Le bonheur fermier

J'ai récemment rencontré à nouveau un sentiment étrange, alors j'ai saisi l'occasion de l'explorer et le documenter. Et fatalement, j'ai réfléchi dessus, parce que je ne sais pas m'en empêcher (et quand bien même je le saurais, je crois que je ne le voudrais pas), et il me semble avoir trouvé au passage des idées intéressantes.

Les évènements bruts

J'ai une définition assez étroite du mot « ami », et j'ai l'impression que le dévoiement de ce mot sur les espaces numériques a rendu mon concept encore plus strict.

Je considère donc que je n'ai pas beaucoup d'amis, et encore moins de groupes d'amis.

Le groupe d'amis encore actif que je hante depuis le plus longtemps est GCU, ça fait depuis tellement longtemps qu'il y a même encore des traces de drama et de bons moments qui restent dans les archives de ce weblog, avant que j'apprenne à me tenir.

Un membre important de ce groupe est iMil, qui s'est mis au live streaming sur twitch depuis quelque temps. Dans ses derniers streams du mercredi, qui vont encore être disponibles en replay pendant un peu de temps après la publication de cette page, il a fait une rétrospective de GCU.

Habituellement je ne regarde pas de streams, la vidéo ce n'est pas vraiment ma zone de confort, je préfère le texte (et ça m'a un peu rassurée de lire que je ne suis pas la seule), mais pour les amis je fais une exception.

Le craquage

Je m'attendais à ce que cette rétrospective contienne une collection de moments sympa', que j'ai pu vivre directement ou par procuration au travers de la mémoire collective de ce groupe, et que ce serait un très bon moment.

Et c'est bien ce qu'il s'est passé, je suis très contente d'avoir suivi ces vidéos. Je ne peux juger à quel point c'est intéressant pour quelqu'un qui n'a pas de lien affectif avec GCU, parce que l'expérience est trop différence de la mienne, mais moi j'ai beaucoup aimé et j'ai passé un très bon moment.

Il y a juste un tout petit sentiment négatif qui est venu parasiter cette expérience, et je me focalise sur lui non pas pour sa place significative, car elle ne l'est pas du tout, mais pour son côté inattendu.

Et ce sentiment, je l'ai souvent rencontré lors de rétrospectives. Celles qui me reviennent spontanément avaient lieu dans des mariages, mais il a pu y en avoir d'autres.

Ce sentiment, c'est l'impression que ma vie est fade à côté de ce que ces gens ont vécu. Et que c'est ma faute. Que j'ai raté quelque chose.

Il y a évidemment un biais de sélection dans les rétrospectives : on n'y mentionne que les faits les plus marquants, et dans ce genre d'évènements on ne veut que les faits les plus positivement marquants. Une sorte de "best of". Et je sais bien que c'est complètement injuste de comparer le "best of" de quelqu'un d'autre avec son propre quotidien.

Sauf que j'ai tenu compte de ce biais : ce sentiment n'est pas l'impression que mon quotidien, ou ma vie en moyenne, fait pâle figure à côté du "best of" d'iMil ou de la mariée ; c'est plutôt l'impression que mon "best of" est insipide par rapport au leur.

Parce que là, comme ça, dans le temps qu'il me faut pour concevoir, rédiger, et éditer ce billet, je ne trouve pas un seul évènement dans ma vie qui arrive à la cheville de faire un procès à Microsoft, en termes de quantité de joie manifestement ressentie par les participants.

Pourtant au quotidien, choix après choix, j'ai l'impression d'avoir plutôt une bonne vie. Surtout ces jours-ci. Alors qu'est-ce que j'ai pu rater dans ma vie pour arriver à un résultat aussi pathétique ?

J'ai plusieurs fois été accusée de faire dans le misérabilisme, et je ne comprends pas trop comment mes interlocuteurs arrivent à ce genre d'idées. En l'occurrence, cette question m'intéresse surtout pour en tirer une éventuelle rectification de tir pour tirer meilleur parti du temps qu'il me reste en ce monde.

La ferme et la mine

Les évènements étant posés, je vais faire une petite digression conceptuelle sur laquelle je vais m'appuyer ensuite.

Je ne sais plus du tout d'où j'ai sorti cette idée, mais ça me semblait tellement naturel que je croyais que c'était archi-connu, aujourd'hui je ne trouve absolument aucune référence dans mon moteur de recherche préféré.

L'idée générale est qu'il y a deux modèles d'acquisition de ressources : la ferme et la mine.

La ferme, ou l'agriculture en général, correspond à une acquisition lente mais prévisible. On sème des trucs, on fait l'entretien nécessaire, et au bout d'un moment on finit avec plus de trucs, et on peut recommencer. Il y a certes des bonnes récoltes et des mauvaises récoltes, mais la variation entre les unes et les autres n'est pas énorme, surtout par rapport à l'autre modèle.

La mine, ou l'extraction de ressources naturelles en général, correspond à une acquisition rapide mais très aléatoire. On prospecte et on ne trouve rien, on prospecte encore et on ne trouve toujours rien, et on s'accroche à la prospection malgré l'absence complète de résultats, et puis parfois on tombe sur un filon, qu'on épuise plus ou moins rapidement, et il faut ensuite retourner prospecter.

Je ne sais pas trop à quel point ces situations correspondent à l'agriculture et à l'extraction du XXIᵉ siècle, mais au moins par le passé et caricaturalement, je vois assez bien les archétypes qui ont conduit à ces modèles.

Ce que je trouve intéressant, c'est qu'un modèle n'est pas intrinsèquement meilleur que l'autre : la prévisibilité a certes une valeur, mais ça ne dit pas si les gains substantiels du filon suffisent ou non à compenser son imprévisibilité.

En revanche, le manque de prévisibilité ou de régularité aboutit à une gestion complètement différente des ressources, et je trouve que c'est intéressant dans un large éventail de situations d'évaluer si on est en train de faire une ferme ou une mine, et de savoir avec quel modèle on est le plus à l'aise.

J'ai cru que c'était archi-connu parce que je retrouve souvent cette distinction dans les termes dérivés. Par exemple, le bitcoin se mine, parce que la preuve de travail est souvent faite pour rien, comme une prospection infructueuse, et ponctuellement « ça marche » et ça rapporte beaucoup.

À l'inverse les réputations à World of Warcraft se farment, parce qu'elles sont souvent construites en accumulant sur une longue période de temps des petites actions qui rapportent une quantité à peu près fixe de réputation.

Évidemment, ça ne marche pas toujours. Par exemple, encore à World of Warcraft, il y a des gens qui « farment » des objets rares en tuant toujours le même monstre, jusqu'à ce que le hasard fasse que l'objet convoité se trouve dessus, ce qui correspond exactement à ce que j'ai décrit comme « miner ».

La ferme du bonheur

Il se trouve qu'en général dans ma vie, je suis plus à l'aise dans le modèle de la ferme que dans celui de la mine.

Donc presque à chaque fois, je vais chercher une quantité de bonheur prévisible et garantie plutôt qu'aller tenter ma chance pour peut-être avoir, si j'ai de la chance, une quantité inhabituellement grande de bonheur.

Et je suis en paix avec ce choix, je suis comme ça, c'est tout.

Et si on reprend la question des rétrospectives, on peut facilement imaginer que les meilleurs jours des mineurs sont beaucoup plus impressionnants que les meilleurs jours des fermiers. De même que les pires jours des mineurs sont probablement pires que les pires jours des fermiers, et plus nombreux.

J'étais dans la foule autour du stand Microsoft pendant le procès avec GCU, et c'est une occasion qui a beaucoup plus d'éclat et de fun que n'importe quel donjon mythique que je fais avec ma guilde de World of Warcraft. Mais des donjons mythiques, je dois en avoir fait déjà des milliers ; ça a beau ne pas avoir l'intensité d'une parade GCU, c'est un morceau de bonheur sur lequel je peux compter encore et encore et encore, et à la fin l'accumulation ne me semble pas ridicule.

Donc pour revenir à la question conductrice, « qu'est-ce que j'ai raté dans ma vie pour avoir un "best of" aussi insipide ? », la réponse me semble être simplement que j'ai raté des occasions de miner, parce que j'ai préféré m'occuper de ma ferme.

Je ne rendais pas compte en faisant ces choix que ça allait me coûter les rétrospectives intéressantes. Et finalement, je ne regrette toujours pas, sacrifier les rétrospectives pour mon petit champ de bonheur me semble être un petit prix à payer.

Le goût des souvenirs

Il y a quelques années, je ne serais peut-être pas allée plus loin dans ces réflexions. Maintenant que j'ai appris à conduire une moto, j'ai découvert que j'aime ça mais je n'arrive pas à m'en souvenir et ça n'a pas l'air de s'améliorer au fil du temps (et je le répèterai aussi dans le bilan 2021 si je me décide à finir de l'écrire).

Je parle depuis le début de mes rétrospectives insipides, mais il m'a fallu du temps avant de remettre en question leur existence. Et si mon manque de mémoire du plaisir à moto n'était pas limité à cette activité, et touchait aussi mes autres souvenirs ?

Et si les rétrospectives que j'essaye de construire étaient insipides parce que les ingrédients de base sont eux-mêmes insipides, et non pas parce que mon vécu l'est ?

Quand j'essaye de retrouver le meilleur moment de ma vie, je tombe généralement sur la fête surprise qui a été organisée à mon insu pour mes 25 ans, et quand j'essaye de trouver le deuxième meilleur moment je reviens bredouille, incapable de départager une multitude d'ex æquo.

Et en grattant un peu plus, je me rends compte de cette de fête des 25 ans est assez vague émotionnellement, par exemple je ne saurais pas dire quel instant ou quelle période j'ai préféré dans cette journée.

Et maintenant que j'ai la moto pour comparer, je trouve tout à fait possible qu'en fait j'ai peut-être juste mémorisé l'information froide que j'ai beaucoup aimé cette journée, sans mémoriser l'émotion elle-même.

J'en sors donc avec la nette impression que ma mémoire autobiographique est complètement vide d'émotions, positives comme négatives, et que ce fait a été brouillé par une tendance à reconstituer ou ré-éprouver les émotions manquantes, ou à simplement faire sans.

Je ne comprends juste pas très bien comment j'ai pu faire semblant d'être un être humain vaguement opérationnel malgré une telle lacune.

Je me souviens qu'à une époque où je broyais souvent du noir, j'avais lu une théorie selon laquelle les gens « normaux » auraient régulièrement des souvenirs heureux qui leur reviennent en tête, alors que cette fonctionnalité manquerait aux dépressifs. Il y a beaucoup de choses discutables là-dedans, mais j'ai pu constater, et confirmer moult fois depuis, que je n'ai jamais de souvenir positif qui me revient spontanément.

Bref, indépendamment du modèle général de la ferme par rapport à la mine, je trouverais nettement plus d'émotions par empathie avec les gens qui présentent leur rétrospective qu'en allant gratter dans les souvenirs froids qui composent ma propre rétrospective.

Le côté positif de cette conclusion, c'est qu'elle va aussi dans le sens que finalement je n'ai rien raté, et je suis bien comme je suis, en acceptant mes difficultés à faire des rétrospectives comme simplement un autre domaine qui ne fait pas partie de mes points forts naturels.

Conclusion

À chaque fois que j'ai vu passer une rétrospective, j'ai été gênée par l'impression de ne pas en avoir moi-même. Je combats cette gêne en comprenant que mes préférences personnelles sur la façon de vivre ma vie la rend moins propice aux rétrospectives, et qu'une particularité de ma mémoire autobiographique me rend particulièrement mauvaise pour évaluer mes propres rétrospectives.

Maintenant que j'ai trouvé une réalité intéressante derrière la première réponse, je ne peux m'empêcher de me demander s'il n'y aurait pas autre chose d'intéressant derrière la deuxième réponse.

Il faudra cependant attendre la prochaine rétrospective que je rencontre pour vérifier si je peux l'apprécier sans rencontrer cette gêne, ou si cette émotion résiste à ma tentative de déconstruction intellectuelle.

Publié le 19 juin 2022

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

Mon premier go bag

Le mois de mai revient, et je continue mon habitude d'en profiter pour faire l'inventaire. La liste des objets que je transporte au quotidien (Every Day Carry) n'a pas trop changé, alors cette année je vais développer la liste des objets que j'utilise au quotidien sans les transporter, sauf en voyage.

Les motivations

Ce billet se trouve dans la continuité de l'esquisse de go bag que j'ai détaillée l'année dernière. Vous y trouverez tous les tenants et les aboutissants, que je vais rapidement résumer ici.

Avant chaque voyage, quelle qu'en soit la durée, je suis toujours hantée par le stress d'oublier quelque chose, et je trouve ça particulièrement désagréable. Au point de chercher activement à lutter contre.

Ce stress me mobilise suffisamment pour qu'il soit très rare que j'oublie quelque chose dont j'ai spécialement besoin pour ce voyage (documents du projet pour un voyage professionnel, cadeau pour aller fêter un anniversaire, etc).

En revanche, j'ai du mal à me rendre compte de tous les objets que j'utilise au quotidien chez moi et qui me manqueraient si je ne suis plus chez moi. J'ai vécu plusieurs oublis particulièrement pénibles de tels objets.

La situation s'est nettement améliorée lorsque j'ai fait une checklist de tous ces objets, publiée en tant que « module 6 » de mon Every Day Carry en 2018.

Si cette liste est très efficace pour éviter les déconvenues après le départ, le résultat est plutôt mitigé sur ma sérénité avant le départ. Il faut quand même faire le tour de l'appart' avec la checklist, pas trop tôt pour garder à leur place les objets dont j'aurai encore besoin avant le départ, et pas trop tard pour ne pas allonger inutilement la période d'anxiété avant d'avoir tout coché.

Le but premier de ce go bag est de contenir physiquement tous les objets dont il est question, de sorte à être toujours pratiquement prête à partir, et normaliser ainsi la situation.

Le cahier des charges est donc qu'en prenant mon sac à main, mon go bag, un stock de vêtements adapté à la durée et aux conditions météo, et les objets particuliers pour ce trajet, je sois prête à partir. Et si j'ai du temps libre avant le départ, passer en revue le contenu du go bag pour enlever ce qui ne servira pas dans ce cas particulier.

Donc par rapport à une checklist abstraite, il s'agit de rassembler tous les objets dans ledit sac, et trouver une procédure pour maintenir cet état (surtout remplacer les consommables avant leur expiration, et choisir entre dupliquer les objets du quotidien pour les avoir à leur place et dans le sac, ou faire du sac leur place).

Il y a un but secondaire, que je ne cherche pas encore à atteindre mais que je garde en tête au cas où je puisse facilement m'en rapprocher : poser les bases d'un sac d'évacuation.

Dans le principe, je trouve que les scénarios des survivalistes sont trop peu probables et les bénéfices d'un sac d'évacuation trop faibles, pour que je me donne la peine d'en concevoir et d'en maintenir un.

Cependant, en considérant des « ruptures de normalité » de plus petite échelle (comme l'incendie ou l'inondation de l'immeuble dans lequel j'habite), et en supposant un go bag déjà opérationnel, l'effort supplémentaire devient raisonnable devant les bénéfices escomptés.

Comme le go bag n'est pas encore opérationnel, cet effort supplémentaire est encore loin dans le futur, mais ce n'est pas une raison pour laisser les efforts présents insulter ce futur.

L'inventaire

L'objet principal de ce billet est de partager le contenu de mon go bag, et pour chaque objet la logistique qui est associée.

L'intérêt pour moi est de prendre du recul sur la situation pour y réfléchir calmement, et pouvoir m'en servir de checklist régulière pour vérifier que tout est à sa place et pour construire une liste d'action pour l'entretien logistique.

L'intérêt pour vous est de constater où j'en suis et éventuellement de me conseiller sur la logistique et l'évolution de cette liste.

J'ai encore choisi une organisation modulaire, non seulement parce que ça aide à organiser les idées, mais aussi parce que les objets sont utilisés à des endroits différents. Il y a donc une pertinence à avoir physiquement des sous-sacs que je peux déployer dans mon lieu provisoire de vie.

Sur la route

Avant d'arriver à destination, il y a des objets utiles pendant le voyage lui-même :

La connectique électronique

J'ai une collection de câbles et de chargeurs spécifiques pour mes jouets électroniques :

Le câble micro-USB sert à charger les jouets qui ont le port correspondant, mais l'adaptateur de l'oreillette est trop petit pour le laisser tout seul, donc il est attaché à ce câble.

