En vrac 7

Une nouvelle fournée de liens en vrac est cuite ☺

Publié le 2 octobre 2022

Tags : En vrac

Je ne suis pas écologiste, mais…

Le titre pourrait donner l'impression qu'il s'agit d'un article de Natologie parce que c'est comme ça qu'il a débuté, mais l'air du temps me fait douter de la pérennité des affirmations qu'il contient, donc je le publie dans ma section weblog dont le contenu périme naturellement.

Pour les éventuels visiteurs du futur qui tomberaient sur ce texte, l'air du temps c'est la France qui sort d'un été marqué par une sécheresse et des canicules inhabituelles, et des feux de forêt inhabituellement présents dans l'espace médiatique ; et avant un hiver qui inquiète largement (au moins autour de moi) en raison d'une inflation inhabituelle combinée à des annonces de difficultés d'approvisionnement énergétique.

Il y a donc une certaine effervescence autour des concepts écologiques et économiques, et j'ai un peu peur que ce billet se fasse remarquer par des marchands de haine au point de me faire regretter sa publication, mais si vous lisez ces lignes c'est que je n'ai pas succombé à la tentation de l'autocensure (je me contenterai peut-être seulement d'« oublier » de l'annoncer sur Twitter).

Ce billet s'inscrit dans des réflexions plus générales sur les étiquettes que les humains revendiquent et se collent entre eux, et mes difficultés avec ces étiquettes ; mais ces réflexions ne sont pas encore bien sèches, donc ça restera en filigrane dans ce billet.

Le résumé exécutif de ce billet est que je rejette l'étiquette « écologiste » parce que – jusqu'à présent – les attributs que j'ai trouvés corrélés avec cette étiquette me semble inutiles ou contre-productifs, que ce soit pour la cause environnementale ou pour d'autres valeurs que je chéris. Je m'en vais donc énumérer ces attributs et les démonter expliquer en quoi ils ne me reviennent pas.

Le monde d'après

Lorsque les gens parlent de « prise de conscience collective » de la population française, ou prédire que maintenant, cette fois, plus rien ne sera plus comme avant, je retrouve un sentiment familier, que j'ai déjà documenté sur ce présent weblog dans le billet Après la crise.

Ce billet date du printemps 2020, au début de la Grande Pandémie, et je trouve un peu triste de pouvoir reprendre presque exactement tout son contenu aujourd'hui, en remplaçant juste la crise sanitaire par une crise énergético-économique.

Et c'est d'autant plus triste que mes prédictions de l'époque sont déjà largement réalisées. Le « monde d'après » ressemble beaucoup au « monde d'avant », les services publics sont toujours en ruine, le personnel « essentiel » est toujours exploité sans gratitude, il n'y a pas eu de politisation généralisée, les élites ont eu suffisamment de pouvoir pour empêcher les catastrophes dans le système, et la voiture s'est arrêtée au feu rouge pour nous laisser passer.

Il reste quelques cicatrices de cette crise, comme le fait de ne plus être vu comme un monstre quand on porte un masque chirurgical en public (j'avais essayé 2018, tout le monde m'a rapidement fait passer l'envie de réduire le potentiel de contamination).

La plupart des cicatrices me semblent cependant être plutôt des lignes de fragilité qui ont cédé. Je l'avais romancé dans Becoming, et dans Après la crise j'ai utilisé la métaphore géophysique du tremblement de terre qui résulte plus de l'accumulation de tensions tectoniques que du déclencheur lui-même. Par exemple, dans mon domaine professionnel, il y avait depuis très longtemps une demande de télétravail piétinée par l'encadrement, et si cette résistance n'avait pas été sapée par la crise sanitaire, ça aurait été par autre chose, au pire le renouvellement générationnel.

Et donc aujourd'hui encore, devant une nouvelle crise annoncée, je parie plus sur une victoire de l'immobilisme, tant qu'il n'y a pas de catastrophe pour l'arrêter. Et je continue de trouver tristement improbable les autres alternatives, si désirables soient-elles.

La prise de conscience

Il y a en plus quelque chose qui me gêne particulièrement dans tous les discours qui parlent d'une « prise de conscience après cet été ». Et la façon la plus courte de le décrire est qu'ils ne donnent l'impression de dire que les gens sont cons sans oser le dire comme ça, et j'ai déjà longuement écrit sur le fait que les gens ne sont pas cons.

Vu d'ici, la principale raison pour laquelle je ne crois pas du tout à une « prise de conscience après cet été », c'est qu'il n'y a pratiquement pas de conscience à prendre : ceux qui savent qu'on court au-devant de gros problèmes environnementaux n'avaient pas besoin de cet été pour le savoir, leur conscience était déjà prise avant, et pour ceux qui se voilent la face les évènements de cet été sont trop dérisoires pour entamer cette armure mentale (sauf peut-être pour la toute petite minorité personnellement touchée).

J'imagine bien qu'un certain nombre de gens aimeraient bien que des évènements spectaculaires servent à convertir des incroyants à leurs dogmes, mais je n'ai vu ce genre de choses marcher que dans des histoires, mais jamais dans la réalité, et surtout pas à grande échelle et dans une surabondance de prédicateurs en concurrence.

Je ne suis pas une athée virulente, et je suis prête à concéder des bienfaits à la spiritualité pour certaines personnes et la nécessité d'acquérir une morale d'une façon ou d'une autre ; mais je suis extrêmement réservée envers les religions organisées, et encore plus lorsqu'elles se mêlent du pouvoir séculier.

J'ai déjà parlé de mon rejet du fond des tripes de l'écologie religieuse, et ça ne s'est pas arrangé depuis.

Les marchands de conscience

Je ressens beaucoup de mépris envers les marchands de haine, car ils sont à mes yeux purement néfastes. Pour moi une société idéale est sans haine, et moins haine c'est toujours mieux.

Je n'ai pas de tel a priori sur les marchands de bonne conscience, car la mauvaise conscience me semble plus souvent néfaste qu'utile. Je ne la mettrais peut-être pas dans les émotions contre-productives à éradiquer au plus tôt (comme la honte indirecte ou la haine), mais plutôt dans les émotions qui peuvent être utiles mais pour lesquelles il existe des alternatives aussi utiles et hédonistiquement moins chères.

Donc sur le principe, je n'ai pas de problème avec les gens qui payent pour avoir bonne conscience ni avec les marchands qui profitent de ce créneau. Ça fait partie des bienfaits que je concède à la spiritualité.

En revanche, sur le thème de l'écologie, je trouve le marché de la bonne conscience particulièrement méprisable, d'une part parce qu'il gaspille des ressources (surtout la bonne volonté des gens) qui auraient pu être allouées à des choses plus utiles, et d'autre part par les dynamiques de groupe immondes (dont certaines m'affectent personnellement) qui en découlent.

On dirait qu'il y a moyen de balancer des accusations de juste vouloir se donner bonne conscience à n'importe qui : ceux qui ne font pas les trucs inutiles, ceux qui ne font pas les trucs trop difficiles ou impossibles pour eux, ceux qui font des trucs qui ont l'air trop faciles, ceux qui font des trucs trop visibles, ceux qui font des trucs pas assez visibles, etc.

L'écologie performative et le biais d'action

Une tendance que je vois depuis assez longtemps, mais qui me donne l'impression de se renforcer ces dernières années, est de faire de l'écologie une vertu à étaler et d'exclure du groupe tous ceux qui ne font pas les gestes individuels prescrits.

Évidemment, si ces gestes individuels étaient pertinents, je pourrais me faire une raison ne me disant que la fin peut justifier les moyens. Ce n'est malheureusement pas le cas, les gestes individuels les plus visibles sont généralement les plus négligeables, l'exemple le plus flagrant étant toutes les discussions autour de l'éclairage.

Je ne sais pas mesurer dans quelle proportion, mais ces gestes visibles mais négligeables sont en fait néfastes lorsqu'ils remplacent des gestes plus utiles.

Je suis peut-être un peu méchante en traitant la plupart des gestes individuels négligeables comme de la vertu ostentatoire pour signaler son appartenance au groupe des « gentils », il y a peut-être dans le cas des fausses bonnes idées qui rencontrent un engouement sincère, ou même juste le biais d'action.

Il y a par exemple tous les « si tous le monde faisait » telle ou telle chose. Si un plan action a besoin d'une prémisse impossible pour avoir un impact positif, ça ne va rien aider dans notre monde. Personnellement je préfère les « si on pouvait violer le second principe de la thermodynamique » plutôt que « si tout le monde le faisait », mais le résultat est le même.

La complexité du monde

Et c'est souvent une bonne chose que tout le monde ne fasse pas ce genre de choses, parce que les effets indirects ont de bonnes chances de ruiner tous les bénéfices que ces actions pourraient avoir. J'imagine la catastrophe écologique si tout le monde se mettait d'un coup au vegan, entre les animaux dépendant de l'homme lâchés dans la nature faute de fonds pour s'occuper d'eux, les camions frigo abandonnés pour la même raison et la fuite de liquide réfrigérant qui s'ensuivrait, etc, sans oublier toutes les conséquences indirectes des réactions irrationnelles, et probablement violentes, de tous ces gens dont les conditions de survie dans ce système capitaliste disparaissent soudainement.

Une autre illustration que j'aime beaucoup, dans un article sur un tout autre sujet, est l'argument du dentifrice : le tube de dentifrice que l'on a devant soi dans le supermarché, qu'on peut choisir ou non de saisir pour l'acheter, est en fait déjà payé. Aussi bien sur le plan financier que sur le plan écologique : l'argent pour le produire a déjà été dépensé, et son impact écologique (que ce soit en bilan carbone, en pollution chimique, ou autre) est déjà concrétisé. Quel que soit mon geste individuel dans le supermarché.

Le monde moderne est trop complexe et trop chaotique pour pouvoir facilement évaluer les résultats d'un geste individuel. Réduire ma consommation de dentifrice va peut-être seulement augmenter le nombre de tubes invendus gaspillés, sans aucun effet industriel ou écologique sur la production, et peut-être un léger effet négatif dans la gestion des déchets. Des milliers de personnes qui réduisent leur consommation de dentifrice vont peut-être aussi arriver au même. Des millions de personnes qui réduisent leur consommation de dentifrice vont peut-être avoir un impact sur la production, mais cet impact peut aussi bien être la reconfiguration de l'usine vers un produit plus profitable avec un impact écologique plus mauvais.

Là aussi ça vient d'un tout autre contexte, mais je repense encore à cette remarque d'Anders Tegnell (quoi qu'on pense du personnage), dont une traduction personnelle serait : « je suis profondément méfiant envers les solutions simples aux problèmes complexes. »

Les idéologies nauséabondes

Les dynamiques de groupe toxiques qui propagent les idées écologistes propagent parfois des idées encore plus détestables.

Et je ne pense pas particulièrement au fascisme, déjà parce que je ne maîtrise pas très bien ce que ce terme regroupe, et parce qu'il me semble être plus propulsé par les tendances réactionnaires, qui me semble plutôt anti-écologistes.

Je pense surtout au néo-luddisme et au malthusiannisme, et je ne comprends pas comment ces idéologies ne sont pas rangées dans les mêmes poubelles de l'Histoire que le fascisme (même si ce n'est pas aussi efficace que j'aurais aimé).

Je ne sais pas trop comment l'expliquer tant ça me paraît évident, mais même si on pouvait faire une « décroissance heureuse », ça ne se fera pas en tournant le dos à la technologie, parce qu'il y a besoin de science et de technologie pour réparer, ou au moins gérer, les dégâts qui ont été faits par la technologie.

Quant à la gestion des tailles des populations, le fait que ça a été horrible à chaque fois qu'on a essayé devrait être suffisant, mais on peut y ajouter les projections sérieuses selon lesquelles on a déjà le niveau technique pour gérer le maximum démographique de ce siècle, ou le fait que plus d'humains c'est plus de bonnes idées pour inventer des solutions.

Alors c'est vrai que si on tourne le dos à la technologie, on ne va pas pouvoir nourrir toute l'humanité actuelle, mais c'est une blessure auto-infligée.

Alors on fait quoi ?

Dans les mauvais jours, j'ai envie de répondre « rien ». L'angoisse climatique est une réalité pour moi, je ne plaisante qu'à moitié quand je dis qu'on vit la fin des Soixante-Dix Glorieuses, j'ai le sentiment d'arriver au bout de mon pain blanc et je m'apprête à être nostalgique pour le restant de mes jours.

Le reste du temps, mon émerveillement technologique est intact, je reste plus impressionnée par les infrastructures modernes que par les Merveilles du Monde, et j'ai l'impression que le génie de l'humanité est capable de mettre en œuvre des solutions inespérées s'il n'est pas étouffé par la cupidité, la haine, et le désir de domination de ces congénères.

Mais ces solutions ne seront pas des gestes individuels, ce seront forcément des gestes collectifs, et je désespère un peu de voir la faiblesse des collectifs ces jours-ci. Ce seront forcément des changements profonds, au moins aussi profonds que mettre l'accès à une vaste quantité d'information dans la majorité des poches.

Nous avons bâti un merveilleux réseau ferroviaire, et démantelé une grande partie depuis. Nous avons déployé un réseau électrique, un réseau d'eau potable, un tout-à-l'égout et son épuration, un réseau routier, etc. Nous avons multiplié et diffusé les connaissances par l'écriture, l'imprimerie, le lettrisme, et les télécommunications. Nous avons conçu et distribué des incroyables capacités de calcul. Nous avons déplombé les canalisations et les carburants. Nous avons éliminé les CFC. Nous pourrions éradiquer la famine et la misère si nous le choisissions.

Je trouve chacun de ces exploits plus merveilleux que la Grande Pyramide, et l'ensemble m'impressionne beaucoup plus que toutes les solutions à la crise climatique. Et si vous ne vous retrouvez pas dans ces « nous », il y a probablement des questions à se poser.

Si l'élan écologiste que je constate ces temps-ci ne fait pas long feu, et s'il n'est pas complètement détourné dans du profit à court terme et dans des idéologies néfastes, il peut encore coalescer dans une œuvre collective salvatrice. C'est d'ailleurs pour ça que je publie le présent billet à moitié cuit, au lieu d'attendre pour sortir un « je le savais bien » bien ficelé.

