Rejet de podcasts

Normalement, je me considère comme étant plutôt bon public, dans le sens où je suis très facile à intéresser par tout un tas de sujets.

Il m'arrive parfois de dire que même une conférence sur les philosophes allemands du XVIIIe siècle pourrait m'intéresser, mais je crois que ça en dit plus long sur les préjugés contre les littéraires dans les milieux que j'ai pu fréquenter que sur mon intéressabilité.

Donc par défaut, si on me colle devant un documentaire ou une conférence, je suppose que je ne vais pas m'ennuyer. Et les seules exceptions que j'ai vécues viennent de défauts majeurs dans la forme, par exemple cet exposé de physique fait par un invité chinois, dont l'accent anglais était tellement fort que je n'arrivais pas à décoder la majorité des mots, et dont les « diapo' » était faites à main levée sur un des premiers tablet-PC, pour un résultat digne d'un dessin de maternelle et assez peu parlant sans le discours qu'il supporte.

Parallèlement à ça, mon quotidien professionnel a été bouleversé par le passage au télétravail en mars 2020 : j'avais plutôt l'habitude de travailler dans le silence, alors que ma moitié diffuse un fond sonore dans la pièce.

Comme je suis bon public, en général je trouve suffisamment d'intérêt pour écouter quand mon travail me laisse de l'attention disponible ou quand je veux faire une pose pour prendre du recul sur le problème courant ; tout en étant suffisamment peu intéressant pour l'ignorer quand mon travail réclame toute mon attention.

Je me retrouve ainsi confrontée à tout un tas de nouvelles sources d'information, de C dans l'air que je suis souvent au Classic Comic Collector que j'ignore presque systématiquement, en passant par des gens qui travaillent le bois, qui critiquent le cinéma, etc.

De façon plus générale, je suis dans ma vie le principe qu'à peu près aucune information est mauvaise, au moins lorsque sa source ne cherche pas activement à nuire. Donc toute information raisonnablement fiable est bonne à prendre, au pire elle se perdra dans les aléas d'attention entre les oreilles et la mémoire à long terme.

Pendant longtemps, tout s'est bien passé comme ça, et mon vécu était conforme à ce à quoi je m'attendais.

Et puis à très peu de temps d'écart, je me suis retrouvée face à deux podcasts qui ont provoqué en moi une réaction très négative.

Pour un seul, à la limite je l'aurais laissé de côté en considérant que c'est une anomalie, mais deux réactions inattendues mais proches ça pose question.

Je vais donc partager avec vous les réponses que j'ai pu trouver, aussi bien dans l'objectif d'auto-exploration habituel sur ce site, que pour avoir votre avis sur d'éventuelles caractéristiques que j'aurais ratées dans ces podcasts ou dans mes réactions.

L'alerte bidale

J'ai piqué le concept d'alerte bidale chez Jaddo, avec une petite variation parce que j'utilise par ailleurs beaucoup mes intuitions instinctives (comme l'indique tellement le nom du présent site) : en temps normal mon instinct est une source d'information au même titre que n'importe quel sens, alors que ma notion d'alerte bidale a quelque chose d'urgent et d'envahissant, bien dénoté par le mot « alerte ». Comme j'exclus les informations que j'arrive à traiter calmement, je me retrouve avec une alerte bidale beaucoup plus pauvre en information que celle de Jaddo.

Pour essayer de le décrire sans référence, il s'agit donc d'une perception instinctive, qui essaye de m'alerter urgemment d'un grave problème, et qui compense le manque de raffinement et de précision du message par la brutalité du malaise, qui semble généralement venir du fond des tripes (ou du bide, d'où son nom).

Donc c'est une alerte de danger, et pour un danger qui échappe à mes facultés intellectuelles (prétendument) supérieures (par rapport au bide).

Autant dire que ce genre de danger est relativement rare dans ma vie urbaine et maîtrisée. Cette alerte est donc très rare, ce qui la rend d'autant plus oppressante.

Comme je fais confiance à mes intuitions en général, j'ai presque toujours agi sur cette alerte, et j'ai du mal à évaluer a posteriori si elle était justifiée ou non.

Il n'y a aujourd'hui qu'une seule personne qui a fait sonner cette alarme et que je n'ai pas fui, et je n'ai encore qui puisse la justifier, mais si c'était évident ce serait dans le champ cognitif et pas juste dans le bide. On verra peut-être au fil du temps.

Il y a eu un certain nombre de situations dans ma vie qui ont fait sonner cette alerte, mais que je n'ai pas pu éviter faute de détails clairs pour justifier mon évitement. Ces situations n'ont pas si souvent mal tourné, mais dans une majorité de cas il y avait une raison a posteriori pour cette alarme, et la chance ou la vigilance accrue par l'alarme ont évité ou sérieusement mitigé le problème.

Et en dehors des deux podcasts dont il est question dans ce billet, je crois que je n'ai jamais ressenti ce type d'alarme pour autre chose qu'une personne ou une situation.

Comme je le disais précédemment, je considère normalement qu'une information est un objet au pire neutre, mais généralement positif, à des degrés plus ou moins élevés. Donc ressentir une alerte de danger vis-à-vis d'une information, c'est quelque chose de nouveau pour moi, et qui semble plutôt paradoxal.

Je ne comprends même pas comment une information peut être dangereuse. Certes, il y a le risque de prendre des mauvaises décisions basées sur des informations fausses, mais aucune information est parfaitement fiable, il y a toujours un risque de fausseté ou de mauvaise interprétation, et le niveau de fiabilité fait à mes yeux partie intégrante de l'information.

Il m'arrive de réduire instinctivement le niveau de fiabilité de telle ou telle information, mais au pire ce niveau peut être mis à zéro et l'information devient neutre. Donc même un avertissement sur la surestimation de la fiabilité d'une information arriverait tranquillement dans le champ cognitif, sans avoir besoin de passer par l'alerte bidale.

Il y a certes le cas des escroqueries, manipulations, et autres choses du même acabit qui sont basées sur des informations, mais historiquement ça fait sonner mon alerte envers l'escroc ou envers la situation de manipulation, et pas envers l'information qui sert de support.

Disclaimer

Il n'aura peut-être pas échappé à votre sagacité que je n'ai pas encore précisé quels sont des deux podcasts qui m'ont caressée à rebrousse-poil, alors que c'est quand même une information importante pour crowd-sourcer des points de vue extérieurs.

Avant de les dévoiler, je voudrais quand même insister sur le fait que je ne veux pas critiquer ces podcasts, sur le fond ou sur la forme, ni les intervenants qui y participent. Je ne veux pas dire qu'ils sont mauvais ou dangereux ou quoi que ce soit comme ça. Je suis justement incapable d'en juger, parce que je suis submergée par cette alerte.

Dans ce billet, il est surtout question de ma réaction irrationnelle à ces podcasts, indépendamment de toutes leurs qualités ou défauts par ailleurs.

Cela étant posé, les podcasts en question sont L'octet vert et NoLimitSecu.

L'octet vert

Il y a plein de choses rationnelles et intéressantes à dire sur l'écologie, entre l'écran de fumée de la responsabilité individuelle pour utiliser la culpabilité des gens afin de préserver le statu quo, la complexité du monde qui produit moult résultats contre-intuitifs qui conduisent à autant de fausses bonnes idées, l'incapacité de tant de gens à obtenir et manipuler des ordres de grandeurs et à utiliser un minimum de culture scientifique, le sophisme de l'appel à la nature qui permet au néo-luddisme de noyauter l'écologie, etc. Ce n'est pas de ça dont il est question dans le présent billet.

Je veux juste insister une fois de plus sur le fait que je veux pas me battre contre ces podcasts, et qu'en l'occurrence je suis plutôt proche politiquement des idées de ce podcast, et je devrais faire plutôt partie du chœur auquel il prêche.

Et pourtant, les cinq épisodes que j'ai écoutés ont fait réagir mon alarme bidale pendant la majorité du temps, il n'y a guère que pendant certains approfondissements techniques qu'elle se calme un peu.

Le côté positif, c'est qu'après une quantité déraisonnable d'introspection, j'ai fini par comprendre à peu près le message de cette alerte.

Ce podcast me donne la même impression qu'une discussion entre croyants qui parlent de leur foi.

Quand j'entends quelqu'un qui dit avoir pris conscience de l'urgence climatique et depuis fait du vélo, ça me fait le même effet que quelqu'un qui dit avoir rencontré Jésus et depuis fait des prières trois fois par jour.

Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, hein. Je n'ai rien contre les croyants.

Je n'ai rien contre la spiritualité. Je me définis comme agnostique, dans le sens le plus profond du terme : je ne sais pas, et je construis ma vie de façon à ne pas avoir besoin de savoir. La plupart des gens semblent avoir besoin de croire en quelque chose, je n'ai pas ce besoin, mais je respecte les besoins des autres même lorsqu'ils me sont complètement étrangers.

Je suis un peu plus réservée sur les religions. Je n'ai rien contre la pratique en groupe de la spiritualité, mais je trouve que ça commence à devenir malsain quand il commence à y avoir de la politique dans ce groupe, et je trouve très malsain d'appuyer du pouvoir séculier sur des croyances, et historiquement l'exploitation des fidèles n'en a jamais été loin.

Bref, une discussion entre croyants, même exaltés, je me dérange pas.

Tant que j'en suis assez loin.

Et c'est ça que mon alarme a raté. Ce podcast me donne en plus l'impression que cette discussion se déroule à côté de moi.

Il y a une première couche de malaise dans le fait que j'ai l'impression de faire intrusion. Je ressens ce podcast comme une discussion que des croyants auraient entre eux, avec uniquement des convaincus dans la salle. Dans une réunion non-mixte, comme on dirait ces jours-ci, parce que quand il y a une personne à convaincre, ou simplement une personne potentiellement critique, la discussion n'a pas la même dynamique.

J'ai beau avoir des opinions politiques très proches, je n'ai pas cette foi. Je ne suis pas croyante. Je ne me sens pas à ma place parmi ces croyants, peu comme parmi un groupe de paroles pour les victimes de cancer des testicules.

Cependant, ce n'est pas le sujet de l'alarme, cette imposture est un danger pour la dynamique de groupe, éventuellement pour ses membres sincères, mais pas pour moi.

Le danger que mon bide a repéré, c'est qu'il identifie la religion derrière ces discussions comme extensive et intolérante, plutôt de genre à convertir ou mettre au bûcher qu'à coexister pacifiquement.

Encore une fois, c'est une perception irrationnelle qui vient du fond de mon cerveau reptilien, je ne prétends pas attribuer raisonnablement ces idées aux personnes qui interviennent dans ce podcast.

D'ailleurs je ne suis même pas sûre que cette perception soit provoquée par quoi que ce soit dans ce podcast, il n'est pas exclu que mon bide généralise à tous les convaincus de l'écologie la dynamique de l'écologie culpabilisante à laquelle je suis si souvent confrontée.

Donc finalement, ce n'est pas vraiment une alerte bidale envers de l'information, mais plutôt envers la situation déduite de ces informations et de l'illusion de proximité portée par la technologie et le format du podcast (par rapport aux émissions radio et télévisées qui me donnent une impression de distance par rapport au plateau).

NoLimitSecu

J'ai été confrontée au podcast NoLimitSecu avant l'Octet vert, mais malgré l'exposition plus longue j'ai les idées moins claires sur ce que mon bide a à lui reprocher.

Déjà, je pars avec un handicap vis-à-vis du domaine de la cyber-sécurité. J'ai l'impression que c'est un domaine qui aurait techniquement tout pour me plaire, en adéquation avec mes facilités et mes compétences existantes, mais dont la dynamique de groupe exclut les gens comme moi.

Et dans la dynamique de groupe, je ne mets pas seulement la misogynie avérée que certains essayent activement de combattre, je suis aussi profondément rebutée par l'esprit de compétition qui pousse à se tirer dans les pattes les uns des autres, à confondre farces et brimades, et plus généralement à se grandir en abaissant les autres plutôt que s'entraider pour faire grandir tout le monde.

D'ailleurs c'est peut-être juste l'ambiance « cyber-sécurité » qui colle suffisamment aux intervenants pour qu'elle soit reconnaissable par mon bide dans la dynamique de groupe pendant le podcast.

Je ne suis pas tellement convaincue par cette explication, elle me semble un peu bancale, mais je n'ai pas encore trouvé d'alternative moins mauvaise.

