En vrac 5

Et c'est reparti pour un nouveau tas de liens en vrac.

Publié le 21 octobre 2021

Tags : En vrac

Contrôle de la technologie et du corps

Avec les univers futuristes qui reprennent un peu de place dans ma liste de lecture, je repense de temps en temps à l'ambiance cyberpunk dans laquelle j'ai grandi, même si elle n'est plus tout à fait à mon goût.

Il m'arrive aussi parfois de comparer le monde cyberpunk de l'époque avec le monde actuel. Et parfois, je me rends compte que sur certains points, ce monde était optimiste dans sa vision du futur. Quand la réalité est pire qu'une dystopie, il faut faire attention parce qu'il y a sans doute quelque chose d'intéressant derrière.

Par exemple, il y a le progrès technologique, surtout dans l'intégration au corps humain (prothèses cybernétiques, processeurs neuraux, etc), mais je me dis que c'est plus une direction différente qu'a pris notre monde plutôt qu'un progrès objectivement plus lent.

Et puis à proximité de ce genre de réflexions, je tombe sur ce thread Twitter (merci à @bayartb) dans lequel sont décrits une pompe à insuline et un capteur de glycémie qui ne sont pas loin du tout ce qu'on aurait pu appeler à l'époque un pancréas cybernétique.

Sauf qu'un pancréas cybernétique imaginé au millénaire dernier serait resté sous le contrôle de la personne greffée, alors que celui-ci reste de facto dans les mains de son fabricant et des médecins, et ces derniers utilisent ostensiblement leur pouvoir pour houspiller les utilisateurs qui ne feraient pas exactement comme il faudrait.

J'imagine qu'il doit bien y avoir quelques exemples de fictions de l'époque dans lesquels les prothèses cybernétiques restent contrôlées et surveillées par la corp' qui les a fabriquées, mais c'était loin d'être une possibilité largement présente dans l'air du temps.

L'air du temps, c'était plutôt les prothèses plus ou moins foireuses, achetées à la sauvette auprès de types plus ou moins louches, et installées par le charcudoc du coin plus ou moins glauque. On risquait de se faire escroquer ou de subir une panne à un moment inopportun, mais on pouvait aller chez un autre charcudoc un peu moins glauque pour se faire rafistoler.

Les mouchards dans ces appareils étaient envisageables, mais comme des attaques ciblées envers les gens particulièrement significatifs, que des techies talentueux pouvaient contrecarrer sans remettre en cause le fonctionnement normal de l'appareil.

Je crois que le meilleur parallèle (que j'ai piqué aux militants du droit à la réparation) est l'automobile, qu'on peut acheter au prix fort chez un concessionnaire ou avec moins de garanties dans des conditions plus informelles, et une fois propriétaire on peut la modifier, la réparer, ou la démouchardiser soi-même ou chez un mécano' plus ou moins de confiance et plus ou moins labellisé.

Au lieu de ça, notre société est complètement partie dans l'économie de la surveillance, le mouchard est une composante fondamentale de l'architecture de tous les systèmes avancés, et considérer l'utilisateur comme un ennemi est devenu l'état d'esprit par défaut.

Et je ne comprends pas comment nos contemporains font pour accepter ça si facilement.

J'essaye de ne pas le faire parce que ce n'est pas très charitable, et un peu arrogant, mais j'ai tendance à imaginer que les gens se laissent facilement embarquer dans une espèce de tunnel entre leur situation courante et leur objectif immédiat, qui leur fait perdre de vue toutes les bifurcations possibles sur le chemin, comme les pannes ou les malveillances.

Je n'ai pas ce mode fonctionnement, et quand j'envisage de donner une place significative dans ma vie à un outil ou à un processus, j'imagine toute une palette de situations dégradées auxquelles je veux pouvoir faire face.

Par exemple, je m'embête la vie à restreindre mon choix d'ordiphone à des modèles antichocs et étanches pour pouvoir m'en servir pour appeler des secours si je tombe (ou si je suis projetée) dans une flaque ou une étendue d'eau de ce type, et qu'il se retrouve submergé.

De la même façon, si un jour ma survie ou une part significative de mon confort dépend d'un dispositif médical, je vais avoir besoin de compter dessus, ce qui veut dire le comprendre au point de pouvoir le réparer à l'improviste dans une grotte afghane.

Bref, j'ai un besoin d'une sorte de bulle d'autonomie et d'autodétermination, dans laquelle se trouve mon corps et les outils sur lesquels je compte. Ce n'est pas sans déception que je ne pas vraiment vu de réflexion dans ce sens dans le roman intitulé justement « Autonome ».

Autant dire que le pancréas cybernétique évoqué ci-dessus me mettrait hors de moi, et suivant les alternatives possibles ou mon humeur il y a de bonnes chances que je refuse complètement l'appareil ou que je déploie toutes mes compétences présentes et futures en cybersécurité pour en arracher le contrôle.

Et en fait, ce n'est pas limité aux outils que je considère comme une extension de mon corps, ça s'applique aussi à mon corps lui-même. Si ma survie ou une part significative de mon confort dépendait d'une molécule, je chercherais à en sécuriser l'approvisionnement, maintenir un stock, voire chercher comment la synthétiser.

Sans aller beaucoup plus loin on peut trouver l'actualité sur l'avortement au Texas, qui touche aussi aux limites du contrôle de son propre corps, mais c'est un espace conceptuel que je ne veux pas explorer pour le moment. Et par là-bas se trouve aussi la frontière entre le contrôle sur les modifications que l'on peut (ou non) volontairement faire (ou faire faire) à son propre corps, et le contrôle sur les modifications qui s'y produisent spontanément.

Cependant toutes ces considérations supposent d'avoir un moyen de renoncer ou d'échapper aux dispositifs de surveillance. J'imagine toujours naïvement avoir ces moyens, mais c'est parce que je ne suis pas sûre de supporter l'alternative. Et même si j'ai ces moyens, je ne serais pas satisfaite d'un privilège, il faudrait que tout le monde ait ces moyens. Pas forcément de façon à ce que tout le monde soit capable d'utiliser ces moyens, mais de façon à ce que tout le monde puisse le déléguer à la personne de confiance choisie.

Je trouve cette surveillance de plus en plus étouffante. Il y a des administrations et des entreprises qui sont ivres de leur pouvoir et qui devraient tomber pour ça. Et j'ai de plus en plus envie de contribuer à les faire tomber.

J'ai un peu l'impression que notre monde est l'équivalent numérique de (l'image qu'on se fait de) l'ère féodale, avec une population taillable et corvéable à merci, et qu'il va falloir une révolution violente avant d'avoir l'équivalent sur les données de la déclaration des droits l'homme et du citoyen.

Publié le 30 septembre 2021

Tags : Réflexion Société Vision atypique

Samsung Galaxy XCover Pro

Ça fait depuis déjà plus d'un an que j'ai annoncé la retraite de mon ordiphone principal, et à l'époque je me demandais quel morceau d'électronique allait lui succéder. Il n'a pas fallu longtemps pour que je me décide pour le Galaxy XCover Pro, et voici mes impressions après un peu plus d'un an d'utilisation.

Mes trois derniers ordiphones Évolution de mes ordiphones : Samsung Galaxy S4, Kyocera Torque KC-S701, Samsung XCover Pro

Résumé des épisodes précédents

Pour rappel, en mai 2015 j'ai acheté un ordiphone Kyocera Torque KC-S701 pour environ 400 €, avec des entrailles comparables aux ordiphones contemporains à 200 €, ce qui fait payer environ 200 € son caractère antichoc et étanche.

Un peu plus de cinq ans plus tard, je l'ai mis à la retraite, après avoir conclu que payer la robustesse à ce prix me convient, mais que j'aimerais bien une longévité logicielle comparable à la longévité matérielle.

J'ai donc investi dans un Galaxy XCover Pro à environ 500 €, qui a des entrailles comparables à celles du Galaxy A51 à environ 300 €, ce qui fait le durcissement et la remplaçabilité de la batterie pour 200 €. Le compromis matériel est donc comparable à celui qui m'a plu dans son prédécesseur, mais Samsung est réputé fournir des mises à jour régulières des logiciels embarqués, contrairement aux autres fabricants principaux d'ordiphones robustes (j'ai relevé Caterpillar, Crosscall, Blackview, et Unihertz).

Cette robustesse physique est importante pour l'utilisation principale de cet appareil ; pour rappel, voici les utilisations retenues, par ordre décroissant d'importance à mes yeux :

  1. communications vocales ou SMS avec des secours ou des proches en cas d'urgence vitale,
  2. communications vocales, SMS, WhatsApp, et Signal, avec des proches en situation normale,
  3. retrouver mon chemin sur une carte,
  4. accéder à des sites web ou à un serveur SSH en urgence,
  5. recevoir des notifications par pushover ou équivalent,
  6. faire des photos aide-mémoire (David Madore développe l'idée mieux que moi),
  7. servir de deuxième facteur d'authentification,
  8. faire fonctionner les appli'-à-la-con nécessaires pour le fonctionnement de certains jouets (gants chauffants, boroscope, etc),
  9. passer le temps sur des jeux idiots ou en écoutant de la musique.

Je me sens un peu nunuche à chaque fois que je dresse ce genre de liste, mais je me force parce que je sais que moi-du-futur sera très contente de pouvoir les retrouver et les comparer au fil du temps, comme ça m'est déjà arrivé plusieurs fois par le passé.

Impressions

La taille, ça compte

Ma première impression a confirmé ce que je craignais en lisant les spécifications : cet appareil est énorme. Je ne suis pas encore complètement à l'aise avec le mot « téléphone » pour le désigner, je pense plus souvent à « tablette ». Je ne sais pas trop ce qui est arrivé au mot « phablet », qui serait peut-être le plus adapté ; je soupçonne qu'il a été volontairement purgé pour couvrir la disparition des ordiphones de taille raisonnable.

Plusieurs personnes m'ont assuré que je me ferais rapidement à cette augmentation, et je dois reconnaître que c'est vrai pour la taille d'écran lors de son utilisation. En revanche, l'encombrement physique de l'objet est un fardeau du quotidien auquel je ne me fais pas plus qu'à des chaussures trop petites.

J'ai aussi trouvé une gêne dans l'utilisation de l'appareil à une main, et je n'avais pas conscience que j'utilisais mon pouce si souvent, je pensais que j'utilisais mes index dans une majorité plus écrasante.

Je pense de plus en plus que ce qui me conviendrait le mieux serait une séparation entre un appareil de communication miniature et un terminal plus confortable mais plus encombrant. Le premier pourrait ressembler à un pager, il assurerait l'accès internet cellulaire, relaierait des notifications en affichant des messages courts, et pourrait envoyer des messages prédéfinis à des contacts ou à des services de secours, et idéalement pourrait prendre des photos ; le second pourrait être remplacé par un vrai PC quand les conditions s'y prêtent, et serait moralement un ultra-portable le reste du temps.

OK, je peux toujours rêver, en attendant, dans la Vraie Vie, le Jelly 2 me fait toujours de l'œil, mais je sens que ça va encore être un Android coulé dans le béton qui accumule les trous de sécurité…

Les promesses tenues

Pour commencer, le critère déterminant qui m'a fait pencher vers Samsung était les mises à jour logicielles, et j'ai été servie (au moins en apparence, je n'ai pas fouillé les détails de chaque mise à jour). Je regrette un peu de ne pas avoir tenu de journal de quand il m'a demandé un redémarrage avec installation de mises à jour, mais j'ai l'impression d'en avoir vécu une demi-douzaine. Ça ferait une mise à jour générale tous les deux mois, c'est moins fréquent qu'à mon goût sur les PC, mais c'est beaucoup plus que ce à quoi je m'attends sur toute la vie des systèmes concurrents.

Le pendant, c'est que par rapport aux concurrents spécialisés dans les ordiphones robustes, la robustesse est moins flagrante, et je suis un peu moins en confiance, au point de lui adjoindre une coque Spigen et un protecteur d'écran.

J'ai aussi arrêté les chutes volontaires pour impressionner la galerie, mais vu l'usure prématurée des capteurs de mon Kyocera, je pense que même avec un catphone j'aurais arrêté.

Cela dit, je me souviens de trois chutes involontaires assez violentes pour m'inquiéter pendant une fraction de seconde. Ça qui me semble plutôt beaucoup pour une seule année, mais peut-être que l'arrêt des chutes volontaires m'a rendue plus sensible, je pense qu'une des trois aurait été un business as usual pour mon Kyocera.

Malgré ça, l'ordiphone et tous ses capteurs fonctionnent encore parfaitement, et il n'y a même pas de marque sur sa coque.

Il y a une nouvelle épreuve, que cet ordiphone a subi beaucoup plus intensément que son prédécesseur : la navigation sur ma moto. Je n'ai aucune idée du niveau de vibration qu'un ordiphone peut naturellement encaisser, et je ne sais pas trop ce qu'il est possible de faire pour l'améliorer, donc ce n'est peut-être pas une épreuve. J'imagine que ce sont quand même des conditions assez violentes, auxquelles la météo vient se rajouter.

