictives, leur impact sur ma vie est la même, je n'ai pas l'élan que tant de gens ont quand une histoire se prétend vraie. Et j'ai l'intuition que cet élan est malsain.

Lire, c'est Bien

À un moment dans mon éducation, il m'a été inculqué que « Lire, c'est Bien. » Pas sous cette formulation, évidemment. Et en fait je ne saurais même pas dire sous quelle forme ni à quel moment. Juste que maintenant, la lecture est à mes yeux un loisir plus noble que tous les autres ; et un humain en train de lire un livre a d'emblée une image plus respectable qu'un humain quelconque. Ce serait intéressant de savoir la répartition géographique et parmi les classes sociales de ce trait culturel.

Si les questions qui aliment le présent billet secouent un peu ces préjugés, ils sont quand même solidement ancrés. Et d'autant plus qu'ils sont régulièrement renforcés par diverses interactions sociales, la plus flagrante étant le flux twitter d'Ollivier Robert.

Évidemment dans tout ça, l'acception exacte du mot « lire » n'est pas précisée. Est-elle même la même pour le monde ?

J'imagine mal qui que ce soit argumenter en faveur de la lecture même sans comprendre. J'ai même l'impression diffuse que « Lire sans comprendre, c'est Mal. » même si là encore je ne sais pas d'où ça vient ni à quel point c'est solide.

Mais est-ce vraiment lire en général qui est valorisé ? Ou est-ce seulement lire des livres ? Voire seulement des livres qui ne racontent pas une histoire ?

J'ai beau retourner la question dans tous les sens, je n'arrive pas à voir de différence profonde entre lire un roman et les autres formes de divertissement, comme regarder une série télévisée ou une pièce de théâtre. Le support écrit a-t-il une particularité que je n'arrive pas à saisir ?

Ou bien la lecture de roman serait-elle un divertissement de bas étage, au même niveau que les autres formes de divertissement ? Et « Lire, c'est Bien » ne s'appliquerait qu'à un lecture « noble », de non-fiction, voire de livres qui ne racontent pas une histoire ?

Mais au fait, en quoi c'est Bien ?

Les pistes que j'ai trouvées qui pourraient justifier qu'une acception ou une autre de lecture soit si désirable, tournent toutes autour d'une forme ou d'une autre de développement intellectuel. Je trouve que c'est le mieux condensé dans cette citation d'Alain :

Il est difficile de juger de l'intelligence de quelqu'un qui a beaucoup lu, car la mémoire imite à merveille l'intelligence.

Si la mémoire de ce qu'on a lu peut imiter l'intelligence, c'est qu'on a lu quelque chose d'intelligent. Donc plutôt un développement d'idée qu'une histoire. Donc plutôt un sens restrictif, à la lecture « noble ».

Ou au contraire, considérer qu'en réalité, ce qui forme l'esprit, c'est la communication asynchrone. Le choc des idées dans un cadre qui laisse le temps d'explorer les retombées par soi-même. Donc la lecture en général, parce que la mémoire orale n'est plus assez développée pour fonctionner de manière asynchrone.

Parce que finalement, même en laissant guider par une histoire on peut rencontrer des idées intéressantes. On peut apprendre la géographie de la Suède dans une histoire. On peut s'interroger sur ce qu'est être humain et d'où viennent les droits.

La drogue, c'est Mal

À un moment dans mon éducation, il m'a été inculqué que « la drogue, c'est Mal. » Pas sous cette formulation, évidemment, etc. Bref, comme avant.

Sauf qu'au fil du temps j'avais l'impression de m'être débarrassée de cette idée. Cela étant, je déteste toujours énormément l'idée de la dépendance chimique (et même de la dépendance en général), ce qui revient presque au même (mais j'essayerais bien le LSD du coup, si je trouvais un fournisseur et un environnement d'utilisation dans lesquels j'ai confiance).

Du coup, n'ayant pas l'expérience de la drogue, je ne sais pas identifier le manque et la dépendance qu'elle peut procurer. Et je sais que la dépendance psychologique existe, mais sans élément de comparaison, comment la reconnaître ? Ne pas pouvoir se retenir de prendre une fraise tagada de plus, jusqu'à s'en rendre malade, est-ce que ça compte ?

J'ai décrit plusieurs fois que la seule façon que je connaisse pour apprécier une histoire, c'est de me projeter dedans, généralement au travers d'un personnage pour lequel j'ai une affinité particulière. Et le plaisir que je trouve dans le loisir de la lecture de roman est fortement corrélé à la profondeur de ma projection dans son histoire.

