Requiescat II – Photographum

L'année 2018 semble accumuler les évènements d'électronique qui me lâche. Après mon téléphone mobile, qui a connu un retour à la santé miraculeux, c'est au tour de mon appareil photo compact d'évoluer vers sa forme de presse-papier de luxe, sans rémission en vue.

Expiration

Samedi matin, juste avant une sortie, j'ai sorti de mon sac mon appareil photo Fujifilm X70, pour faire les vérifications habituelles de niveau de batterie et de carte mémoire.

Dans un clic, l'interrupteur change de position. Il ne se passe rien.

Je vérifie que l'interrupteur est bien en position on, parce que lorsque l'appareil s'éteint spontanément pour conserver la batterie, l'interrupteur reste sur on, et le faire basculer en position off n'a pas d'effet visible. Mais cette fois, il était bien sur on, alors je le rebascule sur off et j'attends quelques secondes.

Clic. Toujours rien.

La folie, c'est refaire la même chose en espérant un résultat différent, mais le temps de saisir la situation, je refais un cycle.

Clic. Toujours rien.

Il me semblait l'avoir rechargé relativement récemment, mais je ne compte plus le nombre de mauvaises surprises en découvrant une batterie qui s'est vidée inexplicablement rapidement.

Je me saisis donc de ma batterie de rechange, et je procède au remplacement.

Clic. Toujours rien.

Là ça devient très inquiétant, parce que cette batterie de rechange n'a pu subir que l'autodécharge, et je n'ai pas encore eu de mauvaise surprise avec les batteries débranchées.

Clic. Toujours rien.

Je vais jusqu'à mon ordinateur, pour brancher l'appareil sur le câble micro-USB qui lui est branché en permanence. Le témoin qui indique l'alimentation ou la charge reste éteint, ce qui est inhabituel et renforce encore le sentiment d'inquiétude.

Clic. Toujours rien.

J'en arrive donc logiquement à la prise de conscience que ce cher appareil électronique est dans une panne sérieuse, et à la première étape du deuil électronique : le « pourquoi ? »

Le sac à dos dans lequel je transporte habituellement cet appareil n'a pas subi de choc particulier ces derniers temps, et il contient d'autres objets aussi fragiles qui sont encore en très bon état.

En revanche, il y a eu ces derniers jours quelques pluies soudaines et abondantes. Je me souviens avoir été impressionnée par le sac à dos qui a presque gardé au sec un carton que je transportais lundi dernier, il y avait juste une goutte d'eau tombée dessus, alors que je portais sur moi plus lourd d'eau que de vêtements. Et le mardi matin j'étais un peu moins impressionnée en trouvant mon à main (au fond dudit sac à dos) humide. Mais l'appareil photo, dans sa housse, était au niveau carton et non au niveau du sac à main.

N'ayant rien à perdre, j'ai mis l'appareil dans un sac de riz. Deux jours plus tard, son état n'a pas changé.

Clic. Toujours rien.

J'ai contacté l'entreprise de vente par correspondance qui m'a vendu cet appareil (d'occasion quasi-neuve), et ils m'ont proposé de le renvoyer contre un remboursement, car ils n'ont plus de stock de ce modèle.

Je n'ai rien trouvé pour « débriquer » ce modèle d'appareil, pas de combinaison magique ou de bouton à maintenir appuyé.

Si vous avez des idées de trucs à essayer avant de le renvoyer, je suis toute ouïe.

Nécrologie

Il semble très difficile de remplacer cet appareil par un modèle identique, donc sauf rémission inespérée, ceci marque la fin de mon avec le Fujifilm X70.

Vous vous souvenez peut-être que j'ai choisi ce modèle après de longues héstations, notamment encore un compact quelconque et le compromis très particulier que représente cet appareil.

C'est un bon moment de comparer mes réflexions a priori et mes impressions a posteriori.

Le but de mon achat d'appareil compact était de commencer à faire des photos en dehors d'expéditions dédiées au cours desquels je prends mon reflex numérique Nikon D7000

C'est bien un succès à ce niveau, même s'il est un peu plus mitigé que je l'espérais. Mon photoblog se remplit doucement, et il a un backlog plus gros que son archive, donc la photographie n'est même pas le facteur limitant.

Même s'il est compact, ce X70 a un capteur et un objectif qui me semblent jouer dans la même cour que la gamme de reflex que je pratique, il m'est donc arrivé quelques fois de le prendre à la place du D7000, lorsque l'objectif grand angle s'y prête.

La focale fixe ne m'a pas dérangée du tout, j'ai souvent composé avec, et parfois j'ai recadré après coup pour faire l'équivalent d'un zoom numérique. La résolution sur mon photoblog est tellement basse que ça ne pose pas de problème, et je n'ai pas encore les qualités pour faire de la photo qui mérite de se retrouver sur papier.

