La spirale de Tetris

Il y a longtemps, le webcomic xkcd a introduit le concept de nerd sniping, qui consiste à poser à un nerd un problème tellement intéressant qu'il en oublie le monde extérieur.

Je ne sais pas trop à quel point je suis nerd, mais je suis habituellement assez peu sensible au nerd sniping, parce que j'arrive facilement à ranger des contextes mentaux pour y revenir plus tard, donc face à un problème intéressant je me retrouve généralement à l'entreposer dans un coin de ma tête en attendant d'avoir l'occasion d'y réfléchir.

Pourtant cette année je me suis retrouvée fascinée, à la limite de l'obsession, par un problème. Une fois, ça pourrait être l'exception qui confirme la règle, mais une deuxième fois, ça mérite un billet de weblog.

Et les deux fois, il s'agit d'une contrainte particulière de Tetris.

Contexte historique

Depuis très longtemps je considère Tetris comme un jeu amusant mais sans plus. J'aime beaucoup le côté « puzzle », et la réflexion pour bien placer les pièces ; mais la difficulté augmente en réduisant le temps de réflexion, et quand ça devient un jeu de réflexes ce n'est plus du tout à mon goût.

Il y a quelques années, mon homme s'est mis à Tetris 99 sur sa Switch, et ça ne m'a pas du tout donné envie. Le concept de Tetris en bataille royale me fait le même effet que celui de confiture de merde : j'aime bien la confiture en général, mais là je préfère passer mon tour.

En revanche il a bien accroché à ce jeu, au point de regarder des vidéos YouTube dessus, et de fil en aiguille sur des vidéos sur Tetris en général.

Par ces vidéos, jouées dans l'open-space domestique, j'ai été exposée à l'actualité de Tetris et les différentes évolutions de ce jeu au fil des années, que je vous résumerai un peu plus bas.

C'est ainsi que j'ai découvert l'existence du championnat mondial de Tetris « classique », que j'ai vu Wumbo utiliser un eye tracker que j'ai fini par acheter pour l'utiliser dans mes vidéos, et que j'ai été très attristée par la mort de Jonas Neubauer.

C'est dans les vidéos de Wumbo sur Tetris Primetime que j'ai vu pour la première fois le ST-stacking, ou T-spin factory, que je vous expliquerai plus bas. Par exemple dans cette video-ci, si vous avez le temps d'y jeter un œil, vous verrez un schéma qui se répète dans les deux tiers à droite de l'écran, et la zone de gauche qui accumule les pièces qui ne rentrent pas dans le schéma. Parfois il sort du schéma pour continuer en free style, mais il peut se le permettre parce qu'il est très fort, juste suivre le schéma a l'air assez accessible.

Donc j'ai pris ça comme une contrainte amusante à Tetris, mais ça n'avait pas l'air spécialement difficile ni élaboré.

Et puis cet été j'ai essayé, pour une fois que j'avais accès à la Switch et qu'on était en vacances. J'ai vu que c'était beaucoup plus difficile que ça en a l'air, j'ai googlé des guides (il y en a même un qui a fini dans mes liens en vrac n°5), et je suis tombée dans le terrier de lapin.

Une fois les vacances finies, j'étais encore tellement accro' que j'ai ressorti ma DS lite, pour continuer d'y passer un temps fou (c'était tellement marquant que je l'ai même twitté).

Je ne veux pas savoir combien de temps j'y ai passé en tout, mais j'avais fini par trouver comment vivre avec ce jeu, en m'en servant de bouche-trou rapide (je ne suis pas encore assez douée pour faire des parties longues), par exemple pendant une compilation ou un calcul un peu long.

À force de jouer, j'ai progressé, et je me suis mise à jouer à des niveaux de plus en plus élevés, parce que c'est très frustrant de perdre non pas à cause d'une erreur stratégique, mais juste parce que le jeu est devenu inhabituellement rapide.

Et puis la semaine dernière, après un beau hi-score en partant du niveau 10, au lieu de simplement passer au niveau 11, je me suis dit que j'allais voir ce que donne le niveau 20 (maximal). J'y ai découvert un jeu complètement différent, et j'ai été à nouveau nerd snipée.

Le seul moyen que j'ai trouvé pour décrocher de la console, c'était de me plonger dans l'écriture du présent billet.

Les éléments du jeu

Je vais rappeler dans cette section les éléments qui composent Tetris ces jours-ci, vous pouvez la sauter si vous connaissez déjà tout, ou aller directement à la deuxième sous-partie si vous connaissez Tetris en général mais pas son évolution au cours du XXIᵉ siècle.

Le jeu de base

Les sept tetrominos

J'ai l'impression que le concept de Tetris est tellement évident que je ne suis pas sûre de bien l'expliquer, je vais quand même essayer de le faire ici.

Ce jeu vidéo se joue avec des pièces de base appelées « tétrominos », qui correspondent à toutes les façons d'agencer quatre carrés connexes par les arêtes, modulo les translations et les rotations du plan. On les appelle traditionnellement I, J, L, O, S, Z, et T, suivant la lettre que leur forme évoque dans un certain sens.

Il y a un espace de jeu rectangulaire, généralement de vingt carrés de haut et dix carrés de large, et des pièces aléatoirement en haut, une par une, et « tombent » progressivement vers le bas, jusqu'à être arrêtées par d'autres pièces ou le bord de l'espace de jeu. Pendant cette chute, le joueur peut tourner les pièces sur elles-mêmes ou les déplacer horizontalement.

Une fois que la pièce en train de tomber ne peut plus descendre, elle se fixe et les carrés qui la composent prennent une position définitive, à moins d'être abaissés par la disparition d'une ligne.

Lorsqu'une ligne est complètement remplie, sans aucun trou, elle disparaît, et généralement des points sont attribués suivant les circonstances qui conduit au remplissage ; par exemple le nombre de lignes remplies simultanément.

On peut voir d'après la forme des pièces qu'il est possible de compléter au maximum quatre lignes d'un coup, ce qui est appelé « un tetris » et donne généralement le maximum de points, aussi bien dans l'absolu que ramené au nombre de lignes.

Les raffinements modernes

La description de la sous-partie précédente suffit généralement à qualifier un jeu de « Tetris », même si ça laisse plein de possibilités pour faire des jeux différents.

Le créateur du jeu, Alekseï Pajitnov, a fondé The Tetris Company qui détient les droits de la marque « Tetris », et utilise ces droits pour imposer une charte qui standardise le jeu.

L'exemple le plus visuel est la couleur des pièces, suivant leur forme : tous les Tetris modernes ont le T de couleur violette, la barre bleue ciel, le carré jaune, etc.

Je vais détailler que les raffinements pertinents pour le reste de ce billet.

Le générateur aléatoire

Une question classique est s'il est possible de faire durer une partie de Tetris indéfiniment, et la réponse en général est non, parce que si les pièces sont choisies aléatoirement et indépendamment, on peut exhiber une séquence qui va presque sûrement se produire et mettre fin au jeu.

Sans compter les questions mathématiques, il est assez frustrant d'attendre pendant très longtemps une barre verticale nécessaire à un tetris, au point de remplir son espace de jeu et de perdre. À tel point qu'à haut niveau, ces suites sans barre verticales sont le facteur principal qui déterminent le score, et ça donne l'impression que c'est plus un jeu de chance que de réflexion.

Les Tetris modernes ont donc remplacé cette génération de pièces indépendantes par ce qui est appelé « bag of 7 », où sont concaténées des permutations indépendantes des sept pièces, comme si on déballait successivement des sacs dans lesquels sont mélangés un exemplaire de chaque pièce, et qu'on tire ces pièces sans remise. Donc de la première à la septième pièce de la partie il y a exactement une de chaque sorte, puis pareil de la huitième à la quatorzième, etc.

De cette façon, il ne peut pas y avoir plus de douze autres pièces entre deux barres consécutives, et il ne peut pas avoir surabondance ou pénurie d'un certain type de pièces.

Du même coup disparait le principal élément de la preuve qu'une partie de Tetris est toujours de durée finie.

La réserve et la prévisualisation

Il y a une « réserve » dans laquelle peut se trouver une pièce, et la pièce courante peut être échangée avec celle qui est dans la réserve, ce qui revient à réordonner dans une certaine mesure le flux des pièces.

Si la prévisualisation de la prochaine pièce existe depuis très longtemps, ces jours-ci il est fréquent de voir les six prochaines pièces, ce qui avec la pièce en jeu permet de voir une permutation entière (quand le nombre de pièces jouées est un multiple de sept).

En combinant ces deux fonctionnalités avec le générateur aléatoire moderne, on peut exhiber une stratégie qui permet de jouer indéfiniment.

J'ai trouvé amusant d'essayer d'inventer cette stratégie, et le début est effectivement une réflexion intéressante, même si la fin ressemble plus à une exploration combinatoire stupide.

Le temps de fixation

Entre le moment où une pièce ne peut plus descendre et le moment où elle est définitivement fixée, il y a une sorte de période de grâce pendant laquelle on peut encore faire tourner ou déplacer horizontalement la pièce.

J'imagine qu'historiquement, la fixation était programmée pour remplacer un déplacement vers le bas impossible, ce qui liait le temps de fixation à la vitesse de descente.

Ces jours-ci le temps de fixation est indépendant de la vitesse de descente, et il y a généralement plus de temps pour ajouter une pièce avant qu'elle se fixe qu'entre deux pas de descente.

Les T-spins

Illustration de T-spin

Je ne sais pas exactement pourquoi, mais ces jours-ci les « T-spins » sont valorisés. La définition brute d'un « T-spin » est la pose d'une pièce en forme de T lorsque sont occupés trois des quatre carrés en diagonale du centre du T.

Concrètement, ça veut dire qu'il a fallu tourner la pièce pendant le temps de fixation pour arriver à ce résultat.

Dans la plupart des Tetris modernes, faire disparaître deux lignes en faisant un T-spin rapporte autant de points qu'un tetris, mais consomme deux fois moins de carrés.

Donc enchaîner les T-spins rapporte deux fois plus de points qu'enchaîner les tetris quand le nombre de pièces est directement ou indirectement limité, par exemple lorsque le jeu est rendu impossible par une vitesse qui augmente en fonction du nombre de ligne consommées, vu que l'espace de jeu fini borne par une constante assez faible la différence entre le nombre de carrés entrés et le nombre de carrés consommés, ou lorsqu'une limite de temps est fixée et que la stratégie ne change pas la quantité de pièces qui peuvent être posées par unité de temps.

C'est ce qui amène aux stratégies de T-spin factory, lorsqu'il n'y a pas d'élément perturbateur comme des pièces envoyées par des adversaires, qui sont des façons de placer les pièces de façon à maximiser le nombre de T-spins. C'est ce que fait Wumbo dans Tetris Primetime pour maximiser son score.

Les super rotations

L'idée de base est qu'il est parfois plus intuitif de déplacer une pièce quand on demande une rotation impossible, au lieu de refuser cette rotation. L'exemple de base est la barre verticale contre un mur, qu'on peut vouloir tourner de façon à ce qu'elle reste collée au mur, donc le centre de rotation n'est pas le centre de la barre.

La solution technique mise en œuvre pour résoudre ce problème est de garder la rotation autour du centre de la pièce, et essayer une liste de déplacements autorisés jusqu'à trouver une position valide.

Le résultat net est la possibilité de tourner des obstacles intuitivement impassables. C'est ce qui permet de compléter trois lignes d'un coup avec un T-spin, ce qui donne encore plus de point qu'un tetris.

Le 20G

Il me semble que cette variante ne fait pas partie de la charte, mais on la retrouve quand même dans plusieurs jeux, dont Tetris DS.

Une fois qu'on a dissocié le temps de fixation de la vitesse de chute, on peut imaginer une vitesse de chute infinie sans rendre le jeu injouable.

Le 20 de « 20G » correspond au nombre de lignes dont la pièce descend à chaque mise à jour du jeu, et comme il s'agit de la hauteur traditionnelle de l'espace de jeu, ça veut dire concrètement que la pièce apparaît directement au plus bas, et tombe instantanément dans un creux si on l'y amène horizontalement.

Je ne sais pas trop à quel point ce serait jouable sans les super rotations, mais ce n'est finalement pas si contraignant lorsqu'on peut les utiliser.

La nerd

Pour pouvoir décrire l'effet de nerd sniping qui me tombe dessus, il me semble nécessaire de prendre un peu de recul auto-descriptif.

J'ai l'impression que ma vie a commencé sur un gros malentendu : on m'a fait croire que j'allais à l'école principalement pour mon édification personnelle, c'est-à-dire pour apprendre des choses qui font de moi un meilleur être humain. Les notes et les interro' c'est juste du decorum pour motiver les plus retors.

Je me suis bien fait avoir, hein ?

Mais quand je parle de devenir un « meilleur » être humain, ce n'est pas dans le sens « capable de sortir des factoïdes pour briller en soirée », ni dans le sens « détenteur d'un meilleur diplôme », ni rien comme ça, mais dans le sens « capable de faire plus de choses ou résoudre plus de problèmes ».

Donc depuis aussi loin que je me souvienne, une composante importante dans ce qui fait ce que je suis c'est la volonté d'apprendre de nouvelles choses comme autant d'outils intellectuels destinés à être utilisés concrètement dans ma vie.

Il m'est arrivé plusieurs fois de parodier le disciple de Léonard en disant « je me sers de la science et c'est ma joie ».

Par exemple, utiliser la notion d'angle solide, fraîchement apprise en prépa', pour choisir sa place au cinéma me semble être le cours normal des choses, et non pas un sujet de moquerie. C'est dire à quel point j'ai conscience que mon point de vue est minoritaire.

De façon générale, encore aujourd'hui je continue de beaucoup aimer acquérir de nouveaux outils intellectuels qui me donnent l'impression de pouvoir se révéler utiles.

J'aime bien aussi découvrir des choses qui n'ont pas d'utilité flagrante, mais ce n'est pas aussi fort émotionnellement.

Le sniping

Apprendre des nouveaux outils mentaux, c'est bien, mais forger de nouveaux outils, c'est grisant. Il n'y pas beaucoup d'occasions de le faire, et c'est souvent long et difficile, mais c'est tellement magique quand ça réussit…

Je ne sais pas trop à quel point c'est répandu, mais j'ai donné ce même goût au personnage de Tal dans Becoming.

Et le cœur de ce qui me fascine dans ces variations de Tetris, c'est que c'est une succession d'occasions de fabriquer de nouveaux outils mentaux et de les mettre en œuvre.

Comme ces outils sont basés sur des acquis, je ne vois pas tellement comment les communiquer, alors je vous propose comme exemple ce que ça aurait donné sur la base du ST-stacking, si au lieu de lire et appliquer un guide je l'avais réinventé à partir d'une partie que j'aurais vu passer.