Mon critère objectif pour donner cinq étoiles sur cinq à un roman dans goodreads, c'est que je m'y projette tellement profondément que le retour à la réalité est très difficile : je rate l'arrêt de transport en commun, j'avance en mode « pilote automatique » qui ressemble suspicieusement à de la déréalisation le temps de revenir à la réalité, etc.

Ça m'arrive dans toutes les séries de romans que j'aime beaucoup, quelques fois par tome, du coup j'ai donné la note maximale à beaucoup de romans de ma liste de lecture.

Et puis j'ai récemment commencé Crossover, le premier tome de la série Cassandra Kresnov, et j'ai besoin de trouver une note encore encore au dessus.

J'en suis un peu après le premier tiers, et depuis le début de l'élément perturbateur du récit, pas une seule fois je n'ai pu fermer le livre sans être submergée par une envie colossale de le rouvrir, de préférence roulée en boule dans coin avec un chocolat chaud.

Pas une seule fois je n'ai repensé à un moment de l'histoire sans à nouveau être submergée par ce même besoin. Je voulais essayer de me faire une fiche pour replacer les différentes factions et personnes (dès le début on est catapulté dans un conflit à trois camps), je n'ai pas trouvé de wiki où c'est déjà fait, et je n'ai juste pas pu le faire moi-même, à chaque fois je reprenais la lecture sans rechercher la question. Même l'écriture de la présente section s'est révélée encore plus difficile que trier une collection de prono en gardant les deux mains au dessus du bureau. Enfin, j'imagine. Je n'ai jamais essayé de faire ça, hein. Je suis pure et innocente et tout.

Bon, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, il y a quelques autres livres qui me font ça. Il me semble que Halfway to the Grave est un exemple, mais je ne suis plus sûre, ça fait longtemps.

Et malgré tout le plaisir que je trouve dans ce loisir, je ne peux m'empêcher de trouver très très malsain l'état dans lequel il me laisse.

Et même si ce n'est pas le cas présentement, je sais que j'ai déjà fui des problèmes de la vraie vie dans un livre, comme d'aucuns le feraient dans une bouteille. Sans les dégâts physiologiques, certes, mais l'esprit n'est-il pas au moins aussi important à entretenir que le corps ?

J'en suis arrivée à un point tellement pathétique que j'essaye même de déculpabiliser en prétendant que ça fait s'interroger sur ce qu'est être humain et d'où viennent les droits.

Y a de quoi remettre en question tous mes arguments pour la lecture de romans, avec un conflit d'intérêts aussi évident.

Ne devrais-je pas me désintoxiquer ?

Ne serait-il pas préférable pour moi de me convaincre que ce soit le cas, indépendamment de la vérité, pour remplacer mon temps de lecture de romans par de la lecture de livres qui ne racontent pas une histoire et qui sont plus édifiants pour ma personne ?

Ou le mal que j'ai à expliquer pourquoi ça me dérange n'est-il pas une indication qu'il n'y a pas de raison valable d'être dérangée ?

Envoi

Je me sens tiraillée entre l'impression que lire en général est une bonne chose que je devrais cultiver, et que lire des romans est une mauvaise chose qui me met dans des états honteux.

Je n'ai donc aucune incitation de réduire ma lecture en général. J'y consacre déjà une proportion écrasante de mon temps éveillée, et je n'ai pas l'intention de changer ça.

Je m'interroge sérieusement sur la lecture de romans, que j'apprécie énormément, peut-être trop, mais il y a quelque chose que j'ai manifestement du mal à articuler qui me gêne beaucoup dans l'effet que ça a sur moi. Et je comprends trop mal cet effet pour imaginer le guérir, au lieu de simplement le contourner en évitant sa cause.

Le titre de ce billet utilise donc « lire » dans le sens « lire des romans ». Me laisser aller au plaisir immédiat, embrasser l'hédonisme, et tant pis pour la loque humaine dans laquelle ça me transforme parfois ? Ou opter pour l'ascèse et se renforcer l'esprit ?

Qu'en pensez-vous ?

Suis-je la seule à avoir des réactions aussi violentes à une simple histoire ? Avez-vous aussi des écrits qui vous mettent dans ce genre d'état ? Comment les gérez-vous ?

Et qu'est-ce que la lecture en général du présent billet suscite chez vous, par rapport à la lecture de romans ou à la lecture de livres qui ne racontent pas une histoire ?

