Le logiciel libre, c'est ça

Précédemment, dans notre grande saga de l'été Code, gloire et beauté, je vous avais raconté comment un type de github avait fork ma bibliothèque C de conversion de textes au format markdown vers à peu près n'importe quoi mais généralement du HTML.

Cette saga a été brutalement déprogrammée il y a deux semaines : le fork n'est plus un fork. Il y a encore mon nom dans un coin, conformément aux termes de la licence ISC (pour désamorcer tout de suite le troll sur les licences, exactement la même histoire aurait pu se produire avec la GPL), noyé parmi ceux d'autres « contributeurs ». Sans rien mentionner de faux, cette nouvelle écriture utilise des demi-vérités pour laisser croire que son fork serait en fait la reprise d'un projet que j'aurais abandonné inachevé et qu'il aurait complété.

De l'échange d'émails personnels qui a suivi, il est ressorti que c'était volontairement dirigé contre moi, et qu'il ment mal : son fork montait rapidement en popularité, beaucoup plus rapidement que ce à quoi il s'attendait, et du coup il fallait faire dégager la femelle pour qu'il ait plus de place sous les projecteurs.

Fred, à qui je souhaite (tardivement) la bienvenue sur cet espace (s'il me lit encore), déplorait la tendance actuelle au fork facile. J'aimerais beaucoup comprendre d'où vient cette tendance, mais j'imagine que je ne connaîtrai jamais la réponse maintenant qu'il n'y a même plus (officiellement) de fork.

Je ne fais clairement pas le poids médiatiquement face à GitHub, il faut voir les choses en face. L'histoire est écrite par les vainqueurs ; ma voix n'a pas d'importance, noyée dans les leurs. Ils ont le pouvoir absolu sur l'existence subjective de mon projet, et malgré les grandes responsabilités qui vont avec un tel pouvoir, la corruption absolue est bien là.

Au tout début de cette histoire, j'avais décrit le mélange entre l'aspect positif de la reconnaissance, et l'aspect négatif de la dénaturation de l'esprit du code. Je n'arrivais pas à déterminer clairement quel aspect était le plus fort. Maintenant que l'aspect positif a été transmutée en un aspect négatif d'humiliation, au moins le bilan est clair.

Voilà. Le logiciel libre, c'est ça.

Certains trouvent que c'est beau le libre, mais évidemment ce n'est pas à moi qu'une histoire pareille pourrait arriver (pas de monsieur pour moi…). Et pourtant je n'en demandais même pas tant, on dirait qu'une fois de plus quelque chose s'est super mal passé dans les négociations.

Pourquoi est-ce que je déploie autant d'efforts et d'énergie pour maintenir le code que je produis disponible et open-source, s'il n'est utilisé par personne ? Si personne ne s'en sert, ça ne peut pas manquer à qui que ce soit. Réponse : parce qu'il est possible que ça puisse un jour servir quelqu'un.

Mais voilà, lorsque ça sert à quelqu'un, je me fais méchamment en-githuber, et c'est très très loin d'être agréable. Du coup, à quoi bon ?

Ben rien.

J'annonce donc officiellement mon retrait du logiciel libre. Je continuerai à en utiliser, parce que ça a quand même des avantages techniques, mais je ne publierai plus aucune ligne de code.

Au passage, mon contrat professionnel m'oblige à tourmenter un comité de mon employeur pour avoir le droit de publier du code ou de patcher un projet existant ; et ça me faisait mal de les déranger pour mon code moisi, ce problème est donc accessoirement résolu.

Le temps de m'organiser un créneau pour ça et d'expédier les affaires courantes, et je démantèle mes repositories publiques.

Je n'ai pas encore décidé si je continue encore les projets que j'ai en cours (par exemple le nouveau moteur pour ce site, promis depuis si longtemps), en gardant le code pour moi, ou si j'en profite pour laisser tomber complètement l'écriture de code non-professionnelle.

Sniff, c'est moche le libre…

Commentaires

1. Le mardi 17 mai 2011 à 23:36, par W :

En effet, le libre, d'une certaine façon, c'est l'idée que le fait de laisser même des enfoirés utiliser son travail résulte en un monde globalement meilleur pour les gens bien. Tant mieux si l'auteur en retire de l'agent ou de la notoriété ou autre bénéfice personnel, mais ce n'est pas marqué dans les règles du jeu. À ma connaissance, la GPL ne demande aucune forme de crédit de l'auteur d'origine, du moment que la personne qui forke ne change pas la licence.