Si les détails tetrissesques ne vous intéressent pas, vous pouvez continuer directement à la partie suivante, le principe général est que pour progresser dans la direction voulue, je rencontre une succession de petits problèmes, dont les solutions sont imparfaites ou découvrent de nouveaux petits problèmes, et l'abstraction et la résolution de ces problèmes me donne suffisamment l'impression d'avancer pour être satisfaite tout en laissant suffisamment à faire pour continuer d'y passer du temps.

Esquisse de guide du ST-stacking

Partons donc sur une partie typique que l'on pourrait voir chez quelqu'un qui connait, par exemple Wumbo. Il faut un gros coup de bol dans la liste de pièces pour arriver à ça, mais il (me) suffit de voir quelques parties réelles pour imaginer la séquence ci-dessous en recoupant les points communs.

Ces images se lisent comme une bande dessinée, en montrant des instantanés successifs pour suggérer la suite de mouvement ; sur la première ligne un sac de sept pièces et ajouté entre chaque case, alors que les lignes suivantes suggèrent le mouvement de l'avant-dernière pièce (un T violet à chaque fois) et de la dernière pièce (un Z rouge) de chaque sac.

Exemple de ST-stacking (partie 1)

Exemple de ST-stacking (partie 2)

Exemple de ST-stacking (partie 3)

Exemple de ST-stacking (partie 4)

Il me semble que les grandes lignes de la structure ressortent de façon évidente : on a au milieu une alternance de S verts et de L oranges, qui fournissent des crans à intervalle réguliers, à gauche on benne ce qu'on peut pour faire du remplissage, et à droite on a une alternance de Z rouges et de T violets qui complètent deux lignes en T-spin à chaque sac.

Le nom ST-stacking vient de la stratégie en symétrie miroir, où on construit tout à gauche une alternance de S et T. Il se trouve que la version ZT ici est plus populaire en occident, et c'est celle que je vais décrire ici, mais le jeu est presque symétrique donc on peut considérer que c'est la même stratégie, à une mise en miroir près.

Donc on lance son Tetris préféré et on essaye de reproduire cette structure, et ça se passe très mal parce que l'ouverture suit des contraintes particulières. Admettons que ce soit un sujet plus avancé, et on recommence jusqu'à réussir par hasard une ouverture propre.

Même avec une ouverture potable, ça se passe rapidement mal, parce que la partie du milieu réclame une alternance de S verts et de L oranges, et la partie de droite réclame une alternance de Z rouges et de T violets, alors que le générateur aléatoire ne les donne pas toujours dans l'ordre adéquat. La réserve permet de jouer avec l'ordre des pièces, mais ça ne suffit pas.

La réserve permet d'échanger la place de n'importe quelle paire de pièces, donc on peut maintenir une seule des deux alternances. L'alternance entre Z et T est indispensable pour cette stratégie, alors que la forme centrale peut être obtenue de quatre façons différentes :

Alternatives pour la forme centrale

La dernière est un peu embêtante, parce qu'il faudra trouver quelque chose à faire avec le T qui est dans le même sac que le Z consommé, mais les trois autres sont tout à fait utilisables. Et la deuxième est particulièrement intéressante, parce que ce qui empêche typiquement de faire un assemblage SL, c'est d'avoir le L avant le S. S'il y a un O pas loin, on peut faire un module LO au centre et trouver une place pour le S du sac dans la zone de gauche.

Jusque-là, ça va, ce n'est pas encore très méchant sur le plan conceptuel, mais il y a déjà une réflexion qui m'a beaucoup plu.

On peut déjà voir que cet enchaînement de T-spins conduit à une accumulation de lignes incomplètes en bas, et ça réduit d'autant l'espace de jeu. La solution évidente est d'ajouter verticalement de deux barres pour faire un tetris.

C'est bien sûr ce qu'il faut faire, mais ça pose quelques problèmes. D'une part, sur le milieu, chaque SL ou équivalent ajoute trois lignes, et chaque T-spin avance la droite aussi de trois lignes, par l'empilement de Z avec un des carrés du T. Si on s'imagine capable de placer les trois autres pièces du sac sur la partie gauche sans laisser de trou, on ajoute un total de douze carrés, donc en moyenne trois lignes aussi. Mais si on met des barres dans les colonnes de droite pour faire ces tetris, ça va faire quatre carrés de moins dans la partie de gauche, qui montera donc moins vite que les deux autres parties.

D'autre part, à une échelle plus globale, chaque sac contient sept pièces, et ajoute donc 28 carrés à l'espace de jeu, d'ailleurs la ligne incomplète en bas est constitué des 8 carrés qui restent après avoir effacé deux lignes avec le T-spin. Donc se débarrasser des lignes qui s'accumulent en bas revient à enlever en moyenne trois lignes par sac, soit 30 carrés. D'où viennent ces 2 carrés supplémentaires ?

Ils viennent en fait de l'ouverture, ou plus précisément des deux sacs qui ont initialisé les parties de gauche et du centre avant le premier T-spin, qui s'est fait avec le troisième T.

Il y a donc un stock de 52 carrés au début (deux sacs moins un Z rouge utilisé sur le côté droit) dans lequel on puise en moyenne deux carrés à chaque sac. La basse de stock se manifeste par l'incomplétude des lignes qui devraient disparaître en T-spin, par exemple comme ça :

Pas assez de matière pour faire un T-spin double

Pour en arriver là, il faut déjà avoir gagné du temps en équilibrant la partie gauche et la partie centrale, en répartissant un sac uniquement entre la gauche et la droite.

On peut gagner un peu de temps en freinant la montée de la partie de droite, en mettant un Z rouge dans une des autres parties, soit à gauche comme au tout début de la séquence ci-dessus, soit au milieu en utilisant la combinaison JZ. On se retrouve avec un T plus souvent en réserve, mais en dehors d'une réserve un peu plus rigide, ça se fait aussi bien.

On ne peut en revanche pas se débarrasser d'un deuxième Z sans prendre le risque d'avoir deux T orphelins sur les bras. Il manque donc une façon de refaire un stock de carrés avec des T.

Si on essaye de poser à l'arrache des T dans la partie de gauche, on s'aperçoit vite que ça se passe mal, mais ce n'est pas évident pourquoi.

Et c'est là qu'il est fort opportun d'obtenir ou de construire un outil théorique pour comprendre pourquoi et éviter les situations problématiques.

Cet outil est une parité : il y a des carrés dont la somme des coordonnées est paire, et d'autres dont la somme est impaire, un peu comme les cases noires et blanches d'un damier. Et toutes les pièces, quelles que soient leur position ou leur rotation, ajoutent deux carrés pairs et deux carrés impairs, sauf le T qui en apporte trois d'une sorte et un seul d'une autre sorte :

Parité des carrés de chaque pièce

Donc on ne peut pas juste balancer un T à l'arrache dans la zone de gauche, il faut y mettre deux T de façon à ce que l'un compense l'autre, ce qui est d'autant plus facile qu'ils sont proches.

Donc dans la situation précédente où poser un T ne complète pas les deux lignes, il faut lancer ce que mon guide principal appelle un reset, en mettant en réserve le T pour le rapprocher du suivant, et remplir la gauche en préservant la parité, par exemple comme ceci :

Exemple de reset en préservant la partié

On peut facilement voir les deux T dans cet exemple, même si en pratique j'ai tendance à enchaîner les deux T pour passer le moins de temps possible dans un état impair. On voit également que le Z entre ces deux T a été placé au milieu, pour préserver la synchronisation entre Z et T sur la droite, et le S et le L sont tous les deux à gauche également réduire la charge mentale en mettant dans la mesure du possible au même endroit le S et L d'un même sac.

Cette opération conduit donc à l'ajout de deux sacs dans l'espace de jeu sans compléter aucune ligne, ce qui permet donc de recharger le stock en lui ajoutant 56 carrés. Mais comme ces carrés sont concrètement répartis sur sept colonnes, ça fait en moyenne huit lignes de hauteur en plus, soit presque la moitié de l'espace de jeu. Il vaut donc mieux le faire en commençant aussi bas que possible.

À ce stade, les généralités sur le ST-stacking sont couvertes, et les étapes suivantes sont la conception des ouvertures (on voit déjà pourquoi il faut y mettre deux T, et mettre un Z à droite et un autre ailleurs) et les formes acceptables pour la partie gauche suivant les prochaines pièces à y mettre.

Le re-sniping

Comme dit plus haut, j'ai passé quelques mois à m'entraîner sur le ST-stacking normal, à avancer suffisamment pour être limitée par la vitesse du jeu qui augmente au fil des lignes plutôt que par mes compétences stratégiques, ce qui était un peu frustrant.

Il y a aussi une certaine frustration sur le côté impitoyable de cette contrainte. À force de progresser, j'ai pu me retrouver capable de récupérer d'un bon nombre d'erreurs, mais la majorité des erreurs de placement restent fatales.

Un autre angle de frustration est le manque de reproductibilité : il y a certaines séquences que je ne sais pas gérer, mais une fois la partie perdue il ne me reste plus rien pour réfléchir et comprendre. J'adorerais une variante de Tetris avec un mode d'entrainement, qui permet de rejouer une nouvelle partie avec la même séquence de pièces, voire de pouvoir accumuler les lignes sans que la vitesse augmente, pouvoir reprendre un coup, éventuellement sauvegarder une séquence de coups pour la rejouer ou explorer d'autres branches, etc.

J'ai été plusieurs fois à deux doigts de développer mon propre moteur de Tetris, avec un tel mode d'entrainement, et il n'est toujours pas exclu que je finisse par le faire.

Devant les parties qui explosent dès que le jeu s'accélère, j'ai commencé à jouer avec des niveaux de départ de plus en plus rapide, pour repousser d'autant le moment où le jeu commence à s'accélérer.

Et puis, lasse d'augmenter la vitesse progressivement, j'ai essayé le mode 20G et j'ai été toute surprise de découvrir un jeu complètement différent.

Je ne vais pas vous refaire un guide, mais en gros c'est suffisamment différent pour que les occasions de fabriquer des nouveaux intellectuels soient très fréquentes, tout en étant suffisamment familier pour pouvoir réutiliser bon nombre des outils que je maîtrise déjà.

Et c'est comme ça que j'ai été re-snipée, et que j'ai ré-appris le ST-stacking dans ce mode-là.

Les autres frustrations continuent de s'accumuler, et je ne sais pas encore si je vais réussir à les endurer jusqu'à ce que je me lasse de Tetris, ou si je vais me battre avec Nullpomino pour le faire marcher et voir s'il a un mode d'entraînement à mon goût, ou si je vais le coder moi-même (après peut-être avoir cherché encore une fois s'il existe d'autres Tetris open-source avec les règles modernes).

Conclusion

Un peu comme dans le billet précédent sur mon sommeil, je n'ai pas détaillé à ce point le détail de mon fonctionnement interne seulement pour le plaisir de l'introspection. Je me demande aussi quelle part de cette expérience est universelle.

J'imagine facilement des gens qui ne sont pas du tout nerd, à qui ces considérations sont complètement étrangères ; j'imagine aussi facilement des gens très facilement snipables par tout un tas de choses différentes ; mais combien y a-t-il de personnes comme moi, en général peu snipables mais avec des exceptions, et quelles sont exceptions ?

Et suis-je isolée de la valeur que j'accorde aux outils mentaux et à leur acquisition ? Est-ce que ces circonvolutions grasses entre mes deux oreilles sont censées servir à autre chose que me rendre malheureuse ?

Publié le 22 décembre 2021

Tags : Autoexploration Évènement Jeux

Difficultés à dormir

J'ai commencé à écrire une réaction au billet de David Madore intitulé Difficultés à dormir, et devant l'accumulation de quantité et de détails, j'ai préféré en faire un billet chez moi.

Le fond de la démarche est que j'aime beaucoup lire les expériences quotidiennes d'autres humains, pour comparer avec ma propre expérience, et mieux délimiter ce qui m'est propre de ce qui est l'expérience humaine générique. Et comme j'ai tendance à faire aux autres ce que j'aimerais bien qu'on me fasse, je réagis avec ma propre version pour permettre aux autres de faire leurs comparaisons.

Si ça se trouve je suis une anomalie, et ce genre de textes n'intéresse personne. Dans ce cas, je vous remercierai de me le signaler, pour que j'évite de perdre du temps à l'avenir à coucher sur papier numérique ce type de réflexions.

Cet article aurait pu être dans ma section natologie ; la différence principale est que le weblog contient des publications qui « périment » alors que le reste de mon site a vocation a être intemporel, et j'espère arriver à faire évoluer les constats ci-dessous.

Je vais donc commencer par vous décrire les difficultés que j'éprouve envers mon propre sommeil, puis comparer avec celles de David Madore, avant de décrire mes pistes d'améliorations.

Je dors mal

Pour commencer, je fais le constat que je dors mal, mais je n'aime pas cette formulation parce qu'elle sous-entend une infériorité par rapport à une norme de sommeil, alors que je la vis comme une infériorité par rapport à un idéal. Dans ce sens, bien dormir pourrait être un idéal inatteignable, sans ôter la valeur de mieux dormir.

Pour faire une analogie, je dis que je dors mal et je cherche pourquoi, exactement comme je dirais que je n'arrive pas à courir un 100 mètres en moins de 11 secondes et je chercherais pourquoi. Si je trouvais une quelconque valeur à progresser dans le 100 mètres.

Donc globalement, je vis ma vie avec le sommeil que j'ai, et j'essaye juste de trouver la meilleure vie possible dans l'espace des possibilités qui me sont accessibles.

Et trouver les points qui laissent à désirer est la première étape vers l'amélioration.

Je ne sais pas m'endormir

En fait je ne dors pas si mal que ça une fois que j'ai réussi à m'endormir. J'ai plus de difficultés d'endormissement que de sommeil à proprement parler.

Ce n'est que très récemment, peut-être il y a quelques années, que j'ai pris conscience du fait que je ne sais pas m'endormir, je ne l'ai jamais appris ni vraiment pratiqué.

Le choc a été quand j'ai lu que les humains mettent généralement 5 à 10 minutes pour s'endormir, alors que pour moi c'est plutôt 1 à 2 heures.

Aussi loin que je me souvienne, ma stratégie d'endormissement était d'aller dans le lit, éteindre la lumière, et attendre. Et comme je m'ennuie en attendant, je laisse mon esprit divaguer, à penser à diverses choses, en attendant que le corps daigne lancer son programme de sommeil.

Il me semble qu'à un moment, relativement récent mais plus lointain que cette prise de conscience, j'ai remarqué que rejouer des histoires récemment lues ou vues était plus efficace pour s'endormir ou bien dormir ensuite que réfléchir à des problèmes concrets.

C'est principalement sur ce point que j'espère une amélioration dans les temps qui viennent.

Je suis dépendante de la caféine

Ce n'est pas vraiment une difficulté, il me suffit de ne pas en boire après environ 14h pour que ça n'ait aucun impact sur mon sommeil (visiblement je suis dépendante mais pas complètement accoutumée, à moins qu'il ne reste que l'effet nocebo), mais ça va devenir pertinent sur les points suivants.

