Mon déconfinement en cours

Je vous avais parlé il y a quelques mois de mon confinement, à quel point je l'ai bien vécu, et j'ai conscience du privilège d'être dans ce cas.

D'ailleurs le privilège continue quelque part, puisque ce n'est que fin juillet que je viens pleurer la fin de cette situation.

Je dois le reconnaître, malgré tous les inconvénients, que j'ai détaillé dans le billet précédent, j'ai pris goût au rythme de vie confiné. Et maintenant, malgré les messages angoissants relayés un peu partout par les marchands d'attention la presse, je commence à vivre un début de déconfinement, et le sevrage est dur.

Le boulot

C'est le plus marqué sur le plan professionnel.

Hier j'ai reçu l'annonce officielle, qui n'est pas une surprise grâce aux bruits de couloir, qu'à partir du lundi 17 août 2020 tout le monde devra être présent sur site un ou deux jours par semaine, le choix entre un ou deux étant décidé pour chaque personne par son supérieur.

Je suppose que c'est assez loin pour qu'ils aient le temps de changer d'avis si les discours alarmistes sur la deuxième vague s'avèrent fondés, mais je n'ai pas l'impression de pouvoir entretenir beaucoup d'espoir dans ce sens.

Il est de fait que le port du masque est colossalement chiant et inconfortable, je crois que tout le monde est d'accord là-dessus, même si certains arguent qu'on s'y fait.

Mais au-delà de l'inconfort personnel, qui n'est de toute façon jamais complètement absent des conditions de travail, la combinaison des masques et de la distance, au moins telle qu'elle est pratiquée sur mon lieu de travail, tue la composante émotionnelle que je ressens dans les relations sociales, presque aussi efficacement que la visioconférence.

Oui, c'est sympa' de revoir les collègues, mais les revoir sur un écran ou à l'autre bout de la pièce, ça me fait presque le même effet, et c'est insipide par rapport à les revoir autour d'une table ou de boissons.

Résultat, j'ai l'impression de ne pas gagner grand-chose professionnellement lors de ces journées sur place, au prix d'un temps de transport non négligeable.

D'ailleurs en parlant du transport, je crains que l'inconfort combiné du masque et de la lutte contre mon agoraphobie soit au-delà de ce que je peux supporter ; et avec en plus la pression de mon entourage pour éviter les transports en commun, je cède facilement à l'utilisation de la moto pour aller et revenir de mon lieu de travail.

Encore une fois, j'ai conscience d'être privilégiée en ayant cette possibilité, mais je trouve qu'il y a quelque chose de malsain dans cette impression que les transports en commun franciliens sont maintenant plus dangereux que (ma façon de pratiquer) la moto.

Et puis il y a quelque chose qui me dérange un peu dans l'utilisation de la moto pour faire 7 km. Je suis trop incompétente en mécanique pour savoir dans quelle mesure c'est justifié, mais j'ai l'intuition que la machinerie n'a pas le temps de chauffer ou d'atteindre pleinement son régime nominal, alors que j'aurais moins de scrupules à faire plus de 20 km.

Le corps

Contrairement aux systèmes mécaniques, qui s'usent à force de s'en servir, les systèmes biologiques ont tendance à « s'user » quand on ne s'en sert pas. Cette situation prend plus de sens si on considère la vie comme une lutte continue contre l'entropie.

C'est donc sans surprise qu'en passant de beaucoup de marche à pied dans la journée à quelques pas dans l'appartement, les capacités physiques de mes jambes déclinent progressivement.

Résultat, en début de semaine je ne pouvais plus marcher un kilomètre sans que mes jambes hurlent au surmenage et revendique le droit à se syndiquer.

Du coup, ça fait en même temps une quantité significative d'exercice physique en moins, et j'ai privilégié ma santé mentale aux détails de la machinerie biologique ; ce qui explique en partie que j'ai si bien vécu le confinement, et ce qui me semble être une stratégie raisonnable quand on croit aux annonces que ce confinement serait court. Résultat, j'ai pris un peu de poids depuis le mois de mars.

Et maintenant que les voyages ne sont plus restreints, la vie sociale reprend progressivement, et même si la mienne n'a jamais été abondante, il y a quand même des gens qui ont envie de passer du temps avec moi.

Et j'ai l'air un peu conne avec un stock ridicule d'habits à ma taille et beaucoup moins d'endurance pédestre que je m'imagine avoir.

Donc depuis le début de la semaine j'ai repris progressivement un régime de marche, mais je dois reconnaître que c'est très pénible. Comme pour la moto, je ne suis pas super motivée pour marcher juste pour marcher. Malgré mon goût pour la marche comme moyen de transport, ce n'est pas une fin terriblement à mon goût. Résultat, chaque sortie a été une lutte terrible qui a demandé tout mon courage.

First World Problems

Je ne peux m'empêcher de trouver l'ensemble de ce billet extrêmement pathétique. Ma situation reste globalement très confortable, et ces problèmes qui m'affectent sont quand même très mineurs, et j'ai vraiment beaucoup de chance.

Mais en même temps, je me souviens encore d'une époque où ma vie était tellement horrible que je n'arrive plus aujourd'hui à imaginer à quel point.

Finalement, le bonheur, c'est juste lorsqu'on n'a plus que des broutilles comme sujets de plainte.

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