En vrac 13
Ça fait longtemps que je n'ai pas sorti de billet « en vrac », parce que j'ai encore du mal à stabiliser le classement des références que je vois passer, et l'objectif avoué c'est de n'y mettre que la crème de la crème.
J'en profite pour rappeler que si le petit lait vous intéresse, il y a
un flux Atom de tous les iens que j'ai évalués, avec des
tags my-interest:1 à my-interest:5 si vous voulez filtrer suivant ce
que j'en pense.
Il y a généralement 3 à 5 entrées par jour, avec un résumé en français
similaires à la liste ci-dessous.
J'ai rédigé plus de détails sur ce système dans le billet de blog
annonçant son lancement et le billet-bilan après 1000 entrées.
Cette introduction faite, voici ma sélection sur les 9 derniers mois :
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Tom MacWright explique certaines réactions apathiques aux LLM dans le développement logiciel et ça capture presque parfaitement mon ressenti personnel, alors que je commençais à me sentir un peu seule parmi tous les haters et les lovers qui font tellement plus de bruit. (via Lobsters sur #gcufeed)
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Evgeny Morozov se demande à quoi ressemblerait l'IA si elle n'avait pas baigné depuis ses origines dans une logique d'objectifs et d'efficacité, et j'ai adoré la justification de cette prémisse, les réflexions philosophiques autour de l'intelligence, l'ennui, la téléologie contre l'éolithisme, et les conséquences qui en sont tirées sur la politique. (via Lobsters sur #gcufeed)
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Cade Diehm présente un rapport sur les systèmes d'identités numériques, avec tous les scénarios de défaillances prévus et avérés et c'est un réquisitoire assez violent contre les promesses faites par ces systèmes, parce que la réalité est beaucoup moins rose que l'utopie vendue, et ça a l'air pourri à tous les étages. (via Lobsters sur #gcufeed)
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Iris Meredith explique que « la tech » a un problème avec le fascisme, et propose des explications de pourquoi et de comment arranger ça, et j'aime beaucoup cette analyse, de la définition de « la tech » aux mécanismes politiques qui la traversent, jusqu'aux réactions sur Lobsters. Il n'y a guère que l'appel final à changer tout ça qui me paraisse un peu trop simpliste. (via Lobsters sur #gcufeed)
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Jeff Uren essaye de dépasser les débats habituels sur l'IA en appliquant la grille de lecture de Robert Pirsig dans sa métaphysique de la qualité et cette grille de lecture m'a l'air très intéressante, entre la qualification des ressentis qui précèdent la rationalisation, et la tension entre valeurs statiques et qualités dynamiques dans différents systèmes. Je ne sais pas dans quelle mesure ses prédictions sont meilleures que les autres, mais la démarche me plaît beaucoup et ça me donnerait presque envie de regarder Pirsig de plus près. (via Lobsters sur #gcufeed)
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Mike Swanson retrace l'histoire de comment les programmes sont devenus de plus en plus intrusifs, au fil d'étapes tout à fait raisonnables qui sont successivement subverties par les intérêts économiques. Il rêve ensuite d'un monde où on garderait les bons côtés techniques en supprimant les mauvais côtés comportementaux, mais je crains que ça ne reste qu'un rêve. J'ai beaucoup aimé cette remise en perspective, même si je ne vois pas trop ce qu'on peut faire à part subir la situation. (via Hacker News sur #gcufeed)
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Les gens d'Origami Robotics expliquent les difficultés de la dextérité robotique, en présentant la solution sur laquelle ils travaillent, et c'est une jolie dose de réalité de l'ingénierie après le spectacle impressionnant du Nouvel An chinois, qui serait donc beaucoup plus facile qu'une main avec des doigts… (via Hacker News sur #gcufeed)
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Ashwin Sundar résume et croise Seeing Like a State et Programming as Theory Building pour commenter la place actuelle des LLM, et j'avais déjà repéré ces deux références depuis un moment, mais j'aime beaucoup l'efficacité de son résumé, même si je soupçonne sa conclusion d'être un petit peu simpliste. En tout cas ça me donne encore plus envie de lire ces deux sources. (via Lobsters sur #gcufeed)
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David Revoy fait les webcomics Pepper & Carrot et MiniFantasyTheater, et c'est rare que j'accroche autant à un webcomic, parque que je ne suis pas très sensible aux arts visuels. Le backlog n'est pas très long, ça a peut-être aidé aussi. J'aime bien les gags sur l'Intelligence Aviaire de MiniFantasyTheater, et c'est par là que je l'ai découvert (via un billet de Gabriel passé sur #gcufeed via Hacker News).
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Jeremy Penner raconte comment il est passé du développement logiciel brouillon au besoin de comprendre les choses et je suis personnellement passée beaucoup plus tôt dans le deuxième mode, mais je m'y reconnais complètement, et je partage son sentiment envers les LLMs. (via Lobsters sur #gcufeed)
Publié le 12 avril 2026
Tags : En vrac
L'art et moi
Le 6 mars dernier, le groupe de musique Machinae Supremacy a sorti un nouvel album, intitulé Machinae Supremacy. C'est leur premier album depuis Into the Night World en 2016, et malgré les quelques titres individuels sortis entretemps, je commençais à m'inquiéter et ils commençaient à me manquer.
C'est l'occasion de sortir le chocolat chaud et d'explorer mon rapport personnel avec l'art.
Ce sujet mériterait un article intemporel dans ma section natologie plutôt qui éphémère billet de weblog, mais ces réflexions ne sont pas encore tout à fait sèches, et je manque d'inspiration pour trouver autre chose à mettre dans mon weblog pour mars 2026. Je ne perds pas espoir de finaliser tout ça un jour là-bas, mais il faudrait d'abord au moins cerner l'aphantasie dont je suis sujette, parce que ça a sans doute un rapport.
Quel art ?
Je ne prétends pas avoir une réponse intéressante à la question « qu'est-ce que l'art ? » Des gens beaucoup plus malins que moi s'y sont déjà cassé les dents. Je veux juste préciser un peu les termes pour éviter un malentendu. J'aurais peut-être même dû faire de cette section un encadré à part plutôt qu'une vraie section.
J'ai l'impression que dans le langage courant, ou au moins le mien, l'« art » désigne surtout un mécanisme de distinction des classes sociales dominantes. C'est dans ce cadre que je me déclare ouvertement « inculte », alors que j'ai quand même une certaine maîtrise de la culture populaire, malgré plusieurs trous béants.
Cependant, dans le cadre de cet article, je vais plutôt considérer comme relevant de l'art tout ce qui est délibérément construit par un humain pour communiquer à d'autres humains autre chose que de l'information.
Je ne suis pas super au point sur la nuance entre « art » et « culture », en dehors du fait que le premier fait partie de la deuxième, alors je vais juste faire passer ça sous le tapis.
Mon insensibilité générale
En général je me considère comme insensible à l'art, soit parce que dans le feu de l'action je pense pas aux exceptions, soit parce que c'est une approximation suffisamment juste pour le discours que je suis en train de tenir.
J'ai visité quelques fois des musées, et j'ai à chaque fois été déçue. C'est comme parcourir une encyclopédie mais en beaucoup moins confortable et beaucoup plus pauvre en information.
C'est un peu pour ça que j'ai proposé la définition de la section précédente : j'imagine que tout le monde conviendra que les musées ne sont pas de très bons vecteurs d'information, et que leur valeur se situe au-delà de ce qui pourrait être transmis par un autre support.
Sauf que cette valeur m'échappe complètement. J'arrive à imaginer l'intérêt de maintenir des musées que par le parallèle que j'arrive à faire avec les quelques exceptions que je vais détailler plus loin.
Je tape sur les musées parce que c'est la cible la plus facile par rapport à mon vécu, je pourrais en dire autant des expositions, galeries, œuvres d'art et monuments publics, zoos, théâtres, opéras, etc. C'est juste que j'ai traversé plus de musées en essayant sincèrement mais vainement de m'y intéresser.
Je ne sais pas si ce qui me manque est un goût de l'art, ou une éducation à l'art, ou un sens de l'esthétique. En tout cas, toutes ces choses me font le même effet que les informations qu'elles contiennent, présentées sous forme de texte blanc sur fond noir dans un terminal informatique.
Et c'est peut-être mon rapport entre la vie et le flux d'informations brut qui est marqué par mon aphantasie, il faudrait que je trouve quelqu'un sans cette affliction qui accepterait de comparer ses notes avec moi.
Les histoires
L'exception principale à mon insensibilité artistique se trouve être les histoires. J'ai même une certaine dépendance ; j'ai tendance à dire que j'ai besoin de lire des fictions, parce que c'est le plus efficace, mais en réalité il s'agit de découvrir des histoires.
Je ne suis donc pas complètement indifférente aux pièces de théâtres, aux films, et autres arts narratifs. C'est juste que je ne ressens que l'histoire qu'ils portent, et leurs spécificités au-delà de ça me passent largement au-dessus.
Je ne sais pas décrire ce que je trouve dans les histoires, en plus de l'information brute, du divertissement, et du soulagement du manque.
J'y trouve des émotions, certainement, et j'apprécie une histoire d'autant plus que j'arrive à me projeter dedans et à faire miennes les émotions des personnages.
Ce n'est pas tout, parce que même quand je n'arrive pas à remarquer consciemment une charge émotionnelle, ou quand cette charge émotionnelle est désagréable, il y a dans la projection dans une histoire quelque chose qui me plaît jusque dans les profondeurs de mon esprit.
Si ce que je trouve dans les histoires des livres est trouvé par d'autres personnes dans l'authenticité des pièces exposées dans un musée, ou dans le jeu des acteurs sur une scène de théâtre, ou dans un ressenti face à certaines constructions ou certains paysages, ou dans la domination d'un autre humain ou une catégorie d'humains, ça explique beaucoup de choses que je ne comprends pas du tout dans ce monde.
DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL
J'avais envie d'utiliser le mot « historicité » au lieu d'« authenticité » dans le paragraphe précédent, en référence à un dialogue dans The Man in the High Castle de Philip K. Dick, que j'ai découvert chez David Madore.
J'aime beaucoup ce concept, mais j'aimerais bien une référence plus propre à partager à ceux qui ne l'ont pas encore. Si vous avez ça quelque part, ça m'intéresse beaucoup, merci de me le faire passer.
En attendant je vais devoir me contenter d'authenticité à la place, mais ça escamote le rôle important des reproductions assumées.
FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL
La musique
L'autre exception majeure, à laquelle je ne pense pas assez souvent, c'est la musique.
Mais pas n'importe quelle musique. En fait une écrasante majorité des morceaux de musique ne m'évoque rien d'autre que de l'indifférence, ou l'inconfort de l'envahissement de mon environnement auditif. Il n'y a que quelques morceaux pour lesquelles je ressens une étincelle d'appréciation qui les hisse au-dessus des bruits quelconques.
Depuis que je trimballe de la musique sous forme de fichiers numériques, vers le tournant du millénaire, j'ai accumulé une centaine de titres qui ont percé mon indifférence. Le décompte est difficile à établir, parce qu'en général je flashe sur un titre, j'explore le répertoire des artistes, je n'aime rien d'autre, mais je ne pense pas toujours à effacer ce que à quoi je n'ai pas accroché.
Il y a un certain nombre de power ballads qui me plaisent bien, et je comprends que ce n'est pas représentatif du répertoire des groupes correspondants. Mais qu'est-ce que Russians et Mad About You ont de différent de tout ce que j'ai entendu d'autre de Sting ? Ou Smash et Have You Ever par rapport au reste de The Offspring ?
Je me retrouve avec une collection éclectique sans aucune logique. Le deuxième mouvement d'Aranjuez est à côté de BWV 565, entre Anthem for the Year 2000 et Big in Japan, juste parce que je n'ai rien de mieux que l'ordre alphabétique.
Il y a quelques groupes dont j'aime bien plus que deux ou trois titres : Lacuna Coil, Madrugada, PAIN, Portished (je ne me souviens plus de ce que j'en pensais quand je l'écoutais régulièrement, et je me fais pas confiance pour l'évaluer ces jours‑ci), et je crois qu'il y avait de la dream (ou un autre truc instrumental qualifiable de « musique de shootée ») avant que j'aie accès à du stockage numérique fiable.
Et bien sûr, Machinae Supremacy, qui est différent des autres dans le fait que j'aime pratiquement tout ce qu'ils font. J'ai bien des morceaux et des albums préférés (pas toujours les mêmes suivant l'humeur et (peut-être) mon évolution personnelle), mais j'apprécie à peu près autant les morceaux de MaSu qui me plaisent le moins que les autres morceaux qui me plaisent le plus.
C'est par exagération que je me décris comme une groupie hystérique de ce groupe, mais par rapport à tout le reste de ce que je vis musicalement, ce n'est pas si loin de la vérité. Je n'extériorise juste pas trop ce ressenti.
La saveur de l'art
Je me demande à quel point c'est rare dans le monde moderne, mais au quotidien mes oreilles ne servent qu'à percevoir des bruits qui me renseignent sur l'état du monde autour de moi. Je mets un casque surtout pour les conversations vocales avec des amis ou des collègues, et pour écouter des livres audio. Je ne serais pas surprise que sur la dernière décennie j'aie passé plus de temps avec la réduction active de bruit sans source audio qu'en écoutant de la musique ; et peut-être même qu'en ajoutant la décennie précédente (pendant laquelle je n'avais pas de casque à réduction active) ça ne basculerait même pas.
Mais quand j'écoute de la musique, je fais rarement autre chose même temps. Je dédie toute mon attention à l'équivalent auditif de « savourer » ce que j'entends. Je ne suis même pas sûre que ce soit « savourer », parce que je soupçonne que ce ne soit pas avec le même sens que j'apprécie la musique et que je décode les sons (de la même façon que ce n'est pas visuellement que j'apprécie une histoire écrite).
D'un autre côté, j'aime bien le parallèle avec la saveur littérale, parce que je suis autant frustrée par le manque de vocabulaire pour décrire la saveur d'un aliment que pour décrire ce que me fait un morceau de musique auquel je ne suis pas indifférente.
D'ailleurs la saveur des histoires aussi est indescriptible, et c'est même encore plus compliqué parque j'ai besoin des mêmes ressources mentales pour recevoir l'histoire et pour faire l'introspection de son effet, alors que la musique et les aliments s'imposent à mon champ perceptif sans utiliser ces ressources.
Cette difficulté m'empêche d'explorer la question de la différence de nature entre la saveur d'une histoire et celle d'une musique, alors que maintenant j'aimerais bien avoir la réponse.
Il y a quelques morceaux qui me plaisent probablement juste parce qu'ils évoquent des moments intenses d'une histoire. L'exemple le plus simple est Full of Grace de Sarah McLachlan, qui était dans la finale de la saison 2 de Buffy, une de mes expériences télévisuelles les plus intenses. J'ai aussi sauvegardé Senyaichiya, entendu dans l'anime .hack//SIGN, et je ne me souviens plus si je connaissais Aranjuez avant d'avoir entendu la reprise de Follow Me sur cet air dans Ghost in the Shell 2: Innocence. D'un autre côté, j'apprécie Aranjuez comme les autres morceaux de musique, sans que des morceaux d'histoires me reviennent consciemment en tête.
Au-delà de l'intérêt auto-exploratoire, pouvoir mettre des mots sur ces saveurs serait fort utile pour pouvoir en trouver d'autres sources. Dans le billet Masochisme littéraire j'ai tourné autour du pot pour essayer de décrire une de ces saveurs d'histoire, que j'aime particulièrement, alors que dans un monde idéal il y aurait quelques mots pour le décrire et rechercher d'autres histoires qui la contiennent.
L'éducation à l'art
Tout ce que j'ai décrit ci-dessus est une photographie de ma situation actuelle, mais je me pose aussi la question de son évolution.
En particulier, j'ai remarqué que j'aime particulièrement certaines analyses qui apportent une compréhension que je suis (pour l'instant) incapable de concevoir par moi-même.
L'exemple le plus simple est la chaine youtube de Bolchegeek, qui me donne à chaque vidéo l'impression d'améliorer la netteté du monde autour de moi. Dans le même genre, ma lecture League of Extraordinary Gentlemen est significativement améliorée par les annotations de Jess Nevins, qui me permet d'y voir un paquet de choses que mes yeux sur les cases ratent lamentablement. Je suis très triste qu'elles aient disparu du site sur lesquelles je les avais trouvées.
D'ailleurs en passant, si vous avez recommandations ou des mots-clés pour trouver plus de choses de ce genre, ça m'intéresse bigrement aussi.
Cela dit, je me demande si juste savourer l'information contenue dans ces analyses me permettra un jour de m'en approcher moi-même. Dit autrement, est-ce collectionner les exemples marche comme édification personnelle, ou ne sont-ce que des béquilles qui pallient un handicap qui ne disparaîtra pas comme ça ?