Depuis la rédaction de ma thèse, qui correspond à peu près au début de ma vie avec un enabler, je suis dépendante de la caféine. Enfin, je ne sais pas exactement à partir de quand la dépendance s'est installée, mais c'est à partir de cette époque que j'ai commencé à consommer une quantité significative de café.

Le résultat est une sensation de manque de caféine, surtout le matin, et je perçois une différence claire avec la sensation de manque de sommeil. Je n'ai pas les mots pour décrire cette différence, mais je sais identifier si je manque de sommeil, de caféine, des deux, ou d'aucun des deux.

En revanche, je perçois le manque de sommeil et le besoin de dormir comme la même sensation dans deux contextes différents. Je parle de manque de sommeil quand je suis éveillée et active, et que je ne pourrais pas (encore) dormir, mais je sens que la dette de sommeil plane au-dessus de moi. Je parle de besoin de dormir quand mon énergie diurne est épuisée, et qu'il ne reste que le sommeil pour améliorer ça.

La consommation de café ou de thé ne fait pas que combler le manque de caféine, mais ça donne une rallonge à ma réserve d'énergie diurne. Approximativement, à la hache, ça transforme un besoin de dormir en simple manque de sommeil, ce qui me permet de fonctionner à peu près normalement dans la journée. Cet effet est beaucoup plus court que combler le manque, mais il existe encore après une bonne décennie de dépendance.

C'est un cliché de drogué, mais je peux arrêter quand je veux. Et j'y crois sincèrement, comme je suppose bon nombre de drogués. Je l'ai déjà fait quelques fois, avec de la dinde plus ou moins froide, je passe une ou deux mauvaises semaines, et ensuite je retrouve un fonctionnement à peu près normal.

La difficulté n'est pas d'arrêter, mais de ne pas reprendre ensuite. Après un sommeil un peu moins bon, quelle qu'en soit la raison, je serai à plat en sachant qu'il existe une solution chimique légale et très facile d'accès ; comment y résister ? Dès lors, à quoi bon sacrifier deux semaines de confort si c'est pour replonger à la première difficulté ?

Ces dernières années, je consomme habituellement deux à quatre doses de caféine par matinée, et très occasionnellement une cinquième en début d'après-midi, ce qui semble être en dessous des seuils de danger communément admis, donc je n'ai même pas la préoccupation pour ma santé pour me motiver.

Je ne m'endors que vessie vide

À la fin de ma deuxième décennie, j'ai vécu une énurésie nocturne qui m'a profondément marquée d'une honte cuisante, à laquelle je repense à chaque fois que j'essaye de m'endormir sans avoir la certitude d'avoir préalablement complètement vidé ma vessie. Au point de ne pas pouvoir relâcher mon contrôle sphincterien pour m'endormir.

Ce n'est pas un problème dans la routine quotidienne, et ce n'est pas compliqué à adapter en dehors de la routine pour le premier endormissement de la nuit.

C'est plus problématique lorsque je me réveille au milieu de la nuit, et particulièrement quand je suis réveillée par la soif, parce que je n'ai alors pratiquement aucune chance de me rendormir sans me lever pour aller aux toilettes.

Ce qui ne serait pas si grave sans le point suivant…

Je me réveille très rapidement une fois debout

Sans compter ma dépendance à la caféine, le simple fait de passer en station verticale suffit à commencer un processus de réveil, qui peut durer quelques secondes (quand j'ai quelque chose de stressant et inhabituel à faire) à une quinzaine de minutes (quand je n'ai aucune obligation et que je suis en manque de sommeil), après quoi je suis complètement réveillée et prête à vaquer à mes occupations diurnes.

J'ai d'ailleurs utilisé cet effet pendant toute ma vie solitaire, en mettant le réveil à deux pas du lit, et aller l'éteindre suffit à ne pas avoir besoin de fonction snooze.

Il y a une limite dans la nuit, je dirais vers 3 à 4 heures matin, au-delà de laquelle ce processus se produit systématiquement, et avant laquelle j'ai une chance de pouvoir me rendormir.

Combiné au point précédent, ça fait que si je me réveille pour une raison ou pour une autre à 5 heures du matin, je ne pourrai pas me rendormir sans passer par les toilettes par peur de mouiller let lit, et je ne pourrai pas me rendormir en passant par les toilettes parce que mon corps l'a pris comme un signal de réveil.

Maintenant que je suis dépendante de la caféine, le réveil est un peu moins net, mais je sens encore le mécanisme naturel à l'œuvre, et le manque de caféine qui jette seulement un brouillard caractéristique sur mon esprit. Après un ou deux cafés, ce brouillard se dissipe.

Je ne sais pas me ménager

Je ne sais pas si c'est une autre facette de la même chose que le point précédent, mais en général je suis dans ma vie au maximum de mes possibilités courantes.

J'arrive à peu près à ménager mes muscles dans une activité physique, mais ça s'arrête là. Mon cerveau est toujours à fond, et même pour l'utilisation de mon corps, j'ai une image approximative de mes limites à froid, et je me dépense sans compter dans ces limites.

La combinaison de ce point et du point précédent fait que je me considère comme quelqu'un « du matin ». Peu importe ma « dette de sommeil » ou mon heure de réveil, à partir du moment où le réveil est décrété (et l'éventuel manque de caféine comblé), je suis au maximum de mes possibilités, et je vis ce maximum jusqu'à arriver au bout de mes réserves d'énergie, et ensuite je vis dans une espèce de « mode zombi » que je déteste, jusqu'à pouvoir me coucher.

Le manque de sommeil, ponctuel ou chronique, ne se manifeste que par le moment auquel je me transforme en serpillère, qui peut très bien être à 10 heures du matin ou à 1 heure du matin.

C'est particulièrement pénible dans les déplacements professionnels, lorsqu'il est peu pratique ou politiquement inacceptable de voyager la veille au soir. Je peux me lever à 5 heures du matin, être largement assez vivace pour prendre un train sans rien oublier, éventuellement m'ennuyer ou lire dans le train, et au début de la journée de travail me retrouver complètement à plat.

J'imagine que c'est aussi pour ça que je n'arrive pas à faire de sieste, soit je suis en forme et peu encline à dormir, soit je suis en zombi jusqu'au lendemain matin et une sieste, comme un café, ne fait que légèrement diminuer ce malaise pendant un petit laps de temps.

J'ai peur de rater quelque chose

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours accordé beaucoup d'importance à mes perceptions, et toujours vécu comme un échec personnel le fait de rater quelque chose qui est pourtant arrivé jusqu'à mes sens.

J'avais beaucoup de mal à décrire ça jusqu'à ce que je découvre le syndrome FOMO (que je trouve mieux décrit dans la page en anglais), et c'est exactement ce que je vis avec mes sens concrets.

C'est bien pendant la journée, mais ça rend mon sommeil très léger et facilement interruptible.

Je me souviens qu'en résidence universitaire, j'avais un voisin qui écoutait du raï ou quelque chose de ce genre-là, jusqu'à des heures avancées, mais qui arrivait à mes oreilles avec un volume bien inférieur au tic-tac de la pendule que j'avais à cette époque, donc je ne me sentais pas tellement légitime pour me plaindre. Le tic-tac ne me dérangeait pas parce que ce n'était qu'un tic-tac, alors que dans la musique du voisin une voix est reconnaissable, et je sentais mes structures mentales qui s'épuisaient à essayer en vain de décoder des mots dans cette voix, ce qui m'empêchait de dormir.

Pendant très longtemps j'ai pris ça comme une fatalité, et puis j'ai fini par chercher des bouchons auriculaires assez confortables pour être portés toute la nuit et toutes les nuits, et ça a positivement et durablement amélioré mon sommeil.

Je suis passé par plusieurs bouchons en mousse peu durables, avant de découvrir les SleepSoft d'Alpine que j'ai renouvelés pendant presque 10 ans, et depuis deux semaines je suis passé aux SleepDeep que je trouve plus pratiques et aussi confortables et efficaces.

L'amélioration suivante a été d'utiliser un masque pour bloquer le peu de lumière du jour qui passe entre les rideaux occultants et la fenêtre.

Je souffre de myoclonies autodiagnostiquées

Je prends tout ça avec les pincettes habituelles de tout diagnostic basé sur wikipédia, en l'occurrence l'entrée Myoclonie.

Pour faire abstraction de wikipédia, je vais appeler dans la suite « myoclonies » quelque chose qui ressemble beaucoup au hoquet mais éventuellement sur un autre muscle que le diaphragme (en l'occurrence, des muscles des cuisses), c'est-à-dire des contractions involontaires, irrésistibles, ponctuelles, espacées, imprévisibles, et sans aucune perception autre la proprioception desdites contractions.

Ça m'arrive pendant que je suis en train de m'endormir, et me renvoie brutalement à la case « départ » de l'endormissement.

Ça ne rentre pas vraiment dans le syndrome des jambes sans repos parce qu'il n'y a aucune perception ni aucun besoin de bouger, c'est quelque chose qui se produit complètement en dehors de ma conscience.

Ça ne me semble pas rentrer non plus dans les secousses hypniques, parce que j'ai connu quelques fois cette impression de tomber et le mouvement brusque pour se rattraper ; ça arrive à des niveaux d'endormissement plus profonds que mes myoclonies, mes myoclonies n'ont pas le côté perceptif de tomber, et ces mouvements ont une certaine coordination musculaires comme les autres actions automatiques (par exemple pour attraper un ballon ou un objet qui tombe, ou pour rattraper une chute) alors que mes myoclonies me ressemblent plus à des musculaires isolées sans logique, genre décharge électrique.

Ce problème semble d'autant plus fréquent que je me couche tard, et quand je veille déraisonnablement j'ai même des myoclonies en position assise. Le meilleur moyen de prévention que j'ai trouvé est de me coucher dès les premiers signes de fatigue (de toute façon je ne fais rien de bon après), mais ce n'est pas toujours compatible avec mes obligations sociales.

Je peux empêcher les myoclonies en crispant volontairement les muscles impliqués, mais c'est incompatible avec le relâchement de l'endormissement. Je peux me mettre sur le ventre, et ainsi bloquer mécaniquement le mouvement en question, mais mon cou n'aime pas trop, et ça ne gère que les cas les plus faibles.

Il y a un dernier détail pour caractériser ça, mais j'hésite toujours à le dévoiler de peur des implications qui pourraient en être déduites, mais la douleur éteint provisoirement les myoclonies, peut-être simplement par la contraction réflexe qu'elle provoque, ou peut-être par un mécanisme plus compliqué. Pour que ce soit une solution, il faudrait une douleur assez peu intense pour ne pas m'empêcher de dormir, mais suffisamment longue pour que j'ai le temps de m'endormir, et le tout sans mettre en danger mon intégrité physique. Autant dire les moyens de remplir ce cahier des charges ne sont pas monnaie courante dans un environnement prétendument civilisé.

Comme tout ça me donne l'impression d'un phénomène très bas niveau, genre une accumulation d'ions ou de neurotransmetteurs dans les muscles ou les neurones qui s'y projettent, j'ai commencé à chercher des solutions bas niveau, genre plus boire le soir, ou moins boire, ou prendre plus d'électrolytes, mais en vain.

J'ai évidemment essayé de faire part de ce problème à divers intervenants du corps médical, mais je n'en ai pas encore trouvé un seul qui prenne ça au sérieux.

Depuis quelque temps, je me demande si se focaliser sur les contractions musculaires ne serait pas une fausse piste, et si le problème ne se serait pas mieux résolu en évitant que ça casse mon endormissement plutôt qu'en essayant de les éliminer.

J'aime bien dormir

Si on m'avait posé la question avant d'avoir lu le billet de David Madore, j'aurais dit que j'aime bien dormir. Il m'a fait réfléchir, et je n'en suis plus si sûre.

Le point de départ de son billet est la phrase suivante :

Il y a deux moments agréables dans la journée : le soir quand on se couche, et le matin quand on ne se lève pas.

Il construit ensuite une réflexion autour de la classification en « lève-tôt » et « couche-tard » suivant lequel des deux moments est préféré par chacun.

J'ai essayé très fort de me positionner par rapport à cette phrase, mais je n'ai pas réussi. Alors j'ai essayé de comprendre pourquoi.

Ces deux moments représentent des transitions d'état, et si je comprends conceptuellement qu'on puisse trouver agréable une transition d'état, ma vie est plutôt construite avec états agréables, et mes transitions d'état ne sont que des moyens pour atteindre des états plus agréables.

Je suis donc incapable d'évaluer à quel point je trouve agréable le coucher ou le non-lever, ça n'a juste aucun sens dans ma vie.

Par approximation, j'ai essayé d'évaluer à quel point je trouve agréable l'état couché, et c'est ce qui me fait arriver à la phrase « j'aime bien dormir ».

Mais en réalité, je suis assez indifférente au sommeil. De toute façon je suis inconsciente pendant ce temps-là. Je me suis fait avoir parce qu'en fait, j'aime beaucoup tout le reste de ma vie dans le lit.

J'aime beaucoup rêver, comme David Madore, mais je me souviens très rarement de mes rêves, ce qui est subjectivement équivalent à ne pas rêver. Et vu le niveau de procrastination dans les mesures pour améliorer ça, on peut légitimement se demander si j'aime tant que ça.

J'adore la sensation tactile des draps sur ma peau. J'adore sentir le poids de la couette sur mon corps. J'aime beaucoup lire au lit. J'aime beaucoup réfléchir au lit, que soit avant de s'endormir ou en journée. Et j'aime beaucoup les autres activités du lit que la pudeur m'interdit de développer ici.

Cependant, mes décisions par rapport au sommeil ne sont pas dictées par ces plaisirs ni par l'état de sommeil lui-même, mais par les autres états. J'aime être à peu près en forme toute la journée, et je déteste l'espèce de demi-vie quand je suis arrivée au bout de mon énergie quotidienne.

Donc en fait, ce n'est pas que j'aime-bien dormir, mais j'aime bien-dormir.

Indirectement, on pourrait évaluer mon coucher comme la transition d'un état désagréable à sa résolution, et mon lever l'entrée dans l'état le plus agréable, car le plus efficace, de la journée. Ça mettrait le coucher comme plus agréable que le non-lever, même si le non-lever pourrait être une lecture ou des réflexions intéressantes dans le lit, il reste compétitif avec les autres activités hors du lit.

Mieux dormir

Parmi les difficultés que j'ai évoquées dans la première partie, une bonne partie est sous contrôle, ou au moins intériorisée au point d'accepter de bonne grâce certaines restrictions dans ma vie. Je ne cherche ces jours-ci qu'à améliorer ma vitesse d'endormissement et l'effet des myoclonies.

Pour une raison obscure, j'ai une certaine réticence à évoquer en public le faisceau de solutions que je suis en train d'explorer, et ce serait aussi intéressant de comprendre cette réticence. Je crois qu'elle est la manifestation de la fiabilité que je veux donner à mes paroles, par rapport aux doutes que j'ai sur les fondations de ces solutions, mais ce serait à vérifier.

