Mon sommeil en 2022

Fin 2021, j'avais publié un billet intitulé Difficulté à dormir en réaction à un billet de David Madore de même titre, et il me semblait opportun de revisiter ce sujet ces jours-ci.

Comme les considérations dans ce billet sont une suite directe, vous voudrez peut-être (re)lire ces deux billets. Un résumé rapide et à la hache se trouve dans la partie suivante.

Dans les épisodes précédents…

Le billet de David Madore part sur l'idée qu'« il y a deux moments agréables dans la journée : le soir quand on se couche, et le matin quand on ne se lève pas » et proposer de distinguer les « lève-tôt » et les « couche-tard » suivant qu'ils préfèrent l'un ou l'autre de ces moments.

J'ai eu beaucoup de mal à me positionner dans cette classification, parce que je cherche les états agréables plus que les changements d'état agréables, et parce que j'ai du mal à évaluer l'état « endormie » puisque je suis complètement inconsciente pendant ce temps et que je ne me souviens pratiquement jamais de mes rêves.

J'en ai profité pour décrire mes transitions autour de cet état.

Du côté du réveil, je sens une transition très rapide vers l'état « éveillée », qui se propage dans mon corps comme un frisson, et qui me permet d'être pratiquement opérationnelle dès le lever (une fois le manque de caféine comblé). Comme je ne sais pas ménager mes efforts mentaux, je continue d'être mentalement « à fond » jusqu'à avoir épuisé mon énergie diurne, et attendre avec impatience l'heure du coucher.

Du côté de l'endormissement, j'avais de gros problèmes, puisqu'il me fallait environ une à deux heures pour trouver le sommeil après m'être mise au lit. J'avais identifié les causes comme un manque de technique d'endormissement (je me mettais juste au lit et j'attendais que ça vienne tout seul), et des myoclonies qui cassaient toute ma progression vers l'endormissement.

Enfin j'avais évoqué un problème de fond dans la gestion de mon emploi du temps, qui me fait probablement passer moins de temps au lit qu'il serait sain pour mon corps. Je n'évoquerai pas ce problème dans le présent billet parce qu'il est toujours d'actualité, que je n'ai fait aucun progrès dessus depuis et que je ne vois toujours pas comment faire mieux à l'avenir. Donc c'est une fatalité qu'il n'est pas utile de discuter.

Se gaver aux données personnelles

J'avais évoqué dans le billet de fin 2021 avoir fait quelques mesures, et j'ai systématisé ça sur l'ensemble de l'année 2022.

Je me retrouve donc avec 365 nuits enregistrées, et pour chacune d'elles : + l'heure à laquelle je me suis mise au lit, + l'heure à laquelle mon accéléromètre de poignet considère que je me suis endormie, + le temps de sommeil léger, de sommeil profond, et d'éveil mesuré par ce même accéléromètre avant mon réveil définitif, + l'heure à laquelle je suis sortie du lit.

Il ne s'agit pas du même accéléromètre de poignet que celui dont viennent les mesures fin 2021, et il est généralement considéré comme assez mauvais dans sa catégorie. Il faut donc prendre toutes ces mesures avec encore plus de pincettes que l'électronique grand-public en général, et ce n'est pas peu dire.

En revanche, les heures d'entrée et de sortie du lit sont fiables, j'ai un raccourci sur mon ordiphone qui fait les relevés.

Je vais quand même dépouiller ces données en faisant semblant de leur faire complètement confiance.

Heures de coucher et de lever

eCDF de mes heures de lever et de coucher

Ce n'est probablement pas le graphe le plus parlant, mais pour commencer voici les distributions de mes heures de coucher, d'endormissement, de réveil, et de sortie du lit.

Ces distributions sont représentées par leurs fonctions de répartition empiriques, parce que je trouve que c'est la meilleure façon de représenter ce genre de choses.

En résumé, chaque point (xy) d'une courbe signifie qu'il y a y % des évènements qui se sont produit avant l'heure x.

Par exemple, la courbe orange a l'air de passer par le point (0:0010 %), ce qui veut dire que je ne me suis endormie avant minuit qu'un jour sur dix. Autre exemple, mon heure de coucher médiane est autour de minuit et demie, alors que mon heure de lever médiane est un peu avant huit heures.

L'intérêt de ce genre de courbes par rapport aux histogrammes est que les données empiriques sont représentées directement sans choix arbitraire qui pourrait les biaiser, contrairement aux histogrammes qui sont biaisés par le choix des classes et aux fonctions de densité qui sont biaisées par le choix du noyau de convolution.

Par exemple, sur l'heure de lever, on peut voir sur l'eCDF un mode assez net vers 7 h, un deuxième un peu moins net juste avant 8 h, et troisième très large entre 8h30 et 9h30. Ces trois modes correspondent assez bien aux trois principaux types de jours dans ma vie (travail dans les bureaux, télétravail, week-end et vacances), mais sans cette information a priori ces trois modes peuvent être masqués dans l'histogramme ou la fonction de densité.

Plus généralement, on peut voir dans l'étroitesse de ces distributions le fait qu'au niveau du sommeil mes jours se ressemblent pas mal, que je travaille ou non. Le lever montre les conséquences de la tendance de mon corps à se mettre en route rapidement, qui fait que je ne reste pas au lit à ne rien faire, même sans impératif horaire. Et le coucher est la prise en compte de ce phénomène, si je suis déjà en manque de sommeil chronique, je ne vais pas me coucher (beaucoup) plus tard si je ne peux me lever (beaucoup) plus tard.

J'imagine que ce serait intéressant de faire les distributions séparées suivant le type de jour, mais j'ai l'impression de ne pas avoir assez de données ; j'essayerai d'ici quelques années.

Temps d'endormissement

eCDF et histogramme de mes temps d'endormissement en 2022

Maintenant le cœur de mon problème : l'endormissement.

J'aurais beaucoup aimé avoir des graphes équivalent pour des années passées, comme 2012 ou 2019, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.

Déjà, on peut voir qu'on avait raison de douter de la qualité des données de sommeil, puisque 12.6 % des mesures sont négatives, comme si je dormais déjà alors que j'étais en train de dormir pendant que je mettais mes bouchons auriculaires, mon masque, et que j'appuyais sur le bouton de coucher sur mon ordiphone. Et puis, le temps d'endormissement est peut-être sous-estimé par ma tendance à caler ma main gauche sous l'oreiller ou sous moi.

D'un autre côté, moins de 20 % des nuits ont un endormissement de plus de 10 minutes, ce qui pourrait laisser penser que mes problèmes d'endormissement appartiennent au passé. Et effectivement, subjectivement je ne me souviens que de quelques nuits avec myoclonies ; je me souviens de beaucoup de nuit pendant lesquelles le sommeil m'échappaient, mais sans doute moins de 20 % de l'année, c'est juste qu'elles marquent plus.

J'ai regardé de plus près les extrémités de l'histogramme, et les temps très négatifs correspondent à films ou des épisodes de série, qui peuvent physiologiquement être difficiles à distinguer du sommeil ; et les temps très positifs correspondent à des difficultés intestinales ou respiratoires.

L'intervalle sans explication évidente est donc plutôt d'environ -10 minutes à +1 heure.

Malgré le doute que je conserve envers ces données, j'ai la nette impression que ce que je fais fonctionne, donc je vais simplement continuer comme ça. Et je vais surtout éviter de me demander si ce qui fonctionne est le manque de sommeil chronique ou mes techniques d'endormissement.

Temps de sortie du lit

eCDF et histogramme de mes temps de sortie du lit en 2022

Juste pour la symétrie, voici le même graphe pour le temps entre le réveil et la sortie du lit.

Il y a à peu près autant de temps négatifs ici que pour l'endormissement, sans l'excuse du poignet calé qui trompe l'accéléromètre ou de l'ambiguïté physiologique du regardage de vidéo.

Là aussi, les temps les plus longs correspondent à des actions délibérées de ma part, sur lesquelles je reviendrai plus bas, mais en dessous de 40 minutes, je n'ai aucune idée de la part de réveils effectifs dont je n'aurais pas pleinement conscience par rapport à la part d'erreurs de mesure.

Temps de sommeil

eCDF et histogramme de mes temps de sommeil en 2022

Je ne me sentais pas de finir ce bestiaire graphique sans montrer les distributions de mon temps de sommeil et de mon temps passé dans le lit.

Je ne m'attendais pas à ce qu'elles soient aussi larges, proches, monomodales, et aussi élevées. Je m'attendais à un gros mode vers 6 heures, et un plus petit vers 7 heures, alors que finalement l'ensemble est vers 7 heures.

Finalement, je ne suis peut-être pas aussi en manque de sommeil que je le crois.

Du moins, il faudrait que je regarde plus précisément mes besoins physiologiques, mais c'est très difficile à mesurer.

Corrélations

J'ai cherché pas mal de corrélations entre les différentes mesures, mais je n'ai rien trouvé d'intéressant ou de flagrant. Je ne sais pas si j'ai mal cherché ou s'il n'y a juste rien à trouver.

Je sais que j'ai beaucoup plus de mal à m'endormir si je me suis levée trop tard le matin même, mais ça fait partie des raisons pour lesquelles je ne me lève pas si tard même sans contrainte horaire, et ça ne se voit pas sur mes données.

J'imagine que les corrélations plus intéressantes seraient le sommeil avec autre chose, comme la prise de caféine, la température dans la chambre, l'effort physique ou mental dans la journée, l'état subjectif de fatigue avant et après, etc. Il manque malheureusement les mesures pour faire une telle corrélation.

Évolutions personnelles

Temps d'endormissement

Comme dit, je ne sais pas quelle est la contribution des heures de sommeil déraisonnables (si elles le sont !), des techniques d'endormissement que j'ai mises en place, et de la simple volonté d'améliorer mon temps d'endormissement.

En tout cas, le résultat me plait bien, et j'espère continuer comme ça. J'aimerais bien encore réduire la part des temps d'endormissement longs, mais comme elle n'est pas si loin de la part des temps négatifs, j'attendrai plutôt d'avoir une mesure plus fiable de mon sommeil. Je finirai peut-être par sortir moi-même l'analyseur de sommeil Withings de ma wishlist.

Cela dit, je me garderais bien de conseiller quoi que ce soit à qui que ce soit d'autre que moi-même, vu la quantité d'incertitudes qui règne autour de ce résultat.

La rêverie

Une grosse nouveauté depuis mon billet de 2021, c'est que j'ai eu un aperçu ce qu'on peut trouver d'agréable entre le sommeil profond et l'éveil complet.

J'ai constaté depuis longtemps, comme David Madore, que le sommeil du matin est plus propice aux rêves, alors suite à cette histoire fin 2021, j'ai voulu essayer de retenir le frisson d'éveil pour voir ce que je trouverai.

J'y ai trouvé non seulement les rêves auxquels je m'attendais, mais aussi un autre état, que j'ai un peu de mal à mettre en mots. Un peu comme une baignade dans la soupe primordiale dont les rêves sont faits, avant que les différents ingrédients soient sélectionnés et assemblés dans un tout à peu près cohérent (pour un rêve).

Parfois cette soupe ne sent pas très bon, avec des ingrédients qui font des rêves perturbants, désagréables, ou des cauchemars. Dans ce cas j'ai juste à laisser la vague de l'éveil tout emporter, et aller vaquer à mes occupations diurnes.

Mais la plupart du temps, cette baignade est plutôt sympathique et agréable. Au-delà de la curiosité exploratoire envers ce nouvel état comme pour les rêves, je trouve cet état onirique intéressant et agréable pour lui-même.

À tel point que s'il existait une substance chimique capable de me faire entrer facilement dans cet état, je n'aurais aucun mal à la qualifier de « narcotique », et j'imagine facilement la tentation de l'utiliser plus que de raison.

Conclusion

J'ai toujours du mal à savoir comment finir ce genre d'articles, ça va encore être une conclusion qui n'en est pas une.

J'ai évolué dans ma relation vis-à-vis de mon sommeil, et ces données sont plus de nature à me réconcilier avec lui que mes a priori, ce qui est toujours une bonne chose.

J'ai l'impression de ne pas avoir extrait tout ce que je pouvais de mon jeu de données, tout en ayant la conviction qu'on pourrait faire beaucoup mieux en le recoupant avec d'autres données que je n'ai pas (encore ?). Je suis un peu réticente à publier ces données, mais si vous avez des idées de choses à essayer avec, je suis toute ouïe.

Publié le 30 janvier 2023

Tags : Autoexploration Suite

Confiance et infrastructures

Bilan 2022

Je me demande parfois si je ne garderais pas quelques habitudes complètement obsolètes. Par exemple, chaque année à la fin du mois de décembre et au début du mois de janvier, je pense au rituel bloguesque de rétrospective, bilan, best-of, projections, et/ou résolutions, éventuellement mâtiné de statistiques ; alors que c'est peut-être un exercice désuet depuis des années.

C'est d'autant plus idiot que je sais depuis longtemps que cet exercice ne me convient pas, mon état d'esprit s'y prête mal, je le fais mal et je n'ai aucune envie de progresser. Alors pourquoi est-ce que comme (au moins) début 2018, fin 2019, et à l'an I de l'ère Covid, je m'en plains avant de passer à autre chose ?

C'est un mystère…

En tout cas, le prolongement des réflexions sur la place du vélo dans ma vie m'a amené au contenu du présent billet, et à la constatation d'une évolution personnelle au cours de l'année 2022, dans la construction des idées autour des infrastructures.

La prise de conscience

Dans la première moitié de 2022, j'ai enfin mis en mots l'importance que toutes les infrastructures ont à mes yeux, d'abord chez David Madore puis au passage dans des billets sur d'autres thèmes comme la technologie, la connerie humaine, l'écologie, ou le cyclisme.

Un bref résumé pour ceux qui n'ont pas envie de se perdre dans une rétrospective de liens est que les infrastructures sont la pierre angulaire de ce que considère comme le Progrès de l'humanité.

Les infrastructures majeures, passées ou présentes, m'ont donné l'impression d'être toutes des gros investissements dans des technologies qui avaient l'air d'être prometteuses sur le coup, mais sans se rendre vraiment compte de l'étendue de leurs conséquences.

L'exemple que j'aime beaucoup est le GPS, dont on imaginait probablement les retombées militaires et maritimes, mais qui s'est révélé révolutionnaire une fois combiné avec l'électronique grand public, des cartes numériques faciles d'accès, et des algorithmes de routage.

Il y a plein d'autres exemples, comme le réseau électrique qui est devenu indispensables à notre société moderne, le réseau routier qui a formé l'urbanisme contemporain, les télécommunications qui ont plus changé le quotidien sur les vingt dernières années que toutes les autres classes de technologies, etc.

L'importance de la confiance

Pour fonctionner correctement, les infrastructures n'ont pas seulement besoin d'être de bonne qualité, mais aussi d'être dignes de confiance.

C'est une bête application du théorème de Thomas : on va se reposer sur une infrastructure dans laquelle on a confiance, c'est-à-dire en fonction de sa qualité perçue et non pas de sa qualité réelle.

Par exemple, si personne n'a confiance dans la présence de routes carrossables, tout le monde va utiliser des véhicules tout-terrain, et ces routes ne sont au mieux qu'une amélioration de confort lorsqu'on renonce à couper à travers champs.

De la même façon, si personne n'a confiance dans la disponibilité du GPS et sa précision, les compétences personnelles que sont le sens de l'orientation et l'intuition de la géographie locale ne tomberaient pas en désuétude.

Autre exemple, cette fois plus dramatique, j'ai été confrontée à beaucoup d'histoires de créateurs inféodés à une plateforme, qui en font leur principale source de revenus, et qui perdent tout lorsque la plateforme leur fait défaut, que ce soit parce que leur compte se fait pirater, la police automatique du droit d'auteur les accuse, ou pour tout autre raison.

Je n'ai pas d'exemple à proposer, parce que mes souvenirs sont surtout des témoignages sur YouTube diffusés par mon compagnon, venant de créateurs qui ne m'ont pas marquée.

Je réagis à ces histoires avec sympathie, mais je ne peux m'empêcher de remarquer qu'ils ont fait le choix de donner assez de confiance à la plateforme pour lui confier tous leurs moyens de subsistance, alors que je suis moi-même très loin de ce niveau de confiance.

D'un autre côté, je ne place peut-être pas mieux ma confiance, car ma vie telle qu'elle est aujourd'hui dépend d'infrastructures dont un dysfonctionnement me mettrait dans une situation pas plus enviable que ces créateurs, et je ne suis pas sûre de vouloir vérifier qu'elles méritent bien le niveau de confiance correspondant à leur pouvoir de nuisance.

En premier lieu ma banque, qui détient presque tout mon argent ; mais aussi le propriétaire de mon appartement, qui pourrait me mettre à la rue, les forces de l'ordre, qui pourraient me suspecter de n'importe quoi. Il y a certes en France une infrastructure judiciaire est censée remédier aux abus, mais le temps qu'elle se mette en branle ma vie peut être durablement pourrie par ces abus.

Ce sont certes des infrastructures mieux étables que les plateformes numériques, mais je ne suis pas sûre que les histoires d'horreur de familles expulsées à torts ou d'erreurs judiciaires soient moins nombreuses ou moins horribles que les histoires de pauvres youtubeurs déplatformés.

La crise de confiance

Il arrive souvent que l'on remarque l'importance de quelque chose lorsqu'on le perd, et j'ai l'impression que c'est particulièrement le cas pour les infrastructures, que l'on tient pour acquises jusqu'à ce qu'un défaut démontre l'étendue insoupçonnée des choses qui en dépendent.

En ce qui me concerne, j'ai découvert l'importance de la confiance dans les infrastructures lorsque je l'ai progressivement perdue, au cours de la deuxième moitié de 2022.

J'avais prévenu au début de mon billet sur la place du vélo dans ma vie que c'était un effort de préservation d'un point de vue en train d'évoluer ; et j'y parlais du choix de mon éventuel futur vélo en fonction de ma confiance dans les transports en commun. Cette confiance était déjà en train de s'effriter, et je n'imagine pas d'amélioration avant les prochaines élections. J'imagine que mon ochlophobie me rend plus sensible à la situation des transports en commun, donc j'ai été un peu surprise par la grogne des usagers « normaux », mais aujourd'hui ces infrastructures sont pour moi un plan C, à n'envisager qu'après avoir sérieusement évalué le renoncement au déplacement.

Les journaux ont bien martelé les difficultés du réseau électrique français, avec la possibilité de coupures de courant. Même si ces coupures programmées n'ont pas lieu, même si je suis probablement dans une zone privilégiée pour laquelle la coupure n'est même pas envisagée, et même si les coupures programmées ne sont pas pires à l'échelle individuelles que les coupures accidentelles, ma confiance dans le réseau électrique s'en trouve sévèrement diminuée.

Le système de santé fait partie des infrastructures très importantes à mes yeux, et c'était logique qu'il soit tendu par un évènement exceptionnel comme la Grande Pandémie, au point de ne pas avoir l'impression de pouvoir compter sur lui pour me ramasser si je tombais en moto en 2020. Aujourd'hui cette maladie n'est plus aussi exceptionnelle, et le système de santé a l'air toujours aussi tendu, et ça a entamé ma confiance à long terme envers ce système. Sera-t-il là pour moi quand j'en aurai vraiment besoin, ou sera-t-il aussi inutile que lorsque j'ai été renversée par une voiture ?

L'instruction universelle fait partie de ce que j'avais appelé les infrastructures intellectuelles, et c'est à mon avis une infrastructure bien plus importante que le réseau électrique. Je suis dans une phase de ma vie plutôt éloignée de l'Éducation Nationale, mais les échos que j'en ai sont du même acabit que pour le système de santé et la production électrique. Si j'avais la responsabilité d'être humains en devenir (ne me faites jamais ça, c'est une erreur monumentale !) je me poserais sérieusement la question des alternatives.

Le système judiciaire me semble aussi être un élément fondamental d'une société saine, là encore j'ai la chance de ne pas en avoir besoin, mais j'en ai les mêmes échos que le système de santé et l'éducation, et je m'attends à être dans une m*rde noire le jour où j'en aurai besoin.

Il y a le sujet des retraites qui devrait bientôt revenir dans l'agenda politique, et là ça fait depuis très longtemps que je n'ai plus aucune confiance. Ça fait plus de dix ans que je dis des choses comme « je suis dans la génération qui se battra pour descendre l'âge de la retraite à quatre-vingt-dix ans », et ce n'est qu'à moitié une plaisanterie. Je m'attends sérieusement à arriver à la mort ou l'invalidité avant la retraite.

Je vais arrêter là l'énumération, même si je suis à peu près sûre que pendant la conception de ce billet plusieurs autres exemples m'étaient passés par la tête.

Le déclin

Compter sur ses propres forces et lutter avec endurance

Mao Zedong

Je ne saurais honnêtement pas dire si ces pertes de confiances sont justifiées, ou je suis trop pessimiste, ou si j'étais simplement trop optimiste avant.