Oui mais concrètement, nous, là, on fait quoi ?

Je ne sais pas du tout quelles seront ces solutions. Je ne sais pas répondre à la question « on fait quoi ? », parce qu'aussi loin que je me souvienne toutes mes propositions, à tous les niveaux d'enjeu, sont tombées à plat et n'ont fait bouger personne d'autre que moi, au point que l'accumulation de ces échecs cuisants m'a conditionnée à ne plus rien proposer.

Je vais me faire violence, pour terminer ce texte sur une note positive. Voici mes propositions de gestes individuels :

Ou s'il ne fallait en garder qu'un, je reprendrais les mots de Quellcrist Falconer dans le livre Carbone Modifié :

Regardez la réalité en face. Puis agissez en conséquence. C'est le seul mantra que je connaisse, la seule doctrine que je puisse vous offrir, et c'est beaucoup plus difficile que vous le pensez. Parce que je vous jure, on dirait que les humains sont câblés pour faire n'importe quoi sauf regarder la réalité en face. Ne priez pas. N'espérez pas. Ne croyez pas aux dogmes centenaires, aux rhétoriques mortes. N'abdiquez pas en faveur de votre conditionnement, vos visions ou votre connerie de sens de… ce que vous voulez. REGARDEZ LA RÉALITÉ EN FACE. PUIS agissez.

Publié le 18 septembre 2022

Tags : Évènement Réflexion Société Vision atypique

Développement Ada sous FreeBSD 13.1

Célèbre dessin XKCD d'un personnage qui s'énerve devant son
écran en disant « Quelqu'un a TORT sur internet ! »

Une fois n'est pas coutume, ce billet ne va contenir que des élucubrations profondément techniques (comme le signale son tag Geek) sur la façon de mettre en place ce qu'il faut pour programmer en Ada sous FreeBSD. Je présente toutes mes excuses à mon lectorat non-technique, qui peut sereinement arrêter la lecture de ce billet ici.

D'un autre côté, je me perds comme d'habitude en explications d'explications, et j'imagine que ce billet peut être accessible aux lecteurs un minimum familiers avec les problématiques techniques informatiques, même sans savoir rien de plus sur Ada et FreeBSD que ce sont respectivement un système d'exploitation et un langage de programmation.

Il y a quelque temps, Stéphane Carrez a publié sur son blog un article qui le même titre que celui-ci. Mon sang n'a fait qu'un tour avant que je sois submergée par l'appel du devoir et que je commence la conception du présent billet.

Je vais donc essayer d'expliquer pourquoi il y a un problème, pourquoi la solution de Stéphane ne me revient pas, la solution que j'aurais choisie à la place, et quelques avantages et inconvénients de chaque approche.

Le problème base : Ada sous FreeBSD

Le fond du problème, c'est qu'Ada est un langage un peu obscur, et FreeBSD est une plateforme un peu obscure aussi, et on ne peut pas espérer faire fonctionner l'un sur l'autre sans l'apparition spontanée de crottes de ragondin.

Pendant de nombreuses années, FreeBSD et DragonflyBSD étaient plutôt en avance sur les autres plateformes un peu obscures en ce qui concerne le support du langage Ada, grâce aux efforts de John Marino pour maintenir en conditions opérationnelles les logiciels nécessaires.

Étant moi-même utilisatrice de FreeBSD et d'Ada, j'étais aux premières loges pour constater l'étendue de ces efforts, et j'en suis encore pleine de reconnaissance.

Je n'ai pas trop suivi quel drama a mis fin aux efforts de John Marino dans l'infrastructure FreeBSD, et je n'ai aucune envie de rouvrir le dossier, mais le résultat est l'arrêt net de la maintenance l'infrastructure Ada dans FreeBSD en février 2017, avec un compilateur GCC 6.3.

Visiblement, il ne restait personne qui ait le niveau et le temps pour succéder à John Marino, GCC a continué d'évoluer de son côté, et FreeBSD du sien, les crottes de ragondin se sont accumulées au point de rendre le tout complètement impraticable.

La solution de Stéphane

Face à ce problème, Stéphane est parti de l'idée que puisqu'il n'y a plus de compilateur pour FreeBSD, il faut en refaire un.

Une difficulté majeure dans la fabrication d'un compilateur Ada pour une plateforme qui n'en a pas, c'est que le compilateur Ada est écrit lui-même en Ada, donc il faut un compilateur Ada pour avoir un compilateur Ada. Quand on n'en a pas, on doit généralement passer par de la compilation croisée, et ce n'est pas drôle du tout.

Si on retrouve quelque part dans une archive un vieux compilateur Ada, par exemple le dernier fait par John Marino, le problème est beaucoup moins imposant. J'imagine que c'est ce qui a permis à Stéphane de s'y mettre, et de finir avec quelque chose qui semble fonctionner.

Je n'aime pas cette solution, et je reste extrêmement réticente à compiler mon propre compilateur Ada pour deux raisons :

Donc d'accord pour recompiler un compilateur, mais seulement si on est dos au mur et qu'il n'y a aucune possibilité.

La solution de Natacha

De mon côté, l'idée est plutôt qu'en fait il y a encore un compilateur pour FreeBSD, il faut juste le retrouver.

Car la raison pour laquelle mon sang n'a fait qu'un tour, c'est que j'ai (un peu) suivi la suite de l'histoire de John Marino. Il a continué à entretenir un compilateur Ada pour des plateformes BSD, au travers de Ravenports. Donc en gros il fait la même chose qu'avant, juste hors de l'infrastructure FreeBSD.

Vu le débit intestinal des ragondins dans ces parages, il me semblait logique de compter sur Ravenports dès que j'en aurais marre des restes de GCC 6.3 dans les ports.

Pour diverses raisons, je ne programme plus trop dans mon temps libre, depuis à peu près l'automne 2017, donc les restes de GCC 6.3 ont eu le temps de bien pourrir et même de disparaître avant que je me bouge sérieusement.

Je me suis bougée sérieusement le 16 avril dernier, j'y ai passé une petite heure (dont un certain nombre de pauses twitter), et puis j'ai commencé à adapter mon code pour ce nouveau compilateur, et je n'ai pas eu le temps d'aller jusqu'au bout avant d'être appelée par d'autres aventures. Donc j'en étais restée à l'impression de « ça va, c'est facile ».

Donc forcément, en lisant le billet de Stéphane, j'ai éructé comme une twitta qui se respecte (pas), et j'ai ressorti quelques lignes sorties de mon historique. Heureusement, le filtre anti-éructation que constitue son bouton Login pour atteindre les commentaires de son blog a permis de calmer la pulsion.

Et tant qu'à répondre à un billet de blog par un billet de blog, autant faire les choses proprement, avec une séquence pas à pas. Et je ne vais pas publier une séquence sans l'avoir vérifiée moi-même sur une machine propre.

Et fatalement, j'ai constaté par moi-même que ce n'est pas si facile.

Ravenports pas à pas

Il y a une première chose qui prête à confusion, c'est que ravenports rassemble deux systèmes qui sont habituellement distincts :

Je ne sais pas trop à quel point le système de ports est difficile à déployer, mais j'ai eu plusieurs échos indépendants plutôt négatifs, donc je peux comprendre qu'en suivant le HowTo qui enchaîne les deux on se retrouve face à une erreur impressionnante qui fasse laisser tomber.

Pourtant en se limitant à l'infrastructure binaire de ravenports, on peut rapidement avoir un compilateur Ada en parfait état de marche. Voici ce que j'ai fait en tant que root :

fetch http://www.ravenports.com/repository/ravensw-freebsd64-bootstrap.tar.gz
tar xvf ravensw-freebsd64-bootstrap.tar.gz -C /
cat >|/raven/etc/ravensw.conf <<-EOF
ABI = "FreeBSD:12:amd64";
ALTABI = "freebsd:12:x86:64";
EOF
/raven/sbin/ravensw upgrade
/raven/sbin/ravensw install gprbuild-primary-standard gcc11-ada_run-standard gcc11-compilers-standard

Pour l'instant ce n'est pas encore difficile, les seules subtilités que j'ai relevées sont la distinction entre le système de ports et le système de paquets binaires, et se retrouver dans la nomenclature des ports et des paquets.

C'est à l'utilisation que les choses sont devenues un peu plus délicates, au point que je me suis embrouillée plusieurs fois. Il y a d'autres gens qui rantent mieux que moi sur les systèmes de build, mais je me suis fait avoir à plusieurs reprises par gprbuild qui utilise des outils incompatibles entre eux, par exemple le compilateur de Ravenports et l'éditeur de lien du système de base de FreeBSD. La confusion est d'autant plus facile qu'on s'est embrouillé à l'étape précédente entre les différents paquets de compilateur qui peuvent être installés simultanément.

Avec les commandes ci-dessus, qui m'ont l'air propres et minimales, on peut utiliser gcc11 et seulement celui-ci au moyen des variables d'environnement PATH et LIBRARY_PATH, en y ajoutant la variable LD_LIBRARY_PATH pour que les outils retrouvent leurs propres bibliothèques.

Imaginons que je veuille télécharger, compiler, et tester un de mes prochets, avec un petit patch ad-hoc pour s'adapter aux compilateurs aussi récents. Ça peut donner ça :

mkdir ~/code
cd ~/code
git clone https://github.com/faelys/natools.git
cd natools
git checkout -b demo 947c004e6f69ca144942c6af40e102d089223cf8
fetch -o- https://instinctive.eu/weblog/0E7/947c004e.patch | patch -p1
PATH=/raven/toolchain/gcc11/bin:/raven/toolchain/x86_64-raven-freebsd12/bin:/raven/toolchain/bin:/raven/bin LIBRARY_PATH=/raven/toolchain/gcc11/lib:/raven/toolchain/x86_64-raven-freebsd12/lib:/raven/toolchain/lib LD_LIBRARY_PATH=/raven/toolchain/gcc11/lib:/raven/toolchain/x86_64-raven-freebsd12/lib:/raven/toolchain/lib /raven/bin/gprbuild -p -XTASK_SAFETY=Intel -P tests
./bin/test_all

J'ai mis les variables dans la ligne de commande pour garantir la minimalité des modifications ; pour une utilisation quotidienne il est logique de les mettre dans un script ou dans son environnement de shell, et LD_LIBRARY_PATH peut probablement être remplacé par une utilisation adéquate de ldconfig(8).

J'ai exécuté ces commandes sur une machine FreeBSD 13.1 vierge (sur le plan Ada), et si ça peut être utile à quelqu'un en voici la transcription.

Les limites de ma solution

Le premier indice que tout n'est pas au mieux, est que la suite de tests de mon projet échoue sur le système cron :

  Section: Cron
    Basic black-box usage                                               SUCCESS
    Delete entry while callback is running                              FAIL
Before wait: expected "(", found ""
After wait: expected "().", found ".."
    Insert entry while callback is running                              SUCCESS
    Simultaneous activation of events                                   FAIL
Expected "12312123", found ""
    Delete entry while callback list is running                         FAIL
Expected "()<>", found "()<"
    Fusion of synchronized callbacks                                    FAIL
Expected "()ABb()A", found "()ABb("
Expected "()ABb()AB()", found "()ABb()ABb"
Expected "()ABb()AB()", found "()ABb()ABb"
    Extension of synchronized callbacks                                 FAIL
Expected "()MTE()T", found "()MTE()TE("
Expected "()MTE()T", found "()MTE()TE("

J'ai essayé d'expliquer ces tests dans leur code source, en résumé le système cron exécute du code à certaines heures, et le test y met du code qui ajoute ponctuellement un caractère à une chaîne commune ou ajoute successivement deux caractères avec une temporisation entre.

Par exemple, quand le test trouve ()ABb( au lieu de ()ABb()A, ça veut dire que le test s'est terminé pendant la deuxième temporisation du motif () alors qu'on devrait être entre le deuxième A et le deuxième B.

Or les temporisations et les synchronisations entre tâches font partie des coins les plus propices aux crottes de ragondins.

Je n'ai pas encore pris le temps d'analyser ces échecs, il peut s'agir de bizarreries de la machine ou de bugs dans mon code, mais vu le passif du compilateur Ada sous FreeBSD, un bug de la runtime n'est pas du tout improbable.

D'autant plus qu'avec certains frankencompilateurs que j'ai produits pendant la préparation de ce billet, j'avais reproductiblement des résultats bien meilleurs sur ce test. Donc les lignes que je présente ci-dessus ne sont peut-être idéales.

Au passage, on peut remarquer que je lance ma suite de tests avec les bibliothèques du système de base, et non pas les bibliothèques de Ravenports. Comme la tradition de GNAT est de faire une édition de liens statique, ce binaire ne dépend que de libc et libthr, mais c'est justement des subtilités dans cette dernière qui peuvent poser ce genre de problèmes.

Un autre détail qui n'aura probablement pas échappé au lecteur attentif, est que je suis loin d'avoir les dernières versions. Au moment de l'écriture de ces lignes, Ravenports propose GCC 11.2.0 pour FreeBSD 12, alors que Stéphane construit son GCC 12 sur FreeBSD 13.

La compatibilité binaire de FreeBSD permet en théorie de faire fonctionner sans problème les paquets binaires FreeBSD 12 sur une base FreeBSD 13, et le retard dans la version de GCC est tout à fait explicable par la chasse aux crottes de ragondin, donc ça ne me pose aucun problème. Je comprends cependant ceux qui voudraient les toutes dernières versions, quitte à les chercher à la source.

Conclusion

Je garde quand même une certaine appréhension envers la régénération d'un compilateur sur une nouvelle plateforme, et je continue de faire plus confiance à John Marino qu'à Ada Core et l'équipe de GCC pour fournir une runtime Ada complètement fonctionnelle sous FreeBSD.

Je reconnais quand même que la solution simple et directe que j'avais en tête était d'un optimisme béat.