Cet ordiphone trône sur un support RAM pratiquement à chaque fois que je sors la moto, et il semble le vivre très bien.

Au niveau de la résistance à l'eau, je n'ai été qu'à peine plus modérée : j'ai abandonné l'ordiphone dans le bain, mais je m'en sers encore sous la pluie, et je le nettoie sous le robinet quand le besoin se fait sentir.

Photo de la projection marron

Il y a une fois où le besoin s'est particulièrement fait sentir, après un trajet en moto au cours duquel une matière marron a été projetée sur l'appareil. J'essaye très fort de croire que c'est juste de la boue qui vient d'un engin de chantier, et non pas une excrétion aviaire. Bref, juste après cette photo, il a subi le nettoyage le plus approfondi que j'ai jamais donné à un appareil électronique.

Contrairement à son prédécesseur, qui assurait l'étanchéité en scellant les ports, les ports USB et jack sont toujours exposés, et l'étanchéité se fait à l'intérieur. Je ne sais pas du tout si c'est plus durable, mais ça a le mérite d'être fixe et de ne pas subir d'usure mécanique.

Une conséquence est qu'il peut détecter à tort la présence de liquide dans le port USB, et y couper l'électricité. J'ai un câble comme ça, l'enrouleur qu'on peut voir en photo dans mon EDC millésime 2019, et qui est donc complètement inutilisable avec cet ordiphone, aussi bien pour la charge que pour le transfert de données. C'est dommage parce que j'aimais beaucoup ce format avec enrouleur, et je n'ai pas trouvé de remplaçant.

Tant qu'on est dans le liquide, je suis en marquée par cette journée de neige en mars 2013 où deux flocons fondus rendaient inutilisable l'écran tactile de l'ordiphone que j'avais à l'époque. Je me demande s'il y a eu un progrès généralisé, mais à l'époque mon Kyocera était un des premiers qui promettait d'être utilisable mouillé ou avec des gants. Ce Samsung fonctionne très bien lorsqu'il est mouillé, et il y a une option dans les paramètres pour augmenter la sensibilité au point d'être compatible avec les gants, mais je ne l'ai pas essayée.

Les bonnes surprises

Ce n'était pas dans le cahier des charges, mais la grande taille de cet ordiphone combinée avec sa robustesse en font un très bon GPS de moto, en concurrence directe avec un Zūmo.

Je l'utilise avec OsmAnd pour capturer des traces GPS, pour avoir une carte sous les yeux qui comme une idée approximative d'où je suis et de la limite de vitesse courante, et pour la navigation quand je préfère ignorer les fluctuations du trafic pour économiser la connexion cellulaire et la batterie. Je l'utilise avec Waze quand je veux faire au plus court, qui a y laisser ma vie privée, mon forfait, et ma batterie.

Et toujours au niveau de la taille, je reconnais avoir été agréablement surprise par le gain de confort visuel. Ça reste en deçà du confort de ma vraie tablette, mais cette dernière ne rentre pas dans une poche arrière de jean's. Ce confort visuel est un peu mitigé par l'inconfort d'utilisation de l'écran tactile avec le pouce, mais comme j'utilise plus volontiers mes index ce n'est pas si grave.

Le lecteur d'empreintes est aussi une bonne surprise. J'ai découvert la fonctionnalité avec beaucoup de suspicion, comme pour tout ce qui est biométrique ; maintenant que j'ai essayé, je ne peux pas nier le côté pratique du déverrouillage quasi automatique, et la possibilité de donner un accès à un tiers (ma moitié) sans révéler le mot de passe maître.

D'un autre côté, je n'ai pas pu mesurer sa vulnérabilité : combien de doigts seraient reconnus à tort comme les miens, quel niveau de sophistication faut-il pour construire un objet qui déverrouille l'appareil à partir d'un objet que j'ai touché, etc. Pour l'instant je préfère ne pas y penser, mais ces considérations vont finir par me rattraper, et je n'aurais à mettre en face que la vulnérabilité de taper visiblement le mot de passe maître un peu partout. Et il faudra aussi regarder comment le Smark Lock modifie cette équation.

J'imagine que ce n'est pas spécifique à ce modèle en particulier, et je ne sais pas si c'est une samsungerie ou une androiderie, mais j'ai découvert et adoré la « rotation manuelle » (avoir la rotation de l'écran est qui est désactivée, mais quand on tourne l'appareil un bouton apparaît brièvement pour valider ponctuellement cette rotation).

C'est particulièrement pratique lorsqu'il sert de GPS moto, parce que de temps en temps la moto penche au point de lui faire croire qu'il a changé d'orientation, et la fixation est beaucoup plus pratique dans un sens paysage, alors que mon utilisation habituelle est en mode portrait.

Verdict

Je crois que l'indice le plus clair de mon opinion est que dans la partie ci-dessus il y a ce à quoi je m'attendais et du positif, mais pas de mauvaise surprise.

En changeant d'ordiphone, je m'attendais à une impression similaire à mon changement de montre intelligente, une pierre de plus dans le mur qui me sépare de l'expérience « grand public » de la technologie. Je m'attendais à devoir prendre sur moi un peu plus pour faire semblant de l'aimer, quoi.

Alors d'accord, ce n'est pas l'amour fou, ce n'est pas un jouet que j'ai immédiatement adopté et adoré (comme mon clavier, ma montre précédente, ou ma pince suisse), mais globalement c'est plutôt positif quand même.

Il n'y a vraiment que son encombrement qui me déplaise. Avec une taille correspondant à un écran de 4" ou de 4.5", tout le reste égal par ailleurs, il saurait au maximum de mon goût pour un ordiphone Android. Et même ça, je ne sais pas si ce serait suffisant pour m'enthousiasmer, vu mes problèmes avec la catégorie toute entière.

Publié le 31 août 2021

Tags : Jouets

Rencontre routière

Il m'est arrivé une étrange aventure l'autre jour alors que je chevauchais mon destrier mécanique, et j'ai à la fois peur de lui donner trop d'importance et peur de passer à côté d'une leçon importante.

Donc je vais vous la décrire ici avec mes réflexions, comme une entrée blogesque, au lieu d'une rapide description factuelle dans mon journal d'une apprentie motarde, dans l'espoir de confronter des avis extérieurs et ainsi me clarifier les idées.

Quelques éléments de contexte

L'histoire se passe sur le périphérique parisien, et nécessite peut-être quelques éléments de contexte général. Je prends le risque de biaiser votre perception de mon histoire en attirant l'attention sur ces points, alors qu'il y a peut-être d'autres éléments que j'ai raté et que je passe sous silence, et que vous ratez donc aussi.

Il m'arrive donc d'emprunter le périphérique parisien pour diverses raisons, mais jamais pour le plaisir.

Un des grands principes que j'ai appris dans ma formation motocyclique, c'était de ne jamais faire quelque chose que je ne sens pas.

Malgré la fin de la première expérimentation de la circulation en inter-files, j'ai continué cette pratique suivant à peu près les mêmes paramètres : uniquement entre les deux voies les plus à gauche et à une vitesse que « je sens ».

Concrètement, sur le périphérique, je ne dépasse que très rarement 30 km/h en inter-file, et dans ces cas c'est de peu et bref. J'ai suffisamment de patience pour rester au milieu de ma file quand elle avance à 35 km/h.

Il se trouve que je suis beaucoup plus timorée que la plupart des autres conducteurs de véhicules capables de circuler en inter-file, et donc il n'est pas rare que je me fasse rattraper. Habituellement quelques fois par kilomètre, je me range sur une des deux files adjacentes pour laisser passer un ou plusieurs autres usagers.

À cette occasion, il n'est pas rare que les motards qui passent me fassent un signe du pied ou de la main pour me remercier de les laisser passer.

D'autre part, avec ma tendance à respecter les limites de vitesse pour éviter les ennuis administratifs liés à la perte de point, il n'est pas rare que je me fasse doubler par des motards dans plein d'autres circonstances, et ces motards me font souvent un signe de salut, de la main ou du pied.

Je me plaignais récemment à un ami que je ne pouvais pas retourner ce salut, parce que sans aller jusqu'à dire que les rétroviseurs de moto sont une vaste blague, la visibilité vers l'arrière reste nettement moins bonne que vers l'avant, et je ne vois pas trop quel signe de salut peut être raisonnablement visible pour un motard devant moi.

Il m'a dit qu'il salue du pied avant d'être doublé, lorsque l'autre motard est encore derrière, ce qui résout le problème de façon tellement simple que je me demande pourquoi je n'y avais pas pensé.

À partir de là j'ai commencé à faire ce salut, y compris juste avant de quitter l'inter-file pour laisser passer un motard.

La rencontre

Ce jour-là j'étais sur un périphérique bien ralenti, en accordéon, au point de pouvoir faire de l'inter-file utile vers 20-25 km/h et d'avoir souvent des occasions de me rabattre pour laisser passer les autres usagers de l'espace inter-filaire.

À un moment j'arrive en vue d'un motard en BMW K1200R, arrêté en travers de la voie du milieu (juste à ma droite, donc), prêt à s'insérer dans l'interfile. J'ai beaucoup ralenti pour le laisser passer devant moi, mais comme il n'avait pas l'air de partir, j'ai continué mon chemin dans l'inter-file. Il s'y est engagé juste après moi.

Je m'attendais à ce qu'il me trouve trop lente et me fasse signe pour que je me rabatte, mais il ne l'a pas fait. J'ai conduit aussi vite que possible, ce qui restait très lent par rapport aux habitués, pour le déranger le moins possible, quitte à sortir de ma zone de confort.

Je crois que j'ai essayé de me rabattre une fois, et qu'il est resté derrière moi, mais je ne suis pas complètement sûre.

En tout cas j'ai fréquemment vérifié qu'il était encore derrière moi, et qu'il ne montrait aucun signe d'impatience, parce que c'était quand même la première fois que j'ai été suivie en inter-file.

Pendant toute cette histoire, je l'ai traité comme si la première fois que je l'ai vu était arrêté dans la voie du milieu, mais en repensant à cette histoire, je suis à peu près sûre qu'en fait il était arrivé derrière moi avant tout ça, je me suis rabattue pour le laisser passer, et il est passé en me saluant de la main. Bref, une interaction interfilaire tout à fait habituelle, comme j'en ai peut-être connu des centaines. Je ne me souviens plus si j'ai tendu le pied avant de me rabattre, pour le saluer avant qu'il me dépasse, mais j'imagine que je l'ai probablement fait.

Ensuite je me suis rabattue sur la voie du milieu, mais je me souviens plus exactement pourquoi : c'était soit ma première tentative de le laisser passer même s'il ne semble manifester aucun besoin d'aller plus vite que moi, ou j'avais essayé une fois avant et il m'avait suivie et dans ce cas je ne sais pourquoi je me suis rabattue une deuxième fois. Peut-être que la première fois n'était pas assez claire pour conclure ?

Bref, alors que je me rabats, il se rabat aussi et avance à mon niveau et me crie de le suivre parce qu'il veut me donner des conseils.

À ce stade, j'ai reconnu la situation classique d'être interpelée par un inconnu, donc potentiellement dangereux, sans avoir de contrainte horaire. J'ai donc suivi le chemin de moindre résistance et coopéré.

Je l'ai suivi le long de la rampe de sortie du périphérique et dans la rue jusqu'à zone proche où nous nous sommes arrêtés. Nous avons discuté pendant environ dix minutes, et chacun est reparti de son côté.

J'ai trouvé son départ assez impressionnant par l'angle qu'il a pris pour faire l'angle droit entre la sortie du trottoir et l'entrée dans la rue ; j'aurais bien vu 45° mais je pense que je surestime l'angle exact. Ça ne me semble pas spécialement utile, je crois que j'aurais pu suivre la même trajectoire avec ma conduite basse vitesse et verticale comme un vélo ; je ne saurais pas dire si pencher lui a permis de le faire plus vite, ou si c'est juste plus flashy.

Rien d'extraordinaire jusque-là, parce qu'évidemment toute la difficulté est dans l'interprétation de la compréhension.

La discussion

Malheureusement, je n'ai aucun moyen fiable de décrire cette conversation de façon neutre, la retranscription que je vais en faire va être fatalement biaisée par mes impressions a posteriori. Je ne me moquerai plus jamais des dashcams moto qui veulent enregistrer du son, et il faudra que je regarde si mon ordiphone peut assurer cette fonction.

En substance, il disait que périphérique à moto c'est dangereux, qu'il y a des gens qui y meurent tous les jours, qu'il ne faut pas y aller quand on ne maîtrise pas, et que manifestement je ne maîtrise clairement pas et que je risque ma vie à chaque fois, que c'est dramatique, qu'il ne peut pas laisser faire ça. Il avait remarqué ça la première fois que je l'ai laissé passé, mais il est ensuite allé derrière moi pour vérifier et m'interpeler.