Ce qui me gêne particulièrement dans tout ça, c'est de partager le diagnostique des tenants du déclinisme, alors que j'avais pourtant l'impression de me tenir loin de ce courant qui me semble malsain.

D'un côté, je me dis que c'est une bonne chose d'éviter l'excès de confiance, parce qu'il suffit souvent d'un petit peu de préparation pour s'en sortir beaucoup moins mal dans les catastrophes. Je crois que j'ai toujours eu une forme de cet esprit mi-adversarial mi-prepper, et je n'ai pas eu l'impression d'en souffrir.

D'un autre côté, comme expliqué plus haut, le manque de confiance dans les infrastructures empêche de construire de jolies choses dessus, et c'est autant un frein au Progrès que penser que les gens sont cons, et je m'en voudrais d'y contribuer.

Idéalement, je pense qu'il faudrait réparer toutes ces infrastructures, et trouver un moyen de réparer aussi la confiance. C'est d'ailleurs la seule conclusion politique raisonnable que je tire, mais à l'échelle individuelle, je ne sais pas trop quoi faire.

Publié le 30 décembre 2022

Tags : Réflexion

Le vélo et moi

Dans ce billet, je vais explorer ma relation avec le vélo en général, et la place que le cyclisme peut avoir dans ma vie. Je vais essayer autant que possible de m'abstraire de l'expérience particulière de l'Eovolt City X, mais je ne garantis pas d'y arriver parce que c'est le seul vélo que j'ai vraiment connu ces derniers temps.

La version courte est que je n'aime vraiment pas le vélo, je le savais déjà a priori mais cet avis s'est renforcé au fil des kilomètres, et ça ne l'empêche pas d'être mon principal moyen de transport urbain.

Ce billet souffre d'un grave défaut de conception, car il a été imaginé à une période où je n'avais jamais connu de défaut catastrophique d'un véhicule. Lorsque je parlais du « risque de panne, de vol, de vandalisme, de confiscation, ou d'autre perte imprévue », c'était un risque abstrait, envisagé de façon purement intellectuelle.

Entretemps, j'ai subi une crevaison, que je décrirai plus loin, que j'ai vécu comme une trahison, puisque mon véhicule m'a lâchée à plus de trois kilomètres des endroits que je hante habituellement. La majorité de ce billet a été écrit sous le coup de cette émotion probablement injuste. Je vais faire tout mon possible pour m'en abstraire, afin de documenter au mieux ma conception naïve du vélo dans ma vie, pour pouvoir la comparer avec ce qu'il restera une fois que je me serai remise de ces émotions.

Et pour en rajouter encore une couche, une discussion récente a un peu secoué ma conception du vélo à assistance électrique, en me montrant le côté « mobylette ultra-légère à assistance musculaire », ce qui renforce mes efforts de préservation de la vision naïve précédente (je vous tiendrai au courant des évolutions quand ce sera stabilisé).

La crevaison

L'histoire est si tristement banale que je ne suis pas sûre que ça vaille la peine de la lire, ni même de l'écrire en dehors de l'intérêt cathartique.

Je revenais de mon lieu de travail, comme d'habitude, et au détour d'un virage je constate un tas de morceaux de verre à gauche de la piste cyclable, qui mord sur une partie de la voie d'en face. Dans la fraction de seconde entre cette perception et le passage au voisinage de ce tas, j'ai eu le temps de me dire que c'était super-dangereux, mais je ne me suis pas arrêtée.

Je me souviens encore de l'inquiétude sur la présence d'éventuels éclats sur ma voie, et du soulagement de ne pas sentir de différence de comportement du vélo en m'éloignant de cette zone, mais je ne me fais pas confiance pour les placer chronologiquement. Ma théorie personnelle est qu'un sous-système mental, que j'appelle improprement « cerveau reptilien » faute de mieux, gère l'intendance à court terme le temps qu'une partie plus rationnelle comprenne ce qu'il se passe ; et en l'occurrence ce sous-système s'est dit « ça passe » et n'a pas jugé utile de faire un arrêt d'urgence.

À sa décharge, c'était la troisième ou quatrième fois que je passe à cette distance de verre cassé, ça n'a encore jamais posé problème, et les problèmes attendus étaient de l'ordre du bruit de jante sur le bitume dans les mètres qui suivent.

J'ai donc sereinement continué mon trajet.

Deux kilomètres plus loin, j'ai senti une vibration anormale dans le vélo, une montée nette de l'effort de pédalage, et un bruit anormal, que je n'ai reconnu que plus tard comme similaire à celui de mon homme qui roulait à côté de moi après une crevaison inexpliquée, avec le pneu à plat qui sépare la jante du bitume.

J'ai eu beaucoup de chance dans mon malheur, parce que c'était le retour du trajet pendulaire, sans aucune contrainte horaire ensuite, et j'avais trainé à la sortie du boulot donc il était tard, bien après le pic de trafic du soir, pic encore atténué par la pénurie de carburants, et mon homme était disponible ce soir-là pour venir me chercher.

J'ai pu calmement le lendemain analyser la situation, me battre avec le pneu pour le déjanter, coller une rustine fraîchement achetée, et remonter tout le bazar.

Gros plan sur le trou dans mon pneu et dans sa chambre à air, à
côté d'une règle qui montre qu'ils mesurent quelques millimètres.

Toute cette histoire a été suffisamment longue et frustrante pour que je cherche comment faire la prochaine fois que je tombe en panne à plusieurs kilomètres de tout, et que je n'ai pas autant de chance. Et pour l'instant, je suis encore à sec.

J'aime bien l'idée de la chambre à air de rechange et changer sans se poser de question, mais démonter une roue arrière d'un système à courroie m'impressionne un peu trop, et je ne me rends pas du tout compte du temps normal que ça peut prendre.

Peut-être utiliser une chambre à air linéaire comme rechange, mais la taille inhabituelle des roues limite encore plus la disponibilité, et j'aurai sûrement une certaine réticence à couper la chambre à air existante alors qu'elle est peut-être réparable.

La bombe anti-crevaison a l'air séduisante en théorie, mais j'ai des gros doutes sur la mise en pratique, et ce genre d'article n'aide pas vraiment.

Les autres difficultés imprévues

La non-réversibilité des trajets

C'est évident en voiture et en moto : en ville, il y a des sens uniques, le retour est parfois très différent de l'aller, et il faut préparer les deux sens avant une expédition.

Pour une raison étrange, probablement la même qui me fait classer le vélo avec les piétons plutôt qu'avec les véhicules terrestres à moteur, j'ai préparé mes premiers trajets en supposant bêtement que le retour passerait par le même chemin que l'aller, et j'ai été très déçue ensuite.

Certes, les rues sont souvent à double-sens pour les cyclistes, même si j'ai tendance à ne pas compter sur le double-sens cyclable automatique quand la limite de vitesse est en dessous de 30 km/h, parce que je crains que les automobilistes énervés et les forces de l'ordre ne soient pas encore tous au courant.

Ce n'est pas parce que c'est légal que c'est une bonne idée, et j'ai vu plusieurs voies cyclables fort sympathiques dans un sens et un partage très compliqué avec les motorisés dans l'autre sens.

Et presque à chaque fois que je suis retrouvée à improviser un morceau de trajet retour, je suis tombée sur des rues qui ne sont pas du tout propices au vélo, et j'ai amèrement regretté mon manque de préparation et mon manque de GPS de guidon.

D'ailleurs j'en profite pour saluer geovelo.fr qui m'a beaucoup aidée à faire des détours sécurisants.

Mes chutes

Avec mon nouveau j'ai connu deux chutes, ce qui est assez décevant pour quelqu'un qui n'est toujours pas tombé en moto.

La première était sans aucune conséquence, il y a eu un léger contact entre l'arrière du casque et le sol mais j'ai supposé que c'était assez léger pour que la mousse reste intacte (j'ai touché d'abord avec les hanches, puis le dos, et les muscles de mon cou ont retenu une partie du poids de ma tête).

Sur la deuxième je suis tombée vers l'avant, j'aime croire que mon expérience martiale m'a fait commencer une roulade, mais j'ai fini avec une écorchure d'une dizaine de centimètres carrés sur le coude droit.

Les deux chutes se sont produites exactement de la même façon : j'ai mal pris une marche de deux bons centimètres que je n'avais pas du tout vue, à la limite entre la piste cyclable et le trottoir, pour contourner une voiture qui n'avait rien à faire là, et au lieu de monter la marche, la roue avant a perdu l'adhérence et glissé le long du bord, pendant que l'inertie faisait continuer mon corps au-delà de la marche.

Je soupçonne que dans les deux cas, le problème soit moins dans le fait de vouloir monter une marche que de le faire trop en biais, et surtout dans une dynamique de rapprochement vers l'axe de la marche.

Comme je suis incapable de voir une différence de hauteur si faible, je me suis mise à craindre toutes les discontinuités visibles, malgré leur nombre, et je fais très attention à ma trajectoire et à mon accélération angulaire à chaque fois, ce qui est assez épuisant.

J'espère que ça finira par devenir instinctif, d'autant plus que la deuxième chute était pendant une manœuvre qui ressemblait tellement à un évitement en moto que je crois l'avoir engagée avant de prendre conscience de la situation.

D'ailleurs je croyais qu'il y aurait d'autres choses à dire sur mon côté motarde qui ressort à vélo, mais je n'arrive pas à les décrire. J'envisage une éventuelle réserve de puissance pour accélérer fort et doubler de la même façon à vélo qu'en moto, je réfléchis au positionnement sur ma voie de la même façon (sauf sur les pistes cyclables, qui sont trop étroites pour avoir un choix), et je lis le comportement des autres usagers de la même façon ; je ne sais juste pas décrire plus que ça ces façons.

Je préfère le vélo aux transports en commun

J'ai beau ne pas aimer le vélo, je n'ai pas besoin d'aimer pour pratiquer. De la même façon que j'aime bien la moto, mais mes loisirs chez moi contiennent plein de possibilités que j'aime encore plus, le fait de ne pas aimer le vélo n'empêche que les trajets purement loisir avec, il peut être, et se trouve être, le moyen de transport le moins désagréable pour les trajets que je fais.

Ce n'était pas du tout évident a priori, parce que quand je pense aux transports en commun en général, je compte une affluence très légère et un bon livre pour patienter ; et quand les conditions s'écartent de cet idéal, que ce soit par la quantité de monde qui titille mon ochlophobie, ma désorganisation qui me prive de livre, ou le stress dû à ce qu'il y a après l'arrivée qui m'empêche de lire, je le mettais toujours sur le dos du trajet particulier.

Je préfère ces trajets idéaux aux meilleurs trajets en vélo, de relativement peu mais de suffisamment pour que ce soit net.

En revanche, si je révise mon opinion systémique des transports en commun pour y inclure les désagréments courants, éventuellement pondérés par leur risque, le vélo passe nettement devant.

C'est un peu pareil pour les temps de trajet : avec mes estimations à la hache et en incluant de la marge, les transports en commun sont équivalents au vélo sur pratiquement tous mes trajets. En regardant de plus près, le vélo est quand même un peu plus rapide, et surtout beaucoup plus prévisible.

Je pourrais rogner sur les marges grâce à cette stabilité, mais je crains encore trop les défauts catastrophiques pour le faire. Ce qui est un peu idiot, parce que ces problèmes dépassent quand même mes marges habituelles.

On pourrait croire aussi qu'une mauvaise météo pourrait remonter les transports en commun dans mon évaluation, mais j'ai pu constater moult fois sur mes trajets pendulaires que la pluie augmente significativement l'affluence, et dégrade donc aussi pour moi cette alternative. Et finalement, avec mon équipement de pluie pour la moto, le trajet en vélo n'est pas si désagréable que ça. J'imagine que ne pas aimer le vélo à la base aide à réduire la différence avec le vélo sous la pluie.

D'un autre côté, si l'affluence rend les transports en commun pénibles, c'est aussi le cas pour les infrastructures cyclables. J'imagine que si un RER B d'heure de pointe se déversait sur une piste cyclable, ce serait encore plus insupportable. Donc l'équilibre entre ces deux moyens transports tient surtout au fait qu'actuellement, le vélo est beaucoup moins utilisé que les bus, métros, et RER que j'ai connus.

J'imagine que le vélo peut garder un avantage par la densité du maillage, alors que les transports en commun réalisent leurs économies d'échelle en concentrant plus de personnes sur un même tracé. Je ne me rends pas du tout compte quel niveau de démocratisation du vélo est possible, ni où se trouve le niveau d'affluence que je supporte.

Le bilan de tout ça est que j'ai suspendu mon abonnement Navigo au mois de mai, pour faire de ce vélo mon moyen de transport principal. Depuis le mois de février, je n'ai pris de transport en commun que pour un seul aller-retour, entre mon domicile et une gare où j'allais prendre ensuite un TGV.

Pourquoi je n'aime pas le vélo ?

C'est bien gentil de constater que je n'aime pas le vélo, mais en fait ce constat ne me satisfait pas. J'ai donc commencé l'autoexploration pour savoir pourquoi je n'aime pas le vélo, ou au moins quels aspects je n'aime pas.

Ce désamour est d'autant plus étonnant que j'aime beaucoup la moto, et que je partage complètement l'analyse de David Madore sur la proximité entre vélo et moto.

J'en vois bien qui se moquent bêtement en faisant remarquer qu'une moto a un moteur et qu'un vélo n'en a pas ; je sais que ce rire gras est imperméable aux subtilités comme la présence d'un moteur d'un tiers de cheval dans mon vélo, ou les douleurs qui rappellent que la moto demande une condition physique à maintenir.

C'est juste qu'en termes de ressenti, je perçois clairement que le problème est dans ma relation à l'objet, ou dans l'objet lui-même, et non pas dans les efforts que je dois déployer pour m'en servir.

À force d'introspection, je suis arrivée à l'hypothèse difficile à vérifier que c'est un problème d'assimilation de l'objet.

J'ai déjà écrit que j'ai besoin d'assimiler les outils que j'utilise, mais ce n'est pas forcément très clair avec les outils abstraits que j'évoquais, alors que le cas des outils mécaniques est beaucoup plus simple.

Par exemple des chaussures, si elles ne sont pas trop petites ou très inconfortables, je n'ai plus besoin d'y penser après les avoir enfilées. Elles deviennent mentalement une extension de mon corps, et transforment juste mes pieds en un organe plus solide qui se pense exactement de la même façon.

Quand je saisis un marteau, c'est pareil : le fait de tenir fermement le manche transforme l'ensemble de la main et du marteau en un seul élément mécanique, que je peux traiter comme une main difforme et beaucoup plus efficace pour enfoncer des clous.

En vrai, je ne tiens pas le marteau assez fermement pour qu'il forme un objet rigide avec ma main ; mais le marteau lui-même est un objet rigide, et le système tactile de ma paume suffit à percevoir complètement la position du marteau. Le résultat est que la position du marteau par rapport à ma main est de nature kinesthésique, et le marteau peut ainsi être traité mentalement comme un organe supplémentaire, une sorte de gros doigt sans muscle ni nociception. Ça suffit pour en faire kinesthésiquement une partie de mon corps.

Pour la moto, on m'a bien répété pendant l'apprentissage l'importance de serrer le réservoir avec les cuisses pour assurer l'équilibre. C'est, au moins pour moi, exactement comme avec le marteau : serrer les cuisses fait un couplage mécanique avec le réservoir, et la perception tactile de ce réservoir me donne une perception kinesthésique de l'ensemble de la partie cycle qui est rigidement attachée au réservoir. Et je pense que c'est cette assimilation kinesthésique qui me permet d'assimiler la moto en la considérant comme une partie de mon corps, et qui me transforme en « centaure mi-biologique et mi-mécanique » (j'adore cette formulation de David Madore).

À l'inverse, quand je conduis une voiture, l'assimilation ne passe pas les commandes, et mon corps reste celui d'un humain avec des habits, et la machine reste extérieure. J'utilise la machine sans l'assimiler.

J'ai toujours été rebutée par les scooters, au point de n'avoir jamais voulu essayer, parce qu'il n'y a pas de réservoir à serrer, et je m'attends à ne pas pouvoir l'assimiler. Je m'attends à ce que soit aussi pénible et frustrant qu'essayer de planter un clou avec la boule d'un bilboquet plutôt qu'avec un marteau.

Mon vélo non plus n'a pas de réservoir à serrer, et je n'ai presque pas trouvé de moyen d'arranger ça.

« Presque », parce qu'il y a eu plusieurs moments, fugaces et labiles comme le souvenir d'un rêve au réveil, pendant lesquels j'ai senti ma perception kinesthésique s'étendre à la tige de selle et aux pédales.

Je pense que c'est encore une fois une question de couplage mécanique. En dehors de ces moments, il y a trop de degrés de liberté entre le vélo et moi, et trop peu de perception tactile pour les déterminer, et l'assimilation ne se fait pas. Alors que quand la selle est juste à la bonne hauteur, il y aurait quelque chose dans le mouvement des jambes ou dans la perception fessière qui donnerait une perception kinesthésique du cadre.

Je pense que c'est une question de hauteur de selle, parce que c'est à chaque fois arrivé quand je partais d'un réglage inconfortablement haut, et à l'arrivée la selle était descendue à un état habituel un peu trop bas.

Je ne sais pas trop comment tester cette hypothèse, surtout maintenant que les graduations sur la selle sont effacées. Je sais que la hauteur stable à quelle mes trajets finissent souvent est environ 6 cm en dessous de l'extension maximale, et c'est loin de la hauteur d'assimilation (si ça existe). Je crains que cette hauteur d'assimilation n'existe que dans intervalle étroit, et je ne vois pas de protocole pratique pour l'évaluer.

Si ces moments d'assimilation ont été suffisamment nombreux pour me convaincre de leur existence, ils ont été trop courts pouvoir imaginer à quoi pourrait ressembler mon expérience cycliste si ça durait presque tout le trajet.

Donc pour l'instant tout ce texte suppose que je ne vivrai jamais mieux que ces petits moments épars, et si ça change un jour j'en explorerai les conséquences.

Le multiplicateur mécanique

Un collègue qui est très fan de son vélo (ni pliant ni électrique) me le décrivait comme un « multiplicateur fois dix », en comptant un rayon d'action à pied de 3 à 5 km, et une balade à vélo d'environ 50 km, et il semblait émerveillé par tous les lieux que ça lui ouvre.

Je le comprends complètement, parce que j'ai suivi le même genre de démarche, avec des circonstances différences.

La moto m'a effectivement émerveillée par les possibilités de déplacement qu'elle a ouverte, et je garde une nette affection pour les forêts autour de Saint-Léger-en-Yvelines dont je me lasse pas (encore ?). En revanche ma domiciliation plus proche de la capitale fait que le vélo ne me donne accès à aucun lieu qui ne soit pas déjà à portée de transports en commun, donc le vélo ne m'apporte rien en termes de possibilités, c'est juste un moyen de plus parmi d'autres.

Quant au multiplicateur mécanique, j'aime beaucoup cette formulation, mais j'avais fait à peu près le même calcul sans. J'avais compté d'un côté le trajet pendulaire de 7 km que je faisais à pied avant le Grand Confinement, et de l'autre côté j'imaginais ma limite à vélo vers le centre de Paris, que j'avais compté à une dizaine de kilomètres. Un multiplicateur 1.5, c'est tout de suite moins impressionnant.

En y repensant, j'ai l'impression que nous avons tous les deux exagéré dans des sens différents.

Si j'ai bien compris son discours, le rayon d'action est un aller simple, et la balade est une boucle, donc de l'ordre d'un aller-retour, ce qui ne laisse plus qu'un facteur cinq.

De mon côté, j'ai fait la même erreur dans l'autre sens : mon trajet pendulaire était le retour, avec l'aller en bus, et j'ai pu constater pendant les grèves de fin 2019 que je ne suis pas capable de faire l'aller-retour à pied plusieurs jours de suite, donc mon endurance est de l'ordre de 10 km/j ; alors que le trajet à vélo était un aller-retour facile, qui met 20 km/j largement dans mes capacités physiques, et je suis même allée plus loin dans Paris, en cumulant sur une journée 30 km et en arrivant à ma limite musculaire (je regrette d'en avoir fait la deuxième moitié à un rythme plus soutenu que ma zone de confort, j'aurais bien aimé voir ce que ça donne à mon rythme).

À cela il faut ajouter que mon trajet pendulaire à pied est le résultat d'un certain conditionnement physique, dont je constatais l'érosion à chaque retour de grandes vacances, et bien plus encore après le Grand Confinement. Je ne sais pas bien combien est transférable au cyclisme, mais j'imagine pas tant que ça. À l'inverse le collègue en question est cycliste de longue date, et cherche à étendre sa portée cycliste.

Je trouve qu'au total, un multiplicateur « fois trois » avec un conditionnement physique défavorable est tout à fait compatible avec un multiplicateur « fois cinq » avec un conditionnement physique favorable. À moins de pousser sur le conditionnement physique ou sur la machine, je suppose que c'est une fourchette qui se généralise assez largement aux autres humains pourvu ou non d'un vélo.