Dans les moments les plus sombres, je me dis que ce n'est peut-être pas juste une question de rapport à l'art, mais de rapport aux émotions des autres. Quelque part les tresha des Wayfarers, le chapitre 12 de Iron Kissed, et même les remarques de Whistler dans la finale de la saison 2 de Buffy sont le même genre de choses mais entre personnages. Et là aussi, j'adorerais être capable de réellement faire même une fraction de ce genre de choses, et je ne suis pas sûre que ce soit matériellement possible.
Conclusion
En vrai je ne sais pas du tout comment conclure de genre de billets. Je trouve nul de couper net le texte comme ça, mais que faire d'autre après avoir lancé autant de fils dans le vide ?
Publié le 31 mars 2026
Tags : Autoexploration Évènement Goûts
Infrastructure personnelle de stockage numérique
Il y a des gens qui commettent encore et encore toujours les mêmes erreurs, à se demander pourquoi ils n'apprennent pas à les éviter.
Pour moi, c'est la démarche de partir d'un problème, et de la situation dans laquelle je me trouve, puis imaginer à quoi pourrait ressembler une solution réaliste, et ensuite regarder ce que contient la réalité. En général, la réalité ne contient rien qui ressemble à ma solution imaginaire, et je suis obligée de faire des compromis plus ou moins déchirants, ou de faire l'effort de fabriquer ma solution.
Ce serait tellement plus facile de partir de ce qui existe dans la réalité, sur le Marché, puis en bonne consommatrice d'évaluer comment ce qui s'y trouve peut améliorer ma situation ou résoudre des problèmes.
Le problème à résoudre
Dans le cadre de ce billet, je vais considérer un ensemble de fichiers (au sens informatique, il n'y a dans de fiche dans cette histoire) que je veux préserver tels quels pour une durée infinie (à l'échelle personnelle et subjective).
Concrètement, ce sont des scans ou des versions dématérialisées de « papiers importants », comme des fiches de paye, avis d'imposition, relevés de banque, résultats d'examens médicaux, etc. J'y mets aussi les livres numériques, les livres audio, et les notices d'utilisation que j'ai achetés, parce que même si je n'en ai pas souvent besoin à long terme et si ça devrait être remplaçable, les exceptions sont suffisamment douloureuses pour justifier à mes yeux l'effort d'archivage.
Le fait de se limiter à des objets numériques immuables et préservés éternellement n'est pas complètement indépendant de la forme de la solution. Ces caractéristiques sont choisies pour faciliter la préservation numérique : l'immuabilité implique que toute modification constatée est le résultat d'une défaillance de l'infrastructure, ce qui permet de la détecter et la corriger au plus tôt ; tandis que l'absence de suppression facilite la synchronisation, tout fichier à un endroit et pas à un autre est forcément un ajout récent qui doit être propagé.
D'autre part, la collection la collection de fichiers immutables toute seule ne suffit pas, il faut aussi une façon de s'y retrouver, c'est-à-dire une base de méta-données, et ces méta-données ne sont pas aussi figées que les fichiers eux-mêmes. Il faut au moins un titre et de quoi retrouver le fichier ; par expérience je préfèrerais un système de tags hiérarchiques à la rigidité d'une seule arborescence de répertoire ; éventuellement une transcription pour faire des recherches en plein texte, et tant qu'on y est s'il pouvait y avoir des commentaires et des renvois ce serait bienvenu.
Cette base n'a pas besoin de faire partie du système de stockage, et il y a de bonnes raisons de la séparer, mais comme c'est élément crucial à l'utilisation des archives, sa fiabilité et sa durabilité ne doivent pas être négligés.
Je suis en principe ouverte aux solutions qui permettent de faire des choses plus compliquées, tant que la complexité supplémentaire ne réduit pas la fiabilité et ma confiance.
Dit autrement, je suis prête à mettre en place une solution particulière à ces cas particuliers, et faire autrement pour le reste, si j'ai plus confiance dans cette solution particulière.
La forme de la solution
Comme ce sont des données « importantes » ou « précieuses », tout en étant numériques, je vais vouloir les préserver en faisant des copies, sur divers supports et divers lieux.
Je suis depuis longtemps le principe personnel selon lequel toute donnée qui n'existe qu'en un seul exemplaire est considérée comme perdue, parce que la moindre panne la fait disparaître.
Je ne suis pas sûre que ce soit très sain, parce que je commence à appliquer ce principe récursivement : je ne suis pas très à l'aise avec une donnée qui n'existe qu'en deux exemplaires, parce qu'à la moindre panne il ne restera plus qu'un seul exemplaire et je la considérerai comme perdue, donc il me faudrait une troisième copie…
Bref, la préservation réclame la multiplication (et la diversification) des copies.
D'un autre côté, une partie de ces données sont aussi « sensibles », je ne voudrais pas qu'elles tombent dans de mauvaises mains, ce qui pousserait à limiter le nombre de copies (particulièrement dans des lieux plus ouverts), ou à ajouter une étape de chiffrement, qui ajoute en même temps un point de défaillance.
Comme il y a différents niveaux d'importance et de sensibilité, avec en plus différentes quantité de ressources de stockage, je vais vouloir choisir au cas par cas le nombre et la localisation des copies, ainsi que le chiffrement ou non.
Une autre dimension est l'automatisation par rapport à l'intervention manuelle. Il me semble qu'on recommande généralement d'avoir au moins une copie « débranchée », pour éviter les défaillances qui se propagent par le réseau (virus, ransomware, piratages, etc), mais ça oblige à des interventions humaines régulières, et j'ai moins confiance dans la pérennité des interventions humaines que dans la sécurisation de mes ordinateurs.
Donc je cherche une infrastructure d'archivage numérique qui soit distribuée, complètement automatisée, optionnellement chiffrée, et compatible avec mon infrastructure informatique (c'est-à-dire surtout FreeBSD).
La situation actuelle
Ma vie numérique est suffisamment importante pour que je n'attende pas d'avoir une solution propre pour faire des sauvegardes et des archives. Mais comme c'est fait à l'arrache, c'est fait avec un assemblage de composants simples et génériques.
J'ai aujourd'hui deux systèmes de sauvegarde indépendants en complémentaires, qui représentent des compromis différents.
Ces deux systèmes sont basés sur un système de fichiers UNIX, où le nom du fichier sert de titre et d'indication de type, et l'arborescence de répertoires sert de classification grossière et insatisfaisante.
Le premier système est une extension de mon système de sauvegarde des logs du système. Il est basé sur des snapshots ZFS qui sont envoyés par SSH, et est coordonné avec l'horloge et un doigt mouillé. La création du snapshot et son transfert sont déclenchés indépendamment, à des heures fixes bien choisies ; la machine de destination initie la connexion en annonçant son dernier snapshot transféré, et un script SSH associé à sa clé empêche ce compte de faire autre chose de recevoir une séquence de snapshots.
Le second système est un bête rsync, sur SSH sur mon VPN (tinc),
avec mon utilisateur interactif.
Sur chaque machine où c'est pertinent, j'ai un répertoire ~/archives que
je remplis librement, et il est recopié chaque nuit dans
~/backup/$ORIGINE sur les autres machines.
La topologie de ces transferts est un peu tarabiscotée, parce qu'il y a des connexions que je n'aime pas avoir avec des clés sans phrase de passe, donc le sens de connexion ne correspond pas toujours au sens de transfert des données.
En plus les transferts ont des durées assez variables d'un jour à l'autre, ça devenait trop difficile de trouver une grille horaire qui marche à tous les coups. J'utilise nats pour annoncer la fin de chaque transfert, comme monitoring manuel et pour déclencher un transfert dépendant avec natsbot.
Dans l'ensemble, ça marche raisonnablement bien, sinon j'aurais été plus pressée que ça de remplacer tout ça.
Le système à base de rsync est un peu brouillon, mais ça va bien avec son
rôle de bricolage temporaire :
il n'est censé servir qu'à sauvegarder les données importantes en cours
d'élaboration, et la synchronisation efface les sauvegardes des fichiers
dont j'ai supprimé l'original.
Le système à base de ZFS est très bien aussi, mais il est techniquement limité aux machines qui utilisent ce système de fichiers, ce qui ferme une partie des espaces potentiels de sauvegarde.
Ces deux systèmes entretiennent une asymétrie forte entre les originaux et les copies. C'est tout à fait normal pour les logs ou les données d'un serveur, ça se défend pour les scans par USB, mais ça ne veut plus rien dire pour la paperasse dématérialisée ou les livres.
L'imagination
Ça fait quelques années que j'aimerais bien ajouter à tout ça une troisième méthode de sauvegarde, spécialement dédié à la situation qui fait l'objet de ce billet (les fichiers immutables éternels).
J'imagine les fichiers nommés et rangés suivant leur somme de contrôle ou leur empreinte de hachage, histoire de les vérifier régulièrement, avec une synchronisation bidirectionnelle sans suppression.
Ce stockage de masse n'aurait que les données brutes, sans méta-données autres que celles qui fuient naturellement (taille du fichier, une certaine date, etc). Il y aurait donc une base de méta-données à côté, que j'imaginais par défaut en sqlite, avec des sauvegardes quotidiennes répliquées de façon intelligente mais non spécifiée pour l'instant.
Je me suis dit qu'il faudrait plusieurs zones de stockage de ce genre (éventuellement avec la même base de méta-données) pour garder les gros fichiers moins importants, comme les livres audio, sur les machines qui ont le plus d'espace disponible, alors que les fichiers plus petits et plus critiques seraient répliqués aussi sur les machines plus limitées.
Je n'ai pas poussé très loin la réflexion sur le chiffrement. J'ai des machines de confiance qui pourraient avoir les fichiers en clair, et des machines plus hostiles qui n'auraient que des fichiers chiffrés ; mais je ne sais pas si un espace de stockage pourrait avoir des copies en clair et des copies chiffrées suivant les machines, ou s'il y aurait des espaces de fichiers en clair indépendant des espaces de fichiers chiffrés.
J'imaginais chiffrer les fichiers avec une clé symétrique qui serait stockée avec le reste des méta-données, mais je n'ai pas trouvé de façon de faire ça qui ne me donne pas l'impression désagréable de ré-inventer de la cryptologie, donc ça risque de se finir à coup d'age et tant pis pour l'asymétrie superfétatoire.
Dit comme ça, je sais que c'est inutilement précis, et que ça ressemble plus à la description d'une architecture logicielle avant de commencer à coder qu'à un cahier des charges.
La réalité
Donc je m'attends à ce que rien dans l'offre logicielle existante ne ressemble à ça, mais j'avais l'impression que mon problème de départ était suffisamment général pour que des gens plus malins que moi, qui pensent à peu près comme moi, aient déjà développé une solution, et qu'il me suffise de renoncer à quelques choix de conception personnels pour avoir quelque chose de tout à fait satisfaisant.
Ma déception a été de ne rien trouver qui s'approche de ça, même de loin. Comme si j'avais été la seule à poser le problème dans ces termes, ou à avoir des valeurs qui poussent à ce genre de compromis.
Le système de stockage que j'ai imaginé ressemble furieusement à du content-adressable storage, mais ils m'ont pratiquement tous donné l'impression d'être abandonnés ou d'être des usines à gaz qui font beaucoup trop choses par rapport à ce dont j'ai besoin. Je ne vais pas essayer de déployer un système de fichiers interplanétaire quand je n'ai besoin que d'un rsync avec un petit script, ou de la plomberie de git.
J'en profite pour saluer les gens de plakar, ça m'a tout l'air d'être un très joli programme, mais beaucoup trop compliqué pour rentrer dans ce que je considère être une infrastructure personnelle critique alors que je n'ai même pas encore essayé de m'en servir.
Je suis tombée récemment sur le projet perkeep, qui a l'air beaucoup plus proche de ce que j'imaginais. Et même si sa description est très séduisante, il y a aussi beaucoup trop de fonctionnalités dont je n'ai que faire pour mon goût, et la documentation est tellement lacunaire que ça m'inquiète sérieusement. Le fait qu'il ait donné l'impression d'avoir été abandonné, et l'historique des commits depuis début 2020 n'est pas vraiment rassurant non plus, sans être complètement mort. Et pour ne rien arranger, le fait que personne autour de moi ne semble jamais en avoir entendu parler amplifie encore mes réticences.
L'appel au public
Voici à peu près où j'en suis aujourd'hui sur la problématique de la sauvegarde longue durée de fichiers importants et définitif.
J'ai un pis-aller qui a l'avantage d'éviter certaines catastrophes, j'ai des rêves trop précis pour exister dans la réalité mais trop flous pour me lancer sans hésiter dans le développement d'un nouveau logiciel, et ce que j'ai trouvé dans logiciels existants est loin de m'enthousiasmer pour cette utilisation précise.
J'en suis à un niveau de désespoir suffisant pour faire appel à la sagesse de mon lectorat.
Que pensez-vous de ma situation ? Est-ce que j'invente des problèmes là où il n'y en a pas ? Est-ce que je suis la seule à avoir posé le problème en ces termes ou sous cette perspective ? Est-ce que mon approche de l'archivage numérique est fondamentalement inappropriée ?
Qu'utilisez-vous pour les sauvegardes de ce genre ? Avez-vous déjà entendu parler de perkeep (ou camlistore avant son renommage) ? Connaissez-vous un logiciel qui répondrait à mes attentes?
Ou devrais-je arrêter de tergiverser et commencer à écrire du code ?
Publié le 28 février 2026
Tags : Appel au public Geek Réflexion Vision atypique
Mes opinions sur l'IA
Il y a un tas d'adages qui sont des variations sur « les opinions c'est comme les trous du cul, tout le monde en a » suivi d'un jugement péjoratif sur leur pertinence ou le dégoût qu'elles devraient susciter. D'un autre côté, dans cette analogie un weblog est un recueil de planches anatomiques de proctologie, ce serait hypocrite de prétendre la surprise en trouvant mes opinions dans ces pages.
Je vais donc détailler ici les opinions que je tiens actuellement envers l'« intelligence artificielle », ou « IA ». C'est principalement destiné à mon seul public vraiment captif, à savoir moi‐du‐futur, mais n'hésitez pas à monter dans le wagon pour traverser avec moi cette attraction.
Je prends cette photo mentale maintenant parce que j'ai l'intuition (peut-être erronée) qu'on a passé l'apogée du cycle de la hype, et parce que je n'y ai pas encore été pleinement confrontée dans mon environnement professionnel immédiat et c'est sur le point de changer. Ce sont des choses qui sont susceptibles de faire évoluer les opinions développées ici ; je n'ai pas de raison particulière à préserver leur état actuel en particulier, en dehors de l'intuition que j'aurai peut-être un jour de comparer avec ce point de référence.
L'IA est un anti-concept
Je ne sais pas trop par où commencer cette explication, alors je vais partir de loin, désolée pour le rabâchage de trucs archi-connus (ou pas ?).
Il y a l'hypothèse de Sapir-Whorf, que je crois largement décrédibilisée aujourd'hui, selon laquelle la langue moule les représentations mentales, et influence ainsi la perception du monde. Sans ergoter sur le nombre de mots qui désignent une chose dans une langue ou sur les différents relativismes, il y a une version plus faible de l'énoncé qui me semble beaucoup plus convaincante, et je me demande pourquoi je ne l'ai jamais lue (est-ce évident, ou évidemment faux ?) :
Les concepts sont des outils de la pensée, en ce qu'ils permettent de rassembler des choses par leurs points communs, de différencier des choses par leurs points de divergence, et de relier utilement des choses entre elles. Avoir un certain concept dans sa boîte à outils mentale permet de s'en servir, et éventuellement de percevoir des points communs ou des divergences ou des relations qui seraient passées inaperçues autrement.
Il me semble que la valeur d'un concept se réduit complètement à son utilité, comme pour tous les outils. Le concept de personnes noires a probablement une utilité en dermatologie, par exemple quand il s'agit de choisir des longueurs d'onde de laser ; mais il est contre-productif (en l'occurrence, raciste) quand il s'agit de juger un être humain.
Depuis plusieurs mois, je range l'expression « intelligence artificielle », avec ses abréviations et ses traductions, parmi les concepts néfastes, dont l'utilité est négative, ou les « anti-concepts » qui gênent les activités mentales au lieu de les aider.
D'une part parce que ça désigne trop de choses qui sont trop différentes. Il y a autant de rapport entre AlphaFold et ChatGPT qu'entre un groupe électrogène et une voiture électrique, et les détails techniques qu'ils ont en commun sont d'un intérêt mineur par rapport à leur utilisation et à leur place dans le quotidien et dans la société.
D'autre part, parce que c'est un terme qui est le moteur d'une mode et la base d'un cycle de hype. Un peu comme la loi de Gresham et le marché des citrons, les utilisations hypées voire arnaqueuses chassent les utilisations légitimes, d'autant plus rapidement qu'il y a peu d'utilisations légitimes utiles pour commencer.
Résultat, depuis plusieurs mois, voire plus d'un an, j'utilise comme définition de travail pour « intelligence artificielle » quelque chose comme « mot-clé indéfini à la mode pour faire bien », qui représente soit une technique précise que le locuteur maîtrise mais passe sous silence pour abrutir son discours, soit une pensée magique qui ne s'assume pas, et le locuteur peut en être sincèrement convaincu ou juste chercher à escroquer son interlocuteur.
