Rejet de podcasts

Normalement, je me considère comme étant plutôt bon public, dans le sens où je suis très facile à intéresser par tout un tas de sujets.

Il m'arrive parfois de dire que même une conférence sur les philosophes allemands du XVIIIe siècle pourrait m'intéresser, mais je crois que ça en dit plus long sur les préjugés contre les littéraires dans les milieux que j'ai pu fréquenter que sur mon intéressabilité.

Donc par défaut, si on me colle devant un documentaire ou une conférence, je suppose que je ne vais pas m'ennuyer. Et les seules exceptions que j'ai vécues viennent de défauts majeurs dans la forme, par exemple cet exposé de physique fait par un invité chinois, dont l'accent anglais était tellement fort que je n'arrivais pas à décoder la majorité des mots, et dont les « diapo' » était faites à main levée sur un des premiers tablet-PC, pour un résultat digne d'un dessin de maternelle et assez peu parlant sans le discours qu'il supporte.

Parallèlement à ça, mon quotidien professionnel a été bouleversé par le passage au télétravail en mars 2020 : j'avais plutôt l'habitude de travailler dans le silence, alors que ma moitié diffuse un fond sonore dans la pièce.

Comme je suis bon public, en général je trouve suffisamment d'intérêt pour écouter quand mon travail me laisse de l'attention disponible ou quand je veux faire une pause pour prendre du recul sur le problème courant ; tout en étant suffisamment peu intéressant pour l'ignorer quand mon travail réclame toute mon attention.

Je me retrouve ainsi confrontée à tout un tas de nouvelles sources d'information, de C dans l'air que je suis souvent au Classic Comic Collector que j'ignore presque systématiquement, en passant par des gens qui travaillent le bois, qui critiquent le cinéma, etc.

De façon plus générale, je suis dans ma vie le principe qu'à peu près aucune information est mauvaise, au moins lorsque sa source ne cherche pas activement à nuire. Donc toute information raisonnablement fiable est bonne à prendre, au pire elle se perdra dans les aléas d'attention entre les oreilles et la mémoire à long terme.

Pendant longtemps, tout s'est bien passé comme ça, et mon vécu était conforme à ce à quoi je m'attendais.

Et puis à très peu de temps d'écart, je me suis retrouvée face à deux podcasts qui ont provoqué en moi une réaction très négative.

Pour un seul, à la limite je l'aurais laissé de côté en considérant que c'est une anomalie, mais deux réactions inattendues mais proches ça pose question.

Je vais donc partager avec vous les réponses que j'ai pu trouver, aussi bien dans l'objectif d'auto-exploration habituel sur ce site, que pour avoir votre avis sur d'éventuelles caractéristiques que j'aurais ratées dans ces podcasts ou dans mes réactions.

L'alerte bidale

J'ai piqué le concept d'alerte bidale chez Jaddo, avec une petite variation parce que j'utilise par ailleurs beaucoup mes intuitions instinctives (comme l'indique tellement le nom du présent site) : en temps normal mon instinct est une source d'information au même titre que n'importe quel sens, alors que ma notion d'alerte bidale a quelque chose d'urgent et d'envahissant, bien dénoté par le mot « alerte ». Comme j'exclus les informations que j'arrive à traiter calmement, je me retrouve avec une alerte bidale beaucoup plus pauvre en information que celle de Jaddo.

Pour essayer de le décrire sans référence, il s'agit donc d'une perception instinctive, qui essaye de m'alerter urgemment d'un grave problème, et qui compense le manque de raffinement et de précision du message par la brutalité du malaise, qui semble généralement venir du fond des tripes (ou du bide, d'où son nom).

Donc c'est une alerte de danger, et pour un danger qui échappe à mes facultés intellectuelles (prétendument) supérieures (par rapport au bide).

Autant dire que ce genre de danger est relativement rare dans ma vie urbaine et maîtrisée. Cette alerte est donc très rare, ce qui la rend d'autant plus oppressante.