D'un autre côté, la mise en place de Ravenports ne m'a pris que 5h20, en comptant les différentes pauses pendant que ça télécharge ou que ça compile, et en comptant toutes les fausses pistes et tous les tests avec les différents compilateurs de Ravenports (mais sans compter les deux heures de rédaction du présent texte, et deux autres heures pour sa traduction). Je soupçonne que ce soit compétitif avec le contenu du billet de Stéphane.

Reste à reprendre toutes mes suites de tests et faire la part entre ce qui est dû à l'évolution du langage, les bugs dans mon code, les incohérences de génération, et les bugs de compilateur ou de runtime.

Publié le 28 août 2022

Tags : BSD Geek

Fiat Lux

Dans une entrée récente de mon photoblog j'ai rassemblé toutes les lampes de poche en ma possession ; je saisis cette occasion de documenter en long, en large, et en travers l'histoire derrière chacune d'elles.

Il n'aura pas échappé au lecteur assidu que dans mon Every Day Carry de 2016, il n'y avait aucune source lumineuse, à l'exception du flash de l'ordiphone, mais il y avait déjà l'idée d'ajouter une lampe de poche. Deux ans plus tard, mon Every Day Carry de 2018 contenait une lampe frontale, mais je n'ai détaillé nulle part ce qu'il s'est passé entretemps.

Je m'en vais rétablir ça derechef.

Dramatis personæ

Les cinq lampes de poche décrites ci-dessous

De gauche à droite :

L'arrivée de la lumière : Olight I3S Eos

Mes souvenirs de 2016 ne sont pas aussi clairs que j'aurais aimé, j'espère que je ne vais pas trop trahir l'histoire.

Je ne me souviens plus du tout par quel concours de circonstances je me suis dit qu'il me faudrait une lampe de poche dans mon sac à main. J'imagine que c'est à force d'en voir dans beaucoup d'EDC étalés sur le grand 'ternet. Et peut-être pour combattre le point unique de défaillance qu'est le « téléphone-à-tout-faire », en ayant une source Lumineuse qui utilise une autre batterie.

J'ai acheté ma première lampe de poche pendant l'écriture de mon billet d'Every Day Carry 2016, au début du printemps. Une toute petite lampe porte-clefs, pour ne pas prendre trop de place, et qui utilise un accumulateur standard pour pouvoir acheter un remplacement n'importe où.

Je n'ai pas beaucoup utilisé cette lampe, mais elle m'a donné une leçon très importante : je n'aime pas du tout les interfaces à tourner. Je comprends l'intérêt, elle ne va pas s'allumer inopinément, mais même pour une utilisation très occasionnelle c'est juste beaucoup trop pénible pour mon goût. Il me faut une interface avec un bouton qu'appuie ou qu'on glisse.

Détails techniques

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Je n'avais pas du tout fait attention à ces détails à l'époque, ni avant ni après l'achat, mais ils sont tellement pénibles à retrouver que je les archive ici.

Cette lampe a un mode stroboscopique et trois modes continus, qui correspondent à trois niveaux d'intensité, nominalement 0.5, 20, et 80 lumens, pendant 60 heures, 8 heures, et 35 minutes. Une intensité lumineuse de 360 cd est jetée à côté sur la fiche technique, en supposant que ça corresponde aux 80 lm ça fait un angle caractéristique de 30°.

Elle démarre sur le mode continu moyen, et dévisser puis revisser rapidement la tête permet de passer du mode continu moyen au mode continu fort, du mode continu fort au mode continu faible, et du mode continu faible au mode continu moyen. Après avoir fait deux cycles dans un temps suffisamment court, on accède au mode stroboscopique.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Ma première lampe sérieuse : ThruNite Ti4T

Moins d'un mois plus tard j'ai donc acheté ma deuxième lampe, avec un bouton à cliquer.

C'est une lampe au format stylo, qui est donc plus volumineuse mais presque plus facile à transporter grâce aux emplacements pour stylo qui se trouvent dans beaucoup de sacs (au moins parmi ceux que je possède).

Une lampe EDC ou le téléphone-à-tout-faire ?

Comme je n'étais pas rebutée par l'interface, j'ai pu la transporter et m'en servir « pour de vrai ». Et j'ai rapidement été convaincue de son intérêt par rapport au flash de l'ordiphone.

Sa première qualité est que la lumière est bien plus douce, orangée plutôt que bleutée. Ça n'a l'air de rien, et ça ne justifie probablement pas tout seul l'ajout d'un objet dans le sac à main, mais c'est un gain de confort sensible.

Sa deuxième qualité, qui est pour moi la plus importante, est la présence de modes, c'est-à-dire essentiellement différents niveaux de puissance (il y a aussi le mode stroboscope, mais ça ne m'intéresse pas du tout).

En particulier, le mode « luciole », vendu à 0.4 lm, est excellent pour voir où mettre les pieds la nuit sans temps d'adaptation pour les yeux. Je ne sais pas si les ordiphones modernes sont capables de réduire l'intensité du flash, mais tous les miens ont l'écran qui est déjà un éclairage trop intense pour la nuit.

Et sa troisième qualité significative est d'éclairer moins large, ce qui permet d'éclairer plus loin. En extérieur le flash peut se retrouver à ne pas éclairer assez loin pour s'orienter, même en mettant plus de puissance, parce qu'un flash doit être large.

En passant, c'est la raison pour laquelle je désespère de voir des lumens partout, qui mesurent en gros la quantité totale de lumière qui sort de la lampe, alors que je trouve plus pertinent l'intensité lumineuse dans chaque direction, idéalement sous forme d'un graphe en candélas fonction de degrés, en supposant une symétrie cylindrique ; et les lumens seraient l'aire sous cette courbe.

Ma première interface de lampe

Je crois que je n'en avais pas conscience quand je l'ai choisie, mais au fil de l'utilisation j'ai beaucoup apprécié la conception de l'interface. Je sais aujourd'hui que j'ai eu de la chance de tomber du (presque) premier coup sur une lampe qui coche toutes mes cases.

D'abord, le mode minimal est facile à atteindre même moins-qu'à-moitié réveillée, pour ne pas se retrouver catapultée dans le réveil complet par un mode fort activé involontairement. En l'occurrence, le mode minimal est celui qui sort par défaut à l'allumage.

Ensuite, cette lampe a une mémoire très courte (une dizaine de secondes), donc je n'ai pas besoin de mémoriser moi-même quoi que ce soit pour prédire son comportement. Je dis ça par opposition aux lampes qui se souviennent du mode dans lequel elles ont été éteintes, pour revenir dans ce mode à l'allumage suivant ; il faut donc se souvenir du mode dont elles se souviennent, sinon c'est une surprise à chaque allumage.

Évidemment, la combinaison de ces deux fonctionnalités fait que quand j'utilise cette lampe en plein jour, je tombe d'abord sur le mode minimal qui ne me sert à rien, avant d'arriver à un mode utile. Je trouve que c'est un prix dérisoire à payer.

Conclusion

J'ai bien aimé cette lampe, je l'ai trimballée partout pendant un peu plus d'un an, et elle a grandement contribué à définir mes goûts sur les interfaces et mes cas d'utilisation.

J'ai (récemment) lu des gens trouver que le mode moyen est un peu faible pour l'éclairage de jour, et que le mode fort chauffe très vite. Je ne me souviens plus si j'avais fait ces constatations, j'ai rarement utilisé le mode fort mais surtout par souci d'autonomie des piles, et je me satisfaisais du mode moyen. Je n'avais pas des masses de base de comparaison non plus.

Détails techniques

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

C'est encore une lampe dont internet a presque oublié les caractéristiques, donc je me les note ici.

Cette lampe a un mode stroboscopique et trois modes continus, qui correspondent à trois niveaux d'intensité, nominalement 0.4, 32, et 300 lumens, pendant 137 heures, 12 heures, et 51 minutes.

Il n'y a pas d'indication officielle, mais quelqu'un a mesuré entre 700 et 800 cd, ce qui ferait un angle caractéristique d'une quarantaine de degrés.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

La découverte de l'angle droit : ZebraLight H53Fw

Les recherches

Je ne me souviens plus du tout pourquoi je n'ai pas considéré la lampe précédente comme ma lampe ultime et je suis restée « à l'écoute du marché ».

C'est peut-être après avoir constaté le manque de mode « mains libres » de cette lampe, car j'ai effectivement beaucoup regardé du côté des lampes frontales.

Dans ces recherches supplémentaires, je me souviens avoir lu que les lampes « sérieuses » sont à base de piles AA, et que les lampes à base de piles AAA se limitent au bas de gamme.

Je ne suis pas sûre d'avoir pris au sérieux cet argument, mais à l'époque je considérais les piles AA comme le standard chez moi, et je n'ai acheté des piles AAA qu'à contrecœur, parce que c'est indispensable pour le format stylo.

Un peu plus tard je suis tombée sur quelqu'un qui vantait les mérites de la marque ZebraLight et des lampes à angle droit. Je ne me souviens plus si j'avais vu d'autres marques qui font des lampes de ce format, pendant longtemps les concepts étaient confondus dans ma tête.

Le principe c'est comme une lampe de poche normale, mais avec l'émetteur sur le côté plutôt que dans l'axe du cylindre. Ça permet d'avoir une lampe hybride, qui se tient aussi bien à la main que sur un bandeau frontal, et qui peut en plus se poser sur une surface plane pour un mode « mains libres » statique.

Cette polyvalence m'a beaucoup intéressée, et même à la main il me semblait intéressant de ne pas avoir besoin d'un angle extrême du poignet ; avec en plus la base de pile AA, j'ai acheté cette lampe auprès de ZebraLight (qui livrait dans le monde entier à l'époque), en août 2017.

Le coup de foudre

J'ai essayé cette lampe et je l'ai immédiatement adoptée.

Elle a tout ce que j'aime dans la lampe-stylo : un mode très basse intensité qui ne réveille pas trop et en accès direct, un mode moyen pour les autres utilisations, et un mode fort pour quand il en faut un peu plus ; et une mémoire pour configurer ces trois modes mais pas de mémoire de sélection des modes.

Avec en plus le format à angle droit, qui a tenu toutes ses promesses et même plus.

Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai en plus découvert les joies de la programmation des différents modes, qui est sympa' mais dont je pourrais me passer, et de l'indicateur de niveau de batterie, dont j'aurais beaucoup de mal à me passer.

J'ai fini par la configurer avec le mode bas à 0.3 lm, le mode moyen à 29 lm, et le mode fort à 267 lm. Je trouvais parfois le mode moyen un peu petit, et je ne me souvenais pas tout le temps que j'avais un mode à 63 lm à portée de main, donc j'ai plusieurs fois utilisé le mode fort en renonçant à l'autonomie, et je l'ai trouvé suffisamment endurant.

Pendant plus de 4 ans cette lampe était tellement la lampe ultime à mes yeux que je n'ai même pas regardé d'alternative.

Je ne fais pas d'encadré technique, parce que ZebraLight a l'air de faire partie de ces rares commerçants qui utilisent des URL pérennes, au point que le lien vers la ZebraLight H53Fw que j'avais utilisé en 2018 est encore valide aujourd'hui (et conforme à mon backup personnel).

Les imperfections

Même si cette lampe est restée ma lampe ultime qui éteint toute envie de remplacement, au fil des années j'ai pu constater quelques imperfections.

L'accès au mode faible

D'abord le mode faible n'est pas si facile d'accès que ça.

Formellement, quand la lampe est éteinte, garder le bouton appuyé passe en mode faible, puis moyen, puis fort, puis reboucle sur le mode faible, jusqu'à ce que le bouton soit relâché pour fixer le mode.

L'accès direct au mode faible se fait donc en appuyant longtemps, mais pas trop longtemps sinon la lampe passe au mode moyen. Il faut quand même appuyer suffisamment longtemps pour que ce ne soit pas interprété comme un appui court, qui active le mode fort.

Je viens de réviser la documentation pour essayer de quantifier cet appui, et « suffisamment longtemps » c'est au moins 0.6 secondes. Il n'y a pas de nombre officiel pour « trop longtemps », mais c'est à peu près 2 secondes après le début de l'appui, ou peut-être 1 seconde après le seuil précédent (donc 1.6 secondes après le début de l'appui).

J'ai connu quelques ratés dans cet appui assez-longtemps-mais-pas-trop. Une fois j'ai appuyé trop longtemps et pris le mode moyen dans les yeux, et depuis la peur d'appuyer trop longtemps me fait appuyer pas assez longtemps. Pour éviter de me prendre cent fois trop de lumière dans la figure, je m'en prends mille fois trop…

Ça ne m'arrive pas souvent, la plupart du temps je trouve facilement le mode faible, mais quand ça arrive c'est très très désagréable.

L'installation dans le bandeau

Je transporte habituellement la lampe sans accessoire ou avec son clip, et je la fixe au bandeau pour la transformer en lampe frontale quand j'en ai besoin.

L'insertion de la lampe dans la pièce de silicone du bandeau est un peu pénible. C'est la contrepartie d'une bonne tenue de la lampe, le bandeau tomberait de la tête bien avant que la lampe tombe du bandeau ; mais plusieurs fois ça m'a fait renoncer au mode frontal, et rester dans un mode moins pratique, à la main ou posée.

L'agrafe

L'agrafe détachable ne peut se mettre que dans une seule position, qui me semble être la moins utile, à l'opposée de la tête. Donc utiliser cette agrafe pour porter la lampe à une poche, à la ceinture, ou au col met la lampe tête en bas, donc avec le faisceau plus loin des yeux et avec le bouton moins facile d'accès, et dans le sens où appuyer dessus dégrafe la lampe (donc il faut à la place pincer la lampe entre le bouton et l'autre extrémité).

Je crois que du coup je n'ai jamais utilisé cette agrafe pour tenir la lampe, mais seulement pour l'empêcher de rouler quand je la pose horizontalement (comme sur la photo).

La force du mode faible

À ce stade c'est vraiment du pinaillage, et je ne l'aurais même pas mentionné si ça n'avait pas joué par la suite, mais le mode faible que j'utilise, présenté comme étant 0.3 lm, est un tout petit trop fort pour moi, et j'ai tendance à couvrir la moitié du faisceau avec mon doigt.