Et il m'a laissé son numéro de téléphone pour que je l'appelle et qu'il me « donne une leçon » bénévolement, que je monte derrière lui sur sa moto pour qu'il me montre comment on fait.

Et à l'appui de son discours, ses propres exploits, à 160 km/h sur le périph' ; un accrochage de guidon avec un autre motard à 180 km/h sur l'autoroute qu'il a pu débloquer grâce à son sang-froid et sans accident ; son expérience sur circuit, etc.

Et aussi évidemment des choses que je fais mal, comme le manque évident de maîtrise et de vitesse, la trajectoire approximative, le réservoir pas assez serré avec les cuisses, et que je regarde trop souvent dans le rétroviseur.

Dans le feu de l'action, j'ai trouvé ses exploits un peu exagérés mais pas impossibles, avec mes tendances à l'autodévalorisation, et même si j'avais déjà remarqué les non sequitur (aller à 160 ou 180 ou sur une piste n'a aucune pertinence pour l'interfile, et je n'arrive toujours pas à concevoir comment plus de vitesse peut diminuer de quelque manière que ce soit la dangerosité de l'interfile), j'ai accepté volontiers la critique.

C'est plus général chez moi, je prends toutes les remarques et je cherche à en tirer un maximum de leçons, avec une certaine frustration quand je ne peux rien en faire.

C'est peut-être ça d'ailleurs le piège : comme on me fait des remarques, je veux en tirer des leçons, donc je mobilise tout ce que je peux pour en mémoriser le plus possible, et j'y reviens encore et encore ensuite.

Serrer le réservoir avec les genoux, c'est le truc de base qu'on apprend à la moto-école, mais ça devient automatique, donc je n'ai plus la certitude de bien le faire, sauf quand je reprends la moto après longue pause, auquel cas les muscles de mes cuisses le rappellent douloureusement le lendemain.

Trop regarder derrière, c'est tout à fait possible, surtout si c'est au détriment du temps passé à regarder devant, mais son observation est biaisée par les circonstances que j'ai décrites : quelque chose d'inhabituel et d'inquiétant derrière moi.

D'ailleurs la remarque sur le serrage de réservoir, est-ce que ça ne pourrait pas être une mauvaise interprétation du pied que j'ai tendu pour le saluer ?

Et cette histoire de trajectoire mal maîtrisé, est-ce qu'il n'a pas sur-interprété ma tendance à équilibrer l'espace à gauche et à droite (pour être aussi loin que possible des deux dangers de collision), et donc à plus ou moins zigzaguer suivant la largeur et la position des véhicules voisins ?

Mais d'un autre côté, il a peut-être raison quand il dit qu'au premier automobiliste qui fait de la merde je vais y rester. Je n'ai jamais eu de « presqu'accident » ni même de surprise, donc je n'ai aucune idée de la marge que j'ai pour y faire face. N'ai-je esquivé l'accident jusqu'à présent que par la chance ?

Et puis à force d'y repenser, j'ai commencé à me demander si arborer du rose sur mon blouson et mes chaussures a pu le conduire à me sous-estimer. Voire à chercher une façon de m'aborder pour établir quelque chose. Tout cela aurait-il pu n'être qu'une manœuvre de drague motarde sans aucune autre valeur ? Y a-t-il au moins quoi que soit à tirer de toute cette interaction ?

Bref, je m'en sors avec une grosse claque à la confiance en soi et des tonnes de questions, et je lirai volontiers vous réactions dans l'espoir de démêler un peu tout ça. (Les critiques motocycliques sont bienvenues aussi, mais ce n'est peut-être pas en lisant mon weblog qu'on peut en formuler.)

Publié le 31 juillet 2021

Tags : Évènement Réflexion Social

Consement au soutien

J'ai déjà écrit plusieurs fois (par exemple dans L'écrit contre l'oral) que j'aime les fictions qui me lancent dans une réflexion intéressante.

La dernière en date est une situation que j'ai déjà rencontrée plusieurs fois dans les fictions, et je m'interroge ici sur sa transposition dans la réalité.

J'aurais bien aimé pouvoir juste coller un lien vers tvtropes.org pour décrire cette situation fictive, parce que j'ai l'impression d'avoir rencontré ce schéma assez souvient pour qu'il ait droit au statut de trope, mais je ne l'ai pas trouvé.

Donc à la place, je vais décrire en termes généraux la situation, et ensuite développer les problèmes que je vois dans sa transposition dans la réalité.

Le soutien contre son gré

Il y a d'abord un personnage que je vais appeler V, qui est provisoirement dans un très mauvais état émotionnel, que ce soit à cause d'une situation authentiquement merdique, du retour d'un traumatisme, d'un effet magique, ou de toute autre raison.

Pour des raisons liées à la personnalité de V ou à la situation ou à la combinaison des deux, V rejette toute forme d'aide ou de soutien, et cherche à gérer la situation en solitaire.

Il y a un autre personnage, que je vais appeler S, émotionnellement lié à V, qui fait fi du refus explicite de V, et qui reste pour aider, généralement en déployant des efforts à la fois pour lutter contre la situation et contre le refus de V.

Une fois la situation résolue, V se rend compte son refus était une erreur, tout le monde est très content que S soit resté, et la relation entre S et V en ressort renforcée.

Comme cette description est volontairement très générale, il existe toute une gamme de scènes qui peuvent y correspondre, des plus mauvaises aux meilleures, et des plus problématiques aux plus consensuelles.

Il me semble que Unwanted Rescue n'est pas loin de ce que je décris, mais c'est à la fois trop étroit parce que S peut être simplement un soutien et non un sauveur (c'est le cas dans mes variations préférées), et trop large parce que S (et le lecteur) sait que l'intervention est utile, et V le sait aussi à la fin.

Quelque part, le cœur de la situation est que S piétine le non-consentement de V parce que la situation rend ce non-consentement invalide, et S connaît suffisamment bien V pour prendre les bonnes décisions du point de V en situation normale, et agir optimalement par intérim.

Donc c'est plus proche du tresha des Aandrisks que du sauvetage à proprement parler.

L'applicabilité réelle

J'ai peur qu'il ne soit pas superflu de préciser à ce stade que le fait que l'apprécie ou non une situation fictive n'a aucun rapport avec mon avis ou mes réactions sur la même situation dans la réalité.

Cela étant, ce schéma de situation m'interpelle particulièrement parce que je sais que ça existe. Pour mon bien-être émotionnel comme pour ma ligne éditoriale, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais j'ai vécu la situation en tant que V, en me rendant compte a posteriori de l'importance du soutien de S, éventuellement parce qu'il a respecté le non-consentement ou que j'ai pu me retenir d'exprimer le rejet.

La fiction permet donc d'envisager ce schéma dans la réalité sous l'autre point de vue. Que faire en tant que S ?

Le gros problème de la réalité, c'est qu'on n'a pas exactement toutes les informations sur la situation, et qu'on ne peut pas utiliser les heuristiques sur quels cas feraient une bonne histoire.

Donc en tant que S, il y a la question très difficile d'évaluer l'état mental de V pour décider s'il est préférable de soutenir ou de respecter le non-consentement.

Et je n'arrive pratiquement pas à imaginer de situation réelle dans laquelle je ferais autre chose que déguerpir, éventuellement après un ultime « es-tu vraiment sûr ? », si quelqu'un voulait explicitement gérer quelque chose sans moi.

Il y a une partie de fragilité personnelle : je ne me sens légitime auprès de personne, j'ai toujours l'impression que ma bienvenue peut expirer à n'importe quel moment sans que je perçoive ni raison ni signe avant-coureur, et si on me jette dehors je serais plutôt à m'excuser de ne pas avoir deviné toute seule plus tôt que l'espace était mieux sans moi.

Il y a aussi une partie plus profonde, une espèce de dogme selon lequel l'esprit de l'Autre m'est complètement inaccessible, qu'il n'y aucun moyen pour moi d'avoir la moindre idée de ce qu'il se passe dans sa tête, et donc a fortiori que je suis complètement incapable d'être mieux placée que la personne concernée pour savoir ce qu'il lui faut.

À la limite, je suppose que je serais capable de faire appliquer une volonté différée de la personne. Par exemple si V voulait expérimenter un nouveau psychotrope récréatif et me demandait explicitement de l'empêcher de faire quoi que ce soit qui prête à conséquence tant que les effets ne sont pas dissipés. Ou plus acceptable socialement, quelqu'un qui sait qu'il a l'alcool mauvais et qui me demanderait d'aller jusqu'à utiliser la force pour l'empêcher si possible de trop boire, ou à défaut de mettre les autres hors de danger.

Même si dans les deux cas je n'ai pas du tout l'impression d'être à la hauteur d'une telle responsabilité, et j'essayerais de proposer une autre solution plus fiable.

Conclusion

Je suis donc gênée par le paradoxe entre le fait qu'il existe manifestement des situations réelles qui ressemblent à ce schéma fictif, c'est-à-dire où le meilleur résultat pour tout le monde est de passer outre le non-consentement de V, et l'impression que je n'arriverai jamais à les percevoir à temps, en me rendant ainsi responsable d'un résultat beaucoup moins bon.

Objectivement, respecter le consentement de quelqu'un me semble être une bonne heuristique par défaut, mais je ne suis pas complètement convaincue qu'adhérer strictement au principe suffise à compenser la moindre qualité du résultat.

Dans un registre complètement différent, c'est peut-être un problème similaire à la présomption d'innocence : par principe il vaut mieux laisser libre un coupable que punir un innocent, même si les conséquences pratiques du cas d'espèce ne sont pas évidemment meilleures que dans l'alternative.

J'ai juste l'impression qu'il est possible de faire mieux dans les situations que je décris ici, alors que pour la présomption d'innocence je n'ai pas cette impression.

Alors, comment faire mieux ?

Publié le 27 juin 2021

Tags : Lecture Réflexion

En vrac 4

Et c'est reparti pour un nouveau tas de liens en vrac.

J'ai l'impression que faire des tas de dix est un bon compromis entre taille de lot et fréquence de publication, mais je me demande si faire systématiquement des lots de dix c'est encore du vrac…

Publié le 13 juin 2021

Tags : En vrac

Esquisse de Go Bag

Comme chaque année, le mois de mai revient, et ça commence à être une tradition sur ce blog d'en profiter pour parler du bazar que j'accumule « au cas où », comme en 2015, en 2016, pas en 2017, en 2018, en 2019, mais pas en 2020.

Avec la déstructuration du quotidien causée par les réponses politiques à la crise sanitaire, je n'ai plus tellement d'Every Day Carry, parce que sauf exceptions minutieusement préparées je suis chez moi every day.

D'un autre côté, cette crise est un bon rappel que les crises peuvent se produire, et il y a peut-être quelque chose à faire pour se préparer aux crises futures, maintenant que la réalité de certains scénarios s'est imposée à nos esprits.

Pas de Bug Out Bag

Parmi les concepts du Survivalisme, on trouve le Sac d'évacuation ou Bug Out Bag (je découvre l'appellation française, car mes ressources sont surtout en anglais). Si je comprends bien, il s'agit d'un sac que l'on garde chez soi, prêt à être attrapé en cas de catastrophe tellement grave qu'on n'envisage pas d'y revenir.

Ces jours-ci le survivalisme ne semble pas trop avoir la cote, entre sa colonisation par l'extrême droite et le complotisme, et l'actualité récente qui le stigmatise, mais je m'en distanciais déjà en 2015.

Comme je l'ai déjà écrit, je suis en paix avec mon extinction en même temps que celle de notre civilisation, parce que je sais que ça ne sert à rien que j'essaye de survivre aux pires scénarios imaginés par les survivalistes.

Si une « rupture de normalité » comme ils l'imaginent se produisait, j'aurais de moindres chances de survie en allant dans la forêt, même avec les meilleures compétences et le meilleur équipement du monde, qu'en restant avec mes congénères et en participant à la reconstruction, dans l'espoir qu'une société capable d'assurer ma survie émerge avant qu'il ne soit trop tard pour moi.

En plus de ça, l'année 2020 a été riche en exemples de la différence entre vivre et survivre, et à titre personnel je ne suis pas convaincue du tout par la perspective de survivre juste pour survivre. Maintenir la machine biologique qui abrite mon esprit pendant celui-ci dépérit ne m'intéresse pas plus que ça.

Bref, même si je vais peut-être emprunter des idées aux survivalistes et aux preppers, je ne veux pas prétendre avoir l'ambition de faire un BOB.

Mes scénarios d'urgence

Maintenant que j'ai écarté les scénarios des survivalistes, il me faut une autre source d'inspiration pour imaginer un scénario auquel je puisse faire face, avant de pouvoir commencer à m'y préparer.

Le Go Bag façon Newsroom

L'inspiration m'est venue du premier épisode de la troisième saison de la série The Newsroom.