Si on fait un petit bilan du cas libupskirt (de ce que j'en ai compris) :
* Potentiellement tous les utilisateurs de GitHub, donc des centaines de milliers de personnes (dont je suis), vont profiter de ton travail
* S'ils s'intéressent à redcarpet, ils verront que tu es "l'auteur d'origine" de libupskirt, ce qui pourra les laisser penser :
  * que c'est toi qui a eu les bonnes idées et fait le gros du boulot
  * que tu ne travaille plus dessus et que la version "officielle" actuelle est celle de tanoku.

Bien que le dernier point soit faux et désolant, et aussi odieux ou hypocrite qu'ait été tanoku dans la correspondance privée dont tu parles, j'ai du mal à comprendre comment tu fais la somme des biens et des maux de ce bilan pour en arriver à rejeter le libre dans son ensemble.
En ce qui me concerne, j'en conclus plutôt que tu apporte une contribution de valeur au reste du monde, ce qui me pousse à te demander humblement de bien vouloir reconsidérer ta position à tête reposée.

Question plus concrète sur la visibilité de ton projet : pourquoi ne pas le pusher sur GitHub ? Je dirais même : en tant que fork [du commit initial ?] de celui de tanoku. Apparais sur [https://github.com/tanoku/upskirt/network] ; mets-le au défi, si besoin est, de puller un patch utile de ta version ; sois ainsi vue par tous les gens qui suivent sa version, et que ceux qui viennent voir la tienne tombent sur un readme donnant ton point de vue sur la relation et les différences entre les 2 projets.

2. Le jeudi 19 mai 2011 à 14:59, par Fred :

En premier lieu, merci de m'avoir cité dans ton blog.
Pour en revenir à "l'affaire", j'ai réfléchi à ta position.
Je ne crois pas, comme W, qu'abandonner le libre soit la solution, c'est plutôt ton approche du libre qui doit changer.
Ce que je te conseille, c'est, encore comme W, de faire un fork du non-fork, un truc genre libupskirt-canalHistorique et pourquoi pas de le faire savoir. D'ailleurs, si ça te dit, je ferai une modif pour les ports FreeBSD. Pour l'instant, ça pointe encore sur ta version (cf. [http://www.freshports.org/textproc/libupskirt]) dont tu fouterais la merde à tout virer ;-)
En fait, ce que je te conseille surtout, c'est de continuer à publier sur une version à toi et d'oublier tout ce qui peut lui arriver.
En somme, codes pour toi, tes besoins et ton plaisir avant tout et le reste, tu t'en fous. Ca sert, tant mieux, ça sert pas, tant pis, c'est forké et alors ?
Il y aura hélas toujours des gens dans la communauté qui trouveront que ce que tu fais est nul et qu'ils peuvent faire mieux. C'est d'ailleurs une véritable pandémie chez les jeunes informaticiens. En vieillissant, on devient fainéant alors on ré-utilise plutôt que de refaire :D
Au final, c'est pas le libre qui est moche mais plutôt ce qu'en font certains.

3. Le jeudi 19 mai 2011 à 19:12, par Natacha :

W, Il faudrait une dose de mauvaise foi assez énorme pour soutenir que la publication du code des projets que je suis la seule à utiliser rend le monde globalement meilleur. L'argument ne tient que pour libupskirt.

Et le bilan de libupskirt au niveau de ma vie est super-négatif. Le bilan de ma contribution au logiciels libres est lui aussi extrêmement négatif. Y aurait-il un aspect positif à l'échelle du monde pour compenser ça ?

Non. Les utilisateurs de GitHub profitent du travil de ce tanoku. Si j'avais eu la clairvoyance de garder pour moi le code de libupskirt, il aurait trouvé autre chose, et le résultat aurait été le même. Ma contribution personnelle là nulle. Et cet autre chose lui aurait peut-être demandé plus d'adaptation, ce qui lui aurait peut-être permis de découvrir par lui-même à quel point ce genre d'idioties lui aurait coûté en maintenabilité – leçon qu'il n'a manifestement pas l'humilité d'apprendre de moi.

Donc si j'avais soigneusement évité de forger du logiciel libre, ma vie aurait été nettement moins négative, et le monde n'aurait pas été pire, et peut-être même meilleur au voisinage de ce type de GitHub. Suivant le principe qu'il vaut mieux tard que jamais, je quitte ce monde dans lequel je n'aurais jamais dû entrer.

La somme des biens et des maux, c'est ça.

Autrement la GPL impose un crédit à l'ayant-droit, ce qui est généralement l'auteur d'origine, sauf convention qui donne les droits genre à la FSF ou à Canonical. Et ce par essence de la GPL : c'est une licence, c'est-à-dire une forme de contrat entre l'ayant-droit et l'utilisateur, qui doivent donc être précisés pour avoir un sens.

