Mon nouveau sac à main

Gilet en denim

Vous ne voyez pas le sac à main ? C'est le but !

Contexte et motivations

J'ai déjà développé l'idée de l'Everyday Concealed Carry et mes motivations dans un billet passé.

Pour résumer, le pays dans lequel je vis est secoué par des gens terrorisés à l'idée de perdre les prochaines élections ou de se voir reproché de n'avoir pas agi ostensiblement. Donc ils gesticulent de façon à pourrir la vie d'un maximum de gens, stratégie infaillible pour que les gens en question remarquent que quelque chose est fait.

Il vaut mieux pomper même s'il ne se passe rien que de risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas.

Devise des Shadoks

Le truc à la mode semble être de s'attaquer aux « sacs et bagages », qui offre un large public à emm*rder en soulevant très peu de critique. Au point que j'ai souvent l'impression qu'il n'y a que moi que ça gêne.

Donc pour minimiser les conséquences négatives de ce théâtre sécuritaire, il faut se retenir de démontrer par l'exemple à quel point la sécurité est pathétique, et juste passer sans sac visible.

Conception

Comment transporter toutes les petites choses qui facilitent tellement mon quotidien sans un sac pour les contenir ?

Avec des poches.

Mais les vêtements féminins ne sont pas très portés sur les poches. De façon plus générale, les éléments sont principalement des contraintes affichées pour montrer qu'on peut vivre avec (et/ou des amplifications de caractères sexuels féminins). Donc plutôt chercher un tas de poches dédiés.

J'avais fait quelques essais avec des conteneurs à la ceinture, mais je n'étais satisfaite ni de la capacité ni de l'esthétique.

Restent les tas de poches comme ceux qu'utilisent les pêcheurs, les photographes, les militaires, bref tous les gens qui ont leur tas de petites choses qui facilitent tellement leur activité : rassembler les poches sur un gilet.

Mais pour le côté concealed, et pour limiter les vols, j'ai préféré mettre les poches à l'intérieur du gilet, car je cherche à ne pas donner l'impression visuelle d'avoir un sac, et non pas à rendre mon équipement plus facile d'accès que dans un sac.

Je suis donc partie de l'idée de faire un haut tout ce qu'il y a plus basique, en surestimant mon tour de taille de 6 cm (un peu moins en fait, parce que le dos n'est pas chargé) pour avoir deux centimètres d'épaisseur pour le contenu des poches.

Contenu

Voici donc une photo du côté intéressant de la bête (ou cliquez dessus pour en voir une version plus grande) :

Intérieur du gilet

On y retrouve presque tout mon EDC version 2016 (sans la partie « travail »), avec même la place pour y mettre quelques mètres de paracord, un minimum de maquillage, une batterie USB, une torche et des mouchoirs en papier.

Le principal manque est le lecteur de e-books, pour lequel je n'ai pas trouvé de position satisfaisante sur le gilet : il y a trop de courbures sur mon corps pour un rectangle rigide aussi grand. Et même pour le carnet c'est limite, à force d'être à ma taille il est un peu gondolé, même si le renforcer avec ma carte d'identité a beaucoup limité cet effet.

Un manque moins évident est le sifflet. Si je pourrais facilement lui trouver une place, le but n'est pas seulement de le transporter, mais de pouvoir s'en servir en situation d'urgence. Il faut donc qu'il soit facile d'accès avec n'importe quelle main et dans le plus de positions possibles. J'avais pensé a une petite poche de poitrine, comme sur les chemises, mais elle devrait trop bailler pour que je trouve ça esthétiquement acceptable. Je cherche encore une solution pour ça‥

Au quotidien

Après l'échec cuisant des poches sur ceinture, ma plus grosse crainte était qu'après avoir mis tout ce temps et tous ces efforts dans un gilet, il se révèle inutilisable.

À ce niveau, c'est un succès : c'est aussi pratique et confortable qu'un sac à main. Évidemment, ça ne dispense pas de sac pour transporter le lecteur d'e-book, ou alors il faut le prendre à la main, ce qui est nettement pratique qu'un sac. Mais si j'accepte de me passer du lecteur, c'est aussi confortable qu'un sac à dos, avec le poids largement réparti sur les deux épaules, c'est aussi pratique qu'un sac en bandoulière ou à l'épaule pour accéder aux objets, et c'est plus rassurant que tous les sacs que j'ai connus vis-à-vis du risque de vol.

La seule difficulté que j'ai rencontré dans le port, c'est que j'ai vu un peu large pour le tour de taille ou la marge à y ajouter, et le gilet flottait au niveau de la taille, où sont tous les objets. Environ 1.5 kg mal attaché, c'est super pénible pour courir ou sauter. J'ai arrangé ça avec deux pinces dans le dos, mais c'est encore un tout petit peu trop large, surtout si je perds encore du poids.