Ce serait cohérent avec le fait que cette alerte ne soit jamais déclenchée pendant que je lisais un article technique sur la cyber-sécurité ou pendant que j'écoutais l'enregistrement d'une conférence sur ce sujet : dans les deux cas, il n'y a pas de dynamique de groupe, et le fait que je n'aille pas spécialement chercher ce type de contenus fait que ceux qui arrivent à moi ont été sélectionnés pour leurs qualités didactiques et divertissantes, ce qui contre-sélectionne les éventuels contenus moins bienveillants envers les personnes extérieures au domaine.

Ce serait aussi cohérent avec le profil d'activation de l'alarme du fil de l'épisode : quand l'alarme sonnait en continu pendant l'Octet vert, avec des pauses quand la discussion devait plus technique et moins militante, l'alarme pendant NoLimitSecu est à un niveau de base non-négligeable mais relativement contenu, avec de temps en temps des pics aigus qui rappellent qu'il ne faut pas se laisser aller.

Et il y a un pic à certaines inside jokes, et lors de remarques qui me semblent empreintes d'arrogance ou de mépris, ou qui surgénéralisent les éléments de leur métier (par exemple en considérant un certain modèle de menaces comme universel, ou en refusant de considérer que certaines personnes puissent accepter de prendre certains risques).

Le point commun de tous ces évènements est qu'ils participent à l'exclusion des personnes hors du groupe, et je fais partie de ces personnes. Cependant, la dynamique est très différente de ce que je ressens avec l'Octet vert : je n'ai ni l'impression de proximité ou d'intrusion, ni l'impression que c'est un groupe qui doit absorber ou détruire tout ce qu'il rencontre.

Je ne comprends donc pas très bien en quoi être exclue de ce groupe représenterait un danger. Par élimination, je ne vois plus que l'alternative déjà évoquée que le danger soit le groupe lui-même, et les moments excluants me feraient tiquer non pas parce qu'ils excluent, mais parce qu'ils marquent l'existence dudit groupe.

Ça reste bancal, et ça n'explique pas tous les pics alarmistes, et je ne sais pas trop quoi faire pour en savoir plus.

Que faire ?

Ces analyses plus ou moins précises sont bien gentilles, et justifient à elles seules ce billet, mais qu'est-ce que je peux en faire pour ma vie ?

Il est hors de question que je me débarrasse de ce système d'alarme, ou de n'importe lequel de mes systèmes instinctifs, j'y tiens plus qu'à mes membres.

J'ai un peu peur qu'ignorer ces alertes et continuer à écouter ces podcasts me désensibilise progressivement, et nuise à la bonne réception de futures alarmes.

Idéalement, il faudrait que j'arrive à « conscientiser » le processus, pour que le bide se range sagement à côté des autres instincts qui me font calmement parvenir leurs conclusions, au lieu de sonner une alarme brutale et pauvre en détails. Et quelque part, ce billet fait partie de ma tentative dans ce sens, en tournant mon regard vers l'intérieur pour identifier les mécanismes à l'origine de l'alarme et me les approprier.

Malheureusement ces deux tendances s'opposent, car il faut déclencher l'alarme pour la goûter et la comprendre.

Pour une fois, chers lecteurs, je ne vais pas vous demander conseil pour me décider, ça va rester face à moi-même. En revanche, tous les avis, remarques, conseils, etc, sur le processus ou ses données d'entrées (notamment lesdits podcasts) sera bienvenue.

Publié le 28 avril 2021

Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique

Nouvel Confinem'An

Au début du mois je croyais être originale avec mon idée de rétrospective sur un an de bouleversements liés à l'actualité, et je vois depuis une semaine qu'en fait pas du tout, mais j'ai l'impression d'avoir quand même quelques pierres intéressantes à jeter sur l'édifice.

Après avoir fait la bamboche pour le Nouvel An grégorien, puis pour le Vieux Nouvel An, puis pour le Nouvel An chinois, quoi de plus naturel que de fêter le Nouvel Confinem'An ?

J'ai déjà écrit moult fois que je ne suis pas douée pour les rétrospectives et autres bilans de nouvelle année, parce que je cherche les leçons au fur et à mesure de ma vie, et j'ai en permanence suffisamment de recul pour ne plus rien avoir à trouver à l'heure traditionnelle des bilans.

Je le pense toujours en général, mais 2020 a eu la particularité d'être riches en bouleversements, et m'y adapter m'a fait changer inhabituellement rapidement. Donc je pense qu'il y a des choses intéressantes à trouver en comparant Moi-d'Il-Y-A-Un-an et Moi-Maintenant.

Le calme avant la tempête

Je vais quand même faire un peu comme tout le monde, et je vais commencer par le récit de mon Avant-Catastrophe, les derniers jours avant la catastrophe. J'ai déjà décrit ici mon assignation à domicile, mais pas encore ce que j'ai vécu juste avant.

Je ne suis pas tellement au courant de l'actualité, peut-être un peu plus maintenant qu'à l'époque, donc j'ai passé le mois de janvier 2020 dans l'insouciance la plus complète.

Au mois février 2020, il a commencé à être plus souvent question de coronavirus, ça a réveillé des vieux souvenirs de cours de virologie, et je l'ai pris avec la rigolade des trucs graves sur lesquels je n'ai aucun pouvoir et qui ne concernent pas vraiment, par exemple en jouant avec le mot « coronannuler ».

Au début du mois de mars 2020, je m'attendais à ce que la vague épidémique traverse la France, mais j'avais encore relativement confiance dans les dirigeants de ce pays pour gérer ça à peu près correctement.

Et par « confiance » et « à peu près correctement », je m'attendais à quelque chose du même ordre que les gilets jaunes et la grosse grève des transports sur le quotidien, éventuellement avec un côté crise de 2008 par-dessus. Peut-être un peu plus fort que tout ça, mais dans le même ordre de grandeur. De la pagaille mais pas une catastrophe, quoi.

Je voyais ce que l'on appelait à l'époque les « confinements », en Chine puis en Italie, un peu comme quelqu'un qui s'ampute un membre tout seul, mais à l'échelle d'une nation : une catastrophe héroïquement auto-infligée pour éviter une catastrophe encore pire.

Quand c'est loin, comme randonneur de l'extrême tout seul dans la cordillère des Andes dont une jambe est coincée sous un immense rocher après un éboulement, ou comme un confinement en Chine, je trouve que c'est une mesure exagérée pour ce que je connais mais peut-être raisonnable dans ce contexte (je ne connais pas du tout l'état des services de secours dans la cordillère des Andes, si ça se trouve ils n'ont rien à envier à Paris).

Quand c'est plus proche, comme un ouvrier du bâtiment dont une jambe est coincée dans une machine alors qu'il est tout seul sur le chantier en Île-de-France, ou comme un confinement en Italie, je trouve que c'est une mesure exagérée qui ne peut être envisageable que parce que beaucoup de choses ont indépendamment tourné horriblement mal (la machine n'aurait pas dû pouvoir être utilisée avec des membres à proximité, un arrêt d'urgence aurait dû être possible, l'ouvrier n'aurait pas dû être seul, des secours auraient dû pouvoir intervenir avant que quiconque ait le temps de s'auto-amputer, etc).

L'Italie était cependant assez loin de moi pour que tout ça ne reste qu'une histoire, au moins au niveau de la charge émotionnelle.

Je n'en ai plus de souvenir aujourd'hui, mais d'après mes notes, c'est le soir du jeudi 12 mars 2020 que j'ai commencé à ressentir inquiétude et incertitude, suite au discours présidentiel. Il me semble que ce n'était pas le fond des décisions, mais la façon de le communiquer, qui a enterré mon impression qu'il y avait un plan tenu secret par plaisir de prendre les gens pour des cons, et que c'étaient juste une bande de poulets décapités perdus sans leur playbook.

Cela dit, ce ressenti était loin de me submerger. Dans différentes rétrospectives je lis que des gens étaient sidérés, d'autres étaient en larmes, etc ; de mon côté j'ai seulement élargi la gamme de futurs potentiels que j'imaginais.

Même si je serais une très mauvaise survivaliste, j'ai été exposée aux idées des preppers, et j'ai réfléchi aux différentes formes de rupture de normalité. J'étais donc capable d'imaginer des scénarios bien pires que ce qui me semblait réaliste dans cette période.

Globalement, la maladie ne me semblait pas assez grave pour remettre en question les infrastructures, donc une bonne part de la normalité me semblait fiable à court terme. Je n'aurais pas fait de pari sur leur survie à moyen terme, car les conséquences indirectes me semblaient floue (par exemple, je pouvais envisager un soulèvement populaire qui mènerait à un quatrième empire qui mènerait au sabotage d'infrastructures par la résistance).

Le vendredi 13 mars 2020, j'ai pour la première fois emmené mon ordinateur portable professionnel chez moi en rentrant du boulot, « au cas où ». Et j'ai pu voir que le VPN était mal configuré.

Le samedi 14 mars 2020, j'étais encore suffisamment dans l'entre-deux pour aller faire des courses peu urgentes comme si la vie allait continuer normalement mais que je ne pourrai peut-être bientôt plus les faire.

Par exemple, j'ai acheté une recharge de thés et d'infusions pour mon lieu de travail, alors qu'il devait me rester deux semaines de réserve. Donc j'étais à la fois en train de craindre des problèmes logistiques futurs, tout en supposant une présence dans les locaux de mon entreprise pour des semaines.

D'ailleurs hier, le mardi 16 mars 2021, j'ai retrouvé cette sensation, en réorganisant mes plans pour refaire une réserve de lentilles de contact, par crainte que ça devienne rapidement beaucoup plus difficile.

La vie n'est pas un film catastrophe

Par rapport aux différents scénarios-catastrophe auxquels je me suis préparée dans cette deuxième semaine de mars 2020, j'ai fait une erreur majeure sur l'appréciation de la vitesse d'évolution de cette situation.

Je pensais que la maladie se répandrait comme une traînée de poudre, et que l'assignation à domicile généralisée ne ferait que retarder l'inévitable (j'ai peut-être été influencée par les réflexions de David Madore qui ont été la principale source d'approvisionnement des miennes).

Je m'attendais donc à une crise sanitaire aigüe, qui se consume violemment et rapidement, et qui serait la partie « facile » du scénario, et dont découleraient des crises secondaires, sociales, politiques, économiques, ou autres, ou en combinaison, et qui seraient les vrais tests de notre civilisation.

Bref, j'ai confondu une pandémie avec un tsunami ou un tremblement de terre ou un glissement de terrain ou une éruption volcanique.

Je suppose que c'est à ça qu'on voit que j'ai eu des cours de virologie mais pas de cours d'épidémiologie.

Avec le recul, je pense que c'est de cette mauvaise appréciation qu'a découlé mon craquage : j'étais partie pour encaisser la partie sanitaire en serrant les dents, pour voir comment gérer durablement la suite, et en réalité la partie sanitaire avance au ralenti et il n'y a pas (encore ?) de partie suivante.

D'ailleurs je trouve que pour cet examen planétaire, nous avons tiré un sujet plutôt facile, sans vouloir manquer de respect aux victimes et à leurs proches, et c'est probablement aussi marqué d'un biais de virologie sans épidémiologie. Il n'y a comme difficulté particulière que son R₀ à 3 (comme on le croyait à l'époque), de son côté respiratoire, et des séquelles (qu'on ignorait à l'époque).

Je ne voudrais pas angoisser inutilement mon lectorat, mais c'est un virus fragile (il en existe qui survivent des semaines sur les surfaces inertes), dont la contagion est courte (on compte des jours, pas des mois ou des années), dont les symptômes visibles surviennent rapidement (pareil, des jours), qui ne se transmet que de personne à personne, sans vecteur animal (va tracer les contacts des moustiques), sans réservoir animal (imagine un pathogène qui passe indistinctement des muridés aux humains et vice-versa), sans évasion du système immunitaire d'un individu infecté, et qui a touché en premier des pays riches (donc on a jeté des tonnes d'argent dessus avant d'avoir des dizaines, voire des centaines, de variants à faible immunité croisée).

Et sincèrement, vu la prestation mondiale, je suis très pessimiste sur les futures pandémies.

Et ce d'autant plus que je crains que les réactions politiques à la présente pandémie soient similaires aux réactions au terrorisme, en retirant des ressources aux mécanismes utiles en général pour les donner à ce qui aurait été utile seulement pour l'attentat ou la pandémie qui vient de se produire (par exemple multiplier les lits de réanimation en faisant des économies sur le savon dans les toilettes).

Natologie de crise

De la même façon que ce n'est que lorsque les choses tournent mal qu'on peut voir la qualité des systèmes automatiques, les situations dégradées montrent des facettes profondes des gens qui permet de mieux les connaître. Ou plutôt, en l'occurrence, se connaître.