Le biais de contrôle

Avant de détailler ces solutions, il me semble intéressant de détailler un biais qui hante leurs fondations.

J'éprouve un gros besoin de croire que j'ai un certain contrôle sur mon corps.

J'ai détaillé dans « je ne suis pas une geekette » le fait que j'assimile mes outils préférés à mon corps, au point d'avoir une relation fusionnelle avec eux, et que ça contribue beaucoup à mon goût pour la moto.

Ça a l'air étrange dit comme ça, mais j'aime avoir cette relation fusionnelle avec mon corps aussi. Je veux sentir ce contrôle instinctif et absolu qui brouille la limite entre la conscience qui constitue le « moi » et la machine biologique qu'est mon corps, au point d'avoir l'impression qu'il ne s'agit que d'une seule entité.

Et ce que je trouve de plus désagréable avec les myoclonies, et dans une bien moindre mesure l'endormissement lent, c'est que sont des processus qui m'échappent complètement et que je vis comme une trahison.

Par contraste, le réflexe myotatique est aussi un processus sur lequel je n'ai aucun contrôle, et qui appartient purement à la machine biologique, mais je le comprends suffisamment pour l'intégrer au modèle mental de mon corps et ainsi l'assimiler.

Autre exemple, mon système immunitaire est aussi un processus sur lequel je n'ai aucun contrôle conscient, ni même aucune perception, mais il agit à un niveau d'abstraction tellement bas que je n'ai pas besoin d'en tenir compte dans le modèle de mon corps (sauf cas particuliers). Il fait en quelque sorte de l'intendance que je n'ai pas besoin de micro-manager, comme l'électronique qui gère l'injection du moteur de ma moto.

C'est aussi pour ça que je n'ai pas de problème avec les secousses hypniques, l'intendant a pris une initiative dans l'urgence, il s'est trompé, mais son initiative était raisonnable par rapport aux informations qu'il avait, donc il garde ma confiance.

En revanche je ressens les myoclonies comme une trahison de cet intendant ou de cette machine, parce que je vois aucune logique ni aucune cause dans la machine biologique, et je le vis très mal.

Autant dire que ça peut provoquer des tensions vis-à-vis du corps médical et des conservateurs, qui ne sont pas toujours pour simplifier ma vie.

Hacker l'endormissement

On commence à arriver dans les lignes qui sont difficiles à écrire, parce que le niveau de confiance dans mes propos n'est pas suffisant à mon goût. J'ai l'impression d'avoir fait juste assez de neurosciences pour être dangereuse énoncer des idioties avec aplomb et sans me rendre compte de l'énormité de ce que j'écris. Vous êtes prévenus.

Qu'est-ce que le sommeil ? Un état de conscience différent. À plus bas niveau, un mode de fonctionnement différent du cerveau, dans lequel des oscillateurs dédiés imposent un rythme particulier duquel résulte cet état différent ; et quelques effets physiologiques dirigés par des structures cérébrales.

Qu'est-ce que l'endormissement ? La mise en place de ces oscillateurs. Mais le changement de mode n'est pas progressif. Je sens qu'il y a des préparatifs en coulisses, et que j'approche progressivement de la possibilité du changement de mode, mais je garde la possibilité d'annuler tout ça jusqu'à un certain point de non-retour, à partir duquel l'endormissement est fini et le sommeil lui-même commence.

Est-ce qu'il y a un autre processus nerveux auquel la description ci-dessus pourrait s'appliquer exactement ? Oui, l'orgasme. À moins que mon vécu ne soit pas représentatif, les paragraphes ci-dessus s'y appliquent aussi bien. Même le temps de préparation avant basculement est du même ordre, il n'y a que dans la nature du nouveau mode que le parallèle est plus ténu (les oscillations ne sont pas entretenues et les effets physiologiques sont très différents).

Il me semble que même sans avoir vécu de rêves érotiques, leur existence est suffisamment consensuelle pour l'accepter, et elle démontre qu'il y a dans la tête tout ce qu'il faut pour basculer vers un autre mode, sans entrées sensorielles venant du corps. Et donc que ce serait possible aussi en dehors des rêves. Ce qui ne veut pas dire que ce soit plus facile que courir 100 mètres en moins de 11 secondes.

Je veux croire que ce parallèle est valide, et que je peux m'en servir pour alimenter activement l'endormissement avec ma conscience et pouvoir ainsi basculer plus vite dans le sommeil, au lieu de juste faire l'étoile de mer en espérant que ça finisse par venir.

Il reste juste à trouver comment alimenter l'endormissement avec la conscience. Et j'ai peur qu'à ce niveau-là, le langage ne permette pas de décrire des éléments qui pourraient permettre de progresser sur ce point. Si vous avez des idées, n'hésitez à les partager dans les commentaires, elles seront plus-que-bienvenues.

Ma ligne de recherche présente utilise les rendormissements du matin, que j'imagine assez proches du basculement, et en espérant qu'ils soient de nature suffisamment proche des basculements du soir. Sur le dos, paumes contre le matelas, index et pouces calés sous moi, et les yeux forcés en butée vers le haut, j'ai plusieurs fois eu l'impression d'explorer à tâtons l'espace mental à proximité du basculement, dans l'espoir d'y trouver ce qui aide à basculer et ce qui m'en éloigne, et ainsi extraire l'essence que ce qui pourrait alimenter mon endormissement.

J'ai l'impression d'avoir progressé en vitesse d'endormissement, mais je suis sûre qu'il y a encore du travail.

L'accéléromètre à mon poignet prétend que sur un échantillon de 77 soirs presque contigus (dans une période contenant deux oublis de mesure, et une mesure considérée comme aberrante dans laquelle je me serais endormie 2 minutes avant de me coucher), je n'ai jamais mis moins de 6 minutes à m'endormir, mais 41 soirs étaient à 10 minutes ou moins, et 60 à 15 minutes ou moins.

Malheureusement, je ne sais pas trop quoi faire de ces mesures, d'une part parce que je n'ai pas de contrôle avant d'avoir commencé ce travail exploratoire, et d'autre part parce que je reste quand même très sceptique envers les mesures de sommeil par un accéléromètre de poignet (quoiqu'assisté par un capteur de rythme cardiaque) alors que je m'endors avec la main calée sous l'oreiller ou sous mes fesses.

Toujours plus de contrôle

Encore plus loin dans le scientifiquement douteux (à mon échelle), et encore plus profondément dans mon besoin de contrôle, je poursuis une piste vers l'accélération de l'endormissement et l'extinction des myoclonies.

Je joue avec l'auto-hypnose.

Je suis tombée dedans par Gilles Chehade que je fréquentais numériquement par ailleurs, pour des raisons BSDesques.

J'ai beaucoup de mal, et je ne suis pas sûre d'être aussi analytique que ce dont on m'accuse (vous avez remarqué que mon domaine n'est pas analytique.eu ?), mais je sais que je suis très lente à la confiance, que beaucoup d'éléments basiques d'hypnose vont à l'encontre du « FOMO sensoriel » dont j'ai parlé, que je suis toujours en train de me regarder faire (ou subir) ce que je fais, et souvent à me regarder me regarder faire ce que je fais, et que j'ai une aphantaisie qui ne doit pas aider non plus.

Malgré tout ça, à force d'acharnement, j'ai réussi à vivre des débuts de commencements d'auto-hypnose.

Quand ces histoires de crise sanitaire seront vraiment passées, j'essayerai peut-être de trouver un professionnel qui ait l'air sérieux et qui se sente capable de gérer toutes ces difficultés, même si je n'ai encore aucune idée de comment m'y prendre pour le trouver.

Je ne m'attends pas vraiment à des résultats magiques, mais j'accepterais volontiers tous les pouvoirs que ça peut me donner.

Je ne suis pas sûre que ça apporte plus que le hacking précédent pour l'endormissement normal, mais si ça peut permettre de réduire les myoclonies, ou simplement de réduire le désendormissement qu'elles causent, ça suffira largement à justifier l'investissement.

Oui, je suis désespérée à ce point.

Alors que si ça se trouve un bête curarisant en intra-musculaire aurait promptement résolu le problème, mais quand le système échoue on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.

Rénover son emploi du temps

Indépendamment de toutes mes difficultés d'endormissement, j'ai quand même un gros problème d'organisation qui nuit à mon quotidien.

D'un côté, le Grand Confinement a rapproché ma guilde de World of Warcraft et ainsi considérablement amélioré ma vie sociale numérique, et même ma vie sociale tout court. J'y assure des rôles minoritaires (tank principal et heal secondaire), et ma présence facilite beaucoup les activités pour tout le monde. Mais même sans cette espèce de pression sociale, c'est une activité sociale tellement agréable que je rechigne à y renoncer même pour du sommeil en plus. Ça me pousse à être rarement au lit avant minuit.

De l'autre côté, mon employeur m'oblige à revenir régulièrement dans les locaux, et pour gérer mon ochlophobie il me faut prendre les transports en commun bien avant l'heure de pointe (passer après l'heure de pointe n'est pas compatible avec mes obligations professionnelles), ce qui fait un réveil à 6h30.

Le résultat combiné est une quantité clairement insuffisante de sommeil.

Les jours de téĺétravail, permis par le fonctionnement hybride (pour l'instant) de mon employeur, le réveil sonne à 7h30, ce qui n'est pas aussi clairement insuffisant, mais je le sens lorsqu'une activité m'empêche de récupérer du sommeil pendant le week-end.

En revanche les week-ends me montrent qu'avec ces heures de coucher, un lever vers 8h à 9h suffit à rattraper la fatigue de la semaine et être en forme, donc ça ne doit pas se jouer à tant que ça.

Je ne sais pas du tout comment faire bouger ces limites, et je ne suis même pas sûre que ce soit possible sans un évènement qui apporte plus de négatif que de positif, mais ce serait sans doute un progrès indéniable en termes de quantité de sommeil et de satisfaction diurne.

Conclusion

Voici donc la version non-abrégée de l'état actuel de ma relation avec le sommeil.

Si vous êtes d'humeur partageuse, les points communs et les différences avec votre vécu seront bienvenus, en public comme en privé.

Si vous avez des conseils par rapport à mes difficultés, ils ne seront peut-être pas aussi bienvenus parce que j'ai déjà passé tellement de temps que j'ai vu moult fois tous les trucs évidents, mais je peux promettre qu'ils seront lus avec attention et bienveillance.

Publié le 15 novembre 2021

Tags : Autoexploration

Couverts de voyage

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je réfléchis à un jeu de couverts de voyage depuis beaucoup plus longtemps qu'à un Go Bag (ou sac d'évacuation), et je n'ai pas encore décidé si ces couverts méritent une place dans ce sac.

Ce sujet revient dans l'actualité parce que je prépare un déplacement professionnel, mais j'ai commencé à y réfléchir pour le contexte professionnel quotidien, lorsqu'il fallait amener ces couverts et que je n'avais pas assez confiance dans les infrastructures locales pour y laisser les miens.

Par la suite les circonstances ont changé et je laisse mes couverts du boulot à mon bureau, mais ils ont gardé les marques de la contrainte de portabilité à chaque trajet.

Et ces jours-ci je restructure mes couverts de rechange en un jeu de couverts de voyage, en plus des couverts du quotidien au bureau.

Le cahier des charges

Ma motivation de base est que je n'aime pas trop l'expérience tactile des couverts en plastique, et j'ai horreur du bois mouillé qui le remplace. Je supporte à peine le contact entre la langue et le bois, par exemple pour finir les esquimaux. Donc j'emporte volontiers avec moi des couverts métalliques pour échapper au jetable rien que pour le confort tactile, même sans compter la praticité d'utilisation ou les considérations écologiques.

La deuxième contrainte forte qui pèse sur mon choix de couverts est leur lavage, en particulier à la main. Pour raison obscure, je n'aime pas du tout laver les fourchettes, et ça a été ma principale motivation pour apprendre à me servir de baguettes. Maintenant que cette compétence est acquise, je prends plus volontiers les baguettes qu'une fourchette à chaque fois que l'aliment choisi le permet.

Enfin, comme on parle de couverts de voyage, le faible poids et le faible encombrement sont des qualités intéressantes, éventuellement au prix du confort d'utilisation.

L'inventaire

J'étais partie sur une description chronologique de mon jeu de couverts, parce que ça explique une bonne partie des décisions, mais je me dis que c'est peut-être plus intéressant de le faire par catégorie d'objets.

Les baguettes

J'ai commencé avec des baguettes en plastique qui me viennent de mes années étudiantes, probablement achetées au rayon couverts du Monoprix du coin. Certes je ne suis pas fan du plastique, mais c'est plus facile à trouver, et je crois que je préfère quand même le compromis de la baguette en plastique à celui de la fourchette en métal (sauf lave-vaisselle).

J'ai essayé quelques baguettes métalliques creuses achetées à des chinois sur la marketplace d'Amazon, mais aucune ne m'a vraiment convaincue.

Je ne me souviens plus exactement comment je suis tombée sur les baguettes de Ti Survival, mais le titane massif a juste le bon poids pour être parfaitement à mon goût, la surface « texturée » aide beaucoup à saisir la nourriture (les gnocchi dans la sauce sont pratiquement le test ultime à mes yeux), et la modularité (chaque baguette est en deux morceaux vissés ensemble) peut aider à les rendre moins encombrantes.

J'aime tellement ces baguettes que j'en viens à craindre la possibilité de les perdre et de découvrir la disparition de Ti Survival en voulant les remplacer. Je suis encore en train de me battre contre l'envie d'en commander une troisième paire de secours.

C'est pour moi la paire de baguettes ultime, je ne vois pas comment on peut faire plus à mon goût.

Les sporks

Ma collection de sporks De gauche à doite : l'étui plastique de Light My Fire, puis les sporks de Light My Fire, Snow Peak, et Toaks.

Malheureusement tout n'est pas mangeable avec des baguettes, et le complément le plus compact est la combinaison de fourchette et de cuillère que les anglais appellent spork.

Mais comme j'avais de gros doutes sur les cuillères à dents dans la plupart des designs, j'ai plutôt regardé du côté de la spork de Light My Fire (sauf que j'avais la première version, avec des crans plus fins dans la partie "couteau"), qui a une vraie cuillère et une vraie fourchette, à chacune des extrémités du manche.

Contrairement à beaucoup de commentateurs que j'ai lus, je n'ai pas été si gênée que ça par le côté qui n'est pas en cours d'utilisation, et je l'ai utilisée volontiers pendant des années.

Et puis j'ai vu Uncle Roger expliquer qu'une fourchette c'est pour piquer et une cuillère c'est pour pelleter et ça m'a fait réfléchir aux parallèles et aux différences entre ces deux ustensiles, et j'ai eu envie d'essayer une spork traditionnelle.

J'ai donc épluché les comparatifs, celui-ci me semble être le plus intéressant, et j'ai commencé par acheter celle de Snow Peak. J'ai été très agréablement surprise par l'amélioration du confort d'utilisation en ayant un vrai manche, et par l'utilisabilité en tant que grosse cuillère malgré les fentes qui forment la fourchette.