Quant à mon projet et sa visibilité, c'est déjà perdu. Je n'ai pas d'adresse en @github.com, donc j'ai tort. Et franchement, au nom de quoi donner une visibilité à ma version ? Le fork, même s'il ne prétend ne pas l'être, reste plus riche en termes de fonctionnalités, testé à une échelle incommensurable avec celle de mon projet, et il a été revu par plus de monde. Y a-t-il le moindre argument technique (parce qu'utiliser mon code juste pour me faire plaisir, c'est sympa', mais ça ne fait rien avancer) en faveur de mon projet ?

Je n'ai pas le @github.com, je n'ai pas été respectée, je n'ai pas la supériorité. Pourquoi me battre et avec quoi ?

Fred, de rien, c'était un lien pertinent dans le cadre de l'article, ça valait bien ça.

La question de pourquoi m'embêter à monter un truc genre libupskirt-canalHistorique continue de m'échapper.

Les ports FreeBSD ne vont pas souffrir du démantèlement, parce qu'il viennent chercher l'archive sur instinctive.eu, et non sur fossil.instinctive.eu: l'archive est indépendante de la repository. A priori, les archives seront disponibles aussi longtemps que le présent site (ce qui peut changer très vite, ce n'est qu'un dédié, et qui dépend de moi pour son entretien (et son financement), ça fait déjà deux SPF plutôt fragiles).

Si je code pour moi, mes besoins et mon plaisirs, pourquoi m'embêter la vie à publier le code en question ? C'est de ça qu'il est question, coder ou ne pas coder n'est pas encore tranché. Vu d'ici, ça fait plutôt, « ça ne sert pas, tant pis, ça sert, tant pis pour moi aussi ».

Pourquoi est-ce que depuis plus de cinq ans, participer au logiciel libre ne m'a rien apporté de positif ? Pourquoi est-ce que n'a apporté qu'une masse colossale de négatif ? Pourquoi est-ce que je n'ai pas droit au « c'est beau, le libre » ?

Je n'ai jamais eu de réponse intéressante à mes questions en pourquoi, et ici ce n'est pas une exception. Mais en fait, quelque soit la cause, je ne peux rien faire contre tant que je n'aurai pas la moindre idée de quoi il s'agit. Tout ce que je peux faire en attendant, c'est limiter les dégâts.

Je ne suis juste pas faite pour le logiciel libre (ou rendre service de quelque façon que ce soit).

4. Le vendredi 20 mai 2011 à 1:20, par W :

En voilà un super moyen de se dévaloriser durablement : si je fait un truc bien, je n'ai aucun mérite car si je ne l'avais pas fait quelqu'un d'autre que moi l'aurait fait à ma place. Bon, par récurrence sur la personne en question, on voit bien que ça ne peut pas marcher à tout les coups.

Ici il me semble que c'est clair, il y a un soft qui existe, qui est utile (qui est _un peu_ utile à _beaucoup_ de gens) et c'est toi qui l'a fait en grande partie. En tant que simple utilisateur de GitHub, je t'en remercie.
Il semblerait même que tanoku n'ait pas lancé un dé pour savoir quel parser de markdown il allait prendre, mais ait choisi le tien parce qu'il est meilleur que les autres (c'est LE truc qu'on retient de son readme : Upskirt c'est mieux), donc le résultat final est vraiment meilleur que si tu n'étais pas intervenue.
En ce qui me concerne, si un de ces jours j'arrive à un résultat de ce genre je serai un petit peu content de moi.

J'ai l'impression d'avoir raté ce qui posait le plus problème dans cette histoire.
Tanoku choisit ta lib parce que c'est la meilleure, pour en faire un truc plus gros. Il fait un fork plutôt que de bosser avec toi ; c'est un choix technique qu'on peut trouver inélégant au possible, mais enfin, do-ocratie, si il fait quelque chose d'utile et le distribue gratuitement, on ne peut pas trop lui reprocher de faire les choix qu'il veut, je n'y voit pas trop la violation d'un code d'honneur ou quelque chose de ce genre.
Ensuite un jour il modifie son readme de sorte qu'on t'attribue encore le mérite de ce que tu as fait mais qu'il n'y a plus de lien vers ta version, donc son projet occulte le tien, mais là tu nous explique que ce n'est peut-être pas grave puisque sa version à dépassé la tienne. Du coup, qu'est-ce qui te peine tellement dans toute cette histoire ? J'ai du mal à croire que ce ne soit que l'antipathie que t'inspire tanoku.