Il y a une autre difficulté, lorsque je l'enlève : toutes les poches sont ouvertes, et les objets ont tendance à glisser en dehors des poches si le gilet n'est pas posé et déplacé avec précaution. Je cherche encore une bonne façon de résoudre ça sans rendre pénible l'utilisation des poches.

Au niveau de la résistance au théâtre sécuritaire, c'est aussi un franc succès. J'ai croisé un bon nombre de vigiles plus ou moins agressifs envers les sacs, et aucun ne s'est intéressé à moi.

Je n'ai pas encore eu l'occasion de tester l'effet du gilet face à un dispositif pseudo-sécuritaire plus flashy, genre avec un portique et un scanner de valises.

Enfin, une crainte que j'avais était que le denim épais, choisi pour encaisser le poids des objets et ne pas trop se déformer, soit trop chaud. Il est de fait que ce n'est pas super-agréable à porter pendant les canicules, mais en même temps ce n'est pas tellement pire qu'un sac à dos. Et concrètement, les températures me semble si rapidement insupportables qu'il n'y a que très peu d'occasions où je vivrais significativement moins mal sans le gilet qu'avec, même au plus chaud de l'été.

La dernière question en suspens, c'est comment ça va se passer en hiver, en dessous d'une veste.

Chroniques de la construction

Je ne sais plus où j'ai entendu qu'une journée au cours de laquelle on n'a rien appris est une journée perdue, mais je suis d'accord avec cette philosophie, donc j'ai expérimenté quelques nouvelles choses au cours de la confection de ce gilet.

D'abord, c'est la première fois que je fais un haut sans patron. Je n'ai pas vraiment fait de modélisme dans les règles de l'art, avec la construction du patron. J'ai directement tracé et découpé le tissu final, en re-mesurant et en ajustant le tir en cours de route. Avec des surplus de couture énormes, il y avait quand même des ajustements énormes (jusqu'à une dizaine de centimètres), j'ai eu de la chance de m'en sortir sans remplacer de pièce.

Ensuite, comme je m'attendais à ce que les pinces soient pénibles avec les poches qui s'y trouvent, j'ai fait pour la première fois les coutures courbes de la coupe princesse. Je m'attendais à ce que ce soit difficile, et finalement pas tant que ça. Mais du coup je n'ai pas essayé la couture courbe à la surjeteuse, que j'imagine quand même un cran au dessus en termes de difficulté.

J'ai été agréablement surprise de voir que six épaisseurs de denim ne posent pas trop de problème à la surjeteuse, à condition de ne pas utiliser le moteur et de tourner à la main. Sinon, même avec seulement trois épaisseurs, le fil de l'aiguille gauche casse très rapidement. Je ne comprends toujours pas pourquoi. On trouve pas mal d'explications sur un fil de boucleur qui casse, mais sur les aiguilles ça a l'air plus rare.

Enfin, j'ai pour la première fois usé une aiguille jusqu'au bout. C'est intéressant de voir les signes avant-coureurs, parce que sur du tissu moins robuste que du denim ça pourrait très mal se finir.

Pour se faire une idée des coûts, comme d'habitude la main d'œuvre l'emporte largement sur tout le reste. J'ai passé un peu plus de 53 heures sur ce projet, dont 3 heures sur les mesures et le design, 28 heures pour faire le gilet en lui-même, et 22 heures pour construire et assembler les poches.

Conclusion

Ça a été un sérieux investissement de ma part, et je suis plutôt contente du résultat.

Je crois que je préfère légèrement avoir un sac à main, pour la flexibilité supplémentaire du non-EDC qu'il peut transporter. Mais tant que les inepties du coup d'état d'urgence permanent dureront (j'imagine à peu près aussi longtemps que Vigipirate), c'est une alternative tout à fait à mon goût.

Je me pose juste quelques question sur l'image qu'envoie le port d'un gilet en denim comme ça. Qu'en pensez-vous ?

J'essayerais bien d'en faire un homologue dans un tissu plus classe, et/ou plus steampunk, mais je me demande vraiment quel autre tissu supporterait les contraintes mécaniques sans être trop chaud. Auriez-vous une idée ?

Avez-vous d'autres astuces pour continuer à vivre malgré les terrorisés qui ont trop de pouvoir ?

Commentaires

1. Le jeudi 1er septembre 2016 à 13:55, par Emmanuel :

Excellent !

2. Le jeudi 1er septembre 2016 à 22:15, par W :

Sympa !

3. Le lundi 5 septembre 2016 à 18:52, par _FrnchFrgg_ :

Après il ne faut pas non plus que le relief des objets dans le gilet donnent l'impression d'une ceinture explosive... Parce que du coup, niveau paranoïa, panique et tout le toutim ça se poserait là ;-)

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  • Publié le 31 août 2016 à 23h52
  • État de la bête : artisan-rebelle
  • 3 commentaire(s)
  • Tag : Création
  • Tag : Jouets
  • Tag : Société

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