J'ai l'impression pécher par arrogance quand j'écris, comme dans Usurper ou suivre ?, que je me sens capable de garder la tête froide dans un panel de situations plus large que la plupart des gens que je côtoie, et que même dans la pression et les imprévus je suis capable d'adapter les décisions tactiques à un environnement imprévu et changeant.

Ce basculement d'il y a un an me semble être un nouvel exemple de situation dégradée que j'ai plutôt bien géré, aussi bien tactiquement que stratégiquement à court terme, avec pour seule limite l'erreur d'appréciation déjà évoquée.

En y repensant, j'ai l'impression que ce résultat n'est pas seulement une question de garder la tête froide et de rester pragmatique, mais aussi de gérer l'inconnu.

Ma tendance naturelle à l'autodévalorisation m'empêche de me considérer confortablement comme intelligente, au point d'invoquer Mme Golovina pour en parler, mais un autre contournement est de chercher une caractérisation plus précise : il n'y a moins d'ego dans « j'ai des facilités dans tel domaine précis » que dans « je suis intelligente ».

La plupart de mes bons résultats professionnels me semblent imputables en majorité à un seul « super-pouvoir » : ma capacité à gérer l'inconnu.

L'exemple le plus frappant est la rétro-ingénierie. Je peux voir passer une fonction get_special_foobar, et continuer sans avoir la moindre idée de ce qu'est un foobar et en quoi celui-ci est spécial. En continuant, je vais peut-être inférer une certaine intuition des foobar spéciaux ou non, et éventuellement réviser ce que je croyais savoir à la lumière de nouvelles informations (dans une démarche similaire à mon habituelle recherche de la vérité).

Je ne sais pas s'il y a deux mécanismes différents dans le fait de continuer malgré l'inconnu, et dans le fait de manipuler des concepts malléables et de remettre en question leurs dépendances à chaque mise à jour. Je les ai traités comme deux points différents d'un même continuum d'une seule compétence, mais je peux me tromper.

Dans le cas de mars 2020, comme les infrastructures ont globalement très bien résisté à la crise, faire face à la rupture de normalité ne reposait pas sur le remplacement de ces infrastructures (comme on voit souvent chez les preppers), mais seulement sur l'adaptation aux changements quand ils viennent et la gestion de l'incertitude sur les changements futurs.

Pour diverses raisons personnelles, je ne m'attends pas à survivre aux pires scénarios des survivalistes, et je ne cherche pas à pouvoir y faire face. À quoi bon apprendre à braconner gibier et poissons quand on a besoin de nutriments qu'ils n'apportent pas ? Je suis en paix avec mon extinction en même temps que celle de notre civilisation.

Quelque part, cette crise est juste au niveau idéal de mes capacités : juste assez peu grave pour éviter mes points faibles, et juste assez grave pour mettre en valeur mes points forts.

Cela dit, c'est bien gentil de mettre en valeur mes points forts, mais ça reste la méga-merde dans ce pays, et à choisir j'aurais préféré me passer de cette leçon et ne pas déménager en Absurdistan.

À ce stade, je me demande juste si je n'aurais sur-compensé ma tendance à l'autodévalorisation. Ce billet est-il trop arrogant ? Suis-je au bord de l'overdose d'autosatisfaction ? Me faut-il en urgence une injection intracardiaque d'humilité ?

Publié le 17 mars 2021

Tags : Autoexploration Évènement Vision atypique

Body by You

Depuis presque six mois, je pratique les exercices décrits dans le livre Body by You, écrit par Mark Lauren et Joshua Clark, et je pense qu'il est de partager mon expérience. Je vais donc vous décrire comment j'ai décidé de me lancer, ce que j'en pense aujourd'hui, et comment j'imagine l'avenir.

Le contexte

J'ai découvert ce livre il y a presque six ans, chez Balise qui l'a essayé et adopté.

J'en ai sécurisé une copie, pleine de bonnes intentions qui ne sont pas concrétisées parce que je n'ai pas trouvé de place pour ça dans ma vie.

Ce livre et ces bonnes intentions ont donc gentiment pris la poussière jusqu'à l'année de tous les chamboulements qu'a été 2020.

Pour survire à 2020, j'ai dû devenir 2020 j'ai privilégié ma santé mentale, au point de plutôt bien vivre le premier confinement, mais au prix d'une certaine négligence sur l'entretiens de mon corps.

Comme les mesures court-termistes n'ont pas éteint cette crise, j'ai moi aussi renoncé aux mesures exceptionnelles pour les remplacer par une forme de « vivre avec », et cette transition n'a pas été sans douleur.

Bref, tout ça pour dire que dès l'été 2020, je me suis posé la question de quoi faire pour assurer l'entretien pérenne de la machine biologique qu'est mon corps, malgré les circonstances dégradées.

C'est là que j'ai dépoussiéré ce livre, car son pitch de proposer des exercices physiques à faire chez soi, sans équipement particulier, répond parfaitement au cahier des charges. Le fait qu'il ait été testé et approuvé par quelqu'un que j'estime a suffi à me faire lire ce livre.

Résumé du livre

Je ne sais pas trop à quel point rentrer dans les détails du livre, d'un côté je ne veux pas tuer l'intérêt de sa lecture, mais d'un autre côté je vais avoir besoin de m'appuyer sur certains éléments pour en parler dans la suite.

L'idée d'ensemble est de proposer un programme d'exercices physiques, orientés vers le travail en force plutôt qu'en endurance (c'est-à-dire anaérobique plutôt qu'aérobique), en utilisant le poids du corps plutôt qu'une collection d'équipements coûteux.

C'est à peu près la même description que You Are Your Own Gym, des mêmes auteurs, qui semble avoir eu un certain succès auprès des hommes. Body by You essaye donc de vendre ce principe à un public féminin.

Les exercices de force cherchent à épuiser rapidement les muscles en travail à la limite de la force qu'ils peuvent fournir, ce qui veut dire affiner la difficulté au fil des gains de force. En général, ça se fait dans une salle de musculation, avec divers poids pour affiner l'effort demandé aux muscles.

Pour faire ce travail avec uniquement le poids du corps, on peut affiner l'effort avec la géométrie de l'exercice. C'est plus facile à visualiser sur un exercice de types « pompes » : par rapport à une position de référence avec les mains et les pieds au sol, si on utilise un tabouret ou une table pour mettre les mains plus hautes, une plus grande proportion du poids du corps est portée par les pieds, et l'exercice est plus facile pour les bras ; à l'inverse garder les mains au sol et poser les pieds plus haut déplace le poids du corps vers les bras et rend l'exercice plus difficile.

L'intérêt principal du livre me semble donc être le catalogue d'exercices qu'il propose, avec 25 niveaux de difficultés dans 5 familles d'exercices, ce qui permet d'ajuster la difficulté au fil de la progression. Chaque famille cible un groupe de muscles différent : la flexion des bras (avec des exercices de type « tractions »), l'extension des jambes (type « flexions »), l'extension des bras vers l'avant (type « pompes ») ou vers le haut (je ne connais pas d'exemple typique), et je ne sais pas trop décrire succinctement la dernière famille mais elle a l'air de complémenter la deuxième pour faire travailler les jambes.

Quant à l'ajustement de la difficulté, il est assez simple : dès qu'on arrive à faire proprement toutes les répétitions prescrites, c'est que l'exercice est devenu trop facile, et on passe au suivant.

La deuxième partie du livre détaille ces 125 exercices, ainsi que le programme sur quelles familles faire à quel moment, et sur quels critères progresser dans les niveaux de difficultés.

Avant ça, la première partie du livre défend les principes de son programme, notamment en descendant les exercices aérobiques d'endurance et en expliquant que malgré la connotation virile de la musculation, ce n'est pas en 1h30 d'exercice par semaine sans prendre de substances douteuses qu'on arrive à un corps de body-buildeuse.

Ce dernier point a beau avoir l'air ridicule, je n'y ai pas été complètement insensible, parce que je ne pars pas vraiment avec un corps de nymphette…

Pour le reste, en résumant le reste à la hache, travailler l'endurance ça rend plus endurant (incroyable, non ?), ce qui passe par les fibres lentes, ce qui rend les muscles plus efficaces, donc il faut y passer de plus en plus de temps pour y laisser le même nombre de calories ; temps qui est déjà initialement assez énorme vu qu'on ne veut pas y mettre trop de puissance pour ne pas se muscler. Et en plus il y aurait plus de situations pratiques dans lesquelles utiliser sa force que son endurance.

Enfin la troisième et dernière partie du livre parle de nutrition, et je suis incapable d'en parler parce que je ne l'ai pas lue, ça n'a pas l'air de voler très haut et ce n'est pas ce que je demandais à ce livre.

Les impressions a priori

Il y a deux aspects qui m'ont beaucoup plu dans la présentation qui est faite ce « programme » : il est à la fois directif et argumenté.

Par directif, je veux dire qu'il donne des instructions très claires sur quoi faire, quand, et comment, chose que je n'ai pas du tout vu dans You Are Your Own Gym. Je n'ai aucune envie de me prendre la tête à concevoir un programme d'exercices physiques, ni surtout de monter en compétence dans ce domaine au point de pouvoir le faire à partir d'un catalogue d'exercice, je veux sous-traiter cette conception.

Et par argumenté, je veux dire qu'il détaille l'architecture de cette conception. On peut trouver des tonnes de programmes d'exercices physiques sur le 'ternet, et la plupart ne sont promu que par le coach Untel fait ça et ça lui va bien. Je ne veux pas monter en compétence au point de savoir faire un programme, mais je veux quand même comprendre l'architecture de ce programme, et plus basiquement pourquoi je devrais faire ce qu'il propose de faire.

Concrètement, j'ai reconnu que les différentes familles d'exercices font travailler les bras et les jambes dans les deux sens, ce qui couvre tous les membres, et je fais confiance à l'auteur quand il prétend que tous les exercices contribuent à faire travailler le tronc, soit activement dans l'exercice soit pour conserver la posture prescrite. Donc il y a une certaine confiance fondée dans le fait que ce programme est complet.

De la même façon, les nombres de séries et de répétition proposées sont cohérents avec ce que j'ai pu voir par ailleurs, ce qui m'amène à avoir suffisamment confiance pour ne pas remettre en question l'ordre des exercices ou le temps de récupération entre chaque série.

Une fois passée la peur de ressembler à Musclor, ce qui m'a convaincue a été cette impression de faire un truc qui a du sens alors que je ne suis pas capable de concevoir ledit truc.

Cela dit, entre une proposition intellectuellement intéressante et la mise en pratique sur la durée, il y a un gouffre, et je ne me suis lancée avec de gros doutes sur ma future assiduité.

Les impressions au bout de six mois

Le poids des mots

Ça se voit sans doute dans ce billet, mais objectivement, le meilleur mot pour désigner ces exercices physiques, qu'on les considère comme anaérobiques ou comme travail en force, serait « musculation ».

J'ai beau me considérer comme relativement progressiste, je n'ai pas peur de m'approprier des loisirs largement considérés comme masculins, comme l'informatique ou la moto, je n'arrive pas à utiliser ce mot. Je reste sur « exercices » ou « sport », et je ne sais pas trop quoi y faire.

L'assiduité dans la durée

J'ai fait ma session de calibration de difficulté fin août 2020, et le lundi 31 août 2020 j'ai fait ma première séance. Ce billet est publié le dimanche 28 février 2021, soit 26 semaines plus tard, et pendant ce temps j'ai fait 77 séances.

Le programme demande trois séances par semaine, donc j'aurais dû en faire 78 dans cette période, alors que ma 78ème sera demain. J'ai donc une séance ou un jour de retard (en fait deux, vu qu'il y a toujours un ou deux jours de repos entre deux séances).

Et pendant tout ce temps, j'ai bien maintenu un ou deux jours de repos entre chaque séance, à une exception près à trois jours, et j'ai adapté mes possibilités de séances à mon emploi du temps en variant la répartition des pauses de deux jours par rapport aux pauses d'un jour.

C'est donc un succès inespéré au niveau de l'assiduité.

La solitude à double tranchant

Une bonne part de cette assiduité vient du fait que ce sont des exercices à faire chez soi, sans avoir de temps de trajet pendant lequel se démotiver, ni de regard des autres et tout ce qu'il provoque.

L'inconvénient, c'est qu'avec seulement une description textuelle et quelques photos, je ne suis pas sûre du tout de pouvoir juger si un mouvement est bien fait ou non, et il n'y a personne pour me regarder et commenter.