J'ai pu m'accommoder de l'absence de stabilisation, et je n'ai jamais volontairement utilisé le flash, je me suis à chaque fois débrouillée pour improviser un pied ou monter dans les ISO.

La visée sur écran est gérable, même si c'est très pénible au soleil, je n'ai jamais consciemment regretté de ne pas avoir de viseur. Et j'ai plusieurs fois apprécié les points de vue que l'on peut atteindre en visant sur l'écran incliné.

La vidéo ça n'a vraiment pas l'air d'être mon truc.

Je ne m'attendais pas à accrocher autant au système de simulation de film de Fuji, et j'en discutais encore dans mon dernier billet. Je me demande à quel point c'est juste un tas de presets des paramètres de traitement numérique traditionnels, ou s'il y a du traitement original de Fuji en plus.

Dans l'ensemble, entre les simulations de films et la qualité des JPEG qui en sortent, le X70 permet de se passer complètement d'ordinateur, en faisant tous les traitements dans l'appareil. Pour les photos du quotidien qui ne méritent pas de sortir le reflex, c'est appréciable de ne pas avoir à sortir quand même l'artillerie lourde sur l'ordinateur.

J'ai aussi énormément accroché à l'interface physique, avec des boutons dédiés au temps d'exposition, à l'ouverture, et à la compensation. C'est colossalement plus à mon goût que le système « PSAM » habituel, bien plus que je m'y attendais.

Bref, je suis très contente de feu cet appareil et du compromis qu'il représente, et a posteriori je suis persuadée d'avoir fait le bon choix.

Si vraiment je devais lui faire des reproches, c'est vrai que la batterie est un peu courte, et je n'ai pas regretté d'en avoir une deuxième prête à servir. En même temps, ce n'est pas un appareil pour les expéditions photos, donc il n'y a guère qu'en vacances que ça gêne vraiment, mais ces dernières années j'ai préféré plus vivre les évènements que chercher le point de vue du photographe, fatalement extérieur.

Et il y a le fait qu'il n'est pas si compact que ça. J'aurais eu les mêmes difficultés d'EDC même avec un vrai compact, vu que le peu de poches dans ma gamme vestimentaire, mais il est de fait que ça limite les solutions pratiques de port.

Succession

Il y a donc maintenant dans ma vie un trou en forme d'appareil photo compact. Qu'en faire ?

Je crois que si je tombais un X70 en bon état, je sauterais (figurativement) dessus. Imaginons donc, pour le reste de cette partie, que ce ne soit pas le cas.

Du coup j'ai passé un temps indécent sur DPReview pour chercher avec quoi combler ce trou.

À l'époque de mon hésitation, j'avais envisagé le Ricoh GR II, mais pour des raisons pas très claires il ne me tente plus du tout.

La série des X100 de Fujifilm semble être ce qui se fait de plus proche aujourd'hui. Le X100F a l'air sympathique, mais la génération précédente, X100T a l'avantage d'utiliser les mêmes batteries que le X70.

Cela dit, ils sont significativement plus gros que le X70, et surtout beaucoup plus chers, ce qui rend d'autant plus dérisoire l'argument de réutiliser ma batterie de rechange. J'y mettrais peut-être ce budget si je voulais remplacer mon reflex D7000, mais il faudrait renoncer à trop de cas d'utilisation.

Le Canon G7X II, que j'avais retenu lors de mon hésitation, reste le plus tentant des compacts traditionnels. Il y a entretemps un G9X II qui est sorti, avec la même électronique, plus petit et moins cher, au prix d'un écran fixe et d'optiques moins bonnes. DPReview le recommande, mais je crois que je préfère quand même le G7X.

Mais j'ai un peu peur de trouver ces compacts trop quelconques. Sans le fun de construire autour des contraintes du X70 des images « qualité reflex », est-ce que je le sortirais aussi souvent ? Dur à prévoir, tant j'ai du mal à quantifier ce fun subtil.

Et puis malgré le capteur plus petit et les optiques dans une gamme plus basse, le comparateur de DPReview ne me donne pas l'impression d'une différence flagrante de qualité visuelle entre X70, X100F et G7X.

J'avais aussi regardé le Panasonic DMC-LX100, comme successeur au X70 dans l'idée « gros capteur dans un boîtier aussi compact de possible », mais il est un peu trop cher pour ce poste budgétaire, et je crains un peu que le progrès logiciel fasse plus que compenser la taille du capteur du G7X.

Mais tout ça, c'est remplacer le X70 sans tirer les leçons de sa disparition. Ne devrais-je pas plutôt regarder du côté des compacts blindés et étanches ?

Alternativement, je pourrais profiter de la situation pour ne pas repartir dans le compact.

Par exemple, je pourrais considérer la photo impromptue comme un échec, et m'en tenir aux expéditions photo reflex. J'ai déjà trop de loisirs par rapport à mon temps libre, il est peut-être temps de faire des coupes franches choisies au lieu de les subir.

