TekGear Twiddler 3

Le Péripathéticlavier

Photo du TekGear Twiddler 3

J'utilise depuis plusieurs mois un nouveau jouet pou m'aider à la rédaction de divers textes : le clavier Twiddler 3, en photo ci-dessus.

Je vais vous décrire tout le bien que je pense de ce jouet.

Le besoin

Je vous avais déjà décrit dans mon billet sur le casque Trekz Titanium mon rapport avec la marche.

En résumé, je passe pas mal de temps à marcher, surtout entre mon lieu de travail et mon domicile, pour plein de raisons pas toutes très rationnelles.

Et si cette activité physique occupe bien le corps, l'esprit gagnerait à ne pas toujours rester si longtemps et si souvent sans être canalisé sur quelque chose.

Ma première idée pour m'occuper l'esprit en marchant a été d'utiliser mes oreilles, au moyen du casque évoqué, et je m'en sers encore beaucoup malgré les limites dont j'ai parlé dans le billet qui lui est dédié.

Ma piste suivante était de générer du texte, parce que d'un côté il y a toute l'inspiration que je peux avoir quand je n'écoute pas un podcast, ou que je tombe sur un passage moins intéressant, et en même temps je manque de temps pour mettre par écrit le résultat de ces réflexions ou des e-mails ou d'autres choses.

Quand on marche, globalement ça bouge beaucoup trop pour pouvoir écrire du texte avec un stylo ou quelque chose qui s'en rapproche. L'alternative la plus évidente est la dictée, mais je ne supporte pas de parler à une machine, et il y a un gros paquet de trucs que j'écris que je n'assumerais pas de prononcer à voix haute dans la rue.

Je me suis donc dit que dans l'idéal ce serait quand même super bien de trouver un gadget qui me permette de taper du texte en marchant.

Comme je suis toujours aussi parano' sur les dangers tapis autour de moi dans la jungle urbaine, il est hors de question que je réduise mon champ visuel. Donc il s'agit forcément d'un système d'entrée en aveugle et au kilomètre, à mettre en forme devant un ordinateur. Le pari était que ce la mise en forme de ce matériau brut soin significativement plus rapide que son entée directe.

À partir de ce besoin, je ne m'attendais pas à trouver quoi que ce soit pour le remplir, mais j'ai quand même lancé des moteurs de recherche pour le principe, en m'attendant à ne rien trouver et finir par bricoler un truc à base de morse sur un bouton relié à microcontrôleur dans mon sac à main.

Ce n'est donc pas sans surprise que je suis tombée sur le Twiddler, qui répond parfaitement à ce que j'imaginais.

L'appareil

Le site officiel décrit cet appareil en détails beaucoup mieux que moi, alors je vais juste vous faire un résumé rapide.

Il me semble que cet appareil vient des méthodes d'entrée alternatives pour personnes handicapées, pour être élargi ensuite par des adeptes de vitesses de frappe extrêmes et des adeptes de wearable computer.

Le concept principal pour démultiplier les touches et faire tout tenir dans une seule main est le chording, mot anglais qui désigne le fait de faire des accords sur une guitare. Comme un guitariste qui appuie sur plusieurs cordes en même temps pour faire un seul son, les combinaisons des 12 touches que vous voyez sur la photo représentent une seule touche d'un clavier habituel.

Chacune des quatre lignes de touches est en face d'un des quatre doigts autour de cette espèce de joystick, et si chaque doigt peut appuyer sur une touche parmi trois ou aucune, en a déjà 255 touches virtuelles, largement plus qu'il n'en faut pour remplacer un vrai clavier, même sans compter Shift, Control et Alt qui sent disponibles sur des boutons du pouce.

Du coup, il y a même suffisamment de combinaisons pour pouvoir affecter une séquence de plusieurs frappes de clavier à une même combinaison, ce qui permet d'atteindre des vitesses physiquement impossibles.

Une fois les touches représentées, il reste à les transmettre à un ordinateur, ce qui se fait par Bluetooth ou USB, en se présentant comme un clavier. Une conséquence pas toujours très pratique est que cet appareil n'envoie pas des caractères, mais des codes de touche, interprétés ensuite suivant la langue de l'OS.

Une fonctionnalité relativement récente mais très utile pour mon cas d'utilisation est un mode « hors connexion », dans lequel les touches sont enregistrées dans la mémoire flash interne, et un raccourci permet rejouer la séquence enregistrée. Alternativement, on peut récupérer la liste des codes HID directement en montant la flash, ce qui est particulièrement utile lorsqu'on risque d'entrer par erreur une combinaison de touches qui change l'état du PC, par exemple CapsLock, Alt-Tab, ALt-F4, ou même simplement la touche flèche vers le haut.

L'apprentissage

Même si la correspondance entre des combinaisons de touches du Twiddler et les frappes de clavier est complètement paramétrable, n'y a aucune correspondance évidente. Et sans surprise, les agencements les plus efficaces sont les moins évidents à apprendre.

Vu le mal que j'ai pour passer de qwerty à azerty et vice-versa, je ne préfère pas savoir combien de temps il me faudrait pour changer d'agencement. Du coup j'ai choisi dès le début un agencement qui me semblait le plus sympathique (à savoir BackSpice).