J'imagine que les exercices ont été choisis pour être sûrs et pas trop difficiles à réaliser en solitaire, mais j'ai subi beaucoup de doutes.

En particulier j'ai une souplesse catastrophique au niveau des hanches, et il y a deux familles d'exercices sur les cinq qui sont manifestement prévus pour des gens beaucoup plus souples que moi à ce niveau. J'ai adapté comme j'ai pu en essayant de rester dans l'esprit de l'exercice, mais je ne sais pas du tout à quel point ce que je fais est juste.

Et c'est d'autant plus difficile quand l'esprit de l'exercice n'est pas clair, comme c'est le cas pour la cinquième famille.

Mon impression initiale était qu'elle servait à muscler les parties de jambe qui ne sont pas couvertes par les exercices de type « flexion », puisque les flexions travaillent surtout le quadriceps, alors que cette cinquième famille met l'accent sur le fessier et les mollets.

D'un autre côté, le nom de cette cinquième famille est « bending », littéralement « se plier », et la description générale de la famille parle d'assouplir les hanches, et l'assouplissement est à sa place logique en derniers mouvements de la séance. Cependant, je n'ai pas tellement constaté d'assouplissement sur moi, surtout avec la logique de travail en force, mais j'ai peut-être trop mal fait les exercices.

Et du troisième côté, les exercices de cette famille partent rapidement sur des mouvements de type « pont », qui porte sur la souplesse assez loin des hanches, tout en continuant le travail isométrique sur le fessier et les mollets.

Donc je fais ce que je peux, mais j'avoue qu'un coach qui sait comment Les mouvements sont censés être faits manque un peu parfois.

La réponse physiologique

J'ai souvent lu que l'activité physique, surtout intense, était censée faire produire des endorphines, et provoquer une sensation agréable. J'ai un peu moins souvent lu qu'elle est censée procurer de la « bonne fatigue », qui aide à dormir le soir.

Ce n'est pas sans déception que je n'ai constaté aucun de ces deux effets. L'impression qui domine mes séances et le temps juste après est plutôt de l'ordre « mais pourquoi est-ce que je me fais souffrir comme ça ? »

En revanche, j'ai eu droit à des nausées pas agréables du tout.

Les principales causes semblent être la déshydratation, l'hyperhydratation, et la digestion. J'ai fait plus attention à ma consommation d'eau sans voir de différence, et j'ai retardé la séance jusque vers 20h (au-delà l'exercice a un impact négatif sur mon endormissement), sans plus de succès.

Ce n'est qu'en essayant de faire mes séances le matin, à jeun, que j'ai trouvé comment éviter ces nausées.

Je me mande s'il n'y a pas un rapprochement à faire avec la mesure du « niveau de stress » par ma montre intelligente, qui me trouve sérieusement stressée du déjeuner au soir, alors que je n'imagine pas la digestion être aussi longue. Si seulement je pouvais savoir à quoi correspond exactement, au niveau physiologique, cette mesure propriétaire…

Bref, je n'ai malheureusement rien trouvé d'agréable ou de positif dans l'exercice lui-même, et je ne continue de le pratiquer que pour les objectifs indirects que j'attends sur mon corps. La réponse physiologique n'est qu'une contrainte de plus pour organiser mon emploi du temps.

Le respect du programme

J'ai beaucoup aimé le programme parce qu'il est directif, et je l'ai trouvé plutôt bien conçu. Je crois que c'est un principe général du travail en force que d'aller jusqu'à ne plus être capable de faire le mouvement, mais l'idée d'avoir un objectif fixe à atteindre, et dès qu'il est atteint de passer à un exercice plus dur, permet de voir une progression en continu, séance après séance.

Et je le sais d'autant plus qu'il m'est arrivé de ne pas suivre le programme sur ce point, par exemple en n'était pas sûre d'avoir vraiment fait correctement les dernières répétitions. Je me retrouve à la séance suivante à ne pas pouvoir progresser, vu que je suis déjà au maximum de répétition dans le système, je ne peux que régresser (ce qui serait frustrant) ou stagner (ce qui le serait aussi mais un peu mois).

Il y a une série d'exercices qui ne m'a plu du tout, les « Let Me In » à une main, parce qu'ils sont asymétriques, il ne semble pas y avoir d'instruction pour faire l'autre bras, et de toute façon ça mangerait trop sur le temps de récupération. En plus toute la série des « Let Me In », même à deux mains, me contrariait parce que ce sont les bras qui sont censés travailler, mais j'étais toujours limitée par mon endurance dans les jambes.

Du coup j'ai directement sauté du cinquième niveau de difficulté au neuvième, et j'ai été un peu surprise de ne pas être complètement incapable de gérer ce niveau de difficulté. Ce n'est peut-être quand même pas optimal, parce qu'il m'a fallu trois mois pour arriver à faire toutes les répétitions dans une séance.

Sur la progression de la difficulté en général, je n'attendais pas à ce que les échelons soient aussi bien espacés. Il y bien a eu quelques exercices qui ne m'ont pas semblé plus durs que l'échelon précédent, et il y en a deux qui m'ont été impossibles après avoir passé l'échelon précédent, mais il y a des suggestions pour diminuer provisoirement la difficulté d'un exercice le temps de le mettre en place.

Il y a aussi dans le programme un système de phase, dont je n'ai pas parlé. En première phase, toutes les séances sont identiques, alors qu'en deuxième phase le programme fonctionne par semaine, avec une séance plus intense au début, suivie d'une séance beaucoup plus légère pour récupérer sans perdre de progrès, et enfin une séance moyenne pour évaluer la progression. La troisième phase pousse cette logique encore plus loin, avec des groupes de deux semaines.

Dans ces phases, la structure hebdomadaire me laisse penser que je ne peux plus choisir librement la place des pauses de deux jours, j'imagine que l'exercice plus intense suppose qu'il est précédé de deux jours de repos.

Or ma vie n'est actuellement pas assez stable pour que je puisse me passer de la souplesse de poser mes jours de repos quand je veux (surtout avec les contraintes sur le moment dans la journée où je peux les faire), en respectant la moyenne de trois jours par semaine, mais en décalant ainsi quels sont les trois jours.

J'ai abandonné le critère de changement de phase juste après avoir sauté la série d'exercices qui ne m'a pas plu, et je me suis dit qu'après un saut comme ça c'était normal de ne pas progresser tout de suite dans la liste des exercices, et j'ai pris le progrès comme la capacité à faire de plus en plus de répétitions bien faites, et avec ce critère révisé je ne plafonne pas encore.

Je vois cependant le progrès ralentir, donc j'imagine que la question du changement de phase va se poser de plus en plus sérieusement, et je ne sais toujours pas comment la gérer.

Les résultats

Donc si je continue malgré ces impressions plutôt mitigées, c'est que ça marche assez bien, non ?

Comme David Madore le faisait si bien remarquer dans un tout autre contexte, déjà que veut dire « ça marche » ?

Comme dit au début de ce billet, je voulais entretenir la machine biologique qu'est mon corps. Je n'ai rien ressenti à ce niveau, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit mesurable.

Un objectif secondaire mais mesurable était de descendre mon BMI en dessous de 30, parce que le corps médical est particulièrement pénible avec ce seuil.

Et en même temps, ce ne sont pas vraiment des objectifs pour les exercices physiques décrits dans le livre qui est le sujet de ce billet, mais pour l'ensemble des exercices physiques que j'ai ajoutés à ma vie. C'est-à-dire en plus de ces exercices, des séances de marche vive (je n'arrive pas tout à fait à 6 km/h, mais je n'en suis pas trop loin), environ une heure par jour, sur la même période de six mois.

Et à ce niveau, il faut voir les choses en face, c'est un échec total, ma balance en atteste.

D'un autre côté, j'ai longtemps pris pour vrai (sans avoir de sources sérieuses) que la plupart des exercices physiques sont plutôt inefficaces pour perdre du poids, parce que ce qui est perdu en graisse est gagné en muscle. Je ne saurais pas trop juger à ce niveau-là, je n'ai pas constaté de changement flagrant dans aucune mensuration, mais je ne sais pas trop les prendre sans une marge d'erreur considérable.

Pour se donner des ordres de grandeur, d'après ma montre connectée, chaque séance consomme environ 200 calories, ce qui correspondrait à une perte d'environ 290 g par mois, j'étais à l'équilibre énergétique avant et si je changeais en rien mon alimentation (ce sont probablement deux hypothèses fausses).

Je ne sais pas à quel point c'est une coïncidence, mais avec 200 calories par séance d'une bonne demi-heure, en comptant les temps d'effort et les temps de repos, j'arrive à la même puissance moyenne que mes séances de marche en continu. Cette puissance serait de plus de 400 W, ce qui me paraît démesurément grand, donc je me demande si mon intuition est mal calibrée (peut-être sur la puissance sortie plutôt que sur la puissance consommée, si le rendement est très mauvais) ou la mesure de la montre est optimiste.

En choisissant un entraînement en force, je me suis dit que j'allais bénéficier de ces gains en force. Ce n'est pas un objectif direct, mais si c'est un bénéfice en passant, je ne vais pas cracher dessus.

En y réfléchissant, j'ai remarqué qu'il n'y a aucun moment dans ma vie où j'ai l'impression de manquer de force. Je ne suis pas la demoiselle en détresse coincée devant bocal impossible à ouvrir. De façon générale, j'ai des outils, je n'hésite pas à m'en servir, à tel point que je n'essaye même pas de forcer.

Je me souviens il y a plusieurs années, il y avait sur mon lieu de travail une porte un peu dure à ouvrir, et plusieurs collègues masculins se plaignaient de ne pas y arriver, alors que ça ne me posait pas spécialement de problème. J'ai fini par comprendre qu'ils tiraient avec la seule force d'un seul de leur bras, alors que mon bras ne servait que de couplage mécanique pour ouvrir cette porte à la force de mes cuisses.

Donc je ne saurais pas trop dire si je suis plus forte, mais en tout cas ça ne m'apporte rien au quotidien.

Cela dit, en revisitant les exercices passés, la progression est flagrante, donc je suis plus forte au moins sur ces mouvements particuliers. La question de la transférabilité de cette force reste complète.

D'ailleurs un défaut de ce système qui utilise le poids du corps dans différentes géométries, c'est que la progression n'est pas numérique. Si j'étais sur une machine avec 2 kg dans la première séance, et 5 kg six mois plus tard, non seulement la progression est flagrante, mais elle est en plus quantifiable.

Conclusion

Sur le principe, je suis très contente de ce livre, il fait l'exploit de me convertir aux exercices physiques, en m'apportant exactement tout ce qu'il me fallait pour le faire.

J'en suis d'autant plus peinée par le manque de résultats visibles, malgré la diversité des directions dans lesquelles je les ai cherchés.

J'aimerais bien continuer, peut-être même faire encore plus d'exercice physique, mais à chaque fois que j'y pense je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec le « si ça ne marche pas c'est qu'il en faut encore plus » des shadoks et des mesures sanitaires répressives.

En supposant que j'arrive à trouver une raison convaincante de continuer l'entretien de mon corps par l'exercice physique, en plus de la marche qui couvre l'endurance que j'ai envie d'avoir, et de ces exercices qui couvrent la force en général, j'ajouterais bien des exercices d'assouplissement. J'aimerais beaucoup trouver un programme directif et justifié comme celui-ci, mais pour les assouplissements, pour l'instant je n'ai rien trouvé comme ça.

Publié le 28 février 2021

Tags : Autoexploration Évènement

En vrac 3

Je continue la série des billets en vrac, en gardant la formule précédente, tant qu'il n'y a pas de demande pour ajuster d'une façon ou d'une autre.

J'ai l'impression que ça fait un peu trop de liens balancés d'un coup, j'ai envie de faire un « En vrac 4 » plus court, mais j'hésite encore entre le faire plus tôt et filtrer plus rigoureusement les liens partagés.

Publié le 14 février 2021

Tags : En vrac

Garmin Vívomove Style

Depuis un peu plus de six mois, je porte une montre connectée Vívomove Style de chez Garmin, et dans ce billet je vais vous expliquer comment j'en suis arrivée là et ce que j'en pense.

Je sais que ces jours-ci la pub' est hors de contrôle, mais ce weblog garde son parfum très « l'an 2000 », et j'ai acheté tous les appareils mentionnés avec mon propre argent, de ma propre initiative, et sans aucun autre lien commercial ou communicatif avec les entreprises concernées.

Photo de la montre à mon poignet

Dans les épisodes précédents

Pendant très longtemps, je n'ai porté que des montres qui donnent l'heure ou pas de montre du tout, et j'ai regardé tous les wearables avec une grande suspicion.

