Envie d'envie
Lorsque David Madore a planté le concept de vouloir vouloir vouloir dans ma tête, je ne pensais pas que ça prendrait aussi bien. L'envie d'envie dont il est question ici n'est pas vraiment dans la continuité de ces réflexions, mais la stratification des niveaux « méta » de volonté et d'envie les a structurées.
Je vais volontairement confondre envie et volonté dans tout ce billet, alors qu'il y a facilement un niveau de « méta » entre les deux (vouloir agir sur ses envies), parce que je n'arrive pas à figer mon introspection sur l'un ou sur l'autre. J'essayerai de retravailler ce texte pour que ça reste compréhensible, ou au moins y tendre, mais j'ai renoncé à proposer une stratification propre. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
Le cœur de ce billet, c'est constat que ces jours-ci, et de depuis au moins quelques mois, voire des années, mes envies sont assez pauvres, et je me demande si c'est un caractère personnel moralement neutre ou si c'est un problème qu'il serait sain de résoudre.
Contexte personnel de conception de ce billet
DÉBUT D'ENCADRÉ OPTIONNEL
Tant qu'à faire de la méta, je continue de vouloir m'astreindre à sortir un billet par mois, mais le mois de décembre a été riche en sujets qui ne rentrent pas dans ma ligne éditoriale (en plus d'être pénibles), ce qui laisse peu de place à l'inspiration bloguesque. Et pour ne rien arranger, depuis plusieurs mois mon backlog ne contient que des idées qui sont très loin d'être mûres.
Je suis finalement tombée sur l'idée tardive de développer pourquoi je n'ai pas participé à l'Advent of Code cette année, alors que c'est quelque chose qui me plaît et que je ne m'imaginais pas rater de si tôt. C'est en partie dû à la conjoncture décrite dans le paragraphe précédent, qui affecte aussi mes loisirs numériques, mais une autre partie significative est dûe au fait que j'utilise cet évènement pour découvrir un nouveau langage de programmation, et que je n'ai pas d'idée claire sur le prochain langage dans ma liste.
Ce billet a failli être un panorama des langages de programmation que je connais et de ceux que j'aimerais découvrir, et pourquoi je n'ai pas pu départager ces derniers. Je ne l'ai pas fait parce je suis moins intéressée par une photographie de l'état présent, coulée dans le béton d'un billet de blog ancré dans sa position chronologique, que par un suivi de mes ressentis au fil du temps, qui auraient leur places plutôt dans un article intemporel dans une autre section de ce site, qui serait mis à jour continuellement au fil de mes évolutions.
À la place, vous avez donc ces réflexions sur le spectre de l'apathie à l'envie, qui doit avoir la troisième place sur le podium des raisons de mon absentéisme à l'Advent of Code.
Au cas où je me rate sur l'article intemporel, je visais au moins Zig et Hare pour les outils d'infrastructure au quotidien, en remplacement du C (trop pénible à bien utiliser) et du Go (dont la simplicité séduisante a l'air de s'effriter au fil du temps) ; et Wren et Janet pour les langages embarqués en remplacement de Lua (dont les limites me saoulent un peu) avec des points bonus si ça peut remplacer le shell POSIX pour les scripts un peu évolués.
Il me semble que j'avais croisé d'autres langages, en plus de ces quatre-là, qui m'avaient donné envie de les essayer à une occasion comme l'Advent of Code, mais je n'ai pas pu les retrouver en une semaine de réflexion à ce sujet, je vais donc les considérer comme perdus.
FIN D'ENCADRÉ OPTIONNEL
La panne de l'envie
Ce serait un peu dramatique de dire que je n'ai jamais envie de rien.
J'ai très souvent envie (ou besoin ?) de vacances, de repos, voire de sommeil. À tel point que ç'en est presque devenu un comique de répétition.
Si je fais honnêtement le décompte des actions que j'entreprends par ma propre volonté, parce que j'ai vraiment envie de le faire, par opposition à tout ce que je fais par habitude, par devoir, ou par cohérence, je dois bien reconnaître que je ne trouve pas grand-chose.
Et j'écris « pas grand-chose » comme un euphémisme, en écrivant ces lignes j'ai sincèrement cherché à quand remonte ma dernière action selon ces critères, et je ne la trouve même pas.
Un peu comme si mon générateur à envie s'était progressivement atrophié, au point que je ne sois plus capable de dater que le passé lointain quand il était indubitablement fonctionnel, et le passé plus ou moins proche quand il ne l'est indubitablement plus.
