Journal d'une apprentie motarde, leçon n°18

Retour vers le plateau

On m'a fait croire que l'épreuve du plateau n'est pas juste un exercice de sadisme administratif, mais que c'est un ensemble de savoir-faire utiles sur la route.

Or, comme je l'avais déjà évoqué dans un commentaire, j'ai fait presque toutes mes leçons sur une moto particulière de l'école, après eu un mal fou à faire les exercices sur une autre moto pendant la leçon n°8, alors que cette autre moto est du même modèle. Je n'avais donc pas une très grande confiance dans ma capacité à faire ces exercices avec ma moto à moi que j'ai.

Du coup je me suis dit que j'allais demander à la moto-école dans quelle mesure je peux retourner sur le plateau avec ma moto. Visiblement, c'est une demande assez inhabituelle, alors que la formation moto enfonce bien le clou sur le risque d'accident significativement augmenté pendant les six premiers mois avec une nouvelle moto. Évidemment, l'existence même de la présente page vous divulgâche déjà que ça a pu se faire.

Globalement, j'avais accès au plateau, mais je n'étais pas officiellement élève, et donc encadrée sur les temps de pause des enseignants, qui donnaient la priorité aux vrais élèves.

Un point intéressant soulevé a quand même été la couverture des diverses assurances si je suis impliquée dans un accident, et je n'ai toujours pas de réponse satisfaisante. Le plateau est un espace privé, avec un accès contrôlé, donc le code de la route ne s'y applique pas. Les circuits de course et les parkings privés résidentiels me semblent avoir exactement le même statut administratif, alors qu'il semble évident qu'une assurance de base ne va rien couvrir dans le premier cas et couvre au moins la responsabilité civile dans le second. Fort heureusement, je n'ai pas eu besoin d'aller en découvrir la réponse.

La première chose qui m'a surprise est que l'encadrement avait l'air très content de me revoir, et qu'une bonne partie semblait même se souvenir de moi (mais surestime peut-être le turn-over en cette saison).

Un moniteur qui ne connaissait pas ce modèle l'a essayé, et a retrouvé indépendamment mes conclusions sur les commandes de la CB500F 2019 très agréables, et l'a trouvé dans l'ensemble très maniable et agile et agréable à conduire. C'était la première fois que j'entendais le mot « linéaire » (en parlant du comportement moteur) utilisé positivement, et comme étant moins fatiguant que les Z650 (et là je ne vois pas du tout de quoi il est question). Et il y a bien quelque chose dans l'embrayage qui rend flou le point de patinage, et c'est un peu embêtant pour la technique du parcours lent.

Le parcours lent

Au niveau des exercices, j'ai suivi le conseil de ne pas commencer directement par le parcours lent, parce que c'est d'autant plus difficile qu'on a peur d'abîmer une moto que l'on possède, et de commencer par des parcours libres le plus lentement possible, en réduisant progressivement le rayon de courbure.

Et c'était un bon conseil, parce que mes premiers virages à limite de ma zone de confort étaient beaucoup plus larges que ceux du parcours lent. Et puis progressivement, j'ai pris confiance, et en parallèle de mon amélioration de la technique du parcours lent, j'ai réduit le rayon de courbure.

Une erreur intéressante que j'ai découverte à cette occasion est que j'ai tendance à m'assoir trop à l'arrière de la selle, probablement à cause de la sacoche de réservoir qui est placée loin sur l'arrière du réservoir. La bonne position est pratiquement la braguette contre le sac, et seulement alors je sens que la position de conduite est plus droite que sur les roadsters, j'ai un peu l'impression d'être à genoux (comme dans mon essai de la CB500F mais en moins prononcé), mais je gère beaucoup mieux l'équilibre de la moto.