Ce qui ne change d'ailleurs pas l'intensité lumineuse, mais réduit le flux lumineux en réduisant la largeur du faisceau, je ne sais pas trop quelle est la pertinence relative de ces grandeurs, mais peu importe puisque personne ne mesure l'intensité lumineuse des modes faibles.

Le mode juste en dessous est à 0.06 lm, et pour le coup c'est trop faible, je suppose que l'idéal avec cette forme de faisceau serait vers 0.15 lm.

Mes cas d'utilisation

Il me semble à stade intéressant de faire la liste de ce que je fais avec une lampe à angle droit dans mon EDC. J'aurais bien inclus les cas d'utilisation de ma lampe-stylo, mais je n'en ai pas de souvenir assez clair.

Je m'attends à ce que les deux derniers cas soient moins rares dans le futur que par le passé, entre la mode de la sobriété énergétique, la fin de l'énergie bon marché, et la fin des services non-marchands comme l'éclairage public.

L'essai 18650 : SkilHunt H04 RC

Le retour sur le marché

Le problème d'une lampe ultime, c'est que je me mets à en dépendre de plus en plus. Et plus je dépends d'un objet, plus je crains sa perte, et plus je veux m'assurer de pouvoir y faire face, par exemple avec un deuxième exemplaire identique.

La question d'une lampe de poche de secours, pour le cas où ma ZebraLight n'était plus utilisable pour une raison ou pour une autre (usure, panne, vol, casse, etc), a commencé à se poser quand je réfléchissais aux autres duplications dans mon go bag.

À peu près la même époque, j'allais de temps en temps voir les sites des fabricants de produits que j'aime bien, pour voir comment ils ont été affectés par la Grande Pandémie. Ce n'est pas sans déception que j'ai vu que ZebraLight ne vendait plus qu'aux États-Unis, et je n'ai pas trouvé de revendeur européen.

Début 2022, pendant que je terminais mon premier go bag, j'ai vu que la situation ne semblait pas s'arranger, j'ai recommencé à m'intéresser à l'offre de lampes.

Il est de fait que la motivation derrière les évènements qui ont conduit à ce billet se limite au besoin de duplication et de réserve, et c'est une coïncidence complète que ça tombe au moment où l'actualité tourne en boucle sur les risques de coupures de courant l'hiver prochain et sur éteindre des lumières pour afficher une contribution dérisoire.

J'ai passé une quantité déraisonnable de temps sur r/flashlight, et j'ai fini par me laisser convaincre des avantages des lampes à base de batterie 18650, après y avoir réfléchi pendant une quantité tout aussi déraisonnable de temps.

Après avoir bien parcouru le reddit et quelques autres forums, et après une énième déception des résultats des moteurs de recherche, je me suis décidée pour la SkilHunt H04 RC : une lampe à angle droit, avec un mode très faible facile d'accès, un bandeau plus réputé que celui de ZebraLight, un chargeur intégré et une batterie vendue avec, pour débuter simplement dans le monde 18650.

La déception

Mes premières impressions étaient pourtant très positives.

Je craignais qu'en passant d'une pile AA à une batterie 18650, la lampe se retrouve trop grosse et trop lourde, et finalement ce n'est pas du tout le cas. Le sac à main est certes légèrement alourdi, mais c'est négligeable devant son contenu actuel, et je ne le sens pas sans le mesurer.

Le bandeau et son support de lampe sont aussi à la hauteur de mes attentes. Le bandeau lui-même me semble aussi bon que celui de ZebraLight, mais il a en plus une bande rugueuse qui aide au maintien place, le réglage de taille est un peu plus dur (plus pénible à ajouter mais qui bouge moins ensuite).

Le support est en plastique rigide, plus encombrant que celui de ZebraLight, mais il tient fermement la lampe, au point que j'ai à peu près autant confiance en lui qu'en celui de ZebraLight, mais l'insertion et le retrait sont beaucoup plus faciles en ayant l'ensemble devant soi. J'espérais pouvoir faire faire à la lampe des aller-retours entre la main et le front en gardant le bandeau, mais le support est trop dur pour ça.

J'aurais dû regarder de plus près l'interface. Le mode faible est certes facilement accessible par un appui long, et j'apprécie particulièrement le fait que l'appui long qui parcoure les intensités possibles du mode faible est un appui différent de l'appui long qui allume le mode faible, donc on peut se cramponner au bouton pour allumer le mode faible sans aucun risque de s'abimer les yeux. En revanche, la mémoire du dernier mode non-faible utilisé est aussi pénible que je l'imaginais.

Le support magnétique est une idée très intéressante, mais après m'être posée deux minutes pour réfléchir à quand ça aurait pu m'être utile, par rapport au nombre de fois où ça peut être pénible, je ne suis pas sûre que ce soit si intéressant dans ma vie.

Le chargeur USB intégré est certes sympathique, mais ça fait un câble propriétaire de plus à trimballer, c'est moins encombrant qu'un chargeur dédié mais c'est logistiquement aussi compliqué. Et il paraît que ça expose suffisamment la batterie pour allumer de la laine d'acier, même si ce serait plus difficile qu'avec la lampe sur cette vidéo spectaculaire, ça jette quand même le doute.

La vraie déception a commencé quand j'ai essayé de m'en servir dans des situations que j'ai construites pour ressembler à mes cas d'utilisation.

Comme ZebraLight ne communique pas de mesure d'intensité lumineuse ou de détail sur la forme du faisceau au-delà d'un angle total (contrairement à ce que j'ai appelé « angle caractéristique » ci-dessus qui serait l'angle total d'un faisceau de même flux lumineux et d'intensité lumineuse constante égale au maximum du faisceau réel) de 90°, je ne me suis pas trop intéressé à la question, j'ai juste pris l'alternative « floody » dans la gamme H04.

Or ma ZebraLight arrose plus large que cette SkilHunt, à niveau que je n'arrive pas à quantifier autrement que je vois à peu près la même intensité lumineuse dans le mode 0.5 lm de SkilHunt et dans le mode 3.3 lm de ZebraLight. Ça donnerait la valeur absurde de 103° d'angle caractéristique pour ZebraLight, contre 39° pour SkilHunt, alors que la différence n'est pas aussi marquée que ça (le prochain encadré détaillera ces nombres si quelqu'un veut vérifier).

Bref, le « floody » de ZebraLight a bien plus de flood que le « flood beam » de SkilHunt, et ça a deux conséquences pénibles.

D'abord, le mode faible de SkilHunt est bien plus fort que le mode faible de ZebraLight. 0.3 lm sur la dernière était un peu trop fort pour moi, j'imaginais avoir un peu plus fort avec 0.5 lm, mais j'ai l'équivalent de 3.3 lm, ce qui réveille beaucoup trop.

Ensuite, le faisceau est plus étroit que celui de ZebraLight, et ça impacte l'utilisation en lampe frontale à portée bras. J'ai essayé de suivre les câbles dans une baie et de changer une ampoule, ça reste utilisable, mais j'ai besoin d'un mode moyen plus intense pour voir suffisamment bien sur les bords, et ça fait une différence plus grande et un peu pénible entre les bords et le milieu.

Dans tout ça, il n'y a que la force de mode faible qui est rédhibitoire pour une seule de mes utilisations. En dehors de ce cas, cette lampe reste très bien, et beaucoup mieux que rien, mais quand même nettement moins bien que ma ZebraLight.

Détails calculatoires

DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL

Si quelqu'un veut reprendre mes calculs, au cas où je me sois plantée quelque part, je suis partie des valeurs officielles de SkilHunt, de 2800 cd pour 1000 lm, ce qui ferait un angle solide caractéristique de 1/2.8 stéradians, c'est-à-dire qu'une source lumineuse qui envoie 2800 cd uniformément dans toutes les directions d'un tel angle solide, envoie 1000 lm au total.

Un cône a cette valeur d'angle solide quand son demi-angle au sommet est d'environ 0.3388 rad, soit un angle au sommet de 38.8°.

En supposant que je perçoive correctement la même intensité lumineuse quand l'autre lampe a un flux 6.6 fois plus grand, l'angle solide caractéristique est également 6.6 fois plus grand, et avec le même calcul le demi-angle au sommet est d'environ 0.8959 rad, soit un angle total 103°.

FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL

La nouvelle lampe ultime ? ZebraLight H600Fc Mk IV

La pulsion d'achat

Le dernier épisode de cette saga est un peu flou, même si c'est le plus récent. Je n'ai aucune idée de comment ma déception envers la SkilHunt et l'information que nkon.nl vend des ZebraLight en Europe ont cheminé dans ma tête et mes bas instincts pour finir dans une décision d'achat.

Il est de fait qu'à ce moment-là il n'y avait de H53 en stock, et un seul modèle même au catalogue ; et le côté 18650 de la SkilHunt était plutôt positif.

Je continue de me demander si la chimie NiMH a une meilleure longévité que les chimies à base de lithium dans mes cas d'utilisations très occasionnelles, mais j'ai à présent suffisamment confiance dans le format 18650 pour supposer que les batteries de remplacement seront aussi faciles à trouver et entretenir que les AA.

J'ai fait le tour de l'offre ZebraLight, je me suis trouvée assez indifférente entre les différents niveaux de CRI, même si je préfère légèrement les températures plus faibles ; j'ai hésité entre les « flood » comme H604 et les « floody » comme H600F, après avoir rapidement écarté les versions plus « throwy », et je me suis dit le « flood » risque d'être trop handicapant à moyenne portée et pas assez bénéfique à portée de bras.

Donc je suis assez convaincue par les modèles H600Fd et H600Fc, et le second était en stock contrairement au premier.

J'aurais pu essayer de laisser plus de temps à la SkilHunt, puisque je garde une ZebraLight H53Fw complètement opérationnelle. J'aurais pu garder la H53Fw comme lampe principale et garder la SkilHunt comme remplacement en cas de panne ou autre malheur, éventuellement chercher une autre lampe de nuit.

Peut-être que ça s'est joué sur les difficultés à trouver une lampe de nuit : la course effrénée aux lumens me rappelle la course aux grands écrans sur les ordiphones, et ça a l'air aussi dur de trouver en 2022 une lampe capable de sortir 0.1 lm qu'un ordiphone avec un écran de 4 pouces.

J'ai encore essayé de faire cette recherche pendant la rédaction de cet article, aussi bien à coups de Google que de recherches sur reddit et sur parametrek, et c'est bourré de lampes encore trop puissantes pour moi, et en sub-décilumen je n'ai rien trouvé d'autre que ZebraLight, et des modèles d'ArmyTek ou Manker de la même gamme de prix et de complexité.

Le verdict à chaud

Je n'ai pas encore eu le temps de beaucoup utiliser cette lampe, donc je n'ai pas encore vraiment d'avis a posteriori. Ou du moins, pas aussi mûr que les avis que je publie habituellement dans ce weblog.

L'interface est exactement la même que mon autre lampe ZebraLight, donc presque complètement à mon goût avec le même petit défaut d'accès au mode faible.

J'espère qu'avoir mis des nombres sur cet accès m'aidera à échouer moins souvent, parce qu'avec les intensités plus fortes permises par la batterie au lithium, se rater sur le mode faible va être encore plus douloureux.

La taille plus grande pour contenir la batterie 18650 donne une prise en main plus à mon goût, et le poids supplémentaire n'a pas l'air de me déranger, ni à la main ni en frontale.

L'agrafe est réversible, mais je ne suis pas encore sûre de pouvoir penser à l'utiliser, après avoir vécu si longtemps avec une ZebraLight non-agrafable.

Un de ces jours, j'essayerai si le mode 0.08 lm est plus à mon goût pour la nuit que le mode 0.3 lm, maintenant que je me suis suffisamment penchée sur l'interface pour savoir comment le configurer.

J'espérais pouvoir utiliser cette lampe directement dans le bandeau SkilHunt, j'avais lu des commentaires sur reddit prétendant que ça marche, mais la ZebraLight est légère plus fine que la SkilHunt. Ça a l'air de tenir, mais avec trop de jeu pour fixer sa direction. J'essayerai peut-être trouver une cale ou quelque chose pour bénéficier de ce support.

J'essayerai peut-être un jour de magnétiser l'agrafe, on verra si je trouve une utilisation à l'attache magnétique.

Les accessoires

Contrairement à SkilHunt qui vend une lampe avec un chargeur intégré, et avec une batterie en option, pour utiliser la ZebraLight il faut acheter une batterie 18650 séparément, en faisant attention à ne pas prendre un modèle trop grand, et un chargeur pour aller avec.

Après consultation de reddit, j'ai acheté un chargeur Xtar qui fait en même temps batterie USB et qui donne des indications suffisamment précises sur l'avancement de la charge pour pouvoir l'arrêter pas trop loin de l'optimum de stockage.

Parce qu'évidemment, j'ai acheté en même temps des batteries 16850 de rechange, mais il y a trop peu de risques d'en avoir besoin pour les stockées chargées à fond plutôt qu'au niveau de stockage standard.

Conclusion

Voici une énième histoire de je suis allée sur r/flashlight pour acheter une seule lampe, et maintenant j'en ai toute une collection.

J'ai déjà plus de lampes que nécessaire, et plus de batteries que je peux raisonnablement gérer. J'ai une lampe que n'imagine pas utiliser un jour (Olight), une lampe en réserve si un jour je veux en garder une quelque part (ThruNite), et trois lampes susceptibles d'être emmenées avec moi (ZebraLight et SkilHunt).

Je n'ai pas (encore ?) l'intention d'emporter plusieurs lampes avec moi, mais je ne sais toujours pas trop laquelle prendre et lesquelles garder en réserve. La ZebraLight H53Fw a l'avantage historique, la ZebraLight H600Fc est la plus à mon goût, et la SkilHunt mérite des expérimentations pour préciser ses limites.

Je ne crois pas être accro', et je n'ai pas l'intention d'agrandir ma collection, à moins que je finisse par tomber sur une lampe de nuit qui me tente.

