À la croisée des mondes : la boussole d'or

Ce week-end, je suis rentrée en Moselle pour voir ma famille, et je me suis laissée entraîner dans une séance cinéma pour voir le film qui a donné son titre au présent article.

J'imagine que des résumés de ce film traînent un peu partout sur internet, donc je ne vais pas rentrer dans les détails. C'est un film fantastique qui se déroule dans un monde parallèle, où l'âme des gens n'est pas enfermée dans leur corps (comme chez nous), mais elle se manifeste sous une forme animale qui accompagne la personne et qui s'appelle un dæmon. Il y a un régime autoritaire et dogmatique, le Magisterium, qui voit d'un mauvais œil les Érudits et leurs recherches sur la Poussière, qui est une matière mystérieuse et magique. Et dans tout ça, on suit les aventures d'une petite peste fille orpheline appelée Lyra, au prise avec des enleveurs d'enfants.

J'aime beaucoup les histoires qui présentent un univers imaginaire complet et cohérent, et ce film là me semble en faire partie. Dans l'ensemble, j'ai bien aimé ce film pour cette raison. L'idée derrière cette forme d'univers parallèle est intéressante, le régime politique est crédible, et les interactions entre les diverses forces en présence me semblent intéressantes.

Par contre il y a quelques petits détails qui me gênent et qui ont passablement nui à mon appréciation du film. D'abord, avoir tout le monde qui court après une gamine en faisant des mains et des pieds pour l'avoir vivante, simplement parce qu'une prophétie parle d'elle, je trouve ça plutôt léger comme justification. Je commence à en avoir sérieusement marre des Élus et des Prophéties, il y a d'autres moyens plus intéressants de faire tenir ensemble un scénario et de rendre un personnage intéressant.

Autre point qui me gêne, l'univers est décrit de manière très elliptique. Genre « C'est elle la gamine de la prophétie. » c'est bien gentil, mais c'est quoi cette histore de prophétie d'abord ? On n'arrête pas de nous parler de Poussière, et à la fin du film on ne sait toujours absolument rien dessus (désolée pour le spoiler). Le Magistérium est lui aussi passé sous silence, mais ce qui est évident pour les personnages ne l'est pas pour le spectateur. L'alethiomètre, qui est un artefact fondamental pour l'histoire, est un juste un « machin qui donne la vérité » ; que son mecanisme ne soit pas donné, soit, mais que la fille sache magiquement s'en servir, c'est beaucoup plus douteux.

J'ai du mal aussi avec la naïveté qui traîne tout au long du film. Genre vers la fin un personnage plutôt du côté des méchants fait une révélation au personnage principal, mais ça semble tellement opportun de dire ça que je n'y ai pas cru une seconde. Or d'après wikipedia et google, c'était bien la vérité.

Je ne suis pas vraiment fan non plus des gamines, voire même des gamins en général, pour une raison obscure je n'arrive pas à rentrer dans ce point de vue. Je m'identifie facilement au scientifique, à la garce, à l'ours blanc bourrin de base, mais la gamine, ça ne passe pas. Ça empire encore l'impression de naïveté que j'ai déjà critiquée.

Et le gros point noir, ce que j'ai vraiment le plus de mal à digérer, c'est la fin. Je ne vais pas spoiler, mais en substance, ce n'est pas une fin. L'intrigue n'est même pas en partie résolue, on ne sait toujours rien des concepts évoqués au cours film, bref ça me laisse plus l'impression d'une coupure brutale dans une histoire que dans une vraie fin. Et terminer sur une grosse baston ne suffit pas à me convaincre que c'est bien la fin.

Enfin malgré tout ça, j'ai quand même passé un plutôt bon moment dans cette salle obscure (c'était plus pénible en dehors, avec cette impression d'inachèvement). Je suis loin de regretter de l'avoir vu, même si je ne suis pas vraiment tentée de le revoir, sauf si c'est pour enchaîner les éventuelles suites jusqu'à arriver à une vraie fin.

Commentaires

1. Le lundi 24 décembre 2007 à 18:43, par Phileas :

J'avais lu le livre - trois tomes en fait - bien avant de voir le film... J'avais trouvé le bouquin passionnant... (il est apparemment réédité en collection poche et présent en tête de gondole de toutes les bonnes librairies :-))... le film ne m'a pas déçu (ce qui est rare lorsque j'ai d'abord apprécié une version écrite) même si effectivement, pour préserver le rythme, le scénariste a pris quelques raccourcis - ... Ceci dit, comme je connaissais la fin de l'histoire pour l'avoir lue, je n'ai pas été frustré par la fin du film... la suite au prochain épisode donc :-)
En attendant : Joyeux Noël !

2. Le lundi 24 décembre 2007 à 23:22, par Olivier :

Il est vrai que voir le film sans avoir lu le livre doit être difficile : les concepts sont bien décrits dans le Livre... Or, forcément, dans un film, on comprend moins de choses, la narration est moins présente.
Je me rappelle plus des bouquins (juste de mon impression générale : super !), et je n'ai pas vu le film, j'écris donc un commentaire complètement dénué d'importance, mais je t'encourage à lire. Et reregarder le film, pour voir.
Et rerelire, si t'as pas tout compris.