En revanche, j'ai trouvé la spork de Snow Peak complètement nulle pour piquer, j'avais encore plus de mal à y faire tenir la nourriture qu'avec des baguettes.

Je me suis souvenu d'un comparatif de sporks dans lequel l'auteur aimait bien celle de Snow Peaks parce qu'elle est arrondie de partout, contrairement à celle de Toaks qui raye tout, donc forcément j'ai essayé celle-là.

Après plusieurs essais sur différents aliments, j'aime beaucoup cette Toaks, au point de remplacer celle de Light My Fire au bureau et d'en acheter une deuxième pour les voyages.

Cependant, contrairement aux baguettes, je peux encore imaginer de l'amélioration, et je reste ouverte aux nouvelles possibilités.

Le couteau

Si le bord de la spork suffit pour couper beaucoup de choses qui sont cuites, ce n'est pas toujours suffisant. Surtout lorsqu'il y a de la viande.

Mais pour cet ustensile-là, je ne vais pas avoir grand-chose à ajouter à mon billet Victorinox Bantam et Solo. J'aime beaucoup la marque Victorinox, et je trouve les variantes "alox" très sympathiques aussi bien sur le plan tactile que sur l'encombrement.

En plus le Solo est bien adapté à l'utilisation fréquente et sédentaire au bureau, tandis que le Bantam est bien adapté à l'utilisation ponctuelle en voyage par sa légèreté et son outil supplémentaire.

La serviette

Ce n'est pas à proprement parler un ustensile, mais à force d'accumuler les ustensiles il finit par se poser la question du conteneur qui les rassemble.

En plus les serviettes communes ne sont pas toujours dans un état sanitaire très convainquant, donc je me suis fabriqué un rectangle de tissu qui fait en même temps set de table, serviette éponge pour la vaisselle, et trousse pour les couverts.

Je l'avais construite pour une paire de baguettes, le Solo, et une paille en titane, avec la spork de Light My Fire à l'intérieur du rouleau, et son relief permet à l'élastique de la caler dedans.

Je pense qu'il faudra faire quelque chose pour empêcher que les dents de la spork de Toaks abiment la serviette éponge, mais autrement ça me semble adaptable à toutes mes reconfigurations.

La paille

J'avais acheté une paille en titane chez Ti Survival en même temps que les baguettes, mais je n'ai pas vraiment trouvé d'occasion de m'en servir. Et même s'il y en avait, trouve que cette paille trop épaisse et lourde, il y aurait des alternatives chinoises plus intéressantes.

Je rate peut-être quelque chose, et peut-être qu'un jour avoir une paille métallique me manquera.

La petite cuillère

Exemples de petites cuillères De gauche à droite : petite cuillère quelconque, ma petite cuillère préférée, ma deuxième cuillère préférée, et la cuillère en titane de Keith.

Je n'ai pas encore arrêté de choix, mais le besoin de petite cuillère se fait de plus en plus pressant dans cette histoire.

Je suppose que tant que j'utilisais la spork de Light My Fire, je pouvais me satisfaire de la cuillère un peu trop grosse qu'elle proposait, mais toutes les autres sporks sont très frustrantes en tant que petite cuillère.

J'utilise une petite cuillère surtout pour les yaourts et les desserts dans un pot similaire (compotes, crèmes dessert, etc), et j'éprouve une frustration insupportable lorsqu'il reste au fond du pot trop de dessert inaccessible avec mon ustensile.

Autant la grosse cuillère et les sporks sont parfaites pour la soupe et les autres plats liquides, autant ils échouent à attraper la fin des desserts crémeux.

J'imagine que c'est un peu idiot de cumuler cuillère et spork, à ce compte-là autant prendre une vraie fourchette avec la vraie cuillère. L'idée est en train de faire doucement son chemin, mais la spork garde l'avantage au niveau du lavage, en étant presque équivalente à une cuillère au niveau de la pénibilité ressentie, et en n'ayant qu'un seul ustensile à laver lorsque le plat est n'est pas bagguettable et que le dessert n'est pas en pot (ce qui souvent le cas ces derniers temps).

Malheureusement, j'ai plus de mal à trouver une petite cuillère qui me plaise que pour les autres ustensiles. Il y a chez moi deux petites cuillères que j'aime beaucoup plus que toutes les autres cuillères que j'ai croisées, mais je ne saurais pas précisément expliquer pourquoi.

J'ai l'impression qu'une bonne part vient d'un manche relativement long et un bol relativement pointu (peut-être parce que ça permet de nettoyer encore mieux les coins des pots de desserts ?).

Cependant je n'ai pas réussi à trouver de moyen d'en acquérir d'autres. Je n'ai même pas de mot-clé pour décrire ce que je veux. C'est très frustrant.

J'ai quand même essayé la petite cuillère de Keith, qui a l'air d'être la seule petite cuillère en titane sur le marché, et j'ai été agréablement surprise par sa capacité à racler le bord d'un port yaourt sur presque toute sa hauteur, j'imagine que c'est ce qui a motivé sa forme surprenante.

J'aime bien le titane parce qu'il permet des jolies anodisations, et que le titane massif donne aux couverts une solidité et un poids agréables sans alourdir le sac, mais je ne suis pas une fangirl inconditionnelle. Si je trouvais un fournisseur de petites cuillères en inox de forme à mon goût, j'en achèterai sans hésiter et sans titane.

Si vous avez une idée de comment trouver ça, elle serait plus-que-bienvenue ici.

Conclusion

Voici l'état actuel de ma trousse de couverts de voyage, sans la trousse elle-même que je n'ai pas encore construite.

Mes couverts de voyage aujourd'hui

Publié le 29 octobre 2021

Tags : Jouets

En vrac 5

Et c'est reparti pour un nouveau tas de liens en vrac.

Publié le 21 octobre 2021

Tags : En vrac

Contrôle de la technologie et du corps

Avec les univers futuristes qui reprennent un peu de place dans ma liste de lecture, je repense de temps en temps à l'ambiance cyberpunk dans laquelle j'ai grandi, même si elle n'est plus tout à fait à mon goût.

Il m'arrive aussi parfois de comparer le monde cyberpunk de l'époque avec le monde actuel. Et parfois, je me rends compte que sur certains points, ce monde était optimiste dans sa vision du futur. Quand la réalité est pire qu'une dystopie, il faut faire attention parce qu'il y a sans doute quelque chose d'intéressant derrière.

Par exemple, il y a le progrès technologique, surtout dans l'intégration au corps humain (prothèses cybernétiques, processeurs neuraux, etc), mais je me dis que c'est plus une direction différente qu'a pris notre monde plutôt qu'un progrès objectivement plus lent.

Et puis à proximité de ce genre de réflexions, je tombe sur ce thread Twitter (merci à @bayartb) dans lequel sont décrits une pompe à insuline et un capteur de glycémie qui ne sont pas loin du tout ce qu'on aurait pu appeler à l'époque un pancréas cybernétique.

Sauf qu'un pancréas cybernétique imaginé au millénaire dernier serait resté sous le contrôle de la personne greffée, alors que celui-ci reste de facto dans les mains de son fabricant et des médecins, et ces derniers utilisent ostensiblement leur pouvoir pour houspiller les utilisateurs qui ne feraient pas exactement comme il faudrait.

J'imagine qu'il doit bien y avoir quelques exemples de fictions de l'époque dans lesquels les prothèses cybernétiques restent contrôlées et surveillées par la corp' qui les a fabriquées, mais c'était loin d'être une possibilité largement présente dans l'air du temps.

L'air du temps, c'était plutôt les prothèses plus ou moins foireuses, achetées à la sauvette auprès de types plus ou moins louches, et installées par le charcudoc du coin plus ou moins glauque. On risquait de se faire escroquer ou de subir une panne à un moment inopportun, mais on pouvait aller chez un autre charcudoc un peu moins glauque pour se faire rafistoler.

Les mouchards dans ces appareils étaient envisageables, mais comme des attaques ciblées envers les gens particulièrement significatifs, que des techies talentueux pouvaient contrecarrer sans remettre en cause le fonctionnement normal de l'appareil.

Je crois que le meilleur parallèle (que j'ai piqué aux militants du droit à la réparation) est l'automobile, qu'on peut acheter au prix fort chez un concessionnaire ou avec moins de garanties dans des conditions plus informelles, et une fois propriétaire on peut la modifier, la réparer, ou la démouchardiser soi-même ou chez un mécano' plus ou moins de confiance et plus ou moins labellisé.

Au lieu de ça, notre société est complètement partie dans l'économie de la surveillance, le mouchard est une composante fondamentale de l'architecture de tous les systèmes avancés, et considérer l'utilisateur comme un ennemi est devenu l'état d'esprit par défaut.

Et je ne comprends pas comment nos contemporains font pour accepter ça si facilement.

J'essaye de ne pas le faire parce que ce n'est pas très charitable, et un peu arrogant, mais j'ai tendance à imaginer que les gens se laissent facilement embarquer dans une espèce de tunnel entre leur situation courante et leur objectif immédiat, qui leur fait perdre de vue toutes les bifurcations possibles sur le chemin, comme les pannes ou les malveillances.

Je n'ai pas ce mode fonctionnement, et quand j'envisage de donner une place significative dans ma vie à un outil ou à un processus, j'imagine toute une palette de situations dégradées auxquelles je veux pouvoir faire face.

Par exemple, je m'embête la vie à restreindre mon choix d'ordiphone à des modèles antichocs et étanches pour pouvoir m'en servir pour appeler des secours si je tombe (ou si je suis projetée) dans une flaque ou une étendue d'eau de ce type, et qu'il se retrouve submergé.

De la même façon, si un jour ma survie ou une part significative de mon confort dépend d'un dispositif médical, je vais avoir besoin de compter dessus, ce qui veut dire le comprendre au point de pouvoir le réparer à l'improviste dans une grotte afghane.

Bref, j'ai un besoin d'une sorte de bulle d'autonomie et d'autodétermination, dans laquelle se trouve mon corps et les outils sur lesquels je compte. Ce n'est pas sans déception que je ne pas vraiment vu de réflexion dans ce sens dans le roman intitulé justement « Autonome ».

Autant dire que le pancréas cybernétique évoqué ci-dessus me mettrait hors de moi, et suivant les alternatives possibles ou mon humeur il y a de bonnes chances que je refuse complètement l'appareil ou que je déploie toutes mes compétences présentes et futures en cybersécurité pour en arracher le contrôle.

Et en fait, ce n'est pas limité aux outils que je considère comme une extension de mon corps, ça s'applique aussi à mon corps lui-même. Si ma survie ou une part significative de mon confort dépendait d'une molécule, je chercherais à en sécuriser l'approvisionnement, maintenir un stock, voire chercher comment la synthétiser.

Sans aller beaucoup plus loin on peut trouver l'actualité sur l'avortement au Texas, qui touche aussi aux limites du contrôle de son propre corps, mais c'est un espace conceptuel que je ne veux pas explorer pour le moment. Et par là-bas se trouve aussi la frontière entre le contrôle sur les modifications que l'on peut (ou non) volontairement faire (ou faire faire) à son propre corps, et le contrôle sur les modifications qui s'y produisent spontanément.

Cependant toutes ces considérations supposent d'avoir un moyen de renoncer ou d'échapper aux dispositifs de surveillance. J'imagine toujours naïvement avoir ces moyens, mais c'est parce que je ne suis pas sûre de supporter l'alternative. Et même si j'ai ces moyens, je ne serais pas satisfaite d'un privilège, il faudrait que tout le monde ait ces moyens. Pas forcément de façon à ce que tout le monde soit capable d'utiliser ces moyens, mais de façon à ce que tout le monde puisse le déléguer à la personne de confiance choisie.

Je trouve cette surveillance de plus en plus étouffante. Il y a des administrations et des entreprises qui sont ivres de leur pouvoir et qui devraient tomber pour ça. Et j'ai de plus en plus envie de contribuer à les faire tomber.

J'ai un peu l'impression que notre monde est l'équivalent numérique de (l'image qu'on se fait de) l'ère féodale, avec une population taillable et corvéable à merci, et qu'il va falloir une révolution violente avant d'avoir l'équivalent sur les données de la déclaration des droits l'homme et du citoyen.

Publié le 30 septembre 2021

Tags : Réflexion Société Vision atypique

Samsung Galaxy XCover Pro

Ça fait depuis déjà plus d'un an que j'ai annoncé la retraite de mon ordiphone principal, et à l'époque je me demandais quel morceau d'électronique allait lui succéder. Il n'a pas fallu longtemps pour que je me décide pour le Galaxy XCover Pro, et voici mes impressions après un peu plus d'un an d'utilisation.

Mes trois derniers ordiphones Évolution de mes ordiphones : Samsung Galaxy S4, Kyocera Torque KC-S701, Samsung XCover Pro

Résumé des épisodes précédents

Pour rappel, en mai 2015 j'ai acheté un ordiphone Kyocera Torque KC-S701 pour environ 400 €, avec des entrailles comparables aux ordiphones contemporains à 200 €, ce qui fait payer environ 200 € son caractère antichoc et étanche.

Un peu plus de cinq ans plus tard, je l'ai mis à la retraite, après avoir conclu que payer la robustesse à ce prix me convient, mais que j'aimerais bien une longévité logicielle comparable à la longévité matérielle.

J'ai donc investi dans un Galaxy XCover Pro à environ 500 €, qui a des entrailles comparables à celles du Galaxy A51 à environ 300 €, ce qui fait le durcissement et la remplaçabilité de la batterie pour 200 €. Le compromis matériel est donc comparable à celui qui m'a plu dans son prédécesseur, mais Samsung est réputé fournir des mises à jour régulières des logiciels embarqués, contrairement aux autres fabricants principaux d'ordiphones robustes (j'ai relevé Caterpillar, Crosscall, Blackview, et Unihertz).

Cette robustesse physique est importante pour l'utilisation principale de cet appareil ; pour rappel, voici les utilisations retenues, par ordre décroissant d'importance à mes yeux :

  1. communications vocales ou SMS avec des secours ou des proches en cas d'urgence vitale,
  2. communications vocales, SMS, WhatsApp, et Signal, avec des proches en situation normale,
  3. retrouver mon chemin sur une carte,
  4. accéder à des sites web ou à un serveur SSH en urgence,
  5. recevoir des notifications par pushover ou équivalent,
  6. faire des photos aide-mémoire (David Madore développe l'idée mieux que moi),
  7. servir de deuxième facteur d'authentification,
  8. faire fonctionner les appli'-à-la-con nécessaires pour le fonctionnement de certains jouets (gants chauffants, boroscope, etc),
  9. passer le temps sur des jeux idiots ou en écoutant de la musique.

Je me sens un peu nunuche à chaque fois que je dresse ce genre de liste, mais je me force parce que je sais que moi-du-futur sera très contente de pouvoir les retrouver et les comparer au fil du temps, comme ça m'est déjà arrivé plusieurs fois par le passé.