Les infrastructures et les protections

En choisissant le vélo plutôt que les transports en commun, j'ai privilégié l'autonomie et le confort au prix d'un plus grand risque d'accident routier. Ce prix est directement lié à la qualité des infrastructures cyclables sur mes trajets.

J'ai été agréablement surprise par le niveau de ces infrastructures dans Paris et la proche banlieue. Je m'attendais vraiment à devoir partager beaucoup plus souvent la route avec des automobilistes de mauvaise humeur, et il me semblait tout à fait possible que je finisse par abandonner le vélo parce que c'est trop dangereux à mon goût.

Même si les infrastructures sont développées à un niveau auquel je ne m'attendais pas, elles sont encore loin d'un niveau que je trouve satisfaisant.

Si la majorité des distances que je parcours sont bien isolées et bien entretenues, les carrefours les plus difficiles sont les moins bien aménagés, et il y a des trous assez pénibles dans la couverture de ces infrastructures. Les travaux et les GCUM empirent encore cette situation.

Résultat, en 2022, je me sens nettement plus en danger dans mes trajets en vélo que dans mes trajets en moto, malgré la plus grande vitesse et la plus grande proximité avec les voitures dans le second cas.

La raison est justement liée aux trous dans l'infrastructure : même si je suis sérieusement séparée des voitures pendant 80 % du trajet, les 20 % restant vont dominer mon impression de danger, un peu comme utiliser une passoire pour se protéger de la pluie.

Et sur cette zone partagée avec les automobilistes, j'ai beaucoup plus confiance dans ma moto que dans mon vélo, parce qu'un grand coup de moteur ouvre des possibilités de sortie inaccessibles à un vélo, et parce que la masse de la moto donne plus l'impression de pouvoir abîmer la voiture.

Enfin, un autre élément de poids est les protections. Si en moto je suis encore dans le ATGATT, à ne pas démarrer le moteur sans avoir toutes mes protections, ce n'est pas le cas en vélo. La faible vitesse du vélo et l'effort physique plus intense rendent les protections de moto beaucoup moins confortables sur un vélo, au point que je ne sortirais pas le vélo si je m'astreignais au ATGATT.

Résultat, je me sens « à poil » sur le vélo, avec seulement un casque dans lequel je n'ai aucune confiance (je n'ai aucune idée de pourquoi, je le mets quand même sans y croire, au moins pour l'affichage) et des lunettes.

Je suis très tentée d'ajouter des protections à base de D3O, comme cette gamme de vestes et cette gamme de jeans, mais je ne suis pas sûre que ça réponde au vrai modèle de danger, et si c'est juste pour calmer le sentiment d'insécurité, ça ne m'intéresse pas tellement.

En effet, ces protections se contentent de protéger les articulations contre les impacts, et dans une certaine mesure évitent les éraflures de la peau qui glisse sur le bitume. C'est certes très utile quand on fait face à ces situations, mais par exemple une fracture d'une côte ou d'un os long est aussi handicapante à court terme, et ces protections ne font rien contre.

Et surtout, ce qui m'inquiète le plus dans ma pratique du vélo, c'est de me faire broyer sous ou contre un véhicule avec un gros moteur, et aucune protection personnelle raisonnable n'aide vraiment pour ces situations, voire amplifient le risque en réduisant l'agilité du cycliste.

Bref, tout ça pour dire que pour le vélo comme dans tellement d'autres cas, la responsabilité personnelle est dérisoire par rapport à de bonnes infrastructures, et je payerais beaucoup plus volontiers pour des séparations physiques entre voies cyclables et voies motorisées que pour des protections non-newtoniennes ou autres hautes technologies.

Le vélo pendulaire

Comme expliqué dans mon billet sur la tentation cycliste, j'ai acheté un vélo avant tout pour faire les trajets pendulaires, dans l'idée que j'allais surtout y gagner en confort mental et en indépendance vis-à-vis des aléas des transports en commun. Je m'attendais donc à avoir des temps de transport moins variables, et peut-être un petit peu moins long.

Il est temps d'évaluer a posteriori le résultat.

Graphe des distributions de mes temps de trajets
pendulaires

Le graphique ci-contre montre la distribution des temps de trajets pendulaires que j'ai pu mesurer, de l'entrée de mon appartement jusqu'à mon poste de travail et vice-versa. Ça inclue donc les préparatifs propres au moyen de transport, comme enfiler l'armure et sortir du garage pour la moto (qui n'est pas sur le graphique faute de données), ou plier et déplier le vélo. Il n'inclut en revanche pas le temps pour faire le sac, même si le sac effectivement utilisé dépend du moyen de transport.

Je ne suis pas tellement satisfaite du faible nombre de mesures, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, et je suis plus à l'aise avec les fonctions de répartition empiriques dans ces cas-là, mais comme Dan Luu le faisait si bien remarquer les histogrammes sont plus parlants pour beaucoup de monde, donc je l'ai ajouté en dessous (sous forme de courbes pour que ce soit plus facile de voir les différents cas).

Pour la petite histoire, il y a plus d'allers que de retours, parce qu'il m'arrive un détour en revenant chez moi, ce qui rend ces trajets non-pendulaires et incomparables avec les autres.

Si je m'attendais bien à une distribution beaucoup plus étroite pour le vélo que pour le bus, je ne m'attendais pas à gagner autant de temps. C'est plutôt une bonne surprise pour le vélo.

Je ne m'attendais pas non plus à ce que la distribution soit tellement étroite qu'on voit clairement deux modes dans le retour en vélo, et je n'ai trouvé aucune explication à cette forme.

Il y a en revanche plusieurs inconvénients au vélotaf, que j'ai découverts au fil du temps.

Les principaux inconvénients tournent autour de la douche à l'arrivée, qui reste nettement plus longue et moins confortable qu'une douche chez moi. Et pour ne rien arranger, j'ai du mal à partir plus tôt de chez moi, ce qui repousse effectivement le début de ma journée de travail d'autant que la durée de la douche.

Et ce n'est peut-être qu'une malheureuse coïncidence, mais j'ai rencontré le pied d'athlète pour la première fois de ma vie quelques mois après avoir commencé à utiliser régulièrement la douche de mon lieu de travail, et j'ai encore rechuté récemment. Je ne sais pas trop comment je me suis réinfectée, je pensais que je serais tranquille avec des sandales de douche et des acrobaties pour limiter mes contacts plantaires à ces sandales, la serviette, et mes chaussettes.

Enfin je stocke le vélo dans l'appartement et dans l'open-space, par crainte du vol, mais ce vélo est trop lourd pour que je puisse prendre les escaliers avec. Même chargée d'un vélo, je suis très mal à l'aise avec le principe de prendre l'ascenseur pour un ou deux étages, et je déteste les temps d'attente devant l'ascenseur quand je ne suis pas la seule à m'en servir à ces moments.

Si tous ces inconvénients me pèsent, et s'ajoutent au fait que je n'aime fondamentalement pas le vélo, tout ça ne suffit pas à me faire préférer les transports en commun. Éviter la foule des heures de pointe vaut tant que ça à mes yeux, et l'indépendance et le gain de temps sont autant de cerises sur ce gâteau.

Je me demande si une meilleure motorisation me permettrait de me passer de douche à l'arrivée, et dans quelle mesure je serais en paix avec un temps de trajet en vélo qui ne se double pas d'être en même temps une activité physique.

Le sport et le transport

Depuis que je m'intéresse au vélo assisté, j'ai pu constater une certaine tension entre le côté « sportif » et le côté « moyen de transport ».

Par exemple, un article de The Atlantic titre que le vélo électrique est une « monstruosité » et parle de « crise d'identité », et Envoyé Spécial fait un comparatif au résultat très surprenant.

J'ai l'impression que cette tension n'est pas tellement autour de l'objet lui-même, mais autour des préjugés qu'on colle à ses différents aspects.

Je pense en particulier aux préjugés selon lequel le sport, c'est Bien, faire des efforts, c'est Bien aussi ; alors qu'obtenir quelque chose sans effort, c'est Mal, tout comme « rester dans sa zone de confort ».

Déjà de base, quand on en est à argumenter avec du Bien et du Mal, c'est qu'on est coincé dans l'impasse intellectuelle du manichéisme, et il n'y a plus rien d'intéressant à penser derrière. Je suis d'ailleurs assez inquiète de la progression de cette tendance ces jours-ci.

Et sur les éléments individuels, je crois que ça fait depuis longtemps que je me désole du lien supposé entre effort et mérite, et donc entre effort et résultats légitimes. C'est d'ailleurs une plaie dans le monde du travail.

Quant au sport, je ne comprends toujours pas d'où lui vient cette aura positive. Ce n'est pas pour rien que les recommandations officielles, par exemple de l'OMS et du gouvernement français, parlent d'« activité physique » et non de « sport ».

Et ce d'autant plus que les recommandations portent sur de l'activité physique d'intensité modérée, éventuellement avec une équivalence de moins de temps en intensité élevée.

Mais vu d'ici, l'erreur majeure qui est faite dans toutes ces discussions, c'est d'essayer de juger un objet et non pas une pratique.

Pour moi, un vélo à assistance électrique, c'est surtout un objet qui permet de moduler la quantité d'efforts musculaires fournis par rapport à la quantité de puissance dans le déplacement.

Juste en appuyant sur un bouton, on peut éteindre l'assistance, et se retrouver avec un vélo « normal » mais qui a quelques kilos de plus, donc qui demande plus d'efforts (et donc qui est encore plus Bien).

Et tout aussi facilement, on peut aller jusqu'au bout de son endurance musculaire, et ne pas se retrouver coincé au milieu de nulle part, mais pouvoir rentrer tranquillement chez soi.

Bref, un vélo électrique ouvre la possibilité de faire autant d'effort que l'on veut, tout en laissant la liberté d'en faire aussi peu que l'on veut (dans la limite des stocks d'énergie disponibles).

Évidemment, ça veut dire qu'il faut vouloir faire de l'activité physique pour en recevoir les bénéfices. Mais ce n'est pas en démotorisant les vélos, ou en se lamentant que la plupart des gens n'aiment pas faire du sport autant que les sportifs, qu'on va changer ça. Supposer que les gens ne vont pas faire d'effort ou d'activité physique sans y être contraints n'est pas mieux que supposer que les gens sont cons.

Depuis quelques semaines, je fais mes retours de trajets pendulaires sans aucune assistance. Certes, c'est beaucoup de descentes, mais suffisamment peu pour que l'effort supplémentaire soit sensible. J'ai vu les ressorts de la motivation interne, tiraillée entre la flemme, l'envie abstraite d'entretenir son corps, et l'envie concrète de pouvoir faire face au manque de batterie et aux pannes de moteur.

C'est en facilitant ce type de choix qu'on améliore la santé publique, pas en le contraignant.

L'optimisation sportive

Une chose qui me gêne souvent lorsqu'il est question de sport est les recommandations sur la pratique. On trouve beaucoup de prescriptions mais trop peu de justifications, et encore moins de clarification des hypothèses sous-jacentes. Typiquement si quelque chose est mieux, c'est toujours suivant un ou plusieurs critères, et souvent dans une certaine gamme de niveaux ou de circonstances.

Je l'ai vu moult fois, dans plein de domaines et sur plein de thèmes différents, mais je vais prendre le dernier exemple en date, à savoir la cadence, c'est-à-dire à quelle vitesse il faut pédaler.

C'est une question légitime, parce que j'ai pu constater moi-même que dans la plupart des situations, il y a plusieurs rapports de vitesse qui sont utilisables, et les conséquences du compromis entre force sur les pédales et vitesse de pédalage sont loin d'être évidentes.

Surtout que les critères ne sont pas anodins : le sport est typiquement dans la recherche de performance, donc va chercher à optimiser la puissance mécanique produite, donc probablement maximiser le rendement ; alors que l'exercice physique pratiqué dans le but de perdre des kilos que la pression sociale considère comme « en trop » va chercher à optimiser la puissance chimique consommée, donc probablement minimiser le rendement.

C'est plus difficile de trouver des exemples grand-public évident, mais il me semble logique que des pratiques sportives adaptées à un athlète professionnel au maximum de son conditionnement physique soient très mauvaises pour un débutant.

Tout ça pour dire que je m'attendais à ce que le bon rapport de vitesses soit déterminé par un certain couple exercé par le cycliste sur ses pédales, en adaptant la cadence à la puissance réclamée par les circonstances. Or toutes les recommandations que j'ai pu lire un peu partout fixent la cadence, généralement à 80 tours par minute, en adaptant le couple à la puissance réclamée par les circonstances.

Peut-être que c'est juste parce que la cadence est plus facile à mesurer que le couple, et un intervalle de cadence se traduit directement, pour un vélo donné, par un intervalle de vitesses pour chaque rapport. On peut donc utiliser le tachymètre du vélo pour déterminer à chaque instant le rapport adapté.

J'ai donc pris la valeur de 80 tours par minute pour calculer la vitesse « idéale » de chaque rapport de mon vélo, et j'ai pris la valeur de 50 tours par minute pour l'autre extrémité de l'intervalle parce que c'est l'exemple le plus courant de sous-régime (avec même des articles qui se moquent de gens qui pédalent tranquillement à 50 tr/min alors que ce serait mieux de pédaler à 80 tr/min, mais du coup avec encore moins de couple ?!).

Cet intervalle m'a permis de voir que malgré le peu de rapports de vitesses sur mon vélo, il y a un bon chevauchement, et je n'ai encore jamais regretté de ne pas avoir d'autre rapport.

Je trouve que tout ça manque des courbes de puissance et de couple en fonction de la cadence, comme on peut en trouver pour les moteurs thermiques (qui me semblent elles-mêmes manquer du comportement en fonction de la position de la commande d'accélérateur).

Mon prochain véhicule

Avant ma crevaison, j'envisageais quel serait mon prochain vélo, parce que je garde une estimation pessimiste de sa durée de vie (que je suppose de l'ordre de trois ans si tout va bien) même sans défaut catastrophique, et parce que j'imaginais toujours vouloir préférer le vélo aux transports en commun.

Dans ce cadre, la question la plus importante est à quel point j'ai besoin de l'assistance électrique, et c'est pour ça qu'il faudrait vraiment que je fasse des expériences dans diverses conditions avec mon vélo en éteignant l'assistance.

Vélo purement musculaire

Si je me passe d'assistance, c'est facile : je veux un vélo durable sur lequel je puisse compter, et ça se jouerait entre un Brompton C pour la qualité et le faible encombrement, ou un Tern BYB qui promet d'être plus confortable et plus pratique pour les bagages, et dont le volume supplémentaire n'est peut-être pas si gênant grâce à sa géométrie particulière. À voir.

Ces deux-là se sont retrouvé dans ma wishlist parce qu'ils peuvent Devenir mon moyen de transport préféré dans cette hypothèse, et dans l'autre hypothèse il restera des trajets pour lesquels ils resteraient mon moyen de transport préféré, donc ce serait un cadeau bienvenu, mais il n'y aura peut-être pas assez de tels trajets pour que je trouve que ce soit un investissement pertinent.

Vélo électrique

Si j'ai vraiment besoin d'assistance, c'est plus compliqué, parce que l'offre est pléthorique et beaucoup me semblent suspectes car trop beau pour être vrai, et le piège n'est pas évident.

Le Brompton Electric est un candidat évident, j'ai du mal à croire qu'ils ne se soient pas améliorés depuis l'avalanche de mauvaise presse qu'il a subi, et il garde l'avantage en termes d'encombrement.

D'un autre côté, je comprends les reproches de vices de conception profonds dans cette électrification, surtout pour ce prix. Je peux imaginer que ça reste un mauvais vélo qui mise tout sur son seul atout ; mais ça ne me dit pas comment c'est par rapport au mien, qui n'est peut-être pas mieux. Après tout, il y a des gens qui sont capables de faire des distances impressionnantes avec leur Brompton malgré ses défauts, et j'en fais peut-être partie.

À l'inverse, le Tern Vektron a l'air, sur le papier et dans les témoignages que j'ai lus, d'être un vélo plutôt bon même comparé à des non-pliants, au prix d'un volume et d'un poids beaucoup plus élevés. Ça tue les possibilités de l'utiliser régulièrement dans les transports en commun, mais son moteur permet probablement d'en avoir moins souvent envie. Et malgré sa taille nettement plus imposante, son pliage lui donne à peu près la même surface au sol que mon Eovolt, la différence se fait sur la hauteur ; donc avec mon utilisation actuelle du vélo, il pourrait avoir aussi bien sa place dans ma vie.

Le reste de la concurrence a du mal à m'enthousiasmer, j'ai noté le Carbo Modèle X, le FLIT, le Gocycle, et un Xiaomi qui n'est peut-être même pas disponible en France, mais il y a un énorme manque de confiance qui freine les envies d'achat.

D'un autre côté, si j'arrivais à trouver un vélo qui prolonge mon corps comme ma moto, ou qui me procurent des sensations neutres ou positives quelles qu'en soient les raisons, ça balayerait sans doute tous mes autres critères, pliabilité comprise.

Je ne sais pas du tout par quel processus j'arriverais à trouver un tel vélo parmi l'immense marché des vélos, mais si c'était le cas je pourrais tout à fait finir par acheter et aimer un vélo de taille « normale ».

Les autres

Et déjà avant la crevaison, mais encore plus depuis, je m'interroge sur les alternatives au vélo.

J'ai eu beau en faire et refaire le tour, objectivement le vélo reste le meilleur véhicule musculaire, assisté ou non. Il reste cependant possible qu'une des alternatives m'enthousiasme à un tel point que je sois prête à accepter ses inconvénients pour en faire mon moyen de transport principal, ou en complément d'un vélo.

Il y a un monocycle dans ma wishlist parce que c'est un véhicule qui me tente pour lui-même, qui accessoirement est encore moins encombrant qu'un vélo pliant. Peut-être qu'après avoir essayé je ne serai pas convaincue et j'enterrai définitivement l'idée, peut-être que je n'arriverai pas à un niveau de maîtrise suffisant pour faire un trajet utilitaire avec mais que ça restera un loisir, ou peut-être que je me passionnerai et je chercherai à m'en servir autant que possible, y compris pour les trajets pendulaires.

Si le monocycle est aussi sensible à la crevaison qu'un vélo, les roues solides des rollers et des skates n'ont pas ce problème. Les skateboards ne me tentent pas vraiment a priori, mais je suis prête à leur laisser une chance parce que ça peut difficilement être pire que le vélo. J'essayerais plutôt quelque chose comme les patins à roulettes de flaneurz.

D'un autre côté, les pneus ne sont pas juste des trucs crevables, ils ont aussi des avantages ; et je soupçonne que leur performance sous la pluie ou après la pluie va être très importante à mes yeux une fois que je serai calmée.

Et dans une autre direction, j'envisage d'essayer aussi la marche nordique. C'est prometteur parce que j'aime bien la marche « normale » au point que ce soit mon moyen de transport préféré, et si ces bâtons peuvent élargir mon rayon d'action piéton ce sera toujours ça de pris.

Alors que cette liste d'alternatives avait déjà bien pris forme dans ma tête avant que je ne réfléchisse sérieusement à pourquoi je n'aime pas le vélo, je remarque quand même qu'elles me semblent toutes avoir a priori des possibilités d'assimilation dans le prolongement de mon corps bien meilleures qu'un vélo. Et inversement, sont exclus tous les véhicules dont je doute a priori de l'assimilabilité, comme les gyropodes ou les trottinettes.

Je ne me rends pas du tout compte des différentes caractéristiques de toutes ces alternatives : quel rayon d'action je peux espérer sur un relief apaisé, à quelle vitesse moyenne, sur quelle gamme de conditions météorologiques, et pour quel niveau de danger quotidien et quel investissement en conditionnement physique.

Ces alternatives ont en commun d'être purement musculaires, et moins efficaces qu'un vélo. Mon vélo assisté m'a déjà permis d'aller d'une banlieue proche à l'autre en traversant Paris, pour un total de presque 47 km en 3h53 dans la journée, et je n'imagine pas (encore ?) un autre moyen de transport personnel qui me permette de le refaire ça. Le vélo semble avoir une gamme d'utilisation, en termes de longueurs de trajets et en termes de conditions météo, qu'aucune alternative ne me semble capable d'égaler, ou même d'approcher.

L'arbitrage

Il y a aujourd'hui dans ma vie toute une série de trajets courts, que je fais à pied sans me poser de question, et une série de trajets longs, que je fais à bord d'un véhicule à moteur (personnel ou en masse) parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité.

Le vélo et ses alternatives évoquées ci-dessus sont dans l'espace entre les deux, et je suis tiraillée entre les deux pôles.

D'un côté il y a les vélos électriques, qui élargissent au maximum cette zone intermédiaire, au point de pouvoir souvent éviter les transports en commun parisiens.

