Envie d'envie
Lorsque David Madore a planté le concept de vouloir vouloir vouloir dans ma tête, je ne pensais pas que ça prendrait aussi bien. L'envie d'envie dont il est question ici n'est pas vraiment dans la continuité de ces réflexions, mais la stratification des niveaux « méta » de volonté et d'envie les a structurées.
Je vais volontairement confondre envie et volonté dans tout ce billet, alors qu'il y a facilement un niveau de « méta » entre les deux (vouloir agir sur ses envies), parce que je n'arrive pas à figer mon introspection sur l'un ou sur l'autre. J'essayerai de retravailler ce texte pour que ça reste compréhensible, ou au moins y tendre, mais j'ai renoncé à proposer une stratification propre. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
Le cœur de ce billet, c'est constat que ces jours-ci, et de depuis au moins quelques mois, voire des années, mes envies sont assez pauvres, et je me demande si c'est un caractère personnel moralement neutre ou si c'est un problème qu'il serait sain de résoudre.
Contexte personnel de conception de ce billet
DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL
Tant qu'à faire de la méta, je continue de vouloir m'astreindre à sortir un billet par mois, mais le mois de décembre a été riche en sujets qui ne rentrent pas dans ma ligne éditoriale (en plus d'être pénibles), ce qui laisse peu de place à l'inspiration bloguesque. Et pour ne rien arranger, depuis plusieurs mois mon backlog ne contient que des idées qui sont très loin d'être mûres.
Je suis finalement tombée sur l'idée tardive de développer pourquoi je n'ai pas participé à l'Advent of Code cette année, alors que c'est quelque chose qui me plaît et que je ne m'imaginais pas rater de si tôt. C'est en partie dû à la conjoncture décrite dans le paragraphe précédent, qui affecte aussi mes loisirs numériques, mais une autre partie significative est dûe au fait que j'utilise cet évènement pour découvrir un nouveau langage de programmation, et que je n'ai pas d'idée claire sur le prochain langage dans ma liste.
Ce billet a failli être un panorama des langages de programmation que je connais et de ceux que j'aimerais découvrir, et pourquoi je n'ai pas pu départager ces derniers. Je ne l'ai pas fait parce je suis moins intéressée par une photographie de l'état présent, coulée dans le béton d'un billet de blog ancré dans sa position chronologique, que par un suivi de mes ressentis au fil du temps, qui auraient leur places plutôt dans un article intemporel dans une autre section de ce site, qui serait mis à jour continuellement au fil de mes évolutions.
À la place, vous avez donc ces réflexions sur le spectre de l'apathie à l'envie, qui doit avoir la troisième place sur le podium des raisons de mon absentéisme à l'Advent of Code.
Au cas où je me rate sur l'article intemporel, je visais au moins Zig et Hare pour les outils d'infrastructure au quotidien, en remplacement du C (trop pénible à bien utiliser) et du Go (dont la simplicité séduisante a l'air de s'effriter au fil du temps) ; et Wren et Janet pour les langages embarqués en remplacement de Lua (dont les limites me saoulent un peu) avec des points bonus si ça peut remplacer le shell POSIX pour les scripts un peu évolués.
Il me semble que j'avais croisé d'autres langages, en plus de ces quatre-là, qui m'avaient donné envie de les essayer à une occasion comme l'Advent of Code, mais je n'ai pas pu les retrouver en une semaine de réflexion à ce sujet, je vais donc les considérer comme perdus.
FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL
La panne de l'envie
Ce serait un peu dramatique de dire que je n'ai jamais envie de rien.
J'ai très souvent envie (ou besoin ?) de vacances, de repos, voire de sommeil. À tel point que ç'en est presque devenu un comique de répétition.
Si je fais honnêtement le décompte des actions que j'entreprends par ma propre volonté, parce que j'ai vraiment envie de le faire, par opposition à tout ce que je fais par habitude, par devoir, ou par cohérence, je dois bien reconnaître que je ne trouve pas grand-chose.
Et j'écris « pas grand-chose » comme un euphémisme, en écrivant ces lignes j'ai sincèrement cherché à quand remonte ma dernière action selon ces critères, et je ne la trouve même pas.
Un peu comme si mon générateur à envie s'était progressivement atrophié, au point que je ne sois plus capable de dater que le passé lointain quand il était indubitablement fonctionnel, et le passé plus ou moins proche quand il ne l'est indubitablement plus.
D'un autre côté, comme je l'avais expliqué dans ma version de la crise de la quarantaine, en vieillissant j'ai accumulé des aspects de ma vie qui me plaisent beaucoup, et chacun de ces aspects vient avec son lot d'efforts et de devoirs pour être maintenu, donc c'est dans l'ordre des choses de voir la part des devoirs s'agrandir.
Absence d'envie ou envie d'absence ?
À ce stade, j'ai l'impression de faire une distinction arbitraire, peut-être même douteuse, entre les envies positives et les envies d'éviter. Je ne sais pas si c'est une limite linguistique ou mentale, mais il me semble trop facile de confondre l'absence d'envie (ou de volonté) et l'envie d'absence de quelque chose.
Toutes les choses que je ne fais que par devoir, j'aurais tendance à dire que ce sont des choses que je fais parce que je n'ai pas envie de faillir à un de mes devoirs, alors qu'en fait il s'agit souvent de choses que je fais par envie de ne pas faillir à ce devoir, parce que je veux être quelqu'un qui remplit le devoir en question.
D'un autre côté, les mécanismes mentaux de l'affection et de l'aversion n'ont pas l'air symétriques, donc il y a peut-être quand même une distinction pertinente à faire entre ce que l'on poursuit activement et ce qu'on évite activement (en plus de distinguer ces deux-là de ce envers quoi on est indifférent).
C'est d'ailleurs plus ou moins ce que j'écrivais sur la crise de la quarantaine, un jeu d'aversions à des situations moins agréables qui me donnent l'impression d'être coincée dans un optimum local, au point d'« étouffer » les impulsions vers des objectifs au-delà du voisinage local.
Trajectoires de vie
J'avais écrit, et je maintiens encore, qu'à l'échelle des années et des décennies, jusqu'à aussi loin que remonte ma mémoire autobiographique, ma vie ne fait que s'améliorer.
En regardant de plus près, cette amélioration globale est composée principalement d'un recul des aspects négatifs, mais je ne suis pas sûre d'avoir tellement gagné en aspects positifs. Comme si tout le négatif avait été remplacé par du neutre, ou du faiblement négatif ou positif.
Ce qui est très bien, je ne me plains pas, et je continue de préférer le petit bonheur fermier aux explosions de joie minières, mais ça soulève la question de s'il ne faudrait pas arrêter de se battre contre le négatif et commencer à se battre pour faire émerger (plus de) positif. Sauf que je n'ai absolument aucune idée de ce que ça veut dire en pratique, au point que je me demande si ce ne serait pas un jeu de mots purement abstrait.
D'un autre côté, pendant les années 2010s, plusieurs tendances philosophiques personnelles ont été rassemblées dans un revival du stoïcisme. Je ne sais dans quelle mesure ça a contribué à vaincre le négatif qui pourrissait ma vie, mais c'est conforme à la caricature moderne du stoïcisme d'étouffer aussi les émotions positives.
Je garde une estime assez haute de cette variation du stoïcisme, et j'aime croire que quand on est aux concepts d'εὐδαιμονία et d'even keel, on est loin de la caricature de stoïcisme. Je ne peux cependant pas exclure que ces réflexions philosophiques utilisées comme une arme pour face au quotidien n'aient pas de prix.
Le carburant de l'envie
Je n'ai pas de transition décente pour ce thème-là, mais dans l'analyse de mon vécu, je constate aussi une certaine confusion entre énergie et envie.
Quand j'essaye d'imaginer la caricature de l'opposée de mon manque d'envie ces jours-ci, je tombe sur l'archétype de la genki girl. Et en me comparant à (ce que j'imagine être) cet archétype, je ne vois pas tellement une différence d'envie, mais plutôt une différence d'énergie.
Et c'est cohérent avec le besoin de vacances ou de repos dont je parle si souvent. Ce ne serait pas un manque d'envie, mais un manque d'énergie pour les réaliser, et à force de frustration d'envies faute d'énergie le générateur d'envie se serait atrophié.
C'est une explication d'autant plus séduisante que je peux nommer tout un tas de choses que je ferais volontiers si j'en avais l'occasion. Je traduis mentalement « occasion » en « temps », ce qui me fait sortir tous ces renoncements de la question des envies, mais en vrai le temps ça s'organise, justement en fonction de l'énergie disponible quand c'est un facteur limitant (comme dans mon cas), et objectivement j'aurais envie de faire ces choses, si j'en avais la possibilité, et j'ai juste arbitré mes ressources finies en leur défaveur.
Donc peut-être que mon erreur au début de ce texte c'était de chercher la dernière fois que j'ai suivi une envie, au lieu de chercher mon dernier renoncement malgré une envie.
Comment se genkifier ?
Admettons pour l'instant que mon problème ne soit pas un manque d'envie, mais un manque d'énergie, et que si je trouvais un moyen d'en avoir plus le système d'envie reviendrait à un état indubitablement sain.
À ce stade je dirais que ça vaut le coût d'essayer et de juger sur les résultats. Enfin sous réserve que l'essai ne soit pas destructif et soit assez long pour juger du résultat, ce qui exclut le moyen le plus évident, à savoir les stimulants chimiques illégaux.
Le deuxième moyen le plus évident, mais dont l'efficacité me semble douteuse, c'est l'hygiène de vie. Je sais que je suis en manque de sommeil chronique, je me couche trop tard, et je suis tellement dépendante à la caféine qu'il n'y a aucun de ses effets stimulants dans ma vie.
Ça ne va pas m'empêcher de chercher à améliorer mon hygiène de vie hein, juste que je n'arrive pas à croire que ça ait un effet aussi radical que ce dont j'ai besoin.
Je n'ai jamais été très active et énergétique, ça fait partie de mon caractère, je ne suis juste pas du tout genki dans le plus profond de ma personnalité.
C'est sans doute naïf, mais je ne peux juste pas m'empêcher de croire que l'énergie psychologique n'est pas un concept aussi dur de l'énergie physique, et que je devrais pouvoir être moins limitée par cette grandeur. Surtout quand je pense à toutes les fois où j'étais clairement épuisée mais où j'ai pris sur moi de faire ou finir quand même quelque chose d'important à mes yeux.
J'aimerais croire qu'il est possible de hacker la motivation, peut-être d'accepter de faire des choses moins bien ou moins confortablement, éventuellement d'entrainer ses fonctions exécutives ou de les suppléer avec des processus et de la technologie, pour pouvoir satisfaire beaucoup plus d'envies de je ne le fais actuellement.
Mais ça ne me dit pas comment faire tout ça concrètement.
Problème ou pas ?
Et il ne faut pas oublier de traiter la question du jugement moral de cette situation. Est-ce que j'ai besoin de chercher à la changer ?
Si c'est juste pour faire plus de trucs, ou satisfaire plus d'envies, tout le reste étant égal par ailleurs, ça n'a pas de sens de refuser.
En réalité le reste n'est jamais égal par ailleurs, et tout a un prix. Si c'est faire plus de trucs à la place de juste savourer sa tranche de bonheur, si c'est satisfaire plus d'envies sans apprécier la satisfaction, si c'est viser plus haut en se rendant esclave de plus de maîtres, le meilleur compromis est tout de suite beaucoup moins évident.
Et dit comme ça, j'ai l'impression de retrouver encore une énième itération de ma version de la crise de la quarantaine. Ce que j'ai n'est pas mal du tout, je peux imaginer mieux mais, je ne veux pas prendre le risque de tuer la poule aux œufs d'or pour essayer d'atteindre ce mieux.
D'un autre côté, essayer d'ajuster légèrement ces compromis est une façon peu risquée de voir si ça me rapproche de l'optimum local. Il faudrait juste que je trouve ce que ça veut dire concrètement, pour pouvoir le faire.
Conclusion (ou pas)
Je n'ai pas l'impression d'avoir super-bien réussi à rendre les choses compréhensibles et à rassembler décemment les fils. Tout ça est encore loin d'être sec, je viens à peine de mettre des mots sur la situation.
Je n'en suis pas à demander des conseils, ce weblog est avant tout écrit à
destination de moi‐du‐futur, souhaitant tout le succès possible à
l'éventuel lectorat qui me joindrait sur ce train fou ces montagnes
russes.
Je lirai quand même avec intérêt tous les commentaires que vous
partageriez, s'il y en a.
Surtout au niveau des moyens pour faire changer tout ça, sur lesquels je
ne sais pas du tout par où commencer à chercher.
Je pourrais prendre comme résolution pour 2026 de tirer tout ça au clair et d'en appliquer les conséquences, mais c'est un hasard du calendrier que ça tombe en fin d'année, et j'aurais de toute façon fait ça quel que soit l'avancement calendaire.
Je serais plutôt partisane de rejoindre David Madore dans le militantisme contre les discontinuités temporelles arbitraires.
Et joyeuses fêtes autour du solstice d'hiver à tous ceux qui ont eu la patience d'arriver jusque-là !
Publié le 31 décembre 2025
Tags : Autoexploration Évènement Humeur
Séparation à l'essai
Comme je l'avais précédemment écrit brièvement dans Filler et détaillé dans Séparation de claviers, il y a quelques nuages qui viennent ternir la relation autrefois idyllique que j'avais avec mon clavier RealForce / Topre, et j'ai commencé à aller voir ce qui se fait ailleurs.
Dans ce billet je vais décrire l'état provisoire de ma situation vis‑à-vis de mes nouveaux claviers, tous les deux fabriqués par splitkb : un Halcyon Elora (en haut sur la photo) et un Halcyon Ferris (en bas).

Chronologie résumée
J'avais terminé le billet Séparation de claviers sur la tentation de clavier scindé (ou « séparé ») de chez splitkb avec la disposition de touches Ergo-L.
Le 6 avril dernier, je suis passée à l'acte, en commandant l'Elora. J'avais pris la version avec le maximum de touches dans l'espoir de pouvoir m'en servir un jour dans World of Warcraft, et parce que je ne savais pas trop à quoi ressemblerait la transition.
Le 11 avril, le colis a été livré dans mon immeuble, et le week-end suivant j'ai commencé le montage et la configuration.
Le 19 avril, je me suis inscrite sur MonkeyType pour travailler l'Ergo-L, et le 6 juin je me suis inscrite sur keybr. Depuis je passe du temps sur ces deux sites presque tous les jours, les rares exceptions sont pendant les vacances ou les déplacements professionnels loin de chez moi. Au début de l'écriture de ce billet, j'avais accumulé 33 heures au compteur (sous-estimé) de MonkeyType et 25 heures sur keybr.
Le 5 mai, le Ferris a été livré sur mon lieu de travail, parce que je n'avais pas trop confiance dans mon propre transport d'électronique jusque-là.
Le 16 mai j'avais l'impression de pouvoir commencer à utiliser ces claviers « pour de vrai », mais je fatiguais encore très vite. Ce n'est que 20 mai que j'ai effectivement commencé à le faire, en retournant à mon clavier habituel en cas fatigue ou de besoin de vitesse de frappe.
Je n'ai pas noté exactement depuis quand je suis capable d'utiliser ces claviers à plein temps, probablement autour du mois de septembre. C'est à peu près depuis cette période que je n'utilise pratiquement que ces claviers, en Ergo-L, sur mon poste de travail, tandis que je garde mon RealForce QWERTY sur mes ordinateurs personnels.
C'est également au début du mois de septembre que j'ai ressenti ma première douleur suspecte, mais je reviendrai plus loin sur ce sujet.
J'avais fait cette répartition pour ne pas « perdre » le QWERTY, et essayer de faire coexister les deux dispositions de touches, mais ça ne marche pas très bien.