Et puis j'ai découvert Pebble, qui m'a intriguée au point d'en acheter plusieurs, et j'ai particulièrement aimé la Pebble Time Round, tant pour sa finesse et sa légèreté que pour sa programmabilité, et je l'ai détaillé dans le billet Pour une fois qu'un wearable me plaisait…

Je continue de regarder la grande majorité des wearables avec suspicion, mais je concède que certains peuvent me plaire.

Au fil du temps, j'ai régulièrement regardé l'offre de montres connectées, sans avoir l'impression qu'aucune n'arrivait à la cheville de cette Pebble.

Et puis sa batterie a fini par faiblir, au point d'expirer à peu près en même temps que la colle qui tient le boitier ensemble, et j'en ai été très triste, mais j'en avais encore un exemplaire de rechange, que j'ai utilisé comme la précédente.

J'ai sérieusement hésité à essayer de me procurer un nouvel exemplaire de rechange, tiraillée entre l'envie d'une solution plus pérenne et la pauvreté des modèles existants.

L'hésitation a continué jusqu'au printemps 2020, quand j'ai fait le calcul que ma première Pebble Time Round a tenu 2¾ ans, et que je pouvais donc m'attendre à voir expirer la deuxième fin 2020, ou début 2021 avec de la chance. À ce stade, j'avais perdu confiance dans la durée de vie des modèles d'occasion ou des modèles neufs restés sur étagère si longtemps.

J'ai donc commencé à chercher activement ma prochaine montre connectée, en me disant qu'avec les évènements mondiaux de 2020, l'apparition de nouveaux modèles et la distribution d'anciens modèles allait être difficile et qu'il valait donc mieux taper rapidement dans le catalogue existant.

Et puis en juillet 2020, un peu plus d'un mois après avoir reçu ce nouvel appareil, alors que je réajustais la montre sur mon poignet, j'ai senti quelque chose céder. J'ai l'impression que c'était la nappe reliant l'écran au circuit imprimé, mais je ne sais pas si j'ai fait céder la colle dans le même geste, ou si le boîtier s'est séparé à mon insu un peu avant.

La batterie fonctionnait encore plutôt bien, ce qui n'est finalement pas si étonnant après moins de deux ans d'utilisation. J'imagine que la batterie s'use en plus de vieillir, alors que la colle doit vieillir presque aussi rapidement sur étagère qu'à mon poignet.

Au lieu de chercher à faire de la micro-électronique, j'ai donc saisi l'occasion pour essayer mon nouveau jouet.

L'étude de marché

Je n'ai pas changé ma liste de critères depuis août 2018, à savoir, par ordre d'importance décroissante :

  1. donner l'heure,
  2. réveiller par des vibrations discrètes,
  3. avertir de l'oubli de l'ordiphone,
  4. avertir des notifications pertinentes,
  5. présenter un résumé desdites notifications,
  6. envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant,
  7. suivre des paramètres biologiques, par curiosité personnelle.

J'avais oublié dans la liste une demande forte d'encombrement minimal, car je n'ai aucune envie de me balader avec un palet de hockey sur le poignet ; j'aimerais bien que le style ne soit pas trop masculin, ce qui n'est pas gagné dans le domaine des wearables ; et je garde ma nette préférence pour les boutons par rapport aux écrans tactiles, surtout à cette échelle.

Je suis extrêmement réticente aux systèmes de « gestes » en général, et j'ai pu voir chez différentes personnes qu'un écran éteint qui devrait s'allumer quand on le regarde ne marche pas assez bien à mon goût.

Donc pour donner l'heure sans pourrir la batterie, il y a quelques technologies anecdotiques comme l'e-paper de la Pebble, et les montres hybrides, avec des vraies aiguilles qui donnent vraiment l'heure.

En plus les montres hybrides sont plus orientées vers le style que vers les geekeries, ce qui permet à la fois d'éviter les gadgets qui ne m'intéressent pas et d'avoir des modèles plus jolis et plus féminins.

Aujourd'hui la plupart des montres hybrides m'ont l'air très satisfaisantes sur les deux premiers points, le troisième est purement logiciel et rarement sur les plaquettes commerciales, donc ça se joue sur les points 4 à 6.

J'ai vu chez Fossil des façons assez ingénieuses de faire passer des informations intéressantes relevant du point 4 sans utiliser d'écran. J'étais un peu sceptique, mais pourquoi pas.

Une chose que j'aimais beaucoup sur ma Pebble était d'avoir le début des SMS en un coup d'œil, ce qui correspond au point 5, et techniquement j'aurais bien vu un écran habituellement éteint derrière les aiguilles. Ça tombe bien, c'est exactement ce que font la série Vívomove de Garmin, et les séries « hybride HR » de Fossil (et aucun de ces deux ne semblent avoir une page avec tous les modèles de ces séries mais aucun autre).

Avec ces deux finalistes, j'ai donc laissé tomber mon point 6, et sur le point 7 je prendrai ce qu'il y a.

J'ai quand même fait le tour des hybrides sans gros écran, des fois que d'autres critères me semblent compenser, mais ça n'a pas été le cas.

Après une longue hésitation j'ai fini par opter pour Garmin plutôt que Fossil parce que l'application Android et la gestion de l'écran ont l'air plus mûrs, probablement parce qu'ils en sont à leur troisième génération et que leur orientation de fitness plus sérieux rend leur clientèle plus regardante sur l'appli'.

La qualité des montres Garmin comme fitness tracker a peut-être joué, dans le sens où ça fait un argument de plus en défaveur de Fossil, alors qu'on aurait pu imaginer que des très bons retours en fitness tracker puisse compenser une certaine suspicion sur la maturité.

À l'inverse, l'absence de bouton chez Garmin et l'absence d'écran tactile chez Fossil plaident pour ce dernier, mais l'interface tactile semblait simple et les commentateurs en semblaient contents, donc je lui ai donné une chance.

Bilan après six mois

Mon impression d'ensemble est plutôt mitigée. Le progrès sur le plan esthétique et biométrique est indéniable, mais ça s'arrête là : tout ce que je faisais avec ma Pebble est moins bien fait ou impossible avec cette Vívomove.

Et c'est d'autant plus frustrant que le matériel est largement meilleur (quoique plus gros et plus lourd et sans boutons), et si au lieu d'être verrouillé avec le logiciel monomaniaque de Garmin on pouvait la hacker comme la Pebble pour faire ce que j'attends d'elle, j'en serais super-contente.

Donner l'heure avec style

De part sa nature hybride, cette montre donne l'heure en permanence, exactement comme je le voulais, et j'aime bien l'apparence de cette montre.

Dès le début je l'ai configurée pour ne pas s'activer sur mes mouvements, et rester une bête montre à aiguilles sans sophistication tant que je ne tape pas dessus.

C'est un peu dommage qu'il n'y ait pas d'éclairage intégré, ce qui empêche complètement de voir l'heure quand il fait sombre. Il faut alors double-taper pour activer l'écran, et si on n'a pas sacrifié un des widgets de l'écran primaire, défiler jusqu'à l'écran de statut avec l'heure.

Réveiller par des vibrations discrètes

Il y a bien une fonction réveil vibrant dans cette montre, qui marche relativement bien.

C'est un réveil à heure fixe, contrairement à d'autres concurrents il n'y a pas de fonction de réveil qui s'adapte aux cycles du sommeil. Ça ne me manque pas trop, parce que sur ma Pebble cette fonction ne marchait pas très bien et me réveillait presque tous les jours au tout début de l'intervalle.

Le moteur de vibration me semble un peu faiblard, peut-être un peu plus que ma Pebble, qui était elle-même faiblarde dans l'absolu. C'est pénible, mais je fais avec.

C'est juste dommage que la fonction « ne pas déranger », qui réduit au silence les notifications, réduit également au silence les alarmes. D'autant plus lorsqu'on met une plage de « ne pas déranger » nocturne automatique qui a le malheur de se terminer quelques minutes après l'heure de l'alarme.

Ça aurait été bien de pouvoir mettre une alarme qui vibre même en mode « ne pas déranger », et d'avoir un mode « ne pas déranger » basé sur l'analyse du sommeil et non pas sur des heures fixes…

Avertir de l'oubli de l'ordiphone

La fonction de vibration en cas de perte de connexion avec le téléphone existe et fonctionne bien ; elle est couplée avec une fonction de vibration quand la connexion est rétablie, dont je me passais plutôt bien avec la Pebble.

C'est juste dommage que la connexion soit beaucoup moins stable qu'avec la Pebble, et le nombre de fausses alertes dépasse largement le nombre de notifications que j'ai chaque jour. En plus la vibration est la même dans les deux cas, ce qui ne permet pas de distinguer haptiquement une notification d'une déconnexion et d'une reconnexion.

J'ai régulièrement des déconnexions/reconnexions même lorsque le téléphone est sur le bureau à 20 cm de la montre, avec seulement mon poignet entre les deux. Je me demande s'il y a un problème de force ou de directionnalité du signal, ou s'il suffirait de supprimer les alertes lorsque la reconnexion a lieu peu de temps après la déconnexion.

C'est aussi dommage qu'il n'y ait aucun widget pour afficher l'état courant de cette connexion. Le seul moyen de savoir est de naviguer dans un menu qui dépend du téléphone, comme l'historique des notifications ou le contrôle de la musique.

Avertir des notifications pertinentes

Aucun problème à ce niveau-là, j'ai bien une vibration pour chaque notification de l'ordiphone, avec la possibilité de filtrer suivant l'application émettrice.

Dans ce que j'ai lu des montres hybrides Fossil, je ne suis pas sûre que ce soit le cas pour tous les modèles, et ça a contribué à faire peser ma décision vers Garmin, qui n'a pas ce problème.

J'ai déjà écrit que je trouve le moteur haptique un peu faiblard, mais en la portant à l'intérieur du poignet, je n'ai raté aucune notification à cause de ça. Les seules que j'ai ratées sont dans les périodes où le spam de déconnexions et reconnexions m'ont désensibilisée.

C'est juste un peu dommage qu'il n'y ait pas de rattrapage des notifications lors d'une reconnexion, surtout avec le problème d'instabilité que j'ai évoqué.

Présenter un résumé des notifications

Cette fonctionnalité était au cœur de mon processus décisionnel, et dans l'ensemble ça marche assez bien : en général, j'arrive à tirer suffisamment d'information de ce qui est présenté sur la montre pour décider de la pertinence de saisir ou non le téléphone.

C'est juste dommage que l'espace d'affichage de la première page soit aussi mal géré : la moitié supérieure de l'écran est dédié à une icône qui représente vaguement le type d'application qui notifie, et la partie inférieure présente en gros le début du titre. Le contenu lui-même est relégué à la deuxième page.

Pour comparaison, la Pebble avait une icône de la taille d'une lettre majuscule, et le titre en gras de la même taille que le texte. Ce qui permet d'afficher des informations capitales lorsqu'il est difficile de faire défiler les pages.

Par exemple, un jour j'ai senti une vibration alors que je venais d'entrer sur le périphérique, un coup d'œil à ma montre indique qu'il s'agit d'un SMS venant de ma moitié, et je n'ai rien de plus. J'ai consulté mon électronique personnelle à la première occasion, c'est-à-dire au feu rouge après la sortie du périphérique, pour constater que le contenu était que je peux faire demi-tour car mon trajet est inutile. La Pebble aurait tout affiché, et d'un coup d'œil j'aurais pu décider de prendre la première sortie et revenir à mon point de départ.

C'est aussi un peu dommage de ne pas pouvoir configurer un affichage plus long pour les notifications que le time-out général de l'écran, que je préfère très court pour éviter le temps mort entre la fin d'interaction et le verrouillage de l'écran tactile.

Envoyer un texte prédéfini par SMS à un correspondant

Alors là c'est facile, ça n'est juste pas possible.

Je conviens tout à fait que c'est beaucoup demander, la taille de l'écran et les possibilités d'interaction ne permettent pas vraiment de composer un SMS, et rendent pénible même le choix d'un correspondant.

Mais il est clairement possible de préparer des messages généraux (comme « d'accord » ou « je suis arrivée au point de rendez-vous convenu ») à des destinataires préselectionnés.

Cette fonctionnalité m'intéresse d'autant plus que mon téléphone ces jours-ci me fait l'effet plus d'une tablette que d'un téléphone (j'en ferai un billet dédié), et je me passerais bien de devoir le sortir pour des petites choses comme ça.