Pour tes autres projets, question con : Dans l'esprit de ce que disait Fred, j'imagine que tu n'as pas fait des choses dont toi-même tu te fous pour le cas ou quelqu'un un jour voudrait s'en servir. J'imagine que les projets que tu as codés, tu les as codé d'abord parce qu'ils t'étaient utiles à toi ou à quelqu'un d'autre. À partir de là, qu'est-ce que ça te coûte exactement de les publier ? Mettre à disposition des archives ou un repo git avec un readme et des copyright notices me semble un effort quasi négligeable par rapport à celui de développer quelque chose d'utile pour commencer, pas vraiment quelque chose qu'on puisse regretter (et encore moins défaire) si jamais ça n'a servi à rien (aussi décevant que ce soit).

5. Le vendredi 20 mai 2011 à 13:29, par yoyz2k :

Je ne suis pas utilisateur de libupskirt et je ne connais pas ce projet et son histoire à part ce que j'ai lu sur gcu et ton site perso.
Je trouve ça dommage d'arrêter de publier tes logiciels en libres si tu en as l'occasion et que le développement t'intéresse toujours.
Ca sert toujours à quelqu'un une lib bien faite ou un logiciel qui tient la route, même s'il n'est pas complétement aboutit.

A mon sens tu as codé une bonne lib ce qui représente un gros boulot.
Tu n'as pas eu l'ambition de développer le logiciel complet, ou tu n'avais pas le même objectif pour ce logiciel que "tanoku".
Ca représente beaucoup de travail de peaufiner un logiciel pour satisfaire l'ensemble des utilisateurs potentiel et ce n'est pas le même travail. Tout comme développer une documentation de qualité et compréhensible sur l'utilisation d'une librairie ou d'un logiciel.

Comme tu l'as dit, peu de gens utilisé cette lib lorsque tu la développé. Tanoku a effectué seulement UNE chose à mon sens qui est réellement critiquable.
Il a utilisé le nom que tu avais choisis et il t'as dégagé de github...

Ca me semble important de lui demander de dégager de ton espace et changer le nom de son projet pour que tu puisse reprendre le tien. Cette demande est totalement naturel et ce serait réellement du bon sens. Pour moi c'est une histoire de respect et c'est important de se faire respecter sur ces points la.

6. Le vendredi 20 mai 2011 à 14:19, par Fred :

Je vais juste réagir sur le "publier ou pas", W ayant déjà bien commenté.
Le peu de choses que j'ai codé et qui vaille un tant soit peu le coup, je l'ai publié et si ma mémoire est bonne, c'était sous license BSD modifiée. Pourquoi sous cette licence ? Parce que ce que devient ce que je code, je m'en tapes un peu.
J'ai eu un besoin à un moment t, j'ai pris plaisir à coder pour combler ce besoin et voilà hop, je passe à autre chose. Il suffit de regarder ma popularité liée au clavier Dvorak-fr et à son portage sur FreeBSD :D
Là, c'est clair, c'est ton bébé et tu te fais évincer mais ce serait dommage de ne pas nous faire profiter d'une version Ada de libupskirt.

7. Le samedi 21 mai 2011 à 11:10, par Natacha :

W, le problème de ta récurrence, et de pas mal de raisonnements à tendance mathématique appliqués hâtivement à la Vraie Vie, est qu'ils sont complètement statiques, alors que la vie est dynamique. Parce qu'en fait, au fur et à mesure de ta récurrence, il y a de moins en moins de projets de conversion Markdown, et soit ça éteint (rétroactivement) la mode actuelle du Markdown, au quel cas n'avoir aucun projet s'occupant de Markdown n'est pas un mal, un autre langage du même aurait pris la place ; soit la mode du Markdown subsiste, et ça fait d'autant plus de pression sur les gens capables de coder pour le faire au lieu de réutiliser du code existant. Donc moins il y a de projets Markdown, plus il y a de chances pour qu'il en apparaisse, de sorte que ta récurrence ne termine jamais.

Quant au soft qui est utile et qui est effectivement utilisé par beaucoup de gens, sur quoi te bases tu pour dire que j'y ai contribué en « en grande partie » ? Il me semblait qu'il y avait sur github une page qui recense l'impact (en nombre de lignes) par contributeur, mais je n'arrive pas à la retrouver maintenant. Enfin il me semble me souvenir que les nombres étaient assez éloquents sur la proportion de ma participation…

Je ne sais pas comment il a choisi mon code plutôt qu'un autre comme base à son truc ; mais là encore, je ne vois pas sur quoi se baser pour affirmer que ma lib' soit la meilleur et/ou qu'il l'ait choisie sur ce critère, en dehors de sa communication avant de m'évincer, qui est plus-que-douteuse après son aveu en message privé que toutes ces éloges c'était du vent.

