The Others (1 à 2), d'Anne Bishop

Ils sont là. Ils sont parmi nous. Ils sont hostiles. Et il n'y a pas de gens assez puissants pour nous cacher leur existence.

The Others est une série de livres écrits par Anne Bishop, et dont le premier tome m'a été recommandé par Balise (ouais, je n'ai pas des masses de fournisseurs).

Je l'ai vu parfois catégorisé en Dark Fantasy, mais je ne sais pas dans quelle mesure c'est une contamination des autres livres de la même auteure. Je retrouve plutôt le fantastique urbain dont j'ai l'habitude ces derniers temps, mais dans un monde beaucoup plus sombre et brutal.

Habituellement, les créatures surnaturelles du fantastique urbain sont minoritaires et essayent de se fondre dans la masse humaine, pour des raisons plus ou moins justifiées dans l'univers, mais j'imagine que ça vient surtout de la volonté de construire un monde presque comme le nôtre.

Dans The Others, les Autres éponymes sont un certain nombre de créatures surnaturelles, et ils dominent largement le monde. Les humains n'existent que lorsqu'ils sont tolérés. Il paraît que l'ingéniosité humaine leur permet d'inventer des trucs qui plaisent à certains Autres, et visiblement ils ont assez de puissance pour assurer au moins provisoirement la survie de la communauté humaine qui les produits.

Bref, les humains ne sont guère plus que la viande sur pattes un peu plus intelligente que les autres, et qui ne sont pas mangés immédiatement parce qu'ils produisent des trucs intéressants quand ils sont vivants. Comme nous avec les vaches, quoi.

Et comme si ça ne suffisait pas, même en étant clairement surclassés, les humains de cet univers sont aussi cons que ceux du nôtre. On pourrait discuter de qui contribue le plus au côté sombre et déprimant de cet univers, entre les humains et les Autres.

Dans cet univers, il y a aussi des humains particuliers qui ont le don de prophétie lorsque leur peau est coupé assez profondément pour laisser une cicatrice, appelés cassandra sangue. Cette série suit Meg Corbyn, qui en fait partie, et qui vient juste de s'échapper un centre d'élevage de cassandra sangue (par des humains) et se réfugie dans une enclave contrôlée par les Autres.

Je ne suis pas très au fait des trigger alerts et autres avertissements du même acabit, et je ne veux pas divulgâcher, mais il me semble intéressant de noter que cette série contient de l'exploitation humaine (par des humains) sérieusement horrible, de la violence graphique et explicite quand il est question de ce que les Autres font ou peuvent faire aux humains (mais ce n'est pas le genre de choses qui me dérangent), et les envies de se couper des cassandra sangue résonnent de façon assez bizarre avec ce que j'ai vu des envies réelles de se couper.

Et tout ça alors que les noms de lieux et de certains personnages font très « littérature jeunesse », comme par exemple Big Wig dans Sparkletown, que je décrirais comme équivalent en français à un personnage appelé sérieusement Grand-Chef, qui vit à Paillettes-les-Bains, ville humaine qui est clairement la transposition d'Hollywood.

Written in Red (T. 1)

C'est la première fois que je fais une série de critiques après le premier tome, du coup j'ai presque tout mis dans la description de la série.

J'ai bien aimé ce tome, surtout dans la façon dont les détails de l'univers sont distillés petit à petit, et dans l'altérité profonde des Autres : tous ceux qu'on rencontre ont une personnalité bien définie, cohérente, mais complètement inhumaine. J'ai bien aimé aussi la naïveté de l'héroïne, qui aide à insérer de façon fluide le développement du monde, mais aussi comme aspect de sa personnalité.

On peut critiquer la faiblesse de l'intrigue et des motivations des antagonistes, mais compte-tenu du peu de place qu'ils occupent dans ce tome d'exposition, ça ne me choque pas.

Il semble aussi que pas mal de gens ont tiqué sur le fait que tout le monde aime bien l'héroïne, au point de la traiter de Mary Sue. J'ai lu ça plutôt comme un intérêt à assurer sa survie, à cause de sa particularité, en trouvant les Autres trop « autres » pour transposer immédiatement quelque chose que l'on pourrait appeler « aimer ». Cela dit, ce n'est qu'une interprétation, et je n'ai pas vraiment d'élément pour la soutenir. Au moins ça ne m'a pas gâché la lecture de ce tome.

Enfin j'ai lu aussi des gens qui n'aiment pas l'inventaire du quotidien de Meg, qui ne participe pas directement à l'action. J'aime bien le côté « tranche de vie » que ça apporte, et ça permet de développer la personnalité des personnages. Bref, je ne me suis pas ennuyée malgré ces séquences.