Publié le 19 mai 2017

Tags : Autoexploration Réflexion

Lancement de photoblog

Un Nouveau Jouet

Aux dernières nouvelles, j'étais à la recherche d'un nouvel appareil photo, dans le but de l'avoir toujours sur moi pour pouvoir prendre des photos impromptues et ainsi développer la photographe est qui est moi.

J'ai finalement opté pour pour le Fujifilm X70, parce qu'aucune discussion n'a fait ressortir de modèle capable d'annuler la finale entre ce Fujifilm et le Canon Powershot G7X II, et la finale s'est jouée sur le fait que saurai clairement à chaque fois que la versatilité du Canon me manquera, alors qu'en prenant le Canon je ne pourrai jamais être sûre que la qualité d'image du Fujifilm aurait fait la différence.

Photographier Plus

Mais être en possession de l'appareil ne suffit pas à s'en servir. Dans mon quotidien sans appareil photo, si je me contente d'ajouter un appareil photo au fond du sac, le quotidien va l'emporter et rien ne va changer, l'appareil restera au fond du sac et l'opération sera un échec.

Pour m'aider à bousculer mon quotidien, j'ai donc décidé de donner une face visible à cette activité, et faire une espèce de calendrier de Seinfeld public, comme pour mes commits sur GitHub. Je ne suis pas certaine que ça va marcher, parce que trouver une photo intéressante c'est plus aléatoire que construire un commit utile, mais ça se tente. Pour l'instant je ne me mets pas encore d'objectif de fréquence.

J'ai donc repris l'idée du photoblog de Xavier, qui pousse le minimalisme jusqu'à ne publier que la photo et un titre, sans autre forme d'explication, en laissant le lecteur remplir les trous.

Concision ou Explications ?

Il ne vous aura probablement pas échappé que la concision n'est pas vraiment une caractéristique de mes publications. Au contraire, je ressens plutôt le besoin d'expliquer les tenants et les aboutissants, en prenant par la main le lecteur dans ce cheminement mental.

Non pas que je prenne mes lecteurs pour des idiots – loin de moi cette idée – mais je les prends pour des gens qui ont une approche superficielle, parce qu'ils sont là pour leur plaisir, et je cherche donc à diminuer autant que possible leur effort pour recevoir mon message.

Si mes billets de weblog étaient lus avec la même profondeur et la même intensité qu'un étudiant en lettres qui étudie un texte de Nietzsche, mes textes seraient beaucoup plus courts.

D'ailleurs pour être honnête, mes histoires sont construites avec différents niveaux de lecture, comme une récompense pour ceux qui se donneraient le mal de faire une étude de texte au lieu d'une simple lecture. Et de ce que j'ai vu en cours de français, il y a probablement des niveaux de lecture encore plus profonds que je n'ai pas mis consciemment, et je prends le risque de les laisser accessibles à qui se donnera la peine de les atteindre.

Dans mon photoblog tout neuf, je vais faire de gros efforts pour laisser la magie de l'implicite, comme dans celui de Xavier, au lieu de tout décrire.

Par exemple si j'étais livrée à moi-même, en dessous de la première photo, Autoportrait, j'aurais expliqué que c'est un autoportrait parce que c'est une photo de mon appareil tout neuf prise avec lui-même, et j'aurais parlé du système de miroirs, et fourni la photo complète sur laquelle on voit tout le dispositif.

Bon, je n'ai quand même pas pu résister à l'ajout de méta-données comme il semble être coutume sur les photoblogs ou sur twitter, donc j'ai quand même mis la distance focale, le temps de pose, l'ouverture, la sensibilité, la simulation de film, etc.

Que voulez-vous ?

Qu'on soit bien clairs, cet espace de publication est le mien, et j'y fais ce que je veux ; mais comme le but de cet espace est de communiquer, ça m'intéresse quand même de savoir quelles sont vos préférences pour optimiser la communication.

Je vous remercie donc par avance de répondre aux questions suivantes dans les commentaires du présent billet, à moins que la nouvelle section photoblog ne vous intéresse pas du tout :

  1. Préférez-vous le minimalisme actuel ou les explications plus détaillées ?
  2. Y a-t-il des méta-données sur la photo que vous voudriez avoir ?
  3. Y a-t-il des méta-données publiées qui ne vous intéressent pas ?
  4. La taille de l'image (800x600) vous convient-elle, ou préférerez-vous plus grand ou plus petit ?
  5. Voudriez-vous avoir un lien vers la image de taille originale ?
  6. Aimez-vous l'adaptation du design du site au photoblog ? Ou préférez-vous quelque chose comme dans mes dessins ?
  7. Ou au contraire, pensez-vous qu'il faudrait aligner le design des dessins sur celui du photoblog ?
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  9. Avez-vous d'autres critiques constructives sur ce photoblog ? (Ou sur n'importe quelle autre partie du site)
  10. Préféreriez-vous un formulaire HTML pour répondre à ce questionnaire ?

