Circuits fermés

J'ai récemment tenu deux fois de suite des réflexions similaires sur deux sujets assez différents, et du coup je me suis dit qu'il y avait là quelque chose à creuser. En fait, ça se relie à un sentiment d'isolation que j'essaye de mettre en mots depuis des mois ; ce n'est toujours pas fini, donc ça fera l'objet d'un billet ultérieur (ou pas).

J'ai donc malencontreusement pollué le blog de Balise, en me plaignant en substance que j'ai arrêté d'écrire parce que personne ne lit mes histoires (ni mes essais mais ça je le comprends beaucoup plus facilement).

Quelques jours plus tard, j'ai malencontreusement pollué #freebsd-fr, en me plaignant en substance que ce n'est pas giga motivant d'écrire du code que personne ne va utiliser en dehors de moi (et parfois même pas moi).

Dans les deux cas, on pourrait se demander avec raison qu'est-ce que la reconnaissance sociale vient faire dans le plaisir créatif. Surtout lorsque je continue de nier farouchement avoir envie de voir 3 millions de lecteurs/clones et un flux continu d'éloges sur Twitter (de toute façon je ne regarde même pas Twitter).

Ces plaintes ne sont d'ailleurs pas nouvelles, je disais déjà ce genre de choses en 2009, dans Blogosphère et popularité. Et déjà à l'époque j'étais obligée de préciser que ce n'était pas la reconnaissance sociale quantitative qui m'intéressait, mais la reconnaissance qualitative. Pas un flux d'éloges sur ma personnes, juste quelques commentaires sympa' de temps en temps sur ma production. Pas des millions de fans, juste une dizaine de gens qui suivent et qui font des critiques constructives.

Ce dernier point est assez important, parce qu'il contient (ce qui me semble être) le fond du problème.

J'apprécie évidemment la reconnaissance sociale, quand je ne me fais pas engithuber, ça fait toujours chaud au cœur, mais ce n'est pas vraiment ça que je recherche activement, mon ego ne joue pas vraiment dans cette cour. Ce que je recherche activement, ce qui me manque vraiment, ce sont justement ces critiques constructives.

Je crois que je pourrais me passer finalement de reconnaissance sociale (du moins pour l'instant) si j'avais des critiques constructives pour progresser. Je n'arrive juste pas à imaginer dans ce monde recevoir de telles critiques constructives sans le vivre comme une reconnaissance sociale tout-à-fait à mon goût.

L'isolation qui me travaille depuis si longtemps ne gâche pas directement le plaisir de créer, que ce soit une histoire, du code ou une image. En revanche, cette isolation conduit à un processus créatif en circuit fermé, et c'est ça qui gâche la création.

Il y a une certaine limite au niveau que l'on peut atteindre en restant relié sur soi-même, en circuit fermé. Et ce niveau ne me suffit pas (sauf pour mes essais, et dans une certaine mesure pour mes dessins, mais je n'ai absolument aucune idée de pourquoi). Et puis, à force de rester vautrée dans les mêmes références recirculées, on perd la notion de ce qui est un niveau décent ou enviable.

Le développement logiciel, contrairement aux autres domaines créatifs dans lesquels je me suis essayée, relève plus de l'artisanat que de l'art. L'aspect technique y est beaucoup plus fort. Il est donc plus facile de s'auto-évaluer sur le plan technique, et de progresser ainsi en solitaire. Je suppose que c'est pour ça que j'ai supporté pendant beaucoup plus longtemps l'écriture de code en circuit fermé (et que j'y ai atteint un niveau suffisant pour en faire mon métier).

Un observateur attentif aura remarqué que je n'ai plus tellement écrit d'histoire depuis 2009. Parallèlement, ma liste de lecture témoigne que l'année 2009 est également celle où j'ai lu le plus de livres. Ce n'est pas un hasard, et même si ce n'est pas la raison principale, l'une des raisons est sortir de l'écriture en circuit fermé par la lecture.

Je pense encore avoir dans ma tête suffisamment d'idées et de créativité pour sortir un bon paquet d'histoires intéressantes, mais je suis arrêtée par la piètre qualité des supports à ma disposition, c'est-à-dire essentiellement la prose et la bande dessinée (en images de synthèse). La lecture semble être un moyen intéressant de progresser en technique de prose (y a-t-il au moins un indice qui laisse espérer quoi que ce soit de mes dessins ?).

Évidemment, je lis tellement peu (même en 2009) que ça a été peine perdue.

Bref, le résultat est qu'aussi bien en écriture d'histoires que de code, j'ai l'impression d'étouffer et de stagner dans ces circuits fermés dont je n'arrive pas à sortir.

J'imagine que résoudre mon problème d'isolation évoqué dans le premier paragraphe est suffisant pour résoudre mes problèmes de circuit fermé, mais je crains pour l'échelle de temps nécessaire. En attendant, qualis artifex pereo

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