Comme une colonne de sel

J'ai l'impression que ces derniers temps à chaque fois que j'essaye de faire une référence biblique, ça se finit en grand moment de solitude, donc pour changer je vais commencer par le moment de solitude. Le titre est bien une référence biblique, la Genèse, chapitre 19, versets 17 à 26, qui vante les bienfaits des rétrospectives et des bilans.

J'avais hésité à faire à la place une référence à Janus, mais en réalité dans ce billet je ne vais regarder que vers l'arrière, donc ce n'est pas si approprié que ça, en plus d'être peu accessible.

Bilan blogesque

Il y a moult années, à une époque où je suivais pas mal de blogs et où ils n'étaient pas encore rendus hasbeen par les réseaux sociaux et les plateformes vidéo, il semblait de coutume de profiter du changement d'année pour faire des stats et publier des tendances.

Par exemple, je pourrais dire que la page la plus chargée est l'avis sur mon téléphone Kyocera Torque, suivie par mes réflexions sur le fait que je veux toujours avoir raison. Et que, coïncidemment, sur le peu de recherches encore dévoilées par les navigateurs dans le referrer, ce sont surtout des requêtes en rapport avec ces deux pages et avec je suis nulle (qui n'a pourtant par tellement de hits).

Ça ne fait pas très « 2017 » tout ça…

Je ne fais habituellement pas ce genre de bilan, parce que ça ne m'intéresse pas, mais si vous en voulez, je peux sortir ça en dix minutes, donc y a pas de problème, il suffit de demander dans les commentaires.

Bilan personnel

Bon, mais si le bilan bloguesque ne m'intéresse pas, pourquoi est-ce que je me suis mise à écrire ce billet ?

Je ne suis pas du genre à regarder vers l'arrière (il y a bien assez de soufre et de feu vers l'avant), parce qu'en général j'arrive à trouver le temps de tirer au fur et à mesure les leçons de ce qui m'arrive.

Je ne me retrouve jamais « la tête dans le guidon » au point de perdre de vue le contexte général de ce que je fais, et du coup je n'ai pas besoin de prendre des moments plus ou moins arbitrairement choisis dans le calendrier pour faire cette prise de recul.

Cependant, sans se forcer à choisir des moments arbitraires dans le calendrier, il y a certaines choses qui reviennent chaque année à la même période.

Par exemple, je vois rarement ma fratrie et mes parents en dehors des fêtes de fin d'année. Du coup en les retrouvant, pour raccrocher les wagons, je me remémore la situation de l'année précédente. Je me retrouve ainsi à comparer indirectement Moi-d'Il-Y-A-Un-an et Moi-Maintenant.

Fin 2016, lorsque la conversation tournait sur mon absence de permis de conduire, je m'imaginais déjà en train de faire les démarches pour y remédier. Je savais que ce ne serait pas facile, peut-être impossible sans quelques coups de pouce extérieurs, mais je comptais sur mon réseau pour m'y faire parvenir.

Alors que maintenant, je classe plutôt le permis de conduire parmi les trucs réalistes qui n'arrivent qu'aux autres, comme le brevet de pilote d'hélicoptère ou l'épanouissement au travail.

Une fois la tendance découverte, il n'a pas été très difficile de la retrouver à moult endroits. Toutes mes ambitions sont à la baisse. Je dépense plus d'énergie à lutter contre les démons intérieurs, et il m'en reste moins pour faire des trucs intéressants. Je vise médiocre, et je n'attends même pas cet objectif.

Un exemple publiquement visible est mon calendrier de Seinfeld sur github (qui ne sera plus visible à partir de juillet 2018), qui a expiré exactement comme je l'avais prédit, pendant l'année 2017.

Il y a actuellement quinze articles et billets de weblog qui sont en attente d'écriture, avec déjà un titre, un fil directeur, et un contenu assez bien délimité ; il ne reste plus qu'à se poser et le faire. Sans compter les trois avis sur des livres qui sont à peu près au même point dans le pipe. Ce sont des records.

Il y a de plus en plus de prises de paroles que je regrette amèrement, dans les contextes informels (la socialisation, quoi). Je n'arrive pas trop à décrire pourquoi, c'est complètement émotionnel, mais je ne suis pas satisfaite du tout des conséquences. De l'image que j'ai l'impression de renvoyer. Je ne sais pas si ça a déjà des effets, mais j'ai de plus en plus souvent envie de faire activement des efforts pour rester silencieuse.

Et même le présent billet, il est passé moult fois à deux doigts du rm, et si vous le lisez c'est que j'ai réussi à me mettre le dos au mur pour le publier (probablement en fin de mois).

J'ai un peu envie de mettre ça sur le dos du manque de sommeil, comme mes difficultés de mémoire, mais ça commence à un peu trop le charger pour mon goût. En dehors de ce bouc émissaire, je manque de pistes…

Et puis, est-ce que ça vaut vraiment la peine de se battre contre ? C'est peut-être juste une évolution normale à accepter…

Commentaires

1. Le mercredi 31 janvier 2018 à 18:22, par Balise :

Bon je sais que je veux répondre à ce billet parce que ça a tapé assez près de trucs familiers... pis je sais pas trop quoi dire d'intelligent (ou de bête).

