The Others (1 à 5), d'Anne Bishop

Ils sont là. Ils sont parmi nous. Ils sont hostiles. Et il n'y a pas de gens assez puissants pour nous cacher leur existence.

The Others est une série de livres écrits par Anne Bishop, et dont le premier tome m'a été recommandé par Balise (ouais, je n'ai pas des masses de fournisseurs).

Je l'ai vu parfois catégorisé en Dark Fantasy, mais je ne sais pas dans quelle mesure c'est une contamination des autres livres de la même auteure. Je retrouve plutôt le fantastique urbain dont j'ai l'habitude ces derniers temps, mais dans un monde beaucoup plus sombre et brutal.

Habituellement, les créatures surnaturelles du fantastique urbain sont minoritaires et essayent de se fondre dans la masse humaine, pour des raisons plus ou moins justifiées dans l'univers, mais j'imagine que ça vient surtout de la volonté de construire un monde presque comme le nôtre.

Dans The Others, les Autres éponymes sont un certain nombre de créatures surnaturelles, et ils dominent largement le monde. Les humains n'existent que lorsqu'ils sont tolérés. Il paraît que l'ingéniosité humaine leur permet d'inventer des trucs qui plaisent à certains Autres, et visiblement ils ont assez de puissance pour assurer au moins provisoirement la survie de la communauté humaine qui les produits.

Bref, les humains ne sont guère plus que la viande sur pattes un peu plus intelligente que les autres, et qui ne sont pas mangés immédiatement parce qu'ils produisent des trucs intéressants quand ils sont vivants. Comme nous avec les vaches, quoi.

Et comme si ça ne suffisait pas, même en étant clairement surclassés, les humains de cet univers sont aussi cons que ceux du nôtre. On pourrait discuter de qui contribue le plus au côté sombre et déprimant de cet univers, entre les humains et les Autres.

Dans cet univers, il y a aussi des humains particuliers qui ont le don de prophétie lorsque leur peau est coupé assez profondément pour laisser une cicatrice, appelés cassandra sangue. Cette série suit Meg Corbyn, qui en fait partie, et qui vient juste de s'échapper un centre d'élevage de cassandra sangue (par des humains) et se réfugie dans une enclave contrôlée par les Autres.

Je ne suis pas très au fait des trigger alerts et autres avertissements du même acabit, et je ne veux pas divulgâcher, mais il me semble intéressant de noter que cette série contient de l'exploitation humaine (par des humains) sérieusement horrible, de la violence graphique et explicite quand il est question de ce que les Autres font ou peuvent faire aux humains (mais ce n'est pas le genre de choses qui me dérangent), et les envies de se couper des cassandra sangue résonnent de façon assez bizarre avec ce que j'ai vu des envies réelles de se couper.

Et tout ça alors que les noms de lieux et de certains personnages font très « littérature jeunesse », comme par exemple Big Wig dans Sparkletown, que je décrirais comme équivalent en français à un personnage appelé sérieusement Grand-Chef, qui vit à Paillettes-les-Bains, ville humaine qui est clairement la transposition d'Hollywood.

Written in Red (T. 1)

C'est la première fois que je fais une série de critiques après le premier tome, du coup j'ai presque tout mis dans la description de la série.

J'ai bien aimé ce tome, surtout dans la façon dont les détails de l'univers sont distillés petit à petit, et dans l'altérité profonde des Autres : tous ceux qu'on rencontre ont une personnalité bien définie, cohérente, mais complètement inhumaine. J'ai bien aimé aussi la naïveté de l'héroïne, qui aide à insérer de façon fluide le développement du monde, mais aussi comme aspect de sa personnalité.

On peut critiquer la faiblesse de l'intrigue et des motivations des antagonistes, mais compte-tenu du peu de place qu'ils occupent dans ce tome d'exposition, ça ne me choque pas.

Il semble aussi que pas mal de gens ont tiqué sur le fait que tout le monde aime bien l'héroïne, au point de la traiter de Mary Sue. J'ai lu ça plutôt comme un intérêt à assurer sa survie, à cause de sa particularité, en trouvant les Autres trop « autres » pour transposer immédiatement quelque chose que l'on pourrait appeler « aimer ». Cela dit, ce n'est qu'une interprétation, et je n'ai pas vraiment d'élément pour la soutenir. Au moins ça ne m'a pas gâché la lecture de ce tome.