De l'autre côté, il y a alternatives au vélo, qui promettent d'être plus à mon goût, et les vélos pliants les plus petits, qui peuvent être combinés aux transports en commun pour encore plus de portée totale que les vélos plus gros, moins de risque de vol, et plus de fiabilité. Avec le fantasme que le conditionnement physique pourrait suffire pour se passer complètement de moteur.

Il y a en plus une certaine composante politique dans cet arbitrage. Les transports en commun parisiens me semblent en pleine déliquescence, et je doute que ça s'améliore dans les quatre prochaines années. Si je ne peux ou veux pas compter sur les transports en commun, la portée supplémentaire des vélos électriques devient très séduisante.

En plus, si une de mes alternatives au vélo me plait suffisamment pour faire les trajets juste derrière mes limites de piéton, ça laisse d'autant moins de place à un vélo non-électrique dans ma vie.

De la même façon, tant que l'élargissement des infrastructures cyclistes continue sa trajectoire des dernières années, le principal frein à mon utilisation du vélo, qui est la crainte des automobilistes, se lèvera progressivement.

Mais inversement, l'arrivée au pouvoir d'un parti violemment rétrograde et la politisation du vélo pourraient significativement augmenter le danger de ces trajets. Même s'il arrive pas au pouvoir, sa normalisation et sa percolation dans les mentalités publiques a un résultat proche. Et l'éventuelle dégradation de la situation économique générale pourrait rendre la disponibilité de pièces détachées beaucoup plus compliquée.

Au moment d'écrire ces lignes, l'impact émotionnel de la crevaison est déjà suffisamment émoussé pour perdre face au manque de confiance dans les transports en commun, donc je suis plutôt en train de pencher pour un vélo électrique, sans pouvoir encore arbitrer entre user le mien jusqu'à la rupture ou le remplacer rapidement, et si ce remplacement serait plutôt par un Brompton Electric que je pourrais plus facilement garder sous mes yeux ou par un Tern Vektron avec lequel je pourrai aller plus loin.

L'inflation, les sombres perspectives économiques, et la promesse de trajets moins transpirés me donnent envie de remplacer rapidement, mais la crainte du vol, la pénibilité de se débarrasser de mon vélo présent, et la crainte de la déception me donnent envie de garder mon Eovolt tant qu'il est utilisable.

Publié le 30 novembre 2022

Tags : Autoexploration Goûts

Eovolt City X

Photo de mon vélo quand il était presque neuf

Dans ce billet je vais vous parler de mon nouveau vélo. Comme d'habitude, je ne suis pas du tout sponsorisée ni en contact avec aucun marchand ou constructeur, comme il se doit pour un site personnel du web 0.8. Et comme d'habitude, c'est une critique à relativement long terme, pour voir au-delà des premières impressions. J'ai été un peu coupée dans mon élan, après avoir parcouru 550 km dans les quatre premiers mois suivant l'achat, mais moins de 200 km dans les quatre mois suivants.

Dans tout ce billet j'emploie l'adjectif « pendulaire » pour désigner quelque chose de très proche de l'anglais commute, c'est-à-dire en gros « en rapport avec les trajets quotidiens entre le domicile et le lieu de travail ». Je ne pense pas souvent à cet adjectif pour ce sens, donc je ne veux pas supposer que tout mon lectorat le connaisse.

Le chemin vers l'achat

Dans mon billet intitulé Tentation cycliste, j'avais décrit le peu de goût que m'inspire le vélo depuis longtemps, et l'ouverture d'une possibilité qui pourrait être supportable. Je vais les résumer un peu différemment dans cette partie, et ajouter la fin de l'histoire jusqu'à l'achat.

Depuis très longtemps je suis rebutée par l'encombrement de l'engin, aussi bien en utilisation, parce qu'il est beaucoup plus balourd et pataud qu'un piéton, qu'entre les utilisations, parce qu'il faut le mettre quelque part et faire face aux risques de vol, de vandalisme, de confiscation, etc.

De façon amusante, je n'ai pas ce problème avec ma moto, que je décris en termes opposés, simplement parce que je la range mentalement dans les véhicules à moteur, à côté des voitures et des camions, alors que pour une raison mystérieuse je range les vélos, même motorisés, avec les piétons.

Cela dit, j'ai aussi une certaine réticence envers tous les véhicules à cause d'un manque général de fiabilité : le risque de panne, de vol, de vandalisme, de confiscation, ou d'autre perte imprévue n'est jamais nul et toujours catastrophique pour les plans à court terme, et je n'aime pas du tout la perte d'autonomie qui découle de la dépendance à un véhicule.

Là aussi, c'est un peu injuste, parce que mon corps aussi peut être victime de panne, de vandalisme, ou d'accident, et ce n'est pas moins catastrophique pour les plans à court terme et parfois pour l'autonomie même à plus long terme.

Cependant notre société est structurée pour prendre en charge les défaillances du corps et de l'automobile, dont la moto bénéficie par proximité administrative, alors que la défaillance cycliste est jugée comme plus dérisoire, et la délinquance envers les vélos comme moins grave.

Bref, pour en revenir au vélo, les problèmes d'encombrement et une partie des problèmes de malveillance peuvent être résolus avec un vélo pliant gardé près de soi.

D'autre part, mes déplacements sont dominés par le trajet entre le lieu de travail et le domicile, de sorte qu'un vélo ne vaille pas l'investissement (dans ma vie et ces jours-ci) même si je m'en servais pour tous les autres trajets urbains. Donc si j'achetais un vélo, ce serait pour ces déplacements pendulaires, et la compatibilité avec les autres déplacements serait un critère secondaire.

La principale conséquence est que je voulais une assistance électrique, pour faire face à la grande montée de la Porte de Versailles et pour espérer arriver à destination en étant présentable même sans douche.

À la fin du billet Tentation cycliste, j'arrivais au bout de mon endurance à étudier le marché, et j'étais à deux doigts d'abandonner. J'ai pris sur moi de suivre les plans que j'avais formulés, à savoir emprunter un vélo pour vérifier que le trajet pendulaire est suffisamment sûr pour mon goût, et essayer les vélos pliants disponibles chez le marchand près de chez moi.

Je reviendrai plus loin sur les autres modèles que j'ai essayés et dans un autre billet sur les infrastructures cyclables, mais le résultat a été de céder à la tentation, et je me suis retrouvée en possession du vélo que je décris dans ce billet.

Description technique du vélo

J'ai donc acheté un vélo Eovolt en février dernier, et il n'y en avait déjà plus aucune trace sur leur site en mai. Juste avant de l'acheter, j'avais essayé des modèles qui n'existaient déjà plus sur leur site à l'époque. Je soupçonne que ces modèles étaient millésimés 2020, le mien 2021, et au moment d'écrire ces lignes le site décrit les millésimes 2022.

Devant un tel turn-over, je vais conserver ici autant d'informations que possible sur l'exemplaire entre mes mains, d'autant plus que même à l'époque le site était déjà pauvre en détails techniques, donc il y a ici plus de recherche personnelle que de fiche technique du constructeur. Si ces détails ne vous intéressent pas, vous pouvez passer directement à la section suivante avec mes impressions.

Positionnement Commercial

L'impression que j'ai eue en février 2022 est que la plupart des vélos pliants ont des roues de 20 pouces de diamètre. Je suppose que c'est le plus facile à concevoir, peut-être pour pouvoir réutiliser le plus de pièces généralistes. Les tailles adjacentes sont 16 et 24 pouces, soit des paliers d'environ 10 cm.

Je ne sais pas trop comment une petite modification de la taille des roues autour d'une valeur donnée affecte le cadre, mais avec des cadres similaires ça se traduit directement par une augmentation de la taille du vélo plié, de 10 cm dans deux dimensions.

Ces 10 cm ne sont pas négligeables par rapport aux tailles pliées, d'autant plus que ces tailles sont proches de divers seuils, comme la hauteur sous un bureau ou les emplacements de bagages de certains trains.

Pour moi il était donc nécessaire de partir sur le moins encombrant, à savoir 16 pouces.

La taille des roues a aussi un impact direct sur le confort, par le lissage du relief de la route. Les vélos avec des roues plus grandes sont donc naturellement plus confortables, et plus chers par la plus grande quantité de matière. Je me demande s'il y a aussi une vieille idée de « plus c'est gros mieux c'est » avec.

Chez Eovolt au moment où j'écris ces lignes, comme chez beaucoup d'autres constructeurs, j'ai pu constater une montée en gamme avec la montée en taille des roues. Le Morning avec ses roues de 16 pouces a un dérailleur plus simple et une batterie plus petite que l'Afternoon et le l'Evening aux roues plus grandes.

Mon vélo a le positionnement inhabituel d'être le modèle haut de gamme d'une section à 16 pouces, et il me tente beaucoup plus que tous les modèles actuellement proposés sur leur site. Dans son millésime, il y avait les modèles City, City X, Confort, et Confort X, où le X désigne la variante haut de gamme alors que City et Confort correspondent à des roues de 16 ou 20 pouces.

Pour situer, mon vélo avait un prix public conseillé de 1 800 €, et j'ai profité d'une remise spontanée, et sans justification, de 300 €.

En plus, mon vélo est celui qui a le plus petit volume de toute mon étude de marché, sans compter les Brompton.

Si j'avais été sûre de m'en servir pendant des années, j'aurais acheté un Brompton électrique (pour à peu près un prix double), mais je n'étais pas sûre que ce vélo ne finirait pas à la cave au bout de quelques mois. J'ai donc décidé de miser une somme plus petite, en soupçonnant que sa durée de vie serait également plus petite, qui ouvre la possibilité d'un remplacement par un vélo plus à mon goût une fois que mes goûts sont plus précis.

En y repensant, je me dis que j'aurais peut-être dû opter pour un Brompton en pariant sur une revente d'occasion si je n'accroche pas au vélo, au lieu de le considérer comme une bête perte sèche. J'imagine que la marque aurait facilité la revente, surtout avec son turn-over beaucoup plus lent.

Caractéristiques

Mon vélo était annoncé comme tenant dans 75×42×58 cm une fois plié, ce n'est pas évident à mesurer, mais je trouve un peu moins en longueur, un peu plus en largeur, et beaucoup plus (5 cm) en hauteur.

Une fois déplié, il fait environ 137 cm de long, dont 95 cm d'empattement et 2 cm de garde-boue arrière, 60 cm de large au guidon, et 103 cm entre le sol et le haut du guidon à la hauteur maximale (que j'utilise), et la hauteur maximale de la selle est à peu près la même.

Il pèse 16.8 kg avec le porte-bagage arrière en option, et l'attache Klickfix pour un panier à l'avant.

Le mécanicien du revendeur a aussi remarqué que la béquille dessus est plus frêle et plus courte que les béquilles habituelles d'Eovolt, probablement à cause d'une pénurie au moment de l'assemblage.

Le caractère haut de gamme de ce vélo se voit surtout sur les caractéristiques suivantes :

L'assistance électrique vient d'un moteur Bafang 250 W dans le moyeu avant. J'ai pu extraire les références de l'écran et du contrôleur, mais je ne sais pas trop quoi en faire.

Le pédalier a des pédales de 17 cm et un plateau de 68 dents, et un périmètre d'environ 76 cm. Je n'ai pas réussi à compter les dents du pignon, mais son périmètre est d'environ 26 cm, donc je suppose qu'il a 23 dents.

Ça fait une sérieuse démultiplication, qui compense la taille des roues. Voici plusieurs façons de le représenter, je les mets toutes pour pouvoir facilement comparer avec d'autres sources :

Vitesse 1 2 3
Rapport primaire 2.957 2.957 2.957
Rapport secondaire 0.733 1.000 1.364
Braquet total 2.167 2.957 4.033
Diamètre équivalent 35 in 47 in 65 in
Diamètre équivalent 0.88 m 1.20 m 1.64 m
Développement 2.77 m 3.77 m 5.15 m
Vitesse à 50 tr/min 8.3 km/h 11.3 km/h 15.4 km/h
Vitesse à 80 tr/min 13.3 km/h 18.1 km/h 24.7 km/h

Je discuterai du choix de cadence dans un autre billet, mais 80 tours par minute est une valeur qui revient souvent dans les conseils en ligne, et j'ai vu quelques fois passer 50 tours par minute comme valeur « tranquille », donc ça me semblait une bonne frontière avant le sous-régime.

Le vélo était livré avec un chargeur propriétaire et une trousse à outil contenant :

Je l'ai complétée avec une clef allen 1.5 mm pour resserrer les vis qui fixent l'écran Bafang au guidon.

Mes impressions sur la concurrence

Je vais essayer de séparer mon ressenti envers ce vélo en particulier de mon ressenti envers le vélo en général (que j'aborderai dans un billet dédié), même si mon manque d'expérience avec d'autres vélos brouille un peu la distinction. Je vais donc comparer avec mes points de référence les plus récents, à savoir les autres vélos que j'ai essayés avant d'acheter celui-ci.

Avant d'acheter ce vélo, j'ai essayé plusieurs modèles de vélos pliants, et j'ai essayé mon trajet pendulaire avec le vélo électrique non-pliant de mon homme. Ce ne sont que des premières impressions, mais j'ai l'intuition qu'elles se vérifient sur la durée.

Le goût du luxe

Ce n'est pas toujours évident d'évaluer à quel point les options plus haut de gamme sont intéressantes. J'ai l'impression de voir de plus en plus de consommation ostentatoire qui n'a aucun intérêt sans audience. Ce n'est pas du tout le cas pour la plupart des particularités de mon vélo, à un point auquel je ne m'attendais pas.

Les freins hydrauliques

D'abord les freins hydrauliques, qui sont réputés offrir une plus grande puissance de freinage par l'effet levier du système, me semblent surtout avoir l'avantage du retour tactile. Je sens directement mon action sur les plaquettes, alors qu'avec un câble il y a un amortissement dans le système brouille le couplage entre les doigts et les patins.

Ce n'est pas juste une question de confort, parce que ce retour tactile permet de faire manuellement l'effet de l'ABS. J'ai connu la théorie avec la moto, mais je n'ai jamais conduit de moto sans ABS ; quelques freinages forts en vélo m'ont donné l'occasion de mettre en pratique cette théorie, et même de développer l'intuition tactile de la zone juste avant le blocage (au moins par temps sec et températures pas trop basses), chose que je n'imagine pas possible avec un câble.

Le moyeu à vitesses intégrées et la courroie

La boîte de vitesse dans le moyeu arrière est souvent vendue comme permettant de changer les vitesses à l'arrêt. Je reconnais que c'est confortable, mais quand même un peu gadget, parce que j'imagine avoir le niveau d'anticipation suffisant pour pouvoir gérer les vitesses avec un dérailleur. D'un autre côté, le départ après un freinage d'urgence peut être compliqué…

Cela dit, je considère que la killer feature de la boite de vitesses dans le moyeu arrière est la compatibilité avec la transmission par courroie, donc je vais mettre les deux ensemble, pour les comparer avec une chaîne et son dérailleur.

Depuis que j'ai une moto je lorgne sur les courroies et les cardans, parce que l'entretien de la chaîne me saoule et je n'y trouve pas trop d'avantages. Il semble qu'en vélo ce soit pareil, la courroie se distingue surtout par l'absence d'entretien et une plus grande longévité. J'apprécie énormément la sérénité que ça procure.

J'ai cru comprendre qu'individuellement, la boite de vitesses dans le moyeu arrière est aussi plus fiable et plus stable qu'un dérailleur, mais ça ne fait que renforcer le jugement sur l'ensemble du système.

J'ai lu que la transmission par courroie est aussi plus silencieuse, mais je ne l'ai pas vraiment perçu.

Le capteur de couple

Enfin, il y a le capteur de couple, même si en fait c'est surtout ce qu'il permet au contrôleur de faire, et je me demande à quel point un bon contrôleur bien programmé pourrait être aussi à mon goût.

Les modèles que j'ai essayés sans capteur de couple m'ont donné la très désagréable impression d'être des mobylettes avec un interrupteur binaire dans le pédalier. Peu importe ce que je fais avec les pédales, si ça tourne le moteur maintient une vitesse, et si ça ne tourne pas je n'ai que l'inertie.

À l'inverse, tous les modèles avec capteur de couple m'ont presque fait oublier le moteur, et simplement donné l'impression d'avoir un vélo plus léger.

Quelque part, quand on veut un système avec un moteur qui « assiste » jusqu'à 25 km/h, en complémentant l'énergie musculaire pour atteindre cette vitesse, j'imagine qu'on obtient exactement ce que je reproche aux modèles sans capteur de couple : l'effort sur les pédales n'a aucun impact sur le comportement du vélo, le moteur s'ajuste sur la différence.

D'un autre côté, je n'ai pas été gênée que par le manque d'impact de mes efforts, mais aussi par l'étroitesse de la plage d'efforts que je pouvais fournir, parce que le pédalier était beaucoup trop mou. La plage de cadences confortables n'est pas très large, et il aurait été intéressant de pouvoir choisir la quantité d'énergie musculaire que je fournis au vélo en variant le couple demandé, et je n'ai trouvé cette possibilité dans aucun des vélos sans capteur de couple que j'ai essayés.

Je reste prête à entendre que le contrôleur peut être configuré pour arranger ça, et je suis prête à essayer un vélo sans capteur de couple qui prétendrait le faire ; mais aujourd'hui, a priori je préfère me passer d'assistance qu'utiliser un moteur sans capteur de couple.

La taille des roues

Si j'ai essayé tous les modèles 16 pouces disponibles dans le magasin, parce que je savais que ce n'était pas négociable, j'ai aussi essayé deux modèles 20 pouces, surtout pour faire plaisir au commercial, et un modèle 28 pouces pour mon trajet pendulaire.

Si je m'attendais à ce qu'un vélo pliant à petites roues soit moins confortable qu'un vélo normal, je ne m'attendais pas à ce que seulement 4 pouces fassent autant de différence, même sur des routes relativement propres et plates.

Si on m'avait dit avant d'essayer que la différence serait aussi énorme, je ne l'aurais pas cru. Je trouve subjectivement plus d'effets à ces 4 pouces qu'à de bons amortisseurs.

Mes impressions sur ce vélo

Assez parlé de la concurrence, que m'inspire directement ce vélo ?

Déjà, c'est très moche.

Isolé, comme ça, je trouve que ça va ; mais avec une personne comme moi dessus, c'est disproportionné au point de me révulser. Plus d'une fois j'ai qualifié ce vélo de « trottinette », ce qui est pratiquement la connotation la plus négative que je suis capable de mettre sur un moyen de transport.

Heureusement, je ne me vois que très rarement quand je suis sur ce vélo, donc ça ne me dérange pas. Et je ne le vois même pas souvent déplié. Ça ressemble à rien une fois replié, mais au moins ce n'est pas esthétiquement dérangeant.

Je le soupçonnais déjà pour la moto, ce vélo me le confirme : je n'ai que faire de mon apparence pendant que je me déplace, et le confort et les autres critères pratiques l'emportent largement sur les critères esthétiques.

Le confort au fil du temps s'est révélé conforme à ce quoi je m'attendais après les premiers essais. Je ne peux pas dire que je m'y fais, mais la différence de confort par rapport à un vrai vélo ou à un vélo pliant plus gros me semble largement valoir la différence d'encombrement une fois replié, donc je suis contente du compromis que j'ai choisi.

J'ai des petits doutes sur la qualité et la longévité de ce vélo, et je le développerai dans la sous-partie suivante.

La qualité

Malgré la quantité d'argent que j'ai dépensée pour ce vélo, je ne m'attendais pas à une qualité terrible, sans vouloir critiquer Eovolt.

Certes, il faut payer pour avoir des choses de qualité, mais en fait on paye plus souvent pour l'illusion de qualité que pour la qualité elle-même, comme Dan Luu le relève très bien. S'il y a bien quelques marques qui cherchent à se distinguer par la qualité, voire qui sont « inhabituellement déraisonnables », je m'attends à ce que la différence de prix entre un vélo Eovolt et un vélo Xiaomi se retrouve dans le salaire des employés qui font l'assemblage et la non-exploitation des données personnelles plutôt que dans la qualité du produit que j'ai entre les mains.

Et pourtant malgré ça, j'ai été un peu déçue.

Je me suis comportée en consommatrice stupide, qui se repose sur l'atelier mécanique du marchand de vélo, et j'ai pourtant dû prendre en main plusieurs choses moi-même :

Je trouve que ça commence à faire beaucoup de petites choses, mais c'est le niveau de fiabilité que j'attends de tous les fabricants quelconques adossés au marché mondialisé, de Décathlon à Xiaomi. Il n'y aurait guère que des grandes marques comme Brompton, Tern, ou Moustache dont j'attendrais (beaucoup) mieux.

La longévité

Ce niveau de qualité vient avec une certaine inquiétude sur la longévité de ce vélo. J'aime bien m'attacher à des outils qui me suivront pendant des décennies, et je crains que ce ne soit pas du tout le cas de vélo (et comme dit plus haut, je m'y attendais avant d'acheter, juste pour perdre moins si ma vie est finalement mieux sans cyclisme).