On verra bien ce que ça va donner avec le temps…

Publié le 31 juillet 2022

Tags : Jouets

Le bonheur fermier

J'ai récemment rencontré à nouveau un sentiment étrange, alors j'ai saisi l'occasion de l'explorer et le documenter. Et fatalement, j'ai réfléchi dessus, parce que je ne sais pas m'en empêcher (et quand bien même je le saurais, je crois que je ne le voudrais pas), et il me semble avoir trouvé au passage des idées intéressantes.

Les évènements bruts

J'ai une définition assez étroite du mot « ami », et j'ai l'impression que le dévoiement de ce mot sur les espaces numériques a rendu mon concept encore plus strict.

Je considère donc que je n'ai pas beaucoup d'amis, et encore moins de groupes d'amis.

Le groupe d'amis encore actif que je hante depuis le plus longtemps est GCU, ça fait depuis tellement longtemps qu'il y a même encore des traces de drama et de bons moments qui restent dans les archives de ce weblog, avant que j'apprenne à me tenir.

Un membre important de ce groupe est iMil, qui s'est mis au live streaming sur twitch depuis quelque temps. Dans ses derniers streams du mercredi, qui vont encore être disponibles en replay pendant un peu de temps après la publication de cette page, il a fait une rétrospective de GCU.

Habituellement je ne regarde pas de streams, la vidéo ce n'est pas vraiment ma zone de confort, je préfère le texte (et ça m'a un peu rassurée de lire que je ne suis pas la seule), mais pour les amis je fais une exception.

Le craquage

Je m'attendais à ce que cette rétrospective contienne une collection de moments sympa', que j'ai pu vivre directement ou par procuration au travers de la mémoire collective de ce groupe, et que ce serait un très bon moment.

Et c'est bien ce qu'il s'est passé, je suis très contente d'avoir suivi ces vidéos. Je ne peux juger à quel point c'est intéressant pour quelqu'un qui n'a pas de lien affectif avec GCU, parce que l'expérience est trop différence de la mienne, mais moi j'ai beaucoup aimé et j'ai passé un très bon moment.

Il y a juste un tout petit sentiment négatif qui est venu parasiter cette expérience, et je me focalise sur lui non pas pour sa place significative, car elle ne l'est pas du tout, mais pour son côté inattendu.

Et ce sentiment, je l'ai souvent rencontré lors de rétrospectives. Celles qui me reviennent spontanément avaient lieu dans des mariages, mais il a pu y en avoir d'autres.

Ce sentiment, c'est l'impression que ma vie est fade à côté de ce que ces gens ont vécu. Et que c'est ma faute. Que j'ai raté quelque chose.

Il y a évidemment un biais de sélection dans les rétrospectives : on n'y mentionne que les faits les plus marquants, et dans ce genre d'évènements on ne veut que les faits les plus positivement marquants. Une sorte de "best of". Et je sais bien que c'est complètement injuste de comparer le "best of" de quelqu'un d'autre avec son propre quotidien.

Sauf que j'ai tenu compte de ce biais : ce sentiment n'est pas l'impression que mon quotidien, ou ma vie en moyenne, fait pâle figure à côté du "best of" d'iMil ou de la mariée ; c'est plutôt l'impression que mon "best of" est insipide par rapport au leur.

Parce que là, comme ça, dans le temps qu'il me faut pour concevoir, rédiger, et éditer ce billet, je ne trouve pas un seul évènement dans ma vie qui arrive à la cheville de faire un procès à Microsoft, en termes de quantité de joie manifestement ressentie par les participants.

Pourtant au quotidien, choix après choix, j'ai l'impression d'avoir plutôt une bonne vie. Surtout ces jours-ci. Alors qu'est-ce que j'ai pu rater dans ma vie pour arriver à un résultat aussi pathétique ?

J'ai plusieurs fois été accusée de faire dans le misérabilisme, et je ne comprends pas trop comment mes interlocuteurs arrivent à ce genre d'idées. En l'occurrence, cette question m'intéresse surtout pour en tirer une éventuelle rectification de tir pour tirer meilleur parti du temps qu'il me reste en ce monde.

La ferme et la mine

Les évènements étant posés, je vais faire une petite digression conceptuelle sur laquelle je vais m'appuyer ensuite.

Je ne sais plus du tout d'où j'ai sorti cette idée, mais ça me semblait tellement naturel que je croyais que c'était archi-connu, aujourd'hui je ne trouve absolument aucune référence dans mon moteur de recherche préféré.

L'idée générale est qu'il y a deux modèles d'acquisition de ressources : la ferme et la mine.

La ferme, ou l'agriculture en général, correspond à une acquisition lente mais prévisible. On sème des trucs, on fait l'entretien nécessaire, et au bout d'un moment on finit avec plus de trucs, et on peut recommencer. Il y a certes des bonnes récoltes et des mauvaises récoltes, mais la variation entre les unes et les autres n'est pas énorme, surtout par rapport à l'autre modèle.

La mine, ou l'extraction de ressources naturelles en général, correspond à une acquisition rapide mais très aléatoire. On prospecte et on ne trouve rien, on prospecte encore et on ne trouve toujours rien, et on s'accroche à la prospection malgré l'absence complète de résultats, et puis parfois on tombe sur un filon, qu'on épuise plus ou moins rapidement, et il faut ensuite retourner prospecter.

Je ne sais pas trop à quel point ces situations correspondent à l'agriculture et à l'extraction du XXIᵉ siècle, mais au moins par le passé et caricaturalement, je vois assez bien les archétypes qui ont conduit à ces modèles.

Ce que je trouve intéressant, c'est qu'un modèle n'est pas intrinsèquement meilleur que l'autre : la prévisibilité a certes une valeur, mais ça ne dit pas si les gains substantiels du filon suffisent ou non à compenser son imprévisibilité.

En revanche, le manque de prévisibilité ou de régularité aboutit à une gestion complètement différente des ressources, et je trouve que c'est intéressant dans un large éventail de situations d'évaluer si on est en train de faire une ferme ou une mine, et de savoir avec quel modèle on est le plus à l'aise.

J'ai cru que c'était archi-connu parce que je retrouve souvent cette distinction dans les termes dérivés. Par exemple, le bitcoin se mine, parce que la preuve de travail est souvent faite pour rien, comme une prospection infructueuse, et ponctuellement « ça marche » et ça rapporte beaucoup.

À l'inverse les réputations à World of Warcraft se farment, parce qu'elles sont souvent construites en accumulant sur une longue période de temps des petites actions qui rapportent une quantité à peu près fixe de réputation.

Évidemment, ça ne marche pas toujours. Par exemple, encore à World of Warcraft, il y a des gens qui « farment » des objets rares en tuant toujours le même monstre, jusqu'à ce que le hasard fasse que l'objet convoité se trouve dessus, ce qui correspond exactement à ce que j'ai décrit comme « miner ».

La ferme du bonheur

Il se trouve qu'en général dans ma vie, je suis plus à l'aise dans le modèle de la ferme que dans celui de la mine.

Donc presque à chaque fois, je vais chercher une quantité de bonheur prévisible et garantie plutôt qu'aller tenter ma chance pour peut-être avoir, si j'ai de la chance, une quantité inhabituellement grande de bonheur.

Et je suis en paix avec ce choix, je suis comme ça, c'est tout.

Et si on reprend la question des rétrospectives, on peut facilement imaginer que les meilleurs jours des mineurs sont beaucoup plus impressionnants que les meilleurs jours des fermiers. De même que les pires jours des mineurs sont probablement pires que les pires jours des fermiers, et plus nombreux.

J'étais dans la foule autour du stand Microsoft pendant le procès avec GCU, et c'est une occasion qui a beaucoup plus d'éclat et de fun que n'importe quel donjon mythique que je fais avec ma guilde de World of Warcraft. Mais des donjons mythiques, je dois en avoir fait déjà des milliers ; ça a beau ne pas avoir l'intensité d'une parade GCU, c'est un morceau de bonheur sur lequel je peux compter encore et encore et encore, et à la fin l'accumulation ne me semble pas ridicule.

Donc pour revenir à la question conductrice, « qu'est-ce que j'ai raté dans ma vie pour avoir un "best of" aussi insipide ? », la réponse me semble être simplement que j'ai raté des occasions de miner, parce que j'ai préféré m'occuper de ma ferme.

Je ne rendais pas compte en faisant ces choix que ça allait me coûter les rétrospectives intéressantes. Et finalement, je ne regrette toujours pas, sacrifier les rétrospectives pour mon petit champ de bonheur me semble être un petit prix à payer.

Le goût des souvenirs

Il y a quelques années, je ne serais peut-être pas allée plus loin dans ces réflexions. Maintenant que j'ai appris à conduire une moto, j'ai découvert que j'aime ça mais je n'arrive pas à m'en souvenir et ça n'a pas l'air de s'améliorer au fil du temps (et je le répèterai aussi dans le bilan 2021 si je me décide à finir de l'écrire).

Je parle depuis le début de mes rétrospectives insipides, mais il m'a fallu du temps avant de remettre en question leur existence. Et si mon manque de mémoire du plaisir à moto n'était pas limité à cette activité, et touchait aussi mes autres souvenirs ?

Et si les rétrospectives que j'essaye de construire étaient insipides parce que les ingrédients de base sont eux-mêmes insipides, et non pas parce que mon vécu l'est ?

Quand j'essaye de retrouver le meilleur moment de ma vie, je tombe généralement sur la fête surprise qui a été organisée à mon insu pour mes 25 ans, et quand j'essaye de trouver le deuxième meilleur moment je reviens bredouille, incapable de départager une multitude d'ex æquo.

Et en grattant un peu plus, je me rends compte de cette de fête des 25 ans est assez vague émotionnellement, par exemple je ne saurais pas dire quel instant ou quelle période j'ai préféré dans cette journée.

Et maintenant que j'ai la moto pour comparer, je trouve tout à fait possible qu'en fait j'ai peut-être juste mémorisé l'information froide que j'ai beaucoup aimé cette journée, sans mémoriser l'émotion elle-même.

J'en sors donc avec la nette impression que ma mémoire autobiographique est complètement vide d'émotions, positives comme négatives, et que ce fait a été brouillé par une tendance à reconstituer ou ré-éprouver les émotions manquantes, ou à simplement faire sans.

Je ne comprends juste pas très bien comment j'ai pu faire semblant d'être un être humain vaguement opérationnel malgré une telle lacune.

Je me souviens qu'à une époque où je broyais souvent du noir, j'avais lu une théorie selon laquelle les gens « normaux » auraient régulièrement des souvenirs heureux qui leur reviennent en tête, alors que cette fonctionnalité manquerait aux dépressifs. Il y a beaucoup de choses discutables là-dedans, mais j'ai pu constater, et confirmer moult fois depuis, que je n'ai jamais de souvenir positif qui me revient spontanément.

Bref, indépendamment du modèle général de la ferme par rapport à la mine, je trouverais nettement plus d'émotions par empathie avec les gens qui présentent leur rétrospective qu'en allant gratter dans les souvenirs froids qui composent ma propre rétrospective.

Le côté positif de cette conclusion, c'est qu'elle va aussi dans le sens que finalement je n'ai rien raté, et je suis bien comme je suis, en acceptant mes difficultés à faire des rétrospectives comme simplement un autre domaine qui ne fait pas partie de mes points forts naturels.

Conclusion

À chaque fois que j'ai vu passer une rétrospective, j'ai été gênée par l'impression de ne pas en avoir moi-même. Je combats cette gêne en comprenant que mes préférences personnelles sur la façon de vivre ma vie la rend moins propice aux rétrospectives, et qu'une particularité de ma mémoire autobiographique me rend particulièrement mauvaise pour évaluer mes propres rétrospectives.

Maintenant que j'ai trouvé une réalité intéressante derrière la première réponse, je ne peux m'empêcher de me demander s'il n'y aurait pas autre chose d'intéressant derrière la deuxième réponse.

Il faudra cependant attendre la prochaine rétrospective que je rencontre pour vérifier si je peux l'apprécier sans rencontrer cette gêne, ou si cette émotion résiste à ma tentative de déconstruction intellectuelle.

Publié le 19 juin 2022

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

Mon premier go bag

Le mois de mai revient, et je continue mon habitude d'en profiter pour faire l'inventaire. La liste des objets que je transporte au quotidien (Every Day Carry) n'a pas trop changé, alors cette année je vais développer la liste des objets que j'utilise au quotidien sans les transporter, sauf en voyage.

Les motivations

Ce billet se trouve dans la continuité de l'esquisse de go bag que j'ai détaillée l'année dernière. Vous y trouverez tous les tenants et les aboutissants, que je vais rapidement résumer ici.

Avant chaque voyage, quelle qu'en soit la durée, je suis toujours hantée par le stress d'oublier quelque chose, et je trouve ça particulièrement désagréable. Au point de chercher activement à lutter contre.

Ce stress me mobilise suffisamment pour qu'il soit très rare que j'oublie quelque chose dont j'ai spécialement besoin pour ce voyage (documents du projet pour un voyage professionnel, cadeau pour aller fêter un anniversaire, etc).

En revanche, j'ai du mal à me rendre compte de tous les objets que j'utilise au quotidien chez moi et qui me manqueraient si je ne suis plus chez moi. J'ai vécu plusieurs oublis particulièrement pénibles de tels objets.

La situation s'est nettement améliorée lorsque j'ai fait une checklist de tous ces objets, publiée en tant que « module 6 » de mon Every Day Carry en 2018.

Si cette liste est très efficace pour éviter les déconvenues après le départ, le résultat est plutôt mitigé sur ma sérénité avant le départ. Il faut quand même faire le tour de l'appart' avec la checklist, pas trop tôt pour garder à leur place les objets dont j'aurai encore besoin avant le départ, et pas trop tard pour ne pas allonger inutilement la période d'anxiété avant d'avoir tout coché.

Le but premier de ce go bag est de contenir physiquement tous les objets dont il est question, de sorte à être toujours pratiquement prête à partir, et normaliser ainsi la situation.

