Journal d'une apprentie motarde, bilan 2019

Même si j'ai dit sur mon weblog que je n'arrive toujours pas à faire des bilans de changement d'année, je vais quand même intituler une page de ce journal « Bilan 2019 », pour y ranger en vrac toutes notes trop petites pour mériter chacune une page dédiée.

Pour rappel, j'ai obtenu mon permis en automne, ensuite j'ai pris mon temps pour essayer des motos, et j'ai acheté une moto CB500X. Je l'ai possédée moins de deux mois en 2019, mais ça m'a laissé le temps de retourner à deux reprises sur le plateau (leçon n°18 et n°19, même si le mot « leçon » est un peu trop fort).

Des nombres

Sur l'ensemble de 2019, ma moto a parcouru 744 kilomètres en ma possession, ce qui correspond en gros à la distance que j'ai parcourue avec.

J'ai dépensé 57.70 € dans 35.69 litres de sans-plomb 98 de marque, répartis sur trois pleins.

Un défaut d'enregistrement dans ma première sortie m'empêche d'avoir des nombres sérieux sur ce que j'ai fait avec le gros tiers de réservoir qui m'a été offert avec la moto, mais en négligeant les différences de niveau remplissage entre le premier et le dernier plein, j'arrive à exactement 4 litres pour cent kilomètres.

D'ailleurs, sur cette période et avec la même approximation, j'ai sorti de la pompe 24.62 litres de carburant, alors que l'ordinateur de bord prétend en avoir consommé 22.8. Je n'ai aucune idée d'où sont passés les 1.8 litres de différence (erreur d'arrondi ? éclaboussure ? évaporation ? fuites ?).

Cette consommation moyenne cache évidemment des circonstances très disparates : autour de 3.2 cℓ/km en balade tranquille, vers 3.8 cℓ/km en trajets utilitaires sur voies rapides, et pas loin de 6 cℓ/km en circulation urbaine difficile. Le tout compté par l'ordinateur de bord, manifestement plus optimiste que la pompe.

De façon amusante, pour mon dernier plein de 2019, j'ai fait un détour de 50 km et utilisé une pompe où l'essence est moins chère de 15 centimes par litre, soit deux euros sur l'ensemble du plein. Ce détour m'a fait consommer 1.6 litres de carburant d'après l'ordinateur de bord, on va dire 1.7 ℓ d'après la pompe, donc 2.68 €. En vrai j'ai fait ce détour pour la balade, pas pour l'argent, mais je ne vois pas trop comment un observateur extérieur pourrait voir la différence de motivation (ni pourquoi il chercherait à la faire).

Des principes

Comme je me suis lancée dans ce permis en étant relativement vieille, j'ai passé la grande majorité de ma vie en tant que piétonne urbaine, suivie de conductrice automobile, avant d'arriver dans le monde des deux-roues motorisés. Du coup, dès le début, je m'étais jurée que je ne serai pas comme ces dangers publics de scootards abrutis.

Notons en passant que la phrase ci-dessus est à peu près ce que je peux penser de pire à propos d'un de mes congénères alors que je suis à pied, tandis que mon record de méchanceté et d'acidité au volant (ou au guidon) reste le « oh, ce n'est pas très gentil, ça » que j'ai déjà évoqué dans un commentaire.

En ayant mon permis, j'étais encore pleine de grands principes, par exemple :

En plus d'un mois de conduite, le rouleau compresseur de la réalité a eu le temps de s'y attaquer avec sa sauvagerie prévisible.

Et je suis assez fière de moi sur la façon dont ils ont presque tous résisté.

Je n'ai encore jamais roulé sur une piste cyclable, à part pour la traverser. Idem sur les voies de bus.

Je ne me suis encore jamais arrêtée dans un sas vélo, à part lorsqu'il est tellement effacé qu'il ne reste que trente centimètres de bande blanche tout à droite de la voie.