Dans tous ces cas, je veux rester loin de tout ça, et par précaution je préfère rester loin de tout ce qui utilise ces mots.
Réciproquement, je n'utilise moi-même plus ces mots au premier degré, et s'il m'arrive de ne pas prendre le temps de marquer les scare quotes, je n'emploie ces mots qu'en citant quelqu'un d'autre qui les a choisis et pour les méta-discussions comme le présent billet.
J'invite ainsi tous les gens qui veulent être pris au sérieux quand ils s'adressent à moi à éviter complètement ces mots. Ce n'est pas tellement plus long de dire « chatbot » ou « classifieur » ou « générateur », et c'est beaucoup plus utile à la communication.
Les LLM sont une technologie incomplète
J'ai l'impression que c'est une opinion controversée qui va m'attirer des ennuis, mais pour moi c'est évident qu'un LLM ne peut être qu'un composant logiciel qui fait des choses en rapport avec le langage.
J'entends bien qu'il peut y avoir des comportements émergents, comme la connaissance indirectement stockée dans le modèle d'une langue, ou comme la « réflexion » qui se ferait en parlant. Je ne dis pas non plus qu'ils sont complètement inutiles, ou qu'il y a pas de bénéfice qu'on peut en tirer dès aujourd'hui. Je n'arrive juste pas à croire que les LLM soient la meilleure façon d'obtenir ces comportements.
Je m'attends sérieusement à ce que le progrès logiciel fasse émerger d'autres composants qui remplissent ces fonctions avec de meilleurs résultats pour un coût moindre, et le modèle de langage (de taille adaptée à la situation) serait relégué aux fonctions en rapport avec une langue.
De la même façon, j'ai du mal à partager l'enthousiasme pour les générateurs de code, parce que les langages de programmation sont avant tout des outils destinés à l'utilisation par des humains. Je ne peux pas croire qu'un langage de programmation fait pour des humains soit le meilleur intermédiaire entre un LLM et un compilateur, et je ne conçois pas l'avenir du “vibe coding” autrement qu'avec le modèle de langage en front-end d'un compilateur. Ça me semble aussi idiot de générer du python ou du Go que personne ne va regarder, que de demander à un compilateur de générer un fichier assembleur avant de l'assembler et le lier.
Je peux imaginer que dans certains environnements (que ce soit en fonction de la nature du projet ou du caractère des intervenants) on puisse vouloir garder un humain dans la boucle, entre les générateurs opaques et une chaîne de compilation plus déterministe et validée. Et pour ces cas aussi, il me semble beaucoup plus pertinent d'avoir un langage de description approprié, qui utilise éventuellement des primitives issues d'un langage de programmation tel qu'on le connaît aujourd'hui, un peu comme dans la méthode B. Et même dans ces cas, je me demande si un modèle en roue libre ne resterait pas inférieur à un modèle qui pilote un (ou plusieurs) autre composant, par exemple qui ressemblerait à un serveur LSP.
Tout ça pour dire je conviens qu'il y a des progrès époustouflants dans ce qu'un algorithme arrive à faire avec du texte écrit dans des langues humaines, mais on est encore loin du sérieux et de la maîtrise que j'attends de l'ingénierie, surtout quand on prend du recul sur le « oh là là, ce programme produit un résultat similaire à ce que j'aurais fait (ou ce qu'on me demande de faire) à la main » pour regarder les choses sous forme de système.
Sans prédire que le parallèle continue à la suite du film, j'ai l'impression qu'on est au début de l'Apprenti sorcier, tout contents de voir un balai porter des seaux à notre place, de la même façon qu'on le ferait, sans penser aux conséquences indirectes ni à pourquoi ont fait ce qu'on fait comme on le fait.
Les langues humaines sont une mauvaise interface
Depuis le succès des LLM, on voit fleurir des chatbots partout, et je ne peux m'empêcher d'y voir une catastrophe en termes d'expérience utilisateur.
Alors je sais que je ne suis pas du tout représentative de la plupart des utilisateurs, donc c'est peut-être juste un problème pour moi ou pour une minorité de gens comme moi. Je suis tentée de le lier à mon aphantasie et à mon habitude de manipuler des concepts sans les sérialiser dans une langue, qui sont deux traits qui m'ont l'air peu répandus.
D'un autre côté, je suis assez vieille pour avoir connu l'époque où on parlait de domotique plutôt que de smarthome, et les commandes vocales ont toujours fait partie des idées flashy qui marchent très mal au quotidien.
C'est vrai que l'expression dans une langue humaine est un des plus petits dénominateurs à peu près commun entre les humains, donc que ça donne une forme d'interface « grand public », mais c'est à peu près le seul intérêt que ça a.
Les langues humaines ont évolué pour la communication entre humains qui partagent un contexte commun.
Dans un jeu de situations relativement étroites, le contexte est suffisamment évident pour être fourni à une machine, et les tâches suffisamment limitées pour être confiées indifféremment à un outil ou à un congénère. Par exemple, la consultation d'une base de connaissances simples.
Dans tous les autres cas, la langue va atteindre ses limites. Les langages de programmation permettent de construire un contexte beaucoup plus précisément et efficacement qu'une langue humaine. Les outils informatiques font des actions inhumaines qui sont mal décrites sans un jargon ad-hoc qui s'insère mal dans une langue (par exemple, pas plus tard qu'hier j'ai grep un tas de documents pour échanger les matches des lignes qui en ont exactement deux, et je ne vais même pas essayer de décrire la regexp).
Les révolutions sont lentes
Là encore, j'ai le privilège de l'âge : j'ai grandi dans un monde sans télécommunications généralisées, et j'ai vécu l'arrivée des connexions permanentes ; un peu avant ça j'avais vécu l'arrivée des systèmes de routage et de géolocalisation ; et un peu plus tard j'ai vécu l'apparition des ordiphones et leur généralisation progressive. Je crois que j'ai une petite idée d'à quoi ressemble une révolution du quotidien.
Comme le disait si bien William Gibson, « le futur est déjà là, il n'est juste pas également réparti. » C'était bien le cas pour toutes les révolutions que j'ai connues : la nouveauté technique est d'abord un objet de niche, puis un objet de luxe, puis un effort de classe moyenne, avant d'être vraiment généralisé.
Et inversement, le passé est encore là, dans des poches plus ou moins larges. L'automobile a révolutionné le transport individuel, et pourtant il y a encore des gens qui montent à cheval. Les compilateurs et les optimiseurs ont révolutionné la programmation, mais en 2018 j'ai travaillé avec quelqu'un qui était payé pour écrire de l'assembleur.
La « révolution de l'IA » n'a pas du tout le même feeling, au moins à mes yeux.
Je ne sais pas exactement cerner pourquoi. J'ai l'impression que c'est construit à l'envers, en commençant par la masse, mais ça ne va pas embarquer les classes supérieures par imitation, du coup ça ressemble plus à une exploitation des classes inférieures. À partir de là, l'urgence de prendre le train de cette révolution sous peine d'être complètement largué a plus le goût de la fausse urgence créée par un arnaqueur pour contourner la rationalité de sa victime.
Dans les révolutions passées, je n'ai jamais été dans les early adopters. Je crois que c'était plus par hasard que par philosophie, donc il y a peut-être des morceaux de renard aux raisins là-dedans, mais je préfère attendre de voir comment les technologiques se stabilisent avant de voir à quel point je peux compter dessus, quels sont ses modes de défaillance, et ensuite de faire la démarche de l'intégrer à ma vie.
S'il y a vraiment une singularité qui accélère continuellement au point qu'on ne peut jamais la rattraper si on part trop tard, tant pis pour moi. Pour l'instant ça ne me donne pas vraiment cette impression.
Mon avenir professionnel est incertain
Ces jours-ci, je reçois un salaire pour faire du développement logiciel. Je ne considère pas cette situation professionnelle comme stable à long terme, mais c'était déjà le cas avant que le grand public soit impressionné par Stable Diffusion puis par ChatGPT.
Je ne trouve plus la référence de l'article dans lequel j'ai lu que l'ingénierie logicielle est surpayée, parce que les politiques délirantes des GAFAM tirent l'ensemble des salaires vers le haut, et dès que leur modèle s'arrête (que ce soit à cause de la fin des taux directeurs nuls ou à cause de l'« IA » ou à cause d'autre chose), il y aura une correction pour ramener ce métier au niveau des autres ingénieries. Je l'ai trouvé assez convainquant.
Encore avant, j'ai été sensible à l'argumentaire que la crise sanitaire du Covid, qui a largement montré à quoi ressemble le télétravail généralisé, a en même temps montré la faisabilité de l'externalisation mondiale. Et je ne suis pas du tout concurrentielle avec les Indiens les moins chers. Et que mon emploi soit remplacé par des Indiens pas cher ou par un agent dont la technologie sous-jacente importe peu, le résultat pour moi est le même.
Je n'ai pas trop de problème avec ça, parce que contrairement à une bonne proportion des développeurs que je côtoie, je n'ai absolument aucun engagement émotionnel dans cette activité. Je fais ça parce que je peux le faire et ça me permet d'avoir un salaire et donc de manger et de dormir au chaud et au sec.
Si demain ce métier disparaît, ou ne peut plus être exercé dans des conditions que je considère comme supportables, je chercherai autre chose à faire. Et ce sera d'autant plus facile que plus de gens sont impactés, je me vois plus facilement rejoindre une solution collective que me battre toute seule.
Je crois en mon adaptabilité (je crois même que c'est une caractéristique de pratiquement tous les humains qui s'en donnent la peine), et je ne considère pas mon confort professionnel et ma rémunération comme des dûs, mais comme des avantages contingents que j'apprécie avoir en ce moment.
(Presque) tout l'écosystème est hideux
Sur ce point je suis peut-être un peu trop influencée par mes expériences professionnelles très récentes, j'ai un peu trop tardé à finir ce billet, mais je crois que je tenais déjà ces opinions depuis plusieurs mois.
J'ai l'habitude du côté plutôt propre et contrôlée de l'ingénierie logicielle. C'est encore trop artisanal pour mon goût, et ma notion d'ingénierie est probablement idéalisée.
Et à chaque fois que j'ai fait un effort sérieux pour essayer « ces histoires d'IA », j'ai eu l'impression d'un tas d'excréments qu'on jette sur le mur jusqu'à y voir vaguement les formes que l'on cherche.
L'expression “vibe coding” s'est répandue pour désigner le code généré par LLM sans trop de surveillance, mais c'est exactement l'expression qui me vient à l'esprit pour décrire le bricolage branlant que je rencontre à chaque fois qu'il est question d'« IA ».
Je crois que je ne suis pas la seule à déplorer l'état de l'écosystème Python, et une partie de mes critiques les rejoignent. Mais ça va plus loin que ça, le flux de données entre un GPU nVidia et pytorch n'a aucun sens, les méta-paramètres sont ajustés au petit bonheur la chance, il n'y a aucune dimension physique ni aucun type, etc. Ça touille des nombres sans aucun contrôle, et si on se rate dans la cohérence de l'interprétation des colonnes il n'y a rien pour le remarquer.
Dans mes moments les plus optimistes, j'imagine que dans le secret des OpenAI, Anthropic, Google, Facebook, etc, il y a des vrais ingénieurs qui font des choses propres et qui comprennent ce qu'ils font, et ça a tellement de valeur que c'est gardé secret. Le reste du temps, je me demande ce que cette version alpha de maquette fout en dehors d'un laboratoire de recherche.
Je trouve ça tellement repoussant de bout en bout que je me demanderais si je ne suis pas biaisée par le sujet, sauf qu'il y a dans ce monde des îlots d'ingénierie qui m'ont l'air suffisamment propres pour mon goût (comme llama.cpp ou TextSynth server).
Je me rends compte que je suis peut-être un peu trop méchante dans cette section, mais je ne sais pas trop comment le décrire autrement. Ça reste de l'ordre du ressenti personnel, et pas du jugement de valeur. C'est‐à-dire que ce sont des raisons pour lesquelles je n'ai personnellement aucune envie de participer à la mise en œuvre de ces technologies, mais je salue le courage et l'intelligence de tous ceux qui travaillent là-dedans et font avancer cette technologie, c'est grâce à des gens comme eux que les technologies finissent par être accessibles à des gens comme moi.
Je ne veux pas de suzerain
Ajout du 5 février 2026
J'avais pensé à ce point mais il a été perdu pendant la rédaction de mon premier jet, et je ne l'ai retrouvé qu'après publication. Cette partie est imprégnée des idées de capitalisme de surveillance et de techno-féodalisme, mais je ne pourrais pas leur rendre justice, donc je vais restreindre mon propos au thème de ce billet.
Au moment d'écrire ces lignes, les technologies étiquetées « IA » sont largement dominées par quelques grandes entreprises. Certaines publient des modèles utilisables plus ou moins librement, alors que d'autres les gardent jalousement.
Mais même quand le modèle est publié, il y a tellement de choses à mettre en œuvre autour, du matériel spécialisé à la compétence de maîtrise des modèles, en passant par la gestion de l'écosystème et la conception du système, que le grand public non-passionné (dans lequel je me compte) n'a accès qu'à des « jouets » inefficaces par rapport aux offres commerciales.
Et je ne suis simplement pas prête à assujettir mes capacités aux offres commerciales actuelles.
À chaque fois que je commence à compter sur un outil ou une infrastructure, je me demande comment je pourrais faire face à sa défaillance.
C'est pour ça que je ne suis pas sûre d'avoir cumulé un kilomètre à vélo sans les outils qui vont avec. C'est pour ça que je loue deux serveurs, Rebma et Laputa, alors qu'un demi suffirait largement à tout ce dont j'ai besoin.
J'imagine que l'électricité et l'eau courante sont suffisamment largement perçus comme indispensables pour ne pas être obligée de passer trop de temps sans en cas de défaillance. Pareil pour l'accès internet dans le cadre professionnel, et je compte sur la tolérance envers son détournement à des fins privées pour m'assurer un « service minimum ».
Quand j'entends le discours des gens qui racontent les « bienfaits de l'IA » avec des étoiles dans les yeux (en général des développeurs qui parlent d'agent ou de vibes), si je mets de côté toutes mes autres réserves, je me dis que je ne peux quand même pas les imiter, parce que je refuse de dépendre à ce point de quelque chose qui pourrait m'être enlevé si facilement.
Que ce soit à cause de tensions géopolitiques qui ferment les frontières, à cause de la suite naturelle de l'emmerdification du service, à cause d'une erreur administrative, à cause du fait du Prince qui n'a pas aimé mon billet critique envers sa technologie fétiche, ou pour toute autre raison, je ne peux simplement pas me résoudre à ne pas entretenir mes compétences non-assistées.
Au début j'avais sous-estimé cet effet, parce que c'était plus au niveau de l'intuition non-verbalisée, mais y réfléchissant j'ai reconnu que c'est un élément majeur de mon manque d'enthousiasme.
J'accorde beaucoup d'importance à mon autonomie intellectuelle en général, et à mon autonomie numérique en particulier. Probablement trop, d'ailleurs, je le sais, mais je suis comme ça, autant ne pas lutter contre et embrasser tous les avantages que ça peut (peut-être) avoir.
Publié le 31 janvier 2026
Tags : Autoexploration Évènement Humeur
Envie d'envie
Lorsque David Madore a planté le concept de vouloir vouloir vouloir dans ma tête, je ne pensais pas que ça prendrait aussi bien. L'envie d'envie dont il est question ici n'est pas vraiment dans la continuité de ces réflexions, mais la stratification des niveaux « méta » de volonté et d'envie les a structurées.
Je vais volontairement confondre envie et volonté dans tout ce billet, alors qu'il y a facilement un niveau de « méta » entre les deux (vouloir agir sur ses envies), parce que je n'arrive pas à figer mon introspection sur l'un ou sur l'autre. J'essayerai de retravailler ce texte pour que ça reste compréhensible, ou au moins y tendre, mais j'ai renoncé à proposer une stratification propre. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
Le cœur de ce billet, c'est constat que ces jours-ci, et de depuis au moins quelques mois, voire des années, mes envies sont assez pauvres, et je me demande si c'est un caractère personnel moralement neutre ou si c'est un problème qu'il serait sain de résoudre.
Contexte personnel de conception de ce billet
DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL
Tant qu'à faire de la méta, je continue de vouloir m'astreindre à sortir un billet par mois, mais le mois de décembre a été riche en sujets qui ne rentrent pas dans ma ligne éditoriale (en plus d'être pénibles), ce qui laisse peu de place à l'inspiration bloguesque. Et pour ne rien arranger, depuis plusieurs mois mon backlog ne contient que des idées qui sont très loin d'être mûres.
