Vulgarisation et édification

De tous temps les hommes se sont Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu une certaine curiosité et une affinité pour toutes sortes de connaissances. J'ai passé de très bons moments avec Tout l'Univers, C'est pas sorcier, et d'autres sources de connaissances de ce genre.

Avec cette base, et la conviction philosophique que je répète (trop) souvent qu'une journée au cours de laquelle on n'a rien appris est une journée perdue, on pourrait croire que je serais restée assidue toute ma vie à un média de vulgarisation ou un autre. Ou en tout cas, moi je le crois.

Et pourtant, je me suis plusieurs fois rendu compte qu'en fait non, par les aléas de la vie j'étais « tombée du wagon ».

Prenez le temps d'e-penser

La dernière fois est plutôt récente, même si je ne me souviens pas exactement quand, et je m'étais abonnée au fil RSS de la chaîne YouYube e-penser. Pas de bol, c'était pendant sa période de hiatus pour réaliser sa websérie, au demeurant fort à mon goût, mais pas du tout vulgarisatrice.

Et puis récemment, il a sorti une nouvelle vidéo de vulgarisation, sur la superposition quantique, qu'il n'est pas nécessaire de regarder ou de comprendre pour la suite du présent billet.

Je suis très impressionnée par cette vidéo, parce que j'ai l'impression qu'il réussit à rendre accessible et amusant des explications beaucoup plus précises que la plupart des vulgarisations sur ce sujet.

Si j'ai parfois l'impression (rapidement anéantie) d'avoir un talent pour expliquer, ce talent se limite aux cas interactifs, et je m'en sors nettement moins bien face à l'audience passive d'une vidéo ou d'un article.

D'ailleurs ça se voit bien sur le présent weblog, si je voulais transmettre le contenu de mes articles à une personne en face de moi, je couperais pas mal d'éléments en sachant que mon interlocuteur les a déjà (soit en le connaissant soit en m'en étant assurée par de façon verbale ou non).

Vulgarisation et culture

Il y a une autre chose qui m'a frappée dans cette dernière vidéo d'e-penser : je n'en ai rien appris. Elle ne contient rien que je ne sache déjà.

Certes, c'est rigolo et divertissant, mais je pourrais en dire autant d'un film de super-héros Marvel, ce qui n'est pas très glorieux en termes de vulgarisation.

Je crois que si je n'avais pas été à ce point impressionnée par la valeur intrinsèque de la vidéo, je n'aurais pas osé la désigner explicitement avant d'émettre ce jugement aussi négatif.

Parce qu'évidemment, le problème ce n'est pas elle, c'est moi. Quelque part, c'est plutôt rassurant qu'après des décennies à tremper dans la science, vulgarisée comme professionnelle, j'arrive à un stade où il ne me reste plus grand-chose à apprendre de la vulgarisation grand public. L'individu apprend beaucoup plus vite que la population.

J'ai beaucoup de mal à revendiquer une « culture scientifique », parce que ça attaque frontalement mes tendances à l'auto-dévalorisation, mon syndrome de l'imposteur, et mon horreur de l'arrogance ; mais il me semble que c'est bien comme ça qu'il faudrait appeler le capital de connaissances scientifiques que j'ai accumulé au fil des années.

La conséquence directe est que je trouve mieux à faire de mon temps qu'à suivre de la vulgarisation qui ne m'apprend rien, et je finis par ne plus suivre de vulgarisation du tout, jusqu'à ce que je me rende compte que ce manque et que le cycle recommence.

Quelle vulgarisation pour les gens comme moi ?

Maintenant que j'ai pris conscience de ce cycle, j'ai très envie de le casser.

Comment continuer mon œuvre d'édification personnelle si j'ai fait le tour de la vulgarisation scientifique grand public ? (en supposant que ce soit bien le cas et que je ne sois pas en pleine crise d'arrogance mégalomane)

La piste la plus facile, qui n'est pourtant pas la première qui me sois venue à l'esprit, est « par le côté », c'est-à-dire élargir les domaines que je cultive, au moyen de vulgarisation dans ces domaines où je ne suis pas significativement meilleure que le grand public.

Ce n'était pas dans une démarche aussi structurée, mais c'est un peu pour ça que j'avais commencé à suivre Denis Colombi (@Uneheuredepeine) et le projet Arcadie.

J'ai d'ailleurs découvert au passage un préjugé amusant, selon lequel la sociologie et la politique française sont moins utiles que les sciences plus dures que je connais mieux. Une fois mis en mots on voit à quel point c'est ridicule tant la législation française a plus d'impact sur ma vie que la superposition quantique.