Tous ces éléments sont dupliqués et stockés dans le go bag, sauf l'adaptateur de l'oreillette qui est rangé là (principalement par flemme d'en acheter un deuxième, combinée avec un doute sur l'espérance de vie restante pour cette oreillette).

Salle de bains

La trousse de toilette est historiquement le premier sous-sac maintenu dans état « prêt à partir », et je l'ai enrichie récemment après avoir succombé à la tentation du vélotaf.

Table de chevet

Ce module-là a sa place sur ma table de chevet, juste à côté du lit.

Je garde dans ce sous-sac de la place pour des médicaments que j'utilise parfois le soir ou dans la nuit, mais que je ne peux pas ranger dans le go bag.

Imprévus

Ces objets ne sont pas très utiles dans le cadre d'un go bag, mais ils sont les premières briques d'un éventuel futur sac d'évacuation.

À ajouter

Malheureusement il y a des objets qui ne peuvent pas être dupliqué ou mis en rotation, et auxquels je vais donc devoir penser avant chaque voyage :

Conteneurs

Autant je suis assez contente de l'établissement de l'inventaire ci-dessus, et du rassemblement physique de cette collection d'objets, autant la situation des conteneurs est particulièrement fruste : j'ai tout collé en vrac dans une caisse.

Une partie du problème est que la liste n'est pas complètement stabilisée, ce qui aboutit à des variations significatives de volume nécessaire pour chaque sous-sac.

En plus, j'aimerais bien faire quelque chose d'un peu plus malin qu'un bête sac, qui pourrait organiser et peut-être protéger le contenu.

Je n'ai pas avancé non plus sur le conteneur d'ensemble : j'ai plein de sacs à dos, mais ils ne sont pas très pratiques si j'ai déjà quelque chose sur le dos, ce qui est souvent le cas ces jours-ci ; j'ai un sac de sport 25 ℓ qui serait opportun en attendant mieux, mais je l'ai égaré ; j'aurais bien tenté quelque chose qui ressemble à une mallette ou une petite valise, mais ça suppose d'avoir stabilisé la liste des objets et des sous-conteneurs.

Bref, tout reste à faire.

Conclusion

Lorsque j'ai esquissé mon go bag l'année dernière, j'espérais arriver à un état plus mûr un an plus tard.

D'un autre côté, même dans un état aussi peu abouti, je sens déjà le début des bénéfices que j'espérais, et ça m'encourage à persister dans cette voie.

Les prochains voyages seront autant d'occasions de mettre ce système à l'épreuve, et j'espère à nouveau me retrouver avec un go bag stabilisé l'année prochaine.

Un peu comme avec mon EDC, qui a presque plus changé entre 2015 et [2016] qu'entre 2016 et aujourd'hui.

Ensuite on verra peut-être à quel point je serai loin d'un sac d'évacuation urbain (si ce n'est pas un oxymore).

Update : Je n'ai pas pris le temps de faire des photos des différents objets énumérés ici. Est-ce que ça vous manque ? Est-ce que ce serait mieux avec ? Ou le texte aride comme ça n'est pas pire ?

Publié le 31 mai 2022

Tags : Jouets Suite

En vrac 6

Ça fait longtemps que je n'avais plus sorti de liens en vrac, ça commençait à s'accumuler et pourrir…

Publié le 10 mai 2022

Tags : En vrac

Les gens ne sont pas cons

Je vois de plus en plus souvent autour de moi l'affirmation « les gens sont cons », ou des variations de la même idée, de la part de plus en plus de personnes, dans des contextes et des milieux de plus en plus variés.

Je vais dans ce billet m'attaquer à cette affirmation, sans vraiment défendre la négation qui sert de titre à ce billet (ce qui n'est pas la même chose, contrairement à ce que pourrait penser certains non-constructivistes), en vous présentant toutes mes excuses pour le bait-and-switch.

Donc dans les titres qui suivent, les pronoms « ce » et « ça » désignent bien l'affirmation et non pas la négation éponyme.

Ça appelle le fascisme

J'ai moi aussi pu tenir ce genre de propos, jusqu'à relativement récemment, lorsqu'une lecture m'a expliqué que dire « les gens sont cons » c'est aller vers le fascisme, et c'est de là qu'ont commencé la plupart des réflexions de ce billet.

Je suis très triste de ne plus retrouver la référence de cette lecture (si ça vous dit quelque chose n'hésitez pas à me le communiquer), mais l'argumentation m'a suffisamment marquée pour que je puisse en reproduire la substance ici.

En gros, quand quelqu'un dit « les gens sont cons », ça veut généralement dire « les gens prennent des décisions dont les conséquences sont pires que d'autres décisions », avec un périmètre desdites conséquences généralement plus larges que les gens en question (mais pas toujours). Ce qui revient à dire qu'« il serait préférable (dans le périmètre sous-entendu) que d'autres décisions soient prises », et de là il n'y a qu'un pas jusqu'à « il serait préférable que d'autres décisions soient imposées à ces gens ».

Le locuteur ne s'inclut généralement pas dans « les gens », mais qu'il pense à lui-même ou à une autre entité pour effectuer la prise de décision, ça reste l'idée que les choses iraient mieux dans le périmètre sous-entendu en asservissant les gens en question.

À partir de là, il n'y a pas loin pour juger que la perte d'agentivité (mot que je l'utilise dans sens du mot anglais agency) est plus que compensée par l'amélioration générale de la vie dans ce périmètre. Je ne sais pas trop combien de personnes se retiennent de faire ce saut, et je ne suis pas sûre d'aimer le savoir.

Je ne maîtrise pas assez les sciences politiques estimer quel chemin il reste à parcourir entre ce saut et le fascisme, mais avec l'intuition que j'ai de ce concept j'ai l'impression qu'on n'en est pas très loin.

Depuis un certain temps je vois passer pas mal de textes s'inquiétant de la montée du fascisme (encore plus que de textes s'inquiétant de la mauvaise utilisation et de la banalisation de ce mot), et je ne peux que constater la montée parallèle des affirmations du type « les gens sont cons ». Pourrait-il y avoir effectivement une corrélation, voire une connexion dans un graphe causal ?

S'il suffisait d'écarter cette idée des champs mentaux pour contribuer à assainir la situation politique locale, j'encouragerais vivement tout le monde à le faire. Et vu d'ici, c'est une action tellement bon marché, surtout avec les autres bénéfices détaillés plus loin, que je propose de le faire au cas où.

C'est une impasse intellectuelle

Indépendamment des conséquences que peut avoir une vision du monde contenant l'idée « les gens sont cons », le cheminement ci-dessus m'a frappée par le saut entre des actions (des prises de décisions) et une caractéristique intrinsèque des acteurs (la connerie). Ça sent un peu l'erreur fondamentale d'attribution tout ça.

Mais en fait, j'ai l'impression que c'est même pire que ça. Dans les cas que j'ai rencontrés, j'ai très souvent eu l'impression que « les gens sont cons » est utilisé en réponse à une question implicite en pourquoi, soulevée par le constat de décisions considérées comme mauvaises.

Indépendamment de l'éventuelle véracité du constat « les gens sont cons », c'est particulièrement mauvais quand c'est utilisé comme réponse plutôt que comme simple constat. Un peu comme « parce que Dieu le veut », c'est une réponse qui tue la question, et qui empêche de réfléchir en fermant tout le champ intellectuel qui pourrait être exploré en y répondant.

Je pense que pratiquement personne ne s'est retrouvé dans un isoloir en se disant « je suis con, donc je mets ce bulletin dans l'enveloppe » ; il y a même probablement plus de « Dieu le veut, donc je mets ce bulletin dans l'enveloppe ». Les raisons subjectives sont intéressantes, il y a des choses à comprendre et idées intéressantes à construire sur cette compréhension, qu'il y ait ou non dans la connerie (peu importe la définition qu'on en a) dans le processus.

Par exemple, en remplaçant « les gens sont cons » par « tels gens sont aveuglés par leurs émotions », on remplace la fermeture d'une impasse par l'ouverture sur d'autres questions comme « d'où viennent ces émotions ? », « quels escrocs les exploitent ? », « comment permettre aux gens de se défendre ? », « comment éviter que ce terreau fertile n'apparaisse ? », etc.

Ou peut-être que devant les mêmes décisions, « les gens sont cons » sont à remplacer « tels gens ne jugent pas ces décisions comme mauvaises », et on remplace la fermeture d'une impasse par l'ouverture sur d'autres questions comme « quelles sont leurs échelles de valeurs ? », « aurions-nous ignoré des éléments importants dans leur jugement ? », « les alternatives que nous favorisons sont-elles au moins possibles ? », etc.

Il paraît que certaines personnes sont angoissées par des questions, surtout quand il est difficile d'y apporter une réponse satisfaisante. Je ne crois pas avoir déjà vécu ça, mais je peux imaginer le besoin de tuer certaines questions pour préserver sa propre santé mentale. Je ne jugerai personne pour avoir recours à la volonté divine ou à la connerie humaine dans ce cadre ; en revanche je jugerai négativement le fait de se voiler la face et faire passer un de ces dogmes pour un constat.

Et j'invite tous ceux qui n'ont pas besoin de ce dogme à le rejeter, parce que contrairement à d'autres questions angoissantes qui ont des réponses religieuses, il y a vraiment des choses positives à faire en s'appuyant sur les alternatives pertinentes à la connerie humaine généralisée.

C'est un phénomène émergent

Un autre saut mental douteux qui m'a interpelée est le passage de « les gens sont cons » à « chaque humain [du groupe désigné par « les gens »] est con » alors qu'il y a un gouffre entre la prise de décision en groupe et les capacités individuelles de chaque membre de ce groupe.

J'ai pu constater un bon nombre de réflexions « les gens sont cons » devant un constat de mauvaises décisions qui est beaucoup facile pour le locuteur que pour « les gens » dont il est question. Ça peut être parce que le constat est a posteriori, parce que le locuteur a un point de vue extérieur, parce que le groupe est constitué de plusieurs personnes, ou à cause d'autres facteurs que j'oublie, ou souvent une combinaison de plusieurs de ces facteurs.

La coordination du groupe me semble néanmoins un effet à la fois souvent très fort et souvent négligé par les locuteurs.

La communication humaine est notoirement mauvaise, sa faible bande passante oblige à multiplier les sous-entendus et les implicites en se reposant sur des références que l'on suppose partagées. La mécompréhension de ces sous-entendus ou les divergences de références présumées partagées sont à l'origine de tous les malentendus, manipulations, escroqueries, demi-vérités et autres problèmes coordination.

Quiconque a déjà essayé de coordonner un projet entre plusieurs humains a pu le constater directement, et il n'y a que les travailleurs les plus focalisés sur les petites échelles qui nient complètement la valeur apportée par les managers et autres coordinateurs.

Certes, un projet unipersonnel est toujours plus efficace qu'un projet en groupe, justement parce que la communication est instantanée et parfaite entre tous les intervenants, mais ça se limite à ce que peut accomplir une seule personne.

Bref, tout ça pour dire qu'un nombre colossal de mauvaises décisions en groupe sont causées par des imperfections de communication, sans aucune contribution de la connerie (peu importe la définition qu'on en a) individuelle de chaque personne impliquée.

J'imagine qu'on pourrait parler de « connerie de groupe » ou de « connerie institutionnelle » pour désigner ce phénomène émergent, mais sauf contexte particulier j'ai l'impression que la phrase « les gens sont cons » évoque toujours la somme de conneries individuelles, ce qui est à la fois injuste pour les gens concernés et une fausse piste pour les gens qui en parlent.

Donc rien que pour éviter cet écueil il me semble préférable d'abandonner la formulation « les gens sont cons » au profit d'une formulation qui explicite le caractère émergent de la connerie, quitte à la présumer émergente jusqu'à indication forte du contraire, ou au profit d'une formulation qui explicite le caractère individuel lorsqu'on veut vraiment faire passer ce message.

C'est un frein au Progrès

J'ai évoqué dans un commentaire chez David Madore à quel point « je sens de plus en plus l'importance des infrastructures, tant par l'étendue inimaginable de possibilités qu'elles offrent quand elles fonctionnent que par les catastrophes quand elles fonctionnent mal ou plus du tout (peut-être même que moi‐du‐présent dans la situation de moi‐d'il‐y‐a‐vingt‐ans serait plus motivée par les ponts que par l'ENS) » ; et j'en reparlerai probablement encore sur ce site.

J'y parlais d'infrastructures concrètes, comme le réseau électrique et les transports, mais j'éprouve le même émerveillement devant les infrastructures intellectuelles.

L'exemple le plus flagrant me semble être l'écriture. C'est une invention tellement importante qu'elle marque la frontière entre la préhistoire et l'Histoire.

Certains mettent l'imprimerie et les réseaux de télécommunication au même niveau d'importance, mais vu d'ici ce ne sont que des infrastructures qui renforcent l'écriture sans apporter un changement qualitatif aussi majeur que l'écriture elle-même.

Cela dit, même si je trouve ces étapes plus modestes, ça reste des étapes importantes pour l'humanité. Il y a pourtant une autre étape secondaire de l'humanité que je trouve au moins aussi importante que les deux autres, et qui me semble trop souvent oubliée : le lettrisme généralisé.

Avoir quelques sages qui savent écrire, et transmettre ainsi des informations au sein d'une élite intellectuelle, c'est une chose ; avoir une population largement lettrée, ça change la face de la société.

Et comme les autres infrastructures, le lettrisme généralisé ouvre des possibilités incroyables même pour les plus ardents partisans de l'école obligatoire quand elle a été mise en place.

Je suis sûre qu'à cette époque il y avait moult érudits convaincus que les gens sont cons et que leur apprendre à lire et écrire serait un gâchis monumental de ressources, comme donner de la confiture à des cochons.

Je pense qu'on n'est pas encore au bout du développement d'infrastructures intellectuelles. Je ne saurais pas dire aujourd'hui quels outils intellectuels méritent une généralisation et lesquels peuvent rester aux mains de spécialistes, mais je suis sûre que l'humanité bénéficierait colossalement de quelques généralisations (si elle ne s'écroule pas avant).

Et l'idée selon laquelle « les gens sont cons » pousse à renoncer au développement de nouvelles infrastructures intellectuelles, voire à réduire les infrastructures existantes (par exemple en « pivotant » de l'écrit à la vidéo).

Conclusion

Il ne vous aura pas échappé que dans tout ce billet, je n'ai jamais remis en question la véracité de l'affirmation « les gens sont cons ». Ce que désignent les mots « les gens » et « cons » est suffisamment malléables pour rendre cette affirmation vraie dans tout un tas de contextes.

Cette malléabilité est à double tranchant, et on peut aussi facilement se débarrasser de cette affirmation sans forcément plus tirer sur le sens des mots.

Il n'est cependant pas question de véracité ici. Pour prendre un exemple plus flagrant, l'affirmation « les Noirs sont cons » pourrait être factuellement vraie (même si ce serait plus facile avec un autre attribut) et elle n'en serait pas moins raciste ; et on gagnerait à l'éliminer de son champ mental malgré sa véracité.

Ce « les gens ne sont pas cons » que je propose n'est pas un constat factuel. C'est une doctrine. C'est une vision du monde. C'est un cri de ralliement, pour toutes les personnes qui sont prêtes à accepter l'imperfection humaine et agir sur le monde tel qu'il est pour l'améliorer (ou au moins le comprendre).

Et c'est une misanthrope patentée qui vous le dit.

Les gens ne sont pas cons, parce qu'ensemble ils sont capables de choses bien plus merveilleuses que tous les non-cons réunis, même avec le pouvoir.

Publié le 18 avril 2022

Tags : Réflexion Société

Émerveillement technologique

Une frustration technologique…

Je vais commencer par dépeindre rapidement le contexte émotionnel dans lequel se place ce billet.

J'ai déjà moult fois ranté sur mon insatisfaction envers l'électronique (prétendument) grand public en général, et les ordiphones en particulier. J'en dresserai peut-être la liste complète un de ces jours, mais je ne suis pas sûre que ça intéresse qui que ce soit.

Très récemment, mon ordiphone prétendument étanche a mal vécu une énième immersion, et ça a pas mal soufflé sur les braises de mon anti-androidisme. Ce qui a donc relancé mes envies de mettre fin à ma dépendance électronique, ou à défaut vérifier s'il n'y aurait pas un autre ordiphone plus à mon goût.