Quand je me suis sentie prête, je suis allée sur le vrai parcours lent, et je l'ai fait très facilement, dans un sens puis dans l'autre, puis quelques autres fois, notamment une où j'ai essayé de me chronométrer approximativement en comptant à partir de 331, et j'ai passé la dernière porte chronométrée à 355.

D'ailleurs malgré le flou du point de patinage sur cet embrayage, la technique que je mets en œuvre est très proche de celle que j'avais pendant mes vraies leçons, avec très peu de gaz. J'ai fait attention cette fois, et ce n'est pas complètement au ralenti moteur, pour que ça marche il faut que je sois en limite de prise de la commande d'accélérateur, et non pas dans la garde.

Le bilan de ces parcours lents est qu'une fois la technique très lente assimilée et la confiance dans les virages serrés retrouvée, j'ai trouvé le parcours lent nettement plus facile qu'avec la Z650. Je ne sais pas si c'est le résultat d'une meilleure agilité de la moto, d'une plus grande expérience de ma part, ou d'une combinaison des deux, mais la différence est claire.

Les parcours rapides

Sur les parcours rapides, les résultats sont un peu plus mitigés.

Au niveau du départ, aucun souci, je monte vite en vitesse, je passe les rapports bien avant la limite, et le slalom se passe sans aucun problème. J'ai noté une nette impression d'être poussée vers l'arrière, que je n'avais pas avec la moto d'école. L'encadrement a trouvé que j'accélérais beaucoup plus fort, donc ce serait uniquement une différence de conduite et non pas de moto, mais je ne sais pas du tout d'où ça vient. J'avais conscience de vouloir accélérer plus fort que d'habitude, comme pendant mes leçons de plateau, donc je suppose que j'ai pris l'habitude d'accélérations plus fortes. Ce serait cohérent avec le fait que quand je suis devant aux feux, je pars beaucoup plus vite que les voitures près de moi (à quelques exceptions près) tout en ayant l'impression d'y aller tranquillement et avec prudence.

Mes premiers demi-tours étaient trop larges, mais après avoir repris confiance dans le fait de pencher la moto à faible vitesse, je les ai tous réussi, sans même avoir besoin de poser le pied (contrairement à mes derniers parcours rapides en tant qu'élève), ce qui donne aussi une impression de plus grande agilité que la moto d'école.

Les exercices d'évitement ne se sont pas très bien passés. J'en ai réussi la majorité, peut-être les trois quarts ou les deux tiers, mais je n'arrivais pas à trouver mes marques sur le moment de déclenchement et je penchais beaucoup moins que quand j'étais élève.

Peut-être que j'allais aussi plus vite qu'à l'époque où je travaillais le plateau, entre les accélérations plus fortes et le fait que j'ai fait suffisamment d'autoroute pour ne être spécialement impressionnée par 55 km/h.

Un constat qui irait dans ce sens est que j'ai réussi tous mes évitements quand je commençais à freiner pendant l'évitement, et non pas après comme prescrit par les directives officielles, à cause du risque de chute quand on freine penché. Mais comme ces freinages sont avec le frein arrière uniquement, et le frein ajouté seulement après avoir redressé la moto, ça ne m'a pas semblé trop dangereux. En tout cas je ne suis pas tombée.

Enfin l'exercice du freinage d'urgence a été catastrophique, pas une seule fois j'ai réussi à m'arrêter avant la ligne.

Là encore, le fait d'aller plus vite et de ne pas retrouver ses marques contribue probablement, peut-être majoritairement, mais ça pose quand même question.

Une fois j'ai même essayé en freinant aussi fort que je pouvais, avec les deux freins, en déclenchant clairement l'ABS sur les deux, et j'ai quand même fini 50 cm trop loin.

J'aimerais beaucoup savoir ce que j'ai mal fait, et s'il y a une part de responsabilité dans le système de freinage de cette moto. Cette inconnue reste la plus grosse insatisfaction de cette séance de plateau.