En particulier, j'ai vanté les freins hydrauliques, le moyeu à vitesses intégrée, et la transmission par courroie, mais j'ai peur qu'une défaillance d'un de ces éléments n'emporte tout le véhicule avec lui, faute de pièces de rechange.

J'ai été surprise de voir des freins hydrauliques sans fenêtre de niveau du liquide, et manifestement sans possibilité de remplacer ce fluide, contrairement à tous les freins hydrauliques que j'ai pu voir sur des deux-roues dont le moteur est plus gros. Ont-ils un fluide magique qui ne fuit pas et qui ne vieillit pas ? Ou est-on juste censé changer l'ensemble du système quand le fluide vieillit ?

Au niveau du moyeu arrière, j'imagine que Shimano est une marque assez grosse pour proposer un remplacement en cas de défaillance, mais je ne serais pas surprise qu'un élément propriétaire empêche un remplacement facile, voire empêche tout remplacement. En plus, je ne me rends pas trop compte de combien de défaillances sont détectables avant d'être catastrophiques, mais je ne serais pas surprise ce que ce système soit beaucoup plus souvent catastrophique qu'un dérailleur, dont tous les éléments sont exposés.

De la même façon, c'est bien une courroie qui dure plus longtemps qu'une chaine, mais sa fin de vie risque d'être beaucoup plus dure à gérer qu'une chaine, surtout si on ne peut pas compter sur Eovolt pour les pièces détachées.

Sans vouloir être méchante envers Eovolt, je ne m'attends pas à une disponibilité terrible des pièces détachées, si le turn-over en usine correspond à celui sur leur site web, et le passif sur la vis Bafang n'aide pas.

Tout ça pour dire que je ne m'attends pas à plus de trois ans d'utilisation sérieuse de ce vélo avant d'être contrainte de changer. Et quand il faudra changer, il faudra que je me pose sérieusement la question du compromis entre le confort de ces éléments « haut de gamme » et la réparabilité des alternatives plus courantes.

L'assistance

Je ne suis pas complètement satisfaite de l'assistance électrique de ce vélo, mais je ne sais pas trop si elle aurait pu être mieux ou c'est juste que j'en attendais trop. J'aimerais beaucoup savoir si cette sous-partie s'applique à toutes les assistances électriques disponibles aujourd'hui ou si un autre type de moteur ou un autre réglage de contrôleur pourrait arranger ça.

J'ai été persuadée que l'assistance électrique permettait de faire face aux reliefs vallonnés de Paris et ces environs, et de pouvoir arriver en étant présentable, et non pas dégoulinante de sueur. Et je suis déçue sur les deux niveaux.

Pour situer, le contrôleur Bafang de mon vélo propose cinq niveaux d'assistance, numérotés de 1 à 5, avec le numéro 0 pour l'absence d'assistance et un mode « marche » placé en dessous du numéro 0 pour faire avancer le vélo à 5 km/h sans pédaler.

Subjectivement, la différence entre 0 et 1 est flagrante, et largement plus grande qu'entre 1 et 5. Je crois que je serais même incapable de deviner le niveau d'assistance entre 1 et 5 en roulant. Je crois que je sens la différence par comparaison en passant d'un mode à l'autre, mais ça pourrait être une illusion parce que je change volontairement de mode.

En revanche, je sens clairement la différence quand je suis en montée et à la limite de mes capacités musculaires dans le mode courant, passer au mode d'assistance suivant est un soulagement clair. La différence est aussi flagrante pour la batterie : tenter de monter la Porte de Versailles en mode 5 avec moins de 60 % de capacité de batterie coupe l'assistance, alors qu'en mode 3 la limite est plutôt vers 40 %. J'imagine que le contrôleur ou la batterie trouve que ça demande plus de courant qu'elle n'est capable de fournir.

Pour ces raisons, j'utilise presque toujours le mode 1, puisque ça consomme moins de batterie, ça utilise une plus grande portion de sa capacité, sans différence subjective.

Je vantais plus haut le capteur de couple, et j'ai décrit à quel point il m'est indispensable, mais le revers de ce système est que je suis incapable de fournir assez de couple pour utiliser toute la puissance du moteur.

L'écran donne une indication de puissance, sans préciser de quelle puissance il s'agit, mais j'ai l'impression qu'il s'agit de la puissance envoyée au moteur (ou fournie mécaniquement par le moteur, le rendement est tel que la différence importe peu pour la discussion présente), intégrée sur quelques secondes.

Habituellement sur du plat en mode 1, cette puissance se trouve entre 70 W et 90 W, avec parfois des sorties jusqu'à 50 W ou 110 W. En montée, même en mode 5, je ne passe que ponctuellement les 150 W, alors que ce moteur a 250 W nominaux.

Et avec mes performances musculaires actuelles, ça ne suffit pas pour monter la Porte de Versailles confortablement.

Alors que j'imagine qu'avec 250 W électriques, ça pourrait passer beaucoup plus facilement.

L'effet des rapports de vitesse n'est pas évident, parce qu'utiliser un rapport de montée permet de réduire le couple correspondant à une puissance musculaire fixée, mais comme il y a moins de couple il y a moins d'assistance, et donc moins de puissance totale.

J'ai essayé avec chacun des trois rapports, et je ne sais plus avec quels niveaux d'assistances mais au moins 1, 3, et 5, et finalement je n'ai pas encore trouvé mieux que descendre du vélo et le pousser jusqu'en haut.

D'ailleurs au cours de mes différents essais, j'arrivais à faire deux aller-retours avec une charge de la batterie, et éventuellement une partie du troisième retour (en descente). Depuis que je fais ces 400 m de montée à pied, je fais facilement trois aller-retours, avec presque de quoi faire un quatrième aller. Je ne pensais pas que ces 400 m étaient aussi violents pour la batterie, ou que le reste du trajet était aussi léger par rapport à cette montée.

Et peu importe la façon dont je prends cette montée, je termine quand même en nage à l'arrivée.

Je pensais que c'était juste une déception de l'assistance qui n'assiste pas tant que ça, mais c'est plus compliqué que ça.

Avec des trajets plus plats, j'ai pu trouver un rythme plus calme, qui me permet par exemple de suivre la Seine sur bien plus de distance que mon trajet pendulaire, et arriver presque sans sueur (s'il ne fait pas trop chaud). Il faudrait juste que j'arrive à me ménager aussi en montée et dans les faux-plats qui la précèdent.

Je n'ai pas encore essayé sans assistance, et j'ai du mal à me motiver pour faire cet essai, mais il faudrait vraiment que j'arrive à déterminer sur quels trajets je serais capable de me ménager au point de me déplacer en restant socialisable. Je me demande aussi quel genre d'entraînement pourrait élargir cette gamme de trajets.

Verdict

J'ai beaucoup de mal à résumer mon sentiment envers ce vélo en faisant abstraction de ma relation avec le vélo en général, relation qui mérite un billet dédié.

En résumé, après presque 750 km, je confirme que je n'aime toujours pas le vélo, je n'en ferais pas pour le plaisir (contrairement à la marche ou à la moto), et je préfère les transports en commun dans leurs meilleures conditions (disons de l'ordre de 30 % d'occupation des places assises). En revanche, par rapport aux conditions habituelles des trajets pendulaires, le vélo a l'énorme avantage de ne pas titiller mon ochlophobie, ce qui en fait le moyen de transport le moins désagréable à ma portée.

Résultat, ma dernière utilisation des transports en commun remonte à avant l'achat de ce vélo, et c'est peut-être la conclusion la plus éloquente.

Ce vélo tient ses promesses pour l'instant, et en dehors des attentes peut-être trop optimistes envers l'assistance électrique, mes reproches se limitent au fait que je n'aime pas le vélo et aux craintes sur sa longévité.

Ces craintes bloquent mon attachement à l'objet, comment s'il pouvait se transformer en poussière du jour au lendemain. Je crois que j'ai très récemment franchi un cap psychologique par rapport à ces craintes, puisque j'ai investi dans une nouvelle paire de poignées et un rétroviseur, et je commence à construire une trousse à outil alternative plus à mon goût. Même s'il ne tient que trois ans, je peux améliorer le quotidien de ces trois ans.

Je garde cependant toujours un œil sur le marché, et la question de sa succession reste difficile, j'espère vraiment qu'elle ne se posera pas trop rapidement.

Publié le 9 octobre 2022

Tags : Jouets

En vrac 7

Une nouvelle fournée de liens en vrac est cuite ☺

Publié le 2 octobre 2022

Tags : En vrac

Je ne suis pas écologiste, mais…

Le titre pourrait donner l'impression qu'il s'agit d'un article de Natologie parce que c'est comme ça qu'il a débuté, mais l'air du temps me fait douter de la pérennité des affirmations qu'il contient, donc je le publie dans ma section weblog dont le contenu périme naturellement.

Pour les éventuels visiteurs du futur qui tomberaient sur ce texte, l'air du temps c'est la France qui sort d'un été marqué par une sécheresse et des canicules inhabituelles, et des feux de forêt inhabituellement présents dans l'espace médiatique ; et avant un hiver qui inquiète largement (au moins autour de moi) en raison d'une inflation inhabituelle combinée à des annonces de difficultés d'approvisionnement énergétique.

Il y a donc une certaine effervescence autour des concepts écologiques et économiques, et j'ai un peu peur que ce billet se fasse remarquer par des marchands de haine au point de me faire regretter sa publication, mais si vous lisez ces lignes c'est que je n'ai pas succombé à la tentation de l'autocensure (je me contenterai peut-être seulement d'« oublier » de l'annoncer sur Twitter).

Ce billet s'inscrit dans des réflexions plus générales sur les étiquettes que les humains revendiquent et se collent entre eux, et mes difficultés avec ces étiquettes ; mais ces réflexions ne sont pas encore bien sèches, donc ça restera en filigrane dans ce billet.

Le résumé exécutif de ce billet est que je rejette l'étiquette « écologiste » parce que – jusqu'à présent – les attributs que j'ai trouvés corrélés avec cette étiquette me semble inutiles ou contre-productifs, que ce soit pour la cause environnementale ou pour d'autres valeurs que je chéris. Je m'en vais donc énumérer ces attributs et les démonter expliquer en quoi ils ne me reviennent pas.

Le monde d'après

Lorsque les gens parlent de « prise de conscience collective » de la population française, ou prédire que maintenant, cette fois, plus rien ne sera plus comme avant, je retrouve un sentiment familier, que j'ai déjà documenté sur ce présent weblog dans le billet Après la crise.

Ce billet date du printemps 2020, au début de la Grande Pandémie, et je trouve un peu triste de pouvoir reprendre presque exactement tout son contenu aujourd'hui, en remplaçant juste la crise sanitaire par une crise énergético-économique.

Et c'est d'autant plus triste que mes prédictions de l'époque sont déjà largement réalisées. Le « monde d'après » ressemble beaucoup au « monde d'avant », les services publics sont toujours en ruine, le personnel « essentiel » est toujours exploité sans gratitude, il n'y a pas eu de politisation généralisée, les élites ont eu suffisamment de pouvoir pour empêcher les catastrophes dans le système, et la voiture s'est arrêtée au feu rouge pour nous laisser passer.

Il reste quelques cicatrices de cette crise, comme le fait de ne plus être vu comme un monstre quand on porte un masque chirurgical en public (j'avais essayé 2018, tout le monde m'a rapidement fait passer l'envie de réduire le potentiel de contamination).

La plupart des cicatrices me semblent cependant être plutôt des lignes de fragilité qui ont cédé. Je l'avais romancé dans Becoming, et dans Après la crise j'ai utilisé la métaphore géophysique du tremblement de terre qui résulte plus de l'accumulation de tensions tectoniques que du déclencheur lui-même. Par exemple, dans mon domaine professionnel, il y avait depuis très longtemps une demande de télétravail piétinée par l'encadrement, et si cette résistance n'avait pas été sapée par la crise sanitaire, ça aurait été par autre chose, au pire le renouvellement générationnel.

Et donc aujourd'hui encore, devant une nouvelle crise annoncée, je parie plus sur une victoire de l'immobilisme, tant qu'il n'y a pas de catastrophe pour l'arrêter. Et je continue de trouver tristement improbable les autres alternatives, si désirables soient-elles.

La prise de conscience

Il y a en plus quelque chose qui me gêne particulièrement dans tous les discours qui parlent d'une « prise de conscience après cet été ». Et la façon la plus courte de le décrire est qu'ils ne donnent l'impression de dire que les gens sont cons sans oser le dire comme ça, et j'ai déjà longuement écrit sur le fait que les gens ne sont pas cons.

Vu d'ici, la principale raison pour laquelle je ne crois pas du tout à une « prise de conscience après cet été », c'est qu'il n'y a pratiquement pas de conscience à prendre : ceux qui savent qu'on court au-devant de gros problèmes environnementaux n'avaient pas besoin de cet été pour le savoir, leur conscience était déjà prise avant, et pour ceux qui se voilent la face les évènements de cet été sont trop dérisoires pour entamer cette armure mentale (sauf peut-être pour la toute petite minorité personnellement touchée).

J'imagine bien qu'un certain nombre de gens aimeraient bien que des évènements spectaculaires servent à convertir des incroyants à leurs dogmes, mais je n'ai vu ce genre de choses marcher que dans des histoires, mais jamais dans la réalité, et surtout pas à grande échelle et dans une surabondance de prédicateurs en concurrence.

Je ne suis pas une athée virulente, et je suis prête à concéder des bienfaits à la spiritualité pour certaines personnes et la nécessité d'acquérir une morale d'une façon ou d'une autre ; mais je suis extrêmement réservée envers les religions organisées, et encore plus lorsqu'elles se mêlent du pouvoir séculier.

J'ai déjà parlé de mon rejet du fond des tripes de l'écologie religieuse, et ça ne s'est pas arrangé depuis.

Les marchands de conscience

Je ressens beaucoup de mépris envers les marchands de haine, car ils sont à mes yeux purement néfastes. Pour moi une société idéale est sans haine, et moins haine c'est toujours mieux.

Je n'ai pas de tel a priori sur les marchands de bonne conscience, car la mauvaise conscience me semble plus souvent néfaste qu'utile. Je ne la mettrais peut-être pas dans les émotions contre-productives à éradiquer au plus tôt (comme la honte indirecte ou la haine), mais plutôt dans les émotions qui peuvent être utiles mais pour lesquelles il existe des alternatives aussi utiles et hédonistiquement moins chères.

Donc sur le principe, je n'ai pas de problème avec les gens qui payent pour avoir bonne conscience ni avec les marchands qui profitent de ce créneau. Ça fait partie des bienfaits que je concède à la spiritualité.

En revanche, sur le thème de l'écologie, je trouve le marché de la bonne conscience particulièrement méprisable, d'une part parce qu'il gaspille des ressources (surtout la bonne volonté des gens) qui auraient pu être allouées à des choses plus utiles, et d'autre part par les dynamiques de groupe immondes (dont certaines m'affectent personnellement) qui en découlent.

On dirait qu'il y a moyen de balancer des accusations de juste vouloir se donner bonne conscience à n'importe qui : ceux qui ne font pas les trucs inutiles, ceux qui ne font pas les trucs trop difficiles ou impossibles pour eux, ceux qui font des trucs qui ont l'air trop faciles, ceux qui font des trucs trop visibles, ceux qui font des trucs pas assez visibles, etc.

L'écologie performative et le biais d'action

Une tendance que je vois depuis assez longtemps, mais qui me donne l'impression de se renforcer ces dernières années, est de faire de l'écologie une vertu à étaler et d'exclure du groupe tous ceux qui ne font pas les gestes individuels prescrits.

Évidemment, si ces gestes individuels étaient pertinents, je pourrais me faire une raison ne me disant que la fin peut justifier les moyens. Ce n'est malheureusement pas le cas, les gestes individuels les plus visibles sont généralement les plus négligeables, l'exemple le plus flagrant étant toutes les discussions autour de l'éclairage.

Je ne sais pas mesurer dans quelle proportion, mais ces gestes visibles mais négligeables sont en fait néfastes lorsqu'ils remplacent des gestes plus utiles.

Je suis peut-être un peu méchante en traitant la plupart des gestes individuels négligeables comme de la vertu ostentatoire pour signaler son appartenance au groupe des « gentils », il y a peut-être dans le cas des fausses bonnes idées qui rencontrent un engouement sincère, ou même juste le biais d'action.

Il y a par exemple tous les « si tous le monde faisait » telle ou telle chose. Si un plan action a besoin d'une prémisse impossible pour avoir un impact positif, ça ne va rien aider dans notre monde. Personnellement je préfère les « si on pouvait violer le second principe de la thermodynamique » plutôt que « si tout le monde le faisait », mais le résultat est le même.

La complexité du monde

Et c'est souvent une bonne chose que tout le monde ne fasse pas ce genre de choses, parce que les effets indirects ont de bonnes chances de ruiner tous les bénéfices que ces actions pourraient avoir. J'imagine la catastrophe écologique si tout le monde se mettait d'un coup au vegan, entre les animaux dépendant de l'homme lâchés dans la nature faute de fonds pour s'occuper d'eux, les camions frigo abandonnés pour la même raison et la fuite de liquide réfrigérant qui s'ensuivrait, etc, sans oublier toutes les conséquences indirectes des réactions irrationnelles, et probablement violentes, de tous ces gens dont les conditions de survie dans ce système capitaliste disparaissent soudainement.

Une autre illustration que j'aime beaucoup, dans un article sur un tout autre sujet, est l'argument du dentifrice : le tube de dentifrice que l'on a devant soi dans le supermarché, qu'on peut choisir ou non de saisir pour l'acheter, est en fait déjà payé. Aussi bien sur le plan financier que sur le plan écologique : l'argent pour le produire a déjà été dépensé, et son impact écologique (que ce soit en bilan carbone, en pollution chimique, ou autre) est déjà concrétisé. Quel que soit mon geste individuel dans le supermarché.

Le monde moderne est trop complexe et trop chaotique pour pouvoir facilement évaluer les résultats d'un geste individuel. Réduire ma consommation de dentifrice va peut-être seulement augmenter le nombre de tubes invendus gaspillés, sans aucun effet industriel ou écologique sur la production, et peut-être un léger effet négatif dans la gestion des déchets. Des milliers de personnes qui réduisent leur consommation de dentifrice vont peut-être aussi arriver au même. Des millions de personnes qui réduisent leur consommation de dentifrice vont peut-être avoir un impact sur la production, mais cet impact peut aussi bien être la reconfiguration de l'usine vers un produit plus profitable avec un impact écologique plus mauvais.

Là aussi ça vient d'un tout autre contexte, mais je repense encore à cette remarque d'Anders Tegnell (quoi qu'on pense du personnage), dont une traduction personnelle serait : « je suis profondément méfiant envers les solutions simples aux problèmes complexes. »

Les idéologies nauséabondes

Les dynamiques de groupe toxiques qui propagent les idées écologistes propagent parfois des idées encore plus détestables.

Et je ne pense pas particulièrement au fascisme, déjà parce que je ne maîtrise pas très bien ce que ce terme regroupe, et parce qu'il me semble être plus propulsé par les tendances réactionnaires, qui me semble plutôt anti-écologistes.

Je pense surtout au néo-luddisme et au malthusiannisme, et je ne comprends pas comment ces idéologies ne sont pas rangées dans les mêmes poubelles de l'Histoire que le fascisme (même si ce n'est pas aussi efficace que j'aurais aimé).

Je ne sais pas trop comment l'expliquer tant ça me paraît évident, mais même si on pouvait faire une « décroissance heureuse », ça ne se fera pas en tournant le dos à la technologie, parce qu'il y a besoin de science et de technologie pour réparer, ou au moins gérer, les dégâts qui ont été faits par la technologie.

Quant à la gestion des tailles des populations, le fait que ça a été horrible à chaque fois qu'on a essayé devrait être suffisant, mais on peut y ajouter les projections sérieuses selon lesquelles on a déjà le niveau technique pour gérer le maximum démographique de ce siècle, ou le fait que plus d'humains c'est plus de bonnes idées pour inventer des solutions.

Alors c'est vrai que si on tourne le dos à la technologie, on ne va pas pouvoir nourrir toute l'humanité actuelle, mais c'est une blessure auto-infligée.

Alors on fait quoi ?

Dans les mauvais jours, j'ai envie de répondre « rien ». L'angoisse climatique est une réalité pour moi, je ne plaisante qu'à moitié quand je dis qu'on vit la fin des Soixante-Dix Glorieuses, j'ai le sentiment d'arriver au bout de mon pain blanc et je m'apprête à être nostalgique pour le restant de mes jours.

Le reste du temps, mon émerveillement technologique est intact, je reste plus impressionnée par les infrastructures modernes que par les Merveilles du Monde, et j'ai l'impression que le génie de l'humanité est capable de mettre en œuvre des solutions inespérées s'il n'est pas étouffé par la cupidité, la haine, et le désir de domination de ces congénères.