Sans divulgâcher, la série suit l'équipe d'un journal télévisé, et dans cet épisode l'attentat du marathon de Boston vient d'avoir lieu, ils cherchent quelqu'un à envoyer sur place, et une jeune employée dit y avoir un contact. La cheffe expérimentée lui demande si elle a un go bag, et visiblement l'autre ne sait même pas de quoi il s'agit. La cheffe sort alors un sac de son bureau, et le lance dans les bras de la nouvelle, en lui disant : « Go ! ».

Pour traduire la situation en mots, je vais donc définir ce go bag comme contenant tout ce qu'il faut pour affronter un déplacement professionnel inopiné et immédiat.

Mon scénario du deuxième type

Je ne suis pas reporter, et dans mon métier je n'imagine pas de déplacement dont l'urgence m'impose de partir dans la minute. Et encore plus maintenant que le télétravail forcé a montré que ça ne marche pas aussi mal que certains décideurs le craignaient.

En plus de ça, mon métier est assez varié, si on m'informait maintenant d'une situation urgente qu'il faut absolument que j'aille régler sur place, il faudrait au moins des heures avant de partir pour m'y préparer, entre le téléchargement de bases de code ou de documentation confidentielle ou interne, et la récupération de matériel pour communiquer avec les dispositifs embarqués (le client est censé pouvoir les fournir, mais connaissant nos clients c'est très probablement un gain de temps de prendre le matériel de chez nous plutôt que de compter sur eux).

Je ne peux donc pas préparer un go bag que j'ai juste à prendre pour pouvoir être déployée sur place.

En revanche, face à une urgence professionnelle suffisamment grave pour me faire partir aussi rapidement que possible, il est probable que je ressente un certain niveau de stress. Je penserais probablement à prendre tout ce qu'il faut pour accomplir ma mission professionnelle, mais il est probable que j'oublie des objets personnels qui me manqueront, comme une brosse à dents ou le chargeur spécial d'une montre connectée.

Donc pour mon go bag à moi, inspiré de The Newsroom, ce serait un sac personnel prêt à être attrapé en cas de déplacement urgent en complément du sac professionnel préparé extemporanément pour cette situation particulière.

Comme il s'agit d'un cœur de trucs dont j'aurai besoin à chaque déplacement sans forcément y penser, il n'y a pas besoin de se limiter aux déplacements professionnels : le même go bag peut aussi servir aux urgences personnelles, par exemple un membre de ma famille qui deviendrait soudainement dépendant, pour l'assister le temps d'organiser une façon pérenne de vivre comme ça ; ou pour accompagner un membre de ma famille qui vit soudainement ses derniers jours.

J'ai juste à prendre le go bag, ajouter une quantité de vêtements de rechange adaptée à la durée et aux conditions du voyage, ajouter ce qu'il faut pour ce voyage particulier, et je suis prête à partir.

Mon scénario du premier type

Maintenant que j'ai un scénario clair et réaliste auquel je peux me préparer, je peux imaginer des variations en plus facile ou en plus grave, pour voir si le go bag peut être facilement adapté à plus de généralité.

Je classe donc mes scénarios en trois types, le deuxième étant le scénario imaginé précédemment, le premier étant moins grave, et le troisième est plus grave.

Moins grave qu'un déplacement urgent, c'est un déplacement non-urgent. Donc pareil que le deuxième type, mais avec des jours pour s'y préparer sans stress.

Par exemple, un départ en vacances, ou un déplacement professionnel de routine.

Et en fait, malgré l'absence d'urgence, il reste toujours un stress lié à la rupture du quotidien, et ça me met dans un état pas joli-joli la veille du départ.

D'ailleurs c'est pour que ça que j'ai fait un module 6 en 2018, qui est une check-list de ce que je dois penser à prendre (ou envisager de prendre) avant de partir.

Et en fait, cette check-list me semble être une préparation tout à fait adaptée à un scénario du premier type. L'absence d'urgence fait qu'il n'y a pas besoin de rassembler les affaires dans un sac, il suffit de faire le tour de l'appart' avec la check-list pour remplir le sac extemporanément.

C'est rassurant, parce que ça montre que les réflexions dans ce billet ne sont pas délirantes, complètement déconnectées de la réalité ou de mes compétences disponibles. Je passe juste au niveau immédiatement supérieur de préparation.

J'ai même l'impression que la check-list n'a pas besoin d'être modifiée pour gérer un scénario du deuxième type, il s'agit juste de préparer un sac avec le contenu de cette liste.

Et comme ça, si je me prépare à un scénario du deuxième type en gardant un sac prêt à l'emploi avec tous ces objets, j'en bénéficie aussi dans les scénarios du premier type, avec la sérénité de savoir que j'ai juste ce sac à prendre au dernier moment et je suis sûre de ne rien oublier.

Résultat, je vois une préparation simple dont je bénéficie même sans urgence, et je ne vois pas raison de s'en priver.

Mon scénario du troisième type

Il est temps maintenant d'envisager un scénario un peu moins probable mais un peu plus grave, pour voir s'il n'y a pas quelques objets que je pourrais ajouter facilement « au cas où » à mon go bag.

Mais qu'est-ce qu'il y a de plus grave qu'une urgence professionnelle ou personnelle, sans ce que soit une catastrophe tellement ingérable que ce serait futile que je m'y prépare ?

Lorsque les survivalistes imaginent une « rupture de normalité », il s'agit souvent d'une rupture généralisée, mais il existe des ruptures de normalité à l'échelle individuelle qui sont subjectivement aussi graves, mais qui ne remettent pas en cause le système institutionnel.

Je ne retrouve plus la référence où il était question d'un certain nombre de piliers, ou de pieds, parmi lesquels se trouvent au moins l'emploi et logement, avec l'idée qu'on peut encaisser la perte de l'un d'entre eux mais qu'au-delà on bascule.

Bref, quand j'essaye d'imaginer le scénario immédiatement plus grave que le deuxième type, je tombe sur la perte rapide du logement, avec juste le temps de s'habiller et d'attraper un sac.

Donc l'idée est un aller simple de chez soi, comme le BOB mais sans remise en cause de la société, des institutions, ou des infrastructures. Donc pas une guerre civile ou une catastrophe nucléaire.

Plutôt quelque chose comme un incendie dans mon immeuble, ou un voisin qui fait exploser son appartement au gaz, ou une violente inondation, ou une rupture soudaine et très violente. Je ne vais pas imaginer le dernier cas, parce que ça fait tomber trop de piliers en même temps, et rester sur les gros sinistres.

Une chose que j'ai eu beaucoup de mal à communiquer par le passé, mais que le 2020 a dû illustrer pour pas mal de monde, c'est que le début d'une crise est marqué par l'incertitude sur le fait d'être ou non en crise.

S'il est évident qu'il y a un gros sinistre, au point qu'il faut évacuer et que chaque seconde compte, je ne vais pas chercher à prendre quelque sac que ce soit, je vais juste évacuer. Genre si je vois des flammes par la fenêtre, ou si je ne vois plus de fenêtre parce qu'il n'y a plus de façade là où elle devrait être.

Donc mon go bag du troisième type, c'est à attraper pour les situations très‐urgentes‐mais‐pas‐trop, ou plutôt peut‐être‐très‐urgente‐mais‐on‐sait‐pas‐encore‐trop.

Pour me clarifier les idées, je me suis donné une heuristique simple : si j'ai le temps de m'habiller, j'ai le temps de faire un détour pour attraper un sac stratégiquement placé, parce que le temps pour faire ce détour est dominé par les variations du temps pour retrouver la deuxième chaussette.

Et inversement, si c'est tellement catastrophique que la décence est mise en pause, je ne vais prendre ni vêtement ni sac et juste sauver ma vie (et celle des personnes auxquelles je tiens).

Comme les institutions sont supposées fonctionner, j'imagine être prise en charge ensuite par des services d'urgence ou un cercle familial ou amical. Donc je ne vais pas me préoccuper d'un abri pour dormir ou d'une réserve d'eau potable. En revanche, j'exclus pas a priori que cet abri se limite à un gymnase partagé avec un tas d'autres sinistrés.

Ce scénario du troisième type me déplaît un peu, parce que j'ai l'impression de placer la barre trop haut. Je l'aurais bien vu plutôt comme quatrième type, avec un troisième type intermédiaire entre ça et l'urgence professionnelle, mais je n'arrive pas à en trouver. Si vous avez des idées, n'hésitez pas à m'en faire part.

Inventaire

À ce stade, on arrive à ce qui fait que le titre du présent billet contient le mot « esquisse » : j'aurais bien voulu vous présenter un go bag déjà prêt et justifié comme mes EDC passés, mais je n'en suis pas encore là. J'ai l'impression que les scénarios ci-dessus et les considérations logistiques ci-dessous sont les 80 % faciles du boulot qui prennent 20 % du temps, et c'est déjà suffisamment une saga en quinze tomes pour le publier en l'état.

Comme dit plus haut, le module 6 de mon EDC version 2018 me semble être suffisant pour le premier et le deuxième type, à quelques mises à jour près (notamment au niveau des chargeurs).

Et pour le troisième type, je suis encore un peu dépassée par la gravité du scénario, mais pour l'instant j'ai envisagé d'y mettre en plus :

Logistique

Doublon, rotation, ou rangement ?

La principale conséquence logistique de préparer un go bag est que tout ce qui est dedans n'est pas ailleurs.

Ça ne pose pas de problème particulier pour tous les objets dont je ne me sers pas au quotidien et qui ne périment pas, ce qui représente quand même une minorité du contenu de ce sac.

La majorité est des objets que j'utilise au quotidien et que j'aimerais pouvoir utiliser aussi en déplacement dans un des scénarios évoqués. Pour chaque objet, je peux choisir entre garder mon objet du quotidien là où il est et en avoir un deuxième identique dans mon go bag, ou décider que mon objet du quotidien est dorénavant rangé dans le go bag plutôt qu'à sa place précédente.

Pour les petits objets bon marché, comme la brosse à dents, la duplication est évidemment la meilleure solution. J'ai depuis longtemps une brosse à dents qui voyage, identique mais distincte de ma brosse à dents du quotidien, pour pouvoir finir la valise avant mon dernier brossage de dents avant le départ.

Pour les objets plus chers, et peu utilisés au quotidien, comme mon casque à réduction de bruit, c'est plus logique de le ranger dans le go bag, quitte à rendre son accès et son rangement plus pénibles.

Il y a aussi une solution intermédiaire entre dupliquer et ranger, particulièrement utile pour les consommables qui risquent de périmer si on ne fait pas attention au doublon dans le sac. Je l'ai appelée la rotation, et ça consiste à ranger le prochain remplacement de l'objet quotidien dans le go bag.

Par exemple dans ma trousse de toilette (elle-même dans le go bag), je pourrais mettre un tube de dentifrice neuf à côté de ma brosse à dents de voyage ; lorsque mon tube de dentifrice quotidien est vide, prendre celui du go bag, qu'il ait été entamé dans un voyage précédent ou non ; et lorsque j'achète un nouveau tube de dentifrice, le ranger dans le go bag.

C'est certes plus pénible que faire passer directement tube de dentifrice fraîchement acheté directement dans la consommation quotidienne, et la flemme ou la précipitation peuvent faire recourir à ce raccourci, tant que ça n'arrive pas trop souvent ce système de rotation assure de rien avoir qui périme dans mon dos.

Doublon ou rotation des vêtements

Même si je ne considère pas les vêtements comme consommables, une question similaire se pose pour eux, mais avec des termes de compromis un peu différents.

Les avantages des vêtements dédiés au go bag (du troisième type) est d'une part qu'on peut optimiser le minimum d'encombrement pour le maximum de situations confortables, quitte à laisser tomber l'esthétique. Je pensais par exemple à des sous-vêtements, une robe tee-shirt, un ou deux collants d'épaisseurs différentes, un pull et éventuellement sous-pull.

D'autre part, ce jeu de vêtements peut être rendu encore moins encombrant en le stockant sous vide.

Les avantages d'une rotation de vêtements du quotidien, est que ce sont justement des vêtements du quotidien, donc dont le confort est éprouvé et qui évoluent au plus près de mes variations morphologiques.

Je suis peut-être un peu négative, mais je vois cette question surtout sous l'angle du risque de sortir des vêtements du sac sous vide pour se rendre compte qu'ils ne me vont vraiment pas, par rapport au risque que la charge de la rotation finisse par perdre devant la flemme.

C'est peut-être plus réaliste de viser un jeu de vêtements sous vide que je sortirais régulièrement, par exemple deux à quatre fois par an, pour vérifier qu'ils me vont encore, qu'ils conviennent aux conditions météorologiques courantes, et en profiter pour les laver.

Conteneurs

Les listes d'objets ne font pas tout, la façon de les transporter est très importante aussi, et parfois pose même des contraintes sur la liste.