Le 21 septembre, j'ai tapé pour la première fois digg eu lieu de diff,
en entrant correctement le di QWERTY, mais en continuant avec le F
d'Ergo-L qui est sur le G du QWERTY.
C'est encore la confusion la plus fréquence, qui reste moins grave que mes
confusions avec l'AZERTY.
La deuxième confusion plus courante est sw au lieu de sc, surtout en
début de mot.
L'entrainement
Les sites
Je ne me souviens plus exactement comment je suis tombée sur MonkeyType, j'imagine avec des termes basiques sur mon moteur de recherches.
J'ai trouvé keybr par l'intermédiare d'un post de Balaji Arumugam (via Hacker News sur #gcufeed) dans lequel il disait avoir « cassé son cerveau » en tapant à 118 mots par minutes.
Ces deux sites proposent du texte à recopier et donnent des statistiques sur la vitesse de frappe, le taux d'erreur, et quelques autres grandeurs, mais avec des « règles du jeu » suffisamment différentes pour que je trouve intéressant d'utiliser les deux de front.
Je ne sais pas exactement pourquoi, mais la façon dont les erreurs sont présentées dans keybr font que ça me perturbe beaucoup plus, ce qui est très bien pour travailler la précision mais use assez vite. À l'inverse, la clémence de MonkeyType me permet de faire des sessions plus longues, à base de 50 mots français au lieu des 20 mots anglais de keybr.
De façon générale, je déteste quand l'entraineur ne se comporte pas comme une vraie zone de texte, et je veux que l'affichage ressemble au maximum à ce que je tape réellement, quitte à perdre le temps qu'il faut pour obtenir le texte que je veux. Exactement comme quand j'écris du texte ou du code dans vim, ou des lignes de commande dans mon shell.
Voici ma progression sur ces deux sites pendant ma demi-année d'entrainement :


S'entrainer à quoi, exactement ?
Si cet entrainement s'est révélé très utile pour apprendre la disposition des touches, j'ai l'impression d'être coincée dans un plateau, autour de 50 mots standard par minute, soit un bon 4 Hz, ou la moitié de ma vitesse de frappe QWERTY, pour une précision autour de 94 %, contre 97 % en QWERTY, soit un taux d'erreur double.
Il y a peut-être un lien de causalité, dans un sens ou dans l'autre, mais j'ai commencé à avoir l'impression que le circuit visuel, de la proposition d'un de ces sites au mouvement de frappe, est très différent du circuit génératif, d'une idée dans ma tête au même mouvement de frappe.
Le plateau se trouve être au niveau où la charge mentale de la frappe s'efface devant la charge mentale de la conception du texte. J'ai pu sentir la disparition progressive de l'effort de contrôle de mes doigts, et c'était particulièrement flagrant pendant le mois d'août, où je sentais la baisse d'effort d'un jour à l'autre alors que ma progression était loin d'être flagrante sur les mesures des deux sites.
Tout ça pour dire que je pourrais m'entrainer plus sérieusement à la frappe rapide sur ces sites, et voir les mesures de performance monter, mais j'aurais probablement du mal à me convaincre que cette performance reflète une amélioration dans les situations de la vie qui m'intéressent.
Je ne sais pas trop quel genre d'exercices pourrait mieux se rapprocher de mon quotidien. Je commencerais bien par une dictée, tant que je suis dans des vitesses comparables au langage oral. Je n'ai pas l'impression que ça existe déjà, un de ces jours je ferai peut-être à nouveau des recherches sur ce thème, et ensuite je chercherai comment brancher un TTS sur des fragments aléatoires de wikipédia.
En plus de ça, la vitesse de frappe n'est peut-être pas la bonne métrique. Ces jours-ci j'aimerais beaucoup progresser dans la précision plus que dans la vitesse directement. D'une part, parce que les fautes de frappe m'agacent, et rien que pour la sérénité j'adorerais atteindre 99.9 % de précision ; et d'autre part parce que j'en suis à un stade où la précision a plus de poids sur la vitesse de frappe effective que l'appui les touches.
Au mieux, une faute frappe revient à entrer au moins trois touches (la mauvaise, puis backspace, puis la bonne) au lieu d'une, voire plus si la faute est au début d'un groupe de lettres.
Sauf que je n'arrive pas du tout à trouver comment on s'entraine à la précision. Je n'ai rien trouvé de mieux que faire exactement les mêmes exercices que pour travailler la vitesse, mais en regardant à la fin la mesure de précision au lieu de la mesure de vitesse. Mais c'est idiot, parce que l'interface des sites reste tournée vers la vitesse, et qu'en vrai je fais beaucoup moins attention à l'écran de fin d'exercice qu'aux sensations pendant l'exercice.
Il devrait y avoir quelque chose qui caractérise la précision, pour avoir quelque chose de plus informatif qu'au pauvre pourcentage. Il faudrait pouvoir distinguer les différentes sources d'erreur, comme un doigt mal placé, les mains mal synchronisées, ou le cortex moteur qui exécute une séquence de frappe courante alors qu'elle pas opportune (comme “Iraqui” au lieu de “Iraqi”). Et ensuite travailler sur des exercices appropriés pour combattre une ou plusieurs sources d'erreurs qui se sont révélées pertinentes.
Pourquoi est-ce que je ne trouve aucune trace d'une démarche de ce genre dans tout Internet !?
L'ergonomie
Douleur
En septembre et en octobre, j'ai ressenti des douleurs suspectes, et je suis super-triste de ne pas retrouver de détails dans toutes les notes que j'aurais pu écrire.
Ça n'a pas forcément de rapport avec le changement de clavier, mais la concomitance est suspecte. Ce serait un comble qu'un clavier censément plus ergonomique me fasse plus de mal qu'un clavier traditionnel ; mais comme je l'avais expliqué dans Séparation de claviers, mes mouvements QWERTY ne sont pas du tout académiques, et si je « me range » dans une utilisation standard de clavier scindé, je m'expose peut-être plus aux risques standard.
Bref, de mémoire avant que j'en perde encore plus, il y a eu au moins trois occurrences : en septembre, au tout début d'octobre, et le 10 octobre. À chaque fois c'est survenu pendant que j'utilisais mon clavier QWERTY habituel, et je crois qu'à chaque fois c'était du côté gauche.
C'était à chaque une douleur continue façon chaleur profondément dans l'avant-bras, côté paume, entre le milieu et le tiers côté poignet. Elle montait progressivement mais rapidement, peut-être une dizaine de secondes pour atteindre son intensité maximale, pour persister plusieurs dizaines de minutes, peut être quelques heures. Pendant ce temps les mouvements étaient désagréables mais sans véritable impact sur le niveau de douleur.
Il est possible que mes expérimentations de position des mains fin octobre ait mis fin à tout ça, mais c'est peut-être juste une coïncidence.
La position des mains
Il y a une question à laquelle j'ai du mal à trouver de réponse claire et fiable, c'est la position exacte des mains pour utiliser un clavier.
Il est communément admis que les index sont sur les touches marquées (F
et J en *ERTY), et les trois autres doigts sur la même rangée, mais ça
laisse un degré de liberté suivant que la main est plus ou moins ouverte,
et donc plutôt basse et proche de soi (à plat, à l'extrême) ou haute et
loin de soir (avec les ongles sur le clavier et le bout des doigts sur le
talon de la main, à l'extrême).
On est d'accord que les deux extrêmes sont indésirables, mais je ne sais pas trop à quel point la zone « ergonomique » entre les deux est large.
Concrètement, sur mon clavier QWERTY habituel, ma main est « au repos » à peu près dans la même position que si je posais le talon de ma main sur mon bureau et que je détendais le reste. Je me retrouve avec à peu près quatre rangées de touches entre le bout des doigts « au repos » et les articulations entre les doigts et la paume (si j'ai les doigts sur la rangée du haut, ces articulations sont au-dessus de la barre Espace).
Mais si je veux pouvoir atteindre toutes les touches du Ferris sans bouger les mains, il faut que ma position de repos soit plus fermée, d'environ une rangée entière. Sur QWERTY ce serait les articulations en question au-dessus de la barre Espace quand j'ai les doigts sur la rangée centrale. Coïncidemment (ou pas ?), c'est à peu la position qu'ont mes mains quand elles sont relâchées avec les bras aussi relâchés le long de mon buste, quand il n'y a pas la surface dure de mon bureau pour lutter contre l'élasticité de mes muscles.
Après moult tergiversations j'ai fait la supposition téméraire que je sentirais suffisamment tôt si je sors du domaine ergonomiquement sain, et j'ai essayé d'adopter la seconde position sur mes claviers scindés. Ça m'a value une chute notable en vitesse et en précision de frappe, le temps de réapprendre tous les mouvements de doigts, et encore maintenant je me demande dans quelle mesure je recule mes mains sans y penser.
Il y a d'ailleurs une question ergonomique profonde sur le Ferris, et dans une certaine mesures les autres claviers scindés plus ou moins minimalistes : est-ce une bonne idée de chercher à ne pas bouger les mains ?
Le corps humain est fait pour bouger, à peu près toutes les poses statiques sont mauvaises à moins d'être complètement relâché. Faut-il chercher explicitement à préserver un minimum de mouvement des mains ? Y a-t-il une configuration de mains immobiles qui soit ergonomiquement saine ? Est-ce un compromis entre ergonomie d'un côté et vitesse ou précision de l'autre ? Ou même pas ?
Et pourquoi les réponses à ces questions ne sont pas placardées partout quand on se lance dans le clavier non-standard !?
La disposition Ergo-L
Après avoir passé six mois à jouer avec Ergo-L, il est temps de regarder les choses en face sur mon ressenti par rapport à QWERTY.
Je m'attendais à y trouver un petit peu de positif, mais malgré ces attentes relativement faibles j'ai été déçue. Peut-être qu'il faut que je passe encore plus temps avec, et que ça fait que débloquer un plafond de vitesse et de confort que je n'ai pas encore atteint parce que je n'ai même pas rattrapé le niveau de mon QWERTY.
En théorie, faire les caractères accentués en deux touches, ★ puis
lettre, devrait être plus sympa qu'en trois touches, Compose puis
ponctuation puis lettre.
En pratique, je ne sens pas tellement la différence.
Même pour les ponctuations plus acrobatiques et anecdotiques, je ne ressens pas tellement de progrès, alors que la touche CapsLock (mapée sur Compose) est beaucoup moins accessible pour les symboles qui ne sont pas couverts par Ergo-L.
À la limite, j'aime bien pouvoir entrer un nombre en exposant ou en indice sans faire de séquence Compose pour chaque chiffre, mais c'est tellement rare que ça ne pèse pas très lourd dans mon appréciation.
Et c'est vrai qu'entrer des nombres dans un pavé plutôt que dans une ligne est fort agréable, même si c'est relativement rare dans ma vie.
Je note qu'Ergo-L produit très facilement l'espace insécable fine U+202F, alors qu'en QWERTY je reste sur Compose, Espace, Espace qui produit une espace insécable normale U+00A0. C'est une façon de tracer lesquels de mes textes ont été écrits avec quel clavier, mais je passe trop de temps dans les terminaux pour voir une différence. N'hésitez pas à me dire si vous la voyez et si vous avez une préférence dans un sens ou dans l'autre.
D'un autre côté, la grande force d'Ergo-L est de fonctionner naturellement sur les petits claviers, et on pourrait trouver ça super-élogieux que je ne sente pas tellement la différence entre un QWERTY sur 87 touches et un Ergo-L sur 34 touches.
J'ai aussi des sentiments mitigés envers les “home row mods”, qui consistent à mettre les touches Shift, Control, Alt, etc sur la rangée centrale, avec un comportement différent suivant qu'on tape ponctuellement sur la touche ou qu'on la maintient enfoncée.
J'ai lu des gens qui adorent, j'ai lu des gens qui détestent, et je ne me reconnais dans aucun des deux camps. Je déteste les activations par erreur, surtout « tr » qui rafraîchit la page et tue session d'entrainement en cours, mais ça fait partie de l'entrainement.
S'il y avait un Chocofi ou un 3w6 aussi facile d'accès que les Halcyon j'essayerais peut-être les modificateurs sur le pouce, mais ça ne suffit pas à jeter mes Ferris.
Les motivations
Maintenant que j'ai passé six mois avec ces nouveaux claviers, il est plus-que-temps de se poser la bonne question : pourquoi est-ce que je me fais chi☹r avec tout ça !?
La vitesse de frappe et la charge mentale
Je suis à peine à la moitié de ma « performance » sur QWERTY, et à la vitesse où ça avance, il me faudra des années avant de la rattraper, donc ce n'est pas une bonne raison.
Mais en même temps, la vitesse de frappe en elle-même n'est pas une fin en soi, comme je l'avais déjà écrit dans Séparation de claviers. Je ne suis ni sténo' ni secrétaire, et je n'ai pas assez de texte à entrer pour que la vitesse de frappe soit directement pertinente.
Pour le voir en pratique, voici le temps qu'il m'a fallu pour écrire le premier des derniers articles, avec différents claviers :
| Page | Clavier | Taille | Temps | Vitesse |
|---|---|---|---|---|
| Séparation de claviers | RealForce | 17 139 | 14 482 | 1.18 |
| Solarized, mais ANSI | Elora | 17 982 | 15 515 | 1.16 |
| Vue de trop loin | Elora | 8 745 | 7 816 | 1.12 |
| Séparation à l'essai | Ferris | 13 275 | 10 438 | 1.27 |
À la lecture de ce tableau, on ne dirait pas que le premier a été tapé à 8.3 caractères par seconde, alors que les trois autres à seulement 4.2. Alors qu'à ces vitesses, la frappe prend entre le quart et un huitième du temps total de rédaction, ce qui n'est pas négligeable.
J'en déduis que le processus de génération de texte dans ma tête peut se faire largement en parallèle des gestes sur le clavier, et que le premier est plus lent que le second.
Je me souviens de l'époque où ce n'était pas le cas, et c'est ce que je désignais par « charge mentale » plus haut dans le texte. Et c'est ce qui tue la pertinence des calculs que je viens de faire : j'ai supposé que les temps passés dans les différents processus sont cumulables, alors qu'il y a des effets de seuil et de distribution.
Si je tape plus lentement, je dois tenir plus de choses en tête, et quand ça ne tient pas, l'édifice mental s'effondre.
Mais à l'inverse, si je pouvais taper plus vite, est-ce que de nouveaux édifices mentaux seraient possibles ? Si je tapais beaucoup plus vite que je parle, est-ce que ça changerait ma façon de manipuler les idées ?
D'un autre côté, taper plus lentement fait préférer des alternatives à frappe. Je copie/colle avec le Ferris des petits fragments de texte que j'aurais re-tapé avec le clavier QWERTY. Et la pratique du Ferris m'a incité à découvrir des raccourcis d'historiques de fish dont je bénéficie aussi avec le clavier QWERTY.
Bref, tout ça pour dire que je vois bien que la vitesse n'est pas neutre, et je n'ai pas encore les idées suffisamment claires pour chercher à agir activement dessus, mais ça pourrait changer un de ces jours.
Le confort
Quand j'ai découvert mon clavier RealForce, j'étais tellement éblouie que mon échelle d'appréciation des claviers en a été toute chamboulée. Je me souviens encore de cet émerveillement, si j'avais connu ça à nouveau avec ces nouveaux claviers, ce billet aurait un ton très différent.
Malheureusement, à ce stade je dois regarder les choses en face : ils ont le même niveau de confort tactile que les bons switchs mécaniques que j'ai pu croiser avant de découvrir Topre. Ce qui est très bien, mais largement en dessous de mon ressenti au quotidien depuis plus de dix ans.
Sauf pendant quelques instants très fugaces et labiles, sur mon Ferris avec les switches Ambients Silent Kailh 35 g. C'est un peu comme avec mon vélo, il y a un jeu de circonstances que j'ai du mal à identifier qui brouille la frontière kinesthésique entre l'objet et moi et qui conduit à une délicieuse fusion.
