Joie de Noël

Il me semble que c'est à peu près le bon moment pour souhaiter un joyeux Noël en retard et une bonne année en avance à tous ceux qui auront la générosité de lire cet article.

La période des fêtes de fin d'année est, comme son nom l'indique, une période de fête et de joie. En théorie. Parce qu'évidemment, comme je ne suis rien qu'une chieuse négative et jamais contente, je vais aussi pourrir cette période.

Le fond du problème, c'est les cadeaux.

De base, philosophiquement, je suis plutôt contre ce rituel consumériste du solstice d'hiver. Je me passerais volontiers d'offrandes au dieu de la Consommation et du Capital, et j'encouragerais bien tout le monde à faire de même.

Seulement voilà, la philosophie ne pèse pas bien lourd devant certains de mes petits plaisirs personnels. En particulier, le plaisir de donner et le plaisir de recevoir ne sont pas moins grands en cette période de l'année.

Je dois avouer n'avoir rien à redire quant au plaisir de recevoir des cadeaux cette année, tant s'en faut ; contrairement à l'autre occasion annuelle, l'anniversaire, où ce plaisir est devenu on-ne-peut-plus nihilisé depuis quelques années.

C'est au niveau du plaisir de donner que ça ne va pas, car il s'est lui aussi on-ne-peut-plus nihilisé.

J'imagine que comme tout le monde, j'ai commencé ma vie en recevant sans offrir. Je suppose qu'au bout d'un certain temps, peut-être après avoir acquis une certaine maturité et/ou une certaine autonomie financière, on entre à son tour dans la ronde des donneurs. Pour une raison obscure, ce passage ne s'est jamais vraiment produit pour moi, alors qu'il semble s'être passé sans problème pour toutes les personnes que je côtoie.

Les quelques dernières années, j'ai pu plus ou moins contourner ce problème. Très maladroitement, certes, et à très petite échelle, mais j'arrivais à m'en sortir vaguement. J'ai du coup pu goûter à la réciprocité et au plaisir de recevoir, et c'était vraiment merveilleux.

Mais pas cette année. Rien cette année.

Et du coup ça mitige encore plus le plaisir de recevoir. Et ça ajoute un certain sentiment d'exclusion : comment se fait-il que je n'en sois pas capable, malgré tout mes efforts ? Quelle espèce de handicap monstrueux m'empêche-t-il d'avoir cette réciprocité ? Quelle anomalie me paralyse-t-elle devant le nexus de choix pour chaque personne considérée ? Quel processus mental me manque-t-il pour ne pas arriver à le faire aussi simplement que tous les gens que je vois ?

J'imagine qu'à ce stade il serait tentant de penser que je suis encore en train de faire une montagne de pas grand chose, et/ou de m'apitoyer sur mon sort, et/ou d'être trop dure avec moi-même au point de s'effondrer à n'importe quel échec. Je ne serais pas surprise que ce soit l'impression principale qui ressort lorsque l'on met côte-à-côte cet article et d'autres du même genre comme Aveugle, Dissonance cognitive, Mon chef vient de Mars, /leave III, Blogosphère et popularité, Coquilles peintes ou Autiste !.

Sauf que voilà, cette image est fausse. Elle est principalement faussée par un biais de sélection. En réalité, je vis avec des échecs aussi monumentaux que ceux-ci au quotidien. Par une étrange alchimie entre mon perfectionnisme et mon estime de soi catastrophique, j'ai (violemment trop ?) pleinement conscience que je n'attendrai jamais aucune perfection, et je vis sereinement tous mes échecs, même les plus cuisants, à condition que j'arrive à en tirer une leçon, ou du moins qu'il me reste l'espoir de pouvoir faire mieux lors d'une éventuelle prochaine fois.

Ainsi ne se transforment en article sur ce weblog que les échecs que je vis mal parce que je n'arrive pas à en tirer quoi que ce soit et que je ne vois aucune façon d'avoir au moins une chance de ne pas reproduire un résultat aussi catastrophique si j'étais placée dans une situation similaire.