Je suis finalement tombée sur l'idée tardive de développer pourquoi je n'ai pas participé à l'Advent of Code cette année, alors que c'est quelque chose qui me plaît et que je ne m'imaginais pas rater de si tôt. C'est en partie dû à la conjoncture décrite dans le paragraphe précédent, qui affecte aussi mes loisirs numériques, mais une autre partie significative est dûe au fait que j'utilise cet évènement pour découvrir un nouveau langage de programmation, et que je n'ai pas d'idée claire sur le prochain langage dans ma liste.
Ce billet a failli être un panorama des langages de programmation que je connais et de ceux que j'aimerais découvrir, et pourquoi je n'ai pas pu départager ces derniers. Je ne l'ai pas fait parce je suis moins intéressée par une photographie de l'état présent, coulée dans le béton d'un billet de blog ancré dans sa position chronologique, que par un suivi de mes ressentis au fil du temps, qui auraient leur places plutôt dans un article intemporel dans une autre section de ce site, qui serait mis à jour continuellement au fil de mes évolutions.
À la place, vous avez donc ces réflexions sur le spectre de l'apathie à l'envie, qui doit avoir la troisième place sur le podium des raisons de mon absentéisme à l'Advent of Code.
Au cas où je me rate sur l'article intemporel, je visais au moins Zig et Hare pour les outils d'infrastructure au quotidien, en remplacement du C (trop pénible à bien utiliser) et du Go (dont la simplicité séduisante a l'air de s'effriter au fil du temps) ; et Wren et Janet pour les langages embarqués en remplacement de Lua (dont les limites me saoulent un peu) avec des points bonus si ça peut remplacer le shell POSIX pour les scripts un peu évolués.
Il me semble que j'avais croisé d'autres langages, en plus de ces quatre-là, qui m'avaient donné envie de les essayer à une occasion comme l'Advent of Code, mais je n'ai pas pu les retrouver en une semaine de réflexion à ce sujet, je vais donc les considérer comme perdus.
FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL
La panne de l'envie
Ce serait un peu dramatique de dire que je n'ai jamais envie de rien.
J'ai très souvent envie (ou besoin ?) de vacances, de repos, voire de sommeil. À tel point que ç'en est presque devenu un comique de répétition.
Si je fais honnêtement le décompte des actions que j'entreprends par ma propre volonté, parce que j'ai vraiment envie de le faire, par opposition à tout ce que je fais par habitude, par devoir, ou par cohérence, je dois bien reconnaître que je ne trouve pas grand-chose.
Et j'écris « pas grand-chose » comme un euphémisme, en écrivant ces lignes j'ai sincèrement cherché à quand remonte ma dernière action selon ces critères, et je ne la trouve même pas.
Un peu comme si mon générateur à envie s'était progressivement atrophié, au point que je ne sois plus capable de dater que le passé lointain quand il était indubitablement fonctionnel, et le passé plus ou moins proche quand il ne l'est indubitablement plus.
D'un autre côté, comme je l'avais expliqué dans ma version de la crise de la quarantaine, en vieillissant j'ai accumulé des aspects de ma vie qui me plaisent beaucoup, et chacun de ces aspects vient avec son lot d'efforts et de devoirs pour être maintenu, donc c'est dans l'ordre des choses de voir la part des devoirs s'agrandir.
Absence d'envie ou envie d'absence ?
À ce stade, j'ai l'impression de faire une distinction arbitraire, peut-être même douteuse, entre les envies positives et les envies d'éviter. Je ne sais pas si c'est une limite linguistique ou mentale, mais il me semble trop facile de confondre l'absence d'envie (ou de volonté) et l'envie d'absence de quelque chose.
Toutes les choses que je ne fais que par devoir, j'aurais tendance à dire que ce sont des choses que je fais parce que je n'ai pas envie de faillir à un de mes devoirs, alors qu'en fait il s'agit souvent de choses que je fais par envie de ne pas faillir à ce devoir, parce que je veux être quelqu'un qui remplit le devoir en question.
D'un autre côté, les mécanismes mentaux de l'affection et de l'aversion n'ont pas l'air symétriques, donc il y a peut-être quand même une distinction pertinente à faire entre ce que l'on poursuit activement et ce qu'on évite activement (en plus de distinguer ces deux-là de ce envers quoi on est indifférent).
C'est d'ailleurs plus ou moins ce que j'écrivais sur la crise de la quarantaine, un jeu d'aversions à des situations moins agréables qui me donnent l'impression d'être coincée dans un optimum local, au point d'« étouffer » les impulsions vers des objectifs au-delà du voisinage local.
Trajectoires de vie
J'avais écrit, et je maintiens encore, qu'à l'échelle des années et des décennies, jusqu'à aussi loin que remonte ma mémoire autobiographique, ma vie ne fait que s'améliorer.
En regardant de plus près, cette amélioration globale est composée principalement d'un recul des aspects négatifs, mais je ne suis pas sûre d'avoir tellement gagné en aspects positifs. Comme si tout le négatif avait été remplacé par du neutre, ou du faiblement négatif ou positif.
Ce qui est très bien, je ne me plains pas, et je continue de préférer le petit bonheur fermier aux explosions de joie minières, mais ça soulève la question de s'il ne faudrait pas arrêter de se battre contre le négatif et commencer à se battre pour faire émerger (plus de) positif. Sauf que je n'ai absolument aucune idée de ce que ça veut dire en pratique, au point que je me demande si ce ne serait pas un jeu de mots purement abstrait.
D'un autre côté, pendant les années 2010s, plusieurs tendances philosophiques personnelles ont été rassemblées dans un revival du stoïcisme. Je ne sais dans quelle mesure ça a contribué à vaincre le négatif qui pourrissait ma vie, mais c'est conforme à la caricature moderne du stoïcisme d'étouffer aussi les émotions positives.
Je garde une estime assez haute de cette variation du stoïcisme, et j'aime croire que quand on est aux concepts d'εὐδαιμονία et d'even keel, on est loin de la caricature de stoïcisme. Je ne peux cependant pas exclure que ces réflexions philosophiques utilisées comme une arme pour face au quotidien n'aient pas de prix.
Le carburant de l'envie
Je n'ai pas de transition décente pour ce thème-là, mais dans l'analyse de mon vécu, je constate aussi une certaine confusion entre énergie et envie.
Quand j'essaye d'imaginer la caricature de l'opposée de mon manque d'envie ces jours-ci, je tombe sur l'archétype de la genki girl. Et en me comparant à (ce que j'imagine être) cet archétype, je ne vois pas tellement une différence d'envie, mais plutôt une différence d'énergie.
Et c'est cohérent avec le besoin de vacances ou de repos dont je parle si souvent. Ce ne serait pas un manque d'envie, mais un manque d'énergie pour les réaliser, et à force de frustration d'envies faute d'énergie le générateur d'envie se serait atrophié.
C'est une explication d'autant plus séduisante que je peux nommer tout un tas de choses que je ferais volontiers si j'en avais l'occasion. Je traduis mentalement « occasion » en « temps », ce qui me fait sortir tous ces renoncements de la question des envies, mais en vrai le temps ça s'organise, justement en fonction de l'énergie disponible quand c'est un facteur limitant (comme dans mon cas), et objectivement j'aurais envie de faire ces choses, si j'en avais la possibilité, et j'ai juste arbitré mes ressources finies en leur défaveur.
Donc peut-être que mon erreur au début de ce texte c'était de chercher la dernière fois que j'ai suivi une envie, au lieu de chercher mon dernier renoncement malgré une envie.
Comment se genkifier ?
Admettons pour l'instant que mon problème ne soit pas un manque d'envie, mais un manque d'énergie, et que si je trouvais un moyen d'en avoir plus le système d'envie reviendrait à un état indubitablement sain.
À ce stade je dirais que ça vaut le coût d'essayer et de juger sur les résultats. Enfin sous réserve que l'essai ne soit pas destructif et soit assez long pour juger du résultat, ce qui exclut le moyen le plus évident, à savoir les stimulants chimiques illégaux.
Le deuxième moyen le plus évident, mais dont l'efficacité me semble douteuse, c'est l'hygiène de vie. Je sais que je suis en manque de sommeil chronique, je me couche trop tard, et je suis tellement dépendante à la caféine qu'il n'y a aucun de ses effets stimulants dans ma vie.
Ça ne va pas m'empêcher de chercher à améliorer mon hygiène de vie hein, juste que je n'arrive pas à croire que ça ait un effet aussi radical que ce dont j'ai besoin.
Je n'ai jamais été très active et énergétique, ça fait partie de mon caractère, je ne suis juste pas du tout genki dans le plus profond de ma personnalité.
C'est sans doute naïf, mais je ne peux juste pas m'empêcher de croire que l'énergie psychologique n'est pas un concept aussi dur de l'énergie physique, et que je devrais pouvoir être moins limitée par cette grandeur. Surtout quand je pense à toutes les fois où j'étais clairement épuisée mais où j'ai pris sur moi de faire ou finir quand même quelque chose d'important à mes yeux.
J'aimerais croire qu'il est possible de hacker la motivation, peut-être d'accepter de faire des choses moins bien ou moins confortablement, éventuellement d'entrainer ses fonctions exécutives ou de les suppléer avec des processus et de la technologie, pour pouvoir satisfaire beaucoup plus d'envies de je ne le fais actuellement.
Mais ça ne me dit pas comment faire tout ça concrètement.
Problème ou pas ?
Et il ne faut pas oublier de traiter la question du jugement moral de cette situation. Est-ce que j'ai besoin de chercher à la changer ?
Si c'est juste pour faire plus de trucs, ou satisfaire plus d'envies, tout le reste étant égal par ailleurs, ça n'a pas de sens de refuser.
En réalité le reste n'est jamais égal par ailleurs, et tout a un prix. Si c'est faire plus de trucs à la place de juste savourer sa tranche de bonheur, si c'est satisfaire plus d'envies sans apprécier la satisfaction, si c'est viser plus haut en se rendant esclave de plus de maîtres, le meilleur compromis est tout de suite beaucoup moins évident.
Et dit comme ça, j'ai l'impression de retrouver encore une énième itération de ma version de la crise de la quarantaine. Ce que j'ai n'est pas mal du tout, je peux imaginer mieux mais, je ne veux pas prendre le risque de tuer la poule aux œufs d'or pour essayer d'atteindre ce mieux.
D'un autre côté, essayer d'ajuster légèrement ces compromis est une façon peu risquée de voir si ça me rapproche de l'optimum local. Il faudrait juste que je trouve ce que ça veut dire concrètement, pour pouvoir le faire.
Conclusion (ou pas)
Je n'ai pas l'impression d'avoir super-bien réussi à rendre les choses compréhensibles et à rassembler décemment les fils. Tout ça est encore loin d'être sec, je viens à peine de mettre des mots sur la situation.
Je n'en suis pas à demander des conseils, ce weblog est avant tout écrit à
destination de moi‐du‐futur, souhaitant tout le succès possible à
l'éventuel lectorat qui me joindrait sur ce train fou ces montagnes
russes.
Je lirai quand même avec intérêt tous les commentaires que vous
partageriez, s'il y en a.
Surtout au niveau des moyens pour faire changer tout ça, sur lesquels je
ne sais pas du tout par où commencer à chercher.
Je pourrais prendre comme résolution pour 2026 de tirer tout ça au clair et d'en appliquer les conséquences, mais c'est un hasard du calendrier que ça tombe en fin d'année, et j'aurais de toute façon fait ça quel que soit l'avancement calendaire.
Je serais plutôt partisane de rejoindre David Madore dans le militantisme contre les discontinuités temporelles arbitraires.
Et joyeuses fêtes autour du solstice d'hiver à tous ceux qui ont eu la patience d'arriver jusque-là !
Publié le 31 décembre 2025
Tags : Autoexploration Évènement Humeur
Séparation à l'essai
Comme je l'avais précédemment écrit brièvement dans Filler et détaillé dans Séparation de claviers, il y a quelques nuages qui viennent ternir la relation autrefois idyllique que j'avais avec mon clavier RealForce / Topre, et j'ai commencé à aller voir ce qui se fait ailleurs.
Dans ce billet je vais décrire l'état provisoire de ma situation vis‑à-vis de mes nouveaux claviers, tous les deux fabriqués par splitkb : un Halcyon Elora (en haut sur la photo) et un Halcyon Ferris (en bas).

Chronologie résumée
J'avais terminé le billet Séparation de claviers sur la tentation de clavier scindé (ou « séparé ») de chez splitkb avec la disposition de touches Ergo-L.
Le 6 avril dernier, je suis passée à l'acte, en commandant l'Elora. J'avais pris la version avec le maximum de touches dans l'espoir de pouvoir m'en servir un jour dans World of Warcraft, et parce que je ne savais pas trop à quoi ressemblerait la transition.
Le 11 avril, le colis a été livré dans mon immeuble, et le week-end suivant j'ai commencé le montage et la configuration.
Le 19 avril, je me suis inscrite sur MonkeyType pour travailler l'Ergo-L, et le 6 juin je me suis inscrite sur keybr. Depuis je passe du temps sur ces deux sites presque tous les jours, les rares exceptions sont pendant les vacances ou les déplacements professionnels loin de chez moi. Au début de l'écriture de ce billet, j'avais accumulé 33 heures au compteur (sous-estimé) de MonkeyType et 25 heures sur keybr.
Le 5 mai, le Ferris a été livré sur mon lieu de travail, parce que je n'avais pas trop confiance dans mon propre transport d'électronique jusque-là.
Le 16 mai j'avais l'impression de pouvoir commencer à utiliser ces claviers « pour de vrai », mais je fatiguais encore très vite. Ce n'est que 20 mai que j'ai effectivement commencé à le faire, en retournant à mon clavier habituel en cas fatigue ou de besoin de vitesse de frappe.
Je n'ai pas noté exactement depuis quand je suis capable d'utiliser ces claviers à plein temps, probablement autour du mois de septembre. C'est à peu près depuis cette période que je n'utilise pratiquement que ces claviers, en Ergo-L, sur mon poste de travail, tandis que je garde mon RealForce QWERTY sur mes ordinateurs personnels.
C'est également au début du mois de septembre que j'ai ressenti ma première douleur suspecte, mais je reviendrai plus loin sur ce sujet.
J'avais fait cette répartition pour ne pas « perdre » le QWERTY, et essayer de faire coexister les deux dispositions de touches, mais ça ne marche pas très bien.
Le 21 septembre, j'ai tapé pour la première fois digg eu lieu de diff,
en entrant correctement le di QWERTY, mais en continuant avec le F
d'Ergo-L qui est sur le G du QWERTY.
C'est encore la confusion la plus fréquence, qui reste moins grave que mes
confusions avec l'AZERTY.
La deuxième confusion plus courante est sw au lieu de sc, surtout en
début de mot.
L'entrainement
Les sites
Je ne me souviens plus exactement comment je suis tombée sur MonkeyType, j'imagine avec des termes basiques sur mon moteur de recherches.
J'ai trouvé keybr par l'intermédiare d'un post de Balaji Arumugam (via Hacker News sur #gcufeed) dans lequel il disait avoir « cassé son cerveau » en tapant à 118 mots par minutes.
Ces deux sites proposent du texte à recopier et donnent des statistiques sur la vitesse de frappe, le taux d'erreur, et quelques autres grandeurs, mais avec des « règles du jeu » suffisamment différentes pour que je trouve intéressant d'utiliser les deux de front.
Je ne sais pas exactement pourquoi, mais la façon dont les erreurs sont présentées dans keybr font que ça me perturbe beaucoup plus, ce qui est très bien pour travailler la précision mais use assez vite. À l'inverse, la clémence de MonkeyType me permet de faire des sessions plus longues, à base de 50 mots français au lieu des 20 mots anglais de keybr.
De façon générale, je déteste quand l'entraineur ne se comporte pas comme une vraie zone de texte, et je veux que l'affichage ressemble au maximum à ce que je tape réellement, quitte à perdre le temps qu'il faut pour obtenir le texte que je veux. Exactement comme quand j'écris du texte ou du code dans vim, ou des lignes de commande dans mon shell.
Voici ma progression sur ces deux sites pendant ma demi-année d'entrainement :


S'entrainer à quoi, exactement ?
Si cet entrainement s'est révélé très utile pour apprendre la disposition des touches, j'ai l'impression d'être coincée dans un plateau, autour de 50 mots standard par minute, soit un bon 4 Hz, ou la moitié de ma vitesse de frappe QWERTY, pour une précision autour de 94 %, contre 97 % en QWERTY, soit un taux d'erreur double.
Il y a peut-être un lien de causalité, dans un sens ou dans l'autre, mais j'ai commencé à avoir l'impression que le circuit visuel, de la proposition d'un de ces sites au mouvement de frappe, est très différent du circuit génératif, d'une idée dans ma tête au même mouvement de frappe.
Le plateau se trouve être au niveau où la charge mentale de la frappe s'efface devant la charge mentale de la conception du texte. J'ai pu sentir la disparition progressive de l'effort de contrôle de mes doigts, et c'était particulièrement flagrant pendant le mois d'août, où je sentais la baisse d'effort d'un jour à l'autre alors que ma progression était loin d'être flagrante sur les mesures des deux sites.