Publié le 30 avril 2017

Tags : Création Site

À la recherche de mon prochain jouet

TL;DR

En complément de mon reflex numérique, je cherche un appareil photo compact que je pourrais emporter tous les jours avec moi et découvrir de nouvelles occasions de photographie.

Après moult recherches, j'aime bien le Canon PowerShot G7X mark II et le Fujifilm X70 et je n'arrive pas à me décider entre les deux.

Ils sont trop différents pour être vraiment comparables. Le Fuji l'emporte sur la qualité d'image, mais je ne sais pas dans quelle mesure. Le Canon l'emporte largement sur la versatilité, mais je ne sais pas dans quelle mesure j'en aurai l'usage.

Comment se décider dans un sens ou dans l'autre ? Ou y a-t-il un autre appareil photo sur le marché, qui m'aurait échappé et qui serait encore mieux que les deux ? Ou vaut-il mieux attendre de voir si un DL24-85 ou un GR III ne vont pas encore changer la donne ?

Introduction

Je suis en train de réfléchir à l'achat d'un nouvel appareil photo, et j'aimerais bien l'avis du public. D'un autre côté, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de weblogger aussi sur mon cheminement dans ce genre de situations.

Donc je vais commencer par une partie sur moi, que les amateurs de photo peuvent sauter si ça ne les intéresse pas, puis une partie sur où j'en suis dans mes recherches, dont les gens qui se foutent de la photo peuvent se passer, et qui est résumé dans la version courte ci-dessus pour les gens qui n'ont pas besoin de détails. Je suis prête à traduire la deuxième partie et/ou le TL;DR en anglais si vous pensez à quelqu'un qui pourrait contribuer utilement sans comprendre le français.

Note importante : j'ai eu le malheur d'intégrer dans mon vocabulaire le mot « jouet » dans un sens d'un objet concret d'indéfini, comme beaucoup de gens diraient « truc » ou « machin ». C'est dans ce sens que j'emploie ce mot aussi bien dans le titre du présent billet que dans mon tag Jouets que dans la vie de tous les jours, ce qui m'a déjà valu quelques ennuis diplomatiques (« Ce n'est pas pour jouer, c'est une centrifugeuse à 40 000 euros ! »). Merci de votre compréhension.

Comment je cherche mes jouets

J'ai du mal avec la pub', et il m'a fallu longtemps pour comprendre qu'en fait elle s'appuie sur des ressorts qui me sont complètement étrangers.

J'aime bien le mot « réclam' », pour son côté suranné (comme « weblog ») et parce que c'est l'aspect de la pub' que je comprends et auquel j'adhère, malgré sa rareté de nos jours.

Globalement, quand on me présente un produit, je cherche dans ma vie à moi des situations dans lesquelles j'aurais préféré avoir ce produit, au lieu de bêtement gober le message publicitaire. Et dans l'immense majorité des cas, je conclus avec un « bof » ou à la limite un « mouaif » qui ne justifie pas l'effort d'acquérir le produit en question.

La plupart de mes acquisitions sont en fait le résultat de la démarche inverse : au hasard de scruter des aspects de ma vie, je conçois une Idée d'objet qui aurait amélioré mon sort dans ce type de situations, et ensuite j'étudie le Marché à la recherche de jouets qui correspondent raisonnablement à cette Idée.

Parfois, je ne trouve pas, et je prends sur moi de le faire exister.

La plupart du temps, je trouve toute une gamme de produits qui correspondent, alors je lis des guides d'achats, des comparatifs et des critiques. Après avoir absorbé tout un tas d'informations et laissé reposer, il y a un modèle qui ressort, et je l'acquiers.

Je n'ai pas souvent conscience de tous les critères qui font ressortir un modèle plutôt qu'un autre. C'est un processus largement instinctif (et oui, on n'est pas sur rationnelle.eu), et les critères dont j'ai conscience sont souvent le résultat d'une rétro-ingénierie de mes réactions de plus bas niveau.

Et parfois, il y a plusieurs modèles qui ressortent, et ce processus n'arrive pas du tout à trancher, même après avoir bien laissé reposer, même après avoir l'impression d'avoir épuisé google. Et là, c'est le drame. Enfin, le billet de weblog.