Et en même temps, ce sont ces comptes, ainsi qu'un bon nombre de retweets de gens que je suis pour d'autres raisons, qui donnent une place irremplaçable à Twitter dans ma vie ces jours-ci, malgré tout le mal que j'en ai écrit, et dont la disparition va me peiner.

Cela dit, mon premier élan pour briser le cycle c'était de chercher une sortie « par le haut », c'est-à-dire de la vulgarisation à un niveau au-dessus.

Et j'ai été tristement surprise de ne rien trouver.

Pour prendre des exemples concrets, à la limite de ma culture scientifique se trouvent aujourd'hui les jauges en physique théorique, les diagrammes de Feynman, les limites du modèle de l'argent dette, le CMOS, ou les haptènes. J'ai juste assez de culture scientifique pour connaître ces mots, et savoir à peu près comment ils se situent par rapport à ce que je sais déjà, dans sans avoir le moindre détail du système qu'ils désignent.

À partir de ces mots, je suppose que je pourrais secouer un moteur de recherches jusqu'à ce qu'il me sorte des pages à portée qui expliquent ce bazar, et ainsi repousser la frontière de ma culture scientifique.

Mais ce n'est pas une solution, parce que quelque part ce sont des anomalies : la plus grosse partie de cette frontière ne contient pas d'expression qui permette de la repousser.

Donc ce que j'adorerais, ce serait un média de « vulgarisation avancée », ou quelque chose comme ça, qui détaille ce genre de chose, à un niveau pas « grand public » mais « polymathe », genre décrire la théorie des jauges en expliquant les groupes de Lie et en montrant des équations, décrire les équations représentées par les diagrammes de Feynman, montrer l'interaction moléculaire entre l'haptène et le système immunitaire et la réaction en chaîne que ça provoque dans ce système.

Et surtout, que ce média décrive de la même façon toutes les autres choses à ce niveau de détail dont je ne connais même pas le nom, quitte à donner quelques références pour combler les éventuels prérequis manquants.

Je pense que ce n'est pas du tout le même créneau qu'un e-penser ou un Today I Found Out, et le fait que je ne trouve rien à ce niveau me laisse perplexe.

Est-ce qu'en fait ce créneau n'existe pas, et n'est qu'un pur produit de mon imagination ? Ou existe-t-il mais avec un public tellement limité qu'aucun modèle économique ne permet de le remplir ? Ou existe-t-il mais je suis trop nulle pour le googler ?

Avez-vous des références à me conseiller, pour continuer mon édification personnelle, aussi bien vers le haut que vers le côté ?

Commentaires

1. Le dimanche 22 juillet 2018 à 18:43, par Balise :

Bin, passé un certain niveau, tu es au-delà du concept de vulgarisation, et au niveau "universitaire" (whatever that means). Du coup, ben j'irais voir du côté de Coursera/EDX/MIT OpenCourseWare - c'est pas dit que tu trouves ce que tu cherches sur des sujets vraiment précis, mais y'a ptêt suffisamment de contenu potentiellement intéressant ?

2. Le samedi 4 août 2018 à 10:31, par momo :

[http://www.madore.org/~david/weblog/d.2018-08-03.2542.html]

3. Le mercredi 15 août 2018 à 12:02, par Natacha :

Balise, ma première réaction a été en opposition, que je ne chercherais pas de l'universitaire mais de l'entre-deux. Mais à bien y réfléchir, en fait si, je voudrais du niveau « universitaire » dans le sens où on peut présupposer acquis un niveau genre L1, avec peut-être des rappels très rapides pour vérifier qu'on est bien d'accord sur le niveau présupposé.

Par contre, à froid, comme ça, je m'attends à ce qu'un cours universitaire soit comme un « module » de licence, à base de quelques dizaines d'heures de cours magistral. Si je cherche quelque chose qui ait les mêmes prérequis, ce que je cherche est beaucoup plus superficiel et rapide, genre la demi-heure, ou au maximum l'heure.

Et l'autre grosse différence, c'est qu'on va dans un cours en sachant ce qu'on y cherche, alors que dans les exemples de vulgarisation que je donne, le sujet est choisi par les organisateurs. Il y a peut-être des tonnes de trucs intéressants dont je n'ai pas idée, dont je n'irais jamais chercher un cours, mais que je découvrirais avec plaisir dans un périodique de transfert de connaissances.

momo, c'est effectivement pour ce genre de posts que je suis le blog de David Madore depuis de nombreuses années. Je suivrais volontiers d'autres blogs de ce type, mais malheureusement la période actuelle n'est pas vraiment propice à ce format.

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  • Publié le 22 juillet 2018 à 17h48
  • État de la bête : curieuse comme un chat
  • 3 commentaire(s)
  • Tag : Autoexploration
  • Tag : Réflexion

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