Il dit effectivement que « Upskirt » c'est mieux, et Upskirt c'est son projet. Le mien peut crever dans le caniveau, pour autant que l'on sache d'après ce readme. Donc là encore, je trouve ça léger pour conclure quoi que ce soit sur mon code.

Je n'ai jamais dit que je trouvais que sa version a dépassé la mienne. Et si c'était effectivement le cas, ce serait un exemple tellement magnifique de la vanité de chercher à faire du code de qualité que ça suffirait à lui seul de me convaincre d'arrêter de coder. En revanche ce que j'ai dit, c'est que je ne trouve aucun argument pour utiliser ma version plutôt que la sienne ; mais il me semblait clair d'après ces pages que je suis notoirement mauvaise pour évaluer positivement ma production…

Ce qui me peine, c'est le respect avec lequel mon code et moi sommes traités. On m'a dit plusieurs fois que le logiciel libre de n'est pas qu'une licence, c'est aussi et surtout l'esprit de la communauté autour. Mon expérience du logiciel libre, c'est la solitude du projet qui n'intéresse personne, et la relation humaine de l'engithubage. Deux choses dont je me passerais plus-que-volontiers.

Pour les autres projets, aussi bien que pour libupskirt, en effet c'est quelque chose écrit pour moi, et le principal bénéfice attendu était ma propre utilisation. Ce bénéfice est la raison pour laquelle l'arrêt de mes activités de programmation en tant que loisir n'est pas encore décidé.

Alors, ce que ça me coûte de publier un projet écrit pour moi, j'ai l'impression que ce n'est pas clair même si je l'avais pourtant évoqué dans l'article:
  * l'entretien d'un serveur dédié, mais il me sert à tellement d'autres choses qu'effectivement je ne vais rien gagner à ce niveau en arrêtant de publier du code, donc mettons qu'il soit dans un certain sens gratuit, même si administrateur système c'est un vrai boulot qui prend du temps (surtout ces temps-ci où le serveur tombe en panne souvent) ;
  * l'entretien logiciel qui permet de servir ces données : suivre les mises à jour de sécurité, réparer les répercussions causées par le matériel, etc. Ça ne m'a pas encore pris beaucoup de temps, mais le jour où ça va péter, ça va faire mal ; l'infrastructure logicielle est commune à tout mes projets, et c'est pour ça que je vais démanteler toutes mes repositories : en enlever une partie est très facile mais ne conduit à aucune économie de temps ou d'efforts personnels ;
  * enfin le plus violent, un nouveau coût qui est apparu depuis que j'ai été arrachée aux délices de la vie étudiante pour être jetée dans le monde impitoyable du travail : tout le code que j'écris, quelques soient les circonstances (y compris chez moi dans mon temps libre sur mes propres machines) appartient par défaut à mon employeur, et est donc par défaut confidentiel et non-distribuable. Je peux demander au comité-qui-va-bien de m'autoriser à publier du code ; pour un patch sur un projet existant (comme les derniers de libupskirt), ça ne prend « que » quelques jours, le temps de vérifier que je ne fuite rien ; pour un projet, c'est une procédure plus longue et plus lourde, où il faut défendre son existence devant ledit comité, qui fait également des vérifications plus poussées (non-concurrence, brevets, etc) ; et si je veux que le projet soit vraiment à moi, et pouvoir en choisir la licence, il y a une procédure encore plus terrible (pourtant j'aurais bien aimé ne pas crier le nom de employeur sur tous les toits à chaque licence boilerplate).

Ce genre de procédures a pour moi un coût loin d'être négligeable, et si c'est pour rester dans les oubliettes ensuite, ou pire se faire encore engithuber, ça ne me tente vraiment pas du tout.

yoyz2k, bienvenu et merci beaucoup pour ta contribution à ces pages. Je ne trouve pas grand chose à répondre par rapport à ce que j'ai déjà répondu à W. Pour ce qui est du nom, vu toutes les remarques négatives que j'ai vues à ce propos (ausssi pour moi et que pour le fork), j'aurais presque envie de le laisser se débrouiller avec en prétendant ne rien avoir avec ce choix de nom. Comme de toute façon ma lib' est perdue dans les oubliettes, ce ne sera pas trop compliqué à nier. Ce serait juste dommage pour bapt, qui est a l'origine du nom et semble bien l'aimer…

Fred, c'est bien comme ça que ça se passait pour moi aussi (d'où le choix de la licence ISC). Juste que maintenant, à force de coder pour employeur à longueur de journée, j'ai perdu une bonne partie de la motivation à coder en plus dans mon temps libre. La plupart des commits dans ma libupskirt en 2011 ont été fait plus par devoir que par plaisir. Avec pour seule « récompense » se fait engithuber. Ça de quoi démotiver, non ? Surtout maintenant que la partie « publication » après avoir codé est devenue si coûteuse pour moi.