Le cahier des charges est donc qu'en prenant mon sac à main, mon go bag, un stock de vêtements adapté à la durée et aux conditions météo, et les objets particuliers pour ce trajet, je sois prête à partir. Et si j'ai du temps libre avant le départ, passer en revue le contenu du go bag pour enlever ce qui ne servira pas dans ce cas particulier.

Donc par rapport à une checklist abstraite, il s'agit de rassembler tous les objets dans ledit sac, et trouver une procédure pour maintenir cet état (surtout remplacer les consommables avant leur expiration, et choisir entre dupliquer les objets du quotidien pour les avoir à leur place et dans le sac, ou faire du sac leur place).

Il y a un but secondaire, que je ne cherche pas encore à atteindre mais que je garde en tête au cas où je puisse facilement m'en rapprocher : poser les bases d'un sac d'évacuation.

Dans le principe, je trouve que les scénarios des survivalistes sont trop peu probables et les bénéfices d'un sac d'évacuation trop faibles, pour que je me donne la peine d'en concevoir et d'en maintenir un.

Cependant, en considérant des « ruptures de normalité » de plus petite échelle (comme l'incendie ou l'inondation de l'immeuble dans lequel j'habite), et en supposant un go bag déjà opérationnel, l'effort supplémentaire devient raisonnable devant les bénéfices escomptés.

Comme le go bag n'est pas encore opérationnel, cet effort supplémentaire est encore loin dans le futur, mais ce n'est pas une raison pour laisser les efforts présents insulter ce futur.

L'inventaire

L'objet principal de ce billet est de partager le contenu de mon go bag, et pour chaque objet la logistique qui est associée.

L'intérêt pour moi est de prendre du recul sur la situation pour y réfléchir calmement, et pouvoir m'en servir de checklist régulière pour vérifier que tout est à sa place et pour construire une liste d'action pour l'entretien logistique.

L'intérêt pour vous est de constater où j'en suis et éventuellement de me conseiller sur la logistique et l'évolution de cette liste.

J'ai encore choisi une organisation modulaire, non seulement parce que ça aide à organiser les idées, mais aussi parce que les objets sont utilisés à des endroits différents. Il y a donc une pertinence à avoir physiquement des sous-sacs que je peux déployer dans mon lieu provisoire de vie.

Sur la route

Avant d'arriver à destination, il y a des objets utiles pendant le voyage lui-même :

La connectique électronique

J'ai une collection de câbles et de chargeurs spécifiques pour mes jouets électroniques :

Le câble micro-USB sert à charger les jouets qui ont le port correspondant, mais l'adaptateur de l'oreillette est trop petit pour le laisser tout seul, donc il est attaché à ce câble.

Tous ces éléments sont dupliqués et stockés dans le go bag, sauf l'adaptateur de l'oreillette qui est rangé là (principalement par flemme d'en acheter un deuxième, combinée avec un doute sur l'espérance de vie restante pour cette oreillette).

Salle de bains

La trousse de toilette est historiquement le premier sous-sac maintenu dans état « prêt à partir », et je l'ai enrichie récemment après avoir succombé à la tentation du vélotaf.

Table de chevet

Ce module-là a sa place sur ma table de chevet, juste à côté du lit.

Je garde dans ce sous-sac de la place pour des médicaments que j'utilise parfois le soir ou dans la nuit, mais que je ne peux pas ranger dans le go bag.

Imprévus

Ces objets ne sont pas très utiles dans le cadre d'un go bag, mais ils sont les premières briques d'un éventuel futur sac d'évacuation.

À ajouter

Malheureusement il y a des objets qui ne peuvent pas être dupliqué ou mis en rotation, et auxquels je vais donc devoir penser avant chaque voyage :

Conteneurs

Autant je suis assez contente de l'établissement de l'inventaire ci-dessus, et du rassemblement physique de cette collection d'objets, autant la situation des conteneurs est particulièrement fruste : j'ai tout collé en vrac dans une caisse.

Une partie du problème est que la liste n'est pas complètement stabilisée, ce qui aboutit à des variations significatives de volume nécessaire pour chaque sous-sac.

En plus, j'aimerais bien faire quelque chose d'un peu plus malin qu'un bête sac, qui pourrait organiser et peut-être protéger le contenu.

Je n'ai pas avancé non plus sur le conteneur d'ensemble : j'ai plein de sacs à dos, mais ils ne sont pas très pratiques si j'ai déjà quelque chose sur le dos, ce qui est souvent le cas ces jours-ci ; j'ai un sac de sport 25 ℓ qui serait opportun en attendant mieux, mais je l'ai égaré ; j'aurais bien tenté quelque chose qui ressemble à une mallette ou une petite valise, mais ça suppose d'avoir stabilisé la liste des objets et des sous-conteneurs.

Bref, tout reste à faire.

Conclusion

Lorsque j'ai esquissé mon go bag l'année dernière, j'espérais arriver à un état plus mûr un an plus tard.

D'un autre côté, même dans un état aussi peu abouti, je sens déjà le début des bénéfices que j'espérais, et ça m'encourage à persister dans cette voie.

Les prochains voyages seront autant d'occasions de mettre ce système à l'épreuve, et j'espère à nouveau me retrouver avec un go bag stabilisé l'année prochaine.

Un peu comme avec mon EDC, qui a presque plus changé entre 2015 et 2016 qu'entre 2016 et aujourd'hui.

Ensuite on verra peut-être à quel point je serai loin d'un sac d'évacuation urbain (si ce n'est pas un oxymore).

Update : Je n'ai pas pris le temps de faire des photos des différents objets énumérés ici. Est-ce que ça vous manque ? Est-ce que ce serait mieux avec ? Ou le texte aride comme ça n'est pas pire ?

Publié le 31 mai 2022

Tags : Jouets Suite

En vrac 6

Ça fait longtemps que je n'avais plus sorti de liens en vrac, ça commençait à s'accumuler et pourrir…

Publié le 10 mai 2022

Tags : En vrac

Les gens ne sont pas cons

Je vois de plus en plus souvent autour de moi l'affirmation « les gens sont cons », ou des variations de la même idée, de la part de plus en plus de personnes, dans des contextes et des milieux de plus en plus variés.

Je vais dans ce billet m'attaquer à cette affirmation, sans vraiment défendre la négation qui sert de titre à ce billet (ce qui n'est pas la même chose, contrairement à ce que pourrait penser certains non-constructivistes), en vous présentant toutes mes excuses pour le bait-and-switch.

Donc dans les titres qui suivent, les pronoms « ce » et « ça » désignent bien l'affirmation et non pas la négation éponyme.

Ça appelle le fascisme

J'ai moi aussi pu tenir ce genre de propos, jusqu'à relativement récemment, lorsqu'une lecture m'a expliqué que dire « les gens sont cons » c'est aller vers le fascisme, et c'est de là qu'ont commencé la plupart des réflexions de ce billet.

Je suis très triste de ne plus retrouver la référence de cette lecture (si ça vous dit quelque chose n'hésitez pas à me le communiquer), mais l'argumentation m'a suffisamment marquée pour que je puisse en reproduire la substance ici.

En gros, quand quelqu'un dit « les gens sont cons », ça veut généralement dire « les gens prennent des décisions dont les conséquences sont pires que d'autres décisions », avec un périmètre desdites conséquences généralement plus large que les gens en question (mais pas toujours). Ce qui revient à dire qu'« il serait préférable (dans le périmètre sous-entendu) que d'autres décisions soient prises », et de là il n'y a qu'un pas jusqu'à « il serait préférable que d'autres décisions soient imposées à ces gens ».

Le locuteur ne s'inclut généralement pas dans « les gens », mais qu'il pense à lui-même ou à une autre entité pour effectuer la prise de décision, ça reste l'idée que les choses iraient mieux dans le périmètre sous-entendu en asservissant les gens en question.

À partir de là, il n'y a pas loin pour juger que la perte d'agentivité (mot que je l'utilise dans sens du mot anglais agency) est plus que compensée par l'amélioration générale de la vie dans ce périmètre. Je ne sais pas trop combien de personnes se retiennent de faire ce saut, et je ne suis pas sûre d'aimer le savoir.

Je ne maîtrise pas assez les sciences politiques estimer quel chemin il reste à parcourir entre ce saut et le fascisme, mais avec l'intuition que j'ai de ce concept j'ai l'impression qu'on n'en est pas très loin.

Depuis un certain temps je vois passer pas mal de textes s'inquiétant de la montée du fascisme (encore plus que de textes s'inquiétant de la mauvaise utilisation et de la banalisation de ce mot), et je ne peux que constater la montée parallèle des affirmations du type « les gens sont cons ». Pourrait-il y avoir effectivement une corrélation, voire une connexion dans un graphe causal ?

S'il suffisait d'écarter cette idée des champs mentaux pour contribuer à assainir la situation politique locale, j'encouragerais vivement tout le monde à le faire. Et vu d'ici, c'est une action tellement bon marché, surtout avec les autres bénéfices détaillés plus loin, que je propose de le faire au cas où.

C'est une impasse intellectuelle

Indépendamment des conséquences que peut avoir une vision du monde contenant l'idée « les gens sont cons », le cheminement ci-dessus m'a frappée par le saut entre des actions (des prises de décisions) et une caractéristique intrinsèque des acteurs (la connerie). Ça sent un peu l'erreur fondamentale d'attribution tout ça.

Mais en fait, j'ai l'impression que c'est même pire que ça. Dans les cas que j'ai rencontrés, j'ai très souvent eu l'impression que « les gens sont cons » est utilisé en réponse à une question implicite en pourquoi, soulevée par le constat de décisions considérées comme mauvaises.

Indépendamment de l'éventuelle véracité du constat « les gens sont cons », c'est particulièrement mauvais quand c'est utilisé comme réponse plutôt que comme simple constat. Un peu comme « parce que Dieu le veut », c'est une réponse qui tue la question, et qui empêche de réfléchir en fermant tout le champ intellectuel qui pourrait être exploré en y répondant.

Je pense que pratiquement personne ne s'est retrouvé dans un isoloir en se disant « je suis con, donc je mets ce bulletin dans l'enveloppe » ; il y a même probablement plus de « Dieu le veut, donc je mets ce bulletin dans l'enveloppe ». Les raisons subjectives sont intéressantes, il y a des choses à comprendre et idées intéressantes à construire sur cette compréhension, qu'il y ait ou non dans la connerie (peu importe la définition qu'on en a) dans le processus.

Par exemple, en remplaçant « les gens sont cons » par « tels gens sont aveuglés par leurs émotions », on remplace la fermeture d'une impasse par l'ouverture sur d'autres questions comme « d'où viennent ces émotions ? », « quels escrocs les exploitent ? », « comment permettre aux gens de se défendre ? », « comment éviter que ce terreau fertile n'apparaisse ? », etc.

Ou peut-être que devant les mêmes décisions, « les gens sont cons » sont à remplacer « tels gens ne jugent pas ces décisions comme mauvaises », et on remplace la fermeture d'une impasse par l'ouverture sur d'autres questions comme « quelles sont leurs échelles de valeurs ? », « aurions-nous ignoré des éléments importants dans leur jugement ? », « les alternatives que nous favorisons sont-elles au moins possibles ? », etc.

Il paraît que certaines personnes sont angoissées par des questions, surtout quand il est difficile d'y apporter une réponse satisfaisante. Je ne crois pas avoir déjà vécu ça, mais je peux imaginer le besoin de tuer certaines questions pour préserver sa propre santé mentale. Je ne jugerai personne pour avoir recours à la volonté divine ou à la connerie humaine dans ce cadre ; en revanche je jugerai négativement le fait de se voiler la face et faire passer un de ces dogmes pour un constat.

Et j'invite tous ceux qui n'ont pas besoin de ce dogme à le rejeter, parce que contrairement à d'autres questions angoissantes qui ont des réponses religieuses, il y a vraiment des choses positives à faire en s'appuyant sur les alternatives pertinentes à la connerie humaine généralisée.

C'est un phénomène émergent

Un autre saut mental douteux qui m'a interpelée est le passage de « les gens sont cons » à « chaque humain [du groupe désigné par « les gens »] est con » alors qu'il y a un gouffre entre la prise de décision en groupe et les capacités individuelles de chaque membre de ce groupe.

J'ai pu constater un bon nombre de réflexions « les gens sont cons » devant un constat de mauvaises décisions qui est beaucoup facile pour le locuteur que pour « les gens » dont il est question. Ça peut être parce que le constat est a posteriori, parce que le locuteur a un point de vue extérieur, parce que le groupe est constitué de plusieurs personnes, ou à cause d'autres facteurs que j'oublie, ou souvent une combinaison de plusieurs de ces facteurs.

La coordination du groupe me semble néanmoins un effet à la fois souvent très fort et souvent négligé par les locuteurs.

La communication humaine est notoirement mauvaise, sa faible bande passante oblige à multiplier les sous-entendus et les implicites en se reposant sur des références que l'on suppose partagées. La mécompréhension de ces sous-entendus ou les divergences de références présumées partagées sont à l'origine de tous les malentendus, manipulations, escroqueries, demi-vérités et autres problèmes coordination.

Quiconque a déjà essayé de coordonner un projet entre plusieurs humains a pu le constater directement, et il n'y a que les travailleurs les plus focalisés sur les petites échelles qui nient complètement la valeur apportée par les managers et autres coordinateurs.

Certes, un projet unipersonnel est toujours plus efficace qu'un projet en groupe, justement parce que la communication est instantanée et parfaite entre tous les intervenants, mais ça se limite à ce que peut accomplir une seule personne.

Bref, tout ça pour dire qu'un nombre colossal de mauvaises décisions en groupe sont causées par des imperfections de communication, sans aucune contribution de la connerie (peu importe la définition qu'on en a) individuelle de chaque personne impliquée.

J'imagine qu'on pourrait parler de « connerie de groupe » ou de « connerie institutionnelle » pour désigner ce phénomène émergent, mais sauf contexte particulier j'ai l'impression que la phrase « les gens sont cons » évoque toujours la somme de conneries individuelles, ce qui est à la fois injuste pour les gens concernés et une fausse piste pour les gens qui en parlent.