Tout ça pour dire que je pourrais m'entrainer plus sérieusement à la frappe rapide sur ces sites, et voir les mesures de performance monter, mais j'aurais probablement du mal à me convaincre que cette performance reflète une amélioration dans les situations de la vie qui m'intéressent.
Je ne sais pas trop quel genre d'exercices pourrait mieux se rapprocher de mon quotidien. Je commencerais bien par une dictée, tant que je suis dans des vitesses comparables au langage oral. Je n'ai pas l'impression que ça existe déjà, un de ces jours je ferai peut-être à nouveau des recherches sur ce thème, et ensuite je chercherai comment brancher un TTS sur des fragments aléatoires de wikipédia.
En plus de ça, la vitesse de frappe n'est peut-être pas la bonne métrique. Ces jours-ci j'aimerais beaucoup progresser dans la précision plus que dans la vitesse directement. D'une part, parce que les fautes de frappe m'agacent, et rien que pour la sérénité j'adorerais atteindre 99.9 % de précision ; et d'autre part parce que j'en suis à un stade où la précision a plus de poids sur la vitesse de frappe effective que l'appui les touches.
Au mieux, une faute frappe revient à entrer au moins trois touches (la mauvaise, puis backspace, puis la bonne) au lieu d'une, voire plus si la faute est au début d'un groupe de lettres.
Sauf que je n'arrive pas du tout à trouver comment on s'entraine à la précision. Je n'ai rien trouvé de mieux que faire exactement les mêmes exercices que pour travailler la vitesse, mais en regardant à la fin la mesure de précision au lieu de la mesure de vitesse. Mais c'est idiot, parce que l'interface des sites reste tournée vers la vitesse, et qu'en vrai je fais beaucoup moins attention à l'écran de fin d'exercice qu'aux sensations pendant l'exercice.
Il devrait y avoir quelque chose qui caractérise la précision, pour avoir quelque chose de plus informatif qu'au pauvre pourcentage. Il faudrait pouvoir distinguer les différentes sources d'erreur, comme un doigt mal placé, les mains mal synchronisées, ou le cortex moteur qui exécute une séquence de frappe courante alors qu'elle pas opportune (comme “Iraqui” au lieu de “Iraqi”). Et ensuite travailler sur des exercices appropriés pour combattre une ou plusieurs sources d'erreurs qui se sont révélées pertinentes.
Pourquoi est-ce que je ne trouve aucune trace d'une démarche de ce genre dans tout Internet !?
L'ergonomie
Douleur
En septembre et en octobre, j'ai ressenti des douleurs suspectes, et je suis super-triste de ne pas retrouver de détails dans toutes les notes que j'aurais pu écrire.
Ça n'a pas forcément de rapport avec le changement de clavier, mais la concomitance est suspecte. Ce serait un comble qu'un clavier censément plus ergonomique me fasse plus de mal qu'un clavier traditionnel ; mais comme je l'avais expliqué dans Séparation de claviers, mes mouvements QWERTY ne sont pas du tout académiques, et si je « me range » dans une utilisation standard de clavier scindé, je m'expose peut-être plus aux risques standard.
Bref, de mémoire avant que j'en perde encore plus, il y a eu au moins trois occurrences : en septembre, au tout début d'octobre, et le 10 octobre. À chaque fois c'est survenu pendant que j'utilisais mon clavier QWERTY habituel, et je crois qu'à chaque fois c'était du côté gauche.
C'était à chaque une douleur continue façon chaleur profondément dans l'avant-bras, côté paume, entre le milieu et le tiers côté poignet. Elle montait progressivement mais rapidement, peut-être une dizaine de secondes pour atteindre son intensité maximale, pour persister plusieurs dizaines de minutes, peut être quelques heures. Pendant ce temps les mouvements étaient désagréables mais sans véritable impact sur le niveau de douleur.
Il est possible que mes expérimentations de position des mains fin octobre ait mis fin à tout ça, mais c'est peut-être juste une coïncidence.
La position des mains
Il y a une question à laquelle j'ai du mal à trouver de réponse claire et fiable, c'est la position exacte des mains pour utiliser un clavier.
Il est communément admis que les index sont sur les touches marquées (F
et J en *ERTY), et les trois autres doigts sur la même rangée, mais ça
laisse un degré de liberté suivant que la main est plus ou moins ouverte,
et donc plutôt basse et proche de soi (à plat, à l'extrême) ou haute et
loin de soir (avec les ongles sur le clavier et le bout des doigts sur le
talon de la main, à l'extrême).
On est d'accord que les deux extrêmes sont indésirables, mais je ne sais pas trop à quel point la zone « ergonomique » entre les deux est large.
Concrètement, sur mon clavier QWERTY habituel, ma main est « au repos » à peu près dans la même position que si je posais le talon de ma main sur mon bureau et que je détendais le reste. Je me retrouve avec à peu près quatre rangées de touches entre le bout des doigts « au repos » et les articulations entre les doigts et la paume (si j'ai les doigts sur la rangée du haut, ces articulations sont au-dessus de la barre Espace).
Mais si je veux pouvoir atteindre toutes les touches du Ferris sans bouger les mains, il faut que ma position de repos soit plus fermée, d'environ une rangée entière. Sur QWERTY ce serait les articulations en question au-dessus de la barre Espace quand j'ai les doigts sur la rangée centrale. Coïncidemment (ou pas ?), c'est à peu la position qu'ont mes mains quand elles sont relâchées avec les bras aussi relâchés le long de mon buste, quand il n'y a pas la surface dure de mon bureau pour lutter contre l'élasticité de mes muscles.
Après moult tergiversations j'ai fait la supposition téméraire que je sentirais suffisamment tôt si je sors du domaine ergonomiquement sain, et j'ai essayé d'adopter la seconde position sur mes claviers scindés. Ça m'a value une chute notable en vitesse et en précision de frappe, le temps de réapprendre tous les mouvements de doigts, et encore maintenant je me demande dans quelle mesure je recule mes mains sans y penser.
Il y a d'ailleurs une question ergonomique profonde sur le Ferris, et dans une certaine mesures les autres claviers scindés plus ou moins minimalistes : est-ce une bonne idée de chercher à ne pas bouger les mains ?
Le corps humain est fait pour bouger, à peu près toutes les poses statiques sont mauvaises à moins d'être complètement relâché. Faut-il chercher explicitement à préserver un minimum de mouvement des mains ? Y a-t-il une configuration de mains immobiles qui soit ergonomiquement saine ? Est-ce un compromis entre ergonomie d'un côté et vitesse ou précision de l'autre ? Ou même pas ?
Et pourquoi les réponses à ces questions ne sont pas placardées partout quand on se lance dans le clavier non-standard !?
La disposition Ergo-L
Après avoir passé six mois à jouer avec Ergo-L, il est temps de regarder les choses en face sur mon ressenti par rapport à QWERTY.
Je m'attendais à y trouver un petit peu de positif, mais malgré ces attentes relativement faibles j'ai été déçue. Peut-être qu'il faut que je passe encore plus temps avec, et que ça fait que débloquer un plafond de vitesse et de confort que je n'ai pas encore atteint parce que je n'ai même pas rattrapé le niveau de mon QWERTY.
En théorie, faire les caractères accentués en deux touches, ★ puis
lettre, devrait être plus sympa qu'en trois touches, Compose puis
ponctuation puis lettre.
En pratique, je ne sens pas tellement la différence.
Même pour les ponctuations plus acrobatiques et anecdotiques, je ne ressens pas tellement de progrès, alors que la touche CapsLock (mapée sur Compose) est beaucoup moins accessible pour les symboles qui ne sont pas couverts par Ergo-L.
À la limite, j'aime bien pouvoir entrer un nombre en exposant ou en indice sans faire de séquence Compose pour chaque chiffre, mais c'est tellement rare que ça ne pèse pas très lourd dans mon appréciation.
Et c'est vrai qu'entrer des nombres dans un pavé plutôt que dans une ligne est fort agréable, même si c'est relativement rare dans ma vie.
Je note qu'Ergo-L produit très facilement l'espace insécable fine U+202F, alors qu'en QWERTY je reste sur Compose, Espace, Espace qui produit une espace insécable normale U+00A0. C'est une façon de tracer lesquels de mes textes ont été écrits avec quel clavier, mais je passe trop de temps dans les terminaux pour voir une différence. N'hésitez pas à me dire si vous la voyez et si vous avez une préférence dans un sens ou dans l'autre.
D'un autre côté, la grande force d'Ergo-L est de fonctionner naturellement sur les petits claviers, et on pourrait trouver ça super-élogieux que je ne sente pas tellement la différence entre un QWERTY sur 87 touches et un Ergo-L sur 34 touches.
J'ai aussi des sentiments mitigés envers les “home row mods”, qui consistent à mettre les touches Shift, Control, Alt, etc sur la rangée centrale, avec un comportement différent suivant qu'on tape ponctuellement sur la touche ou qu'on la maintient enfoncée.
J'ai lu des gens qui adorent, j'ai lu des gens qui détestent, et je ne me reconnais dans aucun des deux camps. Je déteste les activations par erreur, surtout « tr » qui rafraîchit la page et tue session d'entrainement en cours, mais ça fait partie de l'entrainement.
S'il y avait un Chocofi ou un 3w6 aussi facile d'accès que les Halcyon j'essayerais peut-être les modificateurs sur le pouce, mais ça ne suffit pas à jeter mes Ferris.
Les motivations
Maintenant que j'ai passé six mois avec ces nouveaux claviers, il est plus-que-temps de se poser la bonne question : pourquoi est-ce que je me fais chi☹r avec tout ça !?
La vitesse de frappe et la charge mentale
Je suis à peine à la moitié de ma « performance » sur QWERTY, et à la vitesse où ça avance, il me faudra des années avant de la rattraper, donc ce n'est pas une bonne raison.
Mais en même temps, la vitesse de frappe en elle-même n'est pas une fin en soi, comme je l'avais déjà écrit dans Séparation de claviers. Je ne suis ni sténo' ni secrétaire, et je n'ai pas assez de texte à entrer pour que la vitesse de frappe soit directement pertinente.
Pour le voir en pratique, voici le temps qu'il m'a fallu pour écrire le premier des derniers articles, avec différents claviers :
| Page | Clavier | Taille | Temps | Vitesse |
|---|---|---|---|---|
| Séparation de claviers | RealForce | 17 139 | 14 482 | 1.18 |
| Solarized, mais ANSI | Elora | 17 982 | 15 515 | 1.16 |
| Vue de trop loin | Elora | 8 745 | 7 816 | 1.12 |
| Séparation à l'essai | Ferris | 13 275 | 10 438 | 1.27 |
À la lecture de ce tableau, on ne dirait pas que le premier a été tapé à 8.3 caractères par seconde, alors que les trois autres à seulement 4.2. Alors qu'à ces vitesses, la frappe prend entre le quart et un huitième du temps total de rédaction, ce qui n'est pas négligeable.
J'en déduis que le processus de génération de texte dans ma tête peut se faire largement en parallèle des gestes sur le clavier, et que le premier est plus lent que le second.
Je me souviens de l'époque où ce n'était pas le cas, et c'est ce que je désignais par « charge mentale » plus haut dans le texte. Et c'est ce qui tue la pertinence des calculs que je viens de faire : j'ai supposé que les temps passés dans les différents processus sont cumulables, alors qu'il y a des effets de seuil et de distribution.
Si je tape plus lentement, je dois tenir plus de choses en tête, et quand ça ne tient pas, l'édifice mental s'effondre.
Mais à l'inverse, si je pouvais taper plus vite, est-ce que de nouveaux édifices mentaux seraient possibles ? Si je tapais beaucoup plus vite que je parle, est-ce que ça changerait ma façon de manipuler les idées ?
D'un autre côté, taper plus lentement fait préférer des alternatives à frappe. Je copie/colle avec le Ferris des petits fragments de texte que j'aurais re-tapé avec le clavier QWERTY. Et la pratique du Ferris m'a incité à découvrir des raccourcis d'historiques de fish dont je bénéficie aussi avec le clavier QWERTY.
Bref, tout ça pour dire que je vois bien que la vitesse n'est pas neutre, et je n'ai pas encore les idées suffisamment claires pour chercher à agir activement dessus, mais ça pourrait changer un de ces jours.
Le confort
Quand j'ai découvert mon clavier RealForce, j'étais tellement éblouie que mon échelle d'appréciation des claviers en a été toute chamboulée. Je me souviens encore de cet émerveillement, si j'avais connu ça à nouveau avec ces nouveaux claviers, ce billet aurait un ton très différent.
Malheureusement, à ce stade je dois regarder les choses en face : ils ont le même niveau de confort tactile que les bons switchs mécaniques que j'ai pu croiser avant de découvrir Topre. Ce qui est très bien, mais largement en dessous de mon ressenti au quotidien depuis plus de dix ans.
Sauf pendant quelques instants très fugaces et labiles, sur mon Ferris avec les switches Ambients Silent Kailh 35 g. C'est un peu comme avec mon vélo, il y a un jeu de circonstances que j'ai du mal à identifier qui brouille la frontière kinesthésique entre l'objet et moi et qui conduit à une délicieuse fusion.
Et j'ai l'impression que ces circonstances sont justement autour d'une diminution des mouvements de la main, au profit de mouvements des doigts, ce qui m'a menée aux expériences décrites ci-dessus.
J'ai du mal à me dire que l'espoir de pérenniser cet état de grâce est la seule chose qui me fait continuer à utiliser ces nouveaux claviers, mais c'est plus crédible que le sophisme des coûts irrécupérables dans leur achat.
Cela dit, le confort n'est pas que tactile, et les Ambients sont excellents sur le plan auditif. Je pensais que c'était normal les claviers dits « silencieux » soient comme le silencieux d'une arme à feu, et ces Ambients m'ont fait découvrir le vrai silence.
C'est une rupture d'échelle au même niveau que les switchs Topre, et si je ne suis pas aussi émerveillée c'est uniquement parce que le confort auditif m'importe moins que le confort tactile. Je ne serais pas surpris que les collègues dans l'open-space ne partagent pas cet ordre de priorités.
La disponibilité
Même si la pérennité de splitkb n'est pas garantie, je doute que le concept du Ferris disparaisse complètement, et je ne serais même pas surprise que les standards de switch durent assez longtemps.
Alors que trouver un clavier RealForce ces jours-ci a l'air plutôt difficile, et les HHKB n'ont pas du tout le même confort tactile.
D'un autre côté, mon travail de prestataire en informatique peut m'amener à servir de chair à clavier sur le matériel du client. Il est beaucoup plus probable d'avoir les droits de changer une disposition standard d'un clavier miteux que de pouvoir installer la disposition Ergo-L et de brancher de l'électronique incontrôlée sur un port USB.
Je ressens une vraie réticence à dépendre d'Ergo-L et d'un clavier particulier, vu le vrai risque qu'on me les refuse.
D'un troisième côté, le Ferris est beaucoup plus facile à transporter qu'un clavier de taille standard, même sans pavé numérique. Donc pour les clients qui ne sont pas pénibles au plus haut point sur l'électronique personnelle, je pourrais espérer un gain en confort. Peut-être même qu'une configuration judicieuse de QMK pourrait permettre une émulation Ergo-L sur un ordinateur configuré pour AZERTY.
Conclusion
À ce stade, le dilemme reste entier.
J'ai une frappe nettement meilleure sur le type de claviers que j'utilise depuis des décennies, et cet avantage a l'air long et pénible à rattraper. Entre la performance établie et la quasi-garantie de pouvoir utiliser sereinement tous les claviers qu'on pourrait m'imposer, il y a de gros arguments en faveur de la fin de cette expérience et du retour au QWERTY de base.
Le sophisme des coûts irrécupérables et la possibilité d'un gain de confort tactile sont des arguments beaucoup trop légers pour expliquer le fait que je me sente encore coincée dans un dilemme.
Je ne comprends toujours pas ce qui m'attire vers les claviers scindés, et je ne suis même pas sûre de pourquoi le Ferris me séduit tellement plus que l'Elora, au point de n'utiliser que les touches communes.
Ou peut-être que je suis trop embourbée dans une pseudo-raison, et que je devrais faire confiance à mon élan instinctif en laissant tomber complètement le QWERTY, malgré les régressions et les risques ?
Publié le 30 novembre 2025
Tags : Autoexploration Évènement Jouets
Vue de trop loin
Régime normal
Au rez-de-chaussée
Je me considère habituellement comme une personne plutôt pragmatique. Je porte la majorité de mon attention à des choses qui sont proches de moi, aussi bien géographiquement que temporellement.
J'hésite à me revendiquer du Stoïcisme, et encore plus depuis que j'ai lu un catalogue des « mauvais » stoïcismes, mais j'ai beaucoup aimé tous les principes stoïques que j'ai rencontrés jusqu'à présent, et je m'efforce de les intégrer à ma vie.