Enfin j'ai lu aussi des gens qui n'aiment pas l'inventaire du quotidien de Meg, qui ne participe pas directement à l'action. J'aime bien le côté « tranche de vie » que ça apporte, et ça permet de développer la personnalité des personnages. Bref, je ne me suis pas ennuyée malgré ces séquences.

Il y a quelque chose comme un début de romance, mais j'aime bien la façon dont ça a tourné (au moins pour ce tome).

J'ai aussi noté qu'il y a pas mal de changements de narrateur, mais je n'ai pas vraiment senti les différentes personnalités dans la narration ou dans le point de vue, contrairement à ce que Patricia Briggs arrive à faire passer dans Alpha and Omega. Ici, c'est tellement homogène que j'ai presque l'impression d'un narrateur omniscient qui suit un personnage plutôt qu'un autre.

Murder of Crows (T. 2)

Le titre de ce deuxième tome est un jeu de mots que les traducteurs vont avoir du mal à faire passer.

Je n'ai pas l'impression qu'il y ait quelque chose d'équivalent en français à la question en anglais des « noms collectifs ». Il me semble qu'en français on a un troupeau d'herbivores, une meute de prédateurs, et une flotte de véhicules, mais ça ne va pas beaucoup plus loin. Alors qu'en anglais, il y a pratiquement un mot pour chaque espèce, et un collectif de corbeaux est un murder, homonyme du mot qui veut dire « meurtre ».

Donc le titre pourrait aussi bien signifier un ensemble corbeaux, qui est le sens retenu par la traduction Bragelonne, Volée noire, mais il peut aussi bien signifier le meurtre de corbeaux, qui est fil conducteur de ce tome.

Le fil avait déjà été lancé dans le tome précédent avec les nouvelles de Jerzy, et le courant politique Humans First and Last (« les humains en premiers et en derniers », ouvertement anti-Autres), et il prend de l'ampleur ici.

Exactement comme dans Fire Touched, on voit à la fois la petite histoire de Meg et du Courtyard se mêler à la grande histoire des relations entre humains et Autres sur le continent, quoique la grande histoire qui se déroule effectivement est beaucoup moins marquante que celle qui a été prédite mais évitée.

J'allais écrire qu'il n'y a pas tellement de développement de l'univers et de ses mécanismes dans ce tome, mais en fait si, c'est juste très bien intégré à l'histoire que ça s'intègre de façon extrêmement fluide, et j'aime beaucoup ça.

J'ai aussi beaucoup aimé que, contrairement au tome précédent, on ne suive pas longuement un personnage « fait pour être détesté », comme l'antagoniste du premier tome. Ici les antagonistes ont juste ce qu'il faut comme exposition pour voir ce qu'ils mijotent, sans que je me retrouve à essayer de me projeter dedans. J'imagine que leur côté un peu caricaturalement méchant aide aussi, pas comme l'antagoniste du tome précédent qui me donnait l'impression d'avoir subi une tentative ratée d'humanisation.

J'aime bien aussi aussi l'évolution de la relation entre Meg et Simon. Je ne suis pas fan du tout Simon, donc c'est un peu embêtant pour se projeter dans cette relation, mais en voyant Meg comme une amie que je souhaite heureuse plutôt que comme une projection de moi-même, ça passe bien.

Et comme dans tout le reste de la série, j'aime beaucoup l'altérité des Autres, le gouffre culturel entre les humains et eux. C'est tellement mieux réussi que tellement d'extra-terrestres dans d'autres séries… Et je ne peux m'empêcher de frémir devant la possibilité que les humains arrivent à lancer une attaque qui leur fasse vraiment mal, chose qu'ils n'ont pas l'air de réussir à imaginer.

Enfin, j'ai adoré la résolution de ce tome. Disons, sans divulgâcher, de ce qui mène au combat final à toutes ses conséquences vues en fin de tome. J'ai beaucoup aimé chaque retournement, et finalement je trouve très fort d'arriver là de façon (qui me semble) crédible, par rapport à ce qui était prédit à l'origine.