Bon OK, pas toujours, de temps en temps j'arrive à trouver quelques critères rationnels qui guident mon choix. Mais la plupart du temps, les critères rationnels sont soit déjà intégrés dans le processus instinctif, soit m'indiffèrent au plus haut point.

À la recherche d'un nouvel appareil photo

Donc voilà, depuis quelques temps, j'ai envie d'acheter un appareil photo numérique.

Je reste très très très contente de mon Nikon D7000, et je n'ai pas (encore) l'intention de le remplacer. Mais c'est un reflex assez gros, que je ne prends avec moi que si je sais que je vais m'en servir. Pour les sorties photo et les gros évènements familiaux, quoi.

J'ai aussi un téléphone portable, dont je suis aussi très contente, mais qui n'est pas terrible dans le rôle d'appareil photo, parce que son capteur est plutôt mauvais et son interface me rebute au plus haut point. Je déteste les écrans tactiles, j'aime les contrôles physiques, et j'aime avoir plus de contrôle sur les paramètres de photographie que ce qui est typiquement offert sur un smartphone (j'imagine qu'il existe des app qui règlent ce dernier point, mais les autres sont déjà rédhibitoires).

Donc je cherche un appareil photo compact, de poche, que j'aurais la plupart du temps avec moi, pour pouvoir faire des photos même si je n'avais pas prévu d'en faire.

Et on peut déjà voir venir dans le paragraphe précédente la source de toutes mes difficultés : je veux mettre plus de photographie dans ma vie, mais je ne sais pas du tout encore à quoi elle va ressembler, vu que pour l'instant je ne prends pas de photo dans ces situations.

Alors je peux déjà faire le compte des situations dans lesquelles j'ai activement regretté de ne pas avoir tout le temps un appareil photo sur moi : les vacances « tranquille », et quelques scènes dans la rue ou entre collègues.

Or il y a dans ma liste d'idées cadeaux un objectif 18-200 mm depuis un bout de temps déjà, et il s'y trouve largement parce qu'on m'a convaincue qu'on pouvait se permettre de ne prendre que celui-là en vacances. J'ai accumulé dans un coin un budget pour me l'offrir moi-même, mais à bien y réfléchir je crois que je tirerais plus d'un « compact expert » à ce prix que de cet objectif (et honnêtement la plage 100-200 mm ne m'a pas encore vraiment manqué).

Et ça tombe plutôt bien, parce que j'ai l'impression que les gammes nettement moins chères taquinent la limite de qualité et d'intérêt avec les téléphones portables haut de gamme, et j'ai l'arrogance de croire que je peux sentir la différence.

Je vais donc naturellement voir l'article DPReview qui va bien puis les critiques détaillées de chaque modèle présenté, puis pourquoi Nikon n'est pas dans la liste, etc.

J'ai hésité un certain temps entre le Canon PowerShot G7X mark II et le Panasonic Lumix DMC-LX15, pour finalement préférer le Canon pour des motifs pas très clairs. Je suis plusieurs fois revenue sur ce duel, et c'est à chaque fois le Canon qui a gagné.

Ça aurait pu s'arrêter là si je n'avais pas vu passer les étrangetés que sont le Ricoh GR II et le Fujifilm X70. Si je comprends bien l'idée, il s'agit de prendre un capteur de reflex et une optique du même niveau de qualité, en laissant tomber tout le reste : pas de zoom, pas de stabilisation d'image, pas de vidéo correcte, pas de filtre ND, peu de buffer pour les rafales, moins de pixels, etc.

Là encore, j'ai tranché relativement rapidement, en faveur du Fuji, surtout pour l'écran inclinable dans les deux sens et l'interface physique.

Par contre, là où je ne m'en sors pas du tout, c'est pour me décider entre le Canon et le Fuji. Entre un appareil équilibré et une qualité d'images fixes qui pourrait rivaliser avec mon reflex.

On me dira que de toute façon ça dépend de ce qu'on veut en faire, du rapport entre les photos à assez grand angle et tout le reste.

Mais comme là le but c'est développer la photographe qui est en moi, je ne sais pas du tout si je vais me retrouver à faire de la photographie de rue à fond ou si je vais partir dans le vlogging.

Il y a plein d'inconnues aussi bien dans mon futur que dans certaines caractéristiques fines de ces modèles :

Alors, que choisir ? Quels critères retenir ?

Auriez‐vous un autre point de vue pour me sortir de cette impasse ?

Ou de l'expérience photographique pour me dire de quoi je fais une montagne sans raison et qu'est‐ce qui est vraiment pertinent ?

Publié le 5 mars 2017

Tags : Appel au public Autoexploration Jouets

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