Et c'est le cas ici aussi. Il me reste un peu moins d'un an pour faire miraculeusement apparaître un moyen d'offrir des cadeaux de Noël aux gens que je considère comme assez proches, sachant que j'ai déjà essayé et réessayé et réréessayé et réréréessayé et plus encore toutes les solutions qui pouvaient me venir à l'esprit, même les plus probables. En vain.

Commentaires

1. Le samedi 1er janvier 2011 à 3:00, par W :

Fondons le club de ceux qui ne s'échangent pas de cadeaux de Noël, non seulement par altermondialisme, mais aussi contre une coutume tellement répandue qu'elle tracasse voire exclut ceux qui y trouvent difficulté.
Pour ne pas exclure à leur tour ceux qui n'adhéreront pas à notre club vraisemblablement promis à un succès planétaire, sans savoir ce que tu as pu essayer et réessayer :
Renoncer au plaisir de choisir quoi offrir ; offrir en se trompant forcément mais offrir dans tout les cas, pour que l'échange en soit bien un et qu'aucune culpabilité ne ternisse donc le plaisir de recevoir.
Se déresponsabiliser de ce qu'on offre : s'ouvrir à une figure parentale ou meilleuramicale qui puisse prendre au sérieux la difficulté, recevoir innocemment quelques idées "pour untel <idée de cadeau>, enfin c'est qu'un exemple tu vois...", et en faire parole d'Évangile.
En attendant merci, c'est bien dans l'esprit voulu des fêtes de fin d'année, de me faire savoir que je ne suis pas tout seul  à m'en arracher les cheveux, même si je n'irais pas jusqu'à qualifier de catastrophes mes participations au rite.
Sur ce, je vais rererevoir The Big Bang Theory 2x11. Bonne année et bonne santé !

2. Le vendredi 10 juin 2011 à 17:22, par Tigre :

Là, tu vois, nous sommes le 10 juin. C'est exactement le moment idéal pour se creuser la tête avec des histoires de ce type. Je m'explique: mon drame personnel, en période pré-festive, c'est le choix d'une petite attention qui s'adapte à la situation. J'offre du pas-grand'-chose, mais j'aime que ce soit du pas-grand'-chose aussi personnel que possible. Et ça, en période pré-festive, c'est la porte ouverte à la calvitie manuelle. C'est maintenant (et tout le reste de l'année, cela va sans dire), qu'il faut s'en soucier. Pour l'exemple, je suis passée hier dans une grande surface que je n'avais jamais visitée, pour me procurer une multiprise (que je n'ai pas trouvée, d'ailleurs, j'étais déçue) (Je sais, tout le monde s'en fout. Et alors?), et là, au hasard de ma déambulation dans les rayons, je suis tombée sur un petit objet insolite qui m'a fait penser, avec un sourire, à une personne particulière de mon entourage. Exactement le genre de pas-grand'-chose personnalisé que j'aime offrir. J'ai acquis ce pas-grand'-chose et le stocke actuellement où je le peux. C'est tout bénef', parce que le plaisir d'offrir est doublé, dans la mesure où je savoure maintenant cet enthousiasme, et que je vais pouvoir le re-savourer l'hiver prochain! N'est-ce pas fantastique? L'idée, c'est de ne pas s'obnubiler l'esprit pendant tout le mois de décembre; il s'agit simplement de vivre normalement, et de prendre le temps de s'arrêter lorsqu'un stimulus appelle le nom d'une personne qui t'est chère quelque part sous tes cheveux. Ca ne marche pas à tous les coups, mais selon moi, sauf décès prématuré, c'est difficilement inutile. Voilà tout ce que j'avais à dire à ce sujet.

3. Le lundi 20 juin 2011 à 15:48, par Natacha :

W, je te présente toutes mes excuses pour ne pas avoir répondu à temps, mais la vérité est que je ne trouve rien à répondre, si ce n'est que savoir que je ne suis pas la seule dans ce cas mitige pour moi aussi les sentiments négatifs décrits dans cet article.