J'étais partie sur l'idée du go bag de The Newsroom, qui est un sac physique, mais dans mes scénarios du premier et du deuxième type, il y a de toute façon un bagage qui est construit pour l'occasion, donc je pourrais me contenter de stocker les objets dans un tiroir ou un carton, et les placer dans un sac ou un sous-sac choisi en fonction du reste des bagages.

Cependant, j'ai peur que ça nuise à la sérénité avant ces voyages, qui est probablement le principal bénéfice que je tirerai des présentes réflexions.

Donc j'aimerais quand même trouver un système de conteneurs, que ce soit un ou plusieurs sacs ou sous-sacs, qui puisse être pris en plus ou à l'intérieur d'un maximum de variétés de bagages pour un maximum de variétés de moyens de transport (parce que ça va être très pénible et stressant de transvaser d'un jeu de conteneurs que je croyais universel à un jeu de conteneurs adapté à un voyage précis).

Cette contrainte est beaucoup plus forte si je veux ajouter à la liste des moyens de transport possibles ma moto avec mon airbag dont la compatibilité avec les sacs à dos est douteuse (car je n'arrive pas à trier les informations contradictoires que je trouve).

L'ajout des scénarios de troisième type n'ajoute pas forcément beaucoup de complexité. Il faut évidemment que tout rentre dans un seul sac, et que ce sac soit transportable en plus de mon sac à main ; mais une fois ce sac choisi, je peux mettre les objets pour les scénarios du premier et du deuxième type dans un ou plusieurs sous-sacs qui sont rangés dans le sac du troisième type.

Il y a peut-être juste à prévoir en plus un sac de taille adaptée à ces sous-sacs, pour les scénarios du premier et du deuxième type dans lesquels les vêtements et les autres objets propres à ce trajet rentrent tout juste dans une valise ou un autre sac.

Mes réflexions ne sont pas plus abouties que ça pour l'instant, mais je sens venir une difficulté dans le fait que j'ai plein de sacs à dos, de diverses formes et contenances, et ces jours-ci même mon sac à main est en fait à dos (le système que j'aimais beaucoup en 2019 s'est usé beaucoup trop rapidement à mon goût, et je n'ai pas trouvé de remplaçant plus durable). Je n'ai malheureusement pas assez de dos pour en transporter plusieurs, donc il va falloir trouver comment modulariser tout ça ou se rabattre sur d'autres sortes de sacs.

Conclusion

Vous avez pu le constater, tout ça est loin d'être sec, mais je pense qu'il y a suffisamment de fondations pour que ce billet soit intéressant, et vous aurez peut-être un éclairage intéressant à apporter à tout ça pour m'aider à finaliser ces réflexions. N'hésitez pas à proposer ou critiquer dans les commentaires ci-dessous.

Publié le 17 mai 2021

Tags : Jouets Réflexion

Rejet de podcasts

Normalement, je me considère comme étant plutôt bon public, dans le sens où je suis très facile à intéresser par tout un tas de sujets.

Il m'arrive parfois de dire que même une conférence sur les philosophes allemands du XVIIIe siècle pourrait m'intéresser, mais je crois que ça en dit plus long sur les préjugés contre les littéraires dans les milieux que j'ai pu fréquenter que sur mon intéressabilité.

Donc par défaut, si on me colle devant un documentaire ou une conférence, je suppose que je ne vais pas m'ennuyer. Et les seules exceptions que j'ai vécues viennent de défauts majeurs dans la forme, par exemple cet exposé de physique fait par un invité chinois, dont l'accent anglais était tellement fort que je n'arrivais pas à décoder la majorité des mots, et dont les « diapo' » était faites à main levée sur un des premiers tablet-PC, pour un résultat digne d'un dessin de maternelle et assez peu parlant sans le discours qu'il supporte.

Parallèlement à ça, mon quotidien professionnel a été bouleversé par le passage au télétravail en mars 2020 : j'avais plutôt l'habitude de travailler dans le silence, alors que ma moitié diffuse un fond sonore dans la pièce.

Comme je suis bon public, en général je trouve suffisamment d'intérêt pour écouter quand mon travail me laisse de l'attention disponible ou quand je veux faire une pause pour prendre du recul sur le problème courant ; tout en étant suffisamment peu intéressant pour l'ignorer quand mon travail réclame toute mon attention.

Je me retrouve ainsi confrontée à tout un tas de nouvelles sources d'information, de C dans l'air que je suis souvent au Classic Comic Collector que j'ignore presque systématiquement, en passant par des gens qui travaillent le bois, qui critiquent le cinéma, etc.

De façon plus générale, je suis dans ma vie le principe qu'à peu près aucune information est mauvaise, au moins lorsque sa source ne cherche pas activement à nuire. Donc toute information raisonnablement fiable est bonne à prendre, au pire elle se perdra dans les aléas d'attention entre les oreilles et la mémoire à long terme.

Pendant longtemps, tout s'est bien passé comme ça, et mon vécu était conforme à ce à quoi je m'attendais.

Et puis à très peu de temps d'écart, je me suis retrouvée face à deux podcasts qui ont provoqué en moi une réaction très négative.

Pour un seul, à la limite je l'aurais laissé de côté en considérant que c'est une anomalie, mais deux réactions inattendues mais proches ça pose question.

Je vais donc partager avec vous les réponses que j'ai pu trouver, aussi bien dans l'objectif d'auto-exploration habituel sur ce site, que pour avoir votre avis sur d'éventuelles caractéristiques que j'aurais ratées dans ces podcasts ou dans mes réactions.

L'alerte bidale

J'ai piqué le concept d'alerte bidale chez Jaddo, avec une petite variation parce que j'utilise par ailleurs beaucoup mes intuitions instinctives (comme l'indique tellement le nom du présent site) : en temps normal mon instinct est une source d'information au même titre que n'importe quel sens, alors que ma notion d'alerte bidale a quelque chose d'urgent et d'envahissant, bien dénoté par le mot « alerte ». Comme j'exclus les informations que j'arrive à traiter calmement, je me retrouve avec une alerte bidale beaucoup plus pauvre en information que celle de Jaddo.

Pour essayer de le décrire sans référence, il s'agit donc d'une perception instinctive, qui essaye de m'alerter urgemment d'un grave problème, et qui compense le manque de raffinement et de précision du message par la brutalité du malaise, qui semble généralement venir du fond des tripes (ou du bide, d'où son nom).

Donc c'est une alerte de danger, et pour un danger qui échappe à mes facultés intellectuelles (prétendument) supérieures (par rapport au bide).

Autant dire que ce genre de danger est relativement rare dans ma vie urbaine et maîtrisée. Cette alerte est donc très rare, ce qui la rend d'autant plus oppressante.

Comme je fais confiance à mes intuitions en général, j'ai presque toujours agi sur cette alerte, et j'ai du mal à évaluer a posteriori si elle était justifiée ou non.

Il n'y a aujourd'hui qu'une seule personne qui a fait sonner cette alarme et que je n'ai pas fui, et je n'ai encore qui puisse la justifier, mais si c'était évident ce serait dans le champ cognitif et pas juste dans le bide. On verra peut-être au fil du temps.

Il y a eu un certain nombre de situations dans ma vie qui ont fait sonner cette alerte, mais que je n'ai pas pu éviter faute de détails clairs pour justifier mon évitement. Ces situations n'ont pas si souvent mal tourné, mais dans une majorité de cas il y avait une raison a posteriori pour cette alarme, et la chance ou la vigilance accrue par l'alarme ont évité ou sérieusement mitigé le problème.

Et en dehors des deux podcasts dont il est question dans ce billet, je crois que je n'ai jamais ressenti ce type d'alarme pour autre chose qu'une personne ou une situation.

Comme je le disais précédemment, je considère normalement qu'une information est un objet au pire neutre, mais généralement positif, à des degrés plus ou moins élevés. Donc ressentir une alerte de danger vis-à-vis d'une information, c'est quelque chose de nouveau pour moi, et qui semble plutôt paradoxal.

Je ne comprends même pas comment une information peut être dangereuse. Certes, il y a le risque de prendre des mauvaises décisions basées sur des informations fausses, mais aucune information est parfaitement fiable, il y a toujours un risque de fausseté ou de mauvaise interprétation, et le niveau de fiabilité fait à mes yeux partie intégrante de l'information.

Il m'arrive de réduire instinctivement le niveau de fiabilité de telle ou telle information, mais au pire ce niveau peut être mis à zéro et l'information devient neutre. Donc même un avertissement sur la surestimation de la fiabilité d'une information arriverait tranquillement dans le champ cognitif, sans avoir besoin de passer par l'alerte bidale.

Il y a certes le cas des escroqueries, manipulations, et autres choses du même acabit qui sont basées sur des informations, mais historiquement ça fait sonner mon alerte envers l'escroc ou envers la situation de manipulation, et pas envers l'information qui sert de support.

Disclaimer

Il n'aura peut-être pas échappé à votre sagacité que je n'ai pas encore précisé quels sont des deux podcasts qui m'ont caressée à rebrousse-poil, alors que c'est quand même une information importante pour crowd-sourcer des points de vue extérieurs.

Avant de les dévoiler, je voudrais quand même insister sur le fait que je ne veux pas critiquer ces podcasts, sur le fond ou sur la forme, ni les intervenants qui y participent. Je ne veux pas dire qu'ils sont mauvais ou dangereux ou quoi que ce soit comme ça. Je suis justement incapable d'en juger, parce que je suis submergée par cette alerte.

Dans ce billet, il est surtout question de ma réaction irrationnelle à ces podcasts, indépendamment de toutes leurs qualités ou défauts par ailleurs.

Cela étant posé, les podcasts en question sont L'octet vert et NoLimitSecu.

L'octet vert

Il y a plein de choses rationnelles et intéressantes à dire sur l'écologie, entre l'écran de fumée de la responsabilité individuelle pour utiliser la culpabilité des gens afin de préserver le statu quo, la complexité du monde qui produit moult résultats contre-intuitifs qui conduisent à autant de fausses bonnes idées, l'incapacité de tant de gens à obtenir et manipuler des ordres de grandeurs et à utiliser un minimum de culture scientifique, le sophisme de l'appel à la nature qui permet au néo-luddisme de noyauter l'écologie, etc. Ce n'est pas de ça dont il est question dans le présent billet.

Je veux juste insister une fois de plus sur le fait que je veux pas me battre contre ces podcasts, et qu'en l'occurrence je suis plutôt proche politiquement des idées de ce podcast, et je devrais faire plutôt partie du chœur auquel il prêche.

Et pourtant, les cinq épisodes que j'ai écoutés ont fait réagir mon alarme bidale pendant la majorité du temps, il n'y a guère que pendant certains approfondissements techniques qu'elle se calme un peu.

Le côté positif, c'est qu'après une quantité déraisonnable d'introspection, j'ai fini par comprendre à peu près le message de cette alerte.

Ce podcast me donne la même impression qu'une discussion entre croyants qui parlent de leur foi.

Quand j'entends quelqu'un qui dit avoir pris conscience de l'urgence climatique et depuis fait du vélo, ça me fait le même effet que quelqu'un qui dit avoir rencontré Jésus et depuis fait des prières trois fois par jour.

Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, hein. Je n'ai rien contre les croyants.

Je n'ai rien contre la spiritualité. Je me définis comme agnostique, dans le sens le plus profond du terme : je ne sais pas, et je construis ma vie de façon à ne pas avoir besoin de savoir. La plupart des gens semblent avoir besoin de croire en quelque chose, je n'ai pas ce besoin, mais je respecte les besoins des autres même lorsqu'ils me sont complètement étrangers.

Je suis un peu plus réservée sur les religions. Je n'ai rien contre la pratique en groupe de la spiritualité, mais je trouve que ça commence à devenir malsain quand il commence à y avoir de la politique dans ce groupe, et je trouve très malsain d'appuyer du pouvoir séculier sur des croyances, et historiquement l'exploitation des fidèles n'en a jamais été loin.

Bref, une discussion entre croyants, même exaltés, je me dérange pas.

Tant que j'en suis assez loin.

Et c'est ça que mon alarme a raté. Ce podcast me donne en plus l'impression que cette discussion se déroule à côté de moi.

Il y a une première couche de malaise dans le fait que j'ai l'impression de faire intrusion. Je ressens ce podcast comme une discussion que des croyants auraient entre eux, avec uniquement des convaincus dans la salle. Dans une réunion non-mixte, comme on dirait ces jours-ci, parce que quand il y a une personne à convaincre, ou simplement une personne potentiellement critique, la discussion n'a pas la même dynamique.

J'ai beau avoir des opinions politiques très proches, je n'ai pas cette foi. Je ne suis pas croyante. Je ne me sens pas à ma place parmi ces croyants, peu comme parmi un groupe de paroles pour les victimes de cancer des testicules.

Cependant, ce n'est pas le sujet de l'alarme, cette imposture est un danger pour la dynamique de groupe, éventuellement pour ses membres sincères, mais pas pour moi.