Je n'ai pas tenu de statistiques sur cet apprentissage, mais il a dû falloir une vingtaine d'heures d'utilisation pour retenir une très grande majorité des touches.

Je dois en être aujourd'hui à une bonne septantaine d'heures, dont la plus de la moitié en marchant, et je commence à enchainer des fragments de mots ou des suites de petits mots sans avoir aucune conscience du mouvement de mes doigts, alors que qu'avec un vrai clavier je suis en continu dans cet état automatique.

Au niveau des performances de frappe, que je n'ai jamais cherché ni sur clavier ni avec le Twiddler, je dois avoir un bon trente mots par minute avec le Twiddler, contre un petit soixante-quinze avec un clavier qwerty, et je n'ai pas l'impression de tellement progresser ces jours-ci, ni sur l'un ni sur l'autre.

J'avoue que ce temps d'apprentissage ne m'impressionne pas plus que ça, par rapport à un instrument de musique ou un deux-roues motorisé, vingt heures pour être opérationnel ne me semble pas énorme.

En revanche, pour être compétitif avec un clavier dont on sait déjà se servir, j'imagine que le coût d'entrée est prohibitif.

Verdict

Au point où j'en suis, il n'est pas question de remplacer un vrai clavier, mais d'introduire un simili-clavier là où il n'y en avait pas, que ce soit en marchant, dans la voiture (comme passagère), ou face à un appareil Android.

Pour ce qui est du besoin initial, à savoir produire plus de texte pour un même temps passé devant un vrai ordinateur, le Twiddler convient parfaitement. Après une petite phase de mise en place, durant laquelle les gains de temps étaient négligeables, je pense qu'aujourd'hui je passe environ trois à cinq fois moins de temps pour publier un billet ou une histoire sur le présent site.

C'est ce qui me permet de tenir le rythme de mon journal de moto, et à quoi je faisais référence dans Histoires à partager, quand j'écrivais que « je me retrouve à pouvoir rendre publiables des histoires pour un effort moindre. »

Si ça vous intéresse, voici le texte brut directement extrait du Twiddler pour le présent billet. Ce n'est pas très joli, mais après corrections orthographique et grammaticale il ne reste plus que quelques phrases à reprendre et quelques paragraphes à ajouter.

Un effet secondaire est que je marche plus lentement qu'en écoutant des podcasts ou en laissant mon imagination gambader, d'environ 10 %. Mais même en essayant de faire attention je n'ai pas du tout trouvé à quel niveau se trouve la différence. Est-ce le mouvement des doigts qui perturbe l'effet balancier des bras ? Est-ce que l'écriture empiète légèrement plus sur l'attention nécessaire aux déplacements urbains ? Mystère.

Je me demande parfois quelle image ça projette, et je ne suis pas la seule, mais pour l'instant personne ne m'a fait de remarque, et si on m'a lancé des regards perplexes c'est sans que je ne m'en rende compte.

Une question qui reste ouverte, c'est s'il y a un effet sur ma façon de rédiger. Face à un texte sur écran, je peux me balader dans le texte en cours de rédaction, m'y retrouver, le remanier, etc ; alors qu'avec le Twiddler, je dois tout faire de tête, donc je ne me lance qu'avec une représentation mentale plus détaillée, et la première sérialisation en mots est souvent définitive.

Avez-vous remarqué une différence dans le style d'écriture de mes billets ? Sauriez-vous retrouver à quelle date j'ai commencé à utiliser le Twiddler, et quels articles ont été rédigés au clavier ?

Commentaires

1. Le vendredi 28 juin 2019 à 8:45, par Balise :

Huh. C'est intrigant, ton machin, là. J'avais jamais vu/entendu parler de ce truc, et maintenant j'aimerais beaucoup en avoir un sous la main, au moins pour tester :)

2. Le vendredi 28 juin 2019 à 9:21, par semarie :

Pourquoi je ne suis qu'à moitié étonné que tu nous sortes de ce genre de trucs improbable ? Mais sinon, comme Balise: j'aimerais beaucoup en avoir un sous la main pour tester... mais si l'aspect sérialisation mentale me serait sans doute inaccessible (je passe beaucoup de temps à me relire et à ajuster)

3. Le vendredi 28 juin 2019 à 21:17, par Natacha :

Je prêterais volontiers le mien à qui veut essayer, ça fait un bon prétexte pour organiser une rencontre dans le monde physique, ça fait longtemps que je ne vous ai pas vus ;-)

4. Le samedi 29 juin 2019 à 10:12, par Thierry :

Ca me fait penser aux chinois dans "Les Barbouzes" ! (J'aurais voulu mettre un lien mais je ne trouve pas d'extrait où on les voit.)

Et je ne suis pas très étonné que ça ralentisse ta marche. Marcher, respirer, composer le texte et manipuler l'appareil, ça fait beaucoup de choses à faire en même temps. J'ai trouvé cette page qui met des mots sur le phénomène (1er paragraphe de l'introduction) : Dual-task walking, cognitive-motor interference.

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  • Publié le 27 juin 2019 à 23h58
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  • 4 commentaire(s)
  • Tag : Jouets

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