Bref, je cours au cinéma !

3. Le mercredi 26 décembre 2007 à 21:46, par Kaede :

Moi aussi j'avais lu la trilogie il y a quelques années et il est resté parmi ces livres que je ne me lasse ps de relire (une fois par an environs). Je n'ai pas été déçue par le film, mais je me suis fait la reflexion suivante : pour quelqu'un qui n'a pas lu le livre, le scénario peut paraitre déroutant et peut-être complexe... Ne pas hésiter à se jeter sur le livre !!!

4. Le vendredi 4 janvier 2008 à 16:17, par Armel :

J'avais lu et adoré le bouquin (seulement le premier) il y a quelques années, et voir le film m'a donné envie de le relire. La fin en queue de poisson s'explique par le fait que le film finit avant la fin du premier livre, laissant de côté la fin assez triste, cataclysmique et quelque peu horrible pour un des personnages, ça fait tache pour un film fantastique de Noël pour enfants. Je suis d'accord pour la plupart de tes critiques, elles sont valables également en partie pour le livre (quand tu parles de naïveté par ex ; je n'ai pas lu la version anglaise, mais je trouve globalement que le livre n'est pas très bien écrit, c'est peut être à cause de la traduction française ; par contre, le fait que le film avance trop vite et saute des détails importants est dû aux difficultés d'adaptation, dans le livre tout se passe à un rythme correct et le manque d'informations fait partie de l'intrigue, ce n'est pas une paresse de l'auteur).
En fait, je trouve que la série est un peu une occasion manquée. Je n'ai pour le moment lu que deux bouquins sur trois, le deuxième est cool mais moins bien que le premier. Globalement (MAJOR SPOILER ALERT OMFG!!!), l'histoire est une attaque de l'auteur contre la religion organisée, en particulier le Christianisme : Lyra est la seconde Eve, et va au cours de la seconde révolte des Anges provoquer le chute de l'Autorité qui commande au Magisterium et à toutes les églises de tous les mondes, c'est à dire de Dieu, vu comme un tyran, et qui se révèle en fait être, non pas le créateur, mais le premier Ange, tombé dans un état de décrépitude au moment de l'histoire. En fait, je suis surpris qu'un tel livre n'ai pas suscité plus de levées de boucliers de la part des fondamentalistes chrétiens, à côté, Harry Potter c'est l'Evangile. Cependant, certains hommes d'église défendent le livre, en soulignant que ce ne sont que des dérives qui sont critiquées, et que les idéaux des personnages du livre sont tout à fait compatibles avec le Christianisme.
Bref, si on ajoute à ça la description de traitements inhumains dignes des nazis (enfants à qui on a arraché leur âme, monstres se nourrissant de l'âme des adultes), ce n'est pas vraiment une série pour enfants.
Une série qui contient beaucoup de thèmes que j'aime bien (ambiance un peu steampunk, combat désespéré, réflections métaphysiques osées (les particules élémentaires spirituelles), thèmes subtilement ésotériques, beauté évocatrice du grand nord au moment des grandes explorations rappelant un peu les contes d'Andersen) mais qui pèche un peu au niveau de la réalisation. Et puis, sans prendre partie pour ou contre l'existence de Dieu, sans nier les crimes passés et présents des églises (et des autres religions), sans non plus refuser à un auteur de fantaisie le droit d'écrire sur l'hypothèse fictive du Dieu mauvais, je trouve quand même que l'auteur a une approche du phénomène religieux un peu trop carricaturale. Néanmoins, ça équilibre l'effet Narnia (un partout), autre très bonne série dans la même veine mais beaucoup plus naïve, et qui elle est une allégorie chrétienne à peine déguisée.

Poster un commentaire

Mise en forme historique : pour mettre en valeur un mot ou un groupe de mot, tapez une étoile de part et d'autre, sans mettre d'espace entre l'étoile et le mot, comme ceci : *mise en valeur*. Pour insérer un lien, mettez le entre crochets, comme ceci : [http://instinctive.eu/].

Mise en forme markdown : voir le guide détaillé, en résumé c'est le Markdown traditionnel, sans HTML ni titres, mais avec les tables PHP-Markdown-Extra.

Attention : les balises HTML entrées dans les commentaires seront affichées telles quelles, et non pas interprétées.

Autour de cette page

 

Autour de cet article

  • Publié le 24 décembre 2007 à 15h44
  • Dernière modification le 19 janvier 2010 à 20h49
  • Critique de film
  • 4 commentaire(s)

Critiques de films

  • À la croisée des mondes : la boussole d'or

Site-level navigation and features

 

Instinctive.eu

Contact

Sections

Validation

Copyright © 2008-2016 Natacha Kerensikova

Butterfly images are copyright © 2008 Shoofly