Impressions

La taille, ça compte

Ma première impression a confirmé ce que je craignais en lisant les spécifications : cet appareil est énorme. Je ne suis pas encore complètement à l'aise avec le mot « téléphone » pour le désigner, je pense plus souvent à « tablette ». Je ne sais pas trop ce qui est arrivé au mot « phablet », qui serait peut-être le plus adapté ; je soupçonne qu'il a été volontairement purgé pour couvrir la disparition des ordiphones de taille raisonnable.

Plusieurs personnes m'ont assuré que je me ferais rapidement à cette augmentation, et je dois reconnaître que c'est vrai pour la taille d'écran lors de son utilisation. En revanche, l'encombrement physique de l'objet est un fardeau du quotidien auquel je ne me fais pas plus qu'à des chaussures trop petites.

J'ai aussi trouvé une gêne dans l'utilisation de l'appareil à une main, et je n'avais pas conscience que j'utilisais mon pouce si souvent, je pensais que j'utilisais mes index dans une majorité plus écrasante.

Je pense de plus en plus que ce qui me conviendrait le mieux serait une séparation entre un appareil de communication miniature et un terminal plus confortable mais plus encombrant. Le premier pourrait ressembler à un pager, il assurerait l'accès internet cellulaire, relaierait des notifications en affichant des messages courts, et pourrait envoyer des messages prédéfinis à des contacts ou à des services de secours, et idéalement pourrait prendre des photos ; le second pourrait être remplacé par un vrai PC quand les conditions s'y prêtent, et serait moralement un ultra-portable le reste du temps.

OK, je peux toujours rêver, en attendant, dans la Vraie Vie, le Jelly 2 me fait toujours de l'œil, mais je sens que ça va encore être un Android coulé dans le béton qui accumule les trous de sécurité…

Les promesses tenues

Pour commencer, le critère déterminant qui m'a fait pencher vers Samsung était les mises à jour logicielles, et j'ai été servie (au moins en apparence, je n'ai pas fouillé les détails de chaque mise à jour). Je regrette un peu de ne pas avoir tenu de journal de quand il m'a demandé un redémarrage avec installation de mises à jour, mais j'ai l'impression d'en avoir vécu une demi-douzaine. Ça ferait une mise à jour générale tous les deux mois, c'est moins fréquent qu'à mon goût sur les PC, mais c'est beaucoup plus que ce à quoi je m'attends sur toute la vie des systèmes concurrents.

Le pendant, c'est que par rapport aux concurrents spécialisés dans les ordiphones robustes, la robustesse est moins flagrante, et je suis un peu moins en confiance, au point de lui adjoindre une coque Spigen et un protecteur d'écran.

J'ai aussi arrêté les chutes volontaires pour impressionner la galerie, mais vu l'usure prématurée des capteurs de mon Kyocera, je pense que même avec un catphone j'aurais arrêté.

Cela dit, je me souviens de trois chutes involontaires assez violentes pour m'inquiéter pendant une fraction de seconde. Ça qui me semble plutôt beaucoup pour une seule année, mais peut-être que l'arrêt des chutes volontaires m'a rendue plus sensible, je pense qu'une des trois aurait été un business as usual pour mon Kyocera.

Malgré ça, l'ordiphone et tous ses capteurs fonctionnent encore parfaitement, et il n'y a même pas de marque sur sa coque.

Il y a une nouvelle épreuve, que cet ordiphone a subi beaucoup plus intensément que son prédécesseur : la navigation sur ma moto. Je n'ai aucune idée du niveau de vibration qu'un ordiphone peut naturellement encaisser, et je ne sais pas trop ce qu'il est possible de faire pour l'améliorer, donc ce n'est peut-être pas une épreuve. J'imagine que ce sont quand même des conditions assez violentes, auxquelles la météo vient se rajouter.

Cet ordiphone trône sur un support RAM pratiquement à chaque fois que je sors la moto, et il semble le vivre très bien.

Au niveau de la résistance à l'eau, je n'ai été qu'à peine plus modérée : j'ai abandonné l'ordiphone dans le bain, mais je m'en sers encore sous la pluie, et je le nettoie sous le robinet quand le besoin se fait sentir.

Photo de la projection marron

Il y a une fois où le besoin s'est particulièrement fait sentir, après un trajet en moto au cours duquel une matière marron a été projetée sur l'appareil. J'essaye très fort de croire que c'est juste de la boue qui vient d'un engin de chantier, et non pas une excrétion aviaire. Bref, juste après cette photo, il a subi le nettoyage le plus approfondi que j'ai jamais donné à un appareil électronique.

Contrairement à son prédécesseur, qui assurait l'étanchéité en scellant les ports, les ports USB et jack sont toujours exposés, et l'étanchéité se fait à l'intérieur. Je ne sais pas du tout si c'est plus durable, mais ça a le mérite d'être fixe et de ne pas subir d'usure mécanique.

Une conséquence est qu'il peut détecter à tort la présence de liquide dans le port USB, et y couper l'électricité. J'ai un câble comme ça, l'enrouleur qu'on peut voir en photo dans mon EDC millésime 2019, et qui est donc complètement inutilisable avec cet ordiphone, aussi bien pour la charge que pour le transfert de données. C'est dommage parce que j'aimais beaucoup ce format avec enrouleur, et je n'ai pas trouvé de remplaçant.

Tant qu'on est dans le liquide, je suis en marquée par cette journée de neige en mars 2013 où deux flocons fondus rendaient inutilisable l'écran tactile de l'ordiphone que j'avais à l'époque. Je me demande s'il y a eu un progrès généralisé, mais à l'époque mon Kyocera était un des premiers qui promettait d'être utilisable mouillé ou avec des gants. Ce Samsung fonctionne très bien lorsqu'il est mouillé, et il y a une option dans les paramètres pour augmenter la sensibilité au point d'être compatible avec les gants, mais je ne l'ai pas essayée.

Les bonnes surprises

Ce n'était pas dans le cahier des charges, mais la grande taille de cet ordiphone combinée avec sa robustesse en font un très bon GPS de moto, en concurrence directe avec un Zūmo.

Je l'utilise avec OsmAnd pour capturer des traces GPS, pour avoir une carte sous les yeux qui comme une idée approximative d'où je suis et de la limite de vitesse courante, et pour la navigation quand je préfère ignorer les fluctuations du trafic pour économiser la connexion cellulaire et la batterie. Je l'utilise avec Waze quand je veux faire au plus court, qui a y laisser ma vie privée, mon forfait, et ma batterie.

Et toujours au niveau de la taille, je reconnais avoir été agréablement surprise par le gain de confort visuel. Ça reste en deçà du confort de ma vraie tablette, mais cette dernière ne rentre pas dans une poche arrière de jean's. Ce confort visuel est un peu mitigé par l'inconfort d'utilisation de l'écran tactile avec le pouce, mais comme j'utilise plus volontiers mes index ce n'est pas si grave.

Le lecteur d'empreintes est aussi une bonne surprise. J'ai découvert la fonctionnalité avec beaucoup de suspicion, comme pour tout ce qui est biométrique ; maintenant que j'ai essayé, je ne peux pas nier le côté pratique du déverrouillage quasi automatique, et la possibilité de donner un accès à un tiers (ma moitié) sans révéler le mot de passe maître.

D'un autre côté, je n'ai pas pu mesurer sa vulnérabilité : combien de doigts seraient reconnus à tort comme les miens, quel niveau de sophistication faut-il pour construire un objet qui déverrouille l'appareil à partir d'un objet que j'ai touché, etc. Pour l'instant je préfère ne pas y penser, mais ces considérations vont finir par me rattraper, et je n'aurais à mettre en face que la vulnérabilité de taper visiblement le mot de passe maître un peu partout. Et il faudra aussi regarder comment le Smark Lock modifie cette équation.

J'imagine que ce n'est pas spécifique à ce modèle en particulier, et je ne sais pas si c'est une samsungerie ou une androiderie, mais j'ai découvert et adoré la « rotation manuelle » (avoir la rotation de l'écran est qui est désactivée, mais quand on tourne l'appareil un bouton apparaît brièvement pour valider ponctuellement cette rotation).

C'est particulièrement pratique lorsqu'il sert de GPS moto, parce que de temps en temps la moto penche au point de lui faire croire qu'il a changé d'orientation, et la fixation est beaucoup plus pratique dans un sens paysage, alors que mon utilisation habituelle est en mode portrait.

Verdict

Je crois que l'indice le plus clair de mon opinion est que dans la partie ci-dessus il y a ce à quoi je m'attendais et du positif, mais pas de mauvaise surprise.

En changeant d'ordiphone, je m'attendais à une impression similaire à mon changement de montre intelligente, une pierre de plus dans le mur qui me sépare de l'expérience « grand public » de la technologie. Je m'attendais à devoir prendre sur moi un peu plus pour faire semblant de l'aimer, quoi.

Alors d'accord, ce n'est pas l'amour fou, ce n'est pas un jouet que j'ai immédiatement adopté et adoré (comme mon clavier, ma montre précédente, ou ma pince suisse), mais globalement c'est plutôt positif quand même.

Il n'y a vraiment que son encombrement qui me déplaise. Avec une taille correspondant à un écran de 4" ou de 4.5", tout le reste égal par ailleurs, il saurait au maximum de mon goût pour un ordiphone Android. Et même ça, je ne sais pas si ce serait suffisant pour m'enthousiasmer, vu mes problèmes avec la catégorie toute entière.

Publié le 31 août 2021

Tags : Jouets

Rencontre routière

Il m'est arrivé une étrange aventure l'autre jour alors que je chevauchais mon destrier mécanique, et j'ai à la fois peur de lui donner trop d'importance et peur de passer à côté d'une leçon importante.

Donc je vais vous la décrire ici avec mes réflexions, comme une entrée blogesque, au lieu d'une rapide description factuelle dans mon journal d'une apprentie motarde, dans l'espoir de confronter des avis extérieurs et ainsi me clarifier les idées.

Quelques éléments de contexte

L'histoire se passe sur le périphérique parisien, et nécessite peut-être quelques éléments de contexte général. Je prends le risque de biaiser votre perception de mon histoire en attirant l'attention sur ces points, alors qu'il y a peut-être d'autres éléments que j'ai raté et que je passe sous silence, et que vous ratez donc aussi.

Il m'arrive donc d'emprunter le périphérique parisien pour diverses raisons, mais jamais pour le plaisir.

Un des grands principes que j'ai appris dans ma formation motocyclique, c'était de ne jamais faire quelque chose que je ne sens pas.

Malgré la fin de la première expérimentation de la circulation en inter-files, j'ai continué cette pratique suivant à peu près les mêmes paramètres : uniquement entre les deux voies les plus à gauche et à une vitesse que « je sens ».

Concrètement, sur le périphérique, je ne dépasse que très rarement 30 km/h en inter-file, et dans ces cas c'est de peu et bref. J'ai suffisamment de patience pour rester au milieu de ma file quand elle avance à 35 km/h.

Il se trouve que je suis beaucoup plus timorée que la plupart des autres conducteurs de véhicules capables de circuler en inter-file, et donc il n'est pas rare que je me fasse rattraper. Habituellement quelques fois par kilomètre, je me range sur une des deux files adjacentes pour laisser passer un ou plusieurs autres usagers.

À cette occasion, il n'est pas rare que les motards qui passent me fassent un signe du pied ou de la main pour me remercier de les laisser passer.

D'autre part, avec ma tendance à respecter les limites de vitesse pour éviter les ennuis administratifs liés à la perte de point, il n'est pas rare que je me fasse doubler par des motards dans plein d'autres circonstances, et ces motards me font souvent un signe de salut, de la main ou du pied.

Je me plaignais récemment à un ami que je ne pouvais pas retourner ce salut, parce que sans aller jusqu'à dire que les rétroviseurs de moto sont une vaste blague, la visibilité vers l'arrière reste nettement moins bonne que vers l'avant, et je ne vois pas trop quel signe de salut peut être raisonnablement visible pour un motard devant moi.

Il m'a dit qu'il salue du pied avant d'être doublé, lorsque l'autre motard est encore derrière, ce qui résout le problème de façon tellement simple que je me demande pourquoi je n'y avais pas pensé.

À partir de là j'ai commencé à faire ce salut, y compris juste avant de quitter l'inter-file pour laisser passer un motard.

La rencontre

Ce jour-là j'étais sur un périphérique bien ralenti, en accordéon, au point de pouvoir faire de l'inter-file utile vers 20-25 km/h et d'avoir souvent des occasions de me rabattre pour laisser passer les autres usagers de l'espace inter-filaire.

À un moment j'arrive en vue d'un motard en BMW K1200R, arrêté en travers de la voie du milieu (juste à ma droite, donc), prêt à s'insérer dans l'interfile. J'ai beaucoup ralenti pour le laisser passer devant moi, mais comme il n'avait pas l'air de partir, j'ai continué mon chemin dans l'inter-file. Il s'y est engagé juste après moi.

Je m'attendais à ce qu'il me trouve trop lente et me fasse signe pour que je me rabatte, mais il ne l'a pas fait. J'ai conduit aussi vite que possible, ce qui restait très lent par rapport aux habitués, pour le déranger le moins possible, quitte à sortir de ma zone de confort.

Je crois que j'ai essayé de me rabattre une fois, et qu'il est resté derrière moi, mais je ne suis pas complètement sûre.

En tout cas j'ai fréquemment vérifié qu'il était encore derrière moi, et qu'il ne montrait aucun signe d'impatience, parce que c'était quand même la première fois que j'ai été suivie en inter-file.

Pendant toute cette histoire, je l'ai traité comme si la première fois que je l'ai vu était arrêté dans la voie du milieu, mais en repensant à cette histoire, je suis à peu près sûre qu'en fait il était arrivé derrière moi avant tout ça, je me suis rabattue pour le laisser passer, et il est passé en me saluant de la main. Bref, une interaction interfilaire tout à fait habituelle, comme j'en ai peut-être connu des centaines. Je ne me souviens plus si j'ai tendu le pied avant de me rabattre, pour le saluer avant qu'il me dépasse, mais j'imagine que je l'ai probablement fait.

Ensuite je me suis rabattue sur la voie du milieu, mais je me souviens plus exactement pourquoi : c'était soit ma première tentative de le laisser passer même s'il ne semble manifester aucun besoin d'aller plus vite que moi, ou j'avais essayé une fois avant et il m'avait suivie et dans ce cas je ne sais pourquoi je me suis rabattue une deuxième fois. Peut-être que la première fois n'était pas assez claire pour conclure ?

Bref, alors que je me rabats, il se rabat aussi et avance à mon niveau et me crie de le suivre parce qu'il veut me donner des conseils.

À ce stade, j'ai reconnu la situation classique d'être interpelée par un inconnu, donc potentiellement dangereux, sans avoir de contrainte horaire. J'ai donc suivi le chemin de moindre résistance et coopéré.