Et j'ai l'impression que ces circonstances sont justement autour d'une diminution des mouvements de la main, au profit de mouvements des doigts, ce qui m'a menée aux expériences décrites ci-dessus.
J'ai du mal à me dire que l'espoir de pérenniser cet état de grâce est la seule chose qui me fait continuer à utiliser ces nouveaux claviers, mais c'est plus crédible que le sophisme des coûts irrécupérables dans leur achat.
Cela dit, le confort n'est pas que tactile, et les Ambients sont excellents sur le plan auditif. Je pensais que c'était normal les claviers dits « silencieux » soient comme le silencieux d'une arme à feu, et ces Ambients m'ont fait découvrir le vrai silence.
C'est une rupture d'échelle au même niveau que les switchs Topre, et si je ne suis pas aussi émerveillée c'est uniquement parce que le confort auditif m'importe moins que le confort tactile. Je ne serais pas surpris que les collègues dans l'open-space ne partagent pas cet ordre de priorités.
La disponibilité
Même si la pérennité de splitkb n'est pas garantie, je doute que le concept du Ferris disparaisse complètement, et je ne serais même pas surprise que les standards de switch durent assez longtemps.
Alors que trouver un clavier RealForce ces jours-ci a l'air plutôt difficile, et les HHKB n'ont pas du tout le même confort tactile.
D'un autre côté, mon travail de prestataire en informatique peut m'amener à servir de chair à clavier sur le matériel du client. Il est beaucoup plus probable d'avoir les droits de changer une disposition standard d'un clavier miteux que de pouvoir installer la disposition Ergo-L et de brancher de l'électronique incontrôlée sur un port USB.
Je ressens une vraie réticence à dépendre d'Ergo-L et d'un clavier particulier, vu le vrai risque qu'on me les refuse.
D'un troisième côté, le Ferris est beaucoup plus facile à transporter qu'un clavier de taille standard, même sans pavé numérique. Donc pour les clients qui ne sont pas pénibles au plus haut point sur l'électronique personnelle, je pourrais espérer un gain en confort. Peut-être même qu'une configuration judicieuse de QMK pourrait permettre une émulation Ergo-L sur un ordinateur configuré pour AZERTY.
Conclusion
À ce stade, le dilemme reste entier.
J'ai une frappe nettement meilleure sur le type de claviers que j'utilise depuis des décennies, et cet avantage a l'air long et pénible à rattraper. Entre la performance établie et la quasi-garantie de pouvoir utiliser sereinement tous les claviers qu'on pourrait m'imposer, il y a de gros arguments en faveur de la fin de cette expérience et du retour au QWERTY de base.
Le sophisme des coûts irrécupérables et la possibilité d'un gain de confort tactile sont des arguments beaucoup trop légers pour expliquer le fait que je me sente encore coincée dans un dilemme.
Je ne comprends toujours pas ce qui m'attire vers les claviers scindés, et je ne suis même pas sûre de pourquoi le Ferris me séduit tellement plus que l'Elora, au point de n'utiliser que les touches communes.
Ou peut-être que je suis trop embourbée dans une pseudo-raison, et que je devrais faire confiance à mon élan instinctif en laissant tomber complètement le QWERTY, malgré les régressions et les risques ?
Publié le 30 novembre 2025
Tags : Autoexploration Évènement Jouets
Vue de trop loin
Régime normal
Au rez-de-chaussée
Je me considère habituellement comme une personne plutôt pragmatique. Je porte la majorité de mon attention à des choses qui sont proches de moi, aussi bien géographiquement que temporellement.
J'hésite à me revendiquer du Stoïcisme, et encore plus depuis que j'ai lu un catalogue des « mauvais » stoïcismes, mais j'ai beaucoup aimé tous les principes stoïques que j'ai rencontrés jusqu'à présent, et je m'efforce de les intégrer à ma vie.
Tout ça pour dire que porter la majorité de mon attention à ma petite échelle, c'est aussi refuser de porter beaucoup d'attention aux choses à grande échelle, surtout quand elles ne sont pas sous mon contrôle et qu'il n'y a pas grand chose à faire pour se préparer à leurs conséquences. Sans vouloir manquer de respect aux victimes des guerres qui se déroulent à des milliers de kilomètres de chez moi ni au personnel politique qui nous offre un spectacle aussi affligeant ces jours-ci (et sans présumer de l'inégalité de respect dû à ces deux classes).
Au premier étage
D'un autre côté, je garde systématiquement une partie de mon attention à un étage plus haut que mes préoccupations immédiates, en train de me regarder faire ce que je suis en train de faire.
Je n'y pense pas souvent, parce que c'est mon état normal et habituel depuis aussi loin que j'arrive à me souvenir, et je ne le remarque par contraste quand je vois autour de moi des gens qui sont tellement « la tête dans le guidon » qu'ils ratent des éléments « meta » qui me semblent évidents.
Cette façon d'être est à la base d'un système d'« amélioration continue », dans lequel j'utilise mes observations de moi-même en train ou sur le point de faire ce que je suis en train de faire, pour le faire « mieux ».
Par exemple, pendant que je saisis la carafe vide, je prends systématiquement une fraction de seconde pour chercher ce que je peux ramener à la cuisine en même temps, ou autre chose à faire à cette occasion.
Pendant que je fais quelque chose de pénible « à la main », je me demande quelles parties sont automatisables, de quelle façon, à quel prix et pour quel « retour sur investissement » espéré.
Pendant que j'écris du code qui résout le problème auquel je suis confrontée, je me demande toujours si je ne peux pas faire un tout petit effort de plus pour découpler et généraliser ce code. La réponse est souvent « non », mais ça me frustre d'autant plus quand on me dit YAGNI alors que l'effort de généralisation est plus petit que l'effort pour m'expliquer que je n'en aurai peut-être jamais besoin.
Encore plus haut
Il est plutôt rare que je monte plus haut que ces deux étages, mais ça arrive. C'est en regardant comment je me regarde en train de faire ce que je suis en train de faire que j'ai pu mettre des mots là-dessus. Il me semblait en avoir déjà parlé dans ces pages, mais je ne retrouve pas où.
Généralement je ne monte plus haut que quand je ne suis pas en train de faire quelque chose, que ce soit parce que ma situation n'est qu'une attente sans rien pour m'occuper l'esprit, ou parce que je suis dans mon lit en train d'essayer de m'endormir.
Je monte souvent plus haut pour essayer de tirer des enseignements qui m'aurait échappés depuis le « premier étage », ou simplement pour mesurer mentalement le chemin parcouru, ou pour améliorer mon modèle mental du monde.
C'est comme ça que j'ai fait le constat que ma vie est de plus en plus satisfaisante depuis au moins deux décennies, comme je l'avais détaillé quand je décrivais ma version de la crise de la quarantaine.
C'est aussi comme ça que j'ai pris à cœur l'observation de (transmise par ?) David Madore (que je ne retrouve plus) que l'argent est une infrastructure abstraite pour échanger des biens et des services entre humains, et qu'à un niveau d'observation suffisamment haut pour englober le système monétaire, tout système de retraites est un système par répartition.
Il y a plein d'autres systèmes qui changent de forme quand on choisit des limites qui masquent des contingences auxquelles on s'attache parfois trop : le langage est une forme de télépathie, l'écriture est une télépathie avec voyage dans le temps, je vis en troquant des lignes de code contre de la nourriture, d'autres troquent une fluidification du système contre de la nourriture, d'autres encore n'ont pas l'air de troquer mais ils mangent quand même.
Tout ça ne sert pas à grand chose, mais si je n'ai rien de mieux à faire avec mon flux de pensées, c'est une direction comme une autre dans laquelle l'orienter.
Très haut ou trop haut ?
Il y des moments où je me demande si je ne suis pas montée trop haut.
Littéralement, la masturbation c'est la connexion de neurones dans la volonté sur des neurones dans le plaisir, par l'intermédiaire de neurones moteurs, de fibres musculaires, d'éléments matériels, et de neurones sensoriels. C'est un chemin inutilement compliqué pour des neurones qui sont déjà connectés sans avoir besoin de sortir du cerveau.
Si on élargit un peu la définition pour inclure des chemins encore plus compliqués et des plaisirs plus variés, on englobe un nombre colossal d'activités. Par exemple tous les loisirs qu'on fait « pour le plaisir », ou les petits chefs qui ne sont là que pour la jouissance de la domination d'autrui sans rien contribuer de positif.
Et finalement, les motivations humaines ne sont-elles pas toutes une recherche d'une forme de plaisir, ou l'évitement d'une forme de souffrance, ce qui revient à un plaisir relatif par rapport à l'alternative ?
À ce compte là, que reste-t-il de l'humanité qu'une immense activité masturbatoire et des effets de bord relativement secondaires ?
D'aussi loin je ne vois plus grand chose, pour ne pas dire rien du tout. Un grand vide, l'absurdité de l'univers, vanité des vanités et tout est vanité.
Et ça donne un peu le vertige.
J'imagine que pour beaucoup de monde, cet espace est rempli par des croyances religieuses, et je me demande ce que l'énumération précédente dit de moi.
J'imagine que ne trouver que du vide, de l'absurdité, et le vanité puisse susciter une détresse psychologique au point d'avoir besoin de n'importe quoi pour remplir cet espace. Un peu comme le vide après la mort.
Et la santé mentale ?
Je me souviens de ma surprise quand j'ai rencontré les expressions « réfléchir à la vie » et “thinking about life” (je ne me souviens même plus dans quelle langue je l'ai croisée en premier) avec une connotation négative, comme quelque chose à éviter, alors que ça me semble être quelque chose de banal et sain, comme « philosopher ». Je ne sais même pas si ce sont des activités littérales qui sont mal vues ou si ce sont des euphémismes (mais pour quoi ?).
J'ai l'impression que ce qui pourrait être appelé dans ce billet « regarder de trop haut » rentre exactement dans l'intuition que j'ai de « réfléchir (négativement) à la vie ».
Je ne prétends pas être immunisée contre la détresse du le vertige, j'ai juste l'impression de ne pas (encore) être affectée par mes excursions dans les étages peut‑être trop élevés.
C'est aidé par le fait que ces excursions sont limités à des moments choisis avec soin, quand je n'ai strictement rien de mieux à faire avec mon esprit. Je n'ai (encore) jamais eu le moindre problème pour « redescendre », ni même pour vouloir « redescendre ».
D'un autre côté, il est de fait que ces derniers temps je me retrouve de plus en plus souvent dans ces étages élevés. À tel point que j'arrive à y revenir facilement à un moment où j'ai un clavier entre les mains et du temps pour écrire un billet de weblog.
C'est peut-être juste l'entrainement, qui fluidifie les voyages verticaux, dans un sens comme dans l'autre. C'est peut-être une fragilité qui avance masquée, et qui profite de ma réticence à la percevoir.
Pour l'instant je me limite à des constats, que je pose ici, comme références pour le futur. Je ne suis pas en train de demander des conseils, mais je suis toujours prête à comparer les notes et les ressentis avec qui veut.
C'est un peu comme cette sensation suspecte dans mon avant-bras gauche, ou cette zone temporairement aveugle au milieu de mon champ de vision : je pense que je vais bien, ce n'est pas suffisant pour remettre en question le sentiment que je vais bien, mais c'est quelque chose qui a l'air assez significatif pour peut-être participer à clarifier un éventuel tableau de symptômes plus tard.
Publié le 14 octobre 2025
Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique
Solarized, mais ANSI
Ce billet va rentrer dans les détails techniques et profonds de l'évolution de la configuration de la couleur dans mon émulateur de terminal. Et pour ne rien arranger, c'est la suite directe de billets passés, que je ne vais résumer que très succinctement. Il est possible que personne ne trouve le moindre intérêt à ce billet.
Dans les épisodes précédents
Comme je l'ai écrit dans mon billet Ricing, j'utilise l'ensemble de couleurs Solarized depuis 15 ans, et j'en ai été très contente pendant très longtemps, malgré ses défauts mineurs.
Et comme je l'ai écrit dans mon billet Désolarisation, ces défauts mineurs commencent à me saouler gravement, au point de me décider à essayer d'y faire quelque chose. Sauf que ce n'est pas facile de tout changer sans se sentir submergée par un sentiment de « beurk ce n'est pas comme d'habitude », et le statu quo s'est maintenu faute d'alternative suffisamment meilleure pour justifier l'effort de transition.
Par une analyse qui vaut ce qu'elle vaut, j'ai estimé que tous les problèmes que j'ai avec Solarized découlent du choix initial de mettre 8 couleurs d'accent et 8 niveaux de gris dans les 16 couleurs du terminal ANSI qui sont traditionnellement 2 nuances de 6 couleurs et 4 niveaux de gris.
Stratégie
Comme mon insatisfaction envers ledit statu quo n'a pas l'air partie pour se calmer, je prends le problème par l'autre bout, en essayant de préparer le terrain pour faciliter de futurs changements, tout en changeant le moins possible pour l'instant, pour ne pas déclencher l'effet « beurk ce n'est pas comme d'habitude ».
Donc dans ce billet, je vais décrire comment j'ai retrouvé la sémantique ANSI tout restant au plus proche du Solarized qui fait partie de ma vie depuis si longtemps.
Comme ma configuration actuelle fonctionne parce que la configuration de mes outils en mode texte est fortement couplée aux particularités de la palette de couleur, il va falloir faire évoluer les deux simultanément.
Solarized version ANSI
Démarche
La première étape a été d'inventer une palette de 16 couleurs dans la logique ANSI, qui reprend Solarized.
Les 6 couleurs de base Solarized (rouge, vert, jaune, bleu, magenta, et cyan) sont en face de la couleur de base ANSI, donc pas de difficulté à ce niveau.
Je pourrais garder l'orange et le violet à leur place, comme « rouge clair » et « magenta clair », sauf que ce n'est pas du tout plus clair ou plus emphatique que la couleur de base, et il faudra de toute façon faire quelque chose pour les autres couleurs claires, autant fabriquer 6 nouvelles couleurs claires et cohérentes.
Et il faut aussi trouver une façon de faire rentrer toutes les nuances de gris de Solarized dans l'espace ANSI plus petit.
Comme je l'avais expliqué dans Désolarisation, Solarized n'utilise en fait que 5 niveaux de gris : texte et fond normaux, texte et fond en emphase, et texte secondaire. Les 8 niveaux ne servent qu'à couvrir les variantes clair‐sur‐sombre et sombre‐sur‐clair avec la même palette, ce qui ne m'a l'air d'être d'absolument aucune utilité dans ma vie.
Pour le faire tenir 5 niveaux de gris dans l'espace ANSI, j'utilise l'astuce qu'en fait le standard ANSI définit implicitement une dix-septième couleur dans l'état par défaut du terminal.
J'ai donc décidé de mettre le texte et le fond normaux sur les couleurs par défaut, l'emphase un peu plus claire (aussi bien sur le texte que sur le fond) en gris clair sur noir (couleurs 7 et 0), le texte secondaire en gris foncé (couleur 8), et ça laisse la couleur 15 pour le blanc‐brillant‐qui‐pique‐les‐yeux.
Pour les couleurs claires, j'ai suivi la démarche de Dimidium, mais dans l'espace colorimétrique OKLCh, et en partant de OKsolar (qui ressemble suffisamment à Solarized pour mes habitudes). Concrètement, j'ai pris les couleurs de base OKsolar, j'ai poussé leur L de 0.631 à 0.7, et j'ai tourné la teinte de 14°.
Le résultat est clairement un premier jet perfectible, mais il a le mérite d'être tout à fait supportable. C'est donc exactement ce que j'attendais d'un premier petit pas vers une meilleure palette.