Tout ça pour dire que porter la majorité de mon attention à ma petite échelle, c'est aussi refuser de porter beaucoup d'attention aux choses à grande échelle, surtout quand elles ne sont pas sous mon contrôle et qu'il n'y a pas grand chose à faire pour se préparer à leurs conséquences. Sans vouloir manquer de respect aux victimes des guerres qui se déroulent à des milliers de kilomètres de chez moi ni au personnel politique qui nous offre un spectacle aussi affligeant ces jours-ci (et sans présumer de l'inégalité de respect dû à ces deux classes).
Au premier étage
D'un autre côté, je garde systématiquement une partie de mon attention à un étage plus haut que mes préoccupations immédiates, en train de me regarder faire ce que je suis en train de faire.
Je n'y pense pas souvent, parce que c'est mon état normal et habituel depuis aussi loin que j'arrive à me souvenir, et je ne le remarque par contraste quand je vois autour de moi des gens qui sont tellement « la tête dans le guidon » qu'ils ratent des éléments « meta » qui me semblent évidents.
Cette façon d'être est à la base d'un système d'« amélioration continue », dans lequel j'utilise mes observations de moi-même en train ou sur le point de faire ce que je suis en train de faire, pour le faire « mieux ».
Par exemple, pendant que je saisis la carafe vide, je prends systématiquement une fraction de seconde pour chercher ce que je peux ramener à la cuisine en même temps, ou autre chose à faire à cette occasion.
Pendant que je fais quelque chose de pénible « à la main », je me demande quelles parties sont automatisables, de quelle façon, à quel prix et pour quel « retour sur investissement » espéré.
Pendant que j'écris du code qui résout le problème auquel je suis confrontée, je me demande toujours si je ne peux pas faire un tout petit effort de plus pour découpler et généraliser ce code. La réponse est souvent « non », mais ça me frustre d'autant plus quand on me dit YAGNI alors que l'effort de généralisation est plus petit que l'effort pour m'expliquer que je n'en aurai peut-être jamais besoin.
Encore plus haut
Il est plutôt rare que je monte plus haut que ces deux étages, mais ça arrive. C'est en regardant comment je me regarde en train de faire ce que je suis en train de faire que j'ai pu mettre des mots là-dessus. Il me semblait en avoir déjà parlé dans ces pages, mais je ne retrouve pas où.
Généralement je ne monte plus haut que quand je ne suis pas en train de faire quelque chose, que ce soit parce que ma situation n'est qu'une attente sans rien pour m'occuper l'esprit, ou parce que je suis dans mon lit en train d'essayer de m'endormir.
Je monte souvent plus haut pour essayer de tirer des enseignements qui m'aurait échappés depuis le « premier étage », ou simplement pour mesurer mentalement le chemin parcouru, ou pour améliorer mon modèle mental du monde.
C'est comme ça que j'ai fait le constat que ma vie est de plus en plus satisfaisante depuis au moins deux décennies, comme je l'avais détaillé quand je décrivais ma version de la crise de la quarantaine.
C'est aussi comme ça que j'ai pris à cœur l'observation de (transmise par ?) David Madore (que je ne retrouve plus) que l'argent est une infrastructure abstraite pour échanger des biens et des services entre humains, et qu'à un niveau d'observation suffisamment haut pour englober le système monétaire, tout système de retraites est un système par répartition.
Il y a plein d'autres systèmes qui changent de forme quand on choisit des limites qui masquent des contingences auxquelles on s'attache parfois trop : le langage est une forme de télépathie, l'écriture est une télépathie avec voyage dans le temps, je vis en troquant des lignes de code contre de la nourriture, d'autres troquent une fluidification du système contre de la nourriture, d'autres encore n'ont pas l'air de troquer mais ils mangent quand même.
Tout ça ne sert pas à grand chose, mais si je n'ai rien de mieux à faire avec mon flux de pensées, c'est une direction comme une autre dans laquelle l'orienter.
Très haut ou trop haut ?
Il y des moments où je me demande si je ne suis pas montée trop haut.
Littéralement, la masturbation c'est la connexion de neurones dans la volonté sur des neurones dans le plaisir, par l'intermédiaire de neurones moteurs, de fibres musculaires, d'éléments matériels, et de neurones sensoriels. C'est un chemin inutilement compliqué pour des neurones qui sont déjà connectés sans avoir besoin de sortir du cerveau.
Si on élargit un peu la définition pour inclure des chemins encore plus compliqués et des plaisirs plus variés, on englobe un nombre colossal d'activités. Par exemple tous les loisirs qu'on fait « pour le plaisir », ou les petits chefs qui ne sont là que pour la jouissance de la domination d'autrui sans rien contribuer de positif.
Et finalement, les motivations humaines ne sont-elles pas toutes une recherche d'une forme de plaisir, ou l'évitement d'une forme de souffrance, ce qui revient à un plaisir relatif par rapport à l'alternative ?
À ce compte là, que reste-t-il de l'humanité qu'une immense activité masturbatoire et des effets de bord relativement secondaires ?
D'aussi loin je ne vois plus grand chose, pour ne pas dire rien du tout. Un grand vide, l'absurdité de l'univers, vanité des vanités et tout est vanité.
Et ça donne un peu le vertige.
J'imagine que pour beaucoup de monde, cet espace est rempli par des croyances religieuses, et je me demande ce que l'énumération précédente dit de moi.
J'imagine que ne trouver que du vide, de l'absurdité, et le vanité puisse susciter une détresse psychologique au point d'avoir besoin de n'importe quoi pour remplir cet espace. Un peu comme le vide après la mort.
Et la santé mentale ?
Je me souviens de ma surprise quand j'ai rencontré les expressions « réfléchir à la vie » et “thinking about life” (je ne me souviens même plus dans quelle langue je l'ai croisée en premier) avec une connotation négative, comme quelque chose à éviter, alors que ça me semble être quelque chose de banal et sain, comme « philosopher ». Je ne sais même pas si ce sont des activités littérales qui sont mal vues ou si ce sont des euphémismes (mais pour quoi ?).
J'ai l'impression que ce qui pourrait être appelé dans ce billet « regarder de trop haut » rentre exactement dans l'intuition que j'ai de « réfléchir (négativement) à la vie ».
Je ne prétends pas être immunisée contre la détresse du le vertige, j'ai juste l'impression de ne pas (encore) être affectée par mes excursions dans les étages peut‑être trop élevés.
C'est aidé par le fait que ces excursions sont limités à des moments choisis avec soin, quand je n'ai strictement rien de mieux à faire avec mon esprit. Je n'ai (encore) jamais eu le moindre problème pour « redescendre », ni même pour vouloir « redescendre ».
D'un autre côté, il est de fait que ces derniers temps je me retrouve de plus en plus souvent dans ces étages élevés. À tel point que j'arrive à y revenir facilement à un moment où j'ai un clavier entre les mains et du temps pour écrire un billet de weblog.
C'est peut-être juste l'entrainement, qui fluidifie les voyages verticaux, dans un sens comme dans l'autre. C'est peut-être une fragilité qui avance masquée, et qui profite de ma réticence à la percevoir.
Pour l'instant je me limite à des constats, que je pose ici, comme références pour le futur. Je ne suis pas en train de demander des conseils, mais je suis toujours prête à comparer les notes et les ressentis avec qui veut.
C'est un peu comme cette sensation suspecte dans mon avant-bras gauche, ou cette zone temporairement aveugle au milieu de mon champ de vision : je pense que je vais bien, ce n'est pas suffisant pour remettre en question le sentiment que je vais bien, mais c'est quelque chose qui a l'air assez significatif pour peut-être participer à clarifier un éventuel tableau de symptômes plus tard.
Publié le 14 octobre 2025
Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique
Solarized, mais ANSI
Ce billet va rentrer dans les détails techniques et profonds de l'évolution de la configuration de la couleur dans mon émulateur de terminal. Et pour ne rien arranger, c'est la suite directe de billets passés, que je ne vais résumer que très succinctement. Il est possible que personne ne trouve le moindre intérêt à ce billet.
Dans les épisodes précédents
Comme je l'ai écrit dans mon billet Ricing, j'utilise l'ensemble de couleurs Solarized depuis 15 ans, et j'en ai été très contente pendant très longtemps, malgré ses défauts mineurs.
Et comme je l'ai écrit dans mon billet Désolarisation, ces défauts mineurs commencent à me saouler gravement, au point de me décider à essayer d'y faire quelque chose. Sauf que ce n'est pas facile de tout changer sans se sentir submergée par un sentiment de « beurk ce n'est pas comme d'habitude », et le statu quo s'est maintenu faute d'alternative suffisamment meilleure pour justifier l'effort de transition.
Par une analyse qui vaut ce qu'elle vaut, j'ai estimé que tous les problèmes que j'ai avec Solarized découlent du choix initial de mettre 8 couleurs d'accent et 8 niveaux de gris dans les 16 couleurs du terminal ANSI qui sont traditionnellement 2 nuances de 6 couleurs et 4 niveaux de gris.
Stratégie
Comme mon insatisfaction envers ledit statu quo n'a pas l'air partie pour se calmer, je prends le problème par l'autre bout, en essayant de préparer le terrain pour faciliter de futurs changements, tout en changeant le moins possible pour l'instant, pour ne pas déclencher l'effet « beurk ce n'est pas comme d'habitude ».
Donc dans ce billet, je vais décrire comment j'ai retrouvé la sémantique ANSI tout restant au plus proche du Solarized qui fait partie de ma vie depuis si longtemps.
Comme ma configuration actuelle fonctionne parce que la configuration de mes outils en mode texte est fortement couplée aux particularités de la palette de couleur, il va falloir faire évoluer les deux simultanément.
Solarized version ANSI
Démarche
La première étape a été d'inventer une palette de 16 couleurs dans la logique ANSI, qui reprend Solarized.
Les 6 couleurs de base Solarized (rouge, vert, jaune, bleu, magenta, et cyan) sont en face de la couleur de base ANSI, donc pas de difficulté à ce niveau.
Je pourrais garder l'orange et le violet à leur place, comme « rouge clair » et « magenta clair », sauf que ce n'est pas du tout plus clair ou plus emphatique que la couleur de base, et il faudra de toute façon faire quelque chose pour les autres couleurs claires, autant fabriquer 6 nouvelles couleurs claires et cohérentes.
Et il faut aussi trouver une façon de faire rentrer toutes les nuances de gris de Solarized dans l'espace ANSI plus petit.
Comme je l'avais expliqué dans Désolarisation, Solarized n'utilise en fait que 5 niveaux de gris : texte et fond normaux, texte et fond en emphase, et texte secondaire. Les 8 niveaux ne servent qu'à couvrir les variantes clair‐sur‐sombre et sombre‐sur‐clair avec la même palette, ce qui ne m'a l'air d'être d'absolument aucune utilité dans ma vie.
Pour le faire tenir 5 niveaux de gris dans l'espace ANSI, j'utilise l'astuce qu'en fait le standard ANSI définit implicitement une dix-septième couleur dans l'état par défaut du terminal.
J'ai donc décidé de mettre le texte et le fond normaux sur les couleurs par défaut, l'emphase un peu plus claire (aussi bien sur le texte que sur le fond) en gris clair sur noir (couleurs 7 et 0), le texte secondaire en gris foncé (couleur 8), et ça laisse la couleur 15 pour le blanc‐brillant‐qui‐pique‐les‐yeux.
Pour les couleurs claires, j'ai suivi la démarche de Dimidium, mais dans l'espace colorimétrique OKLCh, et en partant de OKsolar (qui ressemble suffisamment à Solarized pour mes habitudes). Concrètement, j'ai pris les couleurs de base OKsolar, j'ai poussé leur L de 0.631 à 0.7, et j'ai tourné la teinte de 14°.
Le résultat est clairement un premier jet perfectible, mais il a le mérite d'être tout à fait supportable. C'est donc exactement ce que j'attendais d'un premier petit pas vers une meilleure palette.
Les valeurs
Même si c'est un premier largement perfectible, autant partager avec le monde entier le résultat de cette démarche.
| Couleur | Solarized | OK-ANSIfié |
|---|---|---|
| Fond par défaut | #002b36 | #002d38 |
| Texte par défaut | #839496 | #98a8a8 |
| Noir | #073642 | #093946 |
| Rouge | #dc322f | #e64c53 |
| Vert | #859900 | #819500 |
| Jaune | #b58900 | #ac8300 |
| Bleu | #268bd2 | #2b90d8 |
| Magenta | #d33682 | #dd459d |
| Cyan | #2aa198 | #259d94 |
| Gris clair | #eee8d5 | #8faaab |
| Gris foncé | #002b36 | #657377 |
| Rouge clair | #cb4b16 | #fb6188 |
| Vert clair | #586e75 | #ada201 |
| Jaune clair | #657b83 | #cf9034 |
| Bleu clair | #839496 | #16ace7 |
| Magenta clair | #6c71c4 | #ea62cc |
| Cyan clair | #93a1a1 | #50b399 |
| Blanc | #fdf6e3 | #fbf7ef |
Adaptation des configurations
Je ne me souviens plus exactement si je suis passée par une phase de découragement devant le nombre de configurations à reprendre, mais je me suis rapidement convaincue qu'en fait les principales applications à ajuster sont irssi, mutt, newsboat, et vim. Et les premières n'ont pas tant d'éléments que ça, donc je m'attendais à pouvoir les ajuster facilement, il n'y avait que la coloration syntaxique de vim qui m'inquiétait vraiment.
Vim
Je ne sais plus trop comment je me suis convaincue que la configuration de la coloration syntaxique dans vim est d'une complexité qui me dépasse, ni que la variation Solarized est inutilement compliquée dans ce domaine. J'imagine que tomber sur un dépôt qui prétend proposer la même configuration mais sans bullshit, puis un autre qui n'enlève qu'une partie du bullshit, conforte ces impressions.
Je ne me souviens plus si j'ai essayé la version « sans bullshit » avant ou après avoir écrit Désolarisation, mais ma première réaction a été « beurk, ce n'est pas mon Solarized » et supprimer le fichier.
Comme ça reste une base extrêmement pratique pour ce que je veux faire, j'ai regardé de plus près pourquoi un truc qui prétend être identique ne l'est pas. J'ai découvert avec une certaine surprise que le thème Solarized que j'utilise depuis tant d'années n'a existé que pendant quelques jours en avril 2011, et que toutes les différences qui me déchirent les yeux viennent d'Ethan Schoonover lui-même.
Donc j'ai commencé par fabriquer mon propre “Solarized flattened” pour mesurer exactement l'étendue des dégâts. Je n'ai pas trop cherché à faire un thème utilisable, je voulais surtout de quoi faire un diff de l'apparence dans un terminal.
Voici les commandes que j'ai utilisées pour ce faire :
:put =execute('hi')
:%s/\n */ /g
:%!sort
:%!sed '/links/{;H;$x;$p;d;};$G'
:%s/ *gui[a-z]*=[^ ]*//g
:%s/xxx //
:%s/^\([^ ]*\) *links to \([^ ]*\)$/hi link \1 \2/
:'<,'>s/^/hi /
(remonter `hi Normal`)
:%s/ */ /g
:w txt-empty-hi.vim
En gros, la première ligne remplit le buffer initial avec la coloration courante, les suivantes trient les entrées et séparent les liens des configurations, puis virent les parties qui ne m'intéressent pas.
J'ai ensuite analysé « avec les yeux » le diff :
- disparition générale de pas mal de bold (je trouve ça plutôt bien),
- remplacement de pas mal de reverse par échange des couleurs de texte et fond,
CursorLineNrgris gras souligné → jaune (je n'utilise pas ça),Diff*perd reverse (je trouve ça beaucoup moins lisible),Pmenuperd reverse (je ne sais même pas ce que c'est),PreProcorange → rouge (ça a beaucoup joué dans ma première impression mais je m'y suis fait facilement),SpecialKeyrouge gras → gris (ça c'est dur, je préfère que ça me saute plus aux yeux, j'essaye de m'y faire quand même),WarningMsgrouge → orange (pas de souci),WildMenugagne reverse (pas de souci),vimLineCommentdisparaît.
Ça ne fait pas beaucoup de changement en quinze ans, et je crois que ma première réaction a été trop violente à cause du préprocesseur, devenu rouge agressif, des caractères spéciaux qui ressortent beaucoup moins, et du diff qui noie les différences dans la coloration syntaxique de base du fichier.
Après avoir fait la liste des différences supportables et de celles que je vais refuser, j'ai fait un script sed pour convertir un flattened pour Solarized en une configuration de couleurs pour ma variante ANSIfiée.
Irssi, Mutt, et Newsboat
Pour les autres applications, j'ai constaté au passage le manque de cohérence dans la coloration, alors qu'il n'y en que trois et que les plus grosses différences sont entre les deux configurations qui viennent de l'auteur de Solarized.
Je n'arrête pas de parler de newsboat, mais ma configuration a été reprise directement du newsbeuter que j'utilisais avant, et je ne sais du tout d'où j'ai recopié les sept lignes de thème. Je suis à peu près sûre que je les ai recopiées et non pas inventées, parce que je n'aurais pas choisi le magenta pour la majorité du texte sur mon écran.