Je n'ai encore jamais roulé sur un trottoir, à part pour le traverser et entrer dans un parking.

D'ailleurs sur ce dernier point, mes principes ont été mis à l'épreuve pour aller à l'atelier, j'ai raté l'adresse, et je me suis arrêtée lorsque j'ai reconnu que j'étais trop loin, à une centaine de mètres en sens unique. Plutôt que de risquer de me perdre en essayant de faire le tour, j'ai choisi de remonter la rue à contre-sens. Je l'ai fait moteur éteint, au point mort, sur le trottoir, en poussant ces 200 kg de métal. C'était en légère montée, c'était pénible et inconfortable, mais moins qu'utiliser le moteur sur ce trottoir désert.

L'inter-file urbaine

Comme j'ai écrit « presque » plus haut, je ne peux pas passer sous silence le principe qui n'a pas survécu au contact avec la réalité : l'inter-file urbaine.

J'étais partie pour respecter soigneusement la réglementation, vu que je circule dans des départements concernés par l'expérimentation officielle de la circulation en inter-files, et c'est à peu près ce que j'ai fait. La seule exception a été de ne pas le faire en ville.

J'ai toujours regardé avec mépris les automobilistes qui essayent de gratter une ou deux places dans les embouteillages ou aux feux rouges, parce que c'est une énorme perturbation du flux de véhicule pour un bénéfice négligeable, voire négatif.

Je croyais que remonter les files aux feux rouges était tout aussi ridicule. Je ne me souviens plus exactement ce qui m'a poussée à essayer une fois, je suppose que c'était une fois où il y avait plein de place et je me sentais assez en confiance pour essayer. Ou peut-être que j'ai juste changé de file pour me retrouver légalement en première place au feu.

Bref, une fois j'ai essayé, et j'ai constaté qu'en roulant tranquillement, pour une moto de moyenne cylindrée, en partant en première position à un feu qui passe au vert, je me suis retrouvée à l'arrière du groupe suivant de voitures. Du coup, j'ai naïvement remonté ce nouveau groupe, pour arriver tout devant avant le passage au vert. Et ensuite j'ai rattrapé le groupe suivant.

Donc au lieu d'arracher péniblement quelques places au prix d'une grosse perturbation du système, j'améliorais significativement mon temps de parcours sans gêner les automobilistes impliqués.

Parce que si je fais de l'inter-file en ville, je n'ai pas fait sauter toutes les limites : je ne passe qu'entre des véhicules à l'arrêt dans la circulation et dans le même sens que moi. Je ne vais pas mettre le moindre centimètre de pneu ou de guidon sur la voie d'en face ni sur une voie de bus, ni passer à moins d'une largeur de portière des voitures en stationnement.

Donc autant le principe de ne pas faire d'inter-file en ville est tombé très très tôt, autant la version amendée ci-dessus, autant l'inter-file « façon Nat' », qui est beaucoup plus sage que la grande majorité des deux-roues motorisés que j'ai vu voir dans cette région, a aussi bien tenu que tous mes autres principes.

D'un autre côté, c'est quelque part simplement le principe de ne pas essayer quelque chose que je ne sens pas, appliqué à la circulation inter-files.

Cas d'utilisation

Mon aventure motocycliste est une suite d'explorations : je passe le permis avant de me poser la question de quel véhicule utiliser, et j'achète un véhicule polyvalent avant d'avoir les idées claires sur ce que je vais en faire, avec le projet d'essayer différentes choses pour voir ce qui me plaît, et me forger de l'expérience au passage.

Voici, en vrac, ce que j'ai essayé.

La balade en campagne

J'ai été très agréablement surprise de trouver des coins très sympathiques, verts et bucoliques, à moins d'une demi-heure de route de Paris. D'abord lancée par David Madore puis en solo, surtout dans le sud-ouest francilien.