Comme je fais confiance à mes intuitions en général, j'ai presque toujours agi sur cette alerte, et j'ai du mal à évaluer a posteriori si elle était justifiée ou non.

Il n'y a aujourd'hui qu'une seule personne qui a fait sonner cette alarme et que je n'ai pas fui, et je n'ai encore qui puisse la justifier, mais si c'était évident ce serait dans le champ cognitif et pas juste dans le bide. On verra peut-être au fil du temps.

Il y a eu un certain nombre de situations dans ma vie qui ont fait sonner cette alerte, mais que je n'ai pas pu éviter faute de détails clairs pour justifier mon évitement. Ces situations n'ont pas si souvent mal tourné, mais dans une majorité de cas il y avait une raison a posteriori pour cette alarme, et la chance ou la vigilance accrue par l'alarme ont évité ou sérieusement mitigé le problème.

Et en dehors des deux podcasts dont il est question dans ce billet, je crois que je n'ai jamais ressenti ce type d'alarme pour autre chose qu'une personne ou une situation.

Comme je le disais précédemment, je considère normalement qu'une information est un objet au pire neutre, mais généralement positif, à des degrés plus ou moins élevés. Donc ressentir une alerte de danger vis-à-vis d'une information, c'est quelque chose de nouveau pour moi, et qui semble plutôt paradoxal.

Je ne comprends même pas comment une information peut être dangereuse. Certes, il y a le risque de prendre des mauvaises décisions basées sur des informations fausses, mais aucune information est parfaitement fiable, il y a toujours un risque de fausseté ou de mauvaise interprétation, et le niveau de fiabilité fait à mes yeux partie intégrante de l'information.

Il m'arrive de réduire instinctivement le niveau de fiabilité de telle ou telle information, mais au pire ce niveau peut être mis à zéro et l'information devient neutre. Donc même un avertissement sur la surestimation de la fiabilité d'une information arriverait tranquillement dans le champ cognitif, sans avoir besoin de passer par l'alerte bidale.

Il y a certes le cas des escroqueries, manipulations, et autres choses du même acabit qui sont basées sur des informations, mais historiquement ça fait sonner mon alerte envers l'escroc ou envers la situation de manipulation, et pas envers l'information qui sert de support.

Disclaimer

Il n'aura peut-être pas échappé à votre sagacité que je n'ai pas encore précisé quels sont des deux podcasts qui m'ont caressée à rebrousse-poil, alors que c'est quand même une information importante pour crowd-sourcer des points de vue extérieurs.

Avant de les dévoiler, je voudrais quand même insister sur le fait que je ne veux pas critiquer ces podcasts, sur le fond ou sur la forme, ni les intervenants qui y participent. Je ne veux pas dire qu'ils sont mauvais ou dangereux ou quoi que ce soit comme ça. Je suis justement incapable d'en juger, parce que je suis submergée par cette alerte.

Dans ce billet, il est surtout question de ma réaction irrationnelle à ces podcasts, indépendamment de toutes leurs qualités ou défauts par ailleurs.

Cela étant posé, les podcasts en question sont L'octet vert et NoLimitSecu.

L'octet vert

Il y a plein de choses rationnelles et intéressantes à dire sur l'écologie, entre l'écran de fumée de la responsabilité individuelle pour utiliser la culpabilité des gens afin de préserver le statu quo, la complexité du monde qui produit moult résultats contre-intuitifs qui conduisent à autant de fausses bonnes idées, l'incapacité de tant de gens à obtenir et manipuler des ordres de grandeurs et à utiliser un minimum de culture scientifique, le sophisme de l'appel à la nature qui permet au néo-luddisme de noyauter l'écologie, etc. Ce n'est pas de ça dont il est question dans le présent billet.

Je veux juste insister une fois de plus sur le fait que je veux pas me battre contre ces podcasts, et qu'en l'occurrence je suis plutôt proche politiquement des idées de ce podcast, et je devrais faire plutôt partie du chœur auquel il prêche.

Et pourtant, les cinq épisodes que j'ai écoutés ont fait réagir mon alarme bidale pendant la majorité du temps, il n'y a guère que pendant certains approfondissements techniques qu'elle se calme un peu.