Donc en parallèle de l'ajustement de ces applications, j'ai cherché à mettre en place un certain « langage graphique ». J'ai la flemme de faire des captures d'écran (en m'assurant qu'elles ne dévoilent pas trop de choses, alors que je n'ai pas les idées complètement claires sur ce que je suis prête à dévoiler ici), alors je vais le décrire avec des mots.
-
Les barres de statut sont en jaune gras sur fond « noir » (donc plus clair que le fond par défaut), comme mutt et newsboat, alors qu'irssi était noir sur fond vert.
-
Les entrées lues sont « normales », avec le texte et le fond par défaut, comme irssi et newsboat, alors que mutt les avaient en vert.
-
Le texte en relief que sont les entrées non-lues et les messages envoyés sur IRC sont en bleu, comme mutt et irssi, alors que newsboat les avait en magenta.
J'ai touillé un peu plus les couleurs d'irssi, notamment l'activité dans la barre de statut (jaune pour le texte normal, gris pour les trucs moins importants, rouge pour les trucs plus important).
J'ai aussi un peu touillé la configuration de mutt, qui est beaucoup plus
détaillée que ce à quoi je m'attendais, et j'ai découvert au passage
qu'elle était subtilement cassée depuis tout ce temps :
ce qui était censé être bright (surtout les différents niveaux de gris)
est rendu en gras dans la couleur de base.
Finalement je n'ai que traduit les niveaux de gris qui marchent, et j'ai gardé les couleurs anormales dont j'ai l'habitude, mais en les dégraissant. Le résultat est suffisamment « comme d'habitude » pour me plaire, et nettement plus reposant maintenant que le gras n'est plus généralisé.
Bilan
Ça ne fait que quelques semaines que j'ai fait cette rénovation de configuration, et je me demande si ce n'est pas encore un peu trop tôt pour juger. D'un autre côté, les changements visibles sont tellement subtils que je ne suis pas sûre d'avoir besoin de plus de temps pour me faire un avis.
Dans l'ensemble, je suis assez contente du changement. C'est assez peu intrusif pour ne pas y penser souvent, ce qui était un objectif initial.
La nouvelle palette est légèrement plus contrastée que le Solarized de base, et je trouve que c'est une bonne chose. Une conséquence négative est le peu de différence entre les couleurs de base et les variantes claires.
Je regrette un peu d'avoir fait ma rotation de teinte dans le sens ou le rouge clair tire sur le magenta, à l'opposé de l'orange de Solarized. D'un autre côté, ça m'a permis de voir la quantité de « rouge clair » dans mon terminal. Et aussi de voir que j'arrive à remarquer quand il y a du rouge qui tire sur le magenta là où j'avais l'habitude de voir de l'orange ; je ne m'y attendais pas étant donné le mal que j'avais à distinguer le rouge de l'orange sans les avoir côte à côte.
Je ne suis pas sûre que c'est une super-idée de mettre toutes les couleurs de base à la même luminosité, comme l'a fait OKsolar, ça réduit l'espace dans lequel les variations claires peuvent être placées. L'approche de Dimidium est peut-être plus saine, mais je ne sais pas dans quelle mesure les configurations à base de Solarized s'attendent à une luminosité uniforme.
Sur les différences visibles, j'aime beaucoup la nouvelle uniformisation entre mes applications. Je n'ai pas trop d'avis sur les changements dans vim, je me suis adaptée assez rapidement à la plupart d'entre eux, j'ai refusé le changement sur les diff, et j'hésite à refuser aussi des caractères spéciaux ; au total il n'y a rien de positif sur vim, que du neutre ou du négatif.
Le retour dans la sémantique ANSI est très satisfaisant intellectuellement, même si je n'en ai pas encore vu les conséquences concrètes (à part sur #gcufeed). Il est probable que je me rende pas compte de tous les ennuis que j'éviterai à l'avenir en essayant de nouvelles applications de terminal.
Bref, l'objectif de « petit pas qui ne se voit pas trop » est parfaitement rempli, et c'est peut-être suffisant pour calmer mes insatisfactions. Et si ça ne l'est pas, les bases sont posées pour essayer des choses petit à petit, individuellement sur chaque application et sur chaque terminal.
J'ai prévu la possibilité d'essayer d'autres palettes, avec Catppuccin et Gruvbox pour commencer. Je ne sais pas à quel point ce sont des rationalisations de « beurk ce n'est pas comme d'habitude », mais je trouve Catppuccin trop « pastel » au point d'avoir du mal à distinguer les couleurs entre elles, et Gruvbox trop « chaud », j'aime bien le bleu et les nuances bleutées.
Dans toutes les autres palettes que j'ai croisées par le passé, j'ai aussi souvent été rebutée par une trop forte luminosité du fond, je trouve que c'est un peu dommage de considérer un tel détail comme rédhibitoire, mais je ne comprends pas du tout l'intérêt, je n'y vois que des inconvénients.
Au moins, le champ expérimental est ouvert, et je pourrais l'explorer dans les prochains mois et les prochaines années. On verra bien après coup quel sera le prochain état stable que j'atteindrai.
Publié le 30 septembre 2025
Séparation de claviers
Comme je l'avais écrit dans le billet Filler, j'essaye depuis quelques mois de nouveaux claviers. C'est en train de s'embourber, et j'accumule beaucoup trop de choses à en dire, donc je vais commencer par décrire dans ce billet d'où je viens et pourquoi j'ai envisagé un changement.
La disposition QWERTY
Historique
Je ne sais plus si je l'ai déjà écrit quelque part, alors je vais le mettre ici aussi en espérant me souvenir que c'est là si je veux le référencer un jour.
En bonne petite française de France, j'ai commencé à taper sur des claviers AZERTY, sans me poser plus de question que ça.
Les choses ont basculé en 2007 ou en 2008, quand j'ai malencontreusement renversé un liquide sur le clavier intégré à Duat, et que j'ai constaté qu'un clavier de remplacement AZERTY (ISO) était trois fois plus cher qu'un clavier QWERTY (ANSI).
Il n'y a donc pas que l'affectation des touches qui change, mais aussi la forme de la touche Entrée (deux lignes en ISO contre une seule en ANSI) et du shift gauche (plus court que Tab en ISO, avec une touche supplémentaire).
Ces différences m'ont beaucoup plus gênée que l'affectation des touches,
parce que la mémoire musculaire qui vise le milieu de la touche Entrée ISO
fait appuyer sur la touche Entrée ANSI et la touche juste au-dessus,
et parce que l'AZERTY sur un clavier ANSI ne permet pas d'entrer les
symboles < et >, qui ont quand même une certaine utilité.
Je ne me souviens plus exactement ce qui m'a fait préférer le QWERTY, alors que je ne regardais plus ce qui était imprimé sur les touches depuis longtemps.
Probablement une combinaison du manque des symboles < et > et du
confort incroyable pour entrer des chiffres et les symboles [, ], {,
et }, qui sont courants dans les langages de programmation.
En tout cas, l'inconvénient d'utiliser une touche Compose pour entrer les lettres accentuées m'a paru suffisamment mineur pour l'accepter volontiers.
Je n'ai aucun souvenir de pourquoi je n'ai pas opté pour le QWERTY US international, je ne sais plus si je l'ai considéré et rejeté ou si je n'étais même pas au courant de son existence.
La touche Compose m'a ouvert ensuite la possibilité d'entrer tout un tas de
caractères fort opportuns, comme les guillemets « et », l'espace
insécable , les tirets, les chiffres indicés et exposants, les flèches,
etc.
Depuis cette époque j'ai donc utilisé une disposition QWERTY US standard, avec la touche Compose placée sur CapsLock, sans aucun regret.
Échec de panachage
Je n'ai jamais vraiment vécu dans un environnement où l'utilisation d'une disposition de touches alternative à l'AZERTY soit valorisée socialement. Je sais qu'il y a des cercles qui valorisent que le QWERTY, notamment l'école 42 (au moins à une époque), et j'imagine qu'il y a des cercles très sensibilisés à l'ergonomie, mais je ne les ai jamais connus personnellement.
Je ne cherche pas à me distinguer, et il n'y a aucune raison interne ni externe pour que je veille revendiquer mon utilisation du QWERTY au lieu de l'AZERTY.
Tout ça pour dire que j'ai essayé un certain nombre de fois de faire cohabiter le QWERTY et l'AZERTY dans ma tête, ne serait-ce que pour pouvoir utiliser confortablement un ordinateur partagé ou fournit par un client sans être obligée de devoir revoir la configuration.
Ça n'a pas marché.
Il paraît qu'il y a des gens qui arrivent à passer mentalement d'AZERTY à QWERTY, et peut-être d'ANSI à ISO ; j'ai rencontré dans ma vie plusieurs personnes qui prétendaient en être capable.
Ce n'est pas mon cas.
À chaque fois que j'ai essayé de basculer, pendant au moins cinq à dix minutes mes doigts hésitent entre les deux configurations, et ensuite des erreurs persistaient encore plusieurs heures, voire quelques jours.
Donc si c'est juste pour passer deux minutes sur un autre poste, c'est un coût prohibitif par rapport au changement de configuration.
Je me demande parfois si ça pourrait être une question d'entraînement, et si en m'acharnant à passer de l'un autre l'autre je ne pourrais pas arriver à avoir moi aussi ce switch mental.
Je n'ai jamais eu le courage d'essayer.
Les switchs Topre et les touches en PBT
Comme je l'avais écrit il y a un peu plus de onze ans, dans mon billet à propos de mon clavier RealForce, jusqu'en 2014 j'utilisais des claviers quelconques à pas cher.
Il y a des rares moments dans la vie où une nouvelle expérience bouscule une échelle d'évaluation d'une catégorie d'objets, parce que cette nouvelle expérience est tellement au-delà de tout ce qui pouvait être imaginé avant de la vivre.
Popov (de #gcu) qui me fait essayer son clavier RealForce a été un de ces moments pour moi.
J'avais conscience de l'existence des claviers mécaniques, mais aucun des essais que j'ai faits ne m'avaient convaincue. Je sentais la différence entre un clavier pas cher et un clavier de qualité, mais pas au point de m'en rendre compte quand je pense à autre chose (par exemple à ce que je suis en train d'écrire).
Je ne sais toujours pas s'il y a quelque chose de spécial dans l'interaction entre les switchs Topre et les touches en PBT, ou si c'est seulement l'accumulation des deux, mais cette expérience m'a fait changer tous mes claviers et détester tous les autres claviers.
Au fil des années, la magie de cette expérience tactile s'est émoussée, et ça fait depuis longtemps que j'arrive à supporter l'utilisation de claviers quelconques ; je continue de ressentir la supériorité tactile de ces claviers mais ce n'est plus transcendamment au-dessus des autres.
Cela dit, encore aujourd'hui, je tape ces lignes sur le même clavier RealForce que celui du billet (qu'on peut voir dans le fond de deux entrées de mon photoblog), et j'ai sur mon bureau de travail le HHKB pro qu'on voyait déjà dans mon inventaire en 2018. C'est dire à quel point ces claviers sont robustes.
Les non-sujets
Au fil des décennies, j'ai été confrontée à deux arguments majeurs pour changer de disposition et/ou d'affectation des touches :
- la vitesse de frappe,
- les troubles musculo‐squelettiques, que j'ai tendance à abréger par RSI.
Vitesse de frappe
Je n'ai que faire de la vitesse de frappe parce que je ne suis jamais sentie limitée à ce niveau. Je n'ai pas d'emploi de secrétaire, je n'ai pratiquement jamais eu besoin de faire de transcription (et les rares fois où j'ai essayé, ma vitesse de frappe spontanée s'est révélée suffisante), et l'écrasante majorité des choses que je tape sont inventées extemporanément, et c'est la vitesse de mon cerveau qui est le facteur limitant.
À quoi bon être capable de taper 200 mots par minute quand on n'en conçoit pas plus de quelques dizaines ?
Il me semble quand même intéressant de préciser que c'est un peu facile de se croire détachée de la vitesse de frappe quand on n'en manque pas, et les évènements récents dont je parlerai dans un futur billet me l'ont violemment appris.
Pour mettre des nombres sur tout ça, ces jours-ci je tape typiquement sur 8 touches par seconde, avec une précision de l'ordre de 96 à 98 %. Voici un exemple représentatif sur MonkeyType :

J'ai évidemment beaucoup moins que ça en texte libre, aussi bien en vitesse qu'en précision. Comme dit, c'est le cerveau qui limite la vitesse, donc ce n'est pas une surprise, mais j'ai l'impression d'utiliser Backspace beaucoup plus souvent qu'une fois sur trente. D'un autre côté ce n'est peut-être qu'une impression, puisque j'ai compté sur ce paragraphe entier, et je n'ai effacé que six caractères, en trois groupes, alors que ce paragraphe en compte 461.
À titre de comparaison, le premier jet de cet article (sans ce paragraphe) contenait 17 139 caractères, qui ont été entrés en 14 482 secondes (conception, recherches, et corrections comprises), soit environ 1.2 caractère par seconde en moyenne. Avant de mesurer, je m'attendais à une différence beaucoup plus grande entre ces deux vitesses.
Troubles musculo‐squelettiques
Le risque de RSI est quelque chose qui me touche beaucoup plus, mais ça fait (beaucoup) plus de vingt ans qu'une écrasante majorité de mes heures éveillées sont passées devant un clavier, et je n'en vois toujours pas le moindre signe.
J'ai tendance à penser que ma façon de taper, acquise de façon complètement spontanée et non-académique, me protège du risque de RSI, peut-être au détriment de la vitesse (dont je n'ai que faire).
Mes poignets sont toujours dans le prolongement de mes avant-bras, et ce sont les avant-bras entiers qui bougent pour que mes doigts puissent atteindre les différentes parties du clavier. J'ai un point de contact entre le bureau et la base de l'avant-bras près du coude, et ça fait office de pivot pour déplacer mes mains suivant des arcs de cercle.
Avec mes mains au repos, j'ai le majeur droit qui va de la touche V à la
touche Pause (au-dessus des flèches), et le majeur gauche qui va la
touche N à la touche tout en haut à gauche du bloc principal (` en
QWERTY ou ² en AZERTY).
Je suis très attentive à l'état de mon corps, et si j'avais ressenti la moindre gêne ou douleur quelque part dans mon poignet ou dans mes doigts, j'aurais remis en question tous ces choix de vie.
Et plus les années d'utilisation intensive de clavier passent, plus j'arrive facilement à croire que je suis protégée, pour une raison ou pour un autre.
Les vents du changement
Si la situation est aussi rose que ce que j'ai décrit ci-dessus, pourquoi changer ?
Je ne sais pas trop, et ça fait partie des choses qui me contrarient un peu.
Razer Tartarus
Je soupçonne que cette histoire commence avec mon acquisition d'un Razer Tartarus, en automne 2022, pour jouer à World of Warcraft.
J'ai plusieurs camarades de guilde qui conseillent à qui veut les entendre d'utiliser un « pad » de ce genre. Ils ont des appareils Logitech, qui ne sont plus produits, et au moment où je m'y suis mise il ne restait plus que Razer sur ce marché.
J'ai longtemps résisté, parce que je ne voyais pas ce que ça pouvait apporter de plus que mon clavier préféré.
Je ne me souviens plus exactement ce qui m'a fait craquer, mais le fait ce soit un appareil d'occasion pas trop cher a joué.
Et ça a été un autre de ces moments dans ma vie où je découvre une expérience que je ne pouvais pas imaginer avant de la vivre.
Concrètement, ce qui fait toute la différence, c'est d'avoir les flèches sur le pouce, alors qu'un clavier normal ne propose que la barre Espace et les modificateurs. C'est facile à décrire comme ça, ça donne accès à une quinzaine de touches de sorts en parallèle des flèches, mais l'impact sur la forme du jeu résiste à la mise en mots.
Résultat, j'avais l'air maligne, à dépendre à ce point d'un objet à la durée de vie incertaine et qui est sur un segment de marché en train de péricliter.
J'aurais pu juste en acheter un deuxième et le garder en réserve au cas où, mais ça me semblait plutôt cher pour ce que c'est. Et puis je me demandais si je ne pourrais pas trouver une alternative à la fois plus durable et utilisable au-delà de seulement World of Warcraft.
C'est comme ça que j'ai commencé à regarder en détail ce qu'il existe du côté des claviers scindés, dans l'espoir de trouver un périphérique d'entrée généraliste qui permette de jouer avec les déplacements sur le pouce gauche.
Les résultats sont super décevant : ça n'a même pas l'air d'exister. Il y a toute une variété de formes de groupes de touches à mettre sous le pouce, il y a même des touchpads et des trackballs, mais je n'ai pas trouvé la moindre croix directionnelle.
Ergo-L
Je n'ai plus aucun souvenir de comment j'ai découvert Ergo-L, ni de comment je me suis retrouvée à avoir envie d'y passer.
La découverte est probablement sur un stand de Capitole du
Libre 2023, ou dans les flux agrégés sur #gcufeed.
