Émerveillement technologique

Une frustration technologique…

Je vais commencer par dépeindre rapidement le contexte émotionnel dans lequel se place ce billet.

J'ai déjà moult fois ranté sur mon insatisfaction envers l'électronique (prétendument) grand public en général, et les ordiphones en particulier. J'en dresserai peut-être la liste complète un de ces jours, mais je ne suis pas sûre que ça intéresse qui que ce soit.

Très récemment, mon ordiphone prétendument étanche a mal vécu une énième immersion, et ça a pas mal soufflé sur les braises de mon anti-androidisme. Ce qui a donc relancé mes envies de mettre fin à ma dépendance électronique, ou à défaut vérifier s'il n'y aurait pas un autre ordiphone plus à mon goût.

J'ai déjà un successeur dans les tuyaux, l'Unihertz Jelly 2, mais je n'arrive pas à faire assez confiance à la ROM chinoise pour l'utiliser, donc je me suis mise dans l'idée de régénérer une ROM lineageOS non-officielle.

La suite d'explétifs qui s'en est suivie manque d'originalité mais compense par la quantité.

Je m'attendais à ce que ce soit difficile, mais je m'attendais à une difficulté qui découle de la complexité, un peu comme si je me mettais dans l'idée de concevoir un pont. À la place, j'ai rencontré des difficultés qui ont un goût d'amateurisme et de bricolage.

J'ai de moins en moins de patience pour les systèmes qui devraient relever de l'ingénierie propre, robuste, et fiable, mais qui se révèlent plus ressembler à un château de cartes qui tient ensemble avec du chewing-gum et du scotch.

… qui en rappelle tant d'autres

Donc à ce stade on pourrait se dire que je n'aime juste pas Android, tant à l'utilisation qu'à la génération, mais ce n'est pas exceptionnel ni grave.

Je ne connais pas trop la partie logicielle des appareils Apple, j'en ai plutôt des échos positifs, mais je suis rebutée par le positionnement matériel qui n'est pas du tout à mon goût. D'ailleurs j'apprécie l'effort des constructeurs matériels qui s'en démarquent, comme Caterpillar ou Unihertz, si seulement le logiciel pouvait suivre…

Alors d'accord, je serais juste quelqu'un qui n'aime pas les ordiphones, c'est moins banal mais ce n'est peut-être pas une tare.

Le problème c'est qu'en vrai non, j'arrive très bien à imaginer des ordiphones à mon goût, avec une couche logicielle digne de mes BSD sur ordinateurs Intel et du matériel qui ressemblerait au Jelly 2, au Nokia 2720, ou même à la limite un Fairphone 3. Encore ma sale habitude d'imaginer un outil d'abord et chercher (ou fabriquer) quelque chose qui s'en approche, au lieu de se limiter à ce qui existe.

Mais si ça se limitait à ça, ça m'inquièterait moins que l'ajouter à une longue liste d'autres technologies qui provoquent chez moi la même sensation de rejet du fond des tripes, comprenant entre autres :

Ça commence à faire beaucoup de nouveautés qui me donnent envie de gueuler « C'est d'la meeeeerde ! » comme si j'étais une vieille aigrie sortie tout droit de l'époque pendant laquelle cette référence culturelle était largement partagée.

Suis-je vraiment devenue une vieille aigrie technophobe ?

La jeunesse technophile

En tout cas je ne suis pas assez vieille pour avoir oublié l'univers cyberpunk qui a bercé mon adolescence (et qui marque encore mon nom de plume), et dont je garde encore quelques restes.

Il était question de « technochoc », qui survient lorsque les technologies progressent plus vite que la capacité de la population à les assimiler. Une grosse majorité de la population est simplement choquée et ne fait rien d'autre qu'attendre que quelqu'un leur dise quoi faire, une petite minorité rejette la technologie en bloc et part dans le néo-luddisme, et une autre petite minorité diamétralement opposée embrasse toutes ces technologies.

Évidemment, je m'imaginais dans la dernière catégorie, plus à l'aise devant un terminal vert sur fond noir que face à un humain.

Donc se faire traiter de luddite pas plus tard que la veille de l'écriture de ces lignes, ça touche un point sensible. Où est donc passé mon goût pour les nouvelles technologies ? À quel moment ai-je commencé à regarder une nouveauté avec plus de suspicion que d'espoir ?

Quand suis-je devenue une veille conne ?

Les temps changent, les gens aussi

Quand je suis sur le point d'attribuer une étiquette à un autre humain ou à moi-même, je suis coupée dans mon élan par un instinct qui ressemble à celui qui bloque mes achats impulsifs, et dont la moins mauvaise représentation verbale serait de l'ordre de « attends une minute, est-ce que j'ai vraiment cherché des contre-exemples ? », dans une espèce d'approche poppérienne pour avoir plus souvent raison.

Donc une fois que dans ma tête sont arrivées les questions de mon éventuelle technophobie ou vieille-aigreur, je ne vais pas chercher des éléments pour rallonger la liste ci-dessus, mais je vais plutôt chercher des technologies qui me font rêver aujourd'hui comme les prothèses cybernétiques faisaient rêver l'adolescente que j'étais.

C'est comme ça que la frustration d'un système de build Android ne produit non pas un rant sur les technologies merdiques de notre temps pendant deux tiers de billet (et le train de tous les mesquins qui répondent « raté ! » roule sur les rails de mon indifférence), mais une liste de toutes les technologies qui m'enthousiasment encore :

Conclusion

Je ne cacherai pas que le contenu de ce billet a été construit avant tout pour me rassurer, que ce soit dans le sens de la continuité avec l'adolescente que j'étais ou dans le sens de l'évolution loin d'elle.

Je crois qu'il me manque la fougue de la jeunesse pour revendiquer « prendre la technologie à la gorge et ne pas la lâcher », mais je reste dans le fond optimiste envers le Progrès scientifique et technique. Enfin disons optimiste comme le postcyberpunk, c'est-à-dire avec des progrès inéluctables (sauf cataclysme majeur comme une guerre mondiale ou une crise climatique mondiale) qui contiennent du bon comme du mauvais, et autant embrasser le bon parce qu'il y aura de toute façon du monde pour faire avancer le mauvais.

Je continue de considérer les différentes formes de luddisme et de conservatisme comme des idioties irrécupérables, parce que le temps ne s'arrête pas et ne se remonte pas, et souvent le passé qu'ils veulent faire revenir n'a même jamais existé. Vouloir accélérer le progrès ne me semble pas plus malin non plus, hein. Les temps changent et les gens aussi, que ce soit un progrès ou une régression dépend de chaque cas et de chaque échelle valeur.

Je pense que le plus gros effet de l'âge sur moi se voit plutôt sur ma tendance à plus choisir mes combats. Je lâche volontiers la technologie lorsqu'elle ne me semble valoir le coût, et c'est plus mon avenir que je prends à la gorge, qu'il soit avec elle ou contre elle.

Bref, j'aime croire que je n'ai perdu que de la naïveté.

Commentaires

1. Le lundi 21 mars 2022 à 21:05, par Balise :

> Bref, j'aime croire que je n'ai perdu que de la naïveté.

Ouaip, c'est mon auto-diagnostic aussi.

PS : ton lien vers ton billet vers ton clavier est pété, y'a un instinctive.eu de trop.

2. Le mardi 22 mars 2022 à 21:44, par Natache :

Merci beaucoup pour cette confimation et pour l'erreur de lien (qui devrait être corrigée).

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