Dissonances cognitives

Récemment, pendant un entretien téléphonique de recrutement à une prestation, le client potentiel m'a posé une question classique : « [professionnellement] qu'est-ce que vous aimez faire ? »

J'aime faire du code robuste, fiable. Pendant très longtemps je n'ai développé que des outils pour moi, pour les utiliser. Je veux pouvoir compter sur mes outils, ne pas passer mon temps à les déboguer.

J'ai lu à plusieurs endroits que lorsqu'on fait un reproche aux autres (ou à un conjoint/compagnon suivant les sources), c'est en fait à soi-même qu'on le fait, et c'est dans cette direction qu'il faut travailler sur soi. Je n'ai jamais réussi à le vérifier.

Par contre, c'est bien le cas pour mon code. Cette fiabilité que j'attends de mon code, c'est une des caractéristiques fortes de ce moi idéal vers lequel je cherche à tendre.

Alors évidemment, ça n'empêche pas que j'attends une grande fiabilité de mon code et des outils logiciels que j'utilise. D'ailleurs parmi le peu de choses qui arrivent qui arrivent à m'énerver, il y a lorsqu'un outil ou une partie de mon infrastructure me lâche et que je n'arrive pas à le réparer ou la remettre en place.

Exactement une autre de ces choses qui me met hors de moi : lorsqu'une partie de mon corps « bug », par exemple lorsqu'une impulsion inopinée contracte une de mes cuisses lorsque j'essaye de m'endormir, contraction qui me tire immédiatement de mon début de sommeil (c'est d'ailleurs grâce à la combinaison de cet énervement et de l'irritabilité de manque de sommeil que j'ai découvert que la douleur empêche des impulsions, du moins tant qu'elle dure).

Parce que finalement, même si je ne suis pas une geekette, je considère mes outils comme des extensions de moi-même.

Peu de temps après cette réponse, une sonnerie retentit. Je me précipite pour refuser l'appel sur mon téléphone mobile, en remarquant au passage qu'il vient de mon compagnon, censé être sur la route.

Une heure plus tard, après l'entretien, j'écoute son message, où il me demande de le rappeler dès que possible. Je le rappelle, je tombe sur la messagerie sans sonnerie. Je commence à m'inquiéter, mais je rationalise. Une demi-heure plus tard, pareil. Je m'inquiète. Encore une demi-heure plus tard, pareil. J'angoisse sérieusement.

Quelqu'un de fiable, sur qui on peut compter, tu parles.

Alors que ma vie amoureuse est largement au dessus de ma vie professionnelle dans mon échelle de valeurs.

Comme ce lundi soir où il m'avait proposé une sortie où je n'ai pu que bêtement répondre « Ben c'est lundi, j'ai arène [à World of Warcraft] »

Quelqu'un sur qui on peut compter pour un évènement en groupe, où chacun est indispensable, ou un évènement improvisé amoureux ? Sachant que de mon échelle de valeurs, ma vie amoureuse est largement au dessus des jeux vidéos.

J'ai pourtant une échelle de valeurs pourtant simple… Comment on fait pour gérer des cas comme ça sans se bouffer par l'intérieur ?

Commentaires

1. Le mardi 1er avril 2014 à 12:44, par Johan :

Le répondeur de mes rêves : « Bonjour, je suis actuellement occupé. Si vous voulez tout de même faire sonner mon téléphone, appuyez sur étoile. » (et variations)

2. Le samedi 5 avril 2014 à 9:26, par Syanox :

La dissonance ici consiste à se comparer à du code. On n'est pas son travail. Un peu de tolérance envers la complexité de ce que tu es et ça passera beaucoup mieux.

--
Syanox, donneur de leçons autoproclamé

3. Le samedi 5 avril 2014 à 18:53, par W :

Pour ce que tu décris je parlerais plutôt de disponibilité que de fiabilité. Il n'y a un problème de fiabilité que si tu t'engages à être disponible puis que tu ne l'es pas.

Il est normal pour un humain de ne pas être disponible en pleine nuit ou pendant les horaires de bureau (ou en dehors pour les contacts pro) ou chez le dentiste ou autre, et de réserver les contacts pendant ces périodes aux cas d'urgences.