Et ma Pebble avait en plus encore mieux que ça, la possibilité de configurer des actions scriptables, que ce soit à coups de requêtes HTTP ou d'intent Android ou autres plateformes d'automatisation. Je n'ai pas eu l'occasion de m'en servir en presque 5 ans de Pebble, mais je peux imaginer utiliser cette fonctionnalité lorsqu'elle est disponible, si les circonstances se présentent.

Suivre des paramètres biologiques

Je n'ai pas arrêté de me plaindre que Garmin est un fabriquant de fitness trackers qui a l'air de faire des fonctionnalités de montre à contre-cœur, c'est que le côté fitness tracker doit être bon, non ?

Pour commencer positivement, je suis très contente du suivi de rythme cardiaque, il a l'air de tomber à peu près juste à chaque fois que je le mesure inopinément (sauf lorsque le capteur s'emballe manifestement, quand le bracelet est trop lâche), et les variations tout au long de la journée m'ont beaucoup intéressée.

Je me croyais tout le temps au bord de la tachycardie, et les médecins qui mesurent ma tension ou mon rythme cardiaque n'y sont pas pour rien, alors qu'en réalité je dors à environ 60 bpm et dans la journée, dans un contexte sédentaire avec une activité intellectuelle habituelle, j'ai un peu plus de 80 bpm ; tandis qu'en cours d'activité physique j'ai entre 110 et 160 bpm suivant l'intensité.

J'aime bien aussi l'estimation de l'énergie dépensée dans les exercices physiques, même si j'aimerais bien aussi savoir le niveau d'incertitude sur ces nombres, avoir un affichage direct de la puissance moyenne, voire à partir de quelles données et sous quelles hypothèses c'est calculé.

Je suis beaucoup moins impressionnée par le compteur de pas, ça me fait l'effet d'être un peu le « Hello World » des appareils avec accéléromètre, et le compte des pas dans les activités de tous les jours qui ne font pas intervenir les jambes est assez ridicule.

D'un autre côté il se charge de me donner un objectif en nombre de pas, je n'ai pas osé regarder si ce n'est pas bêtement l'objectif de la veille ajusté par une proportion fixe de son écart avec la mesure de la veille, mais au moins ça m'a donné une barre indicative utile sans se prendre la tête.

Je ne suis pas tellement impressionnée non plus par le compteur de nombre de respiration, qui a l'air bloqué à 14 respirations par minute, sauf quelques jours à 13. D'un autre côté, il ne tient pas d'enregistrement pendant l'exercice physique, mais il utilise peut-être la valeur pour calculer les autres grandeurs, donc je lui laisse le bénéfice du doute.

Enfin il y a les indicateurs sophistiqués que sont le niveau de stress et le niveau de body battery. Les premières semaines j'étais impressionnée par leur exactitude, par exemple sans sentir de différence le matin, je pouvais prévoir mon niveau de forme l'après-midi en fonction du niveau de body battery restante le matin. Et puis un jour ça n'a pas collé, et puis un autre jour, et finalement avec plus recul je me demande si c'est plus efficace que l'horoscope ou le jet de dés.

En plus, j'ai l'impression que le niveau de body battery est une bête intégration du niveau de stress, ce qui me donne de gros doutes sur la pertinence de son niveau absolu.

Je suis particulièrement perplexe devant le niveau de stress, qui a l'air de bondir presque à chaque déjeuner et rester haut toute l'après-midi, voire le soir aussi, alors que subjectivement je ne me sens pas vraiment différente le matin et l'après-midi. Enfin, je suis plutôt du matin, et clairement plus efficace le matin que l'après-midi, mais pas à ce point.

Du coup j'aimerais beaucoup savoir ce que mesure exactement ce niveau de stress, et ce que je peux conclure de ce schéma. Est-ce qu'il détecte la digestion ? Si oui, est-ce une particularité de mon système digestif, ou une maltraitance habituelle de ce dernier ?

Encore une fois, je bute sur le côté complètement fermé et opaque du système Garmin.

D'ailleurs à ce niveau, une autre déception est la difficulté à sortir les données de chez Garmin. Je pourrais essayer de faire de choses intéressantes à partir des données brutes, comme sauvegarder une collection de traces GPS intéressantes, etc. En l'état, non seulement je ne peux consulter les données que des façons prévues par l'application, mais en plus je suis à leur merci quant à la pérennité de ces données.

Ce qui amène au suivi des activités : le système automatique est raisonnablement efficace pour détecter la marche et la course, mais très mauvais sur les autres activités que j'ai essayées (parmi lesquelles ne figure notamment pas le vélo), ce qui n'est pas très étonnant vu la position de la montre.

Donc à moins de se contenter du suivi du rythme cardiaque et des calories dépensées, il faut manuellement rentrer les paramètres de l'exercice dans l'application. Avec la rigidité dans la présentation et le manque d'export, je ne vois que des inconvénients par rapport à la saisie manuelle dans un fichier texte basique.

Pour la marche et la course, il y a un suivi GPS, en utilisant le GPS du téléphone puisqu'il n'y a pas d'antenne dans la montre, contrairement à d'autres montres connectées du même fabriquant. Malheureusement, la connexion entre le téléphone et la montre reste très mauvaise (et bien pire que pourrait laisser penser les alertes de déconnexion et reconnexion), et la montre reçoit la position à peu près un quart du temps lors de mes sorties, alors que je porte le téléphone à la ceinture à ma gauche.

Ce qui est particulièrement idiot, c'est qu'une bonne partie des traitements ont manifestement lieu dans la montre. Donc comme si c'était vraiment une montre avec GPS sauf en recevant les données GPS du téléphone ; et seulement quelques grandeurs sont calculées par l'application Android à partir des données qu'elle a accumulées. C'est comme ça que je peux me retrouver avec une vitesse moyenne qui est plus grande que ma vitesse maximale…

Et sans GPS, l'estimation de ma vitesse de marche est tellement mauvaise que si j'y pense trop je vais me mettre à douter sérieusement de toutes les mesures de cet appareil, car il la sous-estime pratiquement d'un facteur 2, tout en comptant les pas comme d'habitude, donc une foulée de l'ordre de 40 cm.

Ne pas m'abîmer la peau

Je ne sais pas si ça se voit bien sur la photo tout en haut de ce billet, mais le bracelet en silicone fourni avec cette montre laisse quelques rougeurs sur ma peau.

Il y a un équilibre délicat à trouver entre trop serré au point que la peau ne respire pas et la transpiration stagne, et trop lâche au point que le bracelet frotte et le capteur cardiaque sorte n'importe quoi.

Cet équilibre est rendu encore plus complexe par la communication par vibrations, quand le bracelet est trop lâche le corps de la montre vibre loin de moi et l'information ne passe pas, et quand il est trop serré le corps de la montre ne bouge plus et n'amplifie plus l'effet du moteur interne.

Je suis pour l'instant restée avec le bracelet d'origine, parce que le silicone a l'avantage de supporter la transpiration de l'activité physique (contrairement au cuir) et d'avoir des trous de serrage assez rapprochés (contrairement au métal et à beaucoup de cuirs). Je finirai peut-être par en chercher un autre, mais je ne sais pas encore trop suivant quels paramètres pour limiter les risques d'empirer la situation.

J'aime bien le métal, mais sur la Pebble il rendait les vibrations moins perceptibles, et le réglage de la taille du bracelet est généralement très grossier (sauf peut-être sur des bonnes mailles milanaises). Le cuir va mal supporter la transpiration des exercices, et je ne me sens pas de changer aussi souvent le bracelet. Le textile est une option à explorer, mais je crains d'avoir encore plus de risques de faire une faute de goût qu'avec les autres matières.

Avoir une interface à mon goût

Sans surprise, je ne peux pas donner mon avis sur un appareil avec un écran tactile sans faire un rant là-dessus.

Au moment du choix j'ai naïvement écouté les critiques qui disaient que l'interface à écran tactile demande une certaine adaptation, mais qu'on s'y fait.

D'accord, dans l'ensemble, j'arrive à peu près à faire ce que je veux faire, il n'y a que très peu de mauvaises reconnaissances (mais encore trop à mon goût), du moins tant que je ne bouge pas et que je ne compte pas les fausses activations par une autre partie de mon corps.

Mais lorsque je marche ou que je suis (passagère) en voiture, plus de deux tapes sur trois sont incorrectement considérées comme des glissements.

Ce qui n'arriverait pas avec des vrais boutons.

De la même façon, l'écran tactile propose parfois des choix entre deux ou trois possibilités, sur une zone de l'ordre du huitième d'écran, ou d'un demi-doigt dans chaque direction. Ce qui n'est pas un problème en temps normal, à condition de pouvoir regarder l'écran pour viser. J'ai essayé moult fois avec l'alarme, et je n'ai pas réussi à trouver de repère kinesthésique pour appuyer au bon endroit en aveugle. Ce qui est particulièrement pénible pour l'alarme du matin.

Et qu'est-ce que ça apporte ? Il me semble que les entrées tactiles se limitent à défiler dans un sens ou dans l'autre, valider l'item courant, choisir entre deux ou trois icônes, ou annuler. À limite en plus le double-tap pour la réveiller. Les quatre boutons de Pebble font des choses beaucoup plus expressives…

Sans compter qu'en plus, avec ma Pebble à l'intérieur du poignet et le bracelet réglé au plus efficace pour me notifier (sans aucune rougeur !), j'arrivais même à appuyer sur les boutons avec ma main gauche. Ces contorsions étaient bien moins efficaces qu'utiliser la main droite, mais beaucoup plus discrètes.

À leur décharge, j'imagine que l'écran tactile facilite énormément l'étanchéification du boîtier, mais ça n'allège pas mon inquiétude de voir de la buée se former à l'intérieur du cadran lors de mes sorties ces jours-ci.

Fonctionner sans connexion internet

Dans le genre Internet-of-Shit, il y a l'application Android qui tolère assez mal de ne pas avoir accès à internet, et qui n'est pas capable de recevoir des données de la montre si elle ne peut pas les envoyer en même temps sur les serveurs de Garmin après authentification.

Avec une bonne partie des données qui ne sont même pas consultables depuis la montre, et le reste qui peine à être vaguement utilisable si on veut aller plus loin que la valeur courante, l'application est vraiment indispensable à une utilisation normale de cette montre. On ne peut même pas ajouter ou effacer une alarme depuis la montre…

Résultat, si les serveurs sont indisponibles pour une raison ou pour une autre, je me retrouve avec une montre qui donne l'heure et qui accumule des données jusqu'à saturation de sa mémoire.

Verdict

Le résultat, c'est que cette montre est bien mais pas top, surtout pour des raisons tristement logicielles. Mais assez bien pour que je la garde pour l'instant.

Quoique pas assez bien pour ne pas me reposer plusieurs fois la question d'essayer une Fossil Hybrid HR, et je crois que si elle avait été moins chère et les critiques sur la qualité l'appli' moins répandues, je l'aurais tentée.

Si j'avais le savoir-faire en micro-électronique pour réparer mes Pebble en quelques heures, et les lignes d'approvisionnement pour être raisonnablement confiante dans mes capacités à en faire fonctionner une encore quelques années, je repasserais dessus sans hésiter.

Et comme trop souvent, je suis tentée par la solution nihiliste.

J'ai failli repartir dans un gros rant, mais il y a quand même quelque chose de pourri quelque part quand mes recherches d'alternatives pour un jeu de besoins donné se finit en « fait ch*er toutes ces c*nneries, je lâche tout ».

La Pebble contre la Vivomove concentre un peu tout ce qui me saoule dans l'électronique prétendument grand public ces temps-ci. La Pebble avait une interface plus rugueuse de prime abord, mais une fois assimilée elle était complètement fluide ; alors que la Vivomove rend bien les trois premiers jours, pour faire plaisir aux testeurs, mais ne permet pas d'éviter à long terme un niveau de friction qui m'agace à chaque interaction. La Pebble était un outil programmable, avec un écosystème de partage dont les non-programmeurs peuvent bénéficier ; la Vivomove est fermée, verrouillée, et rigide, utilisable pour les cas prévus par le suzerain numérique qui parfois daigne jeter des miettes de visualisation de ses données.

Je comprends bien que le grand public veut continuer à être escroqué sur la facilité de la technologie, et qu'il n'y a que moi qui trouve normal de passer des dizaines d'heures sur un nouvel outil avant de pouvoir en faire vaguement quelque chose. Je crois juste que je suis fatiguée de toutes ces entités gouvernementales ou non-gouvernementales qui prennent des gens pour des cons, et de tous ces gens qui leur donnent raison.