Je l'ai suivi le long de la rampe de sortie du périphérique et dans la rue jusqu'à zone proche où nous nous sommes arrêtés. Nous avons discuté pendant environ dix minutes, et chacun est reparti de son côté.

J'ai trouvé son départ assez impressionnant par l'angle qu'il a pris pour faire l'angle droit entre la sortie du trottoir et l'entrée dans la rue ; j'aurais bien vu 45° mais je pense que je surestime l'angle exact. Ça ne me semble pas spécialement utile, je crois que j'aurais pu suivre la même trajectoire avec ma conduite basse vitesse et verticale comme un vélo ; je ne saurais pas dire si pencher lui a permis de le faire plus vite, ou si c'est juste plus flashy.

Rien d'extraordinaire jusque-là, parce qu'évidemment toute la difficulté est dans l'interprétation de la compréhension.

La discussion

Malheureusement, je n'ai aucun moyen fiable de décrire cette conversation de façon neutre, la retranscription que je vais en faire va être fatalement biaisée par mes impressions a posteriori. Je ne me moquerai plus jamais des dashcams moto qui veulent enregistrer du son, et il faudra que je regarde si mon ordiphone peut assurer cette fonction.

En substance, il disait que périphérique à moto c'est dangereux, qu'il y a des gens qui y meurent tous les jours, qu'il ne faut pas y aller quand on ne maîtrise pas, et que manifestement je ne maîtrise clairement pas et que je risque ma vie à chaque fois, que c'est dramatique, qu'il ne peut pas laisser faire ça. Il avait remarqué ça la première fois que je l'ai laissé passé, mais il est ensuite allé derrière moi pour vérifier et m'interpeler.

Et il m'a laissé son numéro de téléphone pour que je l'appelle et qu'il me « donne une leçon » bénévolement, que je monte derrière lui sur sa moto pour qu'il me montre comment on fait.

Et à l'appui de son discours, ses propres exploits, à 160 km/h sur le périph' ; un accrochage de guidon avec un autre motard à 180 km/h sur l'autoroute qu'il a pu débloquer grâce à son sang-froid et sans accident ; son expérience sur circuit, etc.

Et aussi évidemment des choses que je fais mal, comme le manque évident de maîtrise et de vitesse, la trajectoire approximative, le réservoir pas assez serré avec les cuisses, et que je regarde trop souvent dans le rétroviseur.

Dans le feu de l'action, j'ai trouvé ses exploits un peu exagérés mais pas impossibles, avec mes tendances à l'autodévalorisation, et même si j'avais déjà remarqué les non sequitur (aller à 160 ou 180 ou sur une piste n'a aucune pertinence pour l'interfile, et je n'arrive toujours pas à concevoir comment plus de vitesse peut diminuer de quelque manière que ce soit la dangerosité de l'interfile), j'ai accepté volontiers la critique.

C'est plus général chez moi, je prends toutes les remarques et je cherche à en tirer un maximum de leçons, avec une certaine frustration quand je ne peux rien en faire.

C'est peut-être ça d'ailleurs le piège : comme on me fait des remarques, je veux en tirer des leçons, donc je mobilise tout ce que je peux pour en mémoriser le plus possible, et j'y reviens encore et encore ensuite.

Serrer le réservoir avec les genoux, c'est le truc de base qu'on apprend à la moto-école, mais ça devient automatique, donc je n'ai plus la certitude de bien le faire, sauf quand je reprends la moto après longue pause, auquel cas les muscles de mes cuisses le rappellent douloureusement le lendemain.

Trop regarder derrière, c'est tout à fait possible, surtout si c'est au détriment du temps passé à regarder devant, mais son observation est biaisée par les circonstances que j'ai décrites : quelque chose d'inhabituel et d'inquiétant derrière moi.

D'ailleurs la remarque sur le serrage de réservoir, est-ce que ça ne pourrait pas être une mauvaise interprétation du pied que j'ai tendu pour le saluer ?

Et cette histoire de trajectoire mal maîtrisé, est-ce qu'il n'a pas sur-interprété ma tendance à équilibrer l'espace à gauche et à droite (pour être aussi loin que possible des deux dangers de collision), et donc à plus ou moins zigzaguer suivant la largeur et la position des véhicules voisins ?

Mais d'un autre côté, il a peut-être raison quand il dit qu'au premier automobiliste qui fait de la merde je vais y rester. Je n'ai jamais eu de « presqu'accident » ni même de surprise, donc je n'ai aucune idée de la marge que j'ai pour y faire face. N'ai-je esquivé l'accident jusqu'à présent que par la chance ?

Et puis à force d'y repenser, j'ai commencé à me demander si arborer du rose sur mon blouson et mes chaussures a pu le conduire à me sous-estimer. Voire à chercher une façon de m'aborder pour établir quelque chose. Tout cela aurait-il pu n'être qu'une manœuvre de drague motarde sans aucune autre valeur ? Y a-t-il au moins quoi que soit à tirer de toute cette interaction ?

Bref, je m'en sors avec une grosse claque à la confiance en soi et des tonnes de questions, et je lirai volontiers vous réactions dans l'espoir de démêler un peu tout ça. (Les critiques motocycliques sont bienvenues aussi, mais ce n'est peut-être pas en lisant mon weblog qu'on peut en formuler.)

Publié le 31 juillet 2021

Tags : Évènement Réflexion Social

Consement au soutien

J'ai déjà écrit plusieurs fois (par exemple dans L'écrit contre l'oral) que j'aime les fictions qui me lancent dans une réflexion intéressante.

La dernière en date est une situation que j'ai déjà rencontrée plusieurs fois dans les fictions, et je m'interroge ici sur sa transposition dans la réalité.

J'aurais bien aimé pouvoir juste coller un lien vers tvtropes.org pour décrire cette situation fictive, parce que j'ai l'impression d'avoir rencontré ce schéma assez souvient pour qu'il ait droit au statut de trope, mais je ne l'ai pas trouvé.

Donc à la place, je vais décrire en termes généraux la situation, et ensuite développer les problèmes que je vois dans sa transposition dans la réalité.

Le soutien contre son gré

Il y a d'abord un personnage que je vais appeler V, qui est provisoirement dans un très mauvais état émotionnel, que ce soit à cause d'une situation authentiquement merdique, du retour d'un traumatisme, d'un effet magique, ou de toute autre raison.

Pour des raisons liées à la personnalité de V ou à la situation ou à la combinaison des deux, V rejette toute forme d'aide ou de soutien, et cherche à gérer la situation en solitaire.

Il y a un autre personnage, que je vais appeler S, émotionnellement lié à V, qui fait fi du refus explicite de V, et qui reste pour aider, généralement en déployant des efforts à la fois pour lutter contre la situation et contre le refus de V.

Une fois la situation résolue, V se rend compte son refus était une erreur, tout le monde est très content que S soit resté, et la relation entre S et V en ressort renforcée.

Comme cette description est volontairement très générale, il existe toute une gamme de scènes qui peuvent y correspondre, des plus mauvaises aux meilleures, et des plus problématiques aux plus consensuelles.

Il me semble que Unwanted Rescue n'est pas loin de ce que je décris, mais c'est à la fois trop étroit parce que S peut être simplement un soutien et non un sauveur (c'est le cas dans mes variations préférées), et trop large parce que S (et le lecteur) sait que l'intervention est utile, et V le sait aussi à la fin.

Quelque part, le cœur de la situation est que S piétine le non-consentement de V parce que la situation rend ce non-consentement invalide, et S connaît suffisamment bien V pour prendre les bonnes décisions du point de V en situation normale, et agir optimalement par intérim.

Donc c'est plus proche du tresha des Aandrisks que du sauvetage à proprement parler.

L'applicabilité réelle

J'ai peur qu'il ne soit pas superflu de préciser à ce stade que le fait que l'apprécie ou non une situation fictive n'a aucun rapport avec mon avis ou mes réactions sur la même situation dans la réalité.

Cela étant, ce schéma de situation m'interpelle particulièrement parce que je sais que ça existe. Pour mon bien-être émotionnel comme pour ma ligne éditoriale, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais j'ai vécu la situation en tant que V, en me rendant compte a posteriori de l'importance du soutien de S, éventuellement parce qu'il a respecté le non-consentement ou que j'ai pu me retenir d'exprimer le rejet.

La fiction permet donc d'envisager ce schéma dans la réalité sous l'autre point de vue. Que faire en tant que S ?

Le gros problème de la réalité, c'est qu'on n'a pas exactement toutes les informations sur la situation, et qu'on ne peut pas utiliser les heuristiques sur quels cas feraient une bonne histoire.

Donc en tant que S, il y a la question très difficile d'évaluer l'état mental de V pour décider s'il est préférable de soutenir ou de respecter le non-consentement.

Et je n'arrive pratiquement pas à imaginer de situation réelle dans laquelle je ferais autre chose que déguerpir, éventuellement après un ultime « es-tu vraiment sûr ? », si quelqu'un voulait explicitement gérer quelque chose sans moi.

Il y a une partie de fragilité personnelle : je ne me sens légitime auprès de personne, j'ai toujours l'impression que ma bienvenue peut expirer à n'importe quel moment sans que je perçoive ni raison ni signe avant-coureur, et si on me jette dehors je serais plutôt à m'excuser de ne pas avoir deviné toute seule plus tôt que l'espace était mieux sans moi.

Il y a aussi une partie plus profonde, une espèce de dogme selon lequel l'esprit de l'Autre m'est complètement inaccessible, qu'il n'y aucun moyen pour moi d'avoir la moindre idée de ce qu'il se passe dans sa tête, et donc a fortiori que je suis complètement incapable d'être mieux placée que la personne concernée pour savoir ce qu'il lui faut.

À la limite, je suppose que je serais capable de faire appliquer une volonté différée de la personne. Par exemple si V voulait expérimenter un nouveau psychotrope récréatif et me demandait explicitement de l'empêcher de faire quoi que ce soit qui prête à conséquence tant que les effets ne sont pas dissipés. Ou plus acceptable socialement, quelqu'un qui sait qu'il a l'alcool mauvais et qui me demanderait d'aller jusqu'à utiliser la force pour l'empêcher si possible de trop boire, ou à défaut de mettre les autres hors de danger.

Même si dans les deux cas je n'ai pas du tout l'impression d'être à la hauteur d'une telle responsabilité, et j'essayerais de proposer une autre solution plus fiable.

Conclusion

Je suis donc gênée par le paradoxe entre le fait qu'il existe manifestement des situations réelles qui ressemblent à ce schéma fictif, c'est-à-dire où le meilleur résultat pour tout le monde est de passer outre le non-consentement de V, et l'impression que je n'arriverai jamais à les percevoir à temps, en me rendant ainsi responsable d'un résultat beaucoup moins bon.

Objectivement, respecter le consentement de quelqu'un me semble être une bonne heuristique par défaut, mais je ne suis pas complètement convaincue qu'adhérer strictement au principe suffise à compenser la moindre qualité du résultat.

Dans un registre complètement différent, c'est peut-être un problème similaire à la présomption d'innocence : par principe il vaut mieux laisser libre un coupable que punir un innocent, même si les conséquences pratiques du cas d'espèce ne sont pas évidemment meilleures que dans l'alternative.

J'ai juste l'impression qu'il est possible de faire mieux dans les situations que je décris ici, alors que pour la présomption d'innocence je n'ai pas cette impression.

Alors, comment faire mieux ?

Publié le 27 juin 2021

Tags : Lecture Réflexion

En vrac 4

Et c'est reparti pour un nouveau tas de liens en vrac.

J'ai l'impression que faire des tas de dix est un bon compromis entre taille de lot et fréquence de publication, mais je me demande si faire systématiquement des lots de dix c'est encore du vrac…

Publié le 13 juin 2021

Tags : En vrac

Esquisse de Go Bag

Comme chaque année, le mois de mai revient, et ça commence à être une tradition sur ce blog d'en profiter pour parler du bazar que j'accumule « au cas où », comme en 2015, en 2016, pas en 2017, en 2018, en 2019, mais pas en 2020.

Avec la déstructuration du quotidien causée par les réponses politiques à la crise sanitaire, je n'ai plus tellement d'Every Day Carry, parce que sauf exceptions minutieusement préparées je suis chez moi every day.

D'un autre côté, cette crise est un bon rappel que les crises peuvent se produire, et il y a peut-être quelque chose à faire pour se préparer aux crises futures, maintenant que la réalité de certains scénarios s'est imposée à nos esprits.

Pas de Bug Out Bag

Parmi les concepts du Survivalisme, on trouve le Sac d'évacuation ou Bug Out Bag (je découvre l'appellation française, car mes ressources sont surtout en anglais). Si je comprends bien, il s'agit d'un sac que l'on garde chez soi, prêt à être attrapé en cas de catastrophe tellement grave qu'on n'envisage pas d'y revenir.

Ces jours-ci le survivalisme ne semble pas trop avoir la cote, entre sa colonisation par l'extrême droite et le complotisme, et l'actualité récente qui le stigmatise, mais je m'en distanciais déjà en 2015.

Comme je l'ai déjà écrit, je suis en paix avec mon extinction en même temps que celle de notre civilisation, parce que je sais que ça ne sert à rien que j'essaye de survivre aux pires scénarios imaginés par les survivalistes.

Si une « rupture de normalité » comme ils l'imaginent se produisait, j'aurais de moindres chances de survie en allant dans la forêt, même avec les meilleures compétences et le meilleur équipement du monde, qu'en restant avec mes congénères et en participant à la reconstruction, dans l'espoir qu'une société capable d'assurer ma survie émerge avant qu'il ne soit trop tard pour moi.

En plus de ça, l'année 2020 a été riche en exemples de la différence entre vivre et survivre, et à titre personnel je ne suis pas convaincue du tout par la perspective de survivre juste pour survivre. Maintenir la machine biologique qui abrite mon esprit pendant celui-ci dépérit ne m'intéresse pas plus que ça.

Bref, même si je vais peut-être emprunter des idées aux survivalistes et aux preppers, je ne veux pas prétendre avoir l'ambition de faire un BOB.

Mes scénarios d'urgence

Maintenant que j'ai écarté les scénarios des survivalistes, il me faut une autre source d'inspiration pour imaginer un scénario auquel je puisse faire face, avant de pouvoir commencer à m'y préparer.

Le Go Bag façon Newsroom

L'inspiration m'est venue du premier épisode de la troisième saison de la série The Newsroom.

Sans divulgâcher, la série suit l'équipe d'un journal télévisé, et dans cet épisode l'attentat du marathon de Boston vient d'avoir lieu, ils cherchent quelqu'un à envoyer sur place, et une jeune employée dit y avoir un contact. La cheffe expérimentée lui demande si elle a un go bag, et visiblement l'autre ne sait même pas de quoi il s'agit. La cheffe sort alors un sac de son bureau, et le lance dans les bras de la nouvelle, en lui disant : « Go ! ».

Pour traduire la situation en mots, je vais donc définir ce go bag comme contenant tout ce qu'il faut pour affronter un déplacement professionnel inopiné et immédiat.