Donc rien que pour éviter cet écueil il me semble préférable d'abandonner la formulation « les gens sont cons » au profit d'une formulation qui explicite le caractère émergent de la connerie, quitte à la présumer émergente jusqu'à indication forte du contraire, ou au profit d'une formulation qui explicite le caractère individuel lorsqu'on veut vraiment faire passer ce message.

C'est un frein au Progrès

J'ai évoqué dans un commentaire chez David Madore à quel point « je sens de plus en plus l'importance des infrastructures, tant par l'étendue inimaginable de possibilités qu'elles offrent quand elles fonctionnent que par les catastrophes quand elles fonctionnent mal ou plus du tout (peut-être même que moi‐du‐présent dans la situation de moi‐d'il‐y‐a‐vingt‐ans serait plus motivée par les ponts que par l'ENS) » ; et j'en reparlerai probablement encore sur ce site.

J'y parlais d'infrastructures concrètes, comme le réseau électrique et les transports, mais j'éprouve le même émerveillement devant les infrastructures intellectuelles.

L'exemple le plus flagrant me semble être l'écriture. C'est une invention tellement importante qu'elle marque la frontière entre la préhistoire et l'Histoire.

Certains mettent l'imprimerie et les réseaux de télécommunication au même niveau d'importance, mais vu d'ici ce ne sont que des infrastructures qui renforcent l'écriture sans apporter un changement qualitatif aussi majeur que l'écriture elle-même.

Cela dit, même si je trouve ces étapes plus modestes, ça reste des étapes importantes pour l'humanité. Il y a pourtant une autre étape secondaire de l'humanité que je trouve au moins aussi importante que les deux autres, et qui me semble trop souvent oubliée : le lettrisme généralisé.

Avoir quelques sages qui savent écrire, et transmettre ainsi des informations au sein d'une élite intellectuelle, c'est une chose ; avoir une population largement lettrée, ça change la face de la société.

Et comme les autres infrastructures, le lettrisme généralisé ouvre des possibilités incroyables même pour les plus ardents partisans de l'école obligatoire quand elle a été mise en place.

Je suis sûre qu'à cette époque il y avait moult érudits convaincus que les gens sont cons et que leur apprendre à lire et écrire serait un gâchis monumental de ressources, comme donner de la confiture à des cochons.

Je pense qu'on n'est pas encore au bout du développement d'infrastructures intellectuelles. Je ne saurais pas dire aujourd'hui quels outils intellectuels méritent une généralisation et lesquels peuvent rester aux mains de spécialistes, mais je suis sûre que l'humanité bénéficierait colossalement de quelques généralisations (si elle ne s'écroule pas avant).

Et l'idée selon laquelle « les gens sont cons » pousse à renoncer au développement de nouvelles infrastructures intellectuelles, voire à réduire les infrastructures existantes (par exemple en « pivotant » de l'écrit à la vidéo).

Conclusion

Il ne vous aura pas échappé que dans tout ce billet, je n'ai jamais remis en question la véracité de l'affirmation « les gens sont cons ». Ce que désignent les mots « les gens » et « cons » est suffisamment malléables pour rendre cette affirmation vraie dans tout un tas de contextes.

Cette malléabilité est à double tranchant, et on peut aussi facilement se débarrasser de cette affirmation sans forcément plus tirer sur le sens des mots.

Il n'est cependant pas question de véracité ici. Pour prendre un exemple plus flagrant, l'affirmation « les Noirs sont cons » pourrait être factuellement vraie (même si ce serait plus facile avec un autre attribut) et elle n'en serait pas moins raciste ; et on gagnerait à l'éliminer de son champ mental malgré sa véracité.

Ce « les gens ne sont pas cons » que je propose n'est pas un constat factuel. C'est une doctrine. C'est une vision du monde. C'est un cri de ralliement, pour toutes les personnes qui sont prêtes à accepter l'imperfection humaine et agir sur le monde tel qu'il est pour l'améliorer (ou au moins le comprendre).

Et c'est une misanthrope patentée qui vous le dit.

Les gens ne sont pas cons, parce qu'ensemble ils sont capables de choses bien plus merveilleuses que tous les non-cons réunis, même avec le pouvoir.

Publié le 18 avril 2022

Tags : Réflexion Société

Émerveillement technologique

Une frustration technologique…

Je vais commencer par dépeindre rapidement le contexte émotionnel dans lequel se place ce billet.

J'ai déjà moult fois ranté sur mon insatisfaction envers l'électronique (prétendument) grand public en général, et les ordiphones en particulier. J'en dresserai peut-être la liste complète un de ces jours, mais je ne suis pas sûre que ça intéresse qui que ce soit.

Très récemment, mon ordiphone prétendument étanche a mal vécu une énième immersion, et ça a pas mal soufflé sur les braises de mon anti-androidisme. Ce qui a donc relancé mes envies de mettre fin à ma dépendance électronique, ou à défaut vérifier s'il n'y aurait pas un autre ordiphone plus à mon goût.

J'ai déjà un successeur dans les tuyaux, l'Unihertz Jelly 2, mais je n'arrive pas à faire assez confiance à la ROM chinoise pour l'utiliser, donc je me suis mise dans l'idée de régénérer une ROM lineageOS non-officielle.

La suite d'explétifs qui s'en est suivie manque d'originalité mais compense par la quantité.

Je m'attendais à ce que ce soit difficile, mais je m'attendais à une difficulté qui découle de la complexité, un peu comme si je me mettais dans l'idée de concevoir un pont. À la place, j'ai rencontré des difficultés qui ont un goût d'amateurisme et de bricolage.

J'ai de moins en moins de patience pour les systèmes qui devraient relever de l'ingénierie propre, robuste, et fiable, mais qui se révèlent plus ressembler à un château de cartes qui tient ensemble avec du chewing-gum et du scotch.

… qui en rappelle tant d'autres

Donc à ce stade on pourrait se dire que je n'aime juste pas Android, tant à l'utilisation qu'à la génération, mais ce n'est pas exceptionnel ni grave.

Je ne connais pas trop la partie logicielle des appareils Apple, j'en ai plutôt des échos positifs, mais je suis rebutée par le positionnement matériel qui n'est pas du tout à mon goût. D'ailleurs j'apprécie l'effort des constructeurs matériels qui s'en démarquent, comme Caterpillar ou Unihertz, si seulement le logiciel pouvait suivre…

Alors d'accord, je serais juste quelqu'un qui n'aime pas les ordiphones, c'est moins banal mais ce n'est peut-être pas une tare.

Le problème c'est qu'en vrai non, j'arrive très bien à imaginer des ordiphones à mon goût, avec une couche logicielle digne de mes BSD sur ordinateurs Intel et du matériel qui ressemblerait au Jelly 2, au Nokia 2720, ou même à la limite un Fairphone 3. Encore ma sale habitude d'imaginer un outil d'abord et chercher (ou fabriquer) quelque chose qui s'en approche, au lieu de se limiter à ce qui existe.

Mais si ça se limitait à ça, ça m'inquièterait moins que l'ajouter à une longue liste d'autres technologies qui provoquent chez moi la même sensation de rejet du fond des tripes, comprenant entre autres :

Ça commence à faire beaucoup de nouveautés qui me donnent envie de gueuler « C'est d'la meeeeerde ! » comme si j'étais une vieille aigrie sortie tout droit de l'époque pendant laquelle cette référence culturelle était largement partagée.

Suis-je vraiment devenue une vieille aigrie technophobe ?

La jeunesse technophile

En tout cas je ne suis pas assez vieille pour avoir oublié l'univers cyberpunk qui a bercé mon adolescence (et qui marque encore mon nom de plume), et dont je garde encore quelques restes.

Il était question de « technochoc », qui survient lorsque les technologies progressent plus vite que la capacité de la population à les assimiler. Une grosse majorité de la population est simplement choquée et ne fait rien d'autre qu'attendre que quelqu'un leur dise quoi faire, une petite minorité rejette la technologie en bloc et part dans le néo-luddisme, et une autre petite minorité diamétralement opposée embrasse toutes ces technologies.

Évidemment, je m'imaginais dans la dernière catégorie, plus à l'aise devant un terminal vert sur fond noir que face à un humain.

Donc se faire traiter de luddite pas plus tard que la veille de l'écriture de ces lignes, ça touche un point sensible. Où est donc passé mon goût pour les nouvelles technologies ? À quel moment ai-je commencé à regarder une nouveauté avec plus de suspicion que d'espoir ?

Quand suis-je devenue une veille conne ?

Les temps changent, les gens aussi

Quand je suis sur le point d'attribuer une étiquette à un autre humain ou à moi-même, je suis coupée dans mon élan par un instinct qui ressemble à celui qui bloque mes achats impulsifs, et dont la moins mauvaise représentation verbale serait de l'ordre de « attends une minute, est-ce que j'ai vraiment cherché des contre-exemples ? », dans une espèce d'approche poppérienne pour avoir plus souvent raison.

Donc une fois que dans ma tête sont arrivées les questions de mon éventuelle technophobie ou vieille-aigreur, je ne vais pas chercher des éléments pour rallonger la liste ci-dessus, mais je vais plutôt chercher des technologies qui me font rêver aujourd'hui comme les prothèses cybernétiques faisaient rêver l'adolescente que j'étais.

C'est comme ça que la frustration d'un système de build Android ne produit non pas un rant sur les technologies merdiques de notre temps pendant deux tiers de billet (et le train de tous les mesquins qui répondent « raté ! » roule sur les rails de mon indifférence), mais une liste de toutes les technologies qui m'enthousiasment encore :

Conclusion

Je ne cacherai pas que le contenu de ce billet a été construit avant tout pour me rassurer, que ce soit dans le sens de la continuité avec l'adolescente que j'étais ou dans le sens de l'évolution loin d'elle.

Je crois qu'il me manque la fougue de la jeunesse pour revendiquer « prendre la technologie à la gorge et ne pas la lâcher », mais je reste dans le fond optimiste envers le Progrès scientifique et technique. Enfin disons optimiste comme le postcyberpunk, c'est-à-dire avec des progrès inéluctables (sauf cataclysme majeur comme une guerre mondiale ou une crise climatique mondiale) qui contiennent du bon comme du mauvais, et autant embrasser le bon parce qu'il y aura de toute façon du monde pour faire avancer le mauvais.

Je continue de considérer les différentes formes de luddisme et de conservatisme comme des idioties irrécupérables, parce que le temps ne s'arrête pas et ne se remonte pas, et souvent le passé qu'ils veulent faire revenir n'a même jamais existé. Vouloir accélérer le progrès ne me semble pas plus malin non plus, hein. Les temps changent et les gens aussi, que ce soit un progrès ou une régression dépend de chaque cas et de chaque échelle valeur.

Je pense que le plus gros effet de l'âge sur moi se voit plutôt sur ma tendance à plus choisir mes combats. Je lâche volontiers la technologie lorsqu'elle ne me semble valoir le coût, et c'est plus mon avenir que je prends à la gorge, qu'il soit avec elle ou contre elle.

Bref, j'aime croire que je n'ai perdu que de la naïveté.

Publié le 21 mars 2022

Tags : Autoexploration Évènement Humeur Vision atypique

Tentation cycliste

Il m'est arrivé plusieurs fois de dire que je me sens pourrie gâtée, ou incapable de gérer un budget financier, voire que « je dépense sans compter, et j'épargne le reste ».

Avec l'expression « dépenser sans compter », je joue volontairement sur l'ambiguïté entre le sens littéral et la façon dont elle est habituellement comprise : ce n'est pas un bête « je veux, j'achète », mais un « je veux, je réfléchis, et si je n'ai pas abandonné j'achète », et ce filtre a toujours été assez puissant pour que ce qui le passe reste inférieur à mes revenus.

Aujourd'hui, je suis au cœur de ce filtre, et c'est le moment idéal pour l'observer et le documenter (même si en vrai j'ai l'impression d'avoir un peu de retard dans cette écriture).

J'envisage l'achat d'un vélo. Et au moment d'écrire ces lignes, je ne sais pas si cette envie va passer le filtre ou non. À titre de référence, mon envie de passer le permis moto l'a passée, alors que récemment ont été retoqués les achats de jumelles et de pistolet à air chaud.

Statu Quo Ante

Puisqu'il est question de modalités de transport, je vais commencer par décrire où j'en suis.

Pour moi, le moyen de transport par défaut c'est la marche, et je crois que c'est surtout parce que c'est quelque chose sur lequel je peux toujours compter : il y a assez peu d'aléa, je ne dépends de personne, on ne peut décemment pas me l'enlever ou me l'interdire.

Je n'aime pas trop les véhicules personnels en général pour les raisons symétriques : il y a des risques de pannes, d'interdiction, de confiscation, et j'ai une sensation d'encombrement quand je ne m'en sers pas. Et de même pour les transports en commun, par leur état différent suivant les jours et les heures, et éventuellement mon ochlophobie à gérer.

Ça ne m'empêche pas de me déplacer, mais il faut que le moyen de transport ou la motivation du déplacement soient suffisants pour surmonter ces sentiments négatifs.

Une exception notable est la moto, mais je ne vais pas m'étendre dessus ici.

Donc au cours de ces dernières décennies, à quelques exceptions près (par exemple les vacances, qui ont un jeu de contraintes particulières) je marche quand c'est possible, autrement je prends les transports en commun quand c'est supportable ou que je ne peux vraiment pas renoncer.

En particulier le vélo ne m'a jamais vraiment tentée parce que les contraintes de parking et de crainte du vol ont toujours largement dépassé les bénéfices par rapport aux transports en commun et à la marche.

J'ai remis cette impression en question quelques fois depuis l'été 2020, quand mon homme s'est acheté un vélo électrique, sans arriver à une conclusion très différente, mais sans trancher évidemment non plus.

L'étincelle

Pour une fois il y a une claire étincelle à l'origine de mon envie d'achat, en général ça me tombe plutôt dessus comme une envie de pisser. L'étincelle, c'est un tweet de Maitre Eolas avec une photo de Brampton plié.