Le danger que mon bide a repéré, c'est qu'il identifie la religion derrière ces discussions comme extensive et intolérante, plutôt de genre à convertir ou mettre au bûcher qu'à coexister pacifiquement.

Encore une fois, c'est une perception irrationnelle qui vient du fond de mon cerveau reptilien, je ne prétends pas attribuer raisonnablement ces idées aux personnes qui interviennent dans ce podcast.

D'ailleurs je ne suis même pas sûre que cette perception soit provoquée par quoi que ce soit dans ce podcast, il n'est pas exclu que mon bide généralise à tous les convaincus de l'écologie la dynamique de l'écologie culpabilisante à laquelle je suis si souvent confrontée.

Donc finalement, ce n'est pas vraiment une alerte bidale envers de l'information, mais plutôt envers la situation déduite de ces informations et de l'illusion de proximité portée par la technologie et le format du podcast (par rapport aux émissions radio et télévisées qui me donnent une impression de distance par rapport au plateau).

NoLimitSecu

J'ai été confrontée au podcast NoLimitSecu avant l'Octet vert, mais malgré l'exposition plus longue j'ai les idées moins claires sur ce que mon bide a à lui reprocher.

Déjà, je pars avec un handicap vis-à-vis du domaine de la cyber-sécurité. J'ai l'impression que c'est un domaine qui aurait techniquement tout pour me plaire, en adéquation avec mes facilités et mes compétences existantes, mais dont la dynamique de groupe exclut les gens comme moi.

Et dans la dynamique de groupe, je ne mets pas seulement la misogynie avérée que certains essayent activement de combattre, je suis aussi profondément rebutée par l'esprit de compétition qui pousse à se tirer dans les pattes les uns des autres, à confondre farces et brimades, et plus généralement à se grandir en abaissant les autres plutôt que s'entraider pour faire grandir tout le monde.

D'ailleurs c'est peut-être juste l'ambiance « cyber-sécurité » qui colle suffisamment aux intervenants pour qu'elle soit reconnaissable par mon bide dans la dynamique de groupe pendant le podcast.

Je ne suis pas tellement convaincue par cette explication, elle me semble un peu bancale, mais je n'ai pas encore trouvé d'alternative moins mauvaise.

Ce serait cohérent avec le fait que cette alerte ne soit jamais déclenchée pendant que je lisais un article technique sur la cyber-sécurité ou pendant que j'écoutais l'enregistrement d'une conférence sur ce sujet : dans les deux cas, il n'y a pas de dynamique de groupe, et le fait que je n'aille pas spécialement chercher ce type de contenus fait que ceux qui arrivent à moi ont été sélectionnés pour leurs qualités didactiques et divertissantes, ce qui contre-sélectionne les éventuels contenus moins bienveillants envers les personnes extérieures au domaine.

Ce serait aussi cohérent avec le profil d'activation de l'alarme du fil de l'épisode : quand l'alarme sonnait en continu pendant l'Octet vert, avec des pauses quand la discussion devait plus technique et moins militante, l'alarme pendant NoLimitSecu est à un niveau de base non-négligeable mais relativement contenu, avec de temps en temps des pics aigus qui rappellent qu'il ne faut pas se laisser aller.

Et il y a un pic à certaines inside jokes, et lors de remarques qui me semblent empreintes d'arrogance ou de mépris, ou qui surgénéralisent les éléments de leur métier (par exemple en considérant un certain modèle de menaces comme universel, ou en refusant de considérer que certaines personnes puissent accepter de prendre certains risques).

Le point commun de tous ces évènements est qu'ils participent à l'exclusion des personnes hors du groupe, et je fais partie de ces personnes. Cependant, la dynamique est très différente de ce que je ressens avec l'Octet vert : je n'ai ni l'impression de proximité ou d'intrusion, ni l'impression que c'est un groupe qui doit absorber ou détruire tout ce qu'il rencontre.

Je ne comprends donc pas très bien en quoi être exclue de ce groupe représenterait un danger. Par élimination, je ne vois plus que l'alternative déjà évoquée que le danger soit le groupe lui-même, et les moments excluants me feraient tiquer non pas parce qu'ils excluent, mais parce qu'ils marquent l'existence dudit groupe.

Ça reste bancal, et ça n'explique pas tous les pics alarmistes, et je ne sais pas trop quoi faire pour en savoir plus.

Que faire ?

Ces analyses plus ou moins précises sont bien gentilles, et justifient à elles seules ce billet, mais qu'est-ce que je peux en faire pour ma vie ?

Il est hors de question que je me débarrasse de ce système d'alarme, ou de n'importe lequel de mes systèmes instinctifs, j'y tiens plus qu'à mes membres.

J'ai un peu peur qu'ignorer ces alertes et continuer à écouter ces podcasts me désensibilise progressivement, et nuise à la bonne réception de futures alarmes.

Idéalement, il faudrait que j'arrive à « conscientiser » le processus, pour que le bide se range sagement à côté des autres instincts qui me font calmement parvenir leurs conclusions, au lieu de sonner une alarme brutale et pauvre en détails. Et quelque part, ce billet fait partie de ma tentative dans ce sens, en tournant mon regard vers l'intérieur pour identifier les mécanismes à l'origine de l'alarme et me les approprier.

Malheureusement ces deux tendances s'opposent, car il faut déclencher l'alarme pour la goûter et la comprendre.

Pour une fois, chers lecteurs, je ne vais pas vous demander conseil pour me décider, ça va rester face à moi-même. En revanche, tous les avis, remarques, conseils, etc, sur le processus ou ses données d'entrées (notamment lesdits podcasts) sera bienvenue.

Publié le 28 avril 2021

Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique

Nouvel Confinem'An

Au début du mois je croyais être originale avec mon idée de rétrospective sur un an de bouleversements liés à l'actualité, et je vois depuis une semaine qu'en fait pas du tout, mais j'ai l'impression d'avoir quand même quelques pierres intéressantes à jeter sur l'édifice.

Après avoir fait la bamboche pour le Nouvel An grégorien, puis pour le Vieux Nouvel An, puis pour le Nouvel An chinois, quoi de plus naturel que de fêter le Nouvel Confinem'An ?

J'ai déjà écrit moult fois que je ne suis pas douée pour les rétrospectives et autres bilans de nouvelle année, parce que je cherche les leçons au fur et à mesure de ma vie, et j'ai en permanence suffisamment de recul pour ne plus rien avoir à trouver à l'heure traditionnelle des bilans.

Je le pense toujours en général, mais 2020 a eu la particularité d'être riches en bouleversements, et m'y adapter m'a fait changer inhabituellement rapidement. Donc je pense qu'il y a des choses intéressantes à trouver en comparant Moi-d'Il-Y-A-Un-an et Moi-Maintenant.

Le calme avant la tempête

Je vais quand même faire un peu comme tout le monde, et je vais commencer par le récit de mon Avant-Catastrophe, les derniers jours avant la catastrophe. J'ai déjà décrit ici mon assignation à domicile, mais pas encore ce que j'ai vécu juste avant.

Je ne suis pas tellement au courant de l'actualité, peut-être un peu plus maintenant qu'à l'époque, donc j'ai passé le mois de janvier 2020 dans l'insouciance la plus complète.

Au mois février 2020, il a commencé à être plus souvent question de coronavirus, ça a réveillé des vieux souvenirs de cours de virologie, et je l'ai pris avec la rigolade des trucs graves sur lesquels je n'ai aucun pouvoir et qui ne concernent pas vraiment, par exemple en jouant avec le mot « coronannuler ».

Au début du mois de mars 2020, je m'attendais à ce que la vague épidémique traverse la France, mais j'avais encore relativement confiance dans les dirigeants de ce pays pour gérer ça à peu près correctement.

Et par « confiance » et « à peu près correctement », je m'attendais à quelque chose du même ordre que les gilets jaunes et la grosse grève des transports sur le quotidien, éventuellement avec un côté crise de 2008 par-dessus. Peut-être un peu plus fort que tout ça, mais dans le même ordre de grandeur. De la pagaille mais pas une catastrophe, quoi.

Je voyais ce que l'on appelait à l'époque les « confinements », en Chine puis en Italie, un peu comme quelqu'un qui s'ampute un membre tout seul, mais à l'échelle d'une nation : une catastrophe héroïquement auto-infligée pour éviter une catastrophe encore pire.

Quand c'est loin, comme randonneur de l'extrême tout seul dans la cordillère des Andes dont une jambe est coincée sous un immense rocher après un éboulement, ou comme un confinement en Chine, je trouve que c'est une mesure exagérée pour ce que je connais mais peut-être raisonnable dans ce contexte (je ne connais pas du tout l'état des services de secours dans la cordillère des Andes, si ça se trouve ils n'ont rien à envier à Paris).

Quand c'est plus proche, comme un ouvrier du bâtiment dont une jambe est coincée dans une machine alors qu'il est tout seul sur le chantier en Île-de-France, ou comme un confinement en Italie, je trouve que c'est une mesure exagérée qui ne peut être envisageable que parce que beaucoup de choses ont indépendamment tourné horriblement mal (la machine n'aurait pas dû pouvoir être utilisée avec des membres à proximité, un arrêt d'urgence aurait dû être possible, l'ouvrier n'aurait pas dû être seul, des secours auraient dû pouvoir intervenir avant que quiconque ait le temps de s'auto-amputer, etc).

L'Italie était cependant assez loin de moi pour que tout ça ne reste qu'une histoire, au moins au niveau de la charge émotionnelle.

Je n'en ai plus de souvenir aujourd'hui, mais d'après mes notes, c'est le soir du jeudi 12 mars 2020 que j'ai commencé à ressentir inquiétude et incertitude, suite au discours présidentiel. Il me semble que ce n'était pas le fond des décisions, mais la façon de le communiquer, qui a enterré mon impression qu'il y avait un plan tenu secret par plaisir de prendre les gens pour des cons, et que c'étaient juste une bande de poulets décapités perdus sans leur playbook.

Cela dit, ce ressenti était loin de me submerger. Dans différentes rétrospectives je lis que des gens étaient sidérés, d'autres étaient en larmes, etc ; de mon côté j'ai seulement élargi la gamme de futurs potentiels que j'imaginais.

Même si je serais une très mauvaise survivaliste, j'ai été exposée aux idées des preppers, et j'ai réfléchi aux différentes formes de rupture de normalité. J'étais donc capable d'imaginer des scénarios bien pires que ce qui me semblait réaliste dans cette période.

Globalement, la maladie ne me semblait pas assez grave pour remettre en question les infrastructures, donc une bonne part de la normalité me semblait fiable à court terme. Je n'aurais pas fait de pari sur leur survie à moyen terme, car les conséquences indirectes me semblaient floue (par exemple, je pouvais envisager un soulèvement populaire qui mènerait à un quatrième empire qui mènerait au sabotage d'infrastructures par la résistance).

Le vendredi 13 mars 2020, j'ai pour la première fois emmené mon ordinateur portable professionnel chez moi en rentrant du boulot, « au cas où ». Et j'ai pu voir que le VPN était mal configuré.

Le samedi 14 mars 2020, j'étais encore suffisamment dans l'entre-deux pour aller faire des courses peu urgentes comme si la vie allait continuer normalement mais que je ne pourrai peut-être bientôt plus les faire.

Par exemple, j'ai acheté une recharge de thés et d'infusions pour mon lieu de travail, alors qu'il devait me rester deux semaines de réserve. Donc j'étais à la fois en train de craindre des problèmes logistiques futurs, tout en supposant une présence dans les locaux de mon entreprise pour des semaines.

D'ailleurs hier, le mardi 16 mars 2021, j'ai retrouvé cette sensation, en réorganisant mes plans pour refaire une réserve de lentilles de contact, par crainte que ça devienne rapidement beaucoup plus difficile.

La vie n'est pas un film catastrophe

Par rapport aux différents scénarios-catastrophe auxquels je me suis préparée dans cette deuxième semaine de mars 2020, j'ai fait une erreur majeure sur l'appréciation de la vitesse d'évolution de cette situation.

Je pensais que la maladie se répandrait comme une traînée de poudre, et que l'assignation à domicile généralisée ne ferait que retarder l'inévitable (j'ai peut-être été influencée par les réflexions de David Madore qui ont été la principale source d'approvisionnement des miennes).

Je m'attendais donc à une crise sanitaire aigüe, qui se consume violemment et rapidement, et qui serait la partie « facile » du scénario, et dont découleraient des crises secondaires, sociales, politiques, économiques, ou autres, ou en combinaison, et qui seraient les vrais tests de notre civilisation.

Bref, j'ai confondu une pandémie avec un tsunami ou un tremblement de terre ou un glissement de terrain ou une éruption volcanique.

Je suppose que c'est à ça qu'on voit que j'ai eu des cours de virologie mais pas de cours d'épidémiologie.

Avec le recul, je pense que c'est de cette mauvaise appréciation qu'a découlé mon craquage : j'étais partie pour encaisser la partie sanitaire en serrant les dents, pour voir comment gérer durablement la suite, et en réalité la partie sanitaire avance au ralenti et il n'y a pas (encore ?) de partie suivante.