Les valeurs
Même si c'est un premier largement perfectible, autant partager avec le monde entier le résultat de cette démarche.
| Couleur | Solarized | OK-ANSIfié |
|---|---|---|
| Fond par défaut | #002b36 | #002d38 |
| Texte par défaut | #839496 | #98a8a8 |
| Noir | #073642 | #093946 |
| Rouge | #dc322f | #e64c53 |
| Vert | #859900 | #819500 |
| Jaune | #b58900 | #ac8300 |
| Bleu | #268bd2 | #2b90d8 |
| Magenta | #d33682 | #dd459d |
| Cyan | #2aa198 | #259d94 |
| Gris clair | #eee8d5 | #8faaab |
| Gris foncé | #002b36 | #657377 |
| Rouge clair | #cb4b16 | #fb6188 |
| Vert clair | #586e75 | #ada201 |
| Jaune clair | #657b83 | #cf9034 |
| Bleu clair | #839496 | #16ace7 |
| Magenta clair | #6c71c4 | #ea62cc |
| Cyan clair | #93a1a1 | #50b399 |
| Blanc | #fdf6e3 | #fbf7ef |
Adaptation des configurations
Je ne me souviens plus exactement si je suis passée par une phase de découragement devant le nombre de configurations à reprendre, mais je me suis rapidement convaincue qu'en fait les principales applications à ajuster sont irssi, mutt, newsboat, et vim. Et les premières n'ont pas tant d'éléments que ça, donc je m'attendais à pouvoir les ajuster facilement, il n'y avait que la coloration syntaxique de vim qui m'inquiétait vraiment.
Vim
Je ne sais plus trop comment je me suis convaincue que la configuration de la coloration syntaxique dans vim est d'une complexité qui me dépasse, ni que la variation Solarized est inutilement compliquée dans ce domaine. J'imagine que tomber sur un dépôt qui prétend proposer la même configuration mais sans bullshit, puis un autre qui n'enlève qu'une partie du bullshit, conforte ces impressions.
Je ne me souviens plus si j'ai essayé la version « sans bullshit » avant ou après avoir écrit Désolarisation, mais ma première réaction a été « beurk, ce n'est pas mon Solarized » et supprimer le fichier.
Comme ça reste une base extrêmement pratique pour ce que je veux faire, j'ai regardé de plus près pourquoi un truc qui prétend être identique ne l'est pas. J'ai découvert avec une certaine surprise que le thème Solarized que j'utilise depuis tant d'années n'a existé que pendant quelques jours en avril 2011, et que toutes les différences qui me déchirent les yeux viennent d'Ethan Schoonover lui-même.
Donc j'ai commencé par fabriquer mon propre “Solarized flattened” pour mesurer exactement l'étendue des dégâts. Je n'ai pas trop cherché à faire un thème utilisable, je voulais surtout de quoi faire un diff de l'apparence dans un terminal.
Voici les commandes que j'ai utilisées pour ce faire :
:put =execute('hi')
:%s/\n */ /g
:%!sort
:%!sed '/links/{;H;$x;$p;d;};$G'
:%s/ *gui[a-z]*=[^ ]*//g
:%s/xxx //
:%s/^\([^ ]*\) *links to \([^ ]*\)$/hi link \1 \2/
:'<,'>s/^/hi /
(remonter `hi Normal`)
:%s/ */ /g
:w txt-empty-hi.vim
En gros, la première ligne remplit le buffer initial avec la coloration courante, les suivantes trient les entrées et séparent les liens des configurations, puis virent les parties qui ne m'intéressent pas.
J'ai ensuite analysé « avec les yeux » le diff :
- disparition générale de pas mal de bold (je trouve ça plutôt bien),
- remplacement de pas mal de reverse par échange des couleurs de texte et fond,
CursorLineNrgris gras souligné → jaune (je n'utilise pas ça),Diff*perd reverse (je trouve ça beaucoup moins lisible),Pmenuperd reverse (je ne sais même pas ce que c'est),PreProcorange → rouge (ça a beaucoup joué dans ma première impression mais je m'y suis fait facilement),SpecialKeyrouge gras → gris (ça c'est dur, je préfère que ça me saute plus aux yeux, j'essaye de m'y faire quand même),WarningMsgrouge → orange (pas de souci),WildMenugagne reverse (pas de souci),vimLineCommentdisparaît.
Ça ne fait pas beaucoup de changement en quinze ans, et je crois que ma première réaction a été trop violente à cause du préprocesseur, devenu rouge agressif, des caractères spéciaux qui ressortent beaucoup moins, et du diff qui noie les différences dans la coloration syntaxique de base du fichier.
Après avoir fait la liste des différences supportables et de celles que je vais refuser, j'ai fait un script sed pour convertir un flattened pour Solarized en une configuration de couleurs pour ma variante ANSIfiée.
Irssi, Mutt, et Newsboat
Pour les autres applications, j'ai constaté au passage le manque de cohérence dans la coloration, alors qu'il n'y en que trois et que les plus grosses différences sont entre les deux configurations qui viennent de l'auteur de Solarized.
Je n'arrête pas de parler de newsboat, mais ma configuration a été reprise directement du newsbeuter que j'utilisais avant, et je ne sais du tout d'où j'ai recopié les sept lignes de thème. Je suis à peu près sûre que je les ai recopiées et non pas inventées, parce que je n'aurais pas choisi le magenta pour la majorité du texte sur mon écran.
Donc en parallèle de l'ajustement de ces applications, j'ai cherché à mettre en place un certain « langage graphique ». J'ai la flemme de faire des captures d'écran (en m'assurant qu'elles ne dévoilent pas trop de choses, alors que je n'ai pas les idées complètement claires sur ce que je suis prête à dévoiler ici), alors je vais le décrire avec des mots.
-
Les barres de statut sont en jaune gras sur fond « noir » (donc plus clair que le fond par défaut), comme mutt et newsboat, alors qu'irssi était noir sur fond vert.
-
Les entrées lues sont « normales », avec le texte et le fond par défaut, comme irssi et newsboat, alors que mutt les avaient en vert.
-
Le texte en relief que sont les entrées non-lues et les messages envoyés sur IRC sont en bleu, comme mutt et irssi, alors que newsboat les avait en magenta.
J'ai touillé un peu plus les couleurs d'irssi, notamment l'activité dans la barre de statut (jaune pour le texte normal, gris pour les trucs moins importants, rouge pour les trucs plus important).
J'ai aussi un peu touillé la configuration de mutt, qui est beaucoup plus
détaillée que ce à quoi je m'attendais, et j'ai découvert au passage
qu'elle était subtilement cassée depuis tout ce temps :
ce qui était censé être bright (surtout les différents niveaux de gris)
est rendu en gras dans la couleur de base.
Finalement je n'ai que traduit les niveaux de gris qui marchent, et j'ai gardé les couleurs anormales dont j'ai l'habitude, mais en les dégraissant. Le résultat est suffisamment « comme d'habitude » pour me plaire, et nettement plus reposant maintenant que le gras n'est plus généralisé.
Bilan
Ça ne fait que quelques semaines que j'ai fait cette rénovation de configuration, et je me demande si ce n'est pas encore un peu trop tôt pour juger. D'un autre côté, les changements visibles sont tellement subtils que je ne suis pas sûre d'avoir besoin de plus de temps pour me faire un avis.
Dans l'ensemble, je suis assez contente du changement. C'est assez peu intrusif pour ne pas y penser souvent, ce qui était un objectif initial.
La nouvelle palette est légèrement plus contrastée que le Solarized de base, et je trouve que c'est une bonne chose. Une conséquence négative est le peu de différence entre les couleurs de base et les variantes claires.
Je regrette un peu d'avoir fait ma rotation de teinte dans le sens ou le rouge clair tire sur le magenta, à l'opposé de l'orange de Solarized. D'un autre côté, ça m'a permis de voir la quantité de « rouge clair » dans mon terminal. Et aussi de voir que j'arrive à remarquer quand il y a du rouge qui tire sur le magenta là où j'avais l'habitude de voir de l'orange ; je ne m'y attendais pas étant donné le mal que j'avais à distinguer le rouge de l'orange sans les avoir côte à côte.
Je ne suis pas sûre que c'est une super-idée de mettre toutes les couleurs de base à la même luminosité, comme l'a fait OKsolar, ça réduit l'espace dans lequel les variations claires peuvent être placées. L'approche de Dimidium est peut-être plus saine, mais je ne sais pas dans quelle mesure les configurations à base de Solarized s'attendent à une luminosité uniforme.
Sur les différences visibles, j'aime beaucoup la nouvelle uniformisation entre mes applications. Je n'ai pas trop d'avis sur les changements dans vim, je me suis adaptée assez rapidement à la plupart d'entre eux, j'ai refusé le changement sur les diff, et j'hésite à refuser aussi des caractères spéciaux ; au total il n'y a rien de positif sur vim, que du neutre ou du négatif.
Le retour dans la sémantique ANSI est très satisfaisant intellectuellement, même si je n'en ai pas encore vu les conséquences concrètes (à part sur #gcufeed). Il est probable que je me rende pas compte de tous les ennuis que j'éviterai à l'avenir en essayant de nouvelles applications de terminal.
Bref, l'objectif de « petit pas qui ne se voit pas trop » est parfaitement rempli, et c'est peut-être suffisant pour calmer mes insatisfactions. Et si ça ne l'est pas, les bases sont posées pour essayer des choses petit à petit, individuellement sur chaque application et sur chaque terminal.
J'ai prévu la possibilité d'essayer d'autres palettes, avec Catppuccin et Gruvbox pour commencer. Je ne sais pas à quel point ce sont des rationalisations de « beurk ce n'est pas comme d'habitude », mais je trouve Catppuccin trop « pastel » au point d'avoir du mal à distinguer les couleurs entre elles, et Gruvbox trop « chaud », j'aime bien le bleu et les nuances bleutées.
Dans toutes les autres palettes que j'ai croisées par le passé, j'ai aussi souvent été rebutée par une trop forte luminosité du fond, je trouve que c'est un peu dommage de considérer un tel détail comme rédhibitoire, mais je ne comprends pas du tout l'intérêt, je n'y vois que des inconvénients.
Au moins, le champ expérimental est ouvert, et je pourrais l'explorer dans les prochains mois et les prochaines années. On verra bien après coup quel sera le prochain état stable que j'atteindrai.
Publié le 30 septembre 2025
Séparation de claviers
Comme je l'avais écrit dans le billet Filler, j'essaye depuis quelques mois de nouveaux claviers. C'est en train de s'embourber, et j'accumule beaucoup trop de choses à en dire, donc je vais commencer par décrire dans ce billet d'où je viens et pourquoi j'ai envisagé un changement.
La disposition QWERTY
Historique
Je ne sais plus si je l'ai déjà écrit quelque part, alors je vais le mettre ici aussi en espérant me souvenir que c'est là si je veux le référencer un jour.
En bonne petite française de France, j'ai commencé à taper sur des claviers AZERTY, sans me poser plus de question que ça.
Les choses ont basculé en 2007 ou en 2008, quand j'ai malencontreusement renversé un liquide sur le clavier intégré à Duat, et que j'ai constaté qu'un clavier de remplacement AZERTY (ISO) était trois fois plus cher qu'un clavier QWERTY (ANSI).
Il n'y a donc pas que l'affectation des touches qui change, mais aussi la forme de la touche Entrée (deux lignes en ISO contre une seule en ANSI) et du shift gauche (plus court que Tab en ISO, avec une touche supplémentaire).
Ces différences m'ont beaucoup plus gênée que l'affectation des touches,
parce que la mémoire musculaire qui vise le milieu de la touche Entrée ISO
fait appuyer sur la touche Entrée ANSI et la touche juste au-dessus,
et parce que l'AZERTY sur un clavier ANSI ne permet pas d'entrer les
symboles < et >, qui ont quand même une certaine utilité.
Je ne me souviens plus exactement ce qui m'a fait préférer le QWERTY, alors que je ne regardais plus ce qui était imprimé sur les touches depuis longtemps.
Probablement une combinaison du manque des symboles < et > et du
confort incroyable pour entrer des chiffres et les symboles [, ], {,
et }, qui sont courants dans les langages de programmation.
En tout cas, l'inconvénient d'utiliser une touche Compose pour entrer les lettres accentuées m'a paru suffisamment mineur pour l'accepter volontiers.
Je n'ai aucun souvenir de pourquoi je n'ai pas opté pour le QWERTY US international, je ne sais plus si je l'ai considéré et rejeté ou si je n'étais même pas au courant de son existence.
La touche Compose m'a ouvert ensuite la possibilité d'entrer tout un tas de
caractères fort opportuns, comme les guillemets « et », l'espace
insécable , les tirets, les chiffres indicés et exposants, les flèches,
etc.
Depuis cette époque j'ai donc utilisé une disposition QWERTY US standard, avec la touche Compose placée sur CapsLock, sans aucun regret.
Échec de panachage
Je n'ai jamais vraiment vécu dans un environnement où l'utilisation d'une disposition de touches alternative à l'AZERTY soit valorisée socialement. Je sais qu'il y a des cercles qui valorisent que le QWERTY, notamment l'école 42 (au moins à une époque), et j'imagine qu'il y a des cercles très sensibilisés à l'ergonomie, mais je ne les ai jamais connus personnellement.
Je ne cherche pas à me distinguer, et il n'y a aucune raison interne ni externe pour que je veille revendiquer mon utilisation du QWERTY au lieu de l'AZERTY.
Tout ça pour dire que j'ai essayé un certain nombre de fois de faire cohabiter le QWERTY et l'AZERTY dans ma tête, ne serait-ce que pour pouvoir utiliser confortablement un ordinateur partagé ou fournit par un client sans être obligée de devoir revoir la configuration.
Ça n'a pas marché.
Il paraît qu'il y a des gens qui arrivent à passer mentalement d'AZERTY à QWERTY, et peut-être d'ANSI à ISO ; j'ai rencontré dans ma vie plusieurs personnes qui prétendaient en être capable.
Ce n'est pas mon cas.
À chaque fois que j'ai essayé de basculer, pendant au moins cinq à dix minutes mes doigts hésitent entre les deux configurations, et ensuite des erreurs persistaient encore plusieurs heures, voire quelques jours.
Donc si c'est juste pour passer deux minutes sur un autre poste, c'est un coût prohibitif par rapport au changement de configuration.
Je me demande parfois si ça pourrait être une question d'entraînement, et si en m'acharnant à passer de l'un autre l'autre je ne pourrais pas arriver à avoir moi aussi ce switch mental.
Je n'ai jamais eu le courage d'essayer.
Les switchs Topre et les touches en PBT
Comme je l'avais écrit il y a un peu plus de onze ans, dans mon billet à propos de mon clavier RealForce, jusqu'en 2014 j'utilisais des claviers quelconques à pas cher.
Il y a des rares moments dans la vie où une nouvelle expérience bouscule une échelle d'évaluation d'une catégorie d'objets, parce que cette nouvelle expérience est tellement au-delà de tout ce qui pouvait être imaginé avant de la vivre.
Popov (de #gcu) qui me fait essayer son clavier RealForce a été un de ces moments pour moi.
J'avais conscience de l'existence des claviers mécaniques, mais aucun des essais que j'ai faits ne m'avaient convaincue. Je sentais la différence entre un clavier pas cher et un clavier de qualité, mais pas au point de m'en rendre compte quand je pense à autre chose (par exemple à ce que je suis en train d'écrire).
Je ne sais toujours pas s'il y a quelque chose de spécial dans l'interaction entre les switchs Topre et les touches en PBT, ou si c'est seulement l'accumulation des deux, mais cette expérience m'a fait changer tous mes claviers et détester tous les autres claviers.
Au fil des années, la magie de cette expérience tactile s'est émoussée, et ça fait depuis longtemps que j'arrive à supporter l'utilisation de claviers quelconques ; je continue de ressentir la supériorité tactile de ces claviers mais ce n'est plus transcendamment au-dessus des autres.
Cela dit, encore aujourd'hui, je tape ces lignes sur le même clavier RealForce que celui du billet (qu'on peut voir dans le fond de deux entrées de mon photoblog), et j'ai sur mon bureau de travail le HHKB pro qu'on voyait déjà dans mon inventaire en 2018. C'est dire à quel point ces claviers sont robustes.