J'ai déjà un successeur dans les tuyaux, l'Unihertz Jelly 2, mais je n'arrive pas à faire assez confiance à la ROM chinoise pour l'utiliser, donc je me suis mise dans l'idée de régénérer une ROM lineageOS non-officielle.

La suite d'explétifs qui s'en est suivie manque d'originalité mais compense par la quantité.

Je m'attendais à ce que ce soit difficile, mais je m'attendais à une difficulté qui découle de la complexité, un peu comme si je me mettais dans l'idée de concevoir un pont. À la place, j'ai rencontré des difficultés qui ont un goût d'amateurisme et de bricolage.

J'ai de moins en moins de patience pour les systèmes qui devraient relever de l'ingénierie propre, robuste, et fiable, mais qui se révèlent plus ressembler à un château de cartes qui tient ensemble avec du chewing-gum et du scotch.

… qui en rappelle tant d'autres

Donc à ce stade on pourrait se dire que je n'aime juste pas Android, tant à l'utilisation qu'à la génération, mais ce n'est pas exceptionnel ni grave.

Je ne connais pas trop la partie logicielle des appareils Apple, j'en ai plutôt des échos positifs, mais je suis rebutée par le positionnement matériel qui n'est pas du tout à mon goût. D'ailleurs j'apprécie l'effort des constructeurs matériels qui s'en démarquent, comme Caterpillar ou Unihertz, si seulement le logiciel pouvait suivre…

Alors d'accord, je serais juste quelqu'un qui n'aime pas les ordiphones, c'est moins banal mais ce n'est peut-être pas une tare.

Le problème c'est qu'en vrai non, j'arrive très bien à imaginer des ordiphones à mon goût, avec une couche logicielle digne de mes BSD sur ordinateurs Intel et du matériel qui ressemblerait au Jelly 2, au Nokia 2720, ou même à la limite un Fairphone 3. Encore ma sale habitude d'imaginer un outil d'abord et chercher (ou fabriquer) quelque chose qui s'en approche, au lieu de se limiter à ce qui existe.

Mais si ça se limitait à ça, ça m'inquièterait moins que l'ajouter à une longue liste d'autres technologies qui provoquent chez moi la même sensation de rejet du fond des tripes, comprenant entre autres :

Ça commence à faire beaucoup de nouveautés qui me donnent envie de gueuler « C'est d'la meeeeerde ! » comme si j'étais une vieille aigrie sortie tout droit de l'époque pendant laquelle cette référence culturelle était largement partagée.

Suis-je vraiment devenue une vieille aigrie technophobe ?

La jeunesse technophile

En tout cas je ne suis pas assez vieille pour avoir oublié l'univers cyberpunk qui a bercé mon adolescence (et qui marque encore mon nom de plume), et dont je garde encore quelques restes.

Il était question de « technochoc », qui survient lorsque les technologies progressent plus vite que la capacité de la population à les assimiler. Une grosse majorité de la population est simplement choquée et ne fait rien d'autre qu'attendre que quelqu'un leur dise quoi faire, une petite minorité rejette la technologie en bloc et part dans le néo-luddisme, et une autre petite minorité diamétralement opposée embrasse toutes ces technologies.

Évidemment, je m'imaginais dans la dernière catégorie, plus à l'aise devant un terminal vert sur fond noir que face à un humain.

Donc se faire traiter de luddite pas plus tard que la veille de l'écriture de ces lignes, ça touche un point sensible. Où est donc passé mon goût pour les nouvelles technologies ? À quel moment ai-je commencé à regarder une nouveauté avec plus de suspicion que d'espoir ?

Quand suis-je devenue une veille conne ?

Les temps changent, les gens aussi

Quand je suis sur le point d'attribuer une étiquette à un autre humain ou à moi-même, je suis coupée dans mon élan par un instinct qui ressemble à celui qui bloque mes achats impulsifs, et dont la moins mauvaise représentation verbale serait de l'ordre de « attends une minute, est-ce que j'ai vraiment cherché des contre-exemples ? », dans une espèce d'approche poppérienne pour avoir plus souvent raison.

Donc une fois que dans ma tête sont arrivées les questions de mon éventuelle technophobie ou vieille-aigreur, je ne vais pas chercher des éléments pour rallonger la liste ci-dessus, mais je vais plutôt chercher des technologies qui me font rêver aujourd'hui comme les prothèses cybernétiques faisaient rêver l'adolescente que j'étais.

C'est comme ça que la frustration d'un système de build Android ne produit non pas un rant sur les technologies merdiques de notre temps pendant deux tiers de billet (et le train de tous les mesquins qui répondent « raté ! » roule sur les rails de mon indifférence), mais une liste de toutes les technologies qui m'enthousiasment encore :

Conclusion

Je ne cacherai pas que le contenu de ce billet a été construit avant tout pour me rassurer, que ce soit dans le sens de la continuité avec l'adolescente que j'étais ou dans le sens de l'évolution loin d'elle.

Je crois qu'il me manque la fougue de la jeunesse pour revendiquer « prendre la technologie à la gorge et ne pas la lâcher », mais je reste dans le fond optimiste envers le Progrès scientifique et technique. Enfin disons optimiste comme le postcyberpunk, c'est-à-dire avec des progrès inéluctables (sauf cataclysme majeur comme une guerre mondiale ou une crise climatique mondiale) qui contiennent du bon comme du mauvais, et autant embrasser le bon parce qu'il y aura de toute façon du monde pour faire avancer le mauvais.

Je continue de considérer les différentes formes de luddisme et de conservatisme comme des idioties irrécupérables, parce que le temps ne s'arrête pas et ne se remonte pas, et souvent le passé qu'ils veulent faire revenir n'a même jamais existé. Vouloir accélérer le progrès ne me semble pas plus malin non plus, hein. Les temps changent et les gens aussi, que ce soit un progrès ou une régression dépend de chaque cas et de chaque échelle valeur.

Je pense que le plus gros effet de l'âge sur moi se voit plutôt sur ma tendance à plus choisir mes combats. Je lâche volontiers la technologie lorsqu'elle ne me semble valoir le coût, et c'est plus mon avenir que je prends à la gorge, qu'il soit avec elle ou contre elle.

Bref, j'aime croire que je n'ai perdu que de la naïveté.

Publié le 21 mars 2022

Tags : Autoexploration Évènement Humeur Vision atypique

Tentation cycliste

Il m'est arrivé plusieurs fois de dire que je me sens pourrie gâtée, ou incapable de gérer un budget financier, voire que « je dépense sans compter, et j'épargne le reste ».

Avec l'expression « dépenser sans compter », je joue volontairement sur l'ambiguïté entre le sens littéral et la façon dont elle est habituellement comprise : ce n'est pas un bête « je veux, j'achète », mais un « je veux, je réfléchis, et si je n'ai pas abandonné j'achète », et ce filtre a toujours été assez puissant pour que ce qui le passe reste inférieur à mes revenus.

Aujourd'hui, je suis au cœur de ce filtre, et c'est le moment idéal pour l'observer et le documenter (même si en vrai j'ai l'impression d'avoir un peu de retard dans cette écriture).

J'envisage l'achat d'un vélo. Et au moment d'écrire ces lignes, je ne sais pas si cette envie va passer le filtre ou non. À titre de référence, mon envie de passer le permis moto l'a passée, alors que récemment ont été retoqués les achats de jumelles et de pistolet à air chaud.

Statu Quo Ante

Puisqu'il est question de modalités de transport, je vais commencer par décrire où j'en suis.

Pour moi, le moyen de transport par défaut c'est la marche, et je crois que c'est surtout parce que c'est quelque chose sur lequel je peux toujours compter : il y a assez peu d'aléa, je ne dépends de personne, on ne peut décemment pas me l'enlever ou me l'interdire.

Je n'aime pas trop les véhicules personnels en général pour les raisons symétriques : il y a des risques de pannes, d'interdiction, de confiscation, et j'ai une sensation d'encombrement quand je ne m'en sers pas. Et de même pour les transports en commun, par leur état différent suivant les jours et les heures, et éventuellement mon ochlophobie à gérer.

Ça ne m'empêche pas de me déplacer, mais il faut que le moyen de transport ou la motivation du déplacement soient suffisants pour surmonter ces sentiments négatifs.

Une exception notable est la moto, mais je ne vais pas m'étendre dessus ici.

Donc au cours de ces dernières décennies, à quelques exceptions près (par exemple les vacances, qui ont un jeu de contraintes particulières) je marche quand c'est possible, autrement je prends les transports en commun quand c'est supportable ou que je ne peux vraiment pas renoncer.

En particulier le vélo ne m'a jamais vraiment tentée parce que les contraintes de parking et de crainte du vol ont toujours largement dépassé les bénéfices par rapport aux transports en commun et à la marche.

J'ai remis cette impression en question quelques fois depuis l'été 2020, quand mon homme s'est acheté un vélo électrique, sans arriver à une conclusion très différente, mais sans trancher évidemment non plus.

L'étincelle

Pour une fois il y a une claire étincelle à l'origine de mon envie d'achat, en général ça me tombe plutôt dessus comme une envie de pisser. L'étincelle, c'est un tweet de Maitre Eolas avec une photo de Brampton plié.

J'ai un peu peur qu'on attribue à cette étincelle une importance qu'elle n'a pas. Elle est certes le dernier élément de la chaîne causale qui se termine sur l'embrasement, mais une étincelle ça ne fait pas déborder un vase, et il me semble que l'accumulation de poudre est beaucoup plus importante que l'étincelle elle-même. J'en avais déjà parlé il y a longtemps sur un autre sujet.

D'ailleurs pour la petite histoire, ce n'est pas en voyant cette photo que tout s'est déclenché. J'ai vu cette photo, j'ai continué mon rattrapage de timeline, j'ai basculé sur quelques tâches professionnelles, et c'est plusieurs dizaines de minutes plus tard que l'information a fait son effet.

Je me suis donc retrouvée avec une envie de Brompton, et c'est plus le résultat de connaissances passées et accumulées sur la question de vélo en région parisienne qui s'assemblent inconsciemment que de l'étincelle elle-même.

Le premier tamis

Donc à ce stade, si j'en étais à « dépenser sans compter » dans le sens « je veux, j'achète », j'aurais fait un achat impulsif sur le site de Brompton et l'histoire se serait arrêtée là.

Mais ce n'est pas comme ça que je fonctionne, ce premier élan est instantanément censuré par une espèce d'instinct dont la moins mauvaise représentation verbale serait de l'ordre de « attends une minute, est-ce que j'en ai vraiment envie/besoin ? »

Le fait que dans ce cas l'objet coûte une grosse somme d'argent (à mes yeux) aide à résister à l'impulsion, mais cette censure existe chez moi à tous les niveaux budgétaires. Je ne sais pas trop pourquoi, je suppose que c'est parce que même un objet gratuit va potentiellement me rester sur les bras et m'encombrer jusqu'à ce que je fasse l'effort de m'en débarrasser (et j'ai une relation émotionnellement compliquée avec la poubelle).

Le deuxième tamis

Et pas loin derrière ce premier niveau de censure se trouve une deuxième question, presque aussi paralysante : « de quoi exactement ai-je envie/besoin ? » Parce que « un Brompton » ça n'a pas de sens, je ne peux pas acheter un objet aussi générique, je ne peux acheter qu'un modèle particulier avec un jeu précis d'options. Et je ne suis pas capable de choisir au hasard parmi une liste de possibilités, surtout lorsqu'elles ne sont pas interchangeables.

Et puis en vrai, depuis le début je parle d'envie d'« un Brompton », mais c'est parce qu'il faut des mots pour représenter cette envie, dans ma tête ce n'est pas du tout aussi précis. Il y a donc tout un travail d'introspection pour déterminer quels sont les paramètres de cette envie.

D'ailleurs, j'ai choisi les mots « un Brompton » dans ce billet parce que ce qu'il y avait sur la photo initiale, et ça permet d'avoir un fil conducteur dans l'histoire racontée dans ce billet.

Je pense qu'en réalité, le sentiment qui a déferlé sur moi était une envie de vélo pliant.

Ou peut-être même seulement une envie de réévaluer ma position sur l'achat d'un vélo suite à la prise de conscience que le problème d'encombrement n'est peut-être pas rédhibitoire dans l'état actuel des technologies de vélo pliant.

Il est de fait que j'attends de mes véhicules, comme de mes outils en général, une certaine combinaison de longévité, robustesse, et fiabilité, quitte à y mettre le prix, ce qui fait de Brompton un bon point d'entrée dans l'étude de marché, mais je ne vais certainement pas me limiter à cette marque.

Et c'est à ce niveau que je confirme une tendance que je constate depuis plusieurs années, les études de marché me semblent de plus en plus difficiles, les moteurs de recherche me semblent de plus en plus pollués par des résultats peu pertinents, de manifestement autogénérés à commercialement orientés, en passant par les bêtes compilations d'avis douteux.

Au moment où j'écris ces lignes, je suis raisonnablement convaincue de ne pas avoir besoin de sortir de la gamme C-line de Brompton, mais je ne sais pas encore si j'opterais non pour l'assistance électrique de cette marque, et je n'arrive pas du tout à estimer combien ils ont d'avance en termes de robustesse ou de fiabilité et en termes d'encombrement plié.

Le retour du premier tamis

Je présente les choses séquentiellement dans ce texte, mais la réalité chronologique est que je résous simultanément toutes les questions, parce que mes besoins exacts vont influencer les paramètres de l'étude de marché et les offres considérées vont influences les besoins que je vais ou non essayer de satisfaire avec ces objets.

La question récurrente est donc « en quoi ma vie serait différente avec un vélo pliant ? »

Contrairement à la moto, je n'ai pas l'impression que le vélo m'ouvre l'accès à des lieux autrement inaccessibles (ou plutôt autrement trop pénible à atteindre pour se donner la peine d'y aller). Donc mon vélo serait en concurrence avec la marche et avec la combinaison de transports en commun et de marche.

Ce n'est évidemment pas la bonne période pour regarder les déplacements de loisir dans ma vie, mais j'ai l'impression que même en dehors de la crise sanitaire, il y a peu de trajets plus rapides ou plus agréables en vélo qu'en transports en commun, et les trajets de loisir sont trop rares pour que l'exercice physique supplémentaire soit intéressant même en sacrifiant le temps et le confort.

Et mes lieux de vacances ne me donnent pas l'impression de bénéficier d'un vélo que j'y amènerai, et les autres déplacements sont trop rares pour que j'imagine un bénéfice non-négligeable d'un vélo à y amener.

La conclusion intermédiaire est donc que ce n'est pas la peine que j'achète un vélo à moins de s'en servir pour les trajets entre mon domicile et mon lieu de travail.

Les contraintes du vélotaf

Ces trajets sont compliqués par le fait qu'il y a des montées sérieuses quel que soit le chemin (de l'ordre de 5 à 9 % sur 500 m) et qu'il faut faire un gros détour par rapport au trajet le plus court pour éviter des bus dont le comportement vis-à-vis des cyclistes me semble plus dangereux que l'interfile en moto.

Ce ne sont pas des problèmes insurmontables, la montée n'a pas l'air impressionnante avec une assistance électrique, et une application m'a proposé un trajet qui évite les zones trop dangereuses à mon goût pour seulement 40 % de temps en plus, pour arriver au même ordre de temps que les transports en commun dans les conditions idéales (heures creuses et peu d'attente) et que la moto quand il y a un peu de ralentissements.

Dit autrement, si l'estimation de cette application se vérifie, le « vélotaf » serait entre équivalent et bien plus rapide que les autres modalités à ma disposition, sauf à moto avec une route inhabituellement dégagée (par exemple en cas de pseudoconfinement, en heures creuses, ou au mois d'aout).

Plus précisément, voici les temps de trajet que j'ai observés entre la porte de mon appart' à mon poste de travail :

L'application parlait de 25 minutes de trajet optimal ou 35 minutes de trajet sécurisé, auxquelles il faut probablement ajouter 5 à 10 minutes de préparatifs.

Cela dit, le temps de trajet n'est pas tout, et une comparaison honnête prend en compte l'ensemble de l'emploi du temps.

J'ai pu le découvrir à l'occasion de cette crise sanitaire, quand le télétravail permet d'économiser le temps de trajet. En 2019, je lisais dans le bus le matin, et je pratiquais de l'exercice physique en marchant le soir. Le télétravail évite ces trajets, mais si je prends ensuite le temps de satisfaire mes besoins de lecture et de faire de l'exercice physique, tous les gains de temps disparaissent.