D'ailleurs je trouve que pour cet examen planétaire, nous avons tiré un sujet plutôt facile, sans vouloir manquer de respect aux victimes et à leurs proches, et c'est probablement aussi marqué d'un biais de virologie sans épidémiologie. Il n'y a comme difficulté particulière que son R₀ à 3 (comme on le croyait à l'époque), de son côté respiratoire, et des séquelles (qu'on ignorait à l'époque).

Je ne voudrais pas angoisser inutilement mon lectorat, mais c'est un virus fragile (il en existe qui survivent des semaines sur les surfaces inertes), dont la contagion est courte (on compte des jours, pas des mois ou des années), dont les symptômes visibles surviennent rapidement (pareil, des jours), qui ne se transmet que de personne à personne, sans vecteur animal (va tracer les contacts des moustiques), sans réservoir animal (imagine un pathogène qui passe indistinctement des muridés aux humains et vice-versa), sans évasion du système immunitaire d'un individu infecté, et qui a touché en premier des pays riches (donc on a jeté des tonnes d'argent dessus avant d'avoir des dizaines, voire des centaines, de variants à faible immunité croisée).

Et sincèrement, vu la prestation mondiale, je suis très pessimiste sur les futures pandémies.

Et ce d'autant plus que je crains que les réactions politiques à la présente pandémie soient similaires aux réactions au terrorisme, en retirant des ressources aux mécanismes utiles en général pour les donner à ce qui aurait été utile seulement pour l'attentat ou la pandémie qui vient de se produire (par exemple multiplier les lits de réanimation en faisant des économies sur le savon dans les toilettes).

Natologie de crise

De la même façon que ce n'est que lorsque les choses tournent mal qu'on peut voir la qualité des systèmes automatiques, les situations dégradées montrent des facettes profondes des gens qui permet de mieux les connaître. Ou plutôt, en l'occurrence, se connaître.

J'ai l'impression pécher par arrogance quand j'écris, comme dans Usurper ou suivre ?, que je me sens capable de garder la tête froide dans un panel de situations plus large que la plupart des gens que je côtoie, et que même dans la pression et les imprévus je suis capable d'adapter les décisions tactiques à un environnement imprévu et changeant.

Ce basculement d'il y a un an me semble être un nouvel exemple de situation dégradée que j'ai plutôt bien géré, aussi bien tactiquement que stratégiquement à court terme, avec pour seule limite l'erreur d'appréciation déjà évoquée.

En y repensant, j'ai l'impression que ce résultat n'est pas seulement une question de garder la tête froide et de rester pragmatique, mais aussi de gérer l'inconnu.

Ma tendance naturelle à l'autodévalorisation m'empêche de me considérer confortablement comme intelligente, au point d'invoquer Mme Golovina pour en parler, mais un autre contournement est de chercher une caractérisation plus précise : il n'y a moins d'ego dans « j'ai des facilités dans tel domaine précis » que dans « je suis intelligente ».

La plupart de mes bons résultats professionnels me semblent imputables en majorité à un seul « super-pouvoir » : ma capacité à gérer l'inconnu.

L'exemple le plus frappant est la rétro-ingénierie. Je peux voir passer une fonction get_special_foobar, et continuer sans avoir la moindre idée de ce qu'est un foobar et en quoi celui-ci est spécial. En continuant, je vais peut-être inférer une certaine intuition des foobar spéciaux ou non, et éventuellement réviser ce que je croyais savoir à la lumière de nouvelles informations (dans une démarche similaire à mon habituelle recherche de la vérité).

Je ne sais pas s'il y a deux mécanismes différents dans le fait de continuer malgré l'inconnu, et dans le fait de manipuler des concepts malléables et de remettre en question leurs dépendances à chaque mise à jour. Je les ai traités comme deux points différents d'un même continuum d'une seule compétence, mais je peux me tromper.

Dans le cas de mars 2020, comme les infrastructures ont globalement très bien résisté à la crise, faire face à la rupture de normalité ne reposait pas sur le remplacement de ces infrastructures (comme on voit souvent chez les preppers), mais seulement sur l'adaptation aux changements quand ils viennent et la gestion de l'incertitude sur les changements futurs.

Pour diverses raisons personnelles, je ne m'attends pas à survivre aux pires scénarios des survivalistes, et je ne cherche pas à pouvoir y faire face. À quoi bon apprendre à braconner gibier et poissons quand on a besoin de nutriments qu'ils n'apportent pas ? Je suis en paix avec mon extinction en même temps que celle de notre civilisation.

Quelque part, cette crise est juste au niveau idéal de mes capacités : juste assez peu grave pour éviter mes points faibles, et juste assez grave pour mettre en valeur mes points forts.

Cela dit, c'est bien gentil de mettre en valeur mes points forts, mais ça reste la méga-merde dans ce pays, et à choisir j'aurais préféré me passer de cette leçon et ne pas déménager en Absurdistan.

À ce stade, je me demande juste si je n'aurais sur-compensé ma tendance à l'autodévalorisation. Ce billet est-il trop arrogant ? Suis-je au bord de l'overdose d'autosatisfaction ? Me faut-il en urgence une injection intracardiaque d'humilité ?

Publié le 17 mars 2021

Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique

Body by You

Depuis presque six mois, je pratique les exercices décrits dans le livre Body by You, écrit par Mark Lauren et Joshua Clark, et je pense qu'il est de partager mon expérience. Je vais donc vous décrire comment j'ai décidé de me lancer, ce que j'en pense aujourd'hui, et comment j'imagine l'avenir.

Le contexte

J'ai découvert ce livre il y a presque six ans, chez Balise qui l'a essayé et adopté.

J'en ai sécurisé une copie, pleine de bonnes intentions qui ne sont pas concrétisées parce que je n'ai pas trouvé de place pour ça dans ma vie.

Ce livre et ces bonnes intentions ont donc gentiment pris la poussière jusqu'à l'année de tous les chamboulements qu'a été 2020.

Pour survire à 2020, j'ai dû devenir 2020 j'ai privilégié ma santé mentale, au point de plutôt bien vivre le premier confinement, mais au prix d'une certaine négligence sur l'entretiens de mon corps.

Comme les mesures court-termistes n'ont pas éteint cette crise, j'ai moi aussi renoncé aux mesures exceptionnelles pour les remplacer par une forme de « vivre avec », et cette transition n'a pas été sans douleur.

Bref, tout ça pour dire que dès l'été 2020, je me suis posé la question de quoi faire pour assurer l'entretien pérenne de la machine biologique qu'est mon corps, malgré les circonstances dégradées.

C'est là que j'ai dépoussiéré ce livre, car son pitch de proposer des exercices physiques à faire chez soi, sans équipement particulier, répond parfaitement au cahier des charges. Le fait qu'il ait été testé et approuvé par quelqu'un que j'estime a suffi à me faire lire ce livre.

Résumé du livre

Je ne sais pas trop à quel point rentrer dans les détails du livre, d'un côté je ne veux pas tuer l'intérêt de sa lecture, mais d'un autre côté je vais avoir besoin de m'appuyer sur certains éléments pour en parler dans la suite.

L'idée d'ensemble est de proposer un programme d'exercices physiques, orientés vers le travail en force plutôt qu'en endurance (c'est-à-dire anaérobique plutôt qu'aérobique), en utilisant le poids du corps plutôt qu'une collection d'équipements coûteux.

C'est à peu près la même description que You Are Your Own Gym, des mêmes auteurs, qui semble avoir eu un certain succès auprès des hommes. Body by You essaye donc de vendre ce principe à un public féminin.

Les exercices de force cherchent à épuiser rapidement les muscles en travail à la limite de la force qu'ils peuvent fournir, ce qui veut dire affiner la difficulté au fil des gains de force. En général, ça se fait dans une salle de musculation, avec divers poids pour affiner l'effort demandé aux muscles.

Pour faire ce travail avec uniquement le poids du corps, on peut affiner l'effort avec la géométrie de l'exercice. C'est plus facile à visualiser sur un exercice de types « pompes » : par rapport à une position de référence avec les mains et les pieds au sol, si on utilise un tabouret ou une table pour mettre les mains plus hautes, une plus grande proportion du poids du corps est portée par les pieds, et l'exercice est plus facile pour les bras ; à l'inverse garder les mains au sol et poser les pieds plus haut déplace le poids du corps vers les bras et rend l'exercice plus difficile.

L'intérêt principal du livre me semble donc être le catalogue d'exercices qu'il propose, avec 25 niveaux de difficultés dans 5 familles d'exercices, ce qui permet d'ajuster la difficulté au fil de la progression. Chaque famille cible un groupe de muscles différent : la flexion des bras (avec des exercices de type « tractions »), l'extension des jambes (type « flexions »), l'extension des bras vers l'avant (type « pompes ») ou vers le haut (je ne connais pas d'exemple typique), et je ne sais pas trop décrire succinctement la dernière famille mais elle a l'air de complémenter la deuxième pour faire travailler les jambes.

Quant à l'ajustement de la difficulté, il est assez simple : dès qu'on arrive à faire proprement toutes les répétitions prescrites, c'est que l'exercice est devenu trop facile, et on passe au suivant.

La deuxième partie du livre détaille ces 125 exercices, ainsi que le programme sur quelles familles faire à quel moment, et sur quels critères progresser dans les niveaux de difficultés.

Avant ça, la première partie du livre défend les principes de son programme, notamment en descendant les exercices aérobiques d'endurance et en expliquant que malgré la connotation virile de la musculation, ce n'est pas en 1h30 d'exercice par semaine sans prendre de substances douteuses qu'on arrive à un corps de body-buildeuse.

Ce dernier point a beau avoir l'air ridicule, je n'y ai pas été complètement insensible, parce que je ne pars pas vraiment avec un corps de nymphette…

Pour le reste, en résumant le reste à la hache, travailler l'endurance ça rend plus endurant (incroyable, non ?), ce qui passe par les fibres lentes, ce qui rend les muscles plus efficaces, donc il faut y passer de plus en plus de temps pour y laisser le même nombre de calories ; temps qui est déjà initialement assez énorme vu qu'on ne veut pas y mettre trop de puissance pour ne pas se muscler. Et en plus il y aurait plus de situations pratiques dans lesquelles utiliser sa force que son endurance.

Enfin la troisième et dernière partie du livre parle de nutrition, et je suis incapable d'en parler parce que je ne l'ai pas lue, ça n'a pas l'air de voler très haut et ce n'est pas ce que je demandais à ce livre.

Les impressions a priori

Il y a deux aspects qui m'ont beaucoup plu dans la présentation qui est faite ce « programme » : il est à la fois directif et argumenté.

Par directif, je veux dire qu'il donne des instructions très claires sur quoi faire, quand, et comment, chose que je n'ai pas du tout vu dans You Are Your Own Gym. Je n'ai aucune envie de me prendre la tête à concevoir un programme d'exercices physiques, ni surtout de monter en compétence dans ce domaine au point de pouvoir le faire à partir d'un catalogue d'exercice, je veux sous-traiter cette conception.

Et par argumenté, je veux dire qu'il détaille l'architecture de cette conception. On peut trouver des tonnes de programmes d'exercices physiques sur le 'ternet, et la plupart ne sont promu que par le coach Untel fait ça et ça lui va bien. Je ne veux pas monter en compétence au point de savoir faire un programme, mais je veux quand même comprendre l'architecture de ce programme, et plus basiquement pourquoi je devrais faire ce qu'il propose de faire.

Concrètement, j'ai reconnu que les différentes familles d'exercices font travailler les bras et les jambes dans les deux sens, ce qui couvre tous les membres, et je fais confiance à l'auteur quand il prétend que tous les exercices contribuent à faire travailler le tronc, soit activement dans l'exercice soit pour conserver la posture prescrite. Donc il y a une certaine confiance fondée dans le fait que ce programme est complet.

De la même façon, les nombres de séries et de répétition proposées sont cohérents avec ce que j'ai pu voir par ailleurs, ce qui m'amène à avoir suffisamment confiance pour ne pas remettre en question l'ordre des exercices ou le temps de récupération entre chaque série.

Une fois passée la peur de ressembler à Musclor, ce qui m'a convaincue a été cette impression de faire un truc qui a du sens alors que je ne suis pas capable de concevoir ledit truc.

Cela dit, entre une proposition intellectuellement intéressante et la mise en pratique sur la durée, il y a un gouffre, et je ne me suis lancée avec de gros doutes sur ma future assiduité.

Les impressions au bout de six mois

Le poids des mots

Ça se voit sans doute dans ce billet, mais objectivement, le meilleur mot pour désigner ces exercices physiques, qu'on les considère comme anaérobiques ou comme travail en force, serait « musculation ».

J'ai beau me considérer comme relativement progressiste, je n'ai pas peur de m'approprier des loisirs largement considérés comme masculins, comme l'informatique ou la moto, je n'arrive pas à utiliser ce mot. Je reste sur « exercices » ou « sport », et je ne sais pas trop quoi y faire.