L'urgence d'un appel de ton compagnon est une question de convention avec lui : soit vous décidez qu'un appel pendant les heures de bureau correspond forcément à une situation urgente qui justifie de tout laisser tomber, soit non et tant pis pour les situations exceptionnelles.

Quant à la priorisation des occupations peu importantes avec contraintes vs. les occupations importantes mais sans contraintes, je ne vois pas beaucoup mieux que de gérer les conflits sur le moment en fonction d'engagements (fiabilité) ou autres contraintes, puis, de temps en temps, de faire le point et de voir s'il faut rééquilibrer.

4. Le dimanche 27 avril 2014 à 18:17, par Natacha :

Johan, je me rappelle d'une époque où France Télécom proposait une option où, en ajoutant un préfixe au numéro, on arrivait directement dans la boîte vocale, sans faire sonner le téléphone distant.

C'était une bonne idée, mais ça suppose de connaître à l'avance le niveau de priorité de l'occupation en cours du correspondant.

Dans cette proposition comme dans la tienne, il me semble qu'il manque de l'information partagée pour que le correspondant puisse prendre une bonne décision.

Et surtout, il faudrait que l'utilisation de cette fonction soit suffisamment généralisée (et bien utilisée) pour qu'il soit socialement acceptable d'interrompre un entretien ou une réunion pour répondre à un appel qui passe ce filtre automatique.

Syanox, ça dépend des grenouilles.

W, j'ai un peu de mal à saisir complètement la nuance que tu essayes d'introduire entre ces deux notions. J'ai l'intuition que c'est juste une question de la valeur par défaut du contrat implicite, et ce n'est pas très satisfaisant.

La convention dont tu parles ensuite est exactement une forme de contrat, qui a le défaut d'être implicite car il n'a jamais été explicité. Or l'implicite est construit le fait que ni lui ni moi sommes de grands adeptes du téléphone (une main suffit à compter le nombre de conversations téléphoniques sur mon mobile depuis le début de l'année), ce qui donne d'autant plus d'importance aux rares cas où on s'en sert.

Surtout qu'en l'espèce, c'était effectivement suffisamment important pour mériter de me déranger et me faire tout laisser, même si je n'arrive pas du tout à imaginer comment j'aurais pu le faire, vu à quel point je suis socialement inepte. (Mais ça s'est bien fini grâce à un sérieux coup de chance.)

5. Le vendredi 2 mai 2014 à 20:19, par Johan :

Contrairement à l'option que tu décris, le système que je propose donne une information, comme l'état de présence dans XMPP, Skype et compagnie. (Cette info ne concerne d'ailleurs pas tant l'activité du correspondant que son souhait de ne pas être dérangé.) Ce serait déjà mieux que pas d'information du tout et ce serait assez simple pour que n'importe qui puisse en tenir compte (comme l'état XMPP, ou un signe "ne pas déranger" sur une porte, par exemple).

Mais sur le plan technique, l'innovation serait de gérer le répondeur sur le terminal (il faudrait qu'il soit aussi simple de toggler le mode "occupé" que le mode "silencieux", sinon ce serait pas ou mal utilisé). À partir de là les gens intéressés pourraient avoir des systèmes plus sophistiqués. Pour ma part, j'aimerais bien aussi un mode "réunion" qui dirait « je ne peux pas décrocher mais vous pouvez m'envoyer un texto ».

Quant au fait d'interrompre une discussion pour prendre un appel, il y a de toute façon une part de responsabilité de l'appelé, qui peut / est amené à dire « excusez-moi, ça doit être important » quelle que soit la façon dont il arrive à cette conclusion.

6. Le jeudi 5 juin 2014 à 17:50, par Sam :

Chez B&You, l'application Android "Appels and you" a une fonction "ne pas déranger" qui te permet de mettre certains correspondants en liste blanche alors que les autres sont redirigés sur le répondeur avec, éventuellement, l'envoi d'un SMS pré-rédigé. Tu peux également paramétrer des horaires pendant lesquels activer cette fonctionnalité.

Je ne l'ai jamais utilisée, mais ça a l'air de remplir ton cahier des charges. Ce qui est idiot, c'est que ça devrait être indépendant de l'opérateur, mais je comprends qu'ils cherchent tous à se différencier par des applications spécifiques.

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  • Publié le 31 mars 2014 à 23h05
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