Si je traverse avec plaisir ces paysages, surtout les forêts colorées par l'automne, et si j'enfourche ma moto aussi avec un certain plaisir, avec le recul je trouve que je ne suis pas si fan que ça de cette activité. Disons que le plaisir total est moindre que ce que je peux trouver dans la plupart des activités que je peux faire chez moi.

La principale raison est bête : il me faut tellement d'attention pour conduire, qu'il en reste trop peu pour apprécier pleinement le décor. D'un autre côté, ça permet de faire plusieurs fois le même trajet, avec assez peu de déjà-vu.

Cela dit, c'est probablement aussi l'activité que je vais le plus probablement continuer, parce que c'est ce que je ressens à la fois de plus agréable et de moins dangereux pour gagner de l'expérience en conduite motocycliste, et cette expérience est probablement la ressource la plus importante pour réduire les risques de la conduite.

Et peut-être qu'avec plus d'expérience, je finirais par pouvoir attribuer plus d'attention au décor, et ainsi rendre l'activité plus agréable.

Les trajets utilitaires rapides

S'il y a un sérieux problème logistique dans l'idée d'aller à Ikéa en moto, il y a un certain nombres d'autres courses et visites dans la banlieue lointaine qui sont assez pénibles en transport en commun.

Suivant les circonstances météorologiques et circulatoires, ce n'est pas toujours plus court, mais c'est très souvent plus agréable. Évidemment, ça ne me vient pas à l'idée de sortir la moto quand ce serait vraiment désagréable, donc il y a un petit biais de sélection. Globalement, ça reste ce que j'en avais dit ailleurs, la marche et la moto sont les seuls moyens de transport pour lesquels j'ai une émotion positive, mais les transports en commun, lorsqu'ils ne titillent pas mon agoraphobie, permettent de se plonger dans un roman, ce qui est positif aussi, et plus ou moins compétitif avec la marche ou la moto suivant le roman en cours.

Ces trajets restent beaucoup moins agréables que les balades, mais c'est une comparaison que j'ai beaucoup de mal à faire, tant elle me semble bizarre. J'aime bien le bleu, j'aime boire du chocolat chaud, mais est-ce que j'aime plus l'un ou l'autre ? Ce n'est presque pas le même sens du mot « aimer ».

Dans les balades en moto, il y a le trajet comme loisir, l'arbitrage sur une certaine quantité de temps de libre, comme alternative à une randonnée ou une partie de jeux vidéos. Dans le transport utilitaire, il y a le trajet qui est fixé, et l'arbitrage est fait le moyen (et éventuellement le moyen peut pondérer l'intérêt trouvé au trajet).

Les trajets utilitaires urbains

Le conflit social autour de la réforme des retraites a sérieusement perturbé les transports autour de Paris.

Déjà avant ça, on m'a plusieurs fois demandé si j'allais utiliser la moto pour aller travailler, et je répondais, à moitié en plaisantant, que tout le monde me dit que ce serait chiant, donc que j'allais essayer par moi-même pour m'en rendre compte par moi-même avant d'y renoncer.

Donc j'ai essayé, et en fait ce n'est pas si pénible que ça.

Enfin si, c'est pénible, mais je pourrais répéter exactement la même chose que dans la partie précédente : ce n'est pas pire que les alternatives, et en fait c'est nettement que toutes les alternatives à l'exception de pouvoir se poser dans un bus avec un roman, et de marcher.

Et avec mon lieu de travail actuel, la marche est limitée par le fait que ma limite est aux alentours d'un trajet (aller ou retour) par jour. Mes muscles refusent de faire l'aller-retour plusieurs jours de suite.

Donc suivant les conditions météo et les prévisions de circulation, je choisis les jours de moto et les jours de marche éventuellement assistée par un bus.

Les conditions dégradées

Il m'est arrivé quelquefois de choisir la moto quand les conditions ne sont pas tout à fait favorables, toujours dans l'idée d'acquérir de l'expérience pour devenir moins dangereuse et pour délimiter ce qui me plaît, ce qui est supportable, et ce que je ne recommencerai plus.