Enfin, c'est probablement très bien pour les gens qui ne veulent pas se prendre la tête à apprendre le fonctionnement d'un gadget, tout en acceptant comme une fatalité qu'on est toujours obligé de se prendre un peu la tête pour utiliser un gadget.

Alors que je me sens pencher de plus en plus du côté plombier chauffagiste dissident.

Publié le 27 janvier 2021

Tags : Jouets

Agentivité et pouvoir

Pour commencer, je vais souhaiter à tout mon lectorat de joyeuses fêtes de solstices et une bonne année 2021 (pour ceux qui liront ce texte à un moment où ces vœux sont appropriés).

Si vous ne venez que pour les vœux, vous pouvez vous arrêter là, parce que dans le reste du billet je vais me cuire la nouille sur la vie dans cette période particulière. Je ne vais pas particulièrement aborder la crise sanitaire elle-même, et les simagrées sanitaro-sécuritaires de ceux qui exercent le pouvoir ces jours-ci en France ne seront évoquées que rapidement, en tant que point causal de tout ça ; le fond de la réflexion est le voyage intérieur qui est entrepris en réaction. À vous de voir dans quelle mesure c'est safe par rapport à ce que vous pouvez encaisser.

Le point de départ est donc que j'ai mentalement déménagé en absurdistan autoritaire, ce qui revient moralement à une capitulation devant la montée de l'autoritarisme. Et je peine un peu à justifier cette capitulation, avec un « je n'avais pas le choix » qui rappelle furieusement une justification gouvernementale pas du tout à mon goût.

Parallèlement à ça, au cours de l'année 2020 je suis retombée sur le monologue de Buffy sur le pouvoir, et j'ai vécu plusieurs moments de high, que j'aurais presque envie de nommer en bon français « ivresse du pouvoir », lorsque j'ai soudainement pris conscience que je pouvais agir sur une situation alors que je croyais être condamnée à la subir.

Ça reste du pouvoir des situations ou des objets, toutes les émotions en rapport avec le pouvoir sur d'autres humains, qui semblent si courantes dans l'humanité, me restent encore complètement étrangères.

C'est peut-être plus proche de la satisfaction de résoudre un puzzle ou une énigme que du pouvoir sur les humains, mais la différence majeure entre les deux est qu'il y a un gain d'agentivité (mot à peu près français que je vais utiliser dans le sens de l'anglais agency qui a formé mon concept).

Car au fond, c'est cette « capacité à agir » qui relie tous ces points, que se soit par son absence, sa disparition, sa présence, ou son apparition.

Concrètement, une grande partie des bouleversements dans ma vie en 2020 auraient eu lieu même s'il n'y avait eu aucune contrainte gouvernementale ; il aurait suffi que les possibilités soient ouvertes (peut-être par gouvernement, notamment sur le télétravail) pour que je choisisse librement d'y recourir.

Il y a eu cependant quelque chose de malsain qui s'est passé dans ma tête lorsque ces choix m'ont été retirés. Même toutes autres choses égales par ailleurs la simple perte d'agentivité fait du mal.

Cela dit, ce mal reste bien moindre que celui causé par les autres bouleversements dans ma vie, qui se résument à devoir composer avec le théâtre sanitaire de l'Absurdistan.

Notez que j'ai bien conscience qu'il y a des traces d'aucun vrai Écossais cachées dans les trois paragraphes précédents : j'adhère complètement aux mesures que j'aurais prises volontiers pour moi-même en dehors de toute contrainte, et les mesures auxquelles je n'adhère pas le sont parce qu'elles m'ont l'air absurdes ou théâtrales. Ça ne me semble pas être un obstacle à la description de mes ressentis.

À l'inverse, découvrir une capacité à agir là où on ne s'attendait pas à en avoir fait son petit effet. Ce n'est pas un vase communiquant, et découvrir de la capacité à agir ne compense pas une perte d'agentivité par ailleurs, de la même façon qu'un petit plaisir ne peut pas compenser une douleur.

Ça ne devrait pas me surprendre, j'utilise souvent le jeu de go comme grille de lecture stratégique dans ma vie, et il y est clair qu'il y a un net avantage à jouer en sente plutôt qu'en gote, même s'il s'agit du même coup dans le même contexte. Je me souviens même avoir lu qu'il y a un avantage à forcer son adversaire à jouer un coup même s'il l'aurait fait de foute façon ou si ça semble bénéfique pour lui, mais je ne retrouve pas la source ni le contexte.

Où est-ce que je veux en venir avec tout ça ?

Je ne sais pas trop, et ça fait un peu tâche, mais à un moment il faut savoir accepter son imperfection. Je voulais juste, par ce billet, partager quelques révélations qui me sont venues récemment : l'application à mon vécu du concept d'agentivité, le lien entre ce concept et une forme de pouvoir et l'initiative au jeu de go, et son influence sur mon état émotionnel.

Vous y trouverez peut-être une meilleure conclusion que moi.

Publié le 30 décembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Réflexion

Déménager sans bouger

Comme dans le billet Je craque, je vais explorer dans le présent billet ma réaction à la crise en train de se dérouler et qui sature tant de média, donc je n'en voudrai à personne de zaper ce billet ou d'y revenir beaucoup plus tard. Cependant, la première partie est garantie sans covid, et développe simplement une révélation récente sur la différence d'état d'esprit entre déménager et partir en vacances.

Vacances ou déménagement

Il y a matériellement une certaine ressemblance entre partir en vacances et déménager : on se déplace avec un tas d'affaires du quotidien pour aller vivre ailleurs.

La différence fondamentale entre les deux est que les vacances sont provisoires, avec un retour à plus ou moins court terme vers la résidence habituelle, alors que le déménagement est un aller simple ; mais ces considérations ont plus d'impact mental que sur la réalité concrète.

D'accord, il y a une différence concrète sur la quantité d'affaires emmenées, parce que les lieux de vacances sont souvent équipés de plus ou moins d'objets du quotidien qu'il n'est donc pas nécessaire d'emmener, et parce que le déménagement implique généralement la perte du lieu de départ, donc il faut bien faire quelque chose de toutes les affaires qui s'y trouvent.

Mais au-delà de ces aspects logistiques, je m'intéresse ici surtout aux différences dans l'état d'esprit.

Les vacances comme les déménagements représentent une rupture dans la vie quotidienne, mais le caractère temporaire des vacances fait qu'on accepte beaucoup plus facilement des inconforts ou des contrariétés mineures dans ce nouveau quotidien. Pourquoi se battre si ce n'est que pour deux semaines ? Les bienfaits de la nouveauté (pour ceux à qui ça plaît) peuvent aussi faire oublier des points négatifs mineurs.

Les vacances sont même parfois vécues comme des révolutions contre le quotidien, donc certains ne cherchent même pas à se fabriquer un nouveau quotidien en vacances, et se contentent de prendre les choses comme elles viennent dans cette période.

À l'inverse dans un déménagement, la perspective du long terme va donner envie de corriger, ou de trouver un compromis, sur tous les points négatifs, même mineurs, pour trouver un nouveau quotidien au niveau de l'ancien.

Un autre effet du caractère temporaire des vacances est qu'on ne se purge pas complètement du quotidien « normal ». Même lorsqu'on prend des vacances dans le seul but de casser ce quotidien, on reste conscient qu'il faudra y revenir.

Donc même dans des vacances pour « se vider la tête », le quotidien reste quelque part dans un coin de la tête, comme en veille, prêt à être récupéré (avec plus ou moins d'effort) une fois rentré de vacances.

Tandis qu'un déménagement s'accompagne d'un travail mental pour « tourner la page », voire faire le deuil de son ancienne vie.

J'ai l'impression qu'on peut retrouver ce schéma dans d'autres domaines, mais si je vois plein d'homologues au déménagement, comme les ruptures amoureuses ou les changements d'employeur, j'ai du mal à trouver les homologues aux vacances qui leur correspondent.

Ma vie dans la crise sanitaire

Pour vous rappeler les épisodes précédents, j'ai plutôt bien vécu le premier confinement ; ensuite j'ai plutôt moins bien vécu le déconfinement parce que j'ai perdu ce qui m'a plu dans le confinement sans retrouver ce qui me plaît dans la vie normale ; et le comportement des diverses autorités a fini par me faire craquer.

Comment ai-je géré ce craquage ?

Mal, probablement, comme tout le monde. Je veux dire par là que je ne suis pas en train de vouloir donner des conseils, ou prétendre qu'il faut faire comme moi ; et je ne prétends même pas que c'était la bonne chose à faire à mon échelle ; je dis juste que c'est ce que j'ai fait.

J'ai déménagé, mais sans me déplacer.

J'ai abordé le premier confinement comme des vacances, comme une rupture temporaire de la normalité, avec un jour un retour au quotidien habituel, que j'ai même prédit publiquement.

Comme évoqué dans la partie précédente, j'ai donc accepté un quotidien anormal que je ne pourrais pas accepter durablement, et j'ai gardé dans un coin de ma tête la « vie d'avant » pour y revenir à mon retour de vacances crise.

Je pense même que ça a contribué significativement à mon vécu du premier confinement, même si ce n'était pas la nouveauté, mais la nécessité sanitaire, qui m'ont fait accepter le quotidien anormal. Et c'est aussi dans cette perspective que j'ai tout fait pour maintenir ma santé mentale, au détriment de ma condition physique.

Je pensais pouvoir tenir ce premier confinement très longtemps, car je me doutais bien que la pandémie ne serait pas réglée en quelques mois. D'ailleurs je crois encore que j'aurais pu tenir un premier confinement poursuivi jusqu'à Noël, moyennant des adaptations mineures et progressives.

Ce que je n'ai pas tenu, ce sont les demi-mesures et les inepties post-déconfinement, et j'ai craqué.

Et aujourd'hui je me retrouve à constater qu'en me relevant, j'ai déménagé.

Sans changer de coordonnées géographiques, j'ai déménagé dans un pays où il est de coutume d'abuser de son pouvoir à tous les niveaux hiérarchiques, dans un état proto-policier (où être en règle ne suffit qu'en période de « tolérance »), où il est normal d'instrumentaliser le pathos d'une anecdote pour refuser le contrôle d'un régime d'exception par un parlement de pacotille, où le fonctionnement normal est de changer les lois plusieurs par semaine sans logique ni cohérence. Certains diraient un absurdistan autoritaire, j'ai une formulation plus mesurée mais je n'en pense pas moins.

J'ai mentalement tourné la page de ma « vie d'avant » et de tout ce qui allait avec, et j'ai commencé à refaire ma vie et mes habitudes dans ce pays étrange qu'est la Francovid. J'ai commencé à me construire une nouvelle normalité dans ces nouvelles conditions, au lieu de rester dans une rupture temporaire de normalité.

Certes, c'est un déménagement vers un pays moins accueillant, et une situation moins confortable par à peu près tous les aspects, mais ce n'est même pas la première fois que je subis un tel déménagement. Et puis c'est le déménagement le moins pénible de toute ma vie en termes de logistique.

Cela dit, je reste sur ma prédiction selon laquelle la vie d'après ressemblera beaucoup à la vie d'avant, mais ce sera un nouveau déménagement, et la quantité d'éléments du quotidien que je retrouverai risquent de ne pas être aussi nombreux que si c'était un retour de vacances.

J'imagine qu'on pourrait interpréter tout ça sous le prisme Kübler-Ross en mettant ça sous l'étiquette « acceptation », et c'est peut-être un bon résumé du présent billet, mais j'apporte en plus l'élément que sont les dégâts collatéraux dans ces éléments du quotidien que je ne retrouverai plus même en réaménageant.

Et je soupçonne que la confiance dans les institutions en fasse partie.

Et du coup je me dis que je ne suis peut-être pas la seule à le vivre à peu près comme ça. Et peut-être qu'il y a suffisamment de monde dans ce cas pour que soit en train de couver une crise politique qui n'est pas négligeable devant les crises sanitaire et économiques.

Nous vivons une époque intéressante

Publié le 15 novembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

En vrac 2

Conformément à la demande populaire, je continue les liens en vrac sous forme de billet de weblog, malgré mon intuition que ce serait peut-être mieux rangé dans un classeur dans la section Articles, comme mon Journal d'une apprentie motarde.

Je ne sais pas encore trop à quelle fréquence faire ce genre de billets, ou vu sous un autre angle combien de lien mettre dans un billet typique. Si vous en voulez plus ou moins, n'hésitez pas à vous manifester.

