Journal d'une apprentie motarde, leçon n°8

Cette leçon a été une longue suite de frustrations.

Pourtant le trajet aller n'a pas été remarquable, tout s'est bien passé. Les traditionnelles vérifications en début de cours se sont bien passées aussi, je sais tout réciter et expliquer sans aucun problème. On a même insisté sur l'importance d'avoir un A, la note maximale, même si cet exercice ne peut pas éliminer, pour se mettre en confiance avant les épreuves dont l'enjeu est plus fort.

Et ensuite, catastrophe sur catastrophe, je n'ai pas réussi à faire un seul exercice sans erreur éliminatoire à un moment ou à un autre.

J'ai commencé par la partie chronométrée du parcours lent, et je n'arrivais plus à tourner suffisamment pour ne pas sortir du parcours (et paf ! élimination), à moins de pencher au point de mettre un pied à terre (et paf ! élimination après un sursis la première fois). Et quand j'arrivais au bout sans élimination, c'était à chaque fois en allant trop vite, donc élimination par le chronomètre.

D'ailleurs en y repensant maintenant que j'écris ces lignes, je me souviens que pendant la première leçon avec la grosse moto j'avais conclu que ces erreurs de pied à terre n'étaient pas un défaut de trop pencher la moto, mais de ne pas assez pencher le corps pour faire contrepoids. Ça aurait été bien d'y penser sur le coup, c'était peut-être juste ça mon erreur pendant tout ce temps…

Au cours de cette leçon, j'ai expérimenté pour la première fois l'ensemble du parcours lent, avec le demi-tour avec arrêt au milieu, où j'ai presque à chaque fois mordu sur la ligne limite (et paf ! élimination), et avec la partie avec passager, que j'ai pu faire une fois avec un vrai passager, ce qui change suffisamment le comportement de la moto pour que je perde mes marques et que je cale (et paf ! élimination).

Sur le parcours rapide, pour se changer les idées, j'ai essayé de retrouver l'évitement, mais à chaque fois, sans exception, j'ai bousculé le dernier côté qui représente l'obstacle (et paf ! élimination).

Le reste du parcours d'évitement était tout aussi lamentable, avec une bonne partie des demi-tours faits en mordant la ligne (et paf ! élimination), ou l'incapacité de passer la troisième vitesse (et paf ! élimination).

D'ailleurs j'aimerais beaucoup comprendre pourquoi cette vitesse ne passait pas. Sur le trajet retour j'ai commencé à soupçonner que ce soit un manque de débrayage qui bloque le sélecteur, parce que c'était ma première leçon sur cette moto, et son point de patinage est peut-être du mauvais côté d'une position fautive que j'aurais malencontreusement apprise parce que ça marche sur les autres. Mais c'est un peu étonnant parce que j'avais lu qu'une boite séquentielle permet de passer les vitesses sans embrayage (quoiqu'au prix d'une plus grande usure), si le régime moteur est dans l'étroite zone qui s'y prête, ce qui me semblait justement être le cas. Peut-être que j'ai tout simplement raté le sélecteur, mais je n'ai pas trouvé avec quoi je l'aurais confondu, ni pourquoi je ne l'aurais jamais confondu en passant la deuxième.

Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai fait deux chutes pour couronner le tout, et égaler mon record de ma première fois sur cette moto.

Je m'attendais du coup à ce que le trajet retour soit aussi pathétique, et pourtant non, j'ai l'impression d'avoir lu la route à peu près aussi bien que d'habitude, et d'avoir bien choisi dans les rares circonstances laissées à ma discrétion d'apprentie. Ce retour a été ma première expérience de circulation inter-file, j'ai été étonnée du peu de stress et d'inquiétude par rapport à une circulation dense normale. Je suppose qu'avoir devant soi trois autres motards avec des gilets fluo pour ouvrir la voie aide à le prendre avec confiance.

Et en plus de la frustration d'avoir absolument tout raté, s'ajoute la frustration de n'avoir aucune idée de pourquoi ni aucune impression qui pourrait m'avertir à l'avenir que les choses sont en train de se reproduire.

Je sais que j'étais en manque de sommeil, et que la semaine de travail a été inhabituellement chargée ; et la fatigue qui m'a rattrapée plusieurs heures plus tard prouvait clairement que je j'avais peu de réserves.

Mais sur le coup, je n'ai identifié ni fatigue, ni somnolence, ni les indices subtils de la leçon clairement en condition de fatigue, ni rien d'autre qui pourrait faire soupçonner que c'était un jour sans, à part les résultats eux-mêmes.

C'est contrariant, parce que je compte beaucoup sur ce genre de perception pour choisir de prendre ou non la route, et se serait super-moche de s'accidenter parce qu'on est dans un jour sans, sans le savoir.

Une explication potentielle qui ne me vient qu'en écrivant ces lignes est que cette leçon s'est déroulée dans les conditions météo les plus chaudes de toute ma formation, et ça s'est traduit par une transpiration record. Je ne sais pas trop si la déshydratation ou la simple charge mentale pour gérer l'inconfort thermique peuvent expliquer ces résultats.

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  • Publié le 16 juin 2019 à 19h48
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