La densité du trafic

La région parisienne étant ce qu'elle est, j'ai été assez souvent confrontée aux ralentissements et aux bouchons authentiques.

C'est beaucoup moins difficile que ce à quoi je m'attendais. Quand ça n'avance vraiment pas, je peux faire de l'inter-file timorée, en dessous de 20 km/h, et ça me donne l'impression d'avancer. Et quand ça avance un peu, à partir de 30 km/h, je reste sagement dans ma file, et j'ai suffisamment de patience et d'émotions globalement positives (qui font que je ne suis pas méchante en voyant mes congénères faire n'importe quoi) pour rester sagement dans ma file.

Il n'y a guère que la sur-consommation d'essence qui me gêne un peu, je ne m'attendais vraiment pas à passer du simple au double en passant de la départementale vide à la ville embouteillée. J'espère que ça ne suffira pas à me faire prendre plus de risques, mais peut-être que ça me poussera à plus de hardiesse en inter-files quand j'aurai plus de confiance en moi.

Une fois je me suis retrouvée dans un gros ralentissement sur un bout d'autoroute. Je me doutais que les voies et les panneaux sont plus larges sur autoroute, mais avec la vitesse c'est facile d'avoir l'illusion que tout se vaut à peu près en dimension. J'ai pu mesurer la place qu'il y a sur les voies d'autoroute quand j'ai pu faire de l'inter-files à 50 km/h en ayant l'impression d'avoir encore pas mal de marge entre les voitures et moi.

Et c'est ce jour-là que j'ai eu ma première Vraie Peur, à ne pas être sûre d'être dans la file de gauche à l'arrêt ou dans la file du milieu à au moins 60 km/h. J'ai perdu les circonstances exactes, je me souviens surtout de la décharge d'adrénaline, des automatismes qui prennent l'ascendant sur la rationalité posée, et de l'optique arrière droite de la voiture devant moi.

La nuit

En voiture, je n'avais jamais trop compris quelle était censée être la difficulté particulière de la conduite de nuit. D'accord, on ne voit rien de ce qui n'est pas éclairé, mais ça ne sert à rien de stresser pour ce qu'on ne peut pas voir, car de toute façon on ne peut pas le voir.

Et puis récemment, j'ai découvert la conduite de nuit en ville, avec plein de piétons sans éclairage, des cyclistes pas toujours très éclairés non plus, et juste ce qu'il faut d'éclairage public pour qu'il soit à peine possible de les voir.

À ça s'ajoute en moto l'analyse de la route, qui doit être beaucoup plus fine en moto qu'en voiture. Par exemple en voiture, je vois de la lumière, je sais qu'il y a un véhicule, je n'ai pas besoin de chercher à comprendre de quel type de véhicule il s'agit, seulement sa position approximative par rapport à moi. La conduite moto (ou au moins la mienne) demande une anticipation et une foule de micro-décisions qui dépendent d'informations fines sur le type de véhicule et son mouvement. Je me placerais pas de la même façon si je me fais rattraper par une autre moto ou par une voiture dont un feu est cassé.

Globalement, je trouve que la conduite de nuit « facile » est à ma portée, par exemple un trafic fluide sur une route pour automobiles, ou une zone 30 très bien éclairée. Quand les difficultés se cumulent, je renonce.

L'humidité

J'ai commencé par essayer la route mouillée alors que l'air est sec, peu de temps après une averse.

Avec tout ce que j'avais lu, je m'attendais à jouer à la roulette russe à chaque mètre, et j'ai été agréablement surprise de ne percevoir aucune différence avec une route sèche, sur le trajet urbain en question.

Il paraît que la peinture blanche et les plaques d'égout sont très glissantes lorsqu'elles sont mouillées, mais comme j'ai pris le pli de les éviter en toutes circonstances, je n'ai pas perçu de différence.