Vision in Silver (T. 3)

J'avoue que sur ce troisième tome, la signification du titre m'échappe complètement. Si quelqu'un a une piste…

Autant la fin du premier tome m'a semblé plutôt ouverte, autant le deuxième me semblait terminer quelque chose, et je m'attendais à ce que le troisième tome soit une nouvelle ouverture… Et finalement, dès le début j'ai trouvé une très bonne intégration avec les précédents, et j'aime bien la façon dont ça a été fait.

Autrement, j'aime toujours autant, pour à peu près les mêmes raisons, je ne vais pas tout répéter. Au fil des pages de ce tome, les Autres me sont de plus en plus sympathiques, tandis que le gros des humains me semblent de plus en plus pourris.

Je me demande si c'est une coïncidence complète, un hasard de la résonance avec l'actualité, ou la qualité de l'écriture, mais pas longtemps après avoir commencé ce tome j'ai réfléchi sérieusement au mouvement HFL et ses motivations. Dans les tomes précédents, j'en étais restée au « mais qu'est-ce qu'ils sont cons », mais dans le monde réel les populistes qui attisent la haine et l'intolérance ne le font jamais comme un but en soi, c'est toujours une manipulation pour atteindre l'argent ou le pouvoir ou quelque chose comme ça. Et si c'était pareil pour HFL… ? Cette ligne de pensée prépare merveilleusement le terrain pour des développements plus loin dans le tome.

Je pense le dire sans divulgâcher, il y a aussi dans ce tome une réflexion intéressante sur les noms, que ce soit la façon dont les Autres désignent les humains que dans la façon dont les humains eux-mêmes se nomment. C'est comme ça que j'aime ma philosophie : non pas comme des essais plus ou moins secs, mais comme une histoire intéressante pour elle-même, qui en plus pose une situation qui suscite une réflexion intéressante ensuite. Bon, ça reste léger par rapport au volume du livre, ce n'est pas un Cassandra Kresnov, mais j'aime beaucoup quand même.

Comme dans les tomes précédents, il y a Meg et ses besoins de se couper qui résonnent avec ce que je connais de la réalité. Je pensais m'y être faite au fil des tomes, jusqu'au moment où les Autres ont une réaction qui a surpris autant Meg que moi, et qui me rappelle beaucoup plus la réalité que les Autres. Je n'arrive toujours pas à concevoir comment ils en sont arrivés là, mais on va dire que c'est ma faute et non celle de l'auteure.

Marked in Flesh (T. 4)

Comme pour le tome précédent, je ne vois pas très bien le rapport entre le titre de ce quatrième tome et son contenu. Je me demande si je rate un truc ou si l'auteure n'essaye même pas.

Ça s'annonçait déjà dans le tome précédent, mais c'est complètement le cas dans celui-ci : l'histoire n'est plus tellement celle de Meg, mais celle des Autres contre le mouvement HFL. Certes, Meg et Simon, et dans une moindre mesure tout le Lakeside Courtyard jouent un rôle très particulier dans ce grand conflit, et ce rôle se traduit par une grande place dans le livre, mais je trouve que la narration a « dézoomé », est passée de l'échelle individuelle à l'échelle continentale.

Et ce changement d'échelle n'est pas tout à fait à mon goût.

D'autre part, et c'est l'évolution logique de la situation, ce tome a un ton très apocalyptique, alors que les premiers sont beaucoup plus dans le fantastique urbain habituel, sans impact à grande échelle. Et là encore, cette évolution ne va pas dans le sens de mes goûts.

Enfin j'ai également remarqué que ce tome est plus éclaté dans l'espace (sans doute à cause du changement d'échelle) et surtout dans le temps. En découvrant le premier tome, j'avais vraiment l'impression d'une « tranche de vie », en voyant l'intégralité de la vie de Meg, et j'aime bien ce format. Dans ce tome, il y a de longues ellipses alors qu'il y a des sujets intéressants en cours. Ça accentue encore le côté « Grande Histoire » des évènements décrits. J'aurais bien aimé voir l'évolution des petits sujets comme le jeu de cartes.