Les non-sujets
Au fil des décennies, j'ai été confrontée à deux arguments majeurs pour changer de disposition et/ou d'affectation des touches :
- la vitesse de frappe,
- les troubles musculo‐squelettiques, que j'ai tendance à abréger par RSI.
Vitesse de frappe
Je n'ai que faire de la vitesse de frappe parce que je ne suis jamais sentie limitée à ce niveau. Je n'ai pas d'emploi de secrétaire, je n'ai pratiquement jamais eu besoin de faire de transcription (et les rares fois où j'ai essayé, ma vitesse de frappe spontanée s'est révélée suffisante), et l'écrasante majorité des choses que je tape sont inventées extemporanément, et c'est la vitesse de mon cerveau qui est le facteur limitant.
À quoi bon être capable de taper 200 mots par minute quand on n'en conçoit pas plus de quelques dizaines ?
Il me semble quand même intéressant de préciser que c'est un peu facile de se croire détachée de la vitesse de frappe quand on n'en manque pas, et les évènements récents dont je parlerai dans un futur billet me l'ont violemment appris.
Pour mettre des nombres sur tout ça, ces jours-ci je tape typiquement sur 8 touches par seconde, avec une précision de l'ordre de 96 à 98 %. Voici un exemple représentatif sur MonkeyType :

J'ai évidemment beaucoup moins que ça en texte libre, aussi bien en vitesse qu'en précision. Comme dit, c'est le cerveau qui limite la vitesse, donc ce n'est pas une surprise, mais j'ai l'impression d'utiliser Backspace beaucoup plus souvent qu'une fois sur trente. D'un autre côté ce n'est peut-être qu'une impression, puisque j'ai compté sur ce paragraphe entier, et je n'ai effacé que six caractères, en trois groupes, alors que ce paragraphe en compte 461.
À titre de comparaison, le premier jet de cet article (sans ce paragraphe) contenait 17 139 caractères, qui ont été entrés en 14 482 secondes (conception, recherches, et corrections comprises), soit environ 1.2 caractère par seconde en moyenne. Avant de mesurer, je m'attendais à une différence beaucoup plus grande entre ces deux vitesses.
Troubles musculo‐squelettiques
Le risque de RSI est quelque chose qui me touche beaucoup plus, mais ça fait (beaucoup) plus de vingt ans qu'une écrasante majorité de mes heures éveillées sont passées devant un clavier, et je n'en vois toujours pas le moindre signe.
J'ai tendance à penser que ma façon de taper, acquise de façon complètement spontanée et non-académique, me protège du risque de RSI, peut-être au détriment de la vitesse (dont je n'ai que faire).
Mes poignets sont toujours dans le prolongement de mes avant-bras, et ce sont les avant-bras entiers qui bougent pour que mes doigts puissent atteindre les différentes parties du clavier. J'ai un point de contact entre le bureau et la base de l'avant-bras près du coude, et ça fait office de pivot pour déplacer mes mains suivant des arcs de cercle.
Avec mes mains au repos, j'ai le majeur droit qui va de la touche V à la
touche Pause (au-dessus des flèches), et le majeur gauche qui va la
touche N à la touche tout en haut à gauche du bloc principal (` en
QWERTY ou ² en AZERTY).
Je suis très attentive à l'état de mon corps, et si j'avais ressenti la moindre gêne ou douleur quelque part dans mon poignet ou dans mes doigts, j'aurais remis en question tous ces choix de vie.
Et plus les années d'utilisation intensive de clavier passent, plus j'arrive facilement à croire que je suis protégée, pour une raison ou pour un autre.
Les vents du changement
Si la situation est aussi rose que ce que j'ai décrit ci-dessus, pourquoi changer ?
Je ne sais pas trop, et ça fait partie des choses qui me contrarient un peu.
Razer Tartarus
Je soupçonne que cette histoire commence avec mon acquisition d'un Razer Tartarus, en automne 2022, pour jouer à World of Warcraft.
J'ai plusieurs camarades de guilde qui conseillent à qui veut les entendre d'utiliser un « pad » de ce genre. Ils ont des appareils Logitech, qui ne sont plus produits, et au moment où je m'y suis mise il ne restait plus que Razer sur ce marché.
J'ai longtemps résisté, parce que je ne voyais pas ce que ça pouvait apporter de plus que mon clavier préféré.
Je ne me souviens plus exactement ce qui m'a fait craquer, mais le fait ce soit un appareil d'occasion pas trop cher a joué.
Et ça a été un autre de ces moments dans ma vie où je découvre une expérience que je ne pouvais pas imaginer avant de la vivre.
Concrètement, ce qui fait toute la différence, c'est d'avoir les flèches sur le pouce, alors qu'un clavier normal ne propose que la barre Espace et les modificateurs. C'est facile à décrire comme ça, ça donne accès à une quinzaine de touches de sorts en parallèle des flèches, mais l'impact sur la forme du jeu résiste à la mise en mots.
Résultat, j'avais l'air maligne, à dépendre à ce point d'un objet à la durée de vie incertaine et qui est sur un segment de marché en train de péricliter.
J'aurais pu juste en acheter un deuxième et le garder en réserve au cas où, mais ça me semblait plutôt cher pour ce que c'est. Et puis je me demandais si je ne pourrais pas trouver une alternative à la fois plus durable et utilisable au-delà de seulement World of Warcraft.
C'est comme ça que j'ai commencé à regarder en détail ce qu'il existe du côté des claviers scindés, dans l'espoir de trouver un périphérique d'entrée généraliste qui permette de jouer avec les déplacements sur le pouce gauche.
Les résultats sont super décevant : ça n'a même pas l'air d'exister. Il y a toute une variété de formes de groupes de touches à mettre sous le pouce, il y a même des touchpads et des trackballs, mais je n'ai pas trouvé la moindre croix directionnelle.
Ergo-L
Je n'ai plus aucun souvenir de comment j'ai découvert Ergo-L, ni de comment je me suis retrouvée à avoir envie d'y passer.
La découverte est probablement sur un stand de Capitole du
Libre 2023, ou dans les flux agrégés sur #gcufeed.
Je me souviens que j'y ai vu plusieurs personnes qui partagent leurs
dispositifs ergonomiques, et le journal du hacker a partagé en
novembre 2024 les principes d'optimisation derrière Ergo-L
(mais je ne sais pas du tout si je l'ai lu à l'époque).
L'expérience du passage d'AZERTY à QWERTY a exclu immédiatement l'idée d'utiliser Ergo-L sur un clavier ANSI ou ISO, mais si je passais à un clavier scindé (par exemple parce que j'en trouverais un avec un pavé directionnel au pouce), j'aurais toute ma mémoire musculaire qui serait purgée, et je pourrais en profiter pour utiliser une nouvelle disposition des touches.
Encore maintenant, je ne suis pas trop sûre de ce qu'Ergo-L apporte sur mon QWERTY habituel. Le plus évident est touche magique qui permet d'avoir les lettres accentuées en deux frappes, alors que ma solution à base de Compose en demande trois, mais c'est un peu léger. J'ai plusieurs fois regretté que mes séquences Compose ne contiennent aucune façon d'obtenir les lettres grecques, mais en vrai ça ne me manque pas si souvent que ça.
Ou c'est peut-être juste la façon la plus directe d'avoir toute la ponctuation que je veux dans les dix colonnes des claviers scindés minimalistes que j'ai choisis.
La vitesse d'entrée
C'est encore un autre élément dont je n'arrive pas à retracer le chemin dans mes pensées, mais il y a eu une certaine remise en question de l'idée selon laquelle je n'ai rien à gagner à être capable d'entrer du texte plus rapidement avec un clavier.
Encore maintenant, ce n'est pas plus qu'une remise en question, je n'ai pas encore de réponse.
Je ne serais pas surprise que cette remise en question vienne de la lecture de Dan Luu sur la productivité et la vélocité, parce qu'il attaque précisément l'idée que j'avais avant de découvrir l'article, et je suis plutôt d'accord avec ses arguments, au moins qualitativement.
D'un autre côté, quantitativement sur cette question en particulier, je ne suis pas sûre du tout qu'il y ait le moindre « retour sur investissement » dans ma vie si je pouvais entrer du texte plus rapidement, et je ne suis pas sûre du tout non plus de pouvoir sensiblement améliorer la vitesse d'entrée en changeant de clavier ou de disposition des touches.
D'ailleurs je ne sais pas si ça vient de Dan Luu, mais j'avais conscience de l'importance de la nuance entre vitesse de frappe et vitesse d'entrée. Je ne suis pas sûre de pouvoir gagner beaucoup de vitesse sur les mouvements physiques ; je n'avais pas encore mesuré les 8 touches par seconde, mais ça me semblait déjà honorable. J'avais l'impression d'avoir beaucoup plus à gagner sur la précision, pour réduire mon utilisation de la touche Backspace et rapprocher mon nombre de caractères par seconde de mon nombre de touches par seconde (encore une fois, avant d'avoir fait la moindre mesure).
Et tout ça est encore plus brouillé par le fait qu'au moment d'écrire ces lignes j'ai déjà évolué sur cette question, mais ce billet essaye de reconstruire mon état d'esprit juste avant d'acheter mon premier clavier scindé ; les enseignements de l'utilisation de ce clavier sont pour le prochain billet.
L'étincelle
Tout ce que j'ai décrit jusque-là ne fait que construire un climat d'instabilité, il en faut plus que ça pour franchir le pas. Comme avec la tentation cycliste, je ne cède pas à la légère.
Une contribution majeure a été la série Halcyon de splitkb.com, qui cumule les avantages de venir de l'espace Schengen (à une époque où les incertitudes sur le commerce international sont prégnantes), d'offrir plus de flexibilité que les claviers industriels (comme ZSA ou Dygma), sans pour autant obliger à sortir le fer à souder (l'assemblage en lui-même c'est juste chiant, j'ai surtout peur du diagnostic et des corrections des inévitables erreurs).
Mais ce qui a vraiment fait basculer les choses, et transmuté la frustration du « et si…? » en frustration du « et maintenant…? », ce sont l'exemple et les discussions avec un collègue utilisateur d'ErgoDox.
Conclusion
Voilà comment je suis partie d'une situation stable et confortable, en paix avec mes choix de clavier, pour me retrouver dans le maelstrom d'instabilité et d'incertitude que je vis aujourd'hui.
Je ne regrette pas (encore) d'avoir essayé les claviers scindés et Ergo-L, mais je suis bien en peine de tirer une conclusion ou une marche à suivre de ces expériences. Pourtant je suis déjà copieusement saoulée par cette situation (qui devrait être) transitoire.
J'essaye de noter soigneusement ces expériences, pour pouvoir en faire un billet précis et étayé, mais je suis encore incapable de prédire si le prochain billet sur le sujet annoncera que j'aurai tranché, ou si sera un nouveau billet d'étape intermédiaire sur ce chemin beaucoup trop long et tortueux pour mon goût.
Mise à jour : c'est un billet intermédiaire, Séparation à l'essai, et ça a l'air toujours aussi long et tortueux et je voudrais juste pour conclure dans un sens ou dans l'autre.
Publié le 31 août 2025
Tags : Autoexploration Goûts Jouets
Un kilo-ien plus tard…
Alors que je trie mon millième ien, je me dis que c'est un moment comme un autre pour se tourner vers l'arrière et regarder le chemin parcouru.
Motivations initiales
J'ai déjà décrit tout ça en détail dans mon billet iens en vrac et à l'unité, mais en résumé fin 2023 j'ai fait le constat que j'accumule n'importe comment des liens à regarder plus tard, et j'ai développé une application qui les range dans une base de données.
Le but de cette application était donc ostensiblement de mieux organiser les articles que je garde pour plus tard et de noter quelques conclusions après les avoir dépilés.
Cependant le contexte qui a lancé cette application était quand même le constat que je gardais (beaucoup) trop de liens « pour plus tard » sans ce que ce « plus tard » semble proche d'arriver. Il y avait donc le constat diffus que je gardais plus de trucs que j'étais capable de traiter, et j'espérais que cette application permette de mettre en évidence ce problème et de le résoudre.
J'espérais que la résolution se fasse par les deux côtés :
- que la quantité manifeste de liens accumulés serve de motivation pour en traiter plus, et ainsi augmenter le débit sortant ;
- que l'accumulation manifeste me rendre plus sélective sur les liens que je garde, et ainsi réduire le débit entrant.
En particulier, j'imaginais que le système de tags que j'attache a posteriori aux articles que j'ai lu permette de se faire une meilleure idée a priori de ce qui est pertinent à garder pour plus tard.
Accumulation en un an et demi
Je ne dirais pas que c'est un échec, mais ça n'a pas marché.
Emmanuel Macron
J'ai donc dépilé mon millième ien le 25 juillet 2025, après 572 jours d'utilisation de mon application. Ce qui fait une moyenne générale de 1.75 iens par jour.
À ce moment-là, j'avais 1212 iens enregistrés dans ma base de données, soit une pile‐à‐lire de 212 iens, ce que je trouve énorme.
Et cette pile ne s'est pas faite en un jour, voyez plutôt :

La partie fin 2023 est la pile‐à‐lire initiale pour lancer l'outil, on voit les premières semaines de mise en place en janvier, puis le début de l'accumulation dont j'avais parlé dans le premier billet, puis une stabilisation un peu au-dessus de 50 iens parce que j'ai fait des efforts pour redresser la situation.
Je ne sais pas exactement ce qui a changé à l'automne 2024, mais la pile‐à‐lire a manifestement subi une croissance continue jusqu'en avril 2025, où j'ai à nouveau repris les choses en main, mais encore une fois sans vraiment résorber de dette. Ce n'est qu'à la faveur des congés de juillet que j'ai pu faire visiblement descendre la courbe, comme les deux nettes baisses de 2024.
On retrouve la même chose en distinguant les flux entrant et sortant, avec un lissage exponentiel sur 30 jours, sinon la variabilité d'un jour à l'autre jette des points tout partout sur tout le graphe :

À quelques exceptions près, je n'arrive juste pas à lire suffisamment de iens par rapport à ce que je mets de côté ; au mieux je frôle l'égalité.
La moyenne de 1.75 iens par jour cache une période active, vers 2 iens/j, et un effondrement à l'automne plutôt vers 1 ien/j, avant de remonter péniblement jusque vers 1.5 iens/j.
Et pendant ce temps, je relève environ 2 iens par jour qui ont l'air intéressants.
La conclusion est implacable : des iens bien rangés dans une appli' ne m'incitent pas tellement à lire plus, ou du moins pas durablement, et ils ne m'incitent pas non plus à être plus regardante sur ce que je mets de côté.
L'explication est assez simple : l'application a une place dédiée dans mon tmux principal, donc je n'y accorde d'attention que lorsque j'y vais volontairement, lorsque j'ai du temps libre à y consacrer. Donc le débit sortant est largement déterminé par des circonstances qui me sont extérieures, peu importe la taille de la pile‐à‐lire. Et pendant que je dépile #gcufeed ou Bluesky, je n'ai pas l'application sous les yeux, et je mets de côté indépendamment de la taille de la pile‐à‐lire.
D'un autre côté, les variations de débit vont globalement dans le même sens, donc je dois avoir quelque part une intuition de la quantité de ressources temporelles que je peux y consacrer ; il faudrait juste une meilleure calibration. Ou plus de temps libre, puisque les courbes semblent se rejoindre quand les deux sont suffisamment hautes.
Le fait d'avoir pour chaque ien sa date de création et sa date de tri permet de faire des graphiques sur le temps passé dans la pile‐à‐lire, mais je n'ai rien trouvé à en sortir que je ne sache pas déjà. Dans l'ensemble je dépile majoritairement des iens récents, et très rarement je vais fouiller dans les vieux iens, et c'est encore plus rare depuis l'effondrement d'automne.