Publié le 8 novembre 2020

Tags : En vrac

Bulle sociale

Pour ce billet, j'ai presque besoin d'un Trigger Warning à l'envers : malgré le titre et le paragraphe suivant qui ancrent les présentes réflexions dans le contexte de crise sanitaire qui traverse l'Europe ces jours-ci, il sera surtout question de mes problèmes dans la vie d'avant et la recherche de solutions pour la vie d'après.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi mais que ça intéresse (y en a-t-il au moins ?), le concept de « bulle sociale » est une façon de ralentir la propagation de pathogènes moins drastique que le confinement complet, en choisissant un certain nombre d'humains avec qui on interagit normalement, en excluant tout contact avec les autres. Ainsi une contamination ne se transmettrait pas au-delà de ladite bulle, tout en permettant à tous les membres de la bulle d'assouvir leurs besoins de relations sociales. Je ne retrouve pas de liens, et je doute de l'intérêt de chercher, mais il était souvent question de placer la limite à six personnes par bulle, notamment au Royaume-Uni, ou une dizaine en Belgique.

Cette idée m'a interpelée, parce qu'en fait je vis déjà dans une telle bulle, et je trouve ça un peu triste.

J'ai des relations sociales assez riches, quoique numériques, autour de quelques canaux IRC (surtout #komite et #gcu) et de ma guilde à World of Warcraft.

En revanche, au niveau des relations sociales dans le monde de la viande, j'ai peur d'être malsainement limitée, même hors crise sanitaire. Il y a les collègues, et l'homme avec qui je partage ma vie (je lui dois énormément), et les relations amicales et familiales que cet homme apporte.

La plupart du temps, tout ça me suffit, et je pourrais simplement être à l'aise avec une mesure contraignante de bulle sociale comme tellement d'autres interdictions de trucs que je n'aurais de toute façon jamais fait. Pourtant ça m'interpelle (comme en témoigne le mot « malsainement » dans le paragraphe précédent), d'une part à cause de la dépendance à mon compagnon, mais aussi parce qu'en vrai, il est arrivé un certain nombre de fois dans ma vie de ressentir un manque de BFF voire de BFFWB.

Je ne suis pas très douée pour me faire des amis, et je suppose que n'y sont pas étrangers les faits que je suis plutôt introvertie, sérieusement agoraphobie, incapable de faire le premier pas, et que je préfère peu de relations intenses à beaucoup de relations superficielles.

J'ai l'impression d'être aussi très mauvaise en entretien de relations amicales, pour la même raison : je n'ai absolument aucune idée de comment m'y prendre. Du coup, tant que les circonstances permettent facilement d'entretenir la relation, ou tant que l'autre personne s'en charge, tout fonctionne parfaitement ; mais dès que ces conditions ne sont plus réunies, la perte vue semble inéluctable, malgré mes efforts.

Je soupçonne qu'il y a derrière tout ça et d'autres choses (comme mes difficultés de fuseki et de joseki) quelque chose de bien plus glauque. J'ai déjà plusieurs fois fait référence à mon tout petit problème d'autodévalorisation, qui me fait penser que le fait que je suis nulle est un axiome fondamental de l'univers ; j'ai l'impression que du même ordre il y a un axiome selon lequel interagir avec moi est un gros effort, que je ne peux justifier qu'en apportant quelque chose de suffisamment positif pour compenser, voire un axiome selon lequel l'univers et les autres seraient quand même bien mieux sans moi.

C'est facile à écrire comme ça, mais c'est beaucoup plus difficile de trouver comment agir concrètement contre, pour les mêmes raisons que mon autodévalorsation. Il y a clairement des fois où je dérange, et des gens dont j'ai marqué négativement la vie ; mais comment les distinguer de mes contributions plus positives ?

Et puis parfois je baisse les bras, en me disant que c'est trop tard pour moi, que je suis trop vieille pour rattraper un apprentissage de la socialisation raté dans ma jeunesse.

Après tout, n'est-ce pas le moment idéal pour se réjouir de son faible nombre de liens sociaux présentiels ?

Publié le 31 octobre 2020

Tags : Autoexploration Social

Je craque

Je ne suis pas trop au fait des trigger warnings, mais je sais qu'il y a des gens qui évitent ces nouvelles en rapport avec la crise sanitaire en cours. Comme ce billet ne va parler que d'autoexploration sur mon état émotionnel ces deniers temps, qui n'est pas joli-joli, vous pourriez vouloir le garder pour plus tard, ou le zaper complètement, je comprendrais, j'en ai déjà fait de même moi-même.

Comme dit précédemment, j'ai la chance d'avoir bien vécu mon confinement, et même si j'avais des soucis mineurs avec mon déconfinement, ça allait encore plutôt bien. Je ne mets pas le tag Suite à ce billet car il n'y a pas besoin des épisodes précédents.

J'ai eu l'impression d'avoir été très prudente avec mes prédictions, mais je suis toujours partie du principe que mon état émotionnel allait spontanément évoluer plutôt lentement, et qu'il n'y aurait que des évènements extérieurs qui pourraient me bousculer.

Comme le montre le titre ce billet, j'ai eu tort.

Les mille coupures

J'avais raison dans le sens où ce n'est pas une évolution spontanée, je ne suis pas rentrée dans un cercle vicieux dans ma tête. C'est l'accumulation de petites évènements extérieurs, chacun tellement dérisoire que je suis sûre que je pourrais les gérer individuellement sans même y penser, qui m'ont fait franchir le point de rupture.

Je ne sais pas trop où ça a commencé. J'ai commencé à sentir mes limites il y a quelques semaines, comme les dernières répétitions approximatives d'un entraînement en force, mais je ne sais pas si ce qui était avant a rempli le vase à mon insu ou si j'ai démarré sans passif.

Le masque en extérieur

Le premier coup que j'ai senti, c'était le port du masque obligatoire en extérieur, d'abord dans quelques rues que j'ai pris soin d'éviter. Naturellement, chaque élargissement des zones a été un nouveau coup.

Je ne suis pas experte en épidémiologie ni en santé publique, je ne suis pas anti-masque, je ne prétends pas avoir de réponse ou de préconisation sur le fond. Je critique la façon dont c'est fait, et dont ça résonne avec moi et avec les gens comme moi (s'il y en a).

Quelqu'un d'autre l'a dit tellement mieux que moi : si je vois une logique, je peux m'habituer, même si je n'approuve pas la logique ; mais quand il y a aucune logique j'avoue que c'est hyper dur.

Vu d'ici, on dirait que les mesures n'ont pas été choisies pour leur efficacité, mais pour leur pénibilité. Sur l'exemple de la comédie sécuritaire (security threater) dans les aéroports, faire de la « comédie sanitaire », pour montrer aux gens qu'on fait quelque chose.

Et comme c'est moins efficace qu'un placebo, la propagation continue, et dans une logique façon shadok, si ça ne marche pas c'est qu'il faut continuer plus fort.

Le masque au boulot

Autant j'ai été admirative sur les réactions de mon employeur pour l'entrée en confinement, autant je trouve cette rentrée plutôt mal gérée.

Je leur laisse le vide décisionnel pendant le mois d'août ; je ne trouve pas très glorieux d'arrêter le temps pendant que les chefs sont en vacances, mais dans une petite structure on peut pas avoir un facteur d'autobus terrible.

En revanche, à la rentrée, alors que les indicateurs sanitaires nationaux comme locaux devraient inciter à la prudence, on continue le plan de déconfinement lancé début juillet, avec du présentiel obligatoire pour tous au moins jour par semaine, poussée à au moins deux pour certains projets et certains chefs.

Et puis une semaine plus tard, comme les indicateurs ne s'arrangent vraiment pas, le masque est devenu obligatoire en permanence dans tous les locaux, à moins d'être seul dans la pièce, sans autre exception explicite.

Donc on ne peut manger ou boire que dans les toilettes, ou quand il n'y a pas d'autre collègue dans l'open-space.

Résultat, il faut violer un ordre direct et sans ambiguïté du grand chef, mais pas trop, parque quand même voilà quoi.

La mesquinerie

Contrairement à la comédie sécuritaire, il y a un élément visible dans le port du masque. Du coup, tous ceux qui n'en portent pas, quelqu'en soit la raison, deviennent des cibles acceptables pour toutes les mesquineries plus ou moins violentes.

Pendant un bon bout de temps j'ai eu l'impression de me sentir isolée avec cette idée, qui me semblait pourtant être de la décence tout à fait naturelle, jusqu'à ce qu'un tweet avec des idées similaires arrive dans ma TL

Ça fait depuis des semaines que ce n'est plus du tout en fonction du virus que je décide de mettre ou non un masque, mais en fonction de ce que mes congénères me feront potentiellement subir.

On m'a objecté que les anti-masques sont plus violents que les anti-anti-masques ; ils ont certainement eu un plus grand écho médiatique vu d'ici, mais je ne sais pas à quel point c'est représentatif (cf le point suivant), et surtout les anti-masques ne s'en prennent qu'à ceux qui les ciblent, donc je ne me sens personnellement pas trop en danger, alors que les anti-anti-masques s'en prennent à des gens qui n'ont rien demandé à personne.

D'un autre côté, qu'attendre d'autres des braves gens ?

La monoculture médiatique

Ça fait un peu pompeux comme titre, mais je suis particulièrement frappée par le manque de diversité dans les idées que je trouve dans les médias généraux.

Je n'ai jamais été fan de débats, et ça fait depuis plusieurs années que les clashs me font penser à du catch, mais là j'ai encore plus fort qu'il n'y a qu'un seul message possible, et que toute remise en question ou même en perspective est inconcevable.

Je pense tout particulièrement à cette interview de Marc Jantkowiak où les journalistes donnent l'impression que remettre en question une obligation du port du masque c'est aussi délirant que s'enfoncer un clou rouillé dans la fesse droite.

Le délire sécuritaire

Je me demande dans quelle mesure c'est une redite du point précédent, mais la politique d'extrême-droite du ministre de l'intérieur n'aide pas non plus à la sérénité.

Et je me demande sérieusement si c'est le résultat du priapisme dudit ministre qui a enfin le portefeuille de ses rêves ou seulement une grosse ficelle pour remplir l'espace médiatique avec autre chose que la crise sanitaire.

Dans les deux cas, ça me donne envie de verser mon déjeuner dans le caniveau.

La monomanie

Il paraît qu'une grosse majorité des français veulent qu'on continue de pomper plus d'obligation de port du masque. Cette fixation sur le masque me laisse perplexe et me semble très malsaine.

En réalité, les gens ne veulent pas du port du masque, ils veulent un totem d'immunité. Les caniveaux débordent, la crasse mousse jusqu'à leur taille, et ils lèvent la tête en criant : « sauvez-nous ! »

Je me souviens que j'ai pris conscience que j'avais ma perspective un peu cassée lorsque j'ai vu passer l'information que le masque, lorsqu'il est au top et bien porté et tout, a une efficacité de 70 à 90 %, et que je me suis que c'est justement au niveau des 83 % la roulette russe.

Le craquage

Maintenant que j'ai bien énuméré toutes les gouttes d'eau qui me sont tombées dans le vase, ça veut dire quoi concrètement, « craquer » ?

Je commence à avoir l'impression que les gens sont des veaux, à qui on fait avaler n'importe quoi. Que les gouvernants sont des sangsues qui font tout ce qu'elles peuvent pour s'accrocher à leur pouvoir et à leurs profits, sans même s'occuper de la pérennité des ressources qu'ils exploitent.

Et ça, c'est quelque chose qui me fait tiquer, parce que je ne lirais pas un paragraphe entier de quelqu'un qui professe ce genre d'idées avant d'aller faire quelque chose de plus intéressant de mon temps.

Ce n'est jamais bon de se croire beaucoup plus malin que les autres, peu importe que ce soit le cas ou non. Je croyais pourtant être à l'abri de ce travers. Certes, je m'inclus dans ces veaux, mais cette description suppose que la plupart d'entre eux n'ont pas conscience de cette situation.

À part ça, madame la marquise, je manque de motivation pour tout mais plus particulièrement pour le boulot, le moral fait de temps en temps des piqués assez vertigineux, je fais régulièrement de l'exercice physique assez intense, je crois que je suis passablement plus irritable, et j'ai des accès de pessimisme encore pire que d'habitude. Par exemple l'autre jour, j'ai trouvé tout à fait possible que le covid s'installe comme le SIDA, et les masques comme les préservatifs ; et un autre jour qu'on passe par une crise politique violente façon Bélarus ou États-Unis avant la fin des crises en cours.

C'est dire à quel point je suis atteinte…

D'un autre côté, c'est vrai qu'une fois encore, j'ai plutôt beaucoup de chance, si mon craquage n'est (pour l'instant) que ça.

Publié le 11 septembre 2020

Tags : Autoexploration Évènement Humeur

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