Moi j'aime pas les débats

Un jour, j'ai demandé à ma sœur qui étudie à l'école nationale de la météorologie ce que cette position a pu lui donner comme informations à propos de cette histoire de réchauffement changement climatique, dans l'espoir d'obtenir un éclairage plus expert qu'habituellement sur cette question, dans ma recherche de la vérité. Elle m'a sèchement refusé toute communication, pour « ne pas tomber dans un débat. » J'en ai été très attristée.

L'autre jour j'ai aperçu un titre d'entrée de blog où il était question de "heated technical discussions", que je traduirais par « discussions techniques houleuses », et je n'ai pu m'empêcher de relever à quel point ça me semblait relever de l'oxymore : une discussion sur un sujet technique perd tout intérêt technique avant de devenir houleuse, une fois que tous les détails techniques et les différents compromis ont été posés. Ensuite, lorsque les esprits s'échauffent, peut-être justement à cause de l'anéantissement du côté technique, il ne reste plus que le débat.

Sur le weblog de David Monniaux, j'ai été interpelée par ce commentaire qui loue l'existence de « débat ouvert », alors qu'au contraire je le suis justement parce que je n'y ai pas vu de débat. Cela dit, je concède ne pas suivre l'intégralité des commentaires, surtout lorsqu'il est question de tourisme.

Ces trois exemples sont révélateurs d'une tendance plus générale : j'ai une profonde aversion envers la situation que désigne pour moi le mot « débat ». Or j'ai l'impression de ne le rencontrer que dans la bouche (ou plus souvent la plume) de personnes qui y voient une activité intellectuelle parmi les plus nobles.

Alors que pour moi, un débat, c'est l'équivalent intellectuel de patauger dans la boue, au besoin en tirant les passants vers sa soue si on manque de partenaire consentant.

Et si je fais de mon mieux pour éliminer tous les éléments péjoratifs qui me viennent à l'esprit en voulant définir ce mot, il ne reste que l'équivalent pour des sujets non‐techniques de la discussion technique où tout ce qui relève de la technique a déjà été dit. Il ne reste alors plus que la politique, et la stérilité de vouloir propager une sensibilité politique comme une information objective.

Et en dehors du péjoratif et de la comparaison avec les discussion techniques, tout ce qu'il me reste quand je pense à un débat, c'est le verbe « débattre » dans le lion et le rat, l'activité futile du lion empêtré.

J'ai beau retourner le sujet dans tous les sens, je n'arrive pas à trouver le moindre aspect positif aux débats. J'ai beau étendre, voire distordre, ma notion intuitive de ce mot, ou sa définition tirée du dictionnaire, rien n'y fait. Je n'arrive pas à imaginer de débat vaille mieux que ceux de Gérard.

J'aime rester dans les domaines techniques, parce que les données et les conclusions y sont objectifs et réfutables.

Malheureusement, on ne peut pas tout faire avec de l'objectif clair et réfutable. C'est là qu'arrive ce que j'appelle la politique, dans un sens large. Je définirais la politique dans ce sens comme l'art de prendre des décisions en n'ayant que des informations partielles et/ou sans avoir de métrique de désirabilité des différents choix possibles (ou en ayant trop de métriques contradictoires, ce qui revient au même).

Si un débat se limitait aux professions de foi des différents candidats, il pourrait avoir un intérêt informatif, si les professions de foi sont peu ou pas accessibles par d'autres canaux. Mais ça s'arrête là.

Commentaires

1. Le dimanche 24 novembre 2013 à 23:46, par Bob :

M'est-avis que le sens du mot "débat" pourrait à lui seul être sujet à débat.
De ce que j'ai vu dans le milieu dans lequel je travaille (ACV [http://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_du_cycle_de_vie]), et j'imagine par extension pour cette histoire climatique également, l'origine des débats prend source dans le fait que contrairement à d'autres domaines scientifiques plus "fondamentaux" et anciens (au hasard, math et physique), il y'a une pété d'hypothèses dans tous les sens qui peuvent changer les résultats des études du tout au tout si on les change (d'où d'ailleurs l'utilisation des "analyses de sensibilité" pour tester les effets des changements dans les hypothèses). Et il est humainement facile d'oublier ou de ne pas expliciter suffisamment une hypothèse. Et on peut être sur qu'il y aura toujours un petit malin, par esprit de contradiction (inné, induit par une forme de corruption quelconque, ou pire : en pensant donner un coup de main), qui va jouer avec ces hypothèse, et donc, "lancer le débat".

On en revient donc à la grande question, quel est le sens du mot "débat" ? Où s'arrête le "je confronte tes hypothèses avec une contradiction pour tester la solidité de ton modèle" et commence le "je démolis ton truc pour avoir raison" ?
Pour l'exemple cité en début d'article, le plus simple reste donc... de lancer le débat pour savoir pourquoi le mot "débat" a été utilisé ^^

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  • Publié le 17 novembre 2013 à 16h49
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