Quant à la version Ada de libupskirt, j'avoue m'y intéresser encore, essentiellement parce que ce n'est pas possible de rester coincée comme ça sur un truc aussi idiot que le double-dispatch. Mais aurais-je l'endurance d'écrire du code une fois cette énigme résolue ? Et si oui, aurais-je la force d'affronter à nouveau le comité ? Seul l'avenir nous le dira, mais vu d'ici il y a de quoi être pessimiste.

8. Le dimanche 22 mai 2011 à 0:17, par W :

« soit ça éteint (rétroactivement) la mode actuelle du Markdown, [...] un autre langage du même aurait pris la place » → Tu ne fais que déplacer ton raisonnement de l'échelle d'un individu à celle d'une communauté.
Je fais ma récurrence sur l'ensemble des humains : si tu les enlèves un par un, au bout d'un (long) moment il ne se passe plus rien. On pourrait aussi regarder les quelques avantages de la diversité.

GitHub me rend un service, et le principe de ce qu'il fait pour moi c'est que du coup je n'ai pas à le faire moi-même, ni à apprendre à le faire. Je ne vois pas comment je pourrais sortir complètement de ce système de dépendances, à moins de me reconvertir dans l'agriculture vivrière.
Tu as contribué indirectement une toute petite partie de ce service ; à défaut de le payer, je t'en suis reconnaissant et/car je vois bien mon intérêt égoïste (toujours epsilonnesque par rapport à l'ensemble des logiciels et services que j'utilise quotidiennement) à ce que ça se reproduise.

(Au fait, j'imagine que tu as vu le dernier commit sur Upskirt qui remet un lien vers ton dépot dans le readme)

D'ailleurs, pour te simplifier la vie côté sysadmin, tu pourrais toi aussi externaliser la diffusion de ton code sur une forge existante.

En revanche, l'idée que les formalités que t'impose ton employeur pour publier du nouveau code te demandent trop de temps et d'énergie, bien que triste, me semble parfaitement compréhensible.

9. Le dimanche 22 mai 2011 à 21:28, par Sam :

Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu dis qu'il a pris "le" github. Il a pris "tanoku/upskirt", et il y a d'ailleurs également "kjk/upskirt" et trois autres du même modèle.

Si tu prends le compte "upskirt" sur github, et que tu réimportes ce qu'il a fait, tu auras "upskirt/upskirt", et on ne peut pas rêver mieux comme nom officiel. Ou même "natacha/upskirt". Et si tu dis que c'est la source officielle de "upskirt" et que tu remercies les autres contributeurs, cela restera la source de référence pour peu que tu inclues les changements qu'on te propose.

Si tu as choisi une licence libre, j'imagine que c'est pour que les gens puissent construire sur ce que tu as fais en l'améliorant, non ? Sinon, pourquoi ne pas avoir choisi juste une licence "freeware" ? J'entends bien que tu considères ce qu'a fait tanoku comme une indélicatesse, mais ne fait-il pas vivre ta bibliothèque plus que tu ne pouvais le faire toi-même ?

10. Le lundi 23 mai 2011 à 20:06, par Natacha :

W, dans ce cas je n'arrive pas du tout à suivre ta récurrence, c'est trop abstrait et trop statique pour que j'arrive à en conclure quoi que ce soit sur le monde, désolée.

Je n'avais pas vu le « dernier » commit (qui n'est plus le dernier mais je vois duquel tu parles), j'ai arrêté de suivre tout ça il y a un moment. Je voulais juste oublier ce type, son fork, le logiciel libre, et tout le reste ; s'abrutir à coups de World of Warcraft et de vodka ça suffit comme loisirs.

Quant à l'externalisation de l'hébergement de mes repo', si ça simplifie effectivement le côté sysadmin (tout un réclamant quand même un certain investissement de base), ça aurait pu être considéré s'il n'y avait pas les coût d'entretien de la base de code (traiter les bugs et tout) et les procédures pour en publier, du coup je n'ai pas trop d'avis là dessus.