C'est d'ailleurs pour ça que je n'ai pas l'intention de généraliser l'utilisation de la moto sur ce trajet : il a beau être plus court même dans le pire des cas, c'est du temps qui est complètement dédié au trajet.

Le vélotaf a de bonnes chances d'être une bonne occasion d'exercice physique, surtout si on est raisonnable sur le niveau d'assistance, mais les gains de temps seront probablement mangés par le manque de lecture. D'un autre côté, je ne sais pas exactement quelles sont les conséquences de passer de 70 minutes de marche à 70 minutes de vélo par jour ouvré (peut-être plus de cardio' mais plus d'ostéoporose ?).

Résultat, l'éventuel intérêt du vélo semble se limiter au confort de ne pas s'entasser dans un bus. C'est un bénéfice non-négligeable, mais qu'il va falloir comparer aux éventuels dangers routiers et à la densité d'incivilités sur l'itinéraire proposé par l'appli'.

Le retour du deuxième tamis

Pour illustrer les interactions entre mes deux questions-filtres, on peut voir que maintenant que j'ai établi qu'un vélo n'a pas d'intérêt pour moi si je ne peux pas aller travailler avec, je peux chercher un vélo adapté aux contraintes de ce trajet.

Mon immeuble se trouve avoir un local à vélo, et mon travail a des places de parking (pour voiture) qui ne sont pour l'instant pas utilisées, et qui sont adjacentes à des colonnes de béton, et je ne serais pas la seule à y venir avec un vélo à quatre chiffres.

Donc tant que je travaille dans cette entreprise et sur ce site, et que la situation du parking ne change pas, le côté pliant d'un vélo n'a pas vraiment d'intérêt. Je pourrais donc raisonnablement laisser tomber cette contrainte.

Et à ce stade je dois avouer que je ne suis pas complètement raisonnable. Je pourrais me cacher derrière la notion de future-proof, en voulant un vélo pliant pour ne pas être obligée d'y renoncer en cas de changement de situation professionnelle ou immobilière (d'un côté ou de l'autre), mais la vérité c'est un vélo pas pliant c'est encore un outil trop balourd pour mon goût.

Ça reste quand même une bonne illustration de ce qui peut arriver, et arrive effectivement sur d'autres sujets, dans la zone de filtrage entre l'étincelle de l'envie et les considérations budgétaires.

Le troisième tamis

Il y a un autre filtre, que j'oublie parfois parce que je ne le rencontre pas si souvent que ça, mais comme je le rencontre au moment où j'écris ces lignes, je ne vais pas le rater.

Ce filtre n'est pas une question, au contraire : c'est la lassitude des questions. Le « fait ch*er toutes ces c*nneries, je laisse tomber ».

J'imagine que l'instinct initial de s'arrêter et réfléchir a détourné l'énergie de l'étincelle pour alimenter la réflexion, et cette énergie s'est tarie avant que la réflexion n'aboutisse. J'ai juste peur que cette description ne s'applique qu'au cas présent et pas autres applications de ce troisième filtre.

Parce que j'ai beau y avoir passé un temps déraisonnablement long sur cette étude de besoin et de marché, sans compter la rédaction du présent texte, et je n'ai pas l'impression d'avancer.

Le compromis entre confort et encombrement plié est raisonnablement bien documenté, surtout par la taille des roues, mais le reste est encore beaucoup trop flou à mon goût.

Les vélos pliants sont-ils plus fragiles ? À conception égale, clairement oui, mais d'aucuns disent que c'est un problème potentiel tellement évident que c'est surcompensé à la conception, et sauf très bas de gamme ils n'auraient rien à envier à leurs grands frères. Pareil pour la fiabilité.

Sont-ils plus chers ? Cette conception doit bien se payer quelque part, mais d'aucuns disent que la concurrence est tellement féroce que ça se paye sur les volumes de vente, et non pas sur les prix à l'unité.

Quid de l'assistance électrique ? La montée vers mon lieu de travail semble la rendre indispensable, mais c'est tout un lot de pannes potentielles en plus, et la pliabilité semble sérieusement contraindre les possibilités d'électrification.

Et quel est l'impact des marques et des gammes sur tout ça ? Brompton est certes très réputé, mais est-il talonné par la concurrence moins chère ou est-il meilleur au point de justifier la différence de prix ? Xiaomi se paye-t-il en données personnelles ? Décathlon est-il plus patriote ?

Et comme rien n'est indestructible, comment évaluer la réparabilité de chaque modèle ?

Bref, trop de questions tue l'envie de chercher des réponses.

La suite

Avant de tomber sur le filtre de la lassitude, mon plan d'action était en deux parties : d'une part partir en reconnaissance sur les trajets potentiels, pour évaluer l'acceptabilité du niveau de danger et de congénères sur la route, et d'autre part visiter des marchands de vélo, pour évaluer l'acceptabilité du niveau de confort et de maniabilité, et pour avoir éventuellement l'occasion de flasher sur un modèle.

Il y avait aussi la question d'essayer velib', qui est une solution intéressante aux problèmes d'encombrement pendant qu'on ne sert pas, et qui permet d'évaluer la cyclabilité de certains trajets sans y mettre trop d'argent. Malheureusement, ça ne résout pas l'impression d'encombrement, et surtout je n'ai aucune envie d'apprendre toutes les stratégies qui permettent de tomber sur un vélo utilisable.

À ce stade, j'hésite encore entre succomber à la lassitude, quitte à reprendre tout ça la prochaine fois que ma motivation se prend un coup de fouet, ou à prendre sur moi et faire l'effort de continuer mon plan d'action, en espérant que la lassitude n'en biaise pas trop les résultats.

Conclusion

Par des circonstances qui seraient intéressantes à retrouver, je suis conditionnée à calmer mes envies d'achat pour bien y réfléchir.

Cette réflexion est une projection dans un futur potentiel après cet achat, et l'optimisation de ce futur en ajustant conjointement l'objet choisi et les besoins à couvrir.

Ce n'est qu'à l'issue de ce processus que je me sens prête à effectivement acheter, si je n'ai pas abandonné en cours de route.

Ce filtrage est suffisamment strict pour rendre triviale la gestion de mon budget, car les envies qui y survivent n'ont jamais dépassé mes revenus.

J'imagine que ce processus fait que je ne rentre pas dans les cases habituelles des publicitaires, et explique ma perplexité devant leurs productions.

Quant à la suite de mon aventure de cycliste potentielle, je suis bien incapable de la prédire. Je suppose qu'à court terme ça va se jouer entre la force de l'inertie des plans déjà faits et la force de la flemme ; et à plus long terme sur la découverte de nouvelles possibilités où le vélo serait préférable à la marche, à la moto, et aux transports en commun.

Publié le 11 février 2022

Tags : Autoexploration Évènement Jouets Vision atypique

Fossil Hybrid HR

Il y a exactement un an, j'avais partagé mes impressions sur la montre connectée Garmin Vívomove Style, et le verdict mitigé m'a fait essayer un autre modèle, que j'ai porté au quotidien pendant environ huit mois avant de partager mes impressions dans ce billet.

Comme d'habitude, tous mes jouets sont achetés sur mes propres fonds, après une étude de marché indépendante, sans aucun lien commercial avec quelqu'entité que ce soit, en dehors évidemment de l'acte d'achat.

Photo de la montre à mon poignet

Résumé des épisodes précédents

Je suppose que vous connaissez le contenu du billet précédent sur la montre Garmin Vívomove, comme l'indique le tag « Suite » attaché au présent billet. Je vais quand même en résumer les grandes lignes.

J'ai toujours eu un a priori négatif envers les objets prétendument intelligents, et encore plus envers les wearables. Ça n'a pas vraiment changé en général, mais les montres Pebble m'ont particulièrement plu, au point d'accepter les contraintes et les risques inhérents à ce type d'appareil et d'applications associées.

Malheureusement, l'entreprise Pebble a disparu, en emportant sa gamme de produits avec elle, et ce n'était qu'une question d'années avant que ma Peeble Time Round expire et que sa remplaçante fasse de même.

J'ai donc cédé au consumérisme décérébré en renonçant à l'idée de réparer matériellement et logiciellement ces Pebble, et en cherchant un autre appareil qui occupe la même fonction.

Fondamentalement, cette fonction est à peu près celle d'un pager, déguisé en montre.

Concrètement, j'ai une liste de critères à peu près stable depuis 4 ans :

  1. donner l'heure,
  2. réveiller par des vibrations discrètes,
  3. avertir de l'oubli de l'ordiphone,
  4. avertir des notifications pertinentes,
  5. présenter un résumé desdites notifications,
  6. envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant,
  7. suivre des paramètres biologiques, par curiosité personnelle.

Après avoir scruté le marché, je m'étais retrouvée à hésiter entre la Vívomove Style de chez Garmin et une des Hybrid HR de chez Fossil, qui m'avaient l'air de représenter des compromis différents et difficilement comparables.

Après une petite année avec la Vívomove, je me suis sentie suffisamment insatisfaite pour donner une chance à l'autre finaliste.

Comparatif d'ensemble

Il me semble que j'avais déjà lu cette conclusion pendant mon étude de marché, mais je ne m'étais pas rendue compte d'à quel point c'était pertinent et profond.

Garmin est d'abord une entreprise de fitness tracker, et ils ont juste fait un fitness tracker avec une forme ronde et des aiguilles dessus. Fossil est d'abord une entreprise d'accessoires de mode, et ils ont juste collé quelques capteurs et un écran dedans.

Et je trouve que c'est super-triste de rater à ce point l'hybride équilibré, mais c'est la vie le marché.

J'ai commencé par la montre de Garmin pour voir la place que pourrait avoir un bon fitness tracker dans ma vie, parce que j'espérais plus de maturité du produit qui en est à la troisième génération alors que Fossil n'est qu'au début d'un changement de paradigme, et parce que l'application mobile semblait de bien meilleure facture. Je confirme l'avantage à Garmin sur ces trois points.

Cependant, je n'ai finalement pas vraiment besoin de fitness tracker dans ma vie ; Fossil maîtrise bien mieux la fonction de montre connectée, probablement grâce à leur expérience en montres hybrides sans écran ; et l'application de Fossil, quoique nettement en dessous de celle de Garmin, n'est pas aussi affreuse que l'impression que les commentateurs m'avaient laissée.

Et l'un dans l'autre, je préfère une meilleure montre connectée à un meilleur fitness tracker

Bilan après six mois

Comme dans mon avis sur la Vívomove Style, je vais reprendre mes critères un par un, puis les détails particuliers qui m'ont marquée.

Donner l'heure avec style

Pour une montre hybride, ce n'est pas très compliqué d'avoir une esthétique à mon goût : il suffit de ressembler à une montre. Garmin et Fossil font très bien à ce niveau.

J'ai un sens de l'esthétique assez misérable, je préfère suivre l'avis de gens plus compétents que moi, mais s'il faut vraiment que je juge j'ai une légère préférence pour le look de ma montre Fossil. Je crois que j'aurais aimé encore plus un design un tout petit peu plus sobre.

Réveiller par des vibrations discrètes

J'avoue que je n'ai pas vraiment testé cette fonction-là, la configuration de ma vie n'a pas réclamé de réveil discret ces derniers mois.

Avertir de l'oubli de l'ordiphone

Mauvais point pour Fossil, cette fonction n'existe pas du tout.

Avertir des notifications pertinentes

Aucun problème à ce niveau-là, et le fonctionnement androïdesque a l'air d'être le même que pour Garmin.

Si j'ai bien compris, les premières versions de l'application n'étaient capables que de faire passer les notifications d'une liste prédéfinie et limitée d'applications, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

L'intensité des vibrations est tout à fait satisfaisante pour mon goût, j'ai rarement raté des notifications, et je crois que celles que j'ai ratées sont plus dues à la concentration sur autre chose qu'à un défaut du moteur haptique.

Présenter un résumé des notifications

Ça fonctionne très bien, il y a une quantité raisonnable d'informations affichées, et dans les dernières versions du firmware on peut même choisir la taille du texte, suivant le compromis que l'on préfère entre quantité d'informations affichées et facilités de lecture.

L'acquittement de notifications est un peu pénible, car il nécessite d'appuyer sur un bouton pour sélectionner la notification (même s'il n'y en a pas d'autre), puis descendre jusqu'au bout du texte avec un à trois appuis de bouton, et enfin sélectionner l'acquittement. Donc trois à cinq appuis en tout, sans pouvoir le faire en aveugle. Et ce pour chaque notification.

Il n'est pas rare que je laisse les notifications s'accumuler et que je les purge en bloc dans le menu de l'historique.

Envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant

Ça n'existe pas en l'état.

Il me semble avoir vu que c'est hackable, en détournant la fonction qui permet de demander un temps de trajet prédéfini, mais je n'ai pas encore eu le courage d'essayer.

C'est nettement moins bien que la Pebble, mais pas pire que la Garmin.

Suivre des paramètres biologiques

Là on arrive dans le point faible de la montre.

Je n'ai aucun moyen d'évaluer la qualité des capteurs et des informations biologiques relevées, donc je ne vais pas conclure dessus. Cependant, le rythme cardiaque est clairement échantillonné, ce qui améliore significativement la durée de vie de la batterie, mais je ne sais pas dans quelle mesure ça nuit à la qualité des résultats biologiques.

De toute façon, la montre de Garmin a répondu à mes principales questions cardiaques, et pour garder un œil sur une éventuelle évolution la montre Fossil semble suffire.

Et même plus généralement, je n'ai pas ressenti le besoin d'un fitness tracker dans ma vie, et je n'ai pas spécialement cherché à utiliser cette fonction dans cette montre.

J'ai cependant noté que la détection automatique d'exercice ne marche pas trop mal, mais n'offre aucun enregistrement de l'activité avant d'arriver au seuil de déclenchement (par exemple avec la valeur par défaut de 10 minutes pour la marche, l'enregistrement de la trace GPS, du rythme cardiaque, des pas, des calories, et de toute le reste, commence à la dixième minute). C'est trop de perte d'information pour moi, je préfère entrer les choses à la main.

Avoir une interface à mon goût

L'énorme différence d'interface entre la montre de Garmin et celle de Fossil est l'écran tactile sans bouton pour la première, et les boutons sans écran tactile pour la seconde.

Il y a déjà moult rants contre les écrans tactiles dans ce weblog, je ne vais pas en rajouter une de plus, mais les éviter est pour moi un progrès colossal. Je n'arrive pas à comprendre comment des gens peuvent préférer une interface de montre à base d'écran tactile.

Je concède que l'interface est loin d'être idéale, et reste loin d'être aussi pratique que celle de Pebble, mais le fait d'être à boutons suffit largement à la rendre beaucoup plus à mon goût que celle de Garmin.

Car finalement, on peut s'habituer même une interface un peu tordue et un peu mal foutue, alors que la précision dans l'écran tactile est un effort perpétuel.

Le seul point d'irritation qu'il me reste après un mois d'utilisation est l'acquittement des notifications, dont j'ai déjà parlé.

Moins de ratés

Mon avis sur la Vivomove de Garmin contient beaucoup de répétition de « c'est juste dommage que… », comme si à chaque fois que Garmin faisait un truc bien, il fallait qu'un grain de sable vienne pourrir l'expérience. Ce n'est simplement pas le cas avec cette montre de Fossil.

Passons ces grains de sable en revue :

Alors d'accord, le fitness tracking n'est pas terrible, l'application Android est de qualité pathétique, la construction de la montre fait un peu cheap, mais ce ne sont pas des choses qui se mettent systématiquement en travers de l'utilisation quotidienne.

Verdict

J'avais commencé mon verdict de la Vivmove de Garmin par « bien mais pas top », et j'ai envie d'utiliser les mêmes mots pour cette Fossil Hybrd HR, même si j'en suis beaucoup beaucoup plus satisfaite.

Je ne suis pas spécialement enthousiaste, comme j'aurais pu l'être pour la Pebble, mais je n'en suis pas à me reposer régulièrement la question d'essayer une alternative.

Car au-delà des impressions que l'on peut découvrir en se sondant, je trouve que l'indice le plus clair est que je n'ai pas cherché d'éventuelles annonces de nouvelles montres hybrides depuis des mois, et je n'ai ressenti aucune tentation nihiliste.

Cette montre a été assimilée dans ma vie au point de m'en servir sans y penser, chose que la Vivomove n'a jamais réussi.