Mon scénario du deuxième type

Je ne suis pas reporter, et dans mon métier je n'imagine pas de déplacement dont l'urgence m'impose de partir dans la minute. Et encore plus maintenant que le télétravail forcé a montré que ça ne marche pas aussi mal que certains décideurs le craignaient.

En plus de ça, mon métier est assez varié, si on m'informait maintenant d'une situation urgente qu'il faut absolument que j'aille régler sur place, il faudrait au moins des heures avant de partir pour m'y préparer, entre le téléchargement de bases de code ou de documentation confidentielle ou interne, et la récupération de matériel pour communiquer avec les dispositifs embarqués (le client est censé pouvoir les fournir, mais connaissant nos clients c'est très probablement un gain de temps de prendre le matériel de chez nous plutôt que de compter sur eux).

Je ne peux donc pas préparer un go bag que j'ai juste à prendre pour pouvoir être déployée sur place.

En revanche, face à une urgence professionnelle suffisamment grave pour me faire partir aussi rapidement que possible, il est probable que je ressente un certain niveau de stress. Je penserais probablement à prendre tout ce qu'il faut pour accomplir ma mission professionnelle, mais il est probable que j'oublie des objets personnels qui me manqueront, comme une brosse à dents ou le chargeur spécial d'une montre connectée.

Donc pour mon go bag à moi, inspiré de The Newsroom, ce serait un sac personnel prêt à être attrapé en cas de déplacement urgent en complément du sac professionnel préparé extemporanément pour cette situation particulière.

Comme il s'agit d'un cœur de trucs dont j'aurai besoin à chaque déplacement sans forcément y penser, il n'y a pas besoin de se limiter aux déplacements professionnels : le même go bag peut aussi servir aux urgences personnelles, par exemple un membre de ma famille qui deviendrait soudainement dépendant, pour l'assister le temps d'organiser une façon pérenne de vivre comme ça ; ou pour accompagner un membre de ma famille qui vit soudainement ses derniers jours.

J'ai juste à prendre le go bag, ajouter une quantité de vêtements de rechange adaptée à la durée et aux conditions du voyage, ajouter ce qu'il faut pour ce voyage particulier, et je suis prête à partir.

Mon scénario du premier type

Maintenant que j'ai un scénario clair et réaliste auquel je peux me préparer, je peux imaginer des variations en plus facile ou en plus grave, pour voir si le go bag peut être facilement adapté à plus de généralité.

Je classe donc mes scénarios en trois types, le deuxième étant le scénario imaginé précédemment, le premier étant moins grave, et le troisième est plus grave.

Moins grave qu'un déplacement urgent, c'est un déplacement non-urgent. Donc pareil que le deuxième type, mais avec des jours pour s'y préparer sans stress.

Par exemple, un départ en vacances, ou un déplacement professionnel de routine.

Et en fait, malgré l'absence d'urgence, il reste toujours un stress lié à la rupture du quotidien, et ça me met dans un état pas joli-joli la veille du départ.

D'ailleurs c'est pour que ça que j'ai fait un module 6 en 2018, qui est une check-list de ce que je dois penser à prendre (ou envisager de prendre) avant de partir.

Et en fait, cette check-list me semble être une préparation tout à fait adaptée à un scénario du premier type. L'absence d'urgence fait qu'il n'y a pas besoin de rassembler les affaires dans un sac, il suffit de faire le tour de l'appart' avec la check-list pour remplir le sac extemporanément.

C'est rassurant, parce que ça montre que les réflexions dans ce billet ne sont pas délirantes, complètement déconnectées de la réalité ou de mes compétences disponibles. Je passe juste au niveau immédiatement supérieur de préparation.

J'ai même l'impression que la check-list n'a pas besoin d'être modifiée pour gérer un scénario du deuxième type, il s'agit juste de préparer un sac avec le contenu de cette liste.

Et comme ça, si je me prépare à un scénario du deuxième type en gardant un sac prêt à l'emploi avec tous ces objets, j'en bénéficie aussi dans les scénarios du premier type, avec la sérénité de savoir que j'ai juste ce sac à prendre au dernier moment et je suis sûre de ne rien oublier.

Résultat, je vois une préparation simple dont je bénéficie même sans urgence, et je ne vois pas raison de s'en priver.

Mon scénario du troisième type

Il est temps maintenant d'envisager un scénario un peu moins probable mais un peu plus grave, pour voir s'il n'y a pas quelques objets que je pourrais ajouter facilement « au cas où » à mon go bag.

Mais qu'est-ce qu'il y a de plus grave qu'une urgence professionnelle ou personnelle, sans ce que soit une catastrophe tellement ingérable que ce serait futile que je m'y prépare ?

Lorsque les survivalistes imaginent une « rupture de normalité », il s'agit souvent d'une rupture généralisée, mais il existe des ruptures de normalité à l'échelle individuelle qui sont subjectivement aussi graves, mais qui ne remettent pas en cause le système institutionnel.

Je ne retrouve plus la référence où il était question d'un certain nombre de piliers, ou de pieds, parmi lesquels se trouvent au moins l'emploi et logement, avec l'idée qu'on peut encaisser la perte de l'un d'entre eux mais qu'au-delà on bascule.

Bref, quand j'essaye d'imaginer le scénario immédiatement plus grave que le deuxième type, je tombe sur la perte rapide du logement, avec juste le temps de s'habiller et d'attraper un sac.

Donc l'idée est un aller simple de chez soi, comme le BOB mais sans remise en cause de la société, des institutions, ou des infrastructures. Donc pas une guerre civile ou une catastrophe nucléaire.

Plutôt quelque chose comme un incendie dans mon immeuble, ou un voisin qui fait exploser son appartement au gaz, ou une violente inondation, ou une rupture soudaine et très violente. Je ne vais pas imaginer le dernier cas, parce que ça fait tomber trop de piliers en même temps, et rester sur les gros sinistres.

Une chose que j'ai eu beaucoup de mal à communiquer par le passé, mais que le 2020 a dû illustrer pour pas mal de monde, c'est que le début d'une crise est marqué par l'incertitude sur le fait d'être ou non en crise.

S'il est évident qu'il y a un gros sinistre, au point qu'il faut évacuer et que chaque seconde compte, je ne vais pas chercher à prendre quelque sac que ce soit, je vais juste évacuer. Genre si je vois des flammes par la fenêtre, ou si je ne vois plus de fenêtre parce qu'il n'y a plus de façade là où elle devrait être.

Donc mon go bag du troisième type, c'est à attraper pour les situations très‐urgentes‐mais‐pas‐trop, ou plutôt peut‐être‐très‐urgente‐mais‐on‐sait‐pas‐encore‐trop.

Pour me clarifier les idées, je me suis donné une heuristique simple : si j'ai le temps de m'habiller, j'ai le temps de faire un détour pour attraper un sac stratégiquement placé, parce que le temps pour faire ce détour est dominé par les variations du temps pour retrouver la deuxième chaussette.

Et inversement, si c'est tellement catastrophique que la décence est mise en pause, je ne vais prendre ni vêtement ni sac et juste sauver ma vie (et celle des personnes auxquelles je tiens).

Comme les institutions sont supposées fonctionner, j'imagine être prise en charge ensuite par des services d'urgence ou un cercle familial ou amical. Donc je ne vais pas me préoccuper d'un abri pour dormir ou d'une réserve d'eau potable. En revanche, j'exclus pas a priori que cet abri se limite à un gymnase partagé avec un tas d'autres sinistrés.

Ce scénario du troisième type me déplaît un peu, parce que j'ai l'impression de placer la barre trop haut. Je l'aurais bien vu plutôt comme quatrième type, avec un troisième type intermédiaire entre ça et l'urgence professionnelle, mais je n'arrive pas à en trouver. Si vous avez des idées, n'hésitez pas à m'en faire part.

Inventaire

À ce stade, on arrive à ce qui fait que le titre du présent billet contient le mot « esquisse » : j'aurais bien voulu vous présenter un go bag déjà prêt et justifié comme mes EDC passés, mais je n'en suis pas encore là. J'ai l'impression que les scénarios ci-dessus et les considérations logistiques ci-dessous sont les 80 % faciles du boulot qui prennent 20 % du temps, et c'est déjà suffisamment une saga en quinze tomes pour le publier en l'état.

Comme dit plus haut, le module 6 de mon EDC version 2018 me semble être suffisant pour le premier et le deuxième type, à quelques mises à jour près (notamment au niveau des chargeurs).

Et pour le troisième type, je suis encore un peu dépassée par la gravité du scénario, mais pour l'instant j'ai envisagé d'y mettre en plus :

Logistique

Doublon, rotation, ou rangement ?

La principale conséquence logistique de préparer un go bag est que tout ce qui est dedans n'est pas ailleurs.

Ça ne pose pas de problème particulier pour tous les objets dont je ne me sers pas au quotidien et qui ne périment pas, ce qui représente quand même une minorité du contenu de ce sac.

La majorité est des objets que j'utilise au quotidien et que j'aimerais pouvoir utiliser aussi en déplacement dans un des scénarios évoqués. Pour chaque objet, je peux choisir entre garder mon objet du quotidien là où il est et en avoir un deuxième identique dans mon go bag, ou décider que mon objet du quotidien est dorénavant rangé dans le go bag plutôt qu'à sa place précédente.

Pour les petits objets bon marché, comme la brosse à dents, la duplication est évidemment la meilleure solution. J'ai depuis longtemps une brosse à dents qui voyage, identique mais distincte de ma brosse à dents du quotidien, pour pouvoir finir la valise avant mon dernier brossage de dents avant le départ.

Pour les objets plus chers, et peu utilisés au quotidien, comme mon casque à réduction de bruit, c'est plus logique de le ranger dans le go bag, quitte à rendre son accès et son rangement plus pénibles.

Il y a aussi une solution intermédiaire entre dupliquer et ranger, particulièrement utile pour les consommables qui risquent de périmer si on ne fait pas attention au doublon dans le sac. Je l'ai appelée la rotation, et ça consiste à ranger le prochain remplacement de l'objet quotidien dans le go bag.

Par exemple dans ma trousse de toilette (elle-même dans le go bag), je pourrais mettre un tube de dentifrice neuf à côté de ma brosse à dents de voyage ; lorsque mon tube de dentifrice quotidien est vide, prendre celui du go bag, qu'il ait été entamé dans un voyage précédent ou non ; et lorsque j'achète un nouveau tube de dentifrice, le ranger dans le go bag.

C'est certes plus pénible que faire passer directement tube de dentifrice fraîchement acheté directement dans la consommation quotidienne, et la flemme ou la précipitation peuvent faire recourir à ce raccourci, tant que ça n'arrive pas trop souvent ce système de rotation assure de rien avoir qui périme dans mon dos.

Doublon ou rotation des vêtements

Même si je ne considère pas les vêtements comme consommables, une question similaire se pose pour eux, mais avec des termes de compromis un peu différents.

Les avantages des vêtements dédiés au go bag (du troisième type) est d'une part qu'on peut optimiser le minimum d'encombrement pour le maximum de situations confortables, quitte à laisser tomber l'esthétique. Je pensais par exemple à des sous-vêtements, une robe tee-shirt, un ou deux collants d'épaisseurs différentes, un pull et éventuellement sous-pull.

D'autre part, ce jeu de vêtements peut être rendu encore moins encombrant en le stockant sous vide.

Les avantages d'une rotation de vêtements du quotidien, est que ce sont justement des vêtements du quotidien, donc dont le confort est éprouvé et qui évoluent au plus près de mes variations morphologiques.

Je suis peut-être un peu négative, mais je vois cette question surtout sous l'angle du risque de sortir des vêtements du sac sous vide pour se rendre compte qu'ils ne me vont vraiment pas, par rapport au risque que la charge de la rotation finisse par perdre devant la flemme.

C'est peut-être plus réaliste de viser un jeu de vêtements sous vide que je sortirais régulièrement, par exemple deux à quatre fois par an, pour vérifier qu'ils me vont encore, qu'ils conviennent aux conditions météorologiques courantes, et en profiter pour les laver.

Conteneurs

Les listes d'objets ne font pas tout, la façon de les transporter est très importante aussi, et parfois pose même des contraintes sur la liste.

J'étais partie sur l'idée du go bag de The Newsroom, qui est un sac physique, mais dans mes scénarios du premier et du deuxième type, il y a de toute façon un bagage qui est construit pour l'occasion, donc je pourrais me contenter de stocker les objets dans un tiroir ou un carton, et les placer dans un sac ou un sous-sac choisi en fonction du reste des bagages.

Cependant, j'ai peur que ça nuise à la sérénité avant ces voyages, qui est probablement le principal bénéfice que je tirerai des présentes réflexions.

Donc j'aimerais quand même trouver un système de conteneurs, que ce soit un ou plusieurs sacs ou sous-sacs, qui puisse être pris en plus ou à l'intérieur d'un maximum de variétés de bagages pour un maximum de variétés de moyens de transport (parce que ça va être très pénible et stressant de transvaser d'un jeu de conteneurs que je croyais universel à un jeu de conteneurs adapté à un voyage précis).

Cette contrainte est beaucoup plus forte si je veux ajouter à la liste des moyens de transport possibles ma moto avec mon airbag dont la compatibilité avec les sacs à dos est douteuse (car je n'arrive pas à trier les informations contradictoires que je trouve).

L'ajout des scénarios de troisième type n'ajoute pas forcément beaucoup de complexité. Il faut évidemment que tout rentre dans un seul sac, et que ce sac soit transportable en plus de mon sac à main ; mais une fois ce sac choisi, je peux mettre les objets pour les scénarios du premier et du deuxième type dans un ou plusieurs sous-sacs qui sont rangés dans le sac du troisième type.

Il y a peut-être juste à prévoir en plus un sac de taille adaptée à ces sous-sacs, pour les scénarios du premier et du deuxième type dans lesquels les vêtements et les autres objets propres à ce trajet rentrent tout juste dans une valise ou un autre sac.

Mes réflexions ne sont pas plus abouties que ça pour l'instant, mais je sens venir une difficulté dans le fait que j'ai plein de sacs à dos, de diverses formes et contenances, et ces jours-ci même mon sac à main est en fait à dos (le système que j'aimais beaucoup en 2019 s'est usé beaucoup trop rapidement à mon goût, et je n'ai pas trouvé de remplaçant plus durable). Je n'ai malheureusement pas assez de dos pour en transporter plusieurs, donc il va falloir trouver comment modulariser tout ça ou se rabattre sur d'autres sortes de sacs.

Conclusion

Vous avez pu le constater, tout ça est loin d'être sec, mais je pense qu'il y a suffisamment de fondations pour que ce billet soit intéressant, et vous aurez peut-être un éclairage intéressant à apporter à tout ça pour m'aider à finaliser ces réflexions. N'hésitez pas à proposer ou critiquer dans les commentaires ci-dessous.

Publié le 17 mai 2021

Tags : Jouets Réflexion

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