Si vous avez des idées intéressantes d'analyse de ces données, n'hésitez pas à me faire part de vos suggestions, j'ai l'impression que je suis loin d'avoir vu tout ce qu'il y a à en tirer.
Rangement des iens
Je vais commencer par le positif : je ne m'attendais pas à ce que cette application me soit aussi utile pour retrouver des articles passés.
Par rapport à l'ancien système, où après lecture il ne restait globalement plus que des informations dans ma tête, la combinaison des mots-clés dans l'URL et dans la petite description que j'écris me permettent de retrouver des références à partir du vague souvenir que j'en ai, et ça m'a plusieurs fois été très précieux.
En revanche, le système de tags que j'avais mis en place pour aider au rangement c'est révélé être une grande déception.
Tels qu'ils existent aujourd'hui, ces tags mélangent quatre types d'informations assez différentes :
- l'endroit où j'ai vu l'article,
- l'intérêt que j'ai trouvé (personnellement) à sa lecture,
- les thèmes de fond qui y sont abordés (comme l'IA ou la politique),
- des caractéristiques générales de l'article (comme le fait qu'il soit très court, qui raconte une histoire, ou que ce soit une référence relativement intemporelle).
Malheureusement, l'attribution (manuelle) de ces tags me semble tellement pourrie que je me méfie de toute information que je pourrais en extraire. Parfois ils m'aident à retrouver un article dont mon souvenir est trop vague pour donner des mots-clés utiles, mais je pense qu'un BM25 du texte me rendrait plus de services.
La source
Les tags source sont les plus fiables, parce qu'ils représentent une réalité objective enregistrée pour chaque entrée, mais ils sont aussi pratiquement inutiles tout seuls.
J'avais choisi de les inclure dès le début parce que j'avais l'impression que Lobsters est plus proche de mes centres d'intérêt que Hacker News, et je voulais vérifier et quantifier cette impression.
Mon intérêt
Malheureusement, les tags qui représentent mon intérêt font partie de ceux envers lesquels j'ai le plus de doutes.
J'étais partie avec une note sur 5, où un article « normalement intéressant » a 4, un qui m'enthousiasme inhabituellement a droit à 5, alors que s'il y a des morceaux pénibles ça tombe à 3. J'attribue 2 quand l'article dans l'ensemble me semble dispensable, au point que j'aurais préféré ne pas passer de temps à le lire, alors qu'il contient quand même quelques points intéressants. Alors qu'un 1 signifie une perte de temps complète.
Au tout début, j'avais imaginé que mes liens en vrac compteraient comme un 6, genre je suis tellement enthousiasmée que je les partage. Ça n'a tenu que quelques mois, et dès le numéro 11 mes liens un vrac sont un sous-ensemble relativement gros de la note 5.
Le plus gros problème, c'est que ce système de notation n'est pas très informatif, puisque les deux tiers des articles ont un 4 :

Et c'est même pire que ça, parce que je soupçonne que la différence entre un 3 et un 4 dépende plus de mon humeur du moment que des qualités intrinsèques de l'article par rapport à ma subjectivité personnelle.
En y ajoutant le fait que c'est rare que j'arrive au bout d'un article complètement inintéressant, donc en réalité il n'y a vraiment que trois catégories plutôt que six : extrêmement intéressant ou peu intéressant, à 4 % chacun, et commun pour les 92 % restants.
Comme je me suis embêtée à faire la ventilation des notes par sources, je vous partage le graphique, même si je ne trouve pas grand-chose à en dire :

Il y a bien un léger décalage en faveur de Lobsters, mais à ce stade ça pourrait être un biais personnel aussi bien qu'un vrai signal.
Je pense que la différence entre Lobsters et Hacker News est plus flagrante en amont : sur les 106 329 liens qui sont passés sur #gcufeed pendant ces 572 jours, il y en a 40 290 qui viennent de Hacker News, contre 13 200 qui viennent de Lobsters. Donc mon intuition de l'intérêt en ne voyant que le titre a l'air assez bien calibrée.
En passant, maintenant que j'ai sorti ces nombres, je suis étonnée d'être à ce point sélective sur les liens de #gcufeed que je suis. Je m'attendais à quelque chose comme 10 %, voire plus, alors que c'est plutôt de l'ordre du pourcent.
Les qualificatifs
Je mélange un peu les tags de fond et les tags de caractéristiques, et ça ne me semble pas très satisfaisant, mais c'est loin d'être ma seule source d'insatisfaction.
Ce qui me déplaît le plus, c'est que je n'arrive pas toujours à penser à tous les tags appropriés, et il n'y a pas vraiment de catégories que je pourrais systématiquement vérifier.
Résultat, si j'attribue un tag à un article, j'ai raisonnablement confiance dans le fait qu'il s'applique (quoiqu'avec les difficultés habituelles des limites floues), mais l'absence d'un tag ne veut pas du tout dire qu'il ne s'applique pas.
Je n'ai donc pas l'impression de pouvoir tirer de conclusion des populations de tags.
En plus pour mon utilisation personnelle, à chaque fois que j'ai essayé d'utiliser les tags pour affiner mes recherches d'un article dont j'ai un vague souvenir, ça ne m'a rien apporté, et dans beaucoup de cas ça m'a même ralentie, en comptant sur un tag qui n'était finalement pas là.
La publication
Après avoir tellement critique ce système de tags, on pourrait raisonnablement le penser condamner. En tout cas pour mon utilisation personnelle, les tags ne méritent pas l'effort de les poser.
Cela dit, les tags sont publiés dans mes flux Atom, sous forme de catégories, et ils sont peut-être utiles à quelqu'un qui suivrait ces flux. J'invite donc cette éventuelle personne à se manifester, parce que ça me demande suffisamment peu d'effort pour consentir à entretenir le système actuel s'il sert à qui que ce soit.
Et si vous avez des idées pour l'améliorer, je suis toute ouïe.
Appel au public
Dans tout ce qui précède, j'ai bien détaillé tout ce que fait pour moi mon gestionnaire de iens. C'est avant tout une application pour moi, qui a ses défauts, mais qui remplit un rôle précieux dans l'organisation des informations que je choisis de suivre.
Il y a des sous-produits que sont les flux Atom des iens dans ma pile‐à‐lire, des iens lus et classés, et des iens tellement bien qu'ils sont ou seront dans un billet « en vrac ». Ces flux ne me servent à rien, puisque j'ai tout ça dans l'application.
Je fais donc appel à vous, cher public, sur l'intérêt et les éventuelles évolutions de ces flux. Y a-t-il au moins une personne qui se sert de l'un de ces flux ?
Ils me demandent tellement peu d'effort, qu'une seule personne utilisatrice suffirait largement à justifier leur existence, mais s'ils n'intéressent littéralement personne, ils risquent de disparaître la prochaine fois qu'ils réclament mon attention.
Et si quelqu'un s'en sert, est-il ou sont-ils satisfaisants ? Puis-je faire quelque chose pour faciliter leur utilisation ? Les tags ou catégories ont-elles le moindre intérêt ?
Dans un certain sens, les billets En vrac sont aussi des sous-produits de l'application, et le dernier commentaire de Balise est une indication suffisante pour que je préserve cet aspect de l'application et de mon weblog.
Publié le 31 juillet 2025
Tags : Appel au public Autoexploration Évènement Site
En vrac 12
On dirait que ça fait plus d'un an que je ne vous ai pas infligé un billet de liens en vrac, alors que je voulais améliorer la fréquence…
Je traverse un peu une crise de foi : autant je suis largement convaincue par mon gestionnaire de iens pour mon usage personnel, autant j'ai des gros doutes sur la pertinence de mon classement niveau « en vrac » et je me demande si ça intéresse qui que ce soit.
Donc si d'aventure un lecteur passait par ici avec un intérêt manifeste pour cette liste sélectionnée aux p'tits ognons malgré ses défauts, n'hésitez pas à me le faire savoir avant que je la ferme.
En attendant, voici la fournée que j'ai choisie pour vous :
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Hugo Landau argumente que les ordinateurs sont intrinsèquement oppressifs, mais en fait c'est pire que ça : les machines sont intrinsèquement impitoyables. Les ordinateurs permettent juste de mettre des machines dans beaucoup plus d'aspects du quotidien, et cette déshumanisation s'accompagne d'une impitoyabilité croissante dans l'infrastructure sociale. (via Hacker News sur #gcufeed)
-
Moon partage son point de vue sur ce qu'était et ce qu'est devenu le cyberpunk, de 1980 à 2020 dans un très long post de forum qu'il faut repêcher de l'Internet Archive. Je ne suis pas sûre d'être d'accord avec tout, mais c'est la première fois qu'un essai me pose autant de questions aussi intéressante sur le genre, l'esthétique, et les histoires auxquelles je suis confrontée. (via Hacker News sur #gcufeed)
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Jason Koebler présente le collectif Four Thieves Vinegar qui partage des outils de piratage de médicaments, piratage qui est présenté comme le « droit à la réparation pour son propre corps », et j'avoue que je suis très sensible à leur argumentation, et le fait que la chimie, théorique autant que pratique, a toujours été magique à mes yeux n'aide probablement pas. Je l'ai lu avant que ce soit paywallé, mais aller directement sur le site de Four Thieves Vinegar est peut-être aussi bien. (via Slashdot sur #gcufeed)
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Bunnie explique la facilité technique des batteries piégées quasi indiscernables des batteries légitimes et il s'inquiète des conséquences de l'érosion de la confiance dans les batteries. Je trouve les descriptions très intéressantes et enrichissantes sur cette technologie du quotidien, et je partage largement ses inquiétudes quant à l'ouverture d'une boîte de Pandore. (via Hacker News sur #gcufeed)
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Two-Bit History retrace l'histoire du premier programme informatique, parce que j'ai moi-même répété moult fois qu'Ada Lovelace est la première personne à avoir écrit un programme informatique, mais je ne m'étais jamais demandé ce que fait exactement ce programme. Ce billet répond à cette question, avec le reste du contexte historique et ce qu'Ada Lovelace a apporté aux idées déjà présentes à cette époque. (via Hacker News sur #gcufeed)
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Edward Zitron développe son idée de l'« économie du pourrissement » (“rot economy”), qui généralise la merdification de Cory Doctorow, et il appelle à ne jamais pardonner aux responsables. C'est un essai très long car très détaillé, mais il me donne l'impression de décrire exactement le problème que j'ai avec la situation actuelle de la technologie informatique, et la situation qu'il dépeint pour les utilisateurs « de base » me semble à la fois vraisemblable et horrible. Je ne suis pas sûre que suivre son appel à partage l'information soit si efficace que ça, mais je dirais que c'est un prérequis pour espérer qu'il finisse par se passer quelque chose. (via Hacker News sur #gcufeed)
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Jieyu Zheng et Markus Meister se demandent pourquoi la conscience humaine semble fonctionner à environ 10 bits/s quand les systèmes sensoriels et moteurs fonctionnent vers 10⁹ bits/s, dans un édito de Cell. C'est une très bonne question, à laquelle ils n'essayent pas de répondre, mais la justification de ces deux ordres de grandeurs est fascinante, et m'a complètement convaincue. Il y a des conséquences amusantes qui en sont tirées sur les interfaces entre cerveaux et machine, et les fantasmes qu'elles inspirent, mais c'est beaucoup moins sérieux que le reste du papier. (via Lobsters sur #gcufeed, après avoir vu le lien paywallé via Hacker News sur #gcufeed)
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Edward Zitron décrit les « idiots des affaires » qui pourrissent toute la société occidentale, dans un essai très long mais très intéressant. Je me demande dans quelle mesure c'est simpliste, mais ça donne un sens pertinent à un tas d'observations que je partage moi-même, et ça m'a donné plein de clés et d'occasions de réfléchir sur le monde. Je suis juste un peu triste que cette compréhension n'a pas l'air de donner le mondre levier d'action pour (contribuer à) améliorer le monde ou même juste son propre sort. (merci à @monniauxd.bsky.social par repost du teasing de l'auteur)
-
Patricia Aas réfléchit sur le travail qu'est le développement logiciel, et comment les métaphores qui en parlent brouillent la compréhension parce qu'on n'est pas sur une ligne d'assemblage (ou un pipeline), ni même sur un graphe plus compliqué que ça, mais en fait le développement logiciel c'est la construction de cette ligne (ou ce graphe). Ça rejoint une autre ligne de réflexion, selon laquelle cette activité n'est pas produire du code (avec éventuellement d'autres artefacts autour), mais de la compréhension et de la modélisation du problème, dont le code n'est qu'un sous-produit. (merci à @keltounet.keltia.net par repost de l'autrice)
-
hristo2612 a fait SQLnoir, un site d'enquêtes à résoudre à coups de requêtes SQL, et c'est exactement comme ça que j'aime apprendre les langages de programmation, avec des cas d'utilisation concrets de difficulté progressive. Il n'y a aucune aide pour l'apprentissage, on a juste le problème et la zone de requêtes, et il faut construire par soi même sa compétence SQL (ou compenser par la patiente et la brutalité). Ça aurait peut-être gagné à être un poil plus guidé, mais je pinaille. (via Lobsters sur #gcufeed)
Publié le 13 juillet 2025
Tags : En vrac
Entretien et réparation
Une des ruptures majeures que je retrouve régulièrement entre mes valeurs et la société de consommation qui m'entoure concerne la quantité d'efforts et de compétences dans l'entretien et la réparation des objets du quotidien.
Pour moi, il me semble naturel d'agir sur le monde autour de moi, et dans un certain sens de le soumettre à ma volonté, c'est-à-dire faire en sorte de modifier mon environnement immédiat dans un sens qui est « meilleur » suivant ma propre échelle de valeur, et à plus forte raison quand cet environnement est le produit de l'humanité. J'ai conscience des ramifications potentiellement problématiques de ce fondement idéologique, mais ce n'est ici que je vais l'explorer.
Donc quand un outil ou un appareil ne me donne pas satisfaction, il me semble naturel et normal de chercher comment agir dessus pour améliorer cette satisfaction. Ce qui peut aller de la réparation à la restauration, voire jusqu'au hacking dans le sens noble du terme.
À l'inverse, j'ai l'impression que le monde autour de moi conspire à vouloir définir la normalité comme jeter un objet qui ne donne pas satisfaction, et en acheter un autre qui donnerait plus de satisfaction. Et éventuellement sous-traiter l'entretien et les réparations obscènement mineures, comme une sorte d'abonnement.
Du coup, c'est délicieusement rafraîchissant de trouver des poches de résistance dans lesquelles j'ai l'impression que la norme largement partagée est plus proche de mes valeurs profondes que de la société de consommation que je vomis. Les poches en question sont pour la moto et le vélo.
Et ça rend d'autant plus contrariant le fait de ne pas réussir à trouver satisfaction dans ce qui devrait être une utopie idéologique pour moi.
Parce qu'autant je veux être capable de faire l'entretien et les réparations basiques sur ma moto et mon vélo (et tout le reste), autant je n'arrive pas à trouver suffisamment de confiance dans mes compétences mécaniques pour y miser ma vie (dans le cas de la moto) ou mon confort pendulaire (dans le cas du vélo).
Dans la mise en pratique, je me suis heurtée au manque de clarté de la frontière entre ce qu'il est raisonnable de faire soi-même et ce qu'il faut raisonnablement sous-traiter à un professionnel, et au manque de sources d'informations dans lesquelles j'ai confiance pour acquérir les compétences que je veux maîtriser.
Voici à peu près mon état d'esprit général dans lequel j'écris ce billet. La suite va se limiter au vélo, et décrire mes mésaventures plus ou moins récentes.
Changement de chambre à air
Le coin de la frontière que j'ai le plus exploré est le remplacement de chambre à air, surtout quand il s'agit de l'arrière, et à plus forte raison dans un vélo à courroie comme l'Eovolt City X.
À froid, ça a l'air complexe à démonter, et le nombre d'occasions d'erreurs catastrophiques au remontage me donne sérieusement envie de sous-traiter.