Freinage et souplesse

Sur le thème du freinage, il semble que je ne m'y prenne pas correctement. En théorie, le frein arrière est un stabilisateur, à la limite un ralentisseur du même niveau que le frein moteur, et le vrai freinage vient du frein avant.

Or en pratique, j'utilise très très peu le frein avant, tout en suivant la théorie, car en général j'anticipe suffisamment mes ralentissements pour que le frein moteur suffise (ou presque), et j'y ajoute le frein arrière plus pour allumer le feu de stop que pour freiner.

Résultat, je ne freine de l'avant que dans des situations anormales : feu rouge caché par un camion mal garé, feu vert proche qui passe orange, ralentissement soudain de ma file (souvent parce qu'une camionnette ou un virage me bloque la visibilité loin devant), etc. Ces situations restent relativement rares, il peut s'écouler des dizaines de minutes entre deux occurrences, pendant lesquelles j'utilise exclusivement le frein arrière.

Du coup j'étais pleine d'inquiétude, à me demander si je n'étais pas en train de prendre des mauvaises habitudes.

Finalement, il semble que ce soit juste avoir une conduite « souple », et ce serait une bonne chose, à entretenir. Et la preuve d'une grande capacité d'anticipation, sans doute aidée par la hauteur de la moto qui me permet de voir plus d'une dizaine de voitures devant moi.

Cela dit, ça n'enlève rien au côté problématique de ne pas réussir les freinages d'urgence, et je repasserai prochainement sur le plateau pour retravailler ça.

Fatigue et fin de plateau

J'ai dû perdre en endurance, parce que j'ai clairement senti une forme de fatigue plus d'une demi-heure avant la fin de la séance de plateau, ce qui se manifestait par une quantité croissante de défauts de coordination, comme passer de la première à la deuxième à la première vitesse dans la phase de démarrage.

Entre les mauvais rapports de boîte et les mauvais embrayages, j'ai un peu malmené le moteur, et je m'inquiète un peu des éventuelles séquelles mécaniques de cette séquence de plateau.

De la même façon, j'ai entendu pour la première fois le ventilateur s'activer pour refroidir le moteur, et là aussi, je me suis posé la question des conséquences en termes d'usure.

J'ai même pensé à la question de la consommation d'essence de ces exercices. Toutes ces questions qui ne m'avaient jamais traversé l'esprit pendant que je malmenais les motos de l'école.

Entre la fatigue et la nette augmentation de la quantité d'élèves sur le plateau, je n'ai rien fait d'autre que discuter pendant cette dernière grosse demi-heure.

Commentaires

1. Le lundi 25 novembre 2019 à 21:02, par Ruxor :

Il y a bien quelques personnes qui prennent des leçons en auto-école après avoir obtenu leur permis. Je connais plusieurs personnes qui ont fait ça pour la voiture (l'idée étant généralement de réapprendre un peu après une longue interruption de la pratique), et je suppose que ça doit arriver pour la moto : quand j'avais fait part à un moniteur de mon incertitude quant au fait que l'évitement soit « rentré » dans ma tête au sens où je penserais à y avoir recours en situation d'urgence, il m'avait évoqué la possibilité de revenir faire une séance de plateau peut-être un an après l'obtention de mon permis pour entretenir l'habitude de la pratique. (D'un autre côté, quand j'avais passé l'examen de circulation la 1re fois et que j'étais — à raison — certain de l'avoir ratée mais que ce n'était pas encore certain, le même moniteur avait catégoriquement refusé de me laisser placer de nouvelles heures de leçons de circulation, même sous la promesse que je les ferais quand bien même j'étais reçu, et il semblait trouver absurde l'idée sous-jacente à cette promesse.)