L'assiduité dans la durée

J'ai fait ma session de calibration de difficulté fin août 2020, et le lundi 31 août 2020 j'ai fait ma première séance. Ce billet est publié le dimanche 28 février 2021, soit 26 semaines plus tard, et pendant ce temps j'ai fait 77 séances.

Le programme demande trois séances par semaine, donc j'aurais dû en faire 78 dans cette période, alors que ma 78ème sera demain. J'ai donc une séance ou un jour de retard (en fait deux, vu qu'il y a toujours un ou deux jours de repos entre deux séances).

Et pendant tout ce temps, j'ai bien maintenu un ou deux jours de repos entre chaque séance, à une exception près à trois jours, et j'ai adapté mes possibilités de séances à mon emploi du temps en variant la répartition des pauses de deux jours par rapport aux pauses d'un jour.

C'est donc un succès inespéré au niveau de l'assiduité.

La solitude à double tranchant

Une bonne part de cette assiduité vient du fait que ce sont des exercices à faire chez soi, sans avoir de temps de trajet pendant lequel se démotiver, ni de regard des autres et tout ce qu'il provoque.

L'inconvénient, c'est qu'avec seulement une description textuelle et quelques photos, je ne suis pas sûre du tout de pouvoir juger si un mouvement est bien fait ou non, et il n'y a personne pour me regarder et commenter.

J'imagine que les exercices ont été choisis pour être sûrs et pas trop difficiles à réaliser en solitaire, mais j'ai subi beaucoup de doutes.

En particulier j'ai une souplesse catastrophique au niveau des hanches, et il y a deux familles d'exercices sur les cinq qui sont manifestement prévus pour des gens beaucoup plus souples que moi à ce niveau. J'ai adapté comme j'ai pu en essayant de rester dans l'esprit de l'exercice, mais je ne sais pas du tout à quel point ce que je fais est juste.

Et c'est d'autant plus difficile quand l'esprit de l'exercice n'est pas clair, comme c'est le cas pour la cinquième famille.

Mon impression initiale était qu'elle servait à muscler les parties de jambe qui ne sont pas couvertes par les exercices de type « flexion », puisque les flexions travaillent surtout le quadriceps, alors que cette cinquième famille met l'accent sur le fessier et les mollets.

D'un autre côté, le nom de cette cinquième famille est « bending », littéralement « se plier », et la description générale de la famille parle d'assouplir les hanches, et l'assouplissement est à sa place logique en derniers mouvements de la séance. Cependant, je n'ai pas tellement constaté d'assouplissement sur moi, surtout avec la logique de travail en force, mais j'ai peut-être trop mal fait les exercices.

Et du troisième côté, les exercices de cette famille partent rapidement sur des mouvements de type « pont », qui porte sur la souplesse assez loin des hanches, tout en continuant le travail isométrique sur le fessier et les mollets.

Donc je fais ce que je peux, mais j'avoue qu'un coach qui sait comment Les mouvements sont censés être faits manque un peu parfois.

La réponse physiologique

J'ai souvent lu que l'activité physique, surtout intense, était censée faire produire des endorphines, et provoquer une sensation agréable. J'ai un peu moins souvent lu qu'elle est censée procurer de la « bonne fatigue », qui aide à dormir le soir.

Ce n'est pas sans déception que je n'ai constaté aucun de ces deux effets. L'impression qui domine mes séances et le temps juste après est plutôt de l'ordre « mais pourquoi est-ce que je me fais souffrir comme ça ? »

En revanche, j'ai eu droit à des nausées pas agréables du tout.

Les principales causes semblent être la déshydratation, l'hyperhydratation, et la digestion. J'ai fait plus attention à ma consommation d'eau sans voir de différence, et j'ai retardé la séance jusque vers 20h (au-delà l'exercice a un impact négatif sur mon endormissement), sans plus de succès.

Ce n'est qu'en essayant de faire mes séances le matin, à jeun, que j'ai trouvé comment éviter ces nausées.

Je me mande s'il n'y a pas un rapprochement à faire avec la mesure du « niveau de stress » par ma montre intelligente, qui me trouve sérieusement stressée du déjeuner au soir, alors que je n'imagine pas la digestion être aussi longue. Si seulement je pouvais savoir à quoi correspond exactement, au niveau physiologique, cette mesure propriétaire…

Bref, je n'ai malheureusement rien trouvé d'agréable ou de positif dans l'exercice lui-même, et je ne continue de le pratiquer que pour les objectifs indirects que j'attends sur mon corps. La réponse physiologique n'est qu'une contrainte de plus pour organiser mon emploi du temps.

Le respect du programme

J'ai beaucoup aimé le programme parce qu'il est directif, et je l'ai trouvé plutôt bien conçu. Je crois que c'est un principe général du travail en force que d'aller jusqu'à ne plus être capable de faire le mouvement, mais l'idée d'avoir un objectif fixe à atteindre, et dès qu'il est atteint de passer à un exercice plus dur, permet de voir une progression en continu, séance après séance.

Et je le sais d'autant plus qu'il m'est arrivé de ne pas suivre le programme sur ce point, par exemple en n'était pas sûre d'avoir vraiment fait correctement les dernières répétitions. Je me retrouve à la séance suivante à ne pas pouvoir progresser, vu que je suis déjà au maximum de répétition dans le système, je ne peux que régresser (ce qui serait frustrant) ou stagner (ce qui le serait aussi mais un peu mois).

Il y a une série d'exercices qui ne m'a plu du tout, les « Let Me In » à une main, parce qu'ils sont asymétriques, il ne semble pas y avoir d'instruction pour faire l'autre bras, et de toute façon ça mangerait trop sur le temps de récupération. En plus toute la série des « Let Me In », même à deux mains, me contrariait parce que ce sont les bras qui sont censés travailler, mais j'étais toujours limitée par mon endurance dans les jambes.

Du coup j'ai directement sauté du cinquième niveau de difficulté au neuvième, et j'ai été un peu surprise de ne pas être complètement incapable de gérer ce niveau de difficulté. Ce n'est peut-être quand même pas optimal, parce qu'il m'a fallu trois mois pour arriver à faire toutes les répétitions dans une séance.

Sur la progression de la difficulté en général, je n'attendais pas à ce que les échelons soient aussi bien espacés. Il y bien a eu quelques exercices qui ne m'ont pas semblé plus durs que l'échelon précédent, et il y en a deux qui m'ont été impossibles après avoir passé l'échelon précédent, mais il y a des suggestions pour diminuer provisoirement la difficulté d'un exercice le temps de le mettre en place.

Il y a aussi dans le programme un système de phase, dont je n'ai pas parlé. En première phase, toutes les séances sont identiques, alors qu'en deuxième phase le programme fonctionne par semaine, avec une séance plus intense au début, suivie d'une séance beaucoup plus légère pour récupérer sans perdre de progrès, et enfin une séance moyenne pour évaluer la progression. La troisième phase pousse cette logique encore plus loin, avec des groupes de deux semaines.

Dans ces phases, la structure hebdomadaire me laisse penser que je ne peux plus choisir librement la place des pauses de deux jours, j'imagine que l'exercice plus intense suppose qu'il est précédé de deux jours de repos.

Or ma vie n'est actuellement pas assez stable pour que je puisse me passer de la souplesse de poser mes jours de repos quand je veux (surtout avec les contraintes sur le moment dans la journée où je peux les faire), en respectant la moyenne de trois jours par semaine, mais en décalant ainsi quels sont les trois jours.

J'ai abandonné le critère de changement de phase juste après avoir sauté la série d'exercices qui ne m'a pas plu, et je me suis dit qu'après un saut comme ça c'était normal de ne pas progresser tout de suite dans la liste des exercices, et j'ai pris le progrès comme la capacité à faire de plus en plus de répétitions bien faites, et avec ce critère révisé je ne plafonne pas encore.

Je vois cependant le progrès ralentir, donc j'imagine que la question du changement de phase va se poser de plus en plus sérieusement, et je ne sais toujours pas comment la gérer.

Les résultats

Donc si je continue malgré ces impressions plutôt mitigées, c'est que ça marche assez bien, non ?

Comme David Madore le faisait si bien remarquer dans un tout autre contexte, déjà que veut dire « ça marche » ?

Comme dit au début de ce billet, je voulais entretenir la machine biologique qu'est mon corps. Je n'ai rien ressenti à ce niveau, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit mesurable.

Un objectif secondaire mais mesurable était de descendre mon BMI en dessous de 30, parce que le corps médical est particulièrement pénible avec ce seuil.

Et en même temps, ce ne sont pas vraiment des objectifs pour les exercices physiques décrits dans le livre qui est le sujet de ce billet, mais pour l'ensemble des exercices physiques que j'ai ajoutés à ma vie. C'est-à-dire en plus de ces exercices, des séances de marche vive (je n'arrive pas tout à fait à 6 km/h, mais je n'en suis pas trop loin), environ une heure par jour, sur la même période de six mois.

Et à ce niveau, il faut voir les choses en face, c'est un échec total, ma balance en atteste.

D'un autre côté, j'ai longtemps pris pour vrai (sans avoir de sources sérieuses) que la plupart des exercices physiques sont plutôt inefficaces pour perdre du poids, parce que ce qui est perdu en graisse est gagné en muscle. Je ne saurais pas trop juger à ce niveau-là, je n'ai pas constaté de changement flagrant dans aucune mensuration, mais je ne sais pas trop les prendre sans une marge d'erreur considérable.

Pour se donner des ordres de grandeur, d'après ma montre connectée, chaque séance consomme environ 200 calories, ce qui correspondrait à une perte d'environ 290 g par mois, j'étais à l'équilibre énergétique avant et si je changeais en rien mon alimentation (ce sont probablement deux hypothèses fausses).

Je ne sais pas à quel point c'est une coïncidence, mais avec 200 calories par séance d'une bonne demi-heure, en comptant les temps d'effort et les temps de repos, j'arrive à la même puissance moyenne que mes séances de marche en continu. Cette puissance serait de plus de 400 W, ce qui me paraît démesurément grand, donc je me demande si mon intuition est mal calibrée (peut-être sur la puissance sortie plutôt que sur la puissance consommée, si le rendement est très mauvais) ou la mesure de la montre est optimiste.

En choisissant un entraînement en force, je me suis dit que j'allais bénéficier de ces gains en force. Ce n'est pas un objectif direct, mais si c'est un bénéfice en passant, je ne vais pas cracher dessus.

En y réfléchissant, j'ai remarqué qu'il n'y a aucun moment dans ma vie où j'ai l'impression de manquer de force. Je ne suis pas la demoiselle en détresse coincée devant bocal impossible à ouvrir. De façon générale, j'ai des outils, je n'hésite pas à m'en servir, à tel point que je n'essaye même pas de forcer.

Je me souviens il y a plusieurs années, il y avait sur mon lieu de travail une porte un peu dure à ouvrir, et plusieurs collègues masculins se plaignaient de ne pas y arriver, alors que ça ne me posait pas spécialement de problème. J'ai fini par comprendre qu'ils tiraient avec la seule force d'un seul de leur bras, alors que mon bras ne servait que de couplage mécanique pour ouvrir cette porte à la force de mes cuisses.

Donc je ne saurais pas trop dire si je suis plus forte, mais en tout cas ça ne m'apporte rien au quotidien.

Cela dit, en revisitant les exercices passés, la progression est flagrante, donc je suis plus forte au moins sur ces mouvements particuliers. La question de la transférabilité de cette force reste complète.

D'ailleurs un défaut de ce système qui utilise le poids du corps dans différentes géométries, c'est que la progression n'est pas numérique. Si j'étais sur une machine avec 2 kg dans la première séance, et 5 kg six mois plus tard, non seulement la progression est flagrante, mais elle est en plus quantifiable.

Conclusion

Sur le principe, je suis très contente de ce livre, il fait l'exploit de me convertir aux exercices physiques, en m'apportant exactement tout ce qu'il me fallait pour le faire.

J'en suis d'autant plus peinée par le manque de résultats visibles, malgré la diversité des directions dans lesquelles je les ai cherchés.

J'aimerais bien continuer, peut-être même faire encore plus d'exercice physique, mais à chaque fois que j'y pense je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec le « si ça ne marche pas c'est qu'il en faut encore plus » des shadoks et des mesures sanitaires répressives.

En supposant que j'arrive à trouver une raison convaincante de continuer l'entretien de mon corps par l'exercice physique, en plus de la marche qui couvre l'endurance que j'ai envie d'avoir, et de ces exercices qui couvrent la force en général, j'ajouterais bien des exercices d'assouplissement. J'aimerais beaucoup trouver un programme directif et justifié comme celui-ci, mais pour les assouplissements, pour l'instant je n'ai rien trouvé comme ça.

Publié le 28 février 2021

Tags : Autoexploration Évènement

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