Je continue de conseiller Garmin à ceux qui voudraient un fitness tracker, mais pour moi qui cherche avant tout un écran de pager, cette montre de Fossil convient largement.

Publié le 27 janvier 2022

Tags : Jouets Suite

La spirale de Tetris

Il y a longtemps, le webcomic xkcd a introduit le concept de nerd sniping, qui consiste à poser à un nerd un problème tellement intéressant qu'il en oublie le monde extérieur.

Je ne sais pas trop à quel point je suis nerd, mais je suis habituellement assez peu sensible au nerd sniping, parce que j'arrive facilement à ranger des contextes mentaux pour y revenir plus tard, donc face à un problème intéressant je me retrouve généralement à l'entreposer dans un coin de ma tête en attendant d'avoir l'occasion d'y réfléchir.

Pourtant cette année je me suis retrouvée fascinée, à la limite de l'obsession, par un problème. Une fois, ça pourrait être l'exception qui confirme la règle, mais une deuxième fois, ça mérite un billet de weblog.

Et les deux fois, il s'agit d'une contrainte particulière de Tetris.

Contexte historique

Depuis très longtemps je considère Tetris comme un jeu amusant mais sans plus. J'aime beaucoup le côté « puzzle », et la réflexion pour bien placer les pièces ; mais la difficulté augmente en réduisant le temps de réflexion, et quand ça devient un jeu de réflexes ce n'est plus du tout à mon goût.

Il y a quelques années, mon homme s'est mis à Tetris 99 sur sa Switch, et ça ne m'a pas du tout donné envie. Le concept de Tetris en bataille royale me fait le même effet que celui de confiture de merde : j'aime bien la confiture en général, mais là je préfère passer mon tour.

En revanche il a bien accroché à ce jeu, au point de regarder des vidéos YouTube dessus, et de fil en aiguille sur des vidéos sur Tetris en général.

Par ces vidéos, jouées dans l'open-space domestique, j'ai été exposée à l'actualité de Tetris et les différentes évolutions de ce jeu au fil des années, que je vous résumerai un peu plus bas.

C'est ainsi que j'ai découvert l'existence du championnat mondial de Tetris « classique », que j'ai vu Wumbo utiliser un eye tracker que j'ai fini par acheter pour l'utiliser dans mes vidéos, et que j'ai été très attristée par la mort de Jonas Neubauer.

C'est dans les vidéos de Wumbo sur Tetris Primetime que j'ai vu pour la première fois le ST-stacking, ou T-spin factory, que je vous expliquerai plus bas. Par exemple dans cette video-ci, si vous avez le temps d'y jeter un œil, vous verrez un schéma qui se répète dans les deux tiers à droite de l'écran, et la zone de gauche qui accumule les pièces qui ne rentrent pas dans le schéma. Parfois il sort du schéma pour continuer en free style, mais il peut se le permettre parce qu'il est très fort, juste suivre le schéma a l'air assez accessible.

Donc j'ai pris ça comme une contrainte amusante à Tetris, mais ça n'avait pas l'air spécialement difficile ni élaboré.

Et puis cet été j'ai essayé, pour une fois que j'avais accès à la Switch et qu'on était en vacances. J'ai vu que c'était beaucoup plus difficile que ça en a l'air, j'ai googlé des guides (il y en a même un qui a fini dans mes liens en vrac n°5), et je suis tombée dans le terrier de lapin.

Une fois les vacances finies, j'étais encore tellement accro' que j'ai ressorti ma DS lite, pour continuer d'y passer un temps fou (c'était tellement marquant que je l'ai même twitté).

Je ne veux pas savoir combien de temps j'y ai passé en tout, mais j'avais fini par trouver comment vivre avec ce jeu, en m'en servant de bouche-trou rapide (je ne suis pas encore assez douée pour faire des parties longues), par exemple pendant une compilation ou un calcul un peu long.

À force de jouer, j'ai progressé, et je me suis mise à jouer à des niveaux de plus en plus élevés, parce que c'est très frustrant de perdre non pas à cause d'une erreur stratégique, mais juste parce que le jeu est devenu inhabituellement rapide.

Et puis la semaine dernière, après un beau hi-score en partant du niveau 10, au lieu de simplement passer au niveau 11, je me suis dit que j'allais voir ce que donne le niveau 20 (maximal). J'y ai découvert un jeu complètement différent, et j'ai été à nouveau nerd snipée.

Le seul moyen que j'ai trouvé pour décrocher de la console, c'était de me plonger dans l'écriture du présent billet.

Les éléments du jeu

Je vais rappeler dans cette section les éléments qui composent Tetris ces jours-ci, vous pouvez la sauter si vous connaissez déjà tout, ou aller directement à la deuxième sous-partie si vous connaissez Tetris en général mais pas son évolution au cours du XXIᵉ siècle.

Le jeu de base

Les sept tetrominos

J'ai l'impression que le concept de Tetris est tellement évident que je ne suis pas sûre de bien l'expliquer, je vais quand même essayer de le faire ici.

Ce jeu vidéo se joue avec des pièces de base appelées « tétrominos », qui correspondent à toutes les façons d'agencer quatre carrés connexes par les arêtes, modulo les translations et les rotations du plan. On les appelle traditionnellement I, J, L, O, S, Z, et T, suivant la lettre que leur forme évoque dans un certain sens.

Il y a un espace de jeu rectangulaire, généralement de vingt carrés de haut et dix carrés de large, et des pièces aléatoirement en haut, une par une, et « tombent » progressivement vers le bas, jusqu'à être arrêtées par d'autres pièces ou le bord de l'espace de jeu. Pendant cette chute, le joueur peut tourner les pièces sur elles-mêmes ou les déplacer horizontalement.

Une fois que la pièce en train de tomber ne peut plus descendre, elle se fixe et les carrés qui la composent prennent une position définitive, à moins d'être abaissés par la disparition d'une ligne.

Lorsqu'une ligne est complètement remplie, sans aucun trou, elle disparaît, et généralement des points sont attribués suivant les circonstances qui conduit au remplissage ; par exemple le nombre de lignes remplies simultanément.

On peut voir d'après la forme des pièces qu'il est possible de compléter au maximum quatre lignes d'un coup, ce qui est appelé « un tetris » et donne généralement le maximum de points, aussi bien dans l'absolu que ramené au nombre de lignes.

Les raffinements modernes

La description de la sous-partie précédente suffit généralement à qualifier un jeu de « Tetris », même si ça laisse plein de possibilités pour faire des jeux différents.

Le créateur du jeu, Alekseï Pajitnov, a fondé The Tetris Company qui détient les droits de la marque « Tetris », et utilise ces droits pour imposer une charte qui standardise le jeu.

L'exemple le plus visuel est la couleur des pièces, suivant leur forme : tous les Tetris modernes ont le T de couleur violette, la barre bleue ciel, le carré jaune, etc.

Je vais détailler que les raffinements pertinents pour le reste de ce billet.

Le générateur aléatoire

Une question classique est s'il est possible de faire durer une partie de Tetris indéfiniment, et la réponse en général est non, parce que si les pièces sont choisies aléatoirement et indépendamment, on peut exhiber une séquence qui va presque sûrement se produire et mettre fin au jeu.

Sans compter les questions mathématiques, il est assez frustrant d'attendre pendant très longtemps une barre verticale nécessaire à un tetris, au point de remplir son espace de jeu et de perdre. À tel point qu'à haut niveau, ces suites sans barre verticales sont le facteur principal qui déterminent le score, et ça donne l'impression que c'est plus un jeu de chance que de réflexion.

Les Tetris modernes ont donc remplacé cette génération de pièces indépendantes par ce qui est appelé « bag of 7 », où sont concaténées des permutations indépendantes des sept pièces, comme si on déballait successivement des sacs dans lesquels sont mélangés un exemplaire de chaque pièce, et qu'on tire ces pièces sans remise. Donc de la première à la septième pièce de la partie il y a exactement une de chaque sorte, puis pareil de la huitième à la quatorzième, etc.

De cette façon, il ne peut pas y avoir plus de douze autres pièces entre deux barres consécutives, et il ne peut pas avoir surabondance ou pénurie d'un certain type de pièces.

Du même coup disparait le principal élément de la preuve qu'une partie de Tetris est toujours de durée finie.

La réserve et la prévisualisation

Il y a une « réserve » dans laquelle peut se trouver une pièce, et la pièce courante peut être échangée avec celle qui est dans la réserve, ce qui revient à réordonner dans une certaine mesure le flux des pièces.

Si la prévisualisation de la prochaine pièce existe depuis très longtemps, ces jours-ci il est fréquent de voir les six prochaines pièces, ce qui avec la pièce en jeu permet de voir une permutation entière (quand le nombre de pièces jouées est un multiple de sept).

En combinant ces deux fonctionnalités avec le générateur aléatoire moderne, on peut exhiber une stratégie qui permet de jouer indéfiniment.

J'ai trouvé amusant d'essayer d'inventer cette stratégie, et le début est effectivement une réflexion intéressante, même si la fin ressemble plus à une exploration combinatoire stupide.

Le temps de fixation

Entre le moment où une pièce ne peut plus descendre et le moment où elle est définitivement fixée, il y a une sorte de période de grâce pendant laquelle on peut encore faire tourner ou déplacer horizontalement la pièce.

J'imagine qu'historiquement, la fixation était programmée pour remplacer un déplacement vers le bas impossible, ce qui liait le temps de fixation à la vitesse de descente.

Ces jours-ci le temps de fixation est indépendant de la vitesse de descente, et il y a généralement plus de temps pour ajouter une pièce avant qu'elle se fixe qu'entre deux pas de descente.

Les T-spins

Illustration de T-spin

Je ne sais pas exactement pourquoi, mais ces jours-ci les « T-spins » sont valorisés. La définition brute d'un « T-spin » est la pose d'une pièce en forme de T lorsque sont occupés trois des quatre carrés en diagonale du centre du T.

Concrètement, ça veut dire qu'il a fallu tourner la pièce pendant le temps de fixation pour arriver à ce résultat.

Dans la plupart des Tetris modernes, faire disparaître deux lignes en faisant un T-spin rapporte autant de points qu'un tetris, mais consomme deux fois moins de carrés.

Donc enchaîner les T-spins rapporte deux fois plus de points qu'enchaîner les tetris quand le nombre de pièces est directement ou indirectement limité, par exemple lorsque le jeu est rendu impossible par une vitesse qui augmente en fonction du nombre de ligne consommées, vu que l'espace de jeu fini borne par une constante assez faible la différence entre le nombre de carrés entrés et le nombre de carrés consommés, ou lorsqu'une limite de temps est fixée et que la stratégie ne change pas la quantité de pièces qui peuvent être posées par unité de temps.

C'est ce qui amène aux stratégies de T-spin factory, lorsqu'il n'y a pas d'élément perturbateur comme des pièces envoyées par des adversaires, qui sont des façons de placer les pièces de façon à maximiser le nombre de T-spins. C'est ce que fait Wumbo dans Tetris Primetime pour maximiser son score.

Les super rotations

L'idée de base est qu'il est parfois plus intuitif de déplacer une pièce quand on demande une rotation impossible, au lieu de refuser cette rotation. L'exemple de base est la barre verticale contre un mur, qu'on peut vouloir tourner de façon à ce qu'elle reste collée au mur, donc le centre de rotation n'est pas le centre de la barre.

La solution technique mise en œuvre pour résoudre ce problème est de garder la rotation autour du centre de la pièce, et essayer une liste de déplacements autorisés jusqu'à trouver une position valide.

Le résultat net est la possibilité de tourner des obstacles intuitivement impassables. C'est ce qui permet de compléter trois lignes d'un coup avec un T-spin, ce qui donne encore plus de point qu'un tetris.

Le 20G

Il me semble que cette variante ne fait pas partie de la charte, mais on la retrouve quand même dans plusieurs jeux, dont Tetris DS.

Une fois qu'on a dissocié le temps de fixation de la vitesse de chute, on peut imaginer une vitesse de chute infinie sans rendre le jeu injouable.

Le 20 de « 20G » correspond au nombre de lignes dont la pièce descend à chaque mise à jour du jeu, et comme il s'agit de la hauteur traditionnelle de l'espace de jeu, ça veut dire concrètement que la pièce apparaît directement au plus bas, et tombe instantanément dans un creux si on l'y amène horizontalement.

Je ne sais pas trop à quel point ce serait jouable sans les super rotations, mais ce n'est finalement pas si contraignant lorsqu'on peut les utiliser.

La nerd

Pour pouvoir décrire l'effet de nerd sniping qui me tombe dessus, il me semble nécessaire de prendre un peu de recul auto-descriptif.

J'ai l'impression que ma vie a commencé sur un gros malentendu : on m'a fait croire que j'allais à l'école principalement pour mon édification personnelle, c'est-à-dire pour apprendre des choses qui font de moi un meilleur être humain. Les notes et les interro' c'est juste du decorum pour motiver les plus retors.

Je me suis bien fait avoir, hein ?

Mais quand je parle de devenir un « meilleur » être humain, ce n'est pas dans le sens « capable de sortir des factoïdes pour briller en soirée », ni dans le sens « détenteur d'un meilleur diplôme », ni rien comme ça, mais dans le sens « capable de faire plus de choses ou résoudre plus de problèmes ».

Donc depuis aussi loin que je me souvienne, une composante importante dans ce qui fait ce que je suis c'est la volonté d'apprendre de nouvelles choses comme autant d'outils intellectuels destinés à être utilisés concrètement dans ma vie.

Il m'est arrivé plusieurs fois de parodier le disciple de Léonard en disant « je me sers de la science et c'est ma joie ».

Par exemple, utiliser la notion d'angle solide, fraîchement apprise en prépa', pour choisir sa place au cinéma me semble être le cours normal des choses, et non pas un sujet de moquerie. C'est dire à quel point j'ai conscience que mon point de vue est minoritaire.

De façon générale, encore aujourd'hui je continue de beaucoup aimer acquérir de nouveaux outils intellectuels qui me donnent l'impression de pouvoir se révéler utiles.

J'aime bien aussi découvrir des choses qui n'ont pas d'utilité flagrante, mais ce n'est pas aussi fort émotionnellement.

Le sniping

Apprendre des nouveaux outils mentaux, c'est bien, mais forger de nouveaux outils, c'est grisant. Il n'y pas beaucoup d'occasions de le faire, et c'est souvent long et difficile, mais c'est tellement magique quand ça réussit…

Je ne sais pas trop à quel point c'est répandu, mais j'ai donné ce même goût au personnage de Tal dans Becoming.

Et le cœur de ce qui me fascine dans ces variations de Tetris, c'est que c'est une succession d'occasions de fabriquer de nouveaux outils mentaux et de les mettre en œuvre.

Comme ces outils sont basés sur des acquis, je ne vois pas tellement comment les communiquer, alors je vous propose comme exemple ce que ça aurait donné sur la base du ST-stacking, si au lieu de lire et appliquer un guide je l'avais réinventé à partir d'une partie que j'aurais vu passer.

Si les détails tetrissesques ne vous intéressent pas, vous pouvez continuer directement à la partie suivante, le principe général est que pour progresser dans la direction voulue, je rencontre une succession de petits problèmes, dont les solutions sont imparfaites ou découvrent de nouveaux petits problèmes, et l'abstraction et la résolution de ces problèmes me donne suffisamment l'impression d'avancer pour être satisfaite tout en laissant suffisamment à faire pour continuer d'y passer du temps.

Esquisse de guide du ST-stacking

Partons donc sur une partie typique que l'on pourrait voir chez quelqu'un qui connait, par exemple Wumbo. Il faut un gros coup de bol dans la liste de pièces pour arriver à ça, mais il (me) suffit de voir quelques parties réelles pour imaginer la séquence ci-dessous en recoupant les points communs.

Ces images se lisent comme une bande dessinée, en montrant des instantanés successifs pour suggérer la suite de mouvement ; sur la première ligne un sac de sept pièces et ajouté entre chaque case, alors que les lignes suivantes suggèrent le mouvement de l'avant-dernière pièce (un T violet à chaque fois) et de la dernière pièce (un Z rouge) de chaque sac.

Exemple de ST-stacking (partie 1)

Exemple de ST-stacking (partie 2)

Exemple de ST-stacking (partie 3)

Exemple de ST-stacking (partie 4)

Il me semble que les grandes lignes de la structure ressortent de façon évidente : on a au milieu une alternance de S verts et de L oranges, qui fournissent des crans à intervalle réguliers, à gauche on benne ce qu'on peut pour faire du remplissage, et à droite on a une alternance de Z rouges et de T violets qui complètent deux lignes en T-spin à chaque sac.