Je me souviens que j'y ai vu plusieurs personnes qui partagent leurs
dispositifs ergonomiques, et le journal du hacker a partagé en
novembre 2024 les principes d'optimisation derrière Ergo-L
(mais je ne sais pas du tout si je l'ai lu à l'époque).
L'expérience du passage d'AZERTY à QWERTY a exclu immédiatement l'idée d'utiliser Ergo-L sur un clavier ANSI ou ISO, mais si je passais à un clavier scindé (par exemple parce que j'en trouverais un avec un pavé directionnel au pouce), j'aurais toute ma mémoire musculaire qui serait purgée, et je pourrais en profiter pour utiliser une nouvelle disposition des touches.
Encore maintenant, je ne suis pas trop sûre de ce qu'Ergo-L apporte sur mon QWERTY habituel. Le plus évident est touche magique qui permet d'avoir les lettres accentuées en deux frappes, alors que ma solution à base de Compose en demande trois, mais c'est un peu léger. J'ai plusieurs fois regretté que mes séquences Compose ne contiennent aucune façon d'obtenir les lettres grecques, mais en vrai ça ne me manque pas si souvent que ça.
Ou c'est peut-être juste la façon la plus directe d'avoir toute la ponctuation que je veux dans les dix colonnes des claviers scindés minimalistes que j'ai choisis.
La vitesse d'entrée
C'est encore un autre élément dont je n'arrive pas à retracer le chemin dans mes pensées, mais il y a eu une certaine remise en question de l'idée selon laquelle je n'ai rien à gagner à être capable d'entrer du texte plus rapidement avec un clavier.
Encore maintenant, ce n'est pas plus qu'une remise en question, je n'ai pas encore de réponse.
Je ne serais pas surprise que cette remise en question vienne de la lecture de Dan Luu sur la productivité et la vélocité, parce qu'il attaque précisément l'idée que j'avais avant de découvrir l'article, et je suis plutôt d'accord avec ses arguments, au moins qualitativement.
D'un autre côté, quantitativement sur cette question en particulier, je ne suis pas sûre du tout qu'il y ait le moindre « retour sur investissement » dans ma vie si je pouvais entrer du texte plus rapidement, et je ne suis pas sûre du tout non plus de pouvoir sensiblement améliorer la vitesse d'entrée en changeant de clavier ou de disposition des touches.
D'ailleurs je ne sais pas si ça vient de Dan Luu, mais j'avais conscience de l'importance de la nuance entre vitesse de frappe et vitesse d'entrée. Je ne suis pas sûre de pouvoir gagner beaucoup de vitesse sur les mouvements physiques ; je n'avais pas encore mesuré les 8 touches par seconde, mais ça me semblait déjà honorable. J'avais l'impression d'avoir beaucoup plus à gagner sur la précision, pour réduire mon utilisation de la touche Backspace et rapprocher mon nombre de caractères par seconde de mon nombre de touches par seconde (encore une fois, avant d'avoir fait la moindre mesure).
Et tout ça est encore plus brouillé par le fait qu'au moment d'écrire ces lignes j'ai déjà évolué sur cette question, mais ce billet essaye de reconstruire mon état d'esprit juste avant d'acheter mon premier clavier scindé ; les enseignements de l'utilisation de ce clavier sont pour le prochain billet.
L'étincelle
Tout ce que j'ai décrit jusque-là ne fait que construire un climat d'instabilité, il en faut plus que ça pour franchir le pas. Comme avec la tentation cycliste, je ne cède pas à la légère.
Une contribution majeure a été la série Halcyon de splitkb.com, qui cumule les avantages de venir de l'espace Schengen (à une époque où les incertitudes sur le commerce international sont prégnantes), d'offrir plus de flexibilité que les claviers industriels (comme ZSA ou Dygma), sans pour autant obliger à sortir le fer à souder (l'assemblage en lui-même c'est juste chiant, j'ai surtout peur du diagnostic et des corrections des inévitables erreurs).
Mais ce qui a vraiment fait basculer les choses, et transmuté la frustration du « et si…? » en frustration du « et maintenant…? », ce sont l'exemple et les discussions avec un collègue utilisateur d'ErgoDox.
Conclusion
Voilà comment je suis partie d'une situation stable et confortable, en paix avec mes choix de clavier, pour me retrouver dans le maelstrom d'instabilité et d'incertitude que je vis aujourd'hui.
Je ne regrette pas (encore) d'avoir essayé les claviers scindés et Ergo-L, mais je suis bien en peine de tirer une conclusion ou une marche à suivre de ces expériences. Pourtant je suis déjà copieusement saoulée par cette situation (qui devrait être) transitoire.
J'essaye de noter soigneusement ces expériences, pour pouvoir en faire un billet précis et étayé, mais je suis encore incapable de prédire si le prochain billet sur le sujet annoncera que j'aurai tranché, ou si sera un nouveau billet d'étape intermédiaire sur ce chemin beaucoup trop long et tortueux pour mon goût.
Mise à jour : c'est un billet intermédiaire, Séparation à l'essai, et ça a l'air toujours aussi long et tortueux et je voudrais juste pour conclure dans un sens ou dans l'autre.
Publié le 31 août 2025
Tags : Autoexploration Goûts Jouets
Un kilo-ien plus tard…
Alors que je trie mon millième ien, je me dis que c'est un moment comme un autre pour se tourner vers l'arrière et regarder le chemin parcouru.
Motivations initiales
J'ai déjà décrit tout ça en détail dans mon billet iens en vrac et à l'unité, mais en résumé fin 2023 j'ai fait le constat que j'accumule n'importe comment des liens à regarder plus tard, et j'ai développé une application qui les range dans une base de données.
Le but de cette application était donc ostensiblement de mieux organiser les articles que je garde pour plus tard et de noter quelques conclusions après les avoir dépilés.
Cependant le contexte qui a lancé cette application était quand même le constat que je gardais (beaucoup) trop de liens « pour plus tard » sans ce que ce « plus tard » semble proche d'arriver. Il y avait donc le constat diffus que je gardais plus de trucs que j'étais capable de traiter, et j'espérais que cette application permette de mettre en évidence ce problème et de le résoudre.
J'espérais que la résolution se fasse par les deux côtés :
- que la quantité manifeste de liens accumulés serve de motivation pour en traiter plus, et ainsi augmenter le débit sortant ;
- que l'accumulation manifeste me rendre plus sélective sur les liens que je garde, et ainsi réduire le débit entrant.
En particulier, j'imaginais que le système de tags que j'attache a posteriori aux articles que j'ai lu permette de se faire une meilleure idée a priori de ce qui est pertinent à garder pour plus tard.
Accumulation en un an et demi
Je ne dirais pas que c'est un échec, mais ça n'a pas marché.
Emmanuel Macron
J'ai donc dépilé mon millième ien le 25 juillet 2025, après 572 jours d'utilisation de mon application. Ce qui fait une moyenne générale de 1.75 iens par jour.
À ce moment-là, j'avais 1212 iens enregistrés dans ma base de données, soit une pile‐à‐lire de 212 iens, ce que je trouve énorme.
Et cette pile ne s'est pas faite en un jour, voyez plutôt :

La partie fin 2023 est la pile‐à‐lire initiale pour lancer l'outil, on voit les premières semaines de mise en place en janvier, puis le début de l'accumulation dont j'avais parlé dans le premier billet, puis une stabilisation un peu au-dessus de 50 iens parce que j'ai fait des efforts pour redresser la situation.
Je ne sais pas exactement ce qui a changé à l'automne 2024, mais la pile‐à‐lire a manifestement subi une croissance continue jusqu'en avril 2025, où j'ai à nouveau repris les choses en main, mais encore une fois sans vraiment résorber de dette. Ce n'est qu'à la faveur des congés de juillet que j'ai pu faire visiblement descendre la courbe, comme les deux nettes baisses de 2024.
On retrouve la même chose en distinguant les flux entrant et sortant, avec un lissage exponentiel sur 30 jours, sinon la variabilité d'un jour à l'autre jette des points tout partout sur tout le graphe :

À quelques exceptions près, je n'arrive juste pas à lire suffisamment de iens par rapport à ce que je mets de côté ; au mieux je frôle l'égalité.
La moyenne de 1.75 iens par jour cache une période active, vers 2 iens/j, et un effondrement à l'automne plutôt vers 1 ien/j, avant de remonter péniblement jusque vers 1.5 iens/j.
Et pendant ce temps, je relève environ 2 iens par jour qui ont l'air intéressants.
La conclusion est implacable : des iens bien rangés dans une appli' ne m'incitent pas tellement à lire plus, ou du moins pas durablement, et ils ne m'incitent pas non plus à être plus regardante sur ce que je mets de côté.
L'explication est assez simple : l'application a une place dédiée dans mon tmux principal, donc je n'y accorde d'attention que lorsque j'y vais volontairement, lorsque j'ai du temps libre à y consacrer. Donc le débit sortant est largement déterminé par des circonstances qui me sont extérieures, peu importe la taille de la pile‐à‐lire. Et pendant que je dépile #gcufeed ou Bluesky, je n'ai pas l'application sous les yeux, et je mets de côté indépendamment de la taille de la pile‐à‐lire.
D'un autre côté, les variations de débit vont globalement dans le même sens, donc je dois avoir quelque part une intuition de la quantité de ressources temporelles que je peux y consacrer ; il faudrait juste une meilleure calibration. Ou plus de temps libre, puisque les courbes semblent se rejoindre quand les deux sont suffisamment hautes.
Le fait d'avoir pour chaque ien sa date de création et sa date de tri permet de faire des graphiques sur le temps passé dans la pile‐à‐lire, mais je n'ai rien trouvé à en sortir que je ne sache pas déjà. Dans l'ensemble je dépile majoritairement des iens récents, et très rarement je vais fouiller dans les vieux iens, et c'est encore plus rare depuis l'effondrement d'automne.
Si vous avez des idées intéressantes d'analyse de ces données, n'hésitez pas à me faire part de vos suggestions, j'ai l'impression que je suis loin d'avoir vu tout ce qu'il y a à en tirer.
Rangement des iens
Je vais commencer par le positif : je ne m'attendais pas à ce que cette application me soit aussi utile pour retrouver des articles passés.
Par rapport à l'ancien système, où après lecture il ne restait globalement plus que des informations dans ma tête, la combinaison des mots-clés dans l'URL et dans la petite description que j'écris me permettent de retrouver des références à partir du vague souvenir que j'en ai, et ça m'a plusieurs fois été très précieux.
En revanche, le système de tags que j'avais mis en place pour aider au rangement c'est révélé être une grande déception.
Tels qu'ils existent aujourd'hui, ces tags mélangent quatre types d'informations assez différentes :
- l'endroit où j'ai vu l'article,
- l'intérêt que j'ai trouvé (personnellement) à sa lecture,
- les thèmes de fond qui y sont abordés (comme l'IA ou la politique),
- des caractéristiques générales de l'article (comme le fait qu'il soit très court, qui raconte une histoire, ou que ce soit une référence relativement intemporelle).
Malheureusement, l'attribution (manuelle) de ces tags me semble tellement pourrie que je me méfie de toute information que je pourrais en extraire. Parfois ils m'aident à retrouver un article dont mon souvenir est trop vague pour donner des mots-clés utiles, mais je pense qu'un BM25 du texte me rendrait plus de services.
La source
Les tags source sont les plus fiables, parce qu'ils représentent une réalité objective enregistrée pour chaque entrée, mais ils sont aussi pratiquement inutiles tout seuls.
J'avais choisi de les inclure dès le début parce que j'avais l'impression que Lobsters est plus proche de mes centres d'intérêt que Hacker News, et je voulais vérifier et quantifier cette impression.
Mon intérêt
Malheureusement, les tags qui représentent mon intérêt font partie de ceux envers lesquels j'ai le plus de doutes.
J'étais partie avec une note sur 5, où un article « normalement intéressant » a 4, un qui m'enthousiasme inhabituellement a droit à 5, alors que s'il y a des morceaux pénibles ça tombe à 3. J'attribue 2 quand l'article dans l'ensemble me semble dispensable, au point que j'aurais préféré ne pas passer de temps à le lire, alors qu'il contient quand même quelques points intéressants. Alors qu'un 1 signifie une perte de temps complète.
Au tout début, j'avais imaginé que mes liens en vrac compteraient comme un 6, genre je suis tellement enthousiasmée que je les partage. Ça n'a tenu que quelques mois, et dès le numéro 11 mes liens un vrac sont un sous-ensemble relativement gros de la note 5.
Le plus gros problème, c'est que ce système de notation n'est pas très informatif, puisque les deux tiers des articles ont un 4 :

Et c'est même pire que ça, parce que je soupçonne que la différence entre un 3 et un 4 dépende plus de mon humeur du moment que des qualités intrinsèques de l'article par rapport à ma subjectivité personnelle.
En y ajoutant le fait que c'est rare que j'arrive au bout d'un article complètement inintéressant, donc en réalité il n'y a vraiment que trois catégories plutôt que six : extrêmement intéressant ou peu intéressant, à 4 % chacun, et commun pour les 92 % restants.
Comme je me suis embêtée à faire la ventilation des notes par sources, je vous partage le graphique, même si je ne trouve pas grand-chose à en dire :

Il y a bien un léger décalage en faveur de Lobsters, mais à ce stade ça pourrait être un biais personnel aussi bien qu'un vrai signal.
Je pense que la différence entre Lobsters et Hacker News est plus flagrante en amont : sur les 106 329 liens qui sont passés sur #gcufeed pendant ces 572 jours, il y en a 40 290 qui viennent de Hacker News, contre 13 200 qui viennent de Lobsters. Donc mon intuition de l'intérêt en ne voyant que le titre a l'air assez bien calibrée.
En passant, maintenant que j'ai sorti ces nombres, je suis étonnée d'être à ce point sélective sur les liens de #gcufeed que je suis. Je m'attendais à quelque chose comme 10 %, voire plus, alors que c'est plutôt de l'ordre du pourcent.
Les qualificatifs
Je mélange un peu les tags de fond et les tags de caractéristiques, et ça ne me semble pas très satisfaisant, mais c'est loin d'être ma seule source d'insatisfaction.
Ce qui me déplaît le plus, c'est que je n'arrive pas toujours à penser à tous les tags appropriés, et il n'y a pas vraiment de catégories que je pourrais systématiquement vérifier.
Résultat, si j'attribue un tag à un article, j'ai raisonnablement confiance dans le fait qu'il s'applique (quoiqu'avec les difficultés habituelles des limites floues), mais l'absence d'un tag ne veut pas du tout dire qu'il ne s'applique pas.
Je n'ai donc pas l'impression de pouvoir tirer de conclusion des populations de tags.
En plus pour mon utilisation personnelle, à chaque fois que j'ai essayé d'utiliser les tags pour affiner mes recherches d'un article dont j'ai un vague souvenir, ça ne m'a rien apporté, et dans beaucoup de cas ça m'a même ralentie, en comptant sur un tag qui n'était finalement pas là.
La publication
Après avoir tellement critique ce système de tags, on pourrait raisonnablement le penser condamner. En tout cas pour mon utilisation personnelle, les tags ne méritent pas l'effort de les poser.
Cela dit, les tags sont publiés dans mes flux Atom, sous forme de catégories, et ils sont peut-être utiles à quelqu'un qui suivrait ces flux. J'invite donc cette éventuelle personne à se manifester, parce que ça me demande suffisamment peu d'effort pour consentir à entretenir le système actuel s'il sert à qui que ce soit.
Et si vous avez des idées pour l'améliorer, je suis toute ouïe.
Appel au public
Dans tout ce qui précède, j'ai bien détaillé tout ce que fait pour moi mon gestionnaire de iens. C'est avant tout une application pour moi, qui a ses défauts, mais qui remplit un rôle précieux dans l'organisation des informations que je choisis de suivre.
Il y a des sous-produits que sont les flux Atom des iens dans ma pile‐à‐lire, des iens lus et classés, et des iens tellement bien qu'ils sont ou seront dans un billet « en vrac ». Ces flux ne me servent à rien, puisque j'ai tout ça dans l'application.
Je fais donc appel à vous, cher public, sur l'intérêt et les éventuelles évolutions de ces flux. Y a-t-il au moins une personne qui se sert de l'un de ces flux ?
Ils me demandent tellement peu d'effort, qu'une seule personne utilisatrice suffirait largement à justifier leur existence, mais s'ils n'intéressent littéralement personne, ils risquent de disparaître la prochaine fois qu'ils réclament mon attention.
Et si quelqu'un s'en sert, est-il ou sont-ils satisfaisants ? Puis-je faire quelque chose pour faciliter leur utilisation ? Les tags ou catégories ont-elles le moindre intérêt ?
Dans un certain sens, les billets En vrac sont aussi des sous-produits de l'application, et le dernier commentaire de Balise est une indication suffisante pour que je préserve cet aspect de l'application et de mon weblog.
Publié le 31 juillet 2025
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