Du coup j'ai été plus en confiance, et je suis sortie sous la bruine, et pareil, tout fonctionnait aussi bien que dans les conditions idéales, il y avait juste une légère parte de visibilité avec les gouttes d'eau sur le casque.

Je ne me souviens plus trop si j'ai osé faire de l'inter-file urbaine sur route mouillée, parce qu'il y a souvent la peinture blanche juste là où je veux mettre mes roues. Je me souviens que je l'ai soigneusement évité la première fois, mais je suis peut-être retombée dedans sans y penser les fois suivantes. En tout cas, je n'ai vécu aucune glissade, si aucun indice pouvant laisser penser à une perte d'adhérence même partielle.

La totale

Et puis il y a eu l'expédition malheureuse du samedi 21 décembre 2019, où je voulais aller faire deux petites courses rapides avant l'arrivée de l'averse. Les courses n'étaient pas aussi rapides que prévu, la circulation était beaucoup plus dense, et je me suis fait surprendre la nuit et une grosse pluie.

C'était une épopée très formatrice, juste au-delà de ce dont je me considère capable, mais avec une forme qui me laissait penser que c'était jouable. En tout cas je ne le referai jamais pour le plaisir.

Et puis c'étaient dans petites rues tellement bouchées que j'arrivais rarement l'occasion de faire des pointes au-dessus de 15 km/h, donc ça aide à ne pas se sentir en super gros danger (même si je soupçonne une voiture d'être capable de broyer une jambe en dessous de 5 km/h).

C'est à cette occasion que j'ai connu ma deuxième (et dernière de 2019) Vraie Peur, lorsque je me suis retrouvée entre bus qui me doublait par la droite et une voiture qui se rabattait sur ma voie par la gauche.

La Vraie Peur

Pendant que je préparais cette entrée, j'avais envie d'écrire que malgré mon niveau de grande débutante, il ne m'est rien arrivé de notablement dangereux, et j'en déduisais que je suis correctement restée dans le petit bain.

Je pense encore à peu près ça, mais il y a les deux expériences de Vraie Peur qui mitigent un peu tout ça.

Concrètement, je n'ai aucun accident, aucun choc, aucune chute, donc le résultat est quand même parfait.

Je ne sais pas exactement ce qu'est la Vraie Peur, mais c'est une expérience pas agréable du tout, que je n'ai aucune envie de répéter même si ça peut me permettre de mieux la cerner.

En temps normal, je conduis à l'instinct, mes facultés intellectuelles supérieures lisent et analysent la route, et l'instinct s'occupe de l'intendance. Tout ça se déroule dans un cadre à peu près neutre sur le plan émotionnel, au plus un vague plaisir dans la conduite lui-même, et une satisfaction dans ma place et mes possibilités par rapport aux autres usagers.

La Vraie Peur, c'est un basculement soudain dans un mode purement instinctif, avec une forte coloration émotionnelle négative (d'où le nom). L'émotion est trop brute pour déterminer de quoi j'ai peur, que ce soit la mort, les dégâts corporels, les dégâts matériels, ou seulement la charge bureaucratique inopinée. Juste la peur d'une catastrophe que je veux vraiment éviter.

C'est beaucoup plus intense que la mini-panique au tout début de ma formation, mais ça me semble beaucoup trop court, ou j'en récupère trop rapidement, pour utiliser le mot « panique ».

J'avais bien perçu la situation, et tous les véhicules autour de moi, et puis quelque part une alarme instinctive se met à sonner, les facultés intellectuelles supérieures sont mises en pause, et l'instinct fait quelque chose dont je n'ai pas la moindre idée, mais dont le résultat est clairement à mon goût.