Cela étant, ces coûts ne sont que des coûts, c'est-à-dire que ça ne peut pas demander trop de temps et d'énergie dans l'absolu, c'est toujours relatif à un bénéfice. Genre si ça avait été pour écrire et entretenir un moteur de rendu pour un gros site comme GitHub, ça aurait valu le coup (dans mon échelle de valeurs), alors que pour finir aux oubliettes ou engithubée, clairement pas.

Sam, je ne comprends pas du tout ta question. Je n'ai jamais utilisé d'article avec le mot « GitHub », toutes ses occurrences sur cette page sont précédées de « de », « à » ou « sur ». De plus, je ne l'ai jamais utilisé comme complément d'objet direct, et en particulier pas pour le verbe « prendre ». Et comme je n'arrive pas à comprendre intrinsèquement l'expression « prendre "le" github », je n'ai absolument aucune idée de quels sont les propos auxquels tu fais référence et que tu ne comprends pas. Le reste du paragraphe et le deuxième paragraphe ne m'aident pas à en inférer le sens. Pourrais-tu être plus précis sur ce que je dis et qui demande des explications ?

« Si tu as choisi une licence libre, j'imagine que c'est pour que les gens puissent construire sur ce que tu as fais en l'améliorant, non ? » Plus ou moins oui. Ce n'était cependant pas un choix en connaissance de cause, vu que je n'avais pas la moindre idée que ce genre de choses pouvaient se produire. Effectivement, je me disais que ce serait bien si ça pouvait servir à quelqu'un. Maintenant avec le recul, je me dis que ça aurait pu être bien si ça avait pu servir à quelqu'un sans que ce soit l'expérience en rapport avec la programmation le plus horrible de toute mon existence.

« Sinon, pourquoi ne pas avoir choisi juste une licence "freeware" ? » Sincèrement, si j'avais une machine temporelle qui ne peut envoyer qu'un seul message dans le passé à moi-même, ce serait de choisir une licence "freeware", voire ne pas diffuser du tout, pour libupskirt, voire pour l'ensemble de mes projets. Ça fait partie des plus grands regrets de ma vie.

« […] ne fait-il pas vivre ta bibliothèque plus que tu ne pouvais le faire toi-même ? » Non. Il ne fait pas vivre ma bibliothèque du tout. Il fait vivre son fork, qui n'a pas grand chose en commun avec ma bibliothèque en dehors de bouts de code vieux de plusieurs dizaines de commits. Tout ce qui fait l'identité d'un projet, le design, la direction, la cible, la « communauté », etc, est complètement différent.

11. Le mardi 24 mai 2011 à 1:57, par Roman Age :

En fait j'arrive à te comprendre, cette fois-ci. D'un côté je me dis que si ce projet n'a plus rien à voir avec ta philosophie, si ton code n'est plus que bouts de code, clairement ce n'est plus ton projet, pas étonnant que tu soies de moins en moins citée, et si le type a effectivement presque tout refait, normal qu'il se l'approprie, non?

Mais j'arrive aussi à te comprendre. C'était ton projet, il n'intéressait personne (désolé :-D), lui il arrive et change tout, et il gagne en popularité. Peut-être le mérite-t-il, s'il a fait ce qu'il fallait pour le rendre populaire, mais dis-toi que ce n'est pas que tu n'en étais pas capable, c'est que cette direction ne t'intéressait pas. Si tu es claire avec cet état des choses, tu ne devrais pas vivre ça comme un drame, jute t'en désintéresser.

Il y a des milliers de programmeurs qui publient leur code, avec commentaires, readme, numéros de version, liste de bugs corrigés, et c'est la solitude absolue, un dialogue avec des personnes imaginaires qui n'existeront jamais, laisser un trace, accomplir quelque chose, contribuer, mais ça n'intéresse personne, voilà ce qu'est la norme.
Il est loin le temps où la moindre ligne de code trouvée dans un magazine était une denrée rare et précieuse, il y a maintenant abondance et la valeur ajoutée est quasi-nulle. C'est la même chose pour la musique, d'ailleurs, facile à trouver, gratuite, facile à produire...aucune valeur.

12. Le mardi 24 mai 2011 à 22:22, par Natacha :

En fait j'ai l'impression que malgré tous les changements qu'il a faits, partir sur mon code lui a donné une avance en temps considérable, et peut-être un niveau de qualité, par rapport à se débrouiller tout seul ou partir sur un projet de même qualité que ses modifications. Je ne suis même pas sûre qu'il aurait pu atteindre le niveau actuel de la base de code sans partir sur le mien. Quand je dis que le design de mon projet et de son fork sont très différents, c'est la version diplomatique de mon impression profonde, qui est que du design et de la cohérence, il n'y en a que de mon côté – ses changements font plus patchwork, croissance organique, et/ou « peu importe tant que ça a l'air de marcher ». Avec une cohérence d'ensemble qui se délite commit après commit, il faut partir de quelque chose de très structuré pour arriver à un résultat avant de sombrer dans le chaos total. C'est dans ce sens qu'il me semble très mauvais joueur de passer mon nom sous silence.