Tigre, je suis très très contente de te voir passer par ici. Je ne m'imaginais pas que tu connaisses encore le chemin de ce site… Je te remercie pour ton conseil, même si j'y avais déjà pensé : j'avais abandonné l'idée comme étant vouée à l'échec. En la revoyant maintenant, enfin il y a dix jours en fait, avec l'expérience toute fraîche de mes débuts en photographie, et affronter les problèmes associés, j'ai tout de suite plus de foi dans cette méthode. Je m'en vais essayer de l'appliquer, peut-être qu'à la longue (mais combien de décennies ?) ça finira par marcher…

4. Le lundi 20 juin 2011 à 17:00, par Tigre :

Hey hey, t'as vu ça, j'ai vachement progressé ;)
J'avoue, du côté visites ici, j'ai un peu failé. Mais je fais des efforts, j'ai rajouté la page dans mes onglets de démarrage, ça veut dire qu'en principe je devrais passer tous les jours, maintenant ^^
Je te laisse le soin de me donner quelque chose à lire de temps en temps :p

5. Le mercredi 22 juin 2011 à 14:00, par Natacha :

En effet, je suis très impressionnée, et surtout très heureuse, d'avoir pu atteindre ce stade.

Du coup ça me met encore plus la pression pour remettre en place la pensée du jour, et traiter la liste d'attente d'articles à publier :-)

6. Le dimanche 26 juin 2011 à 23:27, par W :

No problemo :-)

7. Le mercredi 14 décembre 2011 à 16:50, par Cenwen :

Coucou Natacha ♥

Je te lis depuis de longs mois, sans toujours intervenir, parce que ce n'est pas toujours évident de connaître les limites de ce qui peut/doit ou ne peut pas/doit pas être dit das le cadre d'une relation virtuelle.

Les seules "certitudes" que j'ai, c'est que tu es quelqu'un de très intelligent et de terriblement complexe :)

Peut-être devrais-tu ne pas viser la perfection. Tu es un être humain, donc forcément, tu te trompes et tu échoues. C'est ce qui fait notre force et notre faiblesse à tous. Et c'est tant mieux. Je détesterai vivre dans un monde rempli de gens parfait, faisant tout parfaitement. Ce serait cauchemardesque ...

Peut-être aussi que tu devrais faire preuve d'un peu de gentillesse, de bienveillance et de douceur vis à vis de toi! La lucidité c'est bien, c'est une belle qualité, mais ne jamais se trouver d'excuses ou de s'accorder le droit au pardon, ce n'est pas une solution et surtout c'est invivable.

Pour ce qui est de Noël et de l'aspect commercial de cette fête, je te rejoins.

J'ai connu des périodes financièrement fastes et d'autres nettement moins. Par principe, j'essaye de faire un maximum de choses par moi-même. En général, des petites choses gourmandes à partager, parce que j'adore cuisiner.

Je pense que tu as plus de ressources en toi que tu ne le penses! Je suis persuadée que si tu prends le temps de regarder autour de toi et en toi, tu vas trouver!

Le prix d'un cadeau pour moi, ça n'a pas de valeur. Ce qui compte, c'est ce qui vient du Cœur, qui est donné et reçu avec...

Et je pense sincèrement que sous toutes tes contradictions et tes exigences de perfection, tu as un Cœur chaleureux et généreux d'une belle personne. Laisse-le s'exprimer :) (même si c'est prendre un risque)

Bisous ♥ ♥ ♥

8. Le vendredi 16 janvier 2015 à 13:08, par Jocelyne :

Vous êtes donc assez égoïste. On dit toujours que c'est mieux de donner que de recevoir. Je pense que c'est ce qui nous rend plus honorable que de recevoir les cadeaux. Personnellement, ce qui me dérange un peu lorsqu'il s'agit d'offrir des cadeaux, c'est le choix de ces cadeaux. Je n'arrive jamais à acheter un cadeau aux autres. J'ignore complètement si les destinataires vont aimer ou non.

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  • Publié le 30 décembre 2010 à 23h44
  • État de la bête : désespérée devant ses propres limites
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