Le côté positif, c'est qu'après une quantité déraisonnable d'introspection, j'ai fini par comprendre à peu près le message de cette alerte.

Ce podcast me donne la même impression qu'une discussion entre croyants qui parlent de leur foi.

Quand j'entends quelqu'un qui dit avoir pris conscience de l'urgence climatique et depuis fait du vélo, ça me fait le même effet que quelqu'un qui dit avoir rencontré Jésus et depuis fait des prières trois fois par jour.

Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, hein. Je n'ai rien contre les croyants.

Je n'ai rien contre la spiritualité. Je me définis comme agnostique, dans le sens le plus profond du terme : je ne sais pas, et je construis ma vie de façon à ne pas avoir besoin de savoir. La plupart des gens semblent avoir besoin de croire en quelque chose, je n'ai pas ce besoin, mais je respecte les besoins des autres même lorsqu'ils me sont complètement étrangers.

Je suis un peu plus réservée sur les religions. Je n'ai rien contre la pratique en groupe de la spiritualité, mais je trouve que ça commence à devenir malsain quand il commence à y avoir de la politique dans ce groupe, et je trouve très malsain d'appuyer du pouvoir séculier sur des croyances, et historiquement l'exploitation des fidèles n'en a jamais été loin.

Bref, une discussion entre croyants, même exaltés, je me dérange pas.

Tant que j'en suis assez loin.

Et c'est ça que mon alarme a raté. Ce podcast me donne en plus l'impression que cette discussion se déroule à côté de moi.

Il y a une première couche de malaise dans le fait que j'ai l'impression de faire intrusion. Je ressens ce podcast comme une discussion que des croyants auraient entre eux, avec uniquement des convaincus dans la salle. Dans une réunion non-mixte, comme on dirait ces jours-ci, parce que quand il y a une personne à convaincre, ou simplement une personne potentiellement critique, la discussion n'a pas la même dynamique.

J'ai beau avoir des opinions politiques très proches, je n'ai pas cette foi. Je ne suis pas croyante. Je ne me sens pas à ma place parmi ces croyants, peu comme parmi un groupe de paroles pour les victimes de cancer des testicules.

Cependant, ce n'est pas le sujet de l'alarme, cette imposture est un danger pour la dynamique de groupe, éventuellement pour ses membres sincères, mais pas pour moi.

Le danger que mon bide a repéré, c'est qu'il identifie la religion derrière ces discussions comme extensive et intolérante, plutôt de genre à convertir ou mettre au bûcher qu'à coexister pacifiquement.

Encore une fois, c'est une perception irrationnelle qui vient du fond de mon cerveau reptilien, je ne prétends pas attribuer raisonnablement ces idées aux personnes qui interviennent dans ce podcast.

D'ailleurs je ne suis même pas sûre que cette perception soit provoquée par quoi que ce soit dans ce podcast, il n'est pas exclu que mon bide généralise à tous les convaincus de l'écologie la dynamique de l'écologie culpabilisante à laquelle je suis si souvent confrontée.

Donc finalement, ce n'est pas vraiment une alerte bidale envers de l'information, mais plutôt envers la situation déduite de ces informations et de l'illusion de proximité portée par la technologie et le format du podcast (par rapport aux émissions radio et télévisées qui me donnent une impression de distance par rapport au plateau).

NoLimitSecu

J'ai été confrontée au podcast NoLimitSecu avant l'Octet vert, mais malgré l'exposition plus longue j'ai les idées moins claires sur ce que mon bide a à lui reprocher.

Déjà, je pars avec un handicap vis-à-vis du domaine de la cyber-sécurité. J'ai l'impression que c'est un domaine qui aurait techniquement tout pour me plaire, en adéquation avec mes facilités et mes compétences existantes, mais dont la dynamique de groupe exclut les gens comme moi.