Maaaais je vais quand même pointer, au risque de dire des choses triviales, que tu dis d'une part "Je dépense plus d'énergie à lutter contre les démons intérieurs, et il m'en reste moins pour faire des trucs intéressants." et "J'ai un peu envie de mettre ça sur le dos du manque de sommeil, comme mes difficultés de mémoire, mais ça commence à un peu trop le charger pour mon goût. En dehors de ce bouc émissaire, je manque de pistes…". Et ouais, des fois, lutter contre un neurone pas coopératif, ça bouffe une énergie folle, et dans ces moments là, c'est bien difficile d'arriver à trouver l'énergie/la motivation pour faire quoi que ce soit d'autre. Le "y'a plus qu'à se poser et à le faire", je connais bien aussi, et chez moi ça va avec la dose de "et chuis même pas foutue de faire ça chuis vraiment bonne à rien c'est quand même pas dur". (Et, SURPRISE, ça aide pas le neurone non coopératif. Fou hein ?).

Quant à la question de se battre contre versus l'évolution normale à accepter, y'a ptêt une troisième "voie" - "en ce moment c'est pô la frite et c'est dur de faire quoi que ce soit, mais ptêt que si je regroupe, que je fais une pause, et que j'arrive à retrouver un poil d'énergie dans la journée pour faire des trucs coule, ça ira mieux." Et que le truc à accepter c'est ptêt pas tant "ça va être comme ça dorénavant" mais "c'est comme ça pour l'instant".

Ma "solution" personnelle, et je suis tous les jours reconnaissante du fait que ça ait été possible, à la fois "faisable" et "gérable financièrement", ça a été de passer mon temps de travail à 60%. C'est le grand luxe et je suis bien consciente que c'est un privilège énorme. Il m'a tout de même fallu un bon six mois pour m'adapter au nouveau rythme et pour recommencer à "faire des trucs" - et encore, j'ai encore des gros passages à vide sur le concept "mais je fais pas/plus de trucs :(" (et après ça part en sucette, mais je t'épargne le monologue interne :P). Maaais ça va significativement mieux, et j'apprends à profiter des moments où j'arrive effectivement à faire des trucs. (Bon par contre ne rêvons pas accepter quand c'est pas le cas c'est encore extrêmement reluctant, mais au moins j'arrive à peu près à regrouper le temps que ça passe plutôt que de pousser quoi qu'il arrive et de m'effondrer comme une bouse.)

(Bon, et cela dit, le manque de sommeil aide pas NON PLUS, hein.) (mais est pas forcément décorrélé du point précédent non plus.)

2. Le mardi 13 février 2018 à 7:26, par Natacha :

Je ne m'attendais pas à taper près de trucs familiers à mon lectorat avec ce billet… Mais d'un autre côté, si tous les efforts que je déploie pour éviter d'éclabousser les autres avec mon noir ont un minimum de succès, et si les autres font pareil, ce n'est peut-être pas si étonnant que je n'aie rien vu. Ça fait un effet particulier de se savoir moins seule dans cette situation, et je tremiercie sincèrement d'avoir posté.

Et tout d'un coup, le « neurone non-coopératif » et le « monologue interne » prennent une dimension que je n'imaginais dans le fil précédent. Et ça soulève des questions intéressantes sur ce que ça change d'avoir temporairement un tunnel plein de noir, par rapport à un champ large dans lequel il y a en permanence une zone noire quelque part.

Je ne m'étais pas posé la question de la troisième voie dont tu parles, parce que je suis restée dans le schéma où le facteur limitant est la sagesse pour distinguer ce qui peut être changé (par moi) de ce qui ne peut pas l'être. Mais en fait, le choix de lutter ou d'accepter est un choix de chaque instant, et je m'imagine encore avoir assez de flexibilité mentale pour ajuster ce choix au fil des circonstances. Le texte donne probablement une impression de situation statique, parce qu'elle l'a été effectivement depuis de nombreux mois.

Enfin, je trouve ta « solution », fût-elle guillemetée, intéressante, parce qu'intuitivement j'aurais cherché dans l'autre sens. Je me souviens encore de la dernière période sans pression sociale pour donner l'impression de ressembler à quelque chose, et je l'appelle des congés « vodka-livres », et ce n'est pas joli-joli, et ça ne donne pas vraiment l'impression d'être un regroupement. D'un autre côté, ce n'était que douze jours, ce qui est largement en dessous des six mois d'adaptation.

J'ai presque peur de réfléchir dans cette direction. Je sais que déjà dans des discussions sur d'autres thèmes avec des collègues, il m'a été dit que le revenu universel ce serait une très bonne chose (au moins) pour les gens comme moi, et que le 80 % n'est pas si difficile que ça à obtenir chez mon employeur actuel.

Peur qu'à force d'y réfléchir ça commence à me tenter pour de vrai.

Pour l'instant il y a encore quelque qui me retient. Je veux dire quelque chose de plus que la crainte que le temps supplémentaire parte en vodka-livres, et de plus que l'insatisfaction de perpétuer le schéma patriarcal de l'emploi « argent de poche » à côté du vrai breadwinner. Ce quelque chose est un gros « Nᴏɴ ! » instinctif qui vient du fond des tripes ; et j'ai toujours trouvé des trucs intéressants dans mes trucs instinctifs comme ça, je m'en voudrais de l'étouffer avant d'avoir pu l'interroger finement (mais comment ?).

À moins que ce soit seulement le Vieil Adam décrit par John Keynes qui crie en voyant le martinet avant de savoir à qui il est destiné…

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