J'ai un peu peur qu'on attribue à cette étincelle une importance qu'elle n'a pas. Elle est certes le dernier élément de la chaîne causale qui se termine sur l'embrasement, mais une étincelle ça ne fait pas déborder un vase, et il me semble que l'accumulation de poudre est beaucoup plus importante que l'étincelle elle-même. J'en avais déjà parlé il y a longtemps sur un autre sujet.

D'ailleurs pour la petite histoire, ce n'est pas en voyant cette photo que tout s'est déclenché. J'ai vu cette photo, j'ai continué mon rattrapage de timeline, j'ai basculé sur quelques tâches professionnelles, et c'est plusieurs dizaines de minutes plus tard que l'information a fait son effet.

Je me suis donc retrouvée avec une envie de Brompton, et c'est plus le résultat de connaissances passées et accumulées sur la question de vélo en région parisienne qui s'assemblent inconsciemment que de l'étincelle elle-même.

Le premier tamis

Donc à ce stade, si j'en étais à « dépenser sans compter » dans le sens « je veux, j'achète », j'aurais fait un achat impulsif sur le site de Brompton et l'histoire se serait arrêtée là.

Mais ce n'est pas comme ça que je fonctionne, ce premier élan est instantanément censuré par une espèce d'instinct dont la moins mauvaise représentation verbale serait de l'ordre de « attends une minute, est-ce que j'en ai vraiment envie/besoin ? »

Le fait que dans ce cas l'objet coûte une grosse somme d'argent (à mes yeux) aide à résister à l'impulsion, mais cette censure existe chez moi à tous les niveaux budgétaires. Je ne sais pas trop pourquoi, je suppose que c'est parce que même un objet gratuit va potentiellement me rester sur les bras et m'encombrer jusqu'à ce que je fasse l'effort de m'en débarrasser (et j'ai une relation émotionnellement compliquée avec la poubelle).

Le deuxième tamis

Et pas loin derrière ce premier niveau de censure se trouve une deuxième question, presque aussi paralysante : « de quoi exactement ai-je envie/besoin ? » Parce que « un Brompton » ça n'a pas de sens, je ne peux pas acheter un objet aussi générique, je ne peux acheter qu'un modèle particulier avec un jeu précis d'options. Et je ne suis pas capable de choisir au hasard parmi une liste de possibilités, surtout lorsqu'elles ne sont pas interchangeables.

Et puis en vrai, depuis le début je parle d'envie d'« un Brompton », mais c'est parce qu'il faut des mots pour représenter cette envie, dans ma tête ce n'est pas du tout aussi précis. Il y a donc tout un travail d'introspection pour déterminer quels sont les paramètres de cette envie.

D'ailleurs, j'ai choisi les mots « un Brompton » dans ce billet parce que ce qu'il y avait sur la photo initiale, et ça permet d'avoir un fil conducteur dans l'histoire racontée dans ce billet.

Je pense qu'en réalité, le sentiment qui a déferlé sur moi était une envie de vélo pliant.

Ou peut-être même seulement une envie de réévaluer ma position sur l'achat d'un vélo suite à la prise de conscience que le problème d'encombrement n'est peut-être pas rédhibitoire dans l'état actuel des technologies de vélo pliant.

Il est de fait que j'attends de mes véhicules, comme de mes outils en général, une certaine combinaison de longévité, robustesse, et fiabilité, quitte à y mettre le prix, ce qui fait de Brompton un bon point d'entrée dans l'étude de marché, mais je ne vais certainement pas me limiter à cette marque.

Et c'est à ce niveau que je confirme une tendance que je constate depuis plusieurs années, les études de marché me semblent de plus en plus difficiles, les moteurs de recherche me semblent de plus en plus pollués par des résultats peu pertinents, de manifestement autogénérés à commercialement orientés, en passant par les bêtes compilations d'avis douteux.

Au moment où j'écris ces lignes, je suis raisonnablement convaincue de ne pas avoir besoin de sortir de la gamme C-line de Brompton, mais je ne sais pas encore si j'opterais non pour l'assistance électrique de cette marque, et je n'arrive pas du tout à estimer combien ils ont d'avance en termes de robustesse ou de fiabilité et en termes d'encombrement plié.

Le retour du premier tamis

Je présente les choses séquentiellement dans ce texte, mais la réalité chronologique est que je résous simultanément toutes les questions, parce que mes besoins exacts vont influencer les paramètres de l'étude de marché et les offres considérées vont influences les besoins que je vais ou non essayer de satisfaire avec ces objets.

La question récurrente est donc « en quoi ma vie serait différente avec un vélo pliant ? »

Contrairement à la moto, je n'ai pas l'impression que le vélo m'ouvre l'accès à des lieux autrement inaccessibles (ou plutôt autrement trop pénible à atteindre pour se donner la peine d'y aller). Donc mon vélo serait en concurrence avec la marche et avec la combinaison de transports en commun et de marche.

Ce n'est évidemment pas la bonne période pour regarder les déplacements de loisir dans ma vie, mais j'ai l'impression que même en dehors de la crise sanitaire, il y a peu de trajets plus rapides ou plus agréables en vélo qu'en transports en commun, et les trajets de loisir sont trop rares pour que l'exercice physique supplémentaire soit intéressant même en sacrifiant le temps et le confort.

Et mes lieux de vacances ne me donnent pas l'impression de bénéficier d'un vélo que j'y amènerai, et les autres déplacements sont trop rares pour que j'imagine un bénéfice non-négligeable d'un vélo à y amener.

La conclusion intermédiaire est donc que ce n'est pas la peine que j'achète un vélo à moins de s'en servir pour les trajets entre mon domicile et mon lieu de travail.

Les contraintes du vélotaf

Ces trajets sont compliqués par le fait qu'il y a des montées sérieuses quel que soit le chemin (de l'ordre de 5 à 9 % sur 500 m) et qu'il faut faire un gros détour par rapport au trajet le plus court pour éviter des bus dont le comportement vis-à-vis des cyclistes me semble plus dangereux que l'interfile en moto.

Ce ne sont pas des problèmes insurmontables, la montée n'a pas l'air impressionnante avec une assistance électrique, et une application m'a proposé un trajet qui évite les zones trop dangereuses à mon goût pour seulement 40 % de temps en plus, pour arriver au même ordre de temps que les transports en commun dans les conditions idéales (heures creuses et peu d'attente) et que la moto quand il y a un peu de ralentissements.

Dit autrement, si l'estimation de cette application se vérifie, le « vélotaf » serait entre équivalent et bien plus rapide que les autres modalités à ma disposition, sauf à moto avec une route inhabituellement dégagée (par exemple en cas de pseudoconfinement, en heures creuses, ou au mois d'aout).

Plus précisément, voici les temps de trajet que j'ai observés entre la porte de mon appart' à mon poste de travail :

L'application parlait de 25 minutes de trajet optimal ou 35 minutes de trajet sécurisé, auxquelles il faut probablement ajouter 5 à 10 minutes de préparatifs.

Cela dit, le temps de trajet n'est pas tout, et une comparaison honnête prend en compte l'ensemble de l'emploi du temps.

J'ai pu le découvrir à l'occasion de cette crise sanitaire, quand le télétravail permet d'économiser le temps de trajet. En 2019, je lisais dans le bus le matin, et je pratiquais de l'exercice physique en marchant le soir. Le télétravail évite ces trajets, mais si je prends ensuite le temps de satisfaire mes besoins de lecture et de faire de l'exercice physique, tous les gains de temps disparaissent.

C'est d'ailleurs pour ça que je n'ai pas l'intention de généraliser l'utilisation de la moto sur ce trajet : il a beau être plus court même dans le pire des cas, c'est du temps qui est complètement dédié au trajet.

Le vélotaf a de bonnes chances d'être une bonne occasion d'exercice physique, surtout si on est raisonnable sur le niveau d'assistance, mais les gains de temps seront probablement mangés par le manque de lecture. D'un autre côté, je ne sais pas exactement quelles sont les conséquences de passer de 70 minutes de marche à 70 minutes de vélo par jour ouvré (peut-être plus de cardio' mais plus d'ostéoporose ?).

Résultat, l'éventuel intérêt du vélo semble se limiter au confort de ne pas s'entasser dans un bus. C'est un bénéfice non-négligeable, mais qu'il va falloir comparer aux éventuels dangers routiers et à la densité d'incivilités sur l'itinéraire proposé par l'appli'.

Le retour du deuxième tamis

Pour illustrer les interactions entre mes deux questions-filtres, on peut voir que maintenant que j'ai établi qu'un vélo n'a pas d'intérêt pour moi si je ne peux pas aller travailler avec, je peux chercher un vélo adapté aux contraintes de ce trajet.

Mon immeuble se trouve avoir un local à vélo, et mon travail a des places de parking (pour voiture) qui ne sont pour l'instant pas utilisées, et qui sont adjacentes à des colonnes de béton, et je ne serais pas la seule à y venir avec un vélo à quatre chiffres.

Donc tant que je travaille dans cette entreprise et sur ce site, et que la situation du parking ne change pas, le côté pliant d'un vélo n'a pas vraiment d'intérêt. Je pourrais donc raisonnablement laisser tomber cette contrainte.

Et à ce stade je dois avouer que je ne suis pas complètement raisonnable. Je pourrais me cacher derrière la notion de future-proof, en voulant un vélo pliant pour ne pas être obligée d'y renoncer en cas de changement de situation professionnelle ou immobilière (d'un côté ou de l'autre), mais la vérité c'est un vélo pas pliant c'est encore un outil trop balourd pour mon goût.

Ça reste quand même une bonne illustration de ce qui peut arriver, et arrive effectivement sur d'autres sujets, dans la zone de filtrage entre l'étincelle de l'envie et les considérations budgétaires.

Le troisième tamis

Il y a un autre filtre, que j'oublie parfois parce que je ne le rencontre pas si souvent que ça, mais comme je le rencontre au moment où j'écris ces lignes, je ne vais pas le rater.

Ce filtre n'est pas une question, au contraire : c'est la lassitude des questions. Le « fait ch*er toutes ces c*nneries, je laisse tomber ».

J'imagine que l'instinct initial de s'arrêter et réfléchir a détourné l'énergie de l'étincelle pour alimenter la réflexion, et cette énergie s'est tarie avant que la réflexion n'aboutisse. J'ai juste peur que cette description ne s'applique qu'au cas présent et pas autres applications de ce troisième filtre.

Parce que j'ai beau y avoir passé un temps déraisonnablement long sur cette étude de besoin et de marché, sans compter la rédaction du présent texte, et je n'ai pas l'impression d'avancer.

Le compromis entre confort et encombrement plié est raisonnablement bien documenté, surtout par la taille des roues, mais le reste est encore beaucoup trop flou à mon goût.

Les vélos pliants sont-ils plus fragiles ? À conception égale, clairement oui, mais d'aucuns disent que c'est un problème potentiel tellement évident que c'est surcompensé à la conception, et sauf très bas de gamme ils n'auraient rien à envier à leurs grands frères. Pareil pour la fiabilité.

Sont-ils plus chers ? Cette conception doit bien se payer quelque part, mais d'aucuns disent que la concurrence est tellement féroce que ça se paye sur les volumes de vente, et non pas sur les prix à l'unité.

Quid de l'assistance électrique ? La montée vers mon lieu de travail semble la rendre indispensable, mais c'est tout un lot de pannes potentielles en plus, et la pliabilité semble sérieusement contraindre les possibilités d'électrification.

Et quel est l'impact des marques et des gammes sur tout ça ? Brompton est certes très réputé, mais est-il talonné par la concurrence moins chère ou est-il meilleur au point de justifier la différence de prix ? Xiaomi se paye-t-il en données personnelles ? Décathlon est-il plus patriote ?

Et comme rien n'est indestructible, comment évaluer la réparabilité de chaque modèle ?

Bref, trop de questions tue l'envie de chercher des réponses.

La suite

Avant de tomber sur le filtre de la lassitude, mon plan d'action était en deux parties : d'une part partir en reconnaissance sur les trajets potentiels, pour évaluer l'acceptabilité du niveau de danger et de congénères sur la route, et d'autre part visiter des marchands de vélo, pour évaluer l'acceptabilité du niveau de confort et de maniabilité, et pour avoir éventuellement l'occasion de flasher sur un modèle.

Il y avait aussi la question d'essayer velib', qui est une solution intéressante aux problèmes d'encombrement pendant qu'on ne sert pas, et qui permet d'évaluer la cyclabilité de certains trajets sans y mettre trop d'argent. Malheureusement, ça ne résout pas l'impression d'encombrement, et surtout je n'ai aucune envie d'apprendre toutes les stratégies qui permettent de tomber sur un vélo utilisable.

À ce stade, j'hésite encore entre succomber à la lassitude, quitte à reprendre tout ça la prochaine fois que ma motivation se prend un coup de fouet, ou à prendre sur moi et faire l'effort de continuer mon plan d'action, en espérant que la lassitude n'en biaise pas trop les résultats.

Conclusion

Par des circonstances qui seraient intéressantes à retrouver, je suis conditionnée à calmer mes envies d'achat pour bien y réfléchir.

Cette réflexion est une projection dans un futur potentiel après cet achat, et l'optimisation de ce futur en ajustant conjointement l'objet choisi et les besoins à couvrir.

Ce n'est qu'à l'issue de ce processus que je me sens prête à effectivement acheter, si je n'ai pas abandonné en cours de route.

Ce filtrage est suffisamment strict pour rendre triviale la gestion de mon budget, car les envies qui y survivent n'ont jamais dépassé mes revenus.

J'imagine que ce processus fait que je ne rentre pas dans les cases habituelles des publicitaires, et explique ma perplexité devant leurs productions.

Quant à la suite de mon aventure de cycliste potentielle, je suis bien incapable de la prédire. Je suppose qu'à court terme ça va se jouer entre la force de l'inertie des plans déjà faits et la force de la flemme ; et à plus long terme sur la découverte de nouvelles possibilités où le vélo serait préférable à la marche, à la moto, et aux transports en commun.

Publié le 11 février 2022

Tags : Autoexploration Évènement Jouets Vision atypique

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