Journal d'une apprentie motarde, leçon n°14

Après un échec, deux mois de pause et une introspection profonde, j'ai décidé d'affronter une fois de plus les montagnes russes émotionnelles et continuer la préparation au permis moto.

J'avais peur d'avoir tout oublié pendant ce temps, à tel point que je plaisantais avec « déjà, c'est quel côté le devant et quel côté le derrière ? »

La bonne nouvelle, c'est que je n'ai eu aucun problème pour reconnaître immédiatement l'avant et l'arrière de la moto.

Et en vrai, pour le reste non plus, je n'ai pas perdu grand-chose, et ce que j'ai perdu était très subtil, et globalement plus musculaire que neuronal.

Par exemple, sur les trajets entre le plateau et l'école, je me sentais aussi à l'aise que pendant les leçons passées, mais à la fin du trajet j'avais mal au muscle sur le tranchant de la main gauche, qui est très sollicité pour manipuler l'embrayage, et sur l'ensemble de la main droite, qui semblait trop crispée sur l'accélérateur. Je ne sais pas si c'est une crispation causée par le stress de reprendre la circulation sans être sûre d'être à la hauteur, ou si c'est la même utilisation des muscles que dans les leçons passées mais avec des muscles qui n'ont plus l'endurance passée.

Autre exemple, j'avais des courbatures à l'intérieur des cuisses le reste de la journée et le lendemain, beaucoup plus douloureuses et pendant beaucoup plus longtemps que le pire que j'avais connu par le passé, quand j'ai fait deux leçons de suite.

Je me suis parfois demandée si je serrais bien comme il faut le réservoir avec les genoux, parce que je n'avais pas du tout conscience de le faire, mais ces courbatures sont la preuve que je le fais bien inconsciemment.

Une fois arrivés sur le plateau, avec des condisciples également de retour après un échec au plateau, nous sommes directement partis sur les parcours lents. J'ai complètement raté mes deux premiers essais (un dans chaque sens), en posant au moins trois fois un pied par terre pour retrouver mon équilibre. Ce qui prouve qu'il n'y a pas que les muscles qui ont régressé pendant la pause, mais le système nerveux aussi.

En revanche, j'ai retrouvé mon niveau de maîtrise beaucoup rapidement que mon niveau d'endurance musculaire : dès le troisième parcours, j'ai retrouvé mes parcours lents parfaits. Je n'avais de chronomètre, mais j'avais l'impression d'être à peu près aussi lente que par le passé, et donc que ça passe largement.

Après un certain nombre de parcours lents parfaits, j'ai reçu des félicitations de l'encadrement, qui me disait prête à repasser l'examen tout de suite. J'ai donc gentiment rappelé que j'avais « A » au lent de l'examen que j'ai raté, et que c'était l'évitement qui m'avait coûté l'essai. Manifestement, c'est tellement courant de rater le parcours lent que mon cas particulier avait été oublié.

Je suis du coup partie sur les évitements. J'en ai parfaitement réussi deux vers la droite, puis deux vers la gauche, avant que ça commence à moins bien se passer.

Après ces quatre réussites, j'en ai fait six ou sept (j'ai mal mémorisé), dont quatre ratés :

Ces dix ou onze évitements étaient entrecoupés de passages sur le parcours lent, que j'ai encore réalisés parfaitement. Et après avoir fait voler un cône, j'allais le replacer et j'enchaînais avec un freinage d'urgence, que j'ai l'impression de les avoir réalisés parfaitement, même si je ne suis pas très bien placée pour voir si je le déclenche un peu trop tôt (comme à l'examen) ou non.

Le bilan est donc d'environ 60 % de réussite à l'épreuve d'évitement, ce qui devrait se traduire par 84 % de chances de réussir l'examen, sauf que c'est sans compter le stress, qui peut amplifier des défauts existants ou en faire surgir de nouveaux, donc je ne suis pas du tout sereine avec cette performance, qui me semble similaire à mon niveau avant l'examen qui s'est mal fini.