Mais ces solutions ne seront pas des gestes individuels, ce seront forcément des gestes collectifs, et je désespère un peu de voir la faiblesse des collectifs ces jours-ci. Ce seront forcément des changements profonds, au moins aussi profonds que mettre l'accès à une vaste quantité d'information dans la majorité des poches.

Nous avons bâti un merveilleux réseau ferroviaire, et démantelé une grande partie depuis. Nous avons déployé un réseau électrique, un réseau d'eau potable, un tout-à-l'égout et son épuration, un réseau routier, etc. Nous avons multiplié et diffusé les connaissances par l'écriture, l'imprimerie, le lettrisme, et les télécommunications. Nous avons conçu et distribué des incroyables capacités de calcul. Nous avons déplombé les canalisations et les carburants. Nous avons éliminé les CFC. Nous pourrions éradiquer la famine et la misère si nous le choisissions.

Je trouve chacun de ces exploits plus merveilleux que la Grande Pyramide, et l'ensemble m'impressionne beaucoup plus que toutes les solutions à la crise climatique. Et si vous ne vous retrouvez pas dans ces « nous », il y a probablement des questions à se poser.

Si l'élan écologiste que je constate ces temps-ci ne fait pas long feu, et s'il n'est pas complètement détourné dans du profit à court terme et dans des idéologies néfastes, il peut encore coalescer dans une œuvre collective salvatrice. C'est d'ailleurs pour ça que je publie le présent billet à moitié cuit, au lieu d'attendre pour sortir un « je le savais bien » bien ficelé.

Oui mais concrètement, nous, là, on fait quoi ?

Je ne sais pas du tout quelles seront ces solutions. Je ne sais pas répondre à la question « on fait quoi ? », parce qu'aussi loin que je me souvienne toutes mes propositions, à tous les niveaux d'enjeu, sont tombées à plat et n'ont fait bouger personne d'autre que moi, au point que l'accumulation de ces échecs cuisants m'a conditionnée à ne plus rien proposer.

Je vais me faire violence, pour terminer ce texte sur une note positive. Voici mes propositions de gestes individuels :

Ou s'il ne fallait en garder qu'un, je reprendrais les mots de Quellcrist Falconer dans le livre Carbone Modifié :

Regardez la réalité en face. Puis agissez en conséquence. C'est le seul mantra que je connaisse, la seule doctrine que je puisse vous offrir, et c'est beaucoup plus difficile que vous le pensez. Parce que je vous jure, on dirait que les humains sont câblés pour faire n'importe quoi sauf regarder la réalité en face. Ne priez pas. N'espérez pas. Ne croyez pas aux dogmes centenaires, aux rhétoriques mortes. N'abdiquez pas en faveur de votre conditionnement, vos visions ou votre connerie de sens de… ce que vous voulez. REGARDEZ LA RÉALITÉ EN FACE. PUIS agissez.

Publié le 18 septembre 2022

Tags : Évènement Réflexion Société Vision atypique

Développement Ada sous FreeBSD 13.1

Célèbre dessin XKCD d'un personnage qui s'énerve devant son
écran en disant « Quelqu'un a TORT sur internet ! »

Une fois n'est pas coutume, ce billet ne va contenir que des élucubrations profondément techniques (comme le signale son tag Geek) sur la façon de mettre en place ce qu'il faut pour programmer en Ada sous FreeBSD. Je présente toutes mes excuses à mon lectorat non-technique, qui peut sereinement arrêter la lecture de ce billet ici.

D'un autre côté, je me perds comme d'habitude en explications d'explications, et j'imagine que ce billet peut être accessible aux lecteurs un minimum familiers avec les problématiques techniques informatiques, même sans savoir rien de plus sur Ada et FreeBSD que ce sont respectivement un système d'exploitation et un langage de programmation.

Il y a quelque temps, Stéphane Carrez a publié sur son blog un article qui le même titre que celui-ci. Mon sang n'a fait qu'un tour avant que je sois submergée par l'appel du devoir et que je commence la conception du présent billet.

Je vais donc essayer d'expliquer pourquoi il y a un problème, pourquoi la solution de Stéphane ne me revient pas, la solution que j'aurais choisie à la place, et quelques avantages et inconvénients de chaque approche.

Le problème base : Ada sous FreeBSD

Le fond du problème, c'est qu'Ada est un langage un peu obscur, et FreeBSD est une plateforme un peu obscure aussi, et on ne peut pas espérer faire fonctionner l'un sur l'autre sans l'apparition spontanée de crottes de ragondin.

Pendant de nombreuses années, FreeBSD et DragonflyBSD étaient plutôt en avance sur les autres plateformes un peu obscures en ce qui concerne le support du langage Ada, grâce aux efforts de John Marino pour maintenir en conditions opérationnelles les logiciels nécessaires.

Étant moi-même utilisatrice de FreeBSD et d'Ada, j'étais aux premières loges pour constater l'étendue de ces efforts, et j'en suis encore pleine de reconnaissance.

Je n'ai pas trop suivi quel drama a mis fin aux efforts de John Marino dans l'infrastructure FreeBSD, et je n'ai aucune envie de rouvrir le dossier, mais le résultat est l'arrêt net de la maintenance l'infrastructure Ada dans FreeBSD en février 2017, avec un compilateur GCC 6.3.

Visiblement, il ne restait personne qui ait le niveau et le temps pour succéder à John Marino, GCC a continué d'évoluer de son côté, et FreeBSD du sien, les crottes de ragondin se sont accumulées au point de rendre le tout complètement impraticable.

La solution de Stéphane

Face à ce problème, Stéphane est parti de l'idée que puisqu'il n'y a plus de compilateur pour FreeBSD, il faut en refaire un.

Une difficulté majeure dans la fabrication d'un compilateur Ada pour une plateforme qui n'en a pas, c'est que le compilateur Ada est écrit lui-même en Ada, donc il faut un compilateur Ada pour avoir un compilateur Ada. Quand on n'en a pas, on doit généralement passer par de la compilation croisée, et ce n'est pas drôle du tout.

Si on retrouve quelque part dans une archive un vieux compilateur Ada, par exemple le dernier fait par John Marino, le problème est beaucoup moins imposant. J'imagine que c'est ce qui a permis à Stéphane de s'y mettre, et de finir avec quelque chose qui semble fonctionner.

Je n'aime pas cette solution, et je reste extrêmement réticente à compiler mon propre compilateur Ada pour deux raisons :

Donc d'accord pour recompiler un compilateur, mais seulement si on est dos au mur et qu'il n'y a aucune possibilité.

La solution de Natacha

De mon côté, l'idée est plutôt qu'en fait il y a encore un compilateur pour FreeBSD, il faut juste le retrouver.

Car la raison pour laquelle mon sang n'a fait qu'un tour, c'est que j'ai (un peu) suivi la suite de l'histoire de John Marino. Il a continué à entretenir un compilateur Ada pour des plateformes BSD, au travers de Ravenports. Donc en gros il fait la même chose qu'avant, juste hors de l'infrastructure FreeBSD.

Vu le débit intestinal des ragondins dans ces parages, il me semblait logique de compter sur Ravenports dès que j'en aurais marre des restes de GCC 6.3 dans les ports.

Pour diverses raisons, je ne programme plus trop dans mon temps libre, depuis à peu près l'automne 2017, donc les restes de GCC 6.3 ont eu le temps de bien pourrir et même de disparaître avant que je me bouge sérieusement.

Je me suis bougée sérieusement le 16 avril dernier, j'y ai passé une petite heure (dont un certain nombre de pauses twitter), et puis j'ai commencé à adapter mon code pour ce nouveau compilateur, et je n'ai pas eu le temps d'aller jusqu'au bout avant d'être appelée par d'autres aventures. Donc j'en étais restée à l'impression de « ça va, c'est facile ».

Donc forcément, en lisant le billet de Stéphane, j'ai éructé comme une twitta qui se respecte (pas), et j'ai ressorti quelques lignes de mon historique. Heureusement, le filtre anti-éructation que constitue son bouton Login pour atteindre les commentaires de son blog a permis de calmer la pulsion.

Et tant qu'à répondre à un billet de blog par un billet de blog, autant faire les choses proprement, avec une séquence pas à pas. Et je ne vais pas publier une séquence sans l'avoir vérifiée moi-même sur une machine propre.

Et fatalement, j'ai constaté par moi-même que ce n'est pas si facile.

Ravenports pas à pas

Il y a une première chose qui prête à confusion, c'est que ravenports rassemble deux systèmes qui sont habituellement distincts :

Je ne sais pas trop à quel point le système de ports est difficile à déployer, mais j'ai eu plusieurs échos indépendants plutôt négatifs, donc je peux comprendre qu'en suivant le HowTo qui enchaîne les deux on se retrouve face à une erreur impressionnante qui fasse laisser tomber.

Pourtant en se limitant à l'infrastructure binaire de ravenports, on peut rapidement avoir un compilateur Ada en parfait état de marche. Voici ce que j'ai fait en tant que root :

fetch http://www.ravenports.com/repository/ravensw-freebsd64-bootstrap.tar.gz
tar xvf ravensw-freebsd64-bootstrap.tar.gz -C /
cat >|/raven/etc/ravensw.conf <<-EOF
ABI = "FreeBSD:12:amd64";
ALTABI = "freebsd:12:x86:64";
EOF
/raven/sbin/ravensw upgrade
/raven/sbin/ravensw install gprbuild-primary-standard gcc11-ada_run-standard gcc11-compilers-standard

Pour l'instant ce n'est pas encore difficile, les seules subtilités que j'ai relevées sont la distinction entre le système de ports et le système de paquets binaires, et se retrouver dans la nomenclature des ports et des paquets.

C'est à l'utilisation que les choses sont devenues un peu plus délicates, au point que je me suis embrouillée plusieurs fois. Il y a d'autres gens qui rantent mieux que moi sur les systèmes de build, mais je me suis fait avoir à plusieurs reprises par gprbuild qui utilise des outils incompatibles entre eux, par exemple le compilateur de Ravenports et l'éditeur de lien du système de base de FreeBSD. La confusion est d'autant plus facile qu'on s'est embrouillé à l'étape précédente entre les différents paquets de compilateur qui peuvent être installés simultanément.

Avec les commandes ci-dessus, qui m'ont l'air propres et minimales, on peut utiliser gcc11 et seulement celui-ci au moyen des variables d'environnement PATH et LIBRARY_PATH, en y ajoutant la variable LD_LIBRARY_PATH pour que les outils retrouvent leurs propres bibliothèques.

Imaginons que je veuille télécharger, compiler, et tester un de mes projets, avec un petit patch ad-hoc pour s'adapter aux compilateurs aussi récents. Ça peut donner ça :

mkdir ~/code
cd ~/code
git clone https://github.com/faelys/natools.git
cd natools
git checkout -b demo 947c004e6f69ca144942c6af40e102d089223cf8
fetch -o- https://instinctive.eu/weblog/0E7/947c004e.patch | patch -p1
PATH=/raven/toolchain/gcc11/bin:/raven/toolchain/x86_64-raven-freebsd12/bin:/raven/toolchain/bin:/raven/bin LIBRARY_PATH=/raven/toolchain/gcc11/lib:/raven/toolchain/x86_64-raven-freebsd12/lib:/raven/toolchain/lib LD_LIBRARY_PATH=/raven/toolchain/gcc11/lib:/raven/toolchain/x86_64-raven-freebsd12/lib:/raven/toolchain/lib /raven/bin/gprbuild -p -XTASK_SAFETY=Intel -P tests
./bin/test_all

J'ai mis les variables dans la ligne de commande pour garantir la minimalité des modifications ; pour une utilisation quotidienne il est logique de les mettre dans un script ou dans son environnement de shell, et LD_LIBRARY_PATH peut probablement être remplacé par une utilisation adéquate de ldconfig(8).

J'ai exécuté ces commandes sur une machine FreeBSD 13.1 vierge (sur le plan Ada), et si ça peut être utile à quelqu'un en voici la transcription.

Les limites de ma solution

Le premier indice que tout n'est pas au mieux, est que la suite de tests de mon projet échoue sur le système cron :

  Section: Cron
    Basic black-box usage                                               SUCCESS
    Delete entry while callback is running                              FAIL
Before wait: expected "(", found ""
After wait: expected "().", found ".."
    Insert entry while callback is running                              SUCCESS
    Simultaneous activation of events                                   FAIL
Expected "12312123", found ""
    Delete entry while callback list is running                         FAIL
Expected "()<>", found "()<"
    Fusion of synchronized callbacks                                    FAIL
Expected "()ABb()A", found "()ABb("
Expected "()ABb()AB()", found "()ABb()ABb"
Expected "()ABb()AB()", found "()ABb()ABb"
    Extension of synchronized callbacks                                 FAIL
Expected "()MTE()T", found "()MTE()TE("
Expected "()MTE()T", found "()MTE()TE("

J'ai essayé d'expliquer ces tests dans leur code source, en résumé le système cron exécute du code à certaines heures, et le test y met du code qui ajoute ponctuellement un caractère à une chaîne commune ou ajoute successivement deux caractères avec une temporisation entre.

Par exemple, quand le test trouve ()ABb( au lieu de ()ABb()A, ça veut dire que le test s'est terminé pendant la deuxième temporisation du motif () alors qu'on devrait être entre le deuxième A et le deuxième B.

Or les temporisations et les synchronisations entre tâches font partie des coins les plus propices aux crottes de ragondins.

Je n'ai pas encore pris le temps d'analyser ces échecs, il peut s'agir de bizarreries de la machine ou de bugs dans mon code, mais vu le passif du compilateur Ada sous FreeBSD, un bug de la runtime n'est pas du tout improbable.

D'autant plus qu'avec certains frankencompilateurs que j'ai produits pendant la préparation de ce billet, j'avais reproductiblement des résultats bien meilleurs sur ce test. Donc les lignes que je présente ci-dessus ne sont peut-être pas idéales.

Au passage, on peut remarquer que je lance ma suite de tests avec les bibliothèques du système de base, et non pas les bibliothèques de Ravenports. Comme la tradition de GNAT est de faire une édition de liens statique, ce binaire ne dépend que de libc et libthr, mais c'est justement des subtilités dans cette dernière qui peuvent poser ce genre de problèmes.

Un autre détail qui n'aura probablement pas échappé au lecteur attentif, est que je suis loin d'avoir les dernières versions. Au moment de l'écriture de ces lignes, Ravenports propose GCC 11.2.0 pour FreeBSD 12, alors que Stéphane construit son GCC 12 sur FreeBSD 13.

La compatibilité binaire de FreeBSD permet en théorie de faire fonctionner sans problème les paquets binaires FreeBSD 12 sur une base FreeBSD 13, et le retard dans la version de GCC est tout à fait explicable par la chasse aux crottes de ragondin, donc ça ne me pose aucun problème. Je comprends cependant ceux qui voudraient les toutes dernières versions, quitte à les chercher à la source.

Conclusion

Je garde quand même une certaine appréhension envers la régénération d'un compilateur sur une nouvelle plateforme, et je continue de faire plus confiance à John Marino qu'à Ada Core et l'équipe de GCC pour fournir une runtime Ada complètement fonctionnelle sous FreeBSD.

Je reconnais quand même que la solution simple et directe que j'avais en tête était d'un optimisme béat.

D'un autre côté, la mise en place de Ravenports ne m'a pris que 5h20, en comptant les différentes pauses pendant que ça télécharge ou que ça compile, et en comptant toutes les fausses pistes et tous les tests avec les différents compilateurs de Ravenports (mais sans compter les deux heures de rédaction du présent texte, et deux autres heures pour sa traduction). Je soupçonne que ce soit compétitif avec le contenu du billet de Stéphane.

Reste à reprendre toutes mes suites de tests et faire la part entre ce qui est dû à l'évolution du langage, les bugs dans mon code, les incohérences de génération, et les bugs de compilateur ou de runtime.

Publié le 28 août 2022

Tags : BSD Geek

Fiat Lux

Dans une entrée récente de mon photoblog j'ai rassemblé toutes les lampes de poche en ma possession ; je saisis cette occasion de documenter en long, en large, et en travers l'histoire derrière chacune d'elles.

Il n'aura pas échappé au lecteur assidu que dans mon Every Day Carry de 2016, il n'y avait aucune source lumineuse, à l'exception du flash de l'ordiphone, mais il y avait déjà l'idée d'ajouter une lampe de poche. Deux ans plus tard, mon Every Day Carry de 2018 contenait une lampe frontale, mais je n'ai détaillé nulle part ce qu'il s'est passé entretemps.

Je m'en vais rétablir ça derechef.

Dramatis personæ

Les cinq lampes de poche décrites ci-dessous

De gauche à droite :

L'arrivée de la lumière : Olight I3S Eos

Mes souvenirs de 2016 ne sont pas aussi clairs que j'aurais aimé, j'espère que je ne vais pas trop trahir l'histoire.

Je ne me souviens plus du tout par quel concours de circonstances je me suis dit qu'il me faudrait une lampe de poche dans mon sac à main. J'imagine que c'est à force d'en voir dans beaucoup d'EDC étalés sur le grand 'ternet. Et peut-être pour combattre le point unique de défaillance qu'est le « téléphone-à-tout-faire », en ayant une source Lumineuse qui utilise une autre batterie.

J'ai acheté ma première lampe de poche pendant l'écriture de mon billet d'Every Day Carry 2016, au début du printemps. Une toute petite lampe porte-clefs, pour ne pas prendre trop de place, et qui utilise un accumulateur standard pour pouvoir acheter un remplacement n'importe où.

Je n'ai pas beaucoup utilisé cette lampe, mais elle m'a donné une leçon très importante : je n'aime pas du tout les interfaces à tourner. Je comprends l'intérêt, elle ne va pas s'allumer inopinément, mais même pour une utilisation très occasionnelle c'est juste beaucoup trop pénible pour mon goût. Il me faut une interface avec un bouton qu'appuie ou qu'on glisse.

Détails techniques

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Je n'avais pas du tout fait attention à ces détails à l'époque, ni avant ni après l'achat, mais ils sont tellement pénibles à retrouver que je les archive ici.

Cette lampe a un mode stroboscopique et trois modes continus, qui correspondent à trois niveaux d'intensité, nominalement 0.5, 20, et 80 lumens, pendant 60 heures, 8 heures, et 35 minutes. Une intensité lumineuse de 360 cd est jetée à côté sur la fiche technique, en supposant que ça corresponde aux 80 lm ça fait un angle caractéristique de 30°.

Elle démarre sur le mode continu moyen, et dévisser puis revisser rapidement la tête permet de passer du mode continu moyen au mode continu fort, du mode continu fort au mode continu faible, et du mode continu faible au mode continu moyen. Après avoir fait deux cycles dans un temps suffisamment court, on accède au mode stroboscopique.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Ma première lampe sérieuse : ThruNite Ti4T

Moins d'un mois plus tard j'ai donc acheté ma deuxième lampe, avec un bouton à cliquer.

C'est une lampe au format stylo, qui est donc plus volumineuse mais presque plus facile à transporter grâce aux emplacements pour stylo qui se trouvent dans beaucoup de sacs (au moins parmi ceux que je possède).

Une lampe EDC ou le téléphone-à-tout-faire ?

Comme je n'étais pas rebutée par l'interface, j'ai pu la transporter et m'en servir « pour de vrai ». Et j'ai rapidement été convaincue de son intérêt par rapport au flash de l'ordiphone.

Sa première qualité est que la lumière est bien plus douce, orangée plutôt que bleutée. Ça n'a l'air de rien, et ça ne justifie probablement pas tout seul l'ajout d'un objet dans le sac à main, mais c'est un gain de confort sensible.

Sa deuxième qualité, qui est pour moi la plus importante, est la présence de modes, c'est-à-dire essentiellement différents niveaux de puissance (il y a aussi le mode stroboscope, mais ça ne m'intéresse pas du tout).

En particulier, le mode « luciole », vendu à 0.4 lm, est excellent pour voir où mettre les pieds la nuit sans temps d'adaptation pour les yeux. Je ne sais pas si les ordiphones modernes sont capables de réduire l'intensité du flash, mais tous les miens ont l'écran qui est déjà un éclairage trop intense pour la nuit.

Et sa troisième qualité significative est d'éclairer moins large, ce qui permet d'éclairer plus loin. En extérieur le flash peut se retrouver à ne pas éclairer assez loin pour s'orienter, même en mettant plus de puissance, parce qu'un flash doit être large.

En passant, c'est la raison pour laquelle je désespère de voir des lumens partout, qui mesurent en gros la quantité totale de lumière qui sort de la lampe, alors que je trouve plus pertinent l'intensité lumineuse dans chaque direction, idéalement sous forme d'un graphe en candélas fonction de degrés, en supposant une symétrie cylindrique ; et les lumens seraient l'aire sous cette courbe.