Ou peut-être simplement faire plus attention au capteur photo lorsque je choisirai mon prochain téléphone mobile (mais alors, que faire en attendant ?).

Ou alors, je pourrais suivre l'exemple d'un certain nombre de personnes que je connais plus ou moins, en laissant tomber le reflex au profit d'un bridge aussi flexible et bien plus pratique.

En plus j'avoue que je me passerais volontiers des réactions des gens à la vue d'un reflex, à toutes choses égales par ailleurs je préfèrerais un appareil photo qui ait l'air d'un jouet qu'un qui ait l'air « sérieux ».

Si vous avez des avis ou des conseils sur ces questions, c'est bienvenu aussi (quoique pas autant qu'un miracle qui répare mon X70), même si je crains qu'il faille raffiner le cahier des charges avant de pouvoir utilement chercher conseil.

Miracle solsticial (ajout du 20 juin 2018)

Vous vous en doutez, avant d'écrire ce billet, j'ai immédiatement pensé à la situation similaire avec mon natel, qui s'est terminée par un retournement de situation qui m'a semblé miraculeux.

Mais je connais assez bien le monde du logiciel pour savoir qu'il est complètement délirant, et que des situations loufoques sont complètement dans le domaine du possible.

Alors que là, c'est manifestement un problème physique, ou au moins électronique. Ça devrait suivre un ensemble de règles simples et cohérentes.

Genre un composant qui casse parce qu'il a subit des contraintes mécaniques (par exemple un choc) au-delà de ce qu'il peut supporter, il va rester définitivement cassé. De l'eau qui emmène trop de courant à un endroit où il ne devrait pas y en avoir tellement, ça va aussi détruire irréversiblement quelque chose. De l'eau qui cause une corrosion, ça ne va pas être aussi rapide, mais ça ne va aussi aller que dans un seul sens.

Bref, des états clairs, bien distincts, avec des transitions sans ambiguïté.

Donc cet appareil photo qui mime un presse-papier le samedi matin, il n'a rien pu lui arriver mécaniquement dans les quinze heures qui précédent, et aucune infiltration aqueuse dans les quatre jours qui précède, il est globalement en régime permanent.

Quand il n'est manifestement pas capable de sortir de cet état en ajoutant de l'énergie, et quand une journée et demie sans aucune source d'énergie ne fait rien évoluer, on peut raisonnablement penser son état est définitif.

Non ?

Alors quel phénomène a bien pu se produire pendant le jour et demi suivant, pour qu'il se remette à fonctionner comme si rien n'était ? En perdant moins de 10 minutes à l'heure courante ? Quel processus est à l'œuvre pour qu'un jour et demi sans batterie ne corrige rien mais trois jours corrigent tout ?

Y a des gens qui m'ont parlé de soudure sèche et d'électrolyse lente, et c'est vrai que mon expérience professionnelle ces derniers mois m'a donné l'impression qu'en vrai le hardware c'est un monde aussi délirant que le logiciel, l'impression de logique et de cohérence des cours de physiques étant comparable à celle des analyses de complexité des algorithmes de tri habituels.

Donc à ce stade, ça pourrait aussi bien être l'offrande aux dieux du riz, malgré les moult pages internet qui expliquent que les prier sans offrande est tout aussi efficace, je ne voudrais pas risquer de les offenser.

Ou ça pourrait aussi bien être les répercussions quantiques du choix sincère d'un modèle de remplacement (à savoir le Canon G7X II).

Ou ça pourrait aussi bien être l'invocation en latin publiée sur un weblog.

Quelqu'en soient les tenants et les aboutissants, j'ai donc un Fujifilm X70 qui fonctionne impeccablement depuis presque vingt-quatre heures. Je vais le garder en observation pendant les jours, voire les semaines, qui viennent, parce que la confiance, ça ne se répare pas comme ça.

Contrairement à la fois avec mon smartphone, le fait de croire sincèrement que cet appareil était perdu ne m'a pas ouvert d'alternative qui me semble plus désirable.

Je pourrais certes imaginer quelques améliorations mineures pour le rendre encore plus à mon goût, mais dans l'ensemble toutes les alternatives que j'avais envisagées sont des pis-aller par rapport au miracle qui s'est finalement produit.

En supposant qu'il ne rechute pas rapidement, je tire quand même de cette expérience la désagréable impression que (ma représentation du) monde est un peu moins solide qu'avant, et l'énorme frustration de ne pouvoir tirer aucune leçon pratique de cet épisode.

Commentaires

1. Le lundi 18 juin 2018 à 20:22, par m. :

C'est triste.

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  • Publié le 18 juin 2018 à 13h21
  • Dernière modification le 20 juin 2018 à 21h43
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