D'un autre côté, comme je l'avais expliqué dans ma version de la crise de la quarantaine, en vieillissant j'ai accumulé des aspects de ma vie qui me plaisent beaucoup, et chacun de ces aspects vient avec son lot d'efforts et de devoirs pour être maintenu, donc c'est dans l'ordre des choses de voir la part des devoirs s'agrandir.
Absence d'envie ou envie d'absence ?
À ce stade, j'ai l'impression de faire une distinction arbitraire, peut-être même douteuse, entre les envies positives et les envies d'éviter. Je ne sais pas si c'est une limite linguistique ou mentale, mais il me semble trop facile de confondre l'absence d'envie (ou de volonté) et l'envie d'absence de quelque chose.
Toutes les choses que je ne fais que par devoir, j'aurais tendance à dire que ce sont des choses que je fais parce que je n'ai pas envie de faillir à un de mes devoirs, alors qu'en fait il s'agit souvent de choses que je fais par envie de ne pas faillir à ce devoir, parce que je veux être quelqu'un qui remplit le devoir en question.
D'un autre côté, les mécanismes mentaux de l'affection et de l'aversion n'ont pas l'air symétriques, donc il y a peut-être quand même une distinction pertinente à faire entre ce que l'on poursuit activement et ce qu'on évite activement (en plus de distinguer ces deux-là de ce envers quoi on est indifférent).
C'est d'ailleurs plus ou moins ce que j'écrivais sur la crise de la quarantaine, un jeu d'aversions à des situations moins agréables qui me donnent l'impression d'être coincée dans un optimum local, au point d'« étouffer » les impulsions vers des objectifs au-delà du voisinage local.
Trajectoires de vie
J'avais écrit, et je maintiens encore, qu'à l'échelle des années et des décennies, jusqu'à aussi loin que remonte ma mémoire autobiographique, ma vie ne fait que s'améliorer.
En regardant de plus près, cette amélioration globale est composée principalement d'un recul des aspects négatifs, mais je ne suis pas sûre d'avoir tellement gagné en aspects positifs. Comme si tout le négatif avait été remplacé par du neutre, ou du faiblement négatif ou positif.
Ce qui est très bien, je ne me plains pas, et je continue de préférer le petit bonheur fermier aux explosions de joie minières, mais ça soulève la question de s'il ne faudrait pas arrêter de se battre contre le négatif et commencer à se battre pour faire émerger (plus de) positif. Sauf que je n'ai absolument aucune idée de ce que ça veut dire en pratique, au point que je me demande si ce ne serait pas un jeu de mots purement abstrait.
D'un autre côté, pendant les années 2010s, plusieurs tendances philosophiques personnelles ont été rassemblées dans un revival du stoïcisme. Je ne sais dans quelle mesure ça a contribué à vaincre le négatif qui pourrissait ma vie, mais c'est conforme à la caricature moderne du stoïcisme d'étouffer aussi les émotions positives.
Je garde une estime assez haute de cette variation du stoïcisme, et j'aime croire que quand on est aux concepts d'εὐδαιμονία et d'even keel, on est loin de la caricature de stoïcisme. Je ne peux cependant pas exclure que ces réflexions philosophiques utilisées comme une arme pour face au quotidien n'aient pas de prix.
Le carburant de l'envie
Je n'ai pas de transition décente pour ce thème-là, mais dans l'analyse de mon vécu, je constate aussi une certaine confusion entre énergie et envie.
Quand j'essaye d'imaginer la caricature de l'opposée de mon manque d'envie ces jours-ci, je tombe sur l'archétype de la genki girl. Et en me comparant à (ce que j'imagine être) cet archétype, je ne vois pas tellement une différence d'envie, mais plutôt une différence d'énergie.
Et c'est cohérent avec le besoin de vacances ou de repos dont je parle si souvent. Ce ne serait pas un manque d'envie, mais un manque d'énergie pour les réaliser, et à force de frustration d'envies faute d'énergie le générateur d'envie se serait atrophié.
C'est une explication d'autant plus séduisante que je peux nommer tout un tas de choses que je ferais volontiers si j'en avais l'occasion. Je traduis mentalement « occasion » en « temps », ce qui me fait sortir tous ces renoncements de la question des envies, mais en vrai le temps ça s'organise, justement en fonction de l'énergie disponible quand c'est un facteur limitant (comme dans mon cas), et objectivement j'aurais envie de faire ces choses, si j'en avais la possibilité, et j'ai juste arbitré mes ressources finies en leur défaveur.