Quant à la popularité que son fork a subitement gagné, ça n'a rien à voir avec le fait qu'il ait tout changé, et ce n'est pas du tout une question de mérite, de capacité ou de direction choisie. C'est purement et simplement l'effet de son @github.com. Et si j'avais sorti la puissance de mon employeur, j'aurais pu l'écraser médiatiquement, mais ce n'est pas comme ça que ça marche ni chez mon employeur ni chez moi.

Et du coup, en deux paragraphes, tu a touché aux deux raisons profondes qui font que le vis aussi mal. Si ce type avait fait son fork silencieusement dans son coin, sans me citer et en changeant le nom du projet, si je ne l'avais découvert que maintenant, je n'aurais probablement pas eu de réaction plus poussée qu'un haussement d'épaules et une remarque du genre « mais quel pauv' type ».

Alors que là, non seulement j'ai assisté aux premières loges à la métamorphose (façon kafka) de ce qui était autrefois mon code en ce que ce fork est devenu, mais en plus j'ai été emmenée de ses éloges grisantes jusqu'à mon éviction brutale et la révélation violente que tout ce qui précédent n'était que du vent. Bon j'ai quand même été naïve, quelle conne de m'imagine que quelqu'un qui dit du bien de moi puisse être sincère…

Quant à ton dernier paragraphe, il reflète assez bien le point où j'en suis. À quoi bon se battre si c'est pour n'être de toute façon qu'une goutte d'eau insipide dans un océan salé ? Aujourd'hui la seule chose qui fait office de mérite ou de valeur, c'est la puissance médiatique. Vanitas vanitatem, et omnia vanitas…

13. Le jeudi 26 mai 2011 à 1:34, par W :

Ma récurrence, évidente et qui n'apporte plus rien à la discussion, était que si { pour chaque humain qui fait quelque chose d'apparemment utile, on considère que s'il ne l'avait pas fait le monde serait meilleur car d'autres auraient dû apprendre à le faire } alors on se retrouve avec un seul humain pour tout faire, ce qui est absurde.

Ok pour tout le reste.

14. Le mardi 21 août 2012 à 14:59, par TIM :

FYI apparemment le problème de libupskirt c'est le féminisme
https://linuxfr.org/users/fork_bomb--2/journaux/dans-le-libre-le-feminisme-fait-fuir-les-femmes

15. Le mardi 21 août 2012 à 18:17, par Natacha :

Genre venir me dire à moi quel est mon problème, je trouve ça franchement osé.

Alors pour ceux qui reviendraient se perdre par ici la prochaine fois que cet immondice ressortira voici la version simplifiée et abrégée : il y a bien deux aspects, le fork qui se passe mal et la controverse pseudoféministe.

Ce billet a été publié le 17 mai 2011, c'est-à-dire bien avant la controverse, donc forcément je n'en parle pas. Je n'avais pas de préscience à ce moment là.

Dans ce billet, lorsque je parle d'arrêter l'open-source, c'est un peu comme lorsqu'on dit « j'en ai marre de vivre » devant son verre de vodka. Ce n'était pas grand chose, parce que ma situation à l'époque était telle qu'arrêter l'open-source, ça voulait juste dire arrêter de s'acharner à faire en sorte de pouvoir trouver les ressources pour faire de l'open-source.

En juillet 2011, lorsque la controverse a pris son ampleur délirante, j'en ai eu tellement marre des inepties et du hate-mail et tout, que j'ai vraiment activement arrêté l'open-source et fait le nécessaire.

C'est lorsque le début de la controverse a commencé à me tomber dessus que j'ai écrit "About the name", qui évidemment plus centré sur la controverse que sur le problème du fork, comme son titre le suggère.

Tout ce que je me suis pris dessus par la suite n'a fait que renforcer le dégoût et l'envie d'arrêter.

Je ne saurais pas exactement dire quel est le poids de ces deux aspects dans ma décision finale. Et je n'ai aucune envie de chercher à le déterminer, j'aimerais juste pouvoir oublier tout ça. Manifestement, c'est trop demander.

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  • Publié le 17 mai 2011 à 20h30
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