Toujours est-il que pour ces leçons post-permis, comme pour celles avant l'obtention du permis, les véhicules utilisés sont ceux de l'auto-école, et je pense que c'est indispensable pour des raisons d'assurance, vu que l'assurance s'attache au véhicule. Donc ce qui est surtout inhabituel, je pense, c'est que tu sois venue avec ta moto. (Je n'ai pas la réponse à si tu aurais été couverte par ta propre assurance en cas d'accident, mais j'imagine qu'il y a quelque part des mots comme « pratique normale » dans le contrat, qui incluent la circulation dans un parking privé et pas celle sur une piste de course, et dont la valeur sur un plateau d'entraînement au permis serait sans doute sujette à controverse juridique.)

(Ceci me fait d'ailleurs penser que j'avais eu l'idée de me pointer à vélo sur le plateau de mon auto-école pour essayer de savoir si le parcours lent est difficile à réaliser à vélo, mais je ne l'ai jamais fait.)

Pour le choix du frein avant ou arrière, j'avais aussi tendance à sur-utiliser le frein arrière au détriment de l'avant : quand j'en ai pris conscience, je me suis efforcé de terminer les arrêts complet au frein avant même quand je pouvais très bien m'arrêter de l'arrière, et ça m'a rendu ce frein beaucoup plus naturel. Je pense que c'est aussi intéressant de s'exercer occasionnellement à ralentir juste un peu au frein avant, histoire de faire entrer dans la mémoire procédurale le dosage à appliquer pour commencer à freiner sans piler.

Enfin, pour ce qui est du malmenage de la moto, je crois que ce qui trinque le plus dans les motos d'auto-école, c'est l'embrayage, à force d'accumuler les longues séance au point de patinage (c'est sans doute moins vrai pour un embrayage de moto, qui est généralement en bain d'huile, que pour un embrayage de voiture, qui est sec, mais le patinage use la surface de l'embrayage à force de frotter).

2. Le dimanche 8 décembre 2019 à 20:29, par Natacha :

Je vois deux compétences dans ce que l'on appelle globalement « la conduite » : le maniement technique du véhicule, et la « lecture de la route ». J'ai l'intuition que ceux qui reprennent des leçons en auto-écoles ne le feraient pas juste pour les compétences techniques, et le font plutôt pour la lecture de la route, et choisissent l'auto parce que le moniteur est en position de rattraper toutes ces erreurs, alors qu'en moto il ne peut que communiquer les erreurs après coup.

Pour l'équilibre entre frein avant et arrière, je me suis plusieurs fois dis que j'allais essayer de ralentir ou m'arrêter au frein avant, mais c'est compliqué par le fait que la plupart de mes ralentissements sont en réaction automatique à l'environnement, donc pas vraiment le temps d'y penser pour agir autrement (surtout de façon plus dangereuse, avec la réputation du frein avant de faire chuter), et pour l'arrêt, je dose encore mal le frein moteur et je suis la plupart du temps trop lente avec lui seul et je dois remettre des gaz, ce qui n'est pas propice à l'utilisation de quelque frein que ce soit, et je me retrouve à faire les derniers mètres en mode « parcours lent », qui me semble casse-gueule au frein avant.

Bref, il faudrait que je commence par faire évoluer mon comportement pour fabriquer des occasions d'utiliser le frein avant, avant de vouloir effectivement m'en servir. C'est un chantier un peu plus vaste.

Et concernant l'usure des motos d'école, mes quelques passages dans les heures de pointes parisiennes m'ont semblé presque aussi durs avec l'embrayage que les séances de plateau, mais je ne sais pas trop quoi en conclure. Il semble que le commute (y a pas un mot français pour ça ?) en moto est aussi méchant avec le reste de la mécanique, à froid sur la majorité du trajet.

Pour le reste de l'usure sur plateau, les fois où je me rate sur la boîte de vitesse et que j'accélère au point mort, ou ce genre de choses dont les motos d'école ont l'habitude, je me demande à quel point du rodage elles se trouvent. Ma moto est-elle un peu trop neuve pour encaisser ça ?

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  • Publié le 24 novembre 2019 à 19h30
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