Ma première interface de lampe

Je crois que je n'en avais pas conscience quand je l'ai choisie, mais au fil de l'utilisation j'ai beaucoup apprécié la conception de l'interface. Je sais aujourd'hui que j'ai eu de la chance de tomber du (presque) premier coup sur une lampe qui coche toutes mes cases.

D'abord, le mode minimal est facile à atteindre même moins-qu'à-moitié réveillée, pour ne pas se retrouver catapultée dans le réveil complet par un mode fort activé involontairement. En l'occurrence, le mode minimal est celui qui sort par défaut à l'allumage.

Ensuite, cette lampe a une mémoire très courte (une dizaine de secondes), donc je n'ai pas besoin de mémoriser moi-même quoi que ce soit pour prédire son comportement. Je dis ça par opposition aux lampes qui se souviennent du mode dans lequel elles ont été éteintes, pour revenir dans ce mode à l'allumage suivant ; il faut donc se souvenir du mode dont elles se souviennent, sinon c'est une surprise à chaque allumage.

Évidemment, la combinaison de ces deux fonctionnalités fait que quand j'utilise cette lampe en plein jour, je tombe d'abord sur le mode minimal qui ne me sert à rien, avant d'arriver à un mode utile. Je trouve que c'est un prix dérisoire à payer.

Conclusion

J'ai bien aimé cette lampe, je l'ai trimballée partout pendant un peu plus d'un an, et elle a grandement contribué à définir mes goûts sur les interfaces et mes cas d'utilisation.

J'ai (récemment) lu des gens trouver que le mode moyen est un peu faible pour l'éclairage de jour, et que le mode fort chauffe très vite. Je ne me souviens plus si j'avais fait ces constatations, j'ai rarement utilisé le mode fort mais surtout par souci d'autonomie des piles, et je me satisfaisais du mode moyen. Je n'avais pas des masses de base de comparaison non plus.

Détails techniques

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

C'est encore une lampe dont internet a presque oublié les caractéristiques, donc je me les note ici.

Cette lampe a un mode stroboscopique et trois modes continus, qui correspondent à trois niveaux d'intensité, nominalement 0.4, 32, et 300 lumens, pendant 137 heures, 12 heures, et 51 minutes.

Il n'y a pas d'indication officielle, mais quelqu'un a mesuré entre 700 et 800 cd, ce qui ferait un angle caractéristique d'une quarantaine de degrés.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

La découverte de l'angle droit : ZebraLight H53Fw

Les recherches

Je ne me souviens plus du tout pourquoi je n'ai pas considéré la lampe précédente comme ma lampe ultime et je suis restée « à l'écoute du marché ».

C'est peut-être après avoir constaté le manque de mode « mains libres » de cette lampe, car j'ai effectivement beaucoup regardé du côté des lampes frontales.

Dans ces recherches supplémentaires, je me souviens avoir lu que les lampes « sérieuses » sont à base de piles AA, et que les lampes à base de piles AAA se limitent au bas de gamme.

Je ne suis pas sûre d'avoir pris au sérieux cet argument, mais à l'époque je considérais les piles AA comme le standard chez moi, et je n'ai acheté des piles AAA qu'à contrecœur, parce que c'est indispensable pour le format stylo.

Un peu plus tard je suis tombée sur quelqu'un qui vantait les mérites de la marque ZebraLight et des lampes à angle droit. Je ne me souviens plus si j'avais vu d'autres marques qui font des lampes de ce format, pendant longtemps les concepts étaient confondus dans ma tête.

Le principe c'est comme une lampe de poche normale, mais avec l'émetteur sur le côté plutôt que dans l'axe du cylindre. Ça permet d'avoir une lampe hybride, qui se tient aussi bien à la main que sur un bandeau frontal, et qui peut en plus se poser sur une surface plane pour un mode « mains libres » statique.

Cette polyvalence m'a beaucoup intéressée, et même à la main il me semblait intéressant de ne pas avoir besoin d'un angle extrême du poignet ; avec en plus la base de pile AA, j'ai acheté cette lampe auprès de ZebraLight (qui livrait dans le monde entier à l'époque), en août 2017.

Le coup de foudre

J'ai essayé cette lampe et je l'ai immédiatement adoptée.

Elle a tout ce que j'aime dans la lampe-stylo : un mode très basse intensité qui ne réveille pas trop et en accès direct, un mode moyen pour les autres utilisations, et un mode fort pour quand il en faut un peu plus ; et une mémoire pour configurer ces trois modes mais pas de mémoire de sélection des modes.

Avec en plus le format à angle droit, qui a tenu toutes ses promesses et même plus.

Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai en plus découvert les joies de la programmation des différents modes, qui est sympa' mais dont je pourrais me passer, et de l'indicateur de niveau de batterie, dont j'aurais beaucoup de mal à me passer.

J'ai fini par la configurer avec le mode bas à 0.3 lm, le mode moyen à 29 lm, et le mode fort à 267 lm. Je trouvais parfois le mode moyen un peu petit, et je ne me souvenais pas tout le temps que j'avais un mode à 63 lm à portée de main, donc j'ai plusieurs fois utilisé le mode fort en renonçant à l'autonomie, et je l'ai trouvé suffisamment endurant.

Pendant plus de 4 ans cette lampe était tellement la lampe ultime à mes yeux que je n'ai même pas regardé d'alternative.

Je ne fais pas d'encadré technique, parce que ZebraLight a l'air de faire partie de ces rares commerçants qui utilisent des URL pérennes, au point que le lien vers la ZebraLight H53Fw que j'avais utilisé en 2018 est encore valide aujourd'hui (et conforme à mon backup personnel).

Les imperfections

Même si cette lampe est restée ma lampe ultime qui éteint toute envie de remplacement, au fil des années j'ai pu constater quelques imperfections.

L'accès au mode faible

D'abord le mode faible n'est pas si facile d'accès que ça.

Formellement, quand la lampe est éteinte, garder le bouton appuyé passe en mode faible, puis moyen, puis fort, puis reboucle sur le mode faible, jusqu'à ce que le bouton soit relâché pour fixer le mode.

L'accès direct au mode faible se fait donc en appuyant longtemps, mais pas trop longtemps sinon la lampe passe au mode moyen. Il faut quand même appuyer suffisamment longtemps pour que ce ne soit pas interprété comme un appui court, qui active le mode fort.

Je viens de réviser la documentation pour essayer de quantifier cet appui, et « suffisamment longtemps » c'est au moins 0.6 secondes. Il n'y a pas de nombre officiel pour « trop longtemps », mais c'est à peu près 2 secondes après le début de l'appui, ou peut-être 1 seconde après le seuil précédent (donc 1.6 secondes après le début de l'appui).

J'ai connu quelques ratés dans cet appui assez-longtemps-mais-pas-trop. Une fois j'ai appuyé trop longtemps et pris le mode moyen dans les yeux, et depuis la peur d'appuyer trop longtemps me fait appuyer pas assez longtemps. Pour éviter de me prendre cent fois trop de lumière dans la figure, je m'en prends mille fois trop…

Ça ne m'arrive pas souvent, la plupart du temps je trouve facilement le mode faible, mais quand ça arrive c'est très très désagréable.

L'installation dans le bandeau

Je transporte habituellement la lampe sans accessoire ou avec son clip, et je la fixe au bandeau pour la transformer en lampe frontale quand j'en ai besoin.

L'insertion de la lampe dans la pièce de silicone du bandeau est un peu pénible. C'est la contrepartie d'une bonne tenue de la lampe, le bandeau tomberait de la tête bien avant que la lampe tombe du bandeau ; mais plusieurs fois ça m'a fait renoncer au mode frontal, et rester dans un mode moins pratique, à la main ou posée.

L'agrafe

L'agrafe détachable ne peut se mettre que dans une seule position, qui me semble être la moins utile, à l'opposée de la tête. Donc utiliser cette agrafe pour porter la lampe à une poche, à la ceinture, ou au col met la lampe tête en bas, donc avec le faisceau plus loin des yeux et avec le bouton moins facile d'accès, et dans le sens où appuyer dessus dégrafe la lampe (donc il faut à la place pincer la lampe entre le bouton et l'autre extrémité).

Je crois que du coup je n'ai jamais utilisé cette agrafe pour tenir la lampe, mais seulement pour l'empêcher de rouler quand je la pose horizontalement (comme sur la photo).

La force du mode faible

À ce stade c'est vraiment du pinaillage, et je ne l'aurais même pas mentionné si ça n'avait pas joué par la suite, mais le mode faible que j'utilise, présenté comme étant 0.3 lm, est un tout petit trop fort pour moi, et j'ai tendance à couvrir la moitié du faisceau avec mon doigt.

Ce qui ne change d'ailleurs pas l'intensité lumineuse, mais réduit le flux lumineux en réduisant la largeur du faisceau, je ne sais pas trop quelle est la pertinence relative de ces grandeurs, mais peu importe puisque personne ne mesure l'intensité lumineuse des modes faibles.

Le mode juste en dessous est à 0.06 lm, et pour le coup c'est trop faible, je suppose que l'idéal avec cette forme de faisceau serait vers 0.15 lm.

Mes cas d'utilisation

Il me semble à stade intéressant de faire la liste de ce que je fais avec une lampe à angle droit dans mon EDC. J'aurais bien inclus les cas d'utilisation de ma lampe-stylo, mais je n'en ai pas de souvenir assez clair.

Je m'attends à ce que les deux derniers cas soient moins rares dans le futur que par le passé, entre la mode de la sobriété énergétique, la fin de l'énergie bon marché, et la fin des services non-marchands comme l'éclairage public.

L'essai 18650 : SkilHunt H04 RC

Le retour sur le marché

Le problème d'une lampe ultime, c'est que je me mets à en dépendre de plus en plus. Et plus je dépends d'un objet, plus je crains sa perte, et plus je veux m'assurer de pouvoir y faire face, par exemple avec un deuxième exemplaire identique.

La question d'une lampe de poche de secours, pour le cas où ma ZebraLight n'était plus utilisable pour une raison ou pour une autre (usure, panne, vol, casse, etc), a commencé à se poser quand je réfléchissais aux autres duplications dans mon go bag.

À peu près la même époque, j'allais de temps en temps voir les sites des fabricants de produits que j'aime bien, pour voir comment ils ont été affectés par la Grande Pandémie. Ce n'est pas sans déception que j'ai vu que ZebraLight ne vendait plus qu'aux États-Unis, et je n'ai pas trouvé de revendeur européen.

Début 2022, pendant que je terminais mon premier go bag, j'ai vu que la situation ne semblait pas s'arranger, j'ai recommencé à m'intéresser à l'offre de lampes.

Il est de fait que la motivation derrière les évènements qui ont conduit à ce billet se limite au besoin de duplication et de réserve, et c'est une coïncidence complète que ça tombe au moment où l'actualité tourne en boucle sur les risques de coupures de courant l'hiver prochain et sur éteindre des lumières pour afficher une contribution dérisoire.

J'ai passé une quantité déraisonnable de temps sur r/flashlight, et j'ai fini par me laisser convaincre des avantages des lampes à base de batterie 18650, après y avoir réfléchi pendant une quantité tout aussi déraisonnable de temps.

Après avoir bien parcouru le reddit et quelques autres forums, et après une énième déception des résultats des moteurs de recherche, je me suis décidée pour la SkilHunt H04 RC : une lampe à angle droit, avec un mode très faible facile d'accès, un bandeau plus réputé que celui de ZebraLight, un chargeur intégré et une batterie vendue avec, pour débuter simplement dans le monde 18650.

La déception

Mes premières impressions étaient pourtant très positives.

Je craignais qu'en passant d'une pile AA à une batterie 18650, la lampe se retrouve trop grosse et trop lourde, et finalement ce n'est pas du tout le cas. Le sac à main est certes légèrement alourdi, mais c'est négligeable devant son contenu actuel, et je ne le sens pas sans le mesurer.

Le bandeau et son support de lampe sont aussi à la hauteur de mes attentes. Le bandeau lui-même me semble aussi bon que celui de ZebraLight, mais il a en plus une bande rugueuse qui aide au maintien place, le réglage de taille est un peu plus dur (plus pénible à ajouter mais qui bouge moins ensuite).

Le support est en plastique rigide, plus encombrant que celui de ZebraLight, mais il tient fermement la lampe, au point que j'ai à peu près autant confiance en lui qu'en celui de ZebraLight, mais l'insertion et le retrait sont beaucoup plus faciles en ayant l'ensemble devant soi. J'espérais pouvoir faire faire à la lampe des aller-retours entre la main et le front en gardant le bandeau, mais le support est trop dur pour ça.

J'aurais dû regarder de plus près l'interface. Le mode faible est certes facilement accessible par un appui long, et j'apprécie particulièrement le fait que l'appui long qui parcoure les intensités possibles du mode faible est un appui différent de l'appui long qui allume le mode faible, donc on peut se cramponner au bouton pour allumer le mode faible sans aucun risque de s'abimer les yeux. En revanche, la mémoire du dernier mode non-faible utilisé est aussi pénible que je l'imaginais.

Le support magnétique est une idée très intéressante, mais après m'être posée deux minutes pour réfléchir à quand ça aurait pu m'être utile, par rapport au nombre de fois où ça peut être pénible, je ne suis pas sûre que ce soit si intéressant dans ma vie.

Le chargeur USB intégré est certes sympathique, mais ça fait un câble propriétaire de plus à trimballer, c'est moins encombrant qu'un chargeur dédié mais c'est logistiquement aussi compliqué. Et il paraît que ça expose suffisamment la batterie pour allumer de la laine d'acier, même si ce serait plus difficile qu'avec la lampe sur cette vidéo spectaculaire, ça jette quand même le doute.

La vraie déception a commencé quand j'ai essayé de m'en servir dans des situations que j'ai construites pour ressembler à mes cas d'utilisation.

Comme ZebraLight ne communique pas de mesure d'intensité lumineuse ou de détail sur la forme du faisceau au-delà d'un angle total (contrairement à ce que j'ai appelé « angle caractéristique » ci-dessus qui serait l'angle total d'un faisceau de même flux lumineux et d'intensité lumineuse constante égale au maximum du faisceau réel) de 90°, je ne me suis pas trop intéressé à la question, j'ai juste pris l'alternative « floody » dans la gamme H04.

Or ma ZebraLight arrose plus large que cette SkilHunt, à niveau que je n'arrive pas à quantifier autrement que je vois à peu près la même intensité lumineuse dans le mode 0.5 lm de SkilHunt et dans le mode 3.3 lm de ZebraLight. Ça donnerait la valeur absurde de 103° d'angle caractéristique pour ZebraLight, contre 39° pour SkilHunt, alors que la différence n'est pas aussi marquée que ça (le prochain encadré détaillera ces nombres si quelqu'un veut vérifier).

Bref, le « floody » de ZebraLight a bien plus de flood que le « flood beam » de SkilHunt, et ça a deux conséquences pénibles.

D'abord, le mode faible de SkilHunt est bien plus fort que le mode faible de ZebraLight. 0.3 lm sur la dernière était un peu trop fort pour moi, j'imaginais avoir un peu plus fort avec 0.5 lm, mais j'ai l'équivalent de 3.3 lm, ce qui réveille beaucoup trop.

Ensuite, le faisceau est plus étroit que celui de ZebraLight, et ça impacte l'utilisation en lampe frontale à portée bras. J'ai essayé de suivre les câbles dans une baie et de changer une ampoule, ça reste utilisable, mais j'ai besoin d'un mode moyen plus intense pour voir suffisamment bien sur les bords, et ça fait une différence plus grande et un peu pénible entre les bords et le milieu.

Dans tout ça, il n'y a que la force de mode faible qui est rédhibitoire pour une seule de mes utilisations. En dehors de ce cas, cette lampe reste très bien, et beaucoup mieux que rien, mais quand même nettement moins bien que ma ZebraLight.

Détails calculatoires

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Si quelqu'un veut reprendre mes calculs, au cas où je me sois plantée quelque part, je suis partie des valeurs officielles de SkilHunt, de 2800 cd pour 1000 lm, ce qui ferait un angle solide caractéristique de 1/2.8 stéradians, c'est-à-dire qu'une source lumineuse qui envoie 2800 cd uniformément dans toutes les directions d'un tel angle solide, envoie 1000 lm au total.

Un cône a cette valeur d'angle solide quand son demi-angle au sommet est d'environ 0.3388 rad, soit un angle au sommet de 38.8°.

En supposant que je perçoive correctement la même intensité lumineuse quand l'autre lampe a un flux 6.6 fois plus grand, l'angle solide caractéristique est également 6.6 fois plus grand, et avec le même calcul le demi-angle au sommet est d'environ 0.8959 rad, soit un angle total 103°.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

La nouvelle lampe ultime ? ZebraLight H600Fc Mk IV

La pulsion d'achat

Le dernier épisode de cette saga est un peu flou, même si c'est le plus récent. Je n'ai aucune idée de comment ma déception envers la SkilHunt et l'information que nkon.nl vend des ZebraLight en Europe ont cheminé dans ma tête et mes bas instincts pour finir dans une décision d'achat.

Il est de fait qu'à ce moment-là il n'y avait de H53 en stock, et un seul modèle même au catalogue ; et le côté 18650 de la SkilHunt était plutôt positif.

Je continue de me demander si la chimie NiMH a une meilleure longévité que les chimies à base de lithium dans mes cas d'utilisations très occasionnelles, mais j'ai à présent suffisamment confiance dans le format 18650 pour supposer que les batteries de remplacement seront aussi faciles à trouver et entretenir que les AA.

J'ai fait le tour de l'offre ZebraLight, je me suis trouvée assez indifférente entre les différents niveaux de CRI, même si je préfère légèrement les températures plus faibles ; j'ai hésité entre les « flood » comme H604 et les « floody » comme H600F, après avoir rapidement écarté les versions plus « throwy », et je me suis dit le « flood » risque d'être trop handicapant à moyenne portée et pas assez bénéfique à portée de bras.

Donc je suis assez convaincue par les modèles H600Fd et H600Fc, et le second était en stock contrairement au premier.

J'aurais pu essayer de laisser plus de temps à la SkilHunt, puisque je garde une ZebraLight H53Fw complètement opérationnelle. J'aurais pu garder la H53Fw comme lampe principale et garder la SkilHunt comme remplacement en cas de panne ou autre malheur, éventuellement chercher une autre lampe de nuit.

Peut-être que ça s'est joué sur les difficultés à trouver une lampe de nuit : la course effrénée aux lumens me rappelle la course aux grands écrans sur les ordiphones, et ça a l'air aussi dur de trouver en 2022 une lampe capable de sortir 0.1 lm qu'un ordiphone avec un écran de 4 pouces.

J'ai encore essayé de faire cette recherche pendant la rédaction de cet article, aussi bien à coups de Google que de recherches sur reddit et sur parametrek, et c'est bourré de lampes encore trop puissantes pour moi, et en sub-décilumen je n'ai rien trouvé d'autre que ZebraLight, et des modèles d'ArmyTek ou Manker de la même gamme de prix et de complexité.

Le verdict à chaud

Je n'ai pas encore eu le temps de beaucoup utiliser cette lampe, donc je n'ai pas encore vraiment d'avis a posteriori. Ou du moins, pas aussi mûr que les avis que je publie habituellement dans ce weblog.

L'interface est exactement la même que mon autre lampe ZebraLight, donc presque complètement à mon goût avec le même petit défaut d'accès au mode faible.

J'espère qu'avoir mis des nombres sur cet accès m'aidera à échouer moins souvent, parce qu'avec les intensités plus fortes permises par la batterie au lithium, se rater sur le mode faible va être encore plus douloureux.

La taille plus grande pour contenir la batterie 18650 donne une prise en main plus à mon goût, et le poids supplémentaire n'a pas l'air de me déranger, ni à la main ni en frontale.

L'agrafe est réversible, mais je ne suis pas encore sûre de pouvoir penser à l'utiliser, après avoir vécu si longtemps avec une ZebraLight non-agrafable.

Un de ces jours, j'essayerai si le mode 0.08 lm est plus à mon goût pour la nuit que le mode 0.3 lm, maintenant que je me suis suffisamment penchée sur l'interface pour savoir comment le configurer.

J'espérais pouvoir utiliser cette lampe directement dans le bandeau SkilHunt, j'avais lu des commentaires sur reddit prétendant que ça marche, mais la ZebraLight est légère plus fine que la SkilHunt. Ça a l'air de tenir, mais avec trop de jeu pour fixer sa direction. J'essayerai peut-être trouver une cale ou quelque chose pour bénéficier de ce support.

J'essayerai peut-être un jour de magnétiser l'agrafe, on verra si je trouve une utilisation à l'attache magnétique.

Les accessoires

Contrairement à SkilHunt qui vend une lampe avec un chargeur intégré, et avec une batterie en option, pour utiliser la ZebraLight il faut acheter une batterie 18650 séparément, en faisant attention à ne pas prendre un modèle trop grand, et un chargeur pour aller avec.