Si j'ai des souvenirs assez clairs du contexte dans lequel j'ai basculé dans la Vraie Peur, je n'ai aucun souvenir des manœuvres réalisées par moi et par les autres pendant la fraction de seconde au cours de laquelle tout s'est résolu. Mes souvenirs ne reprennent leur cours qu'après la résolution, une fois le danger passé, avec les mains moites et un rythme cardiaque déraisonnable.

C'est typiquement pour ce genre de situations que j'aimerais beaucoup trouver le moyen de mettre une dashcam sur ma moto, pour pouvoir reprendre la situation à froid, voir ce que j'ai fait, ce que j'aurais pu faire, et en tirer une leçon, au lieu de repartir dans le même état et m'exposer à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets peut-être avec moins de chance.

Même si dans ces exemples une bonne partie des choses intéressantes auraient été dans l'angle mort latéral des systèmes habituels à double caméra, et dans ma manipulation des commandes.

L'aide à la navigation

J'ai déjà évoqué plusieurs fois à quel point mon sens de l'orientation est pathétique, et les malheurs de la moto sans GPS. Du coup, il m'a semblé indispensable d'avoir un endroit où mettre mon téléphone sur cette moto.

J'ai donc acheté en même temps que la moto une petite sacoche de réservoir qui est dotée d'une poche à téléphone, avec une surface transparente et compatible avec l'écran tactile.

Ce n'est pas très pratique pour deux raisons. D'une part, mon téléphone Kyocera Torque KC-S701 est un peu épais et il a des boutons en façade qui sont activés inopinément par cette poche. D'autre part, parce que la fixation de la sacoche n'est pas vraiment sur le haut du réservoir, mais plutôt sur la face arrière, du coup l'écran du téléphone est à quelques centimètres de mon ventre. Avec le champ visuel limité verticalement par le casque intégral, il faut quelques contorsions pour le voir, alors qu'un tel instrument devrait être visible d'un coup d'œil, pratiquement sans mouvement.

Je n'ai pas encore trouvé d'endroit satisfaisant pour mettre le support de téléphone que j'avais acheté pour mes essais, mais je suis partie plusieurs fois avec, pour avoir la possibilité de l'installer si j'en avais vraiment besoin.

Forte de ce filet de sécurité, je suis partie plusieurs fois sans assistance à la navigation, juste en ayant soigneusement préparé le trajet avec Google Street View.

Au début, je n'étais pas du tout convaincue par ma capacité à mémoriser les points clefs d'un itinéraire, mais finalement la mémoire est grandement aidée par les panneaux de direction.

Du coup, avec la prise de confiance, j'ai fait des trajets de plus en plus osés, et j'ai connu quelques échecs. Ça m'a permis de confirmer que mon sens de l'orientation est vraiment complètement irrécupérable, mais j'ai quand même une certaine compréhension de l'espace qui me permet d'utiliser les panneaux, la préparation, et la familiarité avec les lieux, et finalement m'en sortir sans trop perdre de temps.

En fait, ce n'est pas mon sens de l'orientation qui est mauvais, c'est juste que je vois les choses à une homotopie près.

Le problème, c'est que cette compréhension est complètement instinctive ; à un moment donné se dire « je le sens bien par là », ce qui n'est pas rassurant du tout, surtout avec mon passif sur le sens de l'orientation. Donc autant je fais ça volontiers, pour voir, quand je n'ai pas contrainte horaire, autant que je veux vraiment arriver à l'heure, je n'arrive pas (encore ?) à avoir confiance dans cette capacité.

Du coup je finirai sans doute prochainement par installer quelque part ce support de téléphone, peut-être en essayant de récupérer un téléphone sans bouton en façade, ou voir du côté des Zūmo de Garmin.

Les virages

Je n'ai pas encore très bien compris pourquoi il y a tout un foin sur les virages en moto.