Le nom ST-stacking vient de la stratégie en symétrie miroir, où on construit tout à gauche une alternance de S et T. Il se trouve que la version ZT ici est plus populaire en occident, et c'est celle que je vais décrire ici, mais le jeu est presque symétrique donc on peut considérer que c'est la même stratégie, à une mise en miroir près.

Donc on lance son Tetris préféré et on essaye de reproduire cette structure, et ça se passe très mal parce que l'ouverture suit des contraintes particulières. Admettons que ce soit un sujet plus avancé, et on recommence jusqu'à réussir par hasard une ouverture propre.

Même avec une ouverture potable, ça se passe rapidement mal, parce que la partie du milieu réclame une alternance de S verts et de L oranges, et la partie de droite réclame une alternance de Z rouges et de T violets, alors que le générateur aléatoire ne les donne pas toujours dans l'ordre adéquat. La réserve permet de jouer avec l'ordre des pièces, mais ça ne suffit pas.

La réserve permet d'échanger la place de n'importe quelle paire de pièces, donc on peut maintenir une seule des deux alternances. L'alternance entre Z et T est indispensable pour cette stratégie, alors que la forme centrale peut être obtenue de quatre façons différentes :

Alternatives pour la forme centrale

La dernière est un peu embêtante, parce qu'il faudra trouver quelque chose à faire avec le T qui est dans le même sac que le Z consommé, mais les trois autres sont tout à fait utilisables. Et l'avant-dernière est particulièrement intéressante, parce que ce qui empêche typiquement de faire un assemblage SL, c'est d'avoir le L avant le S. S'il y a un O pas loin, on peut faire un module LO au centre et trouver une place pour le S du sac dans la zone de gauche.

Jusque-là, ça va, ce n'est pas encore très méchant sur le plan conceptuel, mais il y a déjà une réflexion qui m'a beaucoup plu.

On peut déjà voir que cet enchaînement de T-spins conduit à une accumulation de lignes incomplètes en bas, et ça réduit d'autant l'espace de jeu. La solution évidente est d'ajouter verticalement de deux barres pour faire un tetris.

C'est bien sûr ce qu'il faut faire, mais ça pose quelques problèmes. D'une part, sur le milieu, chaque SL ou équivalent ajoute trois lignes, et chaque T-spin avance la droite aussi de trois lignes, par l'empilement de Z avec un des carrés du T. Si on s'imagine capable de placer les trois autres pièces du sac sur la partie gauche sans laisser de trou, on ajoute un total de douze carrés, donc en moyenne trois lignes aussi. Mais si on met des barres dans les colonnes de droite pour faire ces tetris, ça va faire quatre carrés de moins dans la partie de gauche, qui montera donc moins vite que les deux autres parties.

D'autre part, à une échelle plus globale, chaque sac contient sept pièces, et ajoute donc 28 carrés à l'espace de jeu, d'ailleurs la ligne incomplète en bas est constitué des 8 carrés qui restent après avoir effacé deux lignes avec le T-spin. Donc se débarrasser des lignes qui s'accumulent en bas revient à enlever en moyenne trois lignes par sac, soit 30 carrés. D'où viennent ces 2 carrés supplémentaires ?

Ils viennent en fait de l'ouverture, ou plus précisément des deux sacs qui ont initialisé les parties de gauche et du centre avant le premier T-spin, qui s'est fait avec le troisième T.

Il y a donc un stock de 52 carrés au début (deux sacs moins un Z rouge utilisé sur le côté droit) dans lequel on puise en moyenne deux carrés à chaque sac. La basse de stock se manifeste par l'incomplétude des lignes qui devraient disparaître en T-spin, par exemple comme ça :

Pas assez de matière pour faire un T-spin double

Pour en arriver là, il faut déjà avoir gagné du temps en équilibrant la partie gauche et la partie centrale, en répartissant un sac uniquement entre la gauche et la droite.

On peut gagner un peu de temps en freinant la montée de la partie de droite, en mettant un Z rouge dans une des autres parties, soit à gauche comme au tout début de la séquence ci-dessus, soit au milieu en utilisant la combinaison JZ. On se retrouve avec un T plus souvent en réserve, mais en dehors d'une réserve un peu plus rigide, ça se fait aussi bien.

On ne peut en revanche pas se débarrasser d'un deuxième Z sans prendre le risque d'avoir deux T orphelins sur les bras. Il manque donc une façon de refaire un stock de carrés avec des T.

Si on essaye de poser à l'arrache des T dans la partie de gauche, on s'aperçoit vite que ça se passe mal, mais ce n'est pas évident pourquoi.

Et c'est là qu'il est fort opportun d'obtenir ou de construire un outil théorique pour comprendre pourquoi et éviter les situations problématiques.

Cet outil est une parité : il y a des carrés dont la somme des coordonnées est paire, et d'autres dont la somme est impaire, un peu comme les cases noires et blanches d'un damier. Et toutes les pièces, quelles que soient leur position ou leur rotation, ajoutent deux carrés pairs et deux carrés impairs, sauf le T qui en apporte trois d'une sorte et un seul d'une autre sorte :

Parité des carrés de chaque pièce

Donc on ne peut pas juste balancer un T à l'arrache dans la zone de gauche, il faut y mettre deux T de façon à ce que l'un compense l'autre, ce qui est d'autant plus facile qu'ils sont proches.

Donc dans la situation précédente où poser un T ne complète pas les deux lignes, il faut lancer ce que mon guide principal appelle un reset, en mettant en réserve le T pour le rapprocher du suivant, et remplir la gauche en préservant la parité, par exemple comme ceci :

Exemple de reset en préservant la partié

On peut facilement voir les deux T dans cet exemple, même si en pratique j'ai tendance à enchaîner les deux T pour passer le moins de temps possible dans un état impair. On voit également que le Z entre ces deux T a été placé au milieu, pour préserver la synchronisation entre Z et T sur la droite, et le S et le L sont tous les deux à gauche également réduire la charge mentale en mettant dans la mesure du possible au même endroit le S et L d'un même sac.

Cette opération conduit donc à l'ajout de deux sacs dans l'espace de jeu sans compléter aucune ligne, ce qui permet donc de recharger le stock en lui ajoutant 56 carrés. Mais comme ces carrés sont concrètement répartis sur sept colonnes, ça fait en moyenne huit lignes de hauteur en plus, soit presque la moitié de l'espace de jeu. Il vaut donc mieux le faire en commençant aussi bas que possible.

À ce stade, les généralités sur le ST-stacking sont couvertes, et les étapes suivantes sont la conception des ouvertures (on voit déjà pourquoi il faut y mettre deux T, et mettre un Z à droite et un autre ailleurs) et les formes acceptables pour la partie gauche suivant les prochaines pièces à y mettre.

Le re-sniping

Comme dit plus haut, j'ai passé quelques mois à m'entraîner sur le ST-stacking normal, à avancer suffisamment pour être limitée par la vitesse du jeu qui augmente au fil des lignes plutôt que par mes compétences stratégiques, ce qui était un peu frustrant.

Il y a aussi une certaine frustration sur le côté impitoyable de cette contrainte. À force de progresser, j'ai pu me retrouver capable de récupérer d'un bon nombre d'erreurs, mais la majorité des erreurs de placement restent fatales.

Un autre angle de frustration est le manque de reproductibilité : il y a certaines séquences que je ne sais pas gérer, mais une fois la partie perdue il ne me reste plus rien pour réfléchir et comprendre. J'adorerais une variante de Tetris avec un mode d'entrainement, qui permet de rejouer une nouvelle partie avec la même séquence de pièces, voire de pouvoir accumuler les lignes sans que la vitesse augmente, pouvoir reprendre un coup, éventuellement sauvegarder une séquence de coups pour la rejouer ou explorer d'autres branches, etc.

J'ai été plusieurs fois à deux doigts de développer mon propre moteur de Tetris, avec un tel mode d'entrainement, et il n'est toujours pas exclu que je finisse par le faire.

Devant les parties qui explosent dès que le jeu s'accélère, j'ai commencé à jouer avec des niveaux de départ de plus en plus rapide, pour repousser d'autant le moment où le jeu commence à s'accélérer.

Et puis, lasse d'augmenter la vitesse progressivement, j'ai essayé le mode 20G et j'ai été toute surprise de découvrir un jeu complètement différent.

Je ne vais pas vous refaire un guide, mais en gros c'est suffisamment différent pour que les occasions de fabriquer des nouveaux intellectuels soient très fréquentes, tout en étant suffisamment familier pour pouvoir réutiliser bon nombre des outils que je maîtrise déjà.

Et c'est comme ça que j'ai été re-snipée, et que j'ai ré-appris le ST-stacking dans ce mode-là.

Les autres frustrations continuent de s'accumuler, et je ne sais pas encore si je vais réussir à les endurer jusqu'à ce que je me lasse de Tetris, ou si je vais me battre avec Nullpomino pour le faire marcher et voir s'il a un mode d'entraînement à mon goût, ou si je vais le coder moi-même (après peut-être avoir cherché encore une fois s'il existe d'autres Tetris open-source avec les règles modernes).

Conclusion

Un peu comme dans le billet précédent sur mon sommeil, je n'ai pas détaillé à ce point le détail de mon fonctionnement interne seulement pour le plaisir de l'introspection. Je me demande aussi quelle part de cette expérience est universelle.

J'imagine facilement des gens qui ne sont pas du tout nerd, à qui ces considérations sont complètement étrangères ; j'imagine aussi facilement des gens très facilement snipables par tout un tas de choses différentes ; mais combien y a-t-il de personnes comme moi, en général peu snipables mais avec des exceptions, et quelles sont exceptions ?

Et suis-je isolée de la valeur que j'accorde aux outils mentaux et à leur acquisition ? Est-ce que ces circonvolutions grasses entre mes deux oreilles sont censées servir à autre chose que me rendre malheureuse ?

Publié le 22 décembre 2021

Tags : Autoexploration Évènement Jeux

Difficultés à dormir

J'ai commencé à écrire une réaction au billet de David Madore intitulé Difficultés à dormir, et devant l'accumulation de quantité et de détails, j'ai préféré en faire un billet chez moi.

Le fond de la démarche est que j'aime beaucoup lire les expériences quotidiennes d'autres humains, pour comparer avec ma propre expérience, et mieux délimiter ce qui m'est propre de ce qui est l'expérience humaine générique. Et comme j'ai tendance à faire aux autres ce que j'aimerais bien qu'on me fasse, je réagis avec ma propre version pour permettre aux autres de faire leurs comparaisons.

Si ça se trouve je suis une anomalie, et ce genre de textes n'intéresse personne. Dans ce cas, je vous remercierai de me le signaler, pour que j'évite de perdre du temps à l'avenir à coucher sur papier numérique ce type de réflexions.

Cet article aurait pu être dans ma section natologie ; la différence principale est que le weblog contient des publications qui « périment » alors que le reste de mon site a vocation a être intemporel, et j'espère arriver à faire évoluer les constats ci-dessous.

Je vais donc commencer par vous décrire les difficultés que j'éprouve envers mon propre sommeil, puis comparer avec celles de David Madore, avant de décrire mes pistes d'améliorations.

Je dors mal

Pour commencer, je fais le constat que je dors mal, mais je n'aime pas cette formulation parce qu'elle sous-entend une infériorité par rapport à une norme de sommeil, alors que je la vis comme une infériorité par rapport à un idéal. Dans ce sens, bien dormir pourrait être un idéal inatteignable, sans ôter la valeur de mieux dormir.

Pour faire une analogie, je dis que je dors mal et je cherche pourquoi, exactement comme je dirais que je n'arrive pas à courir un 100 mètres en moins de 11 secondes et je chercherais pourquoi. Si je trouvais une quelconque valeur à progresser dans le 100 mètres.

Donc globalement, je vis ma vie avec le sommeil que j'ai, et j'essaye juste de trouver la meilleure vie possible dans l'espace des possibilités qui me sont accessibles.

Et trouver les points qui laissent à désirer est la première étape vers l'amélioration.

Je ne sais pas m'endormir

En fait je ne dors pas si mal que ça une fois que j'ai réussi à m'endormir. J'ai plus de difficultés d'endormissement que de sommeil à proprement parler.

Ce n'est que très récemment, peut-être il y a quelques années, que j'ai pris conscience du fait que je ne sais pas m'endormir, je ne l'ai jamais appris ni vraiment pratiqué.

Le choc a été quand j'ai lu que les humains mettent généralement 5 à 10 minutes pour s'endormir, alors que pour moi c'est plutôt 1 à 2 heures.

Aussi loin que je me souvienne, ma stratégie d'endormissement était d'aller dans le lit, éteindre la lumière, et attendre. Et comme je m'ennuie en attendant, je laisse mon esprit divaguer, à penser à diverses choses, en attendant que le corps daigne lancer son programme de sommeil.

Il me semble qu'à un moment, relativement récent mais plus lointain que cette prise de conscience, j'ai remarqué que rejouer des histoires récemment lues ou vues était plus efficace pour s'endormir ou bien dormir ensuite que réfléchir à des problèmes concrets.

C'est principalement sur ce point que j'espère une amélioration dans les temps qui viennent.

Je suis dépendante de la caféine

Ce n'est pas vraiment une difficulté, il me suffit de ne pas en boire après environ 14h pour que ça n'ait aucun impact sur mon sommeil (visiblement je suis dépendante mais pas complètement accoutumée, à moins qu'il ne reste que l'effet nocebo), mais ça va devenir pertinent sur les points suivants.

Depuis la rédaction de ma thèse, qui correspond à peu près au début de ma vie avec un enabler, je suis dépendante de la caféine. Enfin, je ne sais pas exactement à partir de quand la dépendance s'est installée, mais c'est à partir de cette époque que j'ai commencé à consommer une quantité significative de café.

Le résultat est une sensation de manque de caféine, surtout le matin, et je perçois une différence claire avec la sensation de manque de sommeil. Je n'ai pas les mots pour décrire cette différence, mais je sais identifier si je manque de sommeil, de caféine, des deux, ou d'aucun des deux.

En revanche, je perçois le manque de sommeil et le besoin de dormir comme la même sensation dans deux contextes différents. Je parle de manque de sommeil quand je suis éveillée et active, et que je ne pourrais pas (encore) dormir, mais je sens que la dette de sommeil plane au-dessus de moi. Je parle de besoin de dormir quand mon énergie diurne est épuisée, et qu'il ne reste que le sommeil pour améliorer ça.

La consommation de café ou de thé ne fait pas que combler le manque de caféine, mais ça donne une rallonge à ma réserve d'énergie diurne. Approximativement, à la hache, ça transforme un besoin de dormir en simple manque de sommeil, ce qui me permet de fonctionner à peu près normalement dans la journée. Cet effet est beaucoup plus court que combler le manque, mais il existe encore après une bonne décennie de dépendance.

C'est un cliché de drogué, mais je peux arrêter quand je veux. Et j'y crois sincèrement, comme je suppose bon nombre de drogués. Je l'ai déjà fait quelques fois, avec de la dinde plus ou moins froide, je passe une ou deux mauvaises semaines, et ensuite je retrouve un fonctionnement à peu près normal.

La difficulté n'est pas d'arrêter, mais de ne pas reprendre ensuite. Après un sommeil un peu moins bon, quelle qu'en soit la raison, je serai à plat en sachant qu'il existe une solution chimique légale et très facile d'accès ; comment y résister ? Dès lors, à quoi bon sacrifier deux semaines de confort si c'est pour replonger à la première difficulté ?

Ces dernières années, je consomme habituellement deux à quatre doses de caféine par matinée, et très occasionnellement une cinquième en début d'après-midi, ce qui semble être en dessous des seuils de danger communément admis, donc je n'ai même pas la préoccupation pour ma santé pour me motiver.

Je ne m'endors que vessie vide

À la fin de ma deuxième décennie, j'ai vécu une énurésie nocturne qui m'a profondément marquée d'une honte cuisante, à laquelle je repense à chaque fois que j'essaye de m'endormir sans avoir la certitude d'avoir préalablement complètement vidé ma vessie. Au point de ne pas pouvoir relâcher mon contrôle sphincterien pour m'endormir.