Après consultation de reddit, j'ai acheté un chargeur Xtar qui fait en même temps batterie USB et qui donne des indications suffisamment précises sur l'avancement de la charge pour pouvoir l'arrêter pas trop loin de l'optimum de stockage.

Parce qu'évidemment, j'ai acheté en même temps des batteries 16850 de rechange, mais il y a trop peu de risques d'en avoir besoin pour les stockées chargées à fond plutôt qu'au niveau de stockage standard.

Conclusion

Voici une énième histoire de je suis allée sur r/flashlight pour acheter une seule lampe, et maintenant j'en ai toute une collection.

J'ai déjà plus de lampes que nécessaire, et plus de batteries que je peux raisonnablement gérer. J'ai une lampe que n'imagine pas utiliser un jour (Olight), une lampe en réserve si un jour je veux en garder une quelque part (ThruNite), et trois lampes susceptibles d'être emmenées avec moi (ZebraLight et SkilHunt).

Je n'ai pas (encore ?) l'intention d'emporter plusieurs lampes avec moi, mais je ne sais toujours pas trop laquelle prendre et lesquelles garder en réserve. La ZebraLight H53Fw a l'avantage historique, la ZebraLight H600Fc est la plus à mon goût, et la SkilHunt mérite des expérimentations pour préciser ses limites.

Je ne crois pas être accro', et je n'ai pas l'intention d'agrandir ma collection, à moins que je finisse par tomber sur une lampe de nuit qui me tente.

On verra bien ce que ça va donner avec le temps…

Publié le 31 juillet 2022

Tags : Jouets

Le bonheur fermier

J'ai récemment rencontré à nouveau un sentiment étrange, alors j'ai saisi l'occasion de l'explorer et le documenter. Et fatalement, j'ai réfléchi dessus, parce que je ne sais pas m'en empêcher (et quand bien même je le saurais, je crois que je ne le voudrais pas), et il me semble avoir trouvé au passage des idées intéressantes.

Les évènements bruts

J'ai une définition assez étroite du mot « ami », et j'ai l'impression que le dévoiement de ce mot sur les espaces numériques a rendu mon concept encore plus strict.

Je considère donc que je n'ai pas beaucoup d'amis, et encore moins de groupes d'amis.

Le groupe d'amis encore actif que je hante depuis le plus longtemps est GCU, ça fait depuis tellement longtemps qu'il y a même encore des traces de drama et de bons moments qui restent dans les archives de ce weblog, avant que j'apprenne à me tenir.

Un membre important de ce groupe est iMil, qui s'est mis au live streaming sur twitch depuis quelque temps. Dans ses derniers streams du mercredi, qui vont encore être disponibles en replay pendant un peu de temps après la publication de cette page, il a fait une rétrospective de GCU.

Habituellement je ne regarde pas de streams, la vidéo ce n'est pas vraiment ma zone de confort, je préfère le texte (et ça m'a un peu rassurée de lire que je ne suis pas la seule), mais pour les amis je fais une exception.

Le craquage

Je m'attendais à ce que cette rétrospective contienne une collection de moments sympa', que j'ai pu vivre directement ou par procuration au travers de la mémoire collective de ce groupe, et que ce serait un très bon moment.

Et c'est bien ce qu'il s'est passé, je suis très contente d'avoir suivi ces vidéos. Je ne peux juger à quel point c'est intéressant pour quelqu'un qui n'a pas de lien affectif avec GCU, parce que l'expérience est trop différence de la mienne, mais moi j'ai beaucoup aimé et j'ai passé un très bon moment.

Il y a juste un tout petit sentiment négatif qui est venu parasiter cette expérience, et je me focalise sur lui non pas pour sa place significative, car elle ne l'est pas du tout, mais pour son côté inattendu.

Et ce sentiment, je l'ai souvent rencontré lors de rétrospectives. Celles qui me reviennent spontanément avaient lieu dans des mariages, mais il a pu y en avoir d'autres.

Ce sentiment, c'est l'impression que ma vie est fade à côté de ce que ces gens ont vécu. Et que c'est ma faute. Que j'ai raté quelque chose.

Il y a évidemment un biais de sélection dans les rétrospectives : on n'y mentionne que les faits les plus marquants, et dans ce genre d'évènements on ne veut que les faits les plus positivement marquants. Une sorte de "best of". Et je sais bien que c'est complètement injuste de comparer le "best of" de quelqu'un d'autre avec son propre quotidien.

Sauf que j'ai tenu compte de ce biais : ce sentiment n'est pas l'impression que mon quotidien, ou ma vie en moyenne, fait pâle figure à côté du "best of" d'iMil ou de la mariée ; c'est plutôt l'impression que mon "best of" est insipide par rapport au leur.

Parce que là, comme ça, dans le temps qu'il me faut pour concevoir, rédiger, et éditer ce billet, je ne trouve pas un seul évènement dans ma vie qui arrive à la cheville de faire un procès à Microsoft, en termes de quantité de joie manifestement ressentie par les participants.

Pourtant au quotidien, choix après choix, j'ai l'impression d'avoir plutôt une bonne vie. Surtout ces jours-ci. Alors qu'est-ce que j'ai pu rater dans ma vie pour arriver à un résultat aussi pathétique ?

J'ai plusieurs fois été accusée de faire dans le misérabilisme, et je ne comprends pas trop comment mes interlocuteurs arrivent à ce genre d'idées. En l'occurrence, cette question m'intéresse surtout pour en tirer une éventuelle rectification de tir pour tirer meilleur parti du temps qu'il me reste en ce monde.

La ferme et la mine

Les évènements étant posés, je vais faire une petite digression conceptuelle sur laquelle je vais m'appuyer ensuite.

Je ne sais plus du tout d'où j'ai sorti cette idée, mais ça me semblait tellement naturel que je croyais que c'était archi-connu, aujourd'hui je ne trouve absolument aucune référence dans mon moteur de recherche préféré.

L'idée générale est qu'il y a deux modèles d'acquisition de ressources : la ferme et la mine.

La ferme, ou l'agriculture en général, correspond à une acquisition lente mais prévisible. On sème des trucs, on fait l'entretien nécessaire, et au bout d'un moment on finit avec plus de trucs, et on peut recommencer. Il y a certes des bonnes récoltes et des mauvaises récoltes, mais la variation entre les unes et les autres n'est pas énorme, surtout par rapport à l'autre modèle.

La mine, ou l'extraction de ressources naturelles en général, correspond à une acquisition rapide mais très aléatoire. On prospecte et on ne trouve rien, on prospecte encore et on ne trouve toujours rien, et on s'accroche à la prospection malgré l'absence complète de résultats, et puis parfois on tombe sur un filon, qu'on épuise plus ou moins rapidement, et il faut ensuite retourner prospecter.

Je ne sais pas trop à quel point ces situations correspondent à l'agriculture et à l'extraction du XXIᵉ siècle, mais au moins par le passé et caricaturalement, je vois assez bien les archétypes qui ont conduit à ces modèles.

Ce que je trouve intéressant, c'est qu'un modèle n'est pas intrinsèquement meilleur que l'autre : la prévisibilité a certes une valeur, mais ça ne dit pas si les gains substantiels du filon suffisent ou non à compenser son imprévisibilité.

En revanche, le manque de prévisibilité ou de régularité aboutit à une gestion complètement différente des ressources, et je trouve que c'est intéressant dans un large éventail de situations d'évaluer si on est en train de faire une ferme ou une mine, et de savoir avec quel modèle on est le plus à l'aise.

J'ai cru que c'était archi-connu parce que je retrouve souvent cette distinction dans les termes dérivés. Par exemple, le bitcoin se mine, parce que la preuve de travail est souvent faite pour rien, comme une prospection infructueuse, et ponctuellement « ça marche » et ça rapporte beaucoup.

À l'inverse les réputations à World of Warcraft se farment, parce qu'elles sont souvent construites en accumulant sur une longue période de temps des petites actions qui rapportent une quantité à peu près fixe de réputation.

Évidemment, ça ne marche pas toujours. Par exemple, encore à World of Warcraft, il y a des gens qui « farment » des objets rares en tuant toujours le même monstre, jusqu'à ce que le hasard fasse que l'objet convoité se trouve dessus, ce qui correspond exactement à ce que j'ai décrit comme « miner ».

La ferme du bonheur

Il se trouve qu'en général dans ma vie, je suis plus à l'aise dans le modèle de la ferme que dans celui de la mine.

Donc presque à chaque fois, je vais chercher une quantité de bonheur prévisible et garantie plutôt qu'aller tenter ma chance pour peut-être avoir, si j'ai de la chance, une quantité inhabituellement grande de bonheur.

Et je suis en paix avec ce choix, je suis comme ça, c'est tout.

Et si on reprend la question des rétrospectives, on peut facilement imaginer que les meilleurs jours des mineurs sont beaucoup plus impressionnants que les meilleurs jours des fermiers. De même que les pires jours des mineurs sont probablement pires que les pires jours des fermiers, et plus nombreux.

J'étais dans la foule autour du stand Microsoft pendant le procès avec GCU, et c'est une occasion qui a beaucoup plus d'éclat et de fun que n'importe quel donjon mythique que je fais avec ma guilde de World of Warcraft. Mais des donjons mythiques, je dois en avoir fait déjà des milliers ; ça a beau ne pas avoir l'intensité d'une parade GCU, c'est un morceau de bonheur sur lequel je peux compter encore et encore et encore, et à la fin l'accumulation ne me semble pas ridicule.

Donc pour revenir à la question conductrice, « qu'est-ce que j'ai raté dans ma vie pour avoir un "best of" aussi insipide ? », la réponse me semble être simplement que j'ai raté des occasions de miner, parce que j'ai préféré m'occuper de ma ferme.

Je ne rendais pas compte en faisant ces choix que ça allait me coûter les rétrospectives intéressantes. Et finalement, je ne regrette toujours pas, sacrifier les rétrospectives pour mon petit champ de bonheur me semble être un petit prix à payer.

Le goût des souvenirs

Il y a quelques années, je ne serais peut-être pas allée plus loin dans ces réflexions. Maintenant que j'ai appris à conduire une moto, j'ai découvert que j'aime ça mais je n'arrive pas à m'en souvenir et ça n'a pas l'air de s'améliorer au fil du temps (et je le répèterai aussi dans le bilan 2021 si je me décide à finir de l'écrire).

Je parle depuis le début de mes rétrospectives insipides, mais il m'a fallu du temps avant de remettre en question leur existence. Et si mon manque de mémoire du plaisir à moto n'était pas limité à cette activité, et touchait aussi mes autres souvenirs ?

Et si les rétrospectives que j'essaye de construire étaient insipides parce que les ingrédients de base sont eux-mêmes insipides, et non pas parce que mon vécu l'est ?

Quand j'essaye de retrouver le meilleur moment de ma vie, je tombe généralement sur la fête surprise qui a été organisée à mon insu pour mes 25 ans, et quand j'essaye de trouver le deuxième meilleur moment je reviens bredouille, incapable de départager une multitude d'ex æquo.

Et en grattant un peu plus, je me rends compte de cette de fête des 25 ans est assez vague émotionnellement, par exemple je ne saurais pas dire quel instant ou quelle période j'ai préféré dans cette journée.

Et maintenant que j'ai la moto pour comparer, je trouve tout à fait possible qu'en fait j'ai peut-être juste mémorisé l'information froide que j'ai beaucoup aimé cette journée, sans mémoriser l'émotion elle-même.

J'en sors donc avec la nette impression que ma mémoire autobiographique est complètement vide d'émotions, positives comme négatives, et que ce fait a été brouillé par une tendance à reconstituer ou ré-éprouver les émotions manquantes, ou à simplement faire sans.

Je ne comprends juste pas très bien comment j'ai pu faire semblant d'être un être humain vaguement opérationnel malgré une telle lacune.

Je me souviens qu'à une époque où je broyais souvent du noir, j'avais lu une théorie selon laquelle les gens « normaux » auraient régulièrement des souvenirs heureux qui leur reviennent en tête, alors que cette fonctionnalité manquerait aux dépressifs. Il y a beaucoup de choses discutables là-dedans, mais j'ai pu constater, et confirmer moult fois depuis, que je n'ai jamais de souvenir positif qui me revient spontanément.

Bref, indépendamment du modèle général de la ferme par rapport à la mine, je trouverais nettement plus d'émotions par empathie avec les gens qui présentent leur rétrospective qu'en allant gratter dans les souvenirs froids qui composent ma propre rétrospective.

Le côté positif de cette conclusion, c'est qu'elle va aussi dans le sens que finalement je n'ai rien raté, et je suis bien comme je suis, en acceptant mes difficultés à faire des rétrospectives comme simplement un autre domaine qui ne fait pas partie de mes points forts naturels.

Conclusion

À chaque fois que j'ai vu passer une rétrospective, j'ai été gênée par l'impression de ne pas en avoir moi-même. Je combats cette gêne en comprenant que mes préférences personnelles sur la façon de vivre ma vie la rend moins propice aux rétrospectives, et qu'une particularité de ma mémoire autobiographique me rend particulièrement mauvaise pour évaluer mes propres rétrospectives.

Maintenant que j'ai trouvé une réalité intéressante derrière la première réponse, je ne peux m'empêcher de me demander s'il n'y aurait pas autre chose d'intéressant derrière la deuxième réponse.

Il faudra cependant attendre la prochaine rétrospective que je rencontre pour vérifier si je peux l'apprécier sans rencontrer cette gêne, ou si cette émotion résiste à ma tentative de déconstruction intellectuelle.

Publié le 19 juin 2022

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

Mon premier go bag

Le mois de mai revient, et je continue mon habitude d'en profiter pour faire l'inventaire. La liste des objets que je transporte au quotidien (Every Day Carry) n'a pas trop changé, alors cette année je vais développer la liste des objets que j'utilise au quotidien sans les transporter, sauf en voyage.

Les motivations

Ce billet se trouve dans la continuité de l'esquisse de go bag que j'ai détaillée l'année dernière. Vous y trouverez tous les tenants et les aboutissants, que je vais rapidement résumer ici.

Avant chaque voyage, quelle qu'en soit la durée, je suis toujours hantée par le stress d'oublier quelque chose, et je trouve ça particulièrement désagréable. Au point de chercher activement à lutter contre.

Ce stress me mobilise suffisamment pour qu'il soit très rare que j'oublie quelque chose dont j'ai spécialement besoin pour ce voyage (documents du projet pour un voyage professionnel, cadeau pour aller fêter un anniversaire, etc).

En revanche, j'ai du mal à me rendre compte de tous les objets que j'utilise au quotidien chez moi et qui me manqueraient si je ne suis plus chez moi. J'ai vécu plusieurs oublis particulièrement pénibles de tels objets.

La situation s'est nettement améliorée lorsque j'ai fait une checklist de tous ces objets, publiée en tant que « module 6 » de mon Every Day Carry en 2018.

Si cette liste est très efficace pour éviter les déconvenues après le départ, le résultat est plutôt mitigé sur ma sérénité avant le départ. Il faut quand même faire le tour de l'appart' avec la checklist, pas trop tôt pour garder à leur place les objets dont j'aurai encore besoin avant le départ, et pas trop tard pour ne pas allonger inutilement la période d'anxiété avant d'avoir tout coché.

Le but premier de ce go bag est de contenir physiquement tous les objets dont il est question, de sorte à être toujours pratiquement prête à partir, et normaliser ainsi la situation.

Le cahier des charges est donc qu'en prenant mon sac à main, mon go bag, un stock de vêtements adapté à la durée et aux conditions météo, et les objets particuliers pour ce trajet, je sois prête à partir. Et si j'ai du temps libre avant le départ, passer en revue le contenu du go bag pour enlever ce qui ne servira pas dans ce cas particulier.

Donc par rapport à une checklist abstraite, il s'agit de rassembler tous les objets dans ledit sac, et trouver une procédure pour maintenir cet état (surtout remplacer les consommables avant leur expiration, et choisir entre dupliquer les objets du quotidien pour les avoir à leur place et dans le sac, ou faire du sac leur place).

Il y a un but secondaire, que je ne cherche pas encore à atteindre mais que je garde en tête au cas où je puisse facilement m'en rapprocher : poser les bases d'un sac d'évacuation.

Dans le principe, je trouve que les scénarios des survivalistes sont trop peu probables et les bénéfices d'un sac d'évacuation trop faibles, pour que je me donne la peine d'en concevoir et d'en maintenir un.

Cependant, en considérant des « ruptures de normalité » de plus petite échelle (comme l'incendie ou l'inondation de l'immeuble dans lequel j'habite), et en supposant un go bag déjà opérationnel, l'effort supplémentaire devient raisonnable devant les bénéfices escomptés.

Comme le go bag n'est pas encore opérationnel, cet effort supplémentaire est encore loin dans le futur, mais ce n'est pas une raison pour laisser les efforts présents insulter ce futur.

L'inventaire

L'objet principal de ce billet est de partager le contenu de mon go bag, et pour chaque objet la logistique qui est associée.

L'intérêt pour moi est de prendre du recul sur la situation pour y réfléchir calmement, et pouvoir m'en servir de checklist régulière pour vérifier que tout est à sa place et pour construire une liste d'action pour l'entretien logistique.

L'intérêt pour vous est de constater où j'en suis et éventuellement de me conseiller sur la logistique et l'évolution de cette liste.

J'ai encore choisi une organisation modulaire, non seulement parce que ça aide à organiser les idées, mais aussi parce que les objets sont utilisés à des endroits différents. Il y a donc une pertinence à avoir physiquement des sous-sacs que je peux déployer dans mon lieu provisoire de vie.

Sur la route

Avant d'arriver à destination, il y a des objets utiles pendant le voyage lui-même :

La connectique électronique

J'ai une collection de câbles et de chargeurs spécifiques pour mes jouets électroniques :

Le câble micro-USB sert à charger les jouets qui ont le port correspondant, mais l'adaptateur de l'oreillette est trop petit pour le laisser tout seul, donc il est attaché à ce câble.

Tous ces éléments sont dupliqués et stockés dans le go bag, sauf l'adaptateur de l'oreillette qui est rangé là (principalement par flemme d'en acheter un deuxième, combinée avec un doute sur l'espérance de vie restante pour cette oreillette).

Salle de bains

La trousse de toilette est historiquement le premier sous-sac maintenu dans état « prêt à partir », et je l'ai enrichie récemment après avoir succombé à la tentation du vélotaf.

Table de chevet

Ce module-là a sa place sur ma table de chevet, juste à côté du lit.

Je garde dans ce sous-sac de la place pour des médicaments que j'utilise parfois le soir ou dans la nuit, mais que je ne peux pas ranger dans le go bag.

Imprévus

Ces objets ne sont pas très utiles dans le cadre d'un go bag, mais ils sont les premières briques d'un éventuel futur sac d'évacuation.

À ajouter

Malheureusement il y a des objets qui ne peuvent pas être dupliqué ou mis en rotation, et auxquels je vais donc devoir penser avant chaque voyage :

Conteneurs

Autant je suis assez contente de l'établissement de l'inventaire ci-dessus, et du rassemblement physique de cette collection d'objets, autant la situation des conteneurs est particulièrement fruste : j'ai tout collé en vrac dans une caisse.

Une partie du problème est que la liste n'est pas complètement stabilisée, ce qui aboutit à des variations significatives de volume nécessaire pour chaque sous-sac.

En plus, j'aimerais bien faire quelque chose d'un peu plus malin qu'un bête sac, qui pourrait organiser et peut-être protéger le contenu.

Je n'ai pas avancé non plus sur le conteneur d'ensemble : j'ai plein de sacs à dos, mais ils ne sont pas très pratiques si j'ai déjà quelque chose sur le dos, ce qui est souvent le cas ces jours-ci ; j'ai un sac de sport 25 ℓ qui serait opportun en attendant mieux, mais je l'ai égaré ; j'aurais bien tenté quelque chose qui ressemble à une mallette ou une petite valise, mais ça suppose d'avoir stabilisé la liste des objets et des sous-conteneurs.

Bref, tout reste à faire.

Conclusion

Lorsque j'ai esquissé mon go bag l'année dernière, j'espérais arriver à un état plus mûr un an plus tard.

D'un autre côté, même dans un état aussi peu abouti, je sens déjà le début des bénéfices que j'espérais, et ça m'encourage à persister dans cette voie.

Les prochains voyages seront autant d'occasions de mettre ce système à l'épreuve, et j'espère à nouveau me retrouver avec un go bag stabilisé l'année prochaine.

Un peu comme avec mon EDC, qui a presque plus changé entre 2015 et 2016 qu'entre 2016 et aujourd'hui.

Ensuite on verra peut-être à quel point je serai loin d'un sac d'évacuation urbain (si ce n'est pas un oxymore).

Update : Je n'ai pas pris le temps de faire des photos des différents objets énumérés ici. Est-ce que ça vous manque ? Est-ce que ce serait mieux avec ? Ou le texte aride comme ça n'est pas pire ?

Publié le 31 mai 2022

Tags : Jouets Suite

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