Déjà je ne vois pas l'intérêt des virages, mais je suppose que je ne suis pas câblée comme il faut dans ma tête pour apprécier ça, de la même façon que je ne vois pas l'intérêt d'aller vite (en dehors du côté utilitaire d'arriver plus tôt à destination), ni des sensations d'accélération (mais celles que j'ai vécues étaient toutes modérées), ni des « sensations fortes » de mettre son intégrité physique en jeu.

D'un autre côté, quelques personnes m'ont dit ne pas aimer les motos de la catégorie que j'ai choisie (les trails) parce qu'on y ressentirait moins les virages, donc je ne sais peut-être juste pas ce que je rate.

Et je n'ai pas ressenti de difficulté particulière dans les virages très marqués que j'ai rencontrés. Aussi bien sur les « petites routes » départementales que dans les bretelles de voies rapides, j'ai respecté les limitations de vitesse, et je n'ai pas remarqué de difficulté.

En vrai, je n'ai pas le regard rivé sur mon tableau de bord, donc je suppose qu'il est théoriquement possible que je choisisse à l'instinct une vitesse adaptée au virage en le découvrant, mais étant débutante avec nouvelle moto, je n'y crois pas des masses. Peut-être que mon côté timoré vient ajouter tellement de marge que c'est ce qui fait que ça passe.

Peut-être aussi que toutes les discussions autour de la difficulté technique des virages à moto sont destinées aux gens qui considèrent ces panneaux comme des vitesses à ne pas dépasser devant un radar.

Ou peut-être que j'ai simplement eu suffisamment de chance pour ne passer que par des virages correctement signalés. J'imagine que les panneaux sont plutôt plantés en pensant aux voitures, mais peut-être que les caractéristiques mécaniques des motos font que la limite de vitesse pour elles serait supérieure.

La transposition autmobile

J'avais déjà évoqué les bénéfices de mes compétences motocyclistes sur la conduite automobile dans le bilan estival, et globalement je confirme ce que j'y ai dit sur ce sujet. Je vais juste ajouter quelque chose sur l'anticipation qui est devenu flagrant entretemps.

La conduite en moto est tellement prenante mentalement que j'ai à peine le temps d'apprécier le paysage, et je n'ai pas des masses de disponibilité mentale pour me regarder faire ce que je fais. Et en reprenant la voiture, qui est beaucoup moins prenante, j'ai plus de temps pour, entre autres, me regarder faire.

L'habitude d'anticiper le comportement des (conducteurs des) véhicules autour de moi ne s'éteint pas lorsque je suis en voiture, j'ai pu constater récemment ma progression à ce niveau. En regardant une situation, je vois plus clairement les issues possibles et lesquelles sont plus probables, et je sens plus tôt les déviations aux scénarios habituels.

Je ne peux pas affirmer avec certitude que c'est une progression due à la conduite en moto, et non pas à l'expérience de conduite indépendamment du véhicule. J'ai juste l'impression que la moto me force à faire une analyse plus fine de la route autour de moi et des usages qui y circulent, et que je n'aurais jamais cherché cette finesse sans la moto.

Commentaires

1. Le lundi 20 janvier 2020 à 21:52, par Natacha :

Un collègue m'a récemment parlé d'un carrefour sérieusement bouché pendant la grève parisienne. C'était tellement bouché que les automobilistes allaient sur la voie de bus jusqu'à la boucher elle aussi ; et les deux-roues motorisés ont même bouché tous les espaces interfiles, de sorte qu'il ne restait que le trottoir pour avancer (malgré les piétons). Il a vu passer un bon nombre de scooters, et une seule moto. Le motard en question avait éteint le moteur et poussé la moto sur le trottoir, alors que tous les scooters y allaient à moteur.

Je ne vais pas tirer de conclusion sur la différence de population entre motards et scooteristes, l'échantillon étant trop petit. En revanche je suis émue de savoir que je ne suis pas la seule à pousser sur le trottoir une moto en parfait état de marche, parce que je ne m'y attendais sincèrement pas.

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  • Publié le 5 janvier 2020 à 19h48
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