D'un autre côté, j'ai arrêté de compter le nombre de personnes qui ont l'air de prendre ça comme une opération de routine pour n'importe quel cycliste. Y compris des gens qui ont un intérêt financier direct à ce que je sous-traite (mais qui ont professionnellement les compétences qu'il faut pour le faire sur le bord de la route sans compétence catastrophique).
Donc je me suis fait violence, je me suis jetée à l'eau, et j'ai regretté.
Première réparation (octobre 2022)
J'ai raconté dans Le vélo et moi ma première crevaison, sur la roue arrière de l'Eovolt, en octobre 2022. J'ai réparé la chambre à air in-situ, sans rien démonter du vélo, juste en sortant le pneu de la jante pour accéder à la chambre à air, et en le remettant ensuite.
Il est probablement pertinent de préciser à ce stade que la réparation a été faite avec un kit Velox avec rustines, colle à rustines, et démonte-pneus.
Deuxième réparation (octobre 2024)
Ma deuxième crevaison enregistrée à eu lieu en octobre 2024, et je trouve cet intervalle de deux ans très suspect, il faudra que je vérifie que je n'ai rien oublié. Admettons pour l'instant.
J'en profite pour saluer la robustesse des pneus Schwalbe Big Apple, livrés avec ce vélo, pour que la crevaison demande un morceau de verre aussi gros, et qu'un seul des deux morceaux de verre sur la photo n'arrive jusqu'à la chambre à air.
J'ai appliqué le même traitement à mon Vektron, parce qu'un dérailleur ce n'est pas tellement moins impressionnant qu'une transmission à courroie.
J'avais acheté entretemps une boîte de rustines autocollantes Muc-Off, et je n'ai manifestement pas réussi à boucher le trou avec, et je n'ai jamais réussi à les faire coller. J'en ai eu tellement marre que j'ai ressorti le kit Velox, et la colle à rustine entamée deux ans plus tôt s'est révélée plus efficace que ces rustines autocollantes.
Cette réparation n'était pas super-satisfaisante, avec une fuite de l'ordre de 0.3 bar/j, soit dix fois plus que la perte de pression considérée comme normale (de l'ordre d'un bar par mois, à ce qu'on m'a dit).
Au bout d'un mois j'ai fini par tenter l'ajout d'étanchéifiant dans la chambre à air, et ça a été efficace pendant au moins quatre mois.
Troisième réparation (avril 2025)
Ma troisième crevaison enregistrée a eu lieu six mois après la précédente, et il me semble que deux crevaisons par an est un rythme considéré comme normal par beaucoup de gens avec qui j'en ai parlé depuis que je fais des trajets pendulaires à vélo.
Cette fois c'était la roue avant, et un clou au lieu d'un morceau de verre.
J'ai fait comme d'habitude : pousser le vélo sur quelques kilomètres, et démonter le pneu pour colles des rustines in-situ.
Contrairement à d'habitude, je me suis retrouvée avec trois rangées de trous sur plus de dix centimètres de long, probablement avec le pneu qui glisse par rapport à la jante et à la chambre à air (couplée à la jante par sa valve). Je ne sais pas expliquer les trois rangées de trous ; le clou qui troue de part en part n'en explique que deux. Peut-être la jante ?
J'aurais probablement dû retirer le clou avant de pousser le vélo sur plusieurs kilomètres.
Ou écouter tous les gens qui disaient de changer la chambre à air sans se poser de question.
J'ai quand même essayé d'empiler les rustines autocollantes Muc-Off, et j'ai aussi fini mon stock de rustines à colle, et je n'avais toujours pas tout couvert.
Sur la photo ci-contre, on voit déjà une rangée de rustines, pour illustrer l'étendue de la zone affectée, avant que je découvre qu'il y a deux autres rangées de trous (une au-dessus et l'autre au-dessous), sur à peu près la même longueur.
Comme c'est la roue avant, c'est la version facile du démontage, alors j'ai pris mon courage à deux mains et une chambre à air neuve dans l'autre.
Et ça m'a explosé à la figure. Littéralement. Peu après avoir passé 2 bars, au moment de regonfler après avoir tout remonté.
Il paraît que les dégâts sont typiques d'une chambre à air pincée, mais j'avais pré-gonflé la chambre à air (autour de 0.4 bars) avant de remonter le pneu, donc je ne sais pas trop ce qui a pu se passer.
La chambre à air suivante était la bonne, et j'ai pu remonter la roue, et tout s'est bien fini ensuite.
En dehors du fait que le gonflage de cette chambre à air est un peu étrange, encore aujourd'hui : dans la dizaine de secondes qui suit un pompage, il y a 0.3 à 0.5 bar qui partent mystérieusement. J'ajuste la consigne en conséquence, et ça se finira à la pression que je veux.
Quatrième réparation (mai 2025)
Comme dit plus haut, l'effet de l'étanchéifiant dans la roue arrière a commencé à s'estomper dans les quelques mois qui précédaient, et après la réussite pour la roue avant, j'ai décidé de tenter le remplacement de la chambre à air arrière.
J'ai peut-être un peu trop pris la confiance, j'ai probablement sous-estimé la complexité d'un dérailleur, mais j'ai eu l'impression de réussir à m'en sortir.
J'ai été un peu surprise du peu de tension dans l'écrou de l'axe, mais j'ai le nécessaire pour que le disque du frein ne touche aucune des deux plaquettes, donc j'ai supposé que c'était bon.
Dans les trajets suivants, j'ai tout de suite remarqué que les vitesses passaient beaucoup moins bien. J'ai supposé simplement que j'avais simplement déréglé le dérailleur.
Et puis j'ai déraillé pour la première fois, vers l'intérieur. Il m'a fallu vingt minutes pour remettre le plateau, et j'ai soigneusement évité la première vitesse (de peur de passer la zéroïème), mais j'ai pu repartir.
Et puis quelques trajets plus tard, 50 km après le remplacement de la chambre à air arrière, j'ai senti le frein arrière tout mou. Je me souviens plus exactement comment j'ai fini par comprendre le problème, mais le disque était sorti de l'étrier, parce qu'un côté de l'axe de la roue était sorti de sa place.
J'ai remis la roue comme j'ai pu, et je suis allée voir le mécanicien pour lui demander de faire le tour. Il n'a rien trouvé à redire, à part que mes plaquettes de frein sont à changer de toute urgence.
J'ai le vague souvenir que quand des plaquettes se touchent, elles se collent définitivement, et je me demande si ce n'est pas ça plutôt que l'usure qui les a achevées.
L'entretien
Suite à ces conséquences qui ont battu mes records de catastrophisme dans ma vie de cycliste, j'ai pris rendez-vous au plus tôt pour que des professionnels fassent le tour complet du vélo, même si j'avais plusieurs mois d'avance sur l'entretien annuel.
Et pour faire ça au plus tôt, j'ai pris rendez-vous chez un mécanicien près du boulot plutôt que près de chez moi.
C'était fort intéressant, mais ses remarques me laissent avec plus de questions que de réponses.
La lubrification
Il paraît que ma chaîne et ma cassette étaient très usées, et à la limite de la rupture.
Mais en même temps il me disait que 3640 km avec la transmission d'origine, c'est très bien, surtout avec un « gros » moteur (Bosch performance) et qu'il a vu des vélos avec une transmission à changer après 1800 km.
J'avoue que j'ai complètement négligé la lubrification de la chaîne, mais j'imagine que les techniciens s'en sont occupés à chaque révision.
D'un autre côté, il semblait dire que la façon de rouler joue aussi, et que mon habitude de démarrer sur la vitesse la plus facile aide à prolonger la vie de la transmission.
Résultat, je ne sais pas du tout où j'en suis, sur ce résultat ; mais surtout, je n'arrive pas du tout à savoir quelles « bonnes pratiques » sont vraiment pertinentes.
Ça va trop me saouler de dégraisser et relubrifier la chaîne tous les week-ends, donc il va falloir trouver un protocole pas trop chiant, pour que j'arrive à me motiver pour le faire, mais suffisamment efficace dans ce cadre.
Je suis d'autant plus perplexe que je suis à peu près sûre de ne jamais avoir senti la transmission aussi peu résistante qu'en sortant de cette révision. Y compris tous les passages précédents à l'atelier. Y compris dès l'achat, pour autant que je me souvienne.
J'ai fait de mon mieux pour mémoriser les impressions physiques depuis, pour avoir au moins un élément d'évaluation du niveau de lubrification.
Le nettoyage
Il a fait un nettoyage complet de mon vélo.
Pourquoi pas hein, c'est gentil. Et puis ça au moins c'est un truc à ma portée.
Mais est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ?
Est-ce que c'est utile de risquer une catastrophe comme mon seul démontage de roue arrière, juste pour retirer la boue accumulée dans le garde-boue ?
Est-ce qu'il y a une conséquence, en dehors de l'esthétique, au transport de toute cette boue et toute cette poussière collées ?
Le reste
Il a remarqué que l'axe de la roue arrière était monté à l'envers.
Effectivement, si on vérifie sur la page de Tern, on peut voir sur les photos officielles que le quick release est à gauche sur la roue avant, mais à droite sur la roue arrière.
Donc a priori, celui qui m'a installé les axes antivols n'y a pas fait attention, et a posé les deux vers la gauche.
Je n'ai aucune idée des conséquences que ça peut avoir, mais ce ne serait pas invraisemblable que ça ait contribué à ma catastrophe de roue arrière.
Mais à un niveau meta au-dessus, j'ai l'impression qu'il y aurait des choses à conclure du fait qu'il ait vu ce détail, qui a été raté à la première livraison et aux révisions suivantes.
D'un autre côté, c'est peut-être dangereux d'en déduire quelque chose sur le niveau général de compétence de ce mécanicien.
Dans le même genre, il a resserré la charnière centrale, et de façon beaucoup plus forte qu'elle n'a jamais été sur ce vélo, au point que j'ai du mal à la manipuler. Mais si l'alternative est une défaillance de cette charnière, je préfère largement en baver un peu plus à chaque pliage et dépliage.
Et cette fois encore, je me demande si c'est une compétence rare dont j'ai eu la chance de bénéficier, ou juste du show. C'est une modification spectaculaire et marquante, pour faire face à une menace informe, et qui peut prévisiblement construire une illusion de compétence.
Bref, c'est exactement le genre de lubrifiant social qu'il faudrait pour faire passer une facture gonflée (si tant est que 214 € pour une révision de vélo soit gonflé) tout en se faisant bien voir.
Comment distinguer le vrai artisanat de qualité du commerçant qui roule des mécaniques ?
Conclusion
J'ai détaillé tout ça d'une part pour documenter ma vie, parce que j'ai déjà perdu des détails que j'aurais bien aimé garder, pour que moi‐du‐futur puisse s'en servir, et d'autre part parce que c'est une illustration représentative de ma relation avec beaucoup d'autres objets.
Pour compter sur mon vélo pour faire des trajets pendulaires, j'ai besoin d'avoir l'impression de pouvoir compter dessus, ce qui veut dire entre autres être capable de gérer une crevaison à plusieurs kilomètres de chez moi et de mon bureau. Même si j'ai une réunion importante ce matin-là.
Pour accepter qu'un objet ait une place importante dans ma vie, j'ai besoin d'avoir l'impression de pouvoir gérer d'une façon ou d'une autre les défaillances vraisemblables, et de pouvoir maintenir cet objet en conditions opérationnelles.
Les compétences de maintien en conditions opérationnelles servent non seulement directement, pour le faire, et aussi indirectement, pour avoir un regard critiques sur le travail et les conseils des professionnels dont je dépends pour ce qui va au-delà de l'entretien de base. Et surtout pour savoir où est la frontière entre ce que je peux faire et ce qu'il faut laisser aux professionnels.
Suis-je ou non censée être capable de :
- savoir quand lubrifier ma chaîne de vélo ?
- remplacer une chambre à air arrière d'un vélo à chaîne ?
- régler le dérailleur après l'opération précédente ?
- remplacer une chambre à air arrière d'un vélo à courroie ?
- remplacer l'huile de ma moto ?
- remplacer le liquide des freins de ma moto ?
- diagnostiquer et remplacer un condensateur défaillant dans mon lave-linge ?
- réparer ou remplacer une chasse d'eau qui fuit ?
- corriger le câble mural de ma chambre, où l'interrupteur est sur le neutre ?
- installer un mitigeur sur ma douche ?
- repeindre la salle de bains ?
- détecter une fuite de fluide caloporteur dans une pompe à chaleur ?
- installer une unité de climatisation ?
Et surtout, comment suis-je censée trouver la réponse à ces questions et à toutes les innombrables variations ? Comment acquérir les compétences que je juge être censée avoir ?
Quand j'étais plus jeune, j'aurais fait confiance à mes recherches sur grand 'ternet pour y répondre.
Déjà avant la généralisation du slop, le SEO m'a fait perdre cette confiance. Dès que mes recherches m'amènent vers des pages dont le contenu pourrait avoir le moindre impact commercial, je commence à tout remettre en question. Le slop a généralisé ce scepticisme stérile aux pages dont le contenu pourrait avoir le moindre impact idéologique.
Et maintenant, je suis forcé de constater que ce scepticisme stérile n'est même plus limité aux pages internet. Quand j'ai un authentique mécanicien en chair et en os en face moi, je me demande s'il donne des conseils utiles ou s'il essaye de faire passer une facture gonflée.
Je ne sais plus rien faire, le Doute a tout mangé.
Publié le 30 juin 2025
Tags : Autoexploration Évènement Réflexion
Filler
Ça fait depuis longtemps que je ne cache plus de tenir un rythme mensuel de publication sur weblog uniquement pour l'esthétique de la section « archives », parce que pour des raisons plus ou moins arbitraires j'ai fait ce moteur de weblog en considérant les archives comme une collection de tags comme une autre, et qu'un tag existe spontanément dès qu'une page le référence, et cesse d'exister tout aussi spontanément en l'absence de référence. Donc un mois sans publication n'est pas un mois vide, mais une absence complète dans le calendrier.
Si j'ai plusieurs fois publié in extremis des billets en fin de mois, c'est la première fois que je fais ouvertement un billet de remplissage. J'espère que ça ne va pas devenir une habitude.

Histoire de mettre quand même un minimum de substance dans ce billet, le graphe ci-dessus montre la distribution des dates de publications dans leur mois, qui est à peu près uniforme avant une augmentation pendant la dernière semaine du mois, et un pic encore plus prononcé le dernier jour du mois.
Et pour mettre encore plus de substance, j'ai dressé une petite liste des sujets qui auraient pu me servir de billet pas‐de‐remplissage s'ils avaient été un peu plus avancés. Il n'est pas exclu du tout que des futurs billets piochent dans cette liste, moralement ce sont plus des teasers (même si j'en abandonnerai peut-être quelques-uns) que des capitulations (quitte à en déterrer quelques-unes).
Difficulté à faire des trucs
La principale raison pour laquelle aucun sujet n'a abouti, c'est que j'ai beaucoup de mal à faire des trucs ces jours-ci (disons depuis plusieurs mois, peut-être un an, voire deux, mais pas plus).
Je ne sais pas si c'est juste de la fatigue, ou quelque chose de plus inquiétant qui pourrait relever de choses comme de la dépression, du brownout, des séquelles de commotion, ou autre chose qui affecterait mes fonctions exécutives.
Je ne sais pas non plus si ça s'est accentué ces derniers mois, ou si j'ai juste plus d'obligations qui laissent moins de place aux loisirs, ou si c'est intrinsèquement stable et la seule accentuation est mon attention sur cette question.
Bref, aujourd'hui je n'ai pas de description plus claire que ça, et ce n'est pas mon genre de faire un billet pour trois pauv' paragraphes.