Donc peut-être que mon erreur au début de ce texte c'était de chercher la dernière fois que j'ai suivi une envie, au lieu de chercher mon dernier renoncement malgré une envie.
Comment se genkifier ?
Admettons pour l'instant que mon problème ne soit pas un manque d'envie, mais un manque d'énergie, et que si je trouvais un moyen d'en avoir plus le système d'envie reviendrait à un état indubitablement sain.
À ce stade je dirais que ça vaut le coût d'essayer et de juger sur les résultats. Enfin sous réserve que l'essai ne soit pas destructif et soit assez long pour juger du résultat, ce qui exclut le moyen le plus évident, à savoir les stimulants chimiques illégaux.
Le deuxième moyen le plus évident, mais dont l'efficacité me semble douteuse, c'est l'hygiène de vie. Je sais que je suis en manque de sommeil chronique, je me couche trop tard, et je suis tellement dépendante à la caféine qu'il n'y a aucun de ses effets stimulants dans ma vie.
Ça ne va pas m'empêcher de chercher à améliorer mon hygiène de vie hein, juste que je n'arrive pas à croire que ça ait un effet aussi radical que ce dont j'ai besoin.
Je n'ai jamais été très active et énergétique, ça fait partie de mon caractère, je ne suis juste pas du tout genki dans le plus profond de ma personnalité.
C'est sans doute naïf, mais je ne peux juste pas m'empêcher de croire que l'énergie psychologique n'est pas un concept aussi dur de l'énergie physique, et que je devrais pouvoir être moins limitée par cette grandeur. Surtout quand je pense à toutes les fois où j'étais clairement épuisée mais où j'ai pris sur moi de faire ou finir quand même quelque chose d'important à mes yeux.
J'aimerais croire qu'il est possible de hacker la motivation, peut-être d'accepter de faire des choses moins bien ou moins confortablement, éventuellement d'entrainer ses fonctions exécutives ou de les suppléer avec des processus et de la technologie, pour pouvoir satisfaire beaucoup plus d'envies de je ne le fais actuellement.
Mais ça ne me dit pas comment faire tout ça concrètement.
Problème ou pas ?
Et il ne faut pas oublier de traiter la question du jugement moral de cette situation. Est-ce que j'ai besoin de chercher à la changer ?
Si c'est juste pour faire plus de trucs, ou satisfaire plus d'envies, tout le reste étant égal par ailleurs, ça n'a pas de sens de refuser.
En réalité le reste n'est jamais égal par ailleurs, et tout a un prix. Si c'est faire plus de trucs à la place de juste savourer sa tranche de bonheur, si c'est satisfaire plus d'envies sans apprécier la satisfaction, si c'est viser plus haut en se rendant esclave de plus de maîtres, le meilleur compromis est tout de suite beaucoup moins évident.
Et dit comme ça, j'ai l'impression de retrouver encore une énième itération de ma version de la crise de la quarantaine. Ce que j'ai n'est pas mal du tout, je peux imaginer mieux mais, je ne veux pas prendre le risque de tuer la poule aux œufs d'or pour essayer d'atteindre ce mieux.
D'un autre côté, essayer d'ajuster légèrement ces compromis est une façon peu risquée de voir si ça me rapproche de l'optimum local. Il faudrait juste que je trouve ce que ça veut dire concrètement, pour pouvoir le faire.
Conclusion (ou pas)
Je n'ai pas l'impression d'avoir super-bien réussi à rendre les choses compréhensibles et à rassembler décemment les fils. Tout ça est encore loin d'être sec, je viens à peine de mettre des mots sur la situation.
Je n'en suis pas à demander des conseils, ce weblog est avant tout écrit à
destination de moi‐du‐futur, souhaitant tout le succès possible à
l'éventuel lectorat qui me joindrait sur ce train fou ces montagnes
russes.
Je lirai quand même avec intérêt tous les commentaires que vous
partageriez, s'il y en a.
Surtout au niveau des moyens pour faire changer tout ça, sur lesquels je
ne sais pas du tout par où commencer à chercher.
Je pourrais prendre comme résolution pour 2026 de tirer tout ça au clair et d'en appliquer les conséquences, mais c'est un hasard du calendrier que ça tombe en fin d'année, et j'aurais de toute façon fait ça quel que soit l'avancement calendaire.
Je serais plutôt partisane de rejoindre David Madore dans le militantisme contre les discontinuités temporelles arbitraires.
Et joyeuses fêtes autour du solstice d'hiver à tous ceux qui ont eu la patience d'arriver jusque-là !
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- Publié le 31 décembre 2025 à 9h12
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