Il y a quelque chose comme un début de romance, mais j'aime bien la façon dont ça a tourné (au moins pour ce tome).

J'ai aussi noté qu'il y a pas mal de changements de narrateur, mais je n'ai pas vraiment senti les différentes personnalités dans la narration ou dans le point de vue, contrairement à ce que Patricia Briggs arrive à faire passer dans Alpha and Omega. Ici, c'est tellement homogène que j'ai presque l'impression d'un narrateur omniscient qui suit un personnage plutôt qu'un autre.

Murder of Crows (T. 2)

Le titre de ce deuxième tome est un jeu de mots que les traducteurs vont avoir du mal à faire passer.

Je n'ai pas l'impression qu'il y ait quelque chose d'équivalent en français à la question en anglais des « noms collectifs ». Il me semble qu'en français on a un troupeau d'herbivores, une meute de prédateurs, et une flotte de véhicules, mais ça ne va pas beaucoup plus loin. Alors qu'en anglais, il y a pratiquement un mot pour chaque espèce, et un collectif de corbeaux est un murder, homonyme du mot qui veut dire « meurtre ».

Donc le titre pourrait aussi bien signifier un ensemble corbeaux, qui est le sens retenu par la traduction Bragelonne, Volée noire, mais il peut aussi bien signifier le meurtre de corbeaux, qui est fil conducteur de ce tome.

Le fil avait déjà été lancé dans le tome précédent avec les nouvelles de Jerzy, et le courant politique Humans First and Last (« les humains en premiers et en derniers », ouvertement anti-Autres), et il prend de l'ampleur ici.

Exactement comme dans Fire Touched, on voit à la fois la petite histoire de Meg et du Courtyard se mêler à la grande histoire des relations entre humains et Autres sur le continent, quoique la grande histoire qui se déroule effectivement est beaucoup moins marquante que celle qui a été prédite mais évitée.

J'allais écrire qu'il n'y a pas tellement de développement de l'univers et de ses mécanismes dans ce tome, mais en fait si, c'est juste très bien intégré à l'histoire que ça s'intègre de façon extrêmement fluide, et j'aime beaucoup ça.

J'ai aussi beaucoup aimé que, contrairement au tome précédent, on ne suive pas longuement un personnage « fait pour être détesté », comme l'antagoniste du premier tome. Ici les antagonistes ont juste ce qu'il faut comme exposition pour voir ce qu'ils mijotent, sans que je me retrouve à essayer de me projeter dedans. J'imagine que leur côté un peu caricaturalement méchant aide aussi, pas comme l'antagoniste du tome précédent qui me donnait l'impression d'avoir subi une tentative ratée d'humanisation.

J'aime bien aussi aussi l'évolution de la relation entre Meg et Simon. Je ne suis pas fan du tout Simon, donc c'est un peu embêtant pour se projeter dans cette relation, mais en voyant Meg comme une amie que je souhaite heureuse plutôt que comme une projection de moi-même, ça passe bien.

Et comme dans tout le reste de la série, j'aime beaucoup l'altérité des Autres, le gouffre culturel entre les humains et eux. C'est tellement mieux réussi que tellement d'extra-terrestres dans d'autres séries… Et je ne peux m'empêcher de frémir devant la possibilité que les humains arrivent à lancer une attaque qui leur fasse vraiment mal, chose qu'ils n'ont pas l'air de réussir à imaginer.

Enfin, j'ai adoré la résolution de ce tome. Disons, sans divulgâcher, de ce qui mène au combat final à toutes ses conséquences vues en fin de tome. J'ai beaucoup aimé chaque retournement, et finalement je trouve très fort d'arriver là de façon (qui me semble) crédible, par rapport à ce qui était prédit à l'origine.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment.

Poster un commentaire

Mise en forme historique : pour mettre en valeur un mot ou un groupe de mot, tapez une étoile de part et d'autre, sans mettre d'espace entre l'étoile et le mot, comme ceci : *mise en valeur*. Pour insérer un lien, mettez le entre crochets, comme ceci : [http://instinctive.eu/].

Mise en forme markdown : voir le guide détaillé, en résumé c'est le Markdown traditionnel, sans HTML ni titres, mais avec les tables PHP-Markdown-Extra.

Attention : les balises HTML entrées dans les commentaires seront affichées telles quelles, et non pas interprétées.

Autour de cette page

 

Autour de cet article

Site-level navigation and features

 

Instinctive.eu

Contact

Sections

Validation

Copyright © 2008-2016 Natacha Kerensikova

Butterfly images are copyright © 2008 Shoofly