Et dans la dynamique de groupe, je ne mets pas seulement la misogynie avérée que certains essayent activement de combattre, je suis aussi profondément rebutée par l'esprit de compétition qui pousse à se tirer dans les pattes les uns des autres, à confondre farces et brimades, et plus généralement à se grandir en abaissant les autres plutôt que s'entraider pour faire grandir tout le monde.

D'ailleurs c'est peut-être juste l'ambiance « cyber-sécurité » qui colle suffisamment aux intervenants pour qu'elle soit reconnaissable par mon bide dans la dynamique de groupe pendant le podcast.

Je ne suis pas tellement convaincue par cette explication, elle me semble un peu bancale, mais je n'ai pas encore trouvé d'alternative moins mauvaise.

Ce serait cohérent avec le fait que cette alerte ne soit jamais déclenchée pendant que je lisais un article technique sur la cyber-sécurité ou pendant que j'écoutais l'enregistrement d'une conférence sur ce sujet : dans les deux cas, il n'y a pas de dynamique de groupe, et le fait que je n'aille pas spécialement chercher ce type de contenus fait que ceux qui arrivent à moi ont été sélectionnés pour leurs qualités didactiques et divertissantes, ce qui contre-sélectionne les éventuels contenus moins bienveillants envers les personnes extérieures au domaine.

Ce serait aussi cohérent avec le profil d'activation de l'alarme du fil de l'épisode : quand l'alarme sonnait en continu pendant l'Octet vert, avec des pauses quand la discussion devait plus technique et moins militante, l'alarme pendant NoLimitSecu est à un niveau de base non-négligeable mais relativement contenu, avec de temps en temps des pics aigus qui rappellent qu'il ne faut pas se laisser aller.

Et il y a un pic à certaines inside jokes, et lors de remarques qui me semblent empreintes d'arrogance ou de mépris, ou qui surgénéralisent les éléments de leur métier (par exemple en considérant un certain modèle de menaces comme universel, ou en refusant de considérer que certaines personnes puissent accepter de prendre certains risques).

Le point commun de tous ces évènements est qu'ils participent à l'exclusion des personnes hors du groupe, et je fais partie de ces personnes. Cependant, la dynamique est très différente de ce que je ressens avec l'Octet vert : je n'ai ni l'impression de proximité ou d'intrusion, ni l'impression que c'est un groupe qui doit absorber ou détruire tout ce qu'il rencontre.

Je ne comprends donc pas très bien en quoi être exclue de ce groupe représenterait un danger. Par élimination, je ne vois plus que l'alternative déjà évoquée que le danger soit le groupe lui-même, et les moments excluants me feraient tiquer non pas parce qu'ils excluent, mais parce qu'ils marquent l'existence dudit groupe.

Ça reste bancal, et ça n'explique pas tous les pics alarmistes, et je ne sais pas trop quoi faire pour en savoir plus.

Que faire ?

Ces analyses plus ou moins précises sont bien gentilles, et justifient à elles seules ce billet, mais qu'est-ce que je peux en faire pour ma vie ?

Il est hors de question que je me débarrasse de ce système d'alarme, ou de n'importe lequel de mes systèmes instinctifs, j'y tiens plus qu'à mes membres.

J'ai un peu peur qu'ignorer ces alertes et continuer à écouter ces podcasts me désensibilise progressivement, et nuise à la bonne réception de futures alarmes.

Idéalement, il faudrait que j'arrive à « conscientiser » le processus, pour que le bide se range sagement à côté des autres instincts qui me font calmement parvenir leurs conclusions, au lieu de sonner une alarme brutale et pauvre en détails. Et quelque part, ce billet fait partie de ma tentative dans ce sens, en tournant mon regard vers l'intérieur pour identifier les mécanismes à l'origine de l'alarme et me les approprier.

Malheureusement ces deux tendances s'opposent, car il faut déclencher l'alarme pour la goûter et la comprendre.

Pour une fois, chers lecteurs, je ne vais pas vous demander conseil pour me décider, ça va rester face à moi-même. En revanche, tous les avis, remarques, conseils, etc, sur le processus ou ses données d'entrées (notamment lesdits podcasts) sera bienvenue.

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