Pour finir, j'ai fait un parcours lent de chaque côté « pour de vrai », c'est-à-dire avec chronométrage et avec la portion avec passager. J'ai fait plus de 23.90 secondes au premier, et plus de 24 secondes au second, donc ça passe très largement. En revanche, j'ai posé une fois le pied par terre dans chaque parcours, parce que la fatigue musculaire ne me laissait pas assez de précision pour maintenir l'équilibre que je veux.

Dans les deux cas, ça se serait terminé en « B », ce qui est une note que je trouve tout à fait satisfaisante, parce que je pense que j'aurai assez de « A » par ailleurs pour réussir l'examen.

Vu ce que j'ai fait pendant ce cours, l'école m'a proposé un examen la semaine suivante, avec un cours de préparation juste avant. Comme je suis beaucoup moins confiance qu'eux, j'ai négocié et obtenu un deuxième cours pour parfaire mes évitements.

Il reste quand même une contrariété dans cette leçon. Comme je l'écrivais dans mon bilan intermédiaire, je n'arrive pas à mémoriser à quel point la moto me plaît, donc j'ai été particulièrement attentive à mon ressenti sur la route entre l'école et le plateau. Et je n'ai rien trouvé.

J'avais déjà remarqué dans la leçon n°12 que le trajet est devenu routinier, et que changer de route pour l'examen était un changement rafraichissant, mais je n'en étais pas au point de l'indifférence.

Ça m'inquiète d'autant plus que même avec la routine, mes trajets à pied restent plus agréables que n'importe quel autre moyen de transport, même sur un trajet parcouru plusieurs centaines de fois. Alors qu'en moto, le coût est plus élevé, entre le danger, l'attention requise, et la pénibilité de l'équipement de protection, il faut donc un bénéfice en termes de plaisir (ou de gestion des bouchons) qui soit d'autant plus grand pour que ça vaille le coup.

Bref, après l'examen j'envisageais de laisser tomber la moto parce que la préparation au permis est trop pénible, maintenant j'ai en plus des doutes sur l'intérêt de l'avoir…

Commentaires

1. Le dimanche 8 septembre 2019 à 23:07, par Ruxor :

Si je peux me permettre un petit conseil (peut-être tentateur 😈) sur ce que tu dis à la fin, comme tu n'es visiblement pas loin de réussir le plateau, ce serait dommage de ne pas le passer. Quitte à ne prendre qu'une ou deux leçons de circulation derrière, histoire de voir, dans des circonstances plus proches d'une vraie utilisation de la moto (et plus variées) si ça te plaît, et de décider en fonction. Comme ça, même si tu décides d'arrêter, tu auras au moins une réussite de plateau en poche, valable trois ans (même avec la réforme, si je comprends bien), et la possibilité de revenir sur cette décision en prenant simplement des cours de circulation (+ peut-être passage du code moto), tandis que si tu arrêtes avant de passer le plateau, tu devrais repartir vraiment à zéro (avec, en plus, un plateau modifié).

2. Le lundi 9 septembre 2019 à 7:52, par Natacha :

Ce n'était peut-être pas clair dans mon texte ci-dessus, mais j'ai accepté la date de repassage du plateau qui m'a été proposée, donc à moins de changer activement de programme, il va y avoir une leçon n°15, une leçon n°16, et un examen n°2.

Globalement je n'en suis qu'à avoir des doutes, mais juste avec l'inertie je vais continuer jusqu'à ce deuxième essai, et si je l'ai l'inertie me fera encore continuer avec des leçons de conduite, même si entretemps je ne ressens plus le moindre intérêt. Il faudrait un ressenti clairement négatif pour m'arrêter dans cet élan.

C'est moins un sunken cost que l'idée qu'un grand sage a formulé en conseillant de ne jamais faire quelque chose qu'on ne peut pas défaire avant d'avoir bien réfléchi à tout ce que l'on ne pourrait plus faire après l'avoir fait. Ou dit autrement, un opportunity cost qui me semble plus grand que l'investissement temporel et financier supplémentaire pour tenir au moins quelques mois ou jusqu'au prochain examen raté.

Donc c'est moins un conseil tentateur que ma pente naturelle. Je ne prendrai des mesures que si les doutes persistent vraiment.

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  • Publié le 8 septembre 2019 à 19h53
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