Je sais mieux ce que ça n'est pas, et c'est comme ça qu'est né le billet précédent où je parlais de ma version de la crise de la quarantaine. Je ne suis toujours pas sûre qu'on puisse vraiment parler de « crise », mais ce que j'y décris est quelque chose qui dure depuis plus longtemps et qui me gêne beaucoup moins.
Nouveaux jouets
Traditionnellement le mois de mai est le mois de l'inventaire, et en début d'année j'espérais avoir un Go Bag concret ce mois-ci (raté), ou au moins avoir fini mes réflexions autour de « couverts d'EDC » en parallèle de mes couverts de voyage (raté aussi), que je pourrais montrer avec les autres évolutions de mon EDC (qui finalement se limitent à des yubikeys et un tournevis que je ne suis plus sûre de garder en EDC).
Bref, à peine de quoi faire un paragraphe, pas de quoi faire un billet.
Aventures mécanico-cyclistes
J'ai encore crevé, et comme la première fois j'en sors gravement saoulée, et avec l'envie de jeter complètement ce moyen de transport, sauf que toutes les alternatives disponibles sont encore moins à mon goût.
Comme on m'a répété plusieurs fois que les rustines ce n'est pas génial et que changer une chambre à air c'est un truc de routine qu'un cycliste de base fait au bord de la route, j'ai eu l'arrogance de croire que c'était à ma portée, et mes deux chambres à air ont été changées ces deux derniers mois.
Et trente kilomètres après avoir changé celle de la roue arrière, j'ai fait face à mon premier déraillage. Et vingt-cinq kilomètres plus loin, j'avais l'axe de la roue arrière luxé de 2 cm, le disque de freinage hors de portée des patins, la roue voilée, et tous les choix de vie qui m'ont menée jusque là remis en question.
J'imagine que je pourrais tenir un billet en décrivant tout ça avec le niveau de détails qui hante habituellement ces pages, mais quoi bon ? La plus grande partie de la frustration vient de ne pas en avoir tiré de leçon.
Il est clair que la crevaison est un risque non-négligeable, qui a l'air de m'arriver environ deux fois par an, ce qui a l'air « normal » pour tous les gens avec qui j'en ai parlé, et je ne vois aucun moyen supportable d'y faire face.
Mise à jour : j'en ai finalement un long billet le 30 juin 2025, plein de détails et de questions mais sans leçon : Entretien et réparation.
Nouveau clavier
J'ai acheté des claviers séparés, un Elora pour chez moi et un Ferris Sweep au boulot, que j'ai configurés en Ergo-L.
Ça fera presque sûrement l'objet d'un billet futur, où je détaillerai mes motivations (enfin, le peu que j'en comprends) et le processus de mise en place.
J'en suis au stade où c'est utilisable, avec une vitesse de frappe trois fois plus lente que mon clavier habituel et des fautes de frappes trois fois plus fréquentes.
Et surtout au stade où je suis embourbée dans la question « à quoi bon ? », sans avoir quoi que ce soit à mettre en face.
Les switches Boba 4U 62 g sont trop durs pour moi, les Ambients Twilight 35 g sont trop mous, ou trop linéaires, et aucun des deux ne me procurent le plaisir tactile de Topre. J'aime beaucoup la réduction de bruit, mais si même Linus Torvalds n'arrive pas à s'y faire en six mois, j'ai du mal à espérer y arriver sans douleur.
Mise à jour : j'ai développé la situation de départ dans le billet Séparation de claviers et mes impressions mitigées et hésitantes dans le billet Séparation à l'essai, et ce n'est pas fini…
Changement de thème de couleurs
Ça fait déjà sept mois que j'ai publié le billet Désolarisation, 43 minutes avant la fin du mois, avec mon envie de me débarrasser de Solarized mais sans avoir trouvé de remplaçant satisfaisant.
Je cherche encore, mais entre Selenized, Catppuccin, Dimidium, et Lunaria, j'ai ce qu'il me faut en palettes, je verrai au quotidien lequel me plaît le plus.
Ce qui me manque cruellement, c'est une configuration logicielle qui se restreint aux 16 couleurs ANSI, surtout pour vim ou neovim (en dehors de la coloration syntaxique, je devrais pouvoir le faire à la main). Je suis en train d'envisager sérieusement de laisser tomber la recherche et d'apprendre à faire ça moi-même, soit en suivant les guidelines de Catppuccin avec l'affectation que j'aurai choisie aux 12 couleurs ANSI, soit en inventant moi-même quelque chose sur les couleurs ANSI, adaptées suivant une palette ou une autre.
Mise à jour : j'ai commencé à faire cette configuration, en modifiant a minima ma l'aspect actuel, et j'ai expliqué le processus dans un long billet le 30 septembre 2025 : Solarized, mais ANSI.
Publié le 31 mai 2025
Crise de la quarantaine
Avertissement : J'ai un peu de mal à écrire ce billet parce que toutes les formulations que je trouve me donnent l'impression d'être beaucoup plus dramatiques que ce que je voudrais exprimer. Donc finalement je vais garder les mots « crise », « problème », autres du même niveau d'intensité, quitte à faire « tempête dans un verre d'eau » au début. J'espère qu'à la fin de ce billet les choses seront plus claires.
Je pourrais faire le même avertissement sur « de la quarantaine », parce qu'il est de fait que je suis quadragénaire, mais je ne vois pas trop le rapport avec ce que je vais décrire dans ce billet.
J'imagine que c'est quelque chose qui peut se produire après une certaine période de stabilité et qui pourrait donc se retrouver régulièrement dans la même tranche d'âges, mais je me garderai bien de généraliser quoi que ce soit dans mon vécu personnel.
Ça va bien
Je vais encore en rajouter une couche, mais subjectivement, je vais très bien, aussi bien physiquement que psychologiquement. C'est important de (re)commencer par là, parce qu'en zoomant sur des détails on perd facilement le sens de leur proportion.
Depuis plus de quinze ans, ma vie n'a pas arrêté de s'améliorer, selon les critères que je juge pertinents pour la qualifier d'« heureuse » ou de « satisfaisante ».
Cette amélioration continue dure même depuis plus de vingt ans, si on accepte de négliger quelques régressions dont la durée et l'amplitude me semblent négligeables à l'échelle de ma trajectoire sur ces vingt années.
Et je ne remonte pas plus loin dans le passé parce que je manque de mémoire (tant en quantité qu'en fiabilité des souvenirs), et non pas parce que la tendance ne va pas plus loin.
Bref, je vis ma meilleure vie. D'ailleurs je me demande si ça ne fait pas partie du « problème ».
Le sommet dans le brouillard
J'en suis arrivée là parce que les décisions dans ma vie sont globalement prises pour obtenir une satisfaction immédiate ou pour investir dans quelque chose qui devrait fournir une satisfaction future.
Dit comme ça, on pourrait appeler ça un « processus d'optimisation », parce que c'est un schéma tellement courant en ingénierie qu'il a un nom et des techniques et des savoir-faire qui vont avec.
J'ai vu passer il y a quelques mois un article de Near qui applique ce principe à la personnalité. Je ne vais pas jusque-là, mais c'est vrai que c'est un outil transposable dans plein d'autres aspects du quotidien.
Bref, en termes grand-public, je cherche à améliorer ma vie petit-à-petit, au quotidien, une petite décision après l'autre. C'est comme si je cherchais à atteindre un sommet en me disant que c'est vers le haut, et qu'il suffit de monter tant qu'on peut.
Un défaut bien connu de cette technique est le risque de se retrouver coincé dans un « extremum local », c'est-à-dire qu'une fois que je suis tout en haut de la colline du coin, il n'y a plus moyen de monter, et s'il y a une montagne dans les parages, il faudra d'abord descendre avant de pouvoir l'atteindre.
Sauf que dans un paysage par temps clair, on peut voir facilement les alentours et déterminer si une colline plus haute se trouve à proximité. Dans les problèmes d'ingénierie comme dans ma recherche de satisfaction dans ma vie, la visibilité est beaucoup plus mauvaise, et descendre de son sommet de colline est un pari. Un pari sur la possibilité, ou non, de trouver plus haut dans la direction choisie, de préférence sans passer trop de temps dans une vallée trop profonde.
Et pour compliquer encore les choses, l'ingénierie informatique propose des sauvegardes pour les cas où on perd le pari, alors que dans ma vie j'ai l'impression d'avoir en plus du brouillard un très mauvais sens de l'orientation, au point que quitter mon sommet de colline porte un gros risque de ne plus jamais pouvoir le retrouver si le pari n'est pas gagnant.
Comme dit plus haut, je vis aujourd'hui ma meilleure vie, jusqu'à présent. Ça monte encore un peu, mais dans l'ensemble je suis arrivée déjà très haut, beaucoup plus haut que j'aurais pu imaginer il y a vingt ans, ou même il y a dix ans.
Et je suis déjà arrivée tellement haut que si je me mettais à descendre dans une direction au hasard, il y a de fortes chances que je ne revienne jamais aussi haut.
La prime à la fidélité
Pour donner un exemple plus concret, mon travail me plaît bien ; rien ne m'empêche de démissionner pour aller tenter ma chance ailleurs, mais de ce que je connais du marché de l'emploi actuel ce serait beaucoup d'efforts pour se retrouver avec un emploi qui me plaît moins. Un peu comme relancer un dé alors que j'avais déjà obtenu 5, ça peut être mieux, mais pas de beaucoup, et ça a beaucoup plus de risques d'être bien pire.
Donc je ne vais pas faire ça.
Et plus je « fais mon trou », ou plus je m'investis dans les relations et dans l'infrastructure de mon travail, plus j'améliore ma situation actuelle, mais plus je perdrais en repartant de zéro ailleurs.
C'est encore plus marqué dans les contextes amoureux et amicaux, où l'investissement non-transférable « normal » est beaucoup plus haut que dans l'emploi salarié (surtout en SSII).
Cette « prime à la fidélité » fait naturellement émerger un effet Lindy : plus on reste longtemps dans un de ces contextes, plus on a tendance à rester longtemps.
Et j'imagine qu'au bout d'un moment, quand on est resté dans un poste ou un couple ou un cercle amical suffisamment longtemps, on peut avoir l'impression de ne plus pouvoir en sortir sans un évènement négatif majeur.
Je ne serais pas surprise que les trajectoires de vie « normales » conduisent à ce stade à peu près vers la même tranche d'âges.
Ma version de la crise de la quarantaine
Mais en quoi est-ce un problème d'être « bloqué » dans une situation positive juste par le fait qu'elle est plus positive que les alternatives ?
Sans aller jusqu'à des expressions douteuses comme « cage dorée », il y a tout simplement le fait que ces situations positives ne sont pas parfaites. Il y a des points négatifs, des nuisances mineures, bref des compromis. Mes efforts continus d'amélioration de mon sort ont beau chercher à les éliminer, ou au moins les atténuer, il en reste toujours.
Et ceux qui restent sont majoritairement ceux contre lesquels je me bats depuis le plus longtemps, en vain.
Et à la longue, ça saoule.
Je rechigne à donner des exemples, parce qu'ils sont vraiment négatifs et mineurs, au point que les nommer ici serait leur donner une importance disproportionnée. En plus du fait que la plupart ne rentrent pas dans ma ligne éditoriale, que la majorité ne peuvent être communiquées sans un contexte beaucoup plus grand qu'un billet entier de weblog, et que ça met sous une lumière défavorable toutes les personnes impliquées, moi comprise.
DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL
Si vraiment il vous faut un exemple, fût-il vague, on pourrait prendre la tendance de ma hiérarchie professionnelle à répondre par la crispation autoritaire à la demande de compréhension des règles mises en place.
Ou mon (impression de) manque sommeil chronique, qui est ces jours-ci principalement causé par mon emploi du temps qui est lui-même le résultat d'un compromis entre mon principal cercle amical d'un côté et mon trajet pendulaire (lui-même résultat de ma situation professionnelle, ma situation géographique, et ma situation de couple) de l'autre.
FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL
Intellectuellement, je vois très bien que tous ces compromis sont largement en ma faveur, et que tous ces points négatifs sont ridicules comparés aux versants positifs auxquels ils sont attachés. C'est évident. Mais émotionnellement, ça saoule quand même.
Il y a une (petite) partie irrationnelle au fond de moi qui en a marre de ces points négatifs, et de ces compromis. Qui aime beaucoup le mot « s'encroûter », que j'ai rencontré il y a quelques années, avec toute la connotation négative que je lui trouve, pour désigner la situation actuelle. Qui en a marre de ce sommet de colline, et qui veut se casser de cette plaine pour aller gravir une vraie montagne. Qui veut tout brûler pour tout reconstruire en beaucoup mieux. En parfait.
Cette partie de moi est fermement maintenue sous contrôle par une partie de moi beaucoup plus pragmatique. Je reconnais cependant les envies qu'elle suscite, et je peux tout à fait imaginer comment y succomber pourrait me conduire au type d'actions qui évoquent l'archétype populaire de la crise de la quarantaine.
Et maintenant ?
La rédaction de ce billet arrive relativement tard dans cette histoire. Il a fallu d'abord que j'identifie ce sentiment, puis que je l'affronte, que je lui permette de passer sur moi et au travers de moi, pour ensuite tourner mon œil intérieur sur son chemin.
Tout cela étant fait, se pose maintenant la question de qu'y faire.
Jusqu'à présent, j'ai intuitivement géré ce sentiment dans l'univers hypothétique : si un glissement de terrain détruisait ma colline, il n'y aurait plus de sommeil auquel m'accrocher, et je pourrai sereinement aller chercher une montagne ailleurs.
Les gens sont parfois surpris que j'emploie des expressions comme « quand je serai virée » ou « quand mon homme me jettera dehors » alors qu'il n'y a pour l'instant rien qui puisse me laisser penser que ces hypothèses soient plus d'actualité ou probables qu'à n'importe quel autre moment de ma vie.
D'une part, j'ai conscience du bouleversement majeurs que ces situations hypothétiques provoqueraient dans ma vie, au point que je trouve que c'est un bon investissement intellectuel de passer un peu de temps à y réfléchir s'y préparer et éventuellement prendre quelques mesures bon marché qui en mitigent les conséquences.
Mais d'autre part, c'est aussi une façon d'explorer le monde imaginaire où je ne suis pas prisonnière du confort de ma situation présente, et où il est raisonnable d'aller chercher d'autres situations où toutes ces irritations mineures n'existent pas.
Je suis aussi sensible à l'approche de ce que j'ai assimilé du stoïcisme, à compter sur l'utilisation de mon autonomie intellectuelle pour me détacher des pulsions que je subis et sur lesquelles je n'ai aucun contrôle. C'est juste une description un peu plus noble de la « partie de moi plus pragmatique » que j'ai évoquée plus haut.
Et bien évidemment, je vais continuer d'essayer d'améliorer petit-à-petit ma vie sur tous les fronts, y compris tous les irritants mineurs, parce que leur irritation croissante rend leur amélioration de plus en plus positive.
Cependant je reste un peu inquiète, parce que je m'attends à ce que l'irritation de cette crise continue de devenir de plus en plus forte au fil du temps, alors que l'imagination a ses limites et j'ai du mal à compter sur l'entraînement au stoïcisme pour y devenir moi-même perpétuellement de plus en plus forte.
Je pourrais espérer que ce soit juste une phase, et que ça finisse par passer tout seul, sauf qu'espérer n'est pas une stratégie.
Résultat, j'ai aujourd'hui dans la liste des catastrophes majeures potentielles dans ma vie l'hypothèse « quand je succomberai à la Crise de la Quarantaine », et je n'aime pas du tout le peu de mesures préventives ou mitigatives que j'arrive à mettre en face pour l'instant. Et je n'aime pas du tout le côté « catastrophe auto-infligée » de ce scénario, alors que j'ai l'impression de valoir beaucoup mieux que ça.
Je pense avoir encore au moins des mois avant que ça n'arrive, et j'espère pouvoir trouver prochainement suffisamment de mesures pour me rasséréner. Mais ce n'est toujours pas une stratégie.
Publié le 27 avril 2025
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