Je me demande à quel point ces évolutions on joué dans mon expérience de ce livre, par rapport au bouleversement de mon échelle d'évaluation causé par Crossover. Le fait est que j'ai moins aimé ce tome que les précédents, même si dans l'absolu j'aime encore beaucoup, pour les mêmes raisons que les tomes précédents.

J'avoue aussi une certaine satisfaction sadique devant les Anciens à l'œuvre, et je me dis que le monde réel manque de ce genre de forces.

Et même si je suis en général moins fan des Grandes Histoires que des petites, j'ai plutôt bien accroché à la Grande Histoire de ce tome.

Enfin, j'aime bien la petite évolution dans la toute fin de ce tome, mais j'imagine que c'est juste l'annonce d'un fil du tome suivant, donc j'en parlerai dans ma prochaine critique.

J'ai aussi remarqué une certaine fatigue en lisant ce livre, alors que mes séances de lecture n'ont que peu de variance dans leurs durées. Je ne sais pas si c'est le résultat direct de l'engagement moindre, qui du coup masque moins une fatigue égale de la lecture en anglais, ou s'il y a quelque chose dans l'écriture qui a aussi évolué dans ce tome.

Etched in Bone (T. 5)

Avec ce cinquième tome, j'arrive à la fin de ce qui est publié dans cette série, et j'ai complètement abandonné l'interprétation des titre.

Ce qui me marque le plus est un meta-spoiler, dans le sens où je ne divulguerai pas d'élément important de l'intrigue, mais je donnerai des informations sur ce qui est ou non divulgué dans l'intrigue. Ça commence à être compliqué, ce niveau de méta, alors pour faire simple, si vous ne voulez absolument rien savoir sur la deuxième moité du tome, passez le paragraphe suivant (marqué en divulgâchis), bien que ce soient des informations qu'à titre personnel je ne considère pas comme divulgâchantes, et j'aurais même beaucoup aimé avoir ces informations avant de commencer le livre.

Je suis facilement tombée sur l'information que ce tome est le dernier de la série, y compris chez Balise ([lien]), et j'avais crié au spoiler. On trouve un peu moins facilement qu'en fait il s'agit du dernier tome de l'arc, ou de Simon et Meg, ce n'est pas clair, mais il y aura un tome six dans le même univers. Par contre, ce n'est finalement pas du divulgâchis, parce que ça n'a aucun impact sur l'intrigue, à part peut-être la toute toute fin. Le reste est vraiment un tome comme un autre, une tranche de vie, avec des arcs bouclés et des choses en cours.

Pour le reste, j'ai principalement eu l'impression que l'auteure a lu ma critique du tome précédent et a choisi de rectifier le tir sur tous les points qui m'ont déplu : HFL n'intervient plus tellement, la page de la Grande Histoire est tournée, les personnages reprennent le dessus, on reste dans Lakeside (à tel point que du coup je m'inquiète de ce qu'il se passe pendant ce temps dans les autres lieux qu'on a vus) et les ellipses sont moins fortes et donnent moins l'impression de cacher des évènements que j'aurais aimé connaître.

J'ai été impressionnée par les passages du point de vue de l'antagoniste. Vu des autres personnages, il est assez cliché, mais avec passages il gagne en épaisseur et en crédibilité à mes yeux. Je n'ai pas vraiment trouvé agréable de me projeter dans ce point de vue, un peu comme goûter une saveur à la fois fascinante et nauséabonde, avec de subtiles nuances à explorer (ou pas). Je ne sais pas combien est dû au design du personnage et combien est dû à l'écriture, mais l'expérience est intéressante, même si je n'ai pas tellement envie de la reproduire trop souvent.

Bref, j'ai beaucoup aimé, bien que le précédent, et j'attends la suite avec impatience.

Commentaires

1. Le dimanche 19 novembre 2017 à 22:22, par Balise :

Waaait. Y'en a un 6e prévu ? WOOOT.

2. Le lundi 20 novembre 2017 à 7:43, par Natacha :

Et si j'en crois http://www.annebishop.com/a.faq.html y a même un numéro 7 en cours de construction \o/

Q. Will you be writing more books about the Others?

A. Yes. I’m currently working on a story set in Bennett, which will be released in March 2019.

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