Ce n'est pas un problème dans la routine quotidienne, et ce n'est pas compliqué à adapter en dehors de la routine pour le premier endormissement de la nuit.

C'est plus problématique lorsque je me réveille au milieu de la nuit, et particulièrement quand je suis réveillée par la soif, parce que je n'ai alors pratiquement aucune chance de me rendormir sans me lever pour aller aux toilettes.

Ce qui ne serait pas si grave sans le point suivant…

Je me réveille très rapidement une fois debout

Sans compter ma dépendance à la caféine, le simple fait de passer en station verticale suffit à commencer un processus de réveil, qui peut durer quelques secondes (quand j'ai quelque chose de stressant et inhabituel à faire) à une quinzaine de minutes (quand je n'ai aucune obligation et que je suis en manque de sommeil), après quoi je suis complètement réveillée et prête à vaquer à mes occupations diurnes.

J'ai d'ailleurs utilisé cet effet pendant toute ma vie solitaire, en mettant le réveil à deux pas du lit, et aller l'éteindre suffit à ne pas avoir besoin de fonction snooze.

Il y a une limite dans la nuit, je dirais vers 3 à 4 heures matin, au-delà de laquelle ce processus se produit systématiquement, et avant laquelle j'ai une chance de pouvoir me rendormir.

Combiné au point précédent, ça fait que si je me réveille pour une raison ou pour une autre à 5 heures du matin, je ne pourrai pas me rendormir sans passer par les toilettes par peur de mouiller let lit, et je ne pourrai pas me rendormir en passant par les toilettes parce que mon corps l'a pris comme un signal de réveil.

Maintenant que je suis dépendante de la caféine, le réveil est un peu moins net, mais je sens encore le mécanisme naturel à l'œuvre, et le manque de caféine qui jette seulement un brouillard caractéristique sur mon esprit. Après un ou deux cafés, ce brouillard se dissipe.

Je ne sais pas me ménager

Je ne sais pas si c'est une autre facette de la même chose que le point précédent, mais en général je suis dans ma vie au maximum de mes possibilités courantes.

J'arrive à peu près à ménager mes muscles dans une activité physique, mais ça s'arrête là. Mon cerveau est toujours à fond, et même pour l'utilisation de mon corps, j'ai une image approximative de mes limites à froid, et je me dépense sans compter dans ces limites.

La combinaison de ce point et du point précédent fait que je me considère comme quelqu'un « du matin ». Peu importe ma « dette de sommeil » ou mon heure de réveil, à partir du moment où le réveil est décrété (et l'éventuel manque de caféine comblé), je suis au maximum de mes possibilités, et je vis ce maximum jusqu'à arriver au bout de mes réserves d'énergie, et ensuite je vis dans une espèce de « mode zombi » que je déteste, jusqu'à pouvoir me coucher.

Le manque de sommeil, ponctuel ou chronique, ne se manifeste que par le moment auquel je me transforme en serpillère, qui peut très bien être à 10 heures du matin ou à 1 heure du matin.

C'est particulièrement pénible dans les déplacements professionnels, lorsqu'il est peu pratique ou politiquement inacceptable de voyager la veille au soir. Je peux me lever à 5 heures du matin, être largement assez vivace pour prendre un train sans rien oublier, éventuellement m'ennuyer ou lire dans le train, et au début de la journée de travail me retrouver complètement à plat.

J'imagine que c'est aussi pour ça que je n'arrive pas à faire de sieste, soit je suis en forme et peu encline à dormir, soit je suis en zombi jusqu'au lendemain matin et une sieste, comme un café, ne fait que légèrement diminuer ce malaise pendant un petit laps de temps.

J'ai peur de rater quelque chose

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours accordé beaucoup d'importance à mes perceptions, et toujours vécu comme un échec personnel le fait de rater quelque chose qui est pourtant arrivé jusqu'à mes sens.

J'avais beaucoup de mal à décrire ça jusqu'à ce que je découvre le syndrome FOMO (que je trouve mieux décrit dans la page en anglais), et c'est exactement ce que je vis avec mes sens concrets.

C'est bien pendant la journée, mais ça rend mon sommeil très léger et facilement interruptible.

Je me souviens qu'en résidence universitaire, j'avais un voisin qui écoutait du raï ou quelque chose de ce genre-là, jusqu'à des heures avancées, mais qui arrivait à mes oreilles avec un volume bien inférieur au tic-tac de la pendule que j'avais à cette époque, donc je ne me sentais pas tellement légitime pour me plaindre. Le tic-tac ne me dérangeait pas parce que ce n'était qu'un tic-tac, alors que dans la musique du voisin une voix est reconnaissable, et je sentais mes structures mentales qui s'épuisaient à essayer en vain de décoder des mots dans cette voix, ce qui m'empêchait de dormir.

Pendant très longtemps j'ai pris ça comme une fatalité, et puis j'ai fini par chercher des bouchons auriculaires assez confortables pour être portés toute la nuit et toutes les nuits, et ça a positivement et durablement amélioré mon sommeil.

Je suis passé par plusieurs bouchons en mousse peu durables, avant de découvrir les SleepSoft d'Alpine que j'ai renouvelés pendant presque 10 ans, et depuis deux semaines je suis passé aux SleepDeep que je trouve plus pratiques et aussi confortables et efficaces.

L'amélioration suivante a été d'utiliser un masque pour bloquer le peu de lumière du jour qui passe entre les rideaux occultants et la fenêtre.

Je souffre de myoclonies autodiagnostiquées

Je prends tout ça avec les pincettes habituelles de tout diagnostic basé sur wikipédia, en l'occurrence l'entrée Myoclonie.

Pour faire abstraction de wikipédia, je vais appeler dans la suite « myoclonies » quelque chose qui ressemble beaucoup au hoquet mais éventuellement sur un autre muscle que le diaphragme (en l'occurrence, des muscles des cuisses), c'est-à-dire des contractions involontaires, irrésistibles, ponctuelles, espacées, imprévisibles, et sans aucune perception autre la proprioception desdites contractions.

Ça m'arrive pendant que je suis en train de m'endormir, et me renvoie brutalement à la case « départ » de l'endormissement.

Ça ne rentre pas vraiment dans le syndrome des jambes sans repos parce qu'il n'y a aucune perception ni aucun besoin de bouger, c'est quelque chose qui se produit complètement en dehors de ma conscience.

Ça ne me semble pas rentrer non plus dans les secousses hypniques, parce que j'ai connu quelques fois cette impression de tomber et le mouvement brusque pour se rattraper ; ça arrive à des niveaux d'endormissement plus profonds que mes myoclonies, mes myoclonies n'ont pas le côté perceptif de tomber, et ces mouvements ont une certaine coordination musculaires comme les autres actions automatiques (par exemple pour attraper un ballon ou un objet qui tombe, ou pour rattraper une chute) alors que mes myoclonies me ressemblent plus à des musculaires isolées sans logique, genre décharge électrique.

Ce problème semble d'autant plus fréquent que je me couche tard, et quand je veille déraisonnablement j'ai même des myoclonies en position assise. Le meilleur moyen de prévention que j'ai trouvé est de me coucher dès les premiers signes de fatigue (de toute façon je ne fais rien de bon après), mais ce n'est pas toujours compatible avec mes obligations sociales.

Je peux empêcher les myoclonies en crispant volontairement les muscles impliqués, mais c'est incompatible avec le relâchement de l'endormissement. Je peux me mettre sur le ventre, et ainsi bloquer mécaniquement le mouvement en question, mais mon cou n'aime pas trop, et ça ne gère que les cas les plus faibles.

Il y a un dernier détail pour caractériser ça, mais j'hésite toujours à le dévoiler de peur des implications qui pourraient en être déduites, mais la douleur éteint provisoirement les myoclonies, peut-être simplement par la contraction réflexe qu'elle provoque, ou peut-être par un mécanisme plus compliqué. Pour que ce soit une solution, il faudrait une douleur assez peu intense pour ne pas m'empêcher de dormir, mais suffisamment longue pour que j'ai le temps de m'endormir, et le tout sans mettre en danger mon intégrité physique. Autant dire les moyens de remplir ce cahier des charges ne sont pas monnaie courante dans un environnement prétendument civilisé.

Comme tout ça me donne l'impression d'un phénomène très bas niveau, genre une accumulation d'ions ou de neurotransmetteurs dans les muscles ou les neurones qui s'y projettent, j'ai commencé à chercher des solutions bas niveau, genre plus boire le soir, ou moins boire, ou prendre plus d'électrolytes, mais en vain.

J'ai évidemment essayé de faire part de ce problème à divers intervenants du corps médical, mais je n'en ai pas encore trouvé un seul qui prenne ça au sérieux.

Depuis quelque temps, je me demande si se focaliser sur les contractions musculaires ne serait pas une fausse piste, et si le problème ne se serait pas mieux résolu en évitant que ça casse mon endormissement plutôt qu'en essayant de les éliminer.

J'aime bien dormir

Si on m'avait posé la question avant d'avoir lu le billet de David Madore, j'aurais dit que j'aime bien dormir. Il m'a fait réfléchir, et je n'en suis plus si sûre.

Le point de départ de son billet est la phrase suivante :

Il y a deux moments agréables dans la journée : le soir quand on se couche, et le matin quand on ne se lève pas.

Il construit ensuite une réflexion autour de la classification en « lève-tôt » et « couche-tard » suivant lequel des deux moments est préféré par chacun.

J'ai essayé très fort de me positionner par rapport à cette phrase, mais je n'ai pas réussi. Alors j'ai essayé de comprendre pourquoi.

Ces deux moments représentent des transitions d'état, et si je comprends conceptuellement qu'on puisse trouver agréable une transition d'état, ma vie est plutôt construite avec états agréables, et mes transitions d'état ne sont que des moyens pour atteindre des états plus agréables.

Je suis donc incapable d'évaluer à quel point je trouve agréable le coucher ou le non-lever, ça n'a juste aucun sens dans ma vie.

Par approximation, j'ai essayé d'évaluer à quel point je trouve agréable l'état couché, et c'est ce qui me fait arriver à la phrase « j'aime bien dormir ».

Mais en réalité, je suis assez indifférente au sommeil. De toute façon je suis inconsciente pendant ce temps-là. Je me suis fait avoir parce qu'en fait, j'aime beaucoup tout le reste de ma vie dans le lit.

J'aime beaucoup rêver, comme David Madore, mais je me souviens très rarement de mes rêves, ce qui est subjectivement équivalent à ne pas rêver. Et vu le niveau de procrastination dans les mesures pour améliorer ça, on peut légitimement se demander si j'aime tant que ça.

J'adore la sensation tactile des draps sur ma peau. J'adore sentir le poids de la couette sur mon corps. J'aime beaucoup lire au lit. J'aime beaucoup réfléchir au lit, que soit avant de s'endormir ou en journée. Et j'aime beaucoup les autres activités du lit que la pudeur m'interdit de développer ici.

Cependant, mes décisions par rapport au sommeil ne sont pas dictées par ces plaisirs ni par l'état de sommeil lui-même, mais par les autres états. J'aime être à peu près en forme toute la journée, et je déteste l'espèce de demi-vie quand je suis arrivée au bout de mon énergie quotidienne.

Donc en fait, ce n'est pas que j'aime-bien dormir, mais j'aime bien-dormir.

Indirectement, on pourrait évaluer mon coucher comme la transition d'un état désagréable à sa résolution, et mon lever l'entrée dans l'état le plus agréable, car le plus efficace, de la journée. Ça mettrait le coucher comme plus agréable que le non-lever, même si le non-lever pourrait être une lecture ou des réflexions intéressantes dans le lit, il reste compétitif avec les autres activités hors du lit.

Mieux dormir

Parmi les difficultés que j'ai évoquées dans la première partie, une bonne partie est sous contrôle, ou au moins intériorisée au point d'accepter de bonne grâce certaines restrictions dans ma vie. Je ne cherche ces jours-ci qu'à améliorer ma vitesse d'endormissement et l'effet des myoclonies.

Pour une raison obscure, j'ai une certaine réticence à évoquer en public le faisceau de solutions que je suis en train d'explorer, et ce serait aussi intéressant de comprendre cette réticence. Je crois qu'elle est la manifestation de la fiabilité que je veux donner à mes paroles, par rapport aux doutes que j'ai sur les fondations de ces solutions, mais ce serait à vérifier.

Le biais de contrôle

Avant de détailler ces solutions, il me semble intéressant de détailler un biais qui hante leurs fondations.

J'éprouve un gros besoin de croire que j'ai un certain contrôle sur mon corps.

J'ai détaillé dans « je ne suis pas une geekette » le fait que j'assimile mes outils préférés à mon corps, au point d'avoir une relation fusionnelle avec eux, et que ça contribue beaucoup à mon goût pour la moto.

Ça a l'air étrange dit comme ça, mais j'aime avoir cette relation fusionnelle avec mon corps aussi. Je veux sentir ce contrôle instinctif et absolu qui brouille la limite entre la conscience qui constitue le « moi » et la machine biologique qu'est mon corps, au point d'avoir l'impression qu'il ne s'agit que d'une seule entité.

Et ce que je trouve de plus désagréable avec les myoclonies, et dans une bien moindre mesure l'endormissement lent, c'est que sont des processus qui m'échappent complètement et que je vis comme une trahison.

Par contraste, le réflexe myotatique est aussi un processus sur lequel je n'ai aucun contrôle, et qui appartient purement à la machine biologique, mais je le comprends suffisamment pour l'intégrer au modèle mental de mon corps et ainsi l'assimiler.

Autre exemple, mon système immunitaire est aussi un processus sur lequel je n'ai aucun contrôle conscient, ni même aucune perception, mais il agit à un niveau d'abstraction tellement bas que je n'ai pas besoin d'en tenir compte dans le modèle de mon corps (sauf cas particuliers). Il fait en quelque sorte de l'intendance que je n'ai pas besoin de micro-manager, comme l'électronique qui gère l'injection du moteur de ma moto.

C'est aussi pour ça que je n'ai pas de problème avec les secousses hypniques, l'intendant a pris une initiative dans l'urgence, il s'est trompé, mais son initiative était raisonnable par rapport aux informations qu'il avait, donc il garde ma confiance.

En revanche je ressens les myoclonies comme une trahison de cet intendant ou de cette machine, parce que je vois aucune logique ni aucune cause dans la machine biologique, et je le vis très mal.

Autant dire que ça peut provoquer des tensions vis-à-vis du corps médical et des conservateurs, qui ne sont pas toujours pour simplifier ma vie.

Hacker l'endormissement

On commence à arriver dans les lignes qui sont difficiles à écrire, parce que le niveau de confiance dans mes propos n'est pas suffisant à mon goût. J'ai l'impression d'avoir fait juste assez de neurosciences pour être dangereuse énoncer des idioties avec aplomb et sans me rendre compte de l'énormité de ce que j'écris. Vous êtes prévenus.

Qu'est-ce que le sommeil ? Un état de conscience différent. À plus bas niveau, un mode de fonctionnement différent du cerveau, dans lequel des oscillateurs dédiés imposent un rythme particulier duquel résulte cet état différent ; et quelques effets physiologiques dirigés par des structures cérébrales.

Qu'est-ce que l'endormissement ? La mise en place de ces oscillateurs. Mais le changement de mode n'est pas progressif. Je sens qu'il y a des préparatifs en coulisses, et que j'approche progressivement de la possibilité du changement de mode, mais je garde la possibilité d'annuler tout ça jusqu'à un certain point de non-retour, à partir duquel l'endormissement est fini et le sommeil lui-même commence.

Est-ce qu'il y a un autre processus nerveux auquel la description ci-dessus pourrait s'appliquer exactement ? Oui, l'orgasme. À moins que mon vécu ne soit pas représentatif, les paragraphes ci-dessus s'y appliquent aussi bien. Même le temps de préparation avant basculement est du même ordre, il n'y a que dans la nature du nouveau mode que le parallèle est plus ténu (les oscillations ne sont pas entretenues et les effets physiologiques sont très différents).

Il me semble que même sans avoir vécu de rêves érotiques, leur existence est suffisamment consensuelle pour l'accepter, et elle démontre qu'il y a dans la tête tout ce qu'il faut pour basculer vers un autre mode, sans entrées sensorielles venant du corps. Et donc que ce serait possible aussi en dehors des rêves. Ce qui ne veut pas dire que ce soit plus facile que courir 100 mètres en moins de 11 secondes.

Je veux croire que ce parallèle est valide, et que je peux m'en servir pour alimenter activement l'endormissement avec ma conscience et pouvoir ainsi basculer plus vite dans le sommeil, au lieu de juste faire l'étoile de mer en espérant que ça finisse par venir.

Il reste juste à trouver comment alimenter l'endormissement avec la conscience. Et j'ai peur qu'à ce niveau-là, le langage ne permette pas de décrire des éléments qui pourraient permettre de progresser sur ce point. Si vous avez des idées, n'hésitez à les partager dans les commentaires, elles seront plus-que-bienvenues.

Ma ligne de recherche présente utilise les rendormissements du matin, que j'imagine assez proches du basculement, et en espérant qu'ils soient de nature suffisamment proche des basculements du soir. Sur le dos, paumes contre le matelas, index et pouces calés sous moi, et les yeux forcés en butée vers le haut, j'ai plusieurs fois eu l'impression d'explorer à tâtons l'espace mental à proximité du basculement, dans l'espoir d'y trouver ce qui aide à basculer et ce qui m'en éloigne, et ainsi extraire l'essence que ce qui pourrait alimenter mon endormissement.

J'ai l'impression d'avoir progressé en vitesse d'endormissement, mais je suis sûre qu'il y a encore du travail.

L'accéléromètre à mon poignet prétend que sur un échantillon de 77 soirs presque contigus (dans une période contenant deux oublis de mesure, et une mesure considérée comme aberrante dans laquelle je me serais endormie 2 minutes avant de me coucher), je n'ai jamais mis moins de 6 minutes à m'endormir, mais 41 soirs étaient à 10 minutes ou moins, et 60 à 15 minutes ou moins.

Malheureusement, je ne sais pas trop quoi faire de ces mesures, d'une part parce que je n'ai pas de contrôle avant d'avoir commencé ce travail exploratoire, et d'autre part parce que je reste quand même très sceptique envers les mesures de sommeil par un accéléromètre de poignet (quoiqu'assisté par un capteur de rythme cardiaque) alors que je m'endors avec la main calée sous l'oreiller ou sous mes fesses.

Toujours plus de contrôle

Encore plus loin dans le scientifiquement douteux (à mon échelle), et encore plus profondément dans mon besoin de contrôle, je poursuis une piste vers l'accélération de l'endormissement et l'extinction des myoclonies.

Je joue avec l'auto-hypnose.

Je suis tombée dedans par Gilles Chehade que je fréquentais numériquement par ailleurs, pour des raisons BSDesques.

J'ai beaucoup de mal, et je ne suis pas sûre d'être aussi analytique que ce dont on m'accuse (vous avez remarqué que mon domaine n'est pas analytique.eu ?), mais je sais que je suis très lente à la confiance, que beaucoup d'éléments basiques d'hypnose vont à l'encontre du « FOMO sensoriel » dont j'ai parlé, que je suis toujours en train de me regarder faire (ou subir) ce que je fais, et souvent à me regarder me regarder faire ce que je fais, et que j'ai une aphantaisie qui ne doit pas aider non plus.

Malgré tout ça, à force d'acharnement, j'ai réussi à vivre des débuts de commencements d'auto-hypnose.

Quand ces histoires de crise sanitaire seront vraiment passées, j'essayerai peut-être de trouver un professionnel qui ait l'air sérieux et qui se sente capable de gérer toutes ces difficultés, même si je n'ai encore aucune idée de comment m'y prendre pour le trouver.

Je ne m'attends pas vraiment à des résultats magiques, mais j'accepterais volontiers tous les pouvoirs que ça peut me donner.

Je ne suis pas sûre que ça apporte plus que le hacking précédent pour l'endormissement normal, mais si ça peut permettre de réduire les myoclonies, ou simplement de réduire le désendormissement qu'elles causent, ça suffira largement à justifier l'investissement.

Oui, je suis désespérée à ce point.

Alors que si ça se trouve un bête curarisant en intra-musculaire aurait promptement résolu le problème, mais quand le système échoue on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.

Rénover son emploi du temps

Indépendamment de toutes mes difficultés d'endormissement, j'ai quand même un gros problème d'organisation qui nuit à mon quotidien.

D'un côté, le Grand Confinement a rapproché ma guilde de World of Warcraft et ainsi considérablement amélioré ma vie sociale numérique, et même ma vie sociale tout court. J'y assure des rôles minoritaires (tank principal et heal secondaire), et ma présence facilite beaucoup les activités pour tout le monde. Mais même sans cette espèce de pression sociale, c'est une activité sociale tellement agréable que je rechigne à y renoncer même pour du sommeil en plus. Ça me pousse à être rarement au lit avant minuit.

De l'autre côté, mon employeur m'oblige à revenir régulièrement dans les locaux, et pour gérer mon ochlophobie il me faut prendre les transports en commun bien avant l'heure de pointe (passer après l'heure de pointe n'est pas compatible avec mes obligations professionnelles), ce qui fait un réveil à 6h30.

Le résultat combiné est une quantité clairement insuffisante de sommeil.

Les jours de téĺétravail, permis par le fonctionnement hybride (pour l'instant) de mon employeur, le réveil sonne à 7h30, ce qui n'est pas aussi clairement insuffisant, mais je le sens lorsqu'une activité m'empêche de récupérer du sommeil pendant le week-end.

En revanche les week-ends me montrent qu'avec ces heures de coucher, un lever vers 8h à 9h suffit à rattraper la fatigue de la semaine et être en forme, donc ça ne doit pas se jouer à tant que ça.

Je ne sais pas du tout comment faire bouger ces limites, et je ne suis même pas sûre que ce soit possible sans un évènement qui apporte plus de négatif que de positif, mais ce serait sans doute un progrès indéniable en termes de quantité de sommeil et de satisfaction diurne.

Conclusion

Voici donc la version non-abrégée de l'état actuel de ma relation avec le sommeil.

Si vous êtes d'humeur partageuse, les points communs et les différences avec votre vécu seront bienvenus, en public comme en privé.

Si vous avez des conseils par rapport à mes difficultés, ils ne seront peut-être pas aussi bienvenus parce que j'ai déjà passé tellement de temps que j'ai vu moult fois tous les trucs évidents, mais je peux promettre qu'ils seront lus avec attention et bienveillance.

Publié le 15 novembre 2021

Tags : Autoexploration

Couverts de voyage

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je réfléchis à un jeu de couverts de voyage depuis beaucoup plus longtemps qu'à un Go Bag (ou sac d'évacuation), et je n'ai pas encore décidé si ces couverts méritent une place dans ce sac.

Ce sujet revient dans l'actualité parce que je prépare un déplacement professionnel, mais j'ai commencé à y réfléchir pour le contexte professionnel quotidien, lorsqu'il fallait amener ces couverts et que je n'avais pas assez confiance dans les infrastructures locales pour y laisser les miens.

Par la suite les circonstances ont changé et je laisse mes couverts du boulot à mon bureau, mais ils ont gardé les marques de la contrainte de portabilité à chaque trajet.

Et ces jours-ci je restructure mes couverts de rechange en un jeu de couverts de voyage, en plus des couverts du quotidien au bureau.

Le cahier des charges

Ma motivation de base est que je n'aime pas trop l'expérience tactile des couverts en plastique, et j'ai horreur du bois mouillé qui le remplace. Je supporte à peine le contact entre la langue et le bois, par exemple pour finir les esquimaux. Donc j'emporte volontiers avec moi des couverts métalliques pour échapper au jetable rien que pour le confort tactile, même sans compter la praticité d'utilisation ou les considérations écologiques.

La deuxième contrainte forte qui pèse sur mon choix de couverts est leur lavage, en particulier à la main. Pour raison obscure, je n'aime pas du tout laver les fourchettes, et ça a été ma principale motivation pour apprendre à me servir de baguettes. Maintenant que cette compétence est acquise, je prends plus volontiers les baguettes qu'une fourchette à chaque fois que l'aliment choisi le permet.

Enfin, comme on parle de couverts de voyage, le faible poids et le faible encombrement sont des qualités intéressantes, éventuellement au prix du confort d'utilisation.

L'inventaire

J'étais partie sur une description chronologique de mon jeu de couverts, parce que ça explique une bonne partie des décisions, mais je me dis que c'est peut-être plus intéressant de le faire par catégorie d'objets.

Les baguettes

J'ai commencé avec des baguettes en plastique qui me viennent de mes années étudiantes, probablement achetées au rayon couverts du Monoprix du coin. Certes je ne suis pas fan du plastique, mais c'est plus facile à trouver, et je crois que je préfère quand même le compromis de la baguette en plastique à celui de la fourchette en métal (sauf lave-vaisselle).

J'ai essayé quelques baguettes métalliques creuses achetées à des chinois sur la marketplace d'Amazon, mais aucune ne m'a vraiment convaincue.

Je ne me souviens plus exactement comment je suis tombée sur les baguettes de Ti Survival, mais le titane massif a juste le bon poids pour être parfaitement à mon goût, la surface « texturée » aide beaucoup à saisir la nourriture (les gnocchi dans la sauce sont pratiquement le test ultime à mes yeux), et la modularité (chaque baguette est en deux morceaux vissés ensemble) peut aider à les rendre moins encombrantes.

J'aime tellement ces baguettes que j'en viens à craindre la possibilité de les perdre et de découvrir la disparition de Ti Survival en voulant les remplacer. Je suis encore en train de me battre contre l'envie d'en commander une troisième paire de secours.

C'est pour moi la paire de baguettes ultime, je ne vois pas comment on peut faire plus à mon goût.

Les sporks

Ma collection de sporks De gauche à doite : l'étui plastique de Light My Fire, puis les sporks de Light My Fire, Snow Peak, et Toaks.

Malheureusement tout n'est pas mangeable avec des baguettes, et le complément le plus compact est la combinaison de fourchette et de cuillère que les anglais appellent spork.

Mais comme j'avais de gros doutes sur les cuillères à dents dans la plupart des designs, j'ai plutôt regardé du côté de la spork de Light My Fire (sauf que j'avais la première version, avec des crans plus fins dans la partie "couteau"), qui a une vraie cuillère et une vraie fourchette, à chacune des extrémités du manche.

Contrairement à beaucoup de commentateurs que j'ai lus, je n'ai pas été si gênée que ça par le côté qui n'est pas en cours d'utilisation, et je l'ai utilisée volontiers pendant des années.

Et puis j'ai vu Uncle Roger expliquer qu'une fourchette c'est pour piquer et une cuillère c'est pour pelleter et ça m'a fait réfléchir aux parallèles et aux différences entre ces deux ustensiles, et j'ai eu envie d'essayer une spork traditionnelle.

J'ai donc épluché les comparatifs, celui-ci me semble être le plus intéressant, et j'ai commencé par acheter celle de Snow Peak. J'ai été très agréablement surprise par l'amélioration du confort d'utilisation en ayant un vrai manche, et par l'utilisabilité en tant que grosse cuillère malgré les fentes qui forment la fourchette.

En revanche, j'ai trouvé la spork de Snow Peak complètement nulle pour piquer, j'avais encore plus de mal à y faire tenir la nourriture qu'avec des baguettes.

Je me suis souvenu d'un comparatif de sporks dans lequel l'auteur aimait bien celle de Snow Peaks parce qu'elle est arrondie de partout, contrairement à celle de Toaks qui raye tout, donc forcément j'ai essayé celle-là.

Après plusieurs essais sur différents aliments, j'aime beaucoup cette Toaks, au point de remplacer celle de Light My Fire au bureau et d'en acheter une deuxième pour les voyages.

Cependant, contrairement aux baguettes, je peux encore imaginer de l'amélioration, et je reste ouverte aux nouvelles possibilités.

Le couteau

Si le bord de la spork suffit pour couper beaucoup de choses qui sont cuites, ce n'est pas toujours suffisant. Surtout lorsqu'il y a de la viande.

Mais pour cet ustensile-là, je ne vais pas avoir grand-chose à ajouter à mon billet Victorinox Bantam et Solo. J'aime beaucoup la marque Victorinox, et je trouve les variantes "alox" très sympathiques aussi bien sur le plan tactile que sur l'encombrement.

En plus le Solo est bien adapté à l'utilisation fréquente et sédentaire au bureau, tandis que le Bantam est bien adapté à l'utilisation ponctuelle en voyage par sa légèreté et son outil supplémentaire.

La serviette

Ce n'est pas à proprement parler un ustensile, mais à force d'accumuler les ustensiles il finit par se poser la question du conteneur qui les rassemble.

En plus les serviettes communes ne sont pas toujours dans un état sanitaire très convainquant, donc je me suis fabriqué un rectangle de tissu qui fait en même temps set de table, serviette éponge pour la vaisselle, et trousse pour les couverts.

Je l'avais construite pour une paire de baguettes, le Solo, et une paille en titane, avec la spork de Light My Fire à l'intérieur du rouleau, et son relief permet à l'élastique de la caler dedans.

Je pense qu'il faudra faire quelque chose pour empêcher que les dents de la spork de Toaks abiment la serviette éponge, mais autrement ça me semble adaptable à toutes mes reconfigurations.

La paille

J'avais acheté une paille en titane chez Ti Survival en même temps que les baguettes, mais je n'ai pas vraiment trouvé d'occasion de m'en servir. Et même s'il y en avait, trouve que cette paille trop épaisse et lourde, il y aurait des alternatives chinoises plus intéressantes.

Je rate peut-être quelque chose, et peut-être qu'un jour avoir une paille métallique me manquera.

La petite cuillère

Exemples de petites cuillères De gauche à droite : petite cuillère quelconque, ma petite cuillère préférée, ma deuxième cuillère préférée, et la cuillère en titane de Keith.

Je n'ai pas encore arrêté de choix, mais le besoin de petite cuillère se fait de plus en plus pressant dans cette histoire.

Je suppose que tant que j'utilisais la spork de Light My Fire, je pouvais me satisfaire de la cuillère un peu trop grosse qu'elle proposait, mais toutes les autres sporks sont très frustrantes en tant que petite cuillère.

J'utilise une petite cuillère surtout pour les yaourts et les desserts dans un pot similaire (compotes, crèmes dessert, etc), et j'éprouve une frustration insupportable lorsqu'il reste au fond du pot trop de dessert inaccessible avec mon ustensile.

Autant la grosse cuillère et les sporks sont parfaites pour la soupe et les autres plats liquides, autant ils échouent à attraper la fin des desserts crémeux.

J'imagine que c'est un peu idiot de cumuler cuillère et spork, à ce compte-là autant prendre une vraie fourchette avec la vraie cuillère. L'idée est en train de faire doucement son chemin, mais la spork garde l'avantage au niveau du lavage, en étant presque équivalente à une cuillère au niveau de la pénibilité ressentie, et en n'ayant qu'un seul ustensile à laver lorsque le plat est n'est pas bagguettable et que le dessert n'est pas en pot (ce qui souvent le cas ces derniers temps).

Malheureusement, j'ai plus de mal à trouver une petite cuillère qui me plaise que pour les autres ustensiles. Il y a chez moi deux petites cuillères que j'aime beaucoup plus que toutes les autres cuillères que j'ai croisées, mais je ne saurais pas précisément expliquer pourquoi.

J'ai l'impression qu'une bonne part vient d'un manche relativement long et un bol relativement pointu (peut-être parce que ça permet de nettoyer encore mieux les coins des pots de desserts ?).

Cependant je n'ai pas réussi à trouver de moyen d'en acquérir d'autres. Je n'ai même pas de mot-clé pour décrire ce que je veux. C'est très frustrant.

J'ai quand même essayé la petite cuillère de Keith, qui a l'air d'être la seule petite cuillère en titane sur le marché, et j'ai été agréablement surprise par sa capacité à racler le bord d'un port yaourt sur presque toute sa hauteur, j'imagine que c'est ce qui a motivé sa forme surprenante.

J'aime bien le titane parce qu'il permet des jolies anodisations, et que le titane massif donne aux couverts une solidité et un poids agréables sans alourdir le sac, mais je ne suis pas une fangirl inconditionnelle. Si je trouvais un fournisseur de petites cuillères en inox de forme à mon goût, j'en achèterai sans hésiter et sans titane.

Si vous avez une idée de comment trouver ça, elle serait plus-que-bienvenue ici.

Conclusion

Voici l'état actuel de ma trousse de couverts de voyage, sans la trousse elle-même que je n'ai pas encore construite.

Mes couverts de voyage aujourd'hui

